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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 10:23
L'EVEIL DU 7e ART EN AFRIQUE

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Né tardivement dans le sillage des mouvements d'indépendance nationaux, le cinéma africain associe avec bonheur l'engagement politique et la poésie des conteurs, cela dans un contexte économique très fragile.

 

L'Afrique a souvent été filmée sans que les Africains soient derrière la caméra. Le pas est franchi en 1955 avec Afrique sur Seine, court métrage de Paulin Vieyra, un ancien élève de l'IDHEC, et Mamadou Sarr, un Sénégalais. Moi, un noir de Jean Rouch, en 1958, ouvre la voie, puisque l'un des acteurs amateurs, Oumarou Ganda, un Nigérien, deviendra lui-même cinéaste et tournera Cabascabo en 1968 et Saïtane en 1972. Il faut attendre la décolonisation progressive des pays au début des années 60 pour qu'un élan s'instaure grâce au cinéaste Ousmane Sembène du Sénégal et son premier film, un court métrage Borom Sarret qui décrit de façon réaliste la journée de travail d'un " bonhomme charrette ". Son premier long métrage en 1966 La Noire de... dénonce les conditions d'une domestique noire au service d'un couple de Blancs. Pour ce cinéaste angagé, chaque film est un combat contre la corruption des fonctionnaires africains ( Le Mandat, 1968 ) ou de  l'implantation de l'Islam en Afrique ( Ceddo, 1980 ). Ce courant de critique sociale se prolonge avec Cheik Oumar Sissoko du Mali dans Nyamanton ( 1986 ) et tout particuièrement Finzan ( 1989 ) qui s'en prend aux traditions ancestrales du mariage.

 

Excepté le film météore Touki Bouki ( 1973 ) du sénégalais Djibril Diop Mambéty, fantaisie en roue libre guidée par l'imaginaire de deux jeunes qui font les quatre cents coups et rêvent de Paname, la seconde génération des cinéastes, dont le chef de file est Souleymane Cissé qui a été formé au VGIK de Moscou, emprunte elle aussi le chemin de la révolte avec Baara en 1978 et Le Vent en 1982 et de la critique radicale comme dans Waati en 1995. En revanche, Yeelen ( 1987 ) ajoute une dimension irréversible au cinéma africain en renouant avec la tradition du conte, ses légendes et ses superstitions, refoulée auparavant car jugée obscuranstiste.

 

Yeelen ( qui signifie la lumière ), premier film africain couronné à Cannes du prix spécial du jury en 1987, frappe par sa puissante beauté. Cette fable sur la connaissance est centrée sur le conflit entre un père et son fils, au moment où l'enfant est rejeté par l'adulte qui craint d'être dépassé par lui. Le récit iniatique de l'enfant va au-delà de la simple tragédie familiale pour atteindre les fondements mythiques de l'Afrique et son drame actuel. Le film pose de manière claire mais brutale la question de la transmission, de l'accès au savoir, qu'il soit rationnel ou magique, et du pouvoir qu'il confère à ceux qui refusent de le partager. Le plus ambitieux des films africains et sans doute le plus abouti.

 

Faute de structures garantissant son assise financière, le cinéma africain dépend, en effet,  des aides extérieures, dont celles de la France, ce qui n'est pas sans conséquence sur les sujets abordés, les cinéastes anticipant parfois ce que l'Europe attend d'eux. Godard disait en 1979 que " l'Afrique est le seul continent à pouvoir raconter des histoires autrement". Si Yeelen conforte cette idée, le cinéma d'Idrissa Ouedraogo du Burkina Faso ( Yaaba, 1989 ;  Tilaï, 1990 ), où se tient le festival de Ouagadougou, concilie au mieux le talent du conteur sensuel et du peintre réaliste des conditions d'existence sur le continent africain. Ce goût du récit et des genres le conduit dans Samba Traoré ( 1993 ) à associer film noir et western.

 

En définitive, le cinéma africain n'a jamais été aussi beau et aussi fort que lorsqu'il filme l'enfance et, ce, à hauteur d'enfant. Qualité majeure du splendide Wênd Kûuni ( 1982 ) de Gaston Kaboré, auteur également de Rabi ( 1993 ), nous invitant aux jeux d'un enfant avec une tortue. Ce fil de l'enfance, monde orphelin bien souvent, se retrouve dans l'admirable Abouna ( 2002 ) du Tchadien Mahamat Saleh-Haroun, récit de deux frères à la recherche de leur père disparu qu'ils croient retrouver comme acteur dans un film. Elégante façon d'associer l'enfance à l'amour du 7e Art.

Dans Molaadé ( 2004 ) le cinéaste vétéran et engagé Ousmane Sembène, y traite d'un sujet qui fait débat, celui de l'excision. Il le fait sans opposer pour autant la tradition à la modernité. Quatre petites filles, pour échapper à l'exciseuse, se réfugient chez une jeune femme qui les protège au nom du molaadé, droit d'asile sacré de la coutume peule. Une tradition empêche une autre de s'exercer. Mais la fin, très sombre, reconduit le spectateur au drame de l'Afrique d'aujourd'hui.

 

Depuis lors, il y a eu l'admirable "Timbuktu" de Abderrahmane Sissako qui a raté de Grand Prix du Festival de Cannes mais a rencontré un immense succès en salles. On retrouve chez lui la beauté des images et la poésie qui étaient déjà celles de ses prédécesseurs, ce qui confirme que le cinéma africain a un grand avenir et un style qui lui est propre et le singularise dans le concert cinématographique des nations.

 

Sources : Laurent Delmas et Jean-Claude Lamy

 

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 09:22

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14 juillet 1789. À Versailles, tout ne bruisse que de ce qui vient de se passer à Paris. Pour Sidonie Laborde (Léa Seydoux ), cette agitation n’est qu’une occasion de montrer son attachement à la reine (Diane Kruger). Mais Marie-Antoinette n’a d’yeux que pour la belle princesse de Polignac (Virginie Ledoyen). Pourquoi Benoît Jacquot s’acharne-t-il à filmer la passion? Du moins le cadre sublime de Versailles, ici très finement photographié, lui donne-t-il l’occasion de belles images très au-dessus de son habituelle platitude. Pour le reste, rien de neuf : dans cette adaptation du roman de Chantal Thomas, c’est une fois encore l’Ancien Régime vu par le petit bout de la lorgnette – et par le biais de l’anachronisme: en juillet 1789, Marie-Antoinette n’était déjà plus cette femme frivole dominée par ses humeurs et préoccupée exclusivement de bagatelles – ici, sauver ses bijoux et protéger ses amours lesbiennes. Elle avait perdu quelques mois auparavant son fils aîné âgé de 8 ans et avait beaucoup de peine à s’en remettre. De ses quatre enfants, il ne lui restait que le petit dauphin qui mourra au Temple dans des conditions atroces et sa fille Madame Royale.

 

Un film qui m’a déçue car trop éloigné des réalités historiques et où je me suis ennuyée car il suggère sans rien raconter de profond et en usant d’artifices bien peu convaincants. Un très joli album à feuilleter pour la qualité évidente de la mise en scène. Rien de plus. Dommage ! Tout y était : les décors, les costumes, les éclairages, cela aurait pu être un chef-d’œuvre. Alors que l’on voit défiler une suite de séquences qui ne parviennent ni à subjuguer, ni à émouvoir.

 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:45

polanski.jpg  8f_1_b_3747_1.jpg avec Sharon Tate

 


Roman Polanski est né à Paris le 18 août 1933 d'une mère russe et d'un père juif polonais. Jusqu'à l'âge de quatre ans, il réside en France avec ses parents avant que ceux-ci ne repartent pour la Pologne où ils seront bientôt contraints de vivre en clandestinité dans le ghetto de Cracovie, ce qui marquera le petit garçon pour le restant de ses jours. Alors que sa mère meurt à Auschwitz, il échappe à la vigilance allemande et survit grâce à l'entraide des habitants. Il a alors dix ans et ne reverra son père qu'en 1945, lorsque celui-ci reviendra miraculeusement du camp de Mauthasen. L'horreur, qui a marqué sa prime jeunesse, sera l'une des clefs de son univers cinématographique. Très tôt, l'envie de monter sur scène l'incite à intégrer une troupe et, après une audition, il est choisi pour tenir le rôle principal dans "Fils du régiment" qui remportera un triomphe national. Le succès va lui ouvrir les portes d'une carrière de comédien, d'autant que sa rencontre avec Andrzej Wajda sera déterminante pour son avenir.

 

Entré à l'Institut du cinéma de Lodz, il réalise successivement huit courts métrages dans lesquels il cultive déjà son goût pour les situations insolites, la violence et le voyeurisme et compose, en 1958, une parabole sur l'absurdité de la vie en société : Deux hommes et une armoire et, enfin, Le gros et le maigre ( 1961 ), satire aux implications sado-masochistes, alors que Les mammifères développent une réflexion sur les rapports entre maître et esclave. C'est en 1962 qu'il se lance dans son premier long métrage Le couteau dans l'eau, dont il conçoit le scénario avec Jerzy Skolimowski. Dans ce huis clos à trois personnages, le metteur en scène prolonge les obsessions déjà contenues dans ses courts métrages et fait planer un climat d'insécurité, mais se refuse à aborder de front la lutte des classes, si bien que l'on va lui reprocher en haut lieu de ne pas faire un cinéma au service de l'Etat et de se rapprocher avec trop de complaisance de l'Occident. D'ailleurs ce film sera très apprécié en Europe et aux Etats-Unis. Si bien que Polanski, désormais à l'étroit dans un pays sous régime communiste, s'exile et entreprend dès lors une carrière internationale.

 

Après avoir participé avec un sketch, aux côtés de Godard et Chabrol, au Les plus belles escroqueries du monde, il réalise en Grande-Bretagne Répulsion ( 1965 ) et Cul-de-sac ( 1966 ), deux oeuvres profondément polonaise par leur inspiration, où sévit l'influence du théâtre de l'absurde d'un Beckett ou d'un Ionesco qu'il admire. Ces oeuvres vont, par ailleurs, sceller sa collaboration avec le scénariste Gérard Brach. En 1967, Le bal des vampires, une parodie du film d'épouvante, le voit cultiver son goût de la bouffonerie baroque. Il est à l'affiche avec la jeune comédienne Sharon Tate qu'il épousera en 1968. Le cinéaste est alors sollicité par Hollywood pour tourner une adaptation du roman d'Ira Levin Rosemary's baby. Dans cette histoire de possession démoniaque, le réalisateur voit une transposition de ses propres fantasmes : l'oppression du groupe sur l'individu, l'implacable loi du destin, le pouvoir des sectes, l'immaturité et la frustation du personnage principal interprété de façon magistrale par Mia Farrow. Ce film sera considéré comme l'un des grands chefs-d'oeuvre du cinéma fantastique.

 

Un événement tragique va alors le frapper en août 1969 dans sa résidence californienne : la mort atroce de Sharon Tate, alors enceinte, par des proches de Charles Manson, gourou d'une secte et tueur en série. Le drame aura lieu en son absence et sera lourdemment relayé par la presse. Malgré la dépression qu'il traverse, Polanski se remet au travail et quitte les Etats-Unis pour la Grande-Bretagne où il va se lancer dans un Macbeth tout empreint du drame qu'il vient de vivre, film qui sera mal compris de la critique et se soldera par un échec. Il tourne ensuite, d'après un scénario original de Robert Towne, un policier conçu comme un hommage au film noir américain Chinatown avec Jack Nicholson dans le rôle titre et Faye Dunaway dans celui de la femme fatale, les deux stars se faisant voler la vedette par John Huston dans celui secondaire de Noah Cross. Grand vainqueur au Golden Globes en 1975, le film ne récoltera pas moins de 11 nominations aux Oscars. Mais seul le trophée du Meilleur scénario viendra récompenser Chinatown, les votants lui ayant préféré le second opus du Parrain réalisé par Coppola. Il est vrai que cette année-là, la barre était particulièrement haute.

 

En mars 1977, le scandale provoqué par le viol présumé d'une adolescente oblige Polanski à quitter les Etats-Unis. Naturalisé français, il s'établit à Paris et tourne Tess, une adaptation du célèbre roman de Thomas Hardy. Le film doit beaucoup à l'interprétation de Nastassja Kinski, alors âgée de 15 ans, à la fois fragile et bouleversante dans le rôle d'une jeune paysanne qui, sous l'ère victorienne, est poursuivie par le malheur. Ce film croulera sous une avalanche de prix dont 3 Césars et 3 Oscars en 1980 et 1981.

 

Le cinéaste s'engage ensuite dans une voie hitchcockienne avec Frantic ( 1988 ) qui lance l'acteur Harrison Ford dans un suspense d'espionnage situé à Paris et qui recevra un accueil favorable, contrairement aux opus suivants : Lunes de fiel, La jeune fille et la mort et La Neuvième Porte qui ne seront pas épargnés par la critique. En 1989, il épouse en troisièmes noces, Emmanuelle Seignier avec laquelle il aura deux enfants et est élu membre de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France. Dans les années 1990, il voue beaucoup de son temps au théâtre et à l'opéra, dirigeant pour l'Opéra-Bastille une nouvelle version des Contes d'Hoffmann d'Offenbach, puis mettant en scène Maria Callas, la leçon de chant qui lui vaudra une nomination aux Molières, tandis qu'en 1997 il supervise la création d'une comédie musicale tirée de son film Le bal des vampires qui sera l'occasion d'une tournée triomphale en Allemagne. Enfin, avec Le Pianiste en 2002, il revient au cinéma et évoque de manière personnelle ce que furent la barbarie du IIIe Reich et l'occupation nazie dans une Pologne martyrisée. Ce film admirable remportera la Palme d'or du Festival de Cannes cette année-là et sept Césars l'année suivante. Le film sera également 7 fois nominé aux Oscars et gagnera trois statuettes dont celle du Meilleur réalisateur, mais le cinéaste se refusera à se rendre à Hollywood pour les recevoir. Ce sera Harrison Ford qui s'en chargera et lui remettra lors du Festival du Film américain de Deauville.

 

C'est dans son chalet de Gstaad, où il est astreint à résidence après le rebondissement de l'affaire du viol d'une mineure, qu'il accomplira la post production de The Ghost Writer, honorée d'un troisième César du Meilleur réalisateur, et adaptera Carnage pour le cinéma d'après la pièce de Yasmina Reza, film réalisé en France avec le concours de Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly dans les rôles principaux, parachevant une oeuvre singulière et complexe dans laquelle passent les traumatismes d'une génération frappée par l'Holocauste.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour lire ma critique du Pianiste, cliquer sur son titre :  LE PIANISTE de ROMAN POLANSKI

 

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 08:55
NANNI MORETTI OU UN CINEMA GENERATIONNEL

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Né à Brunico en 1953, Nanni Moretti reste, malgré son effacement progressif dû à la maladie, l'une des personnalités les plus éminentes du cinéma italien. A l'adolescence, ses études secondaires terminées, il se partage entre deux passions : le water-polo et le 7e Art. Très vite, il se met en tête de devenir acteur et réalisateur, de vivre sa vie à tour de rôle, ou de façon concomitante, devant et derrière la caméra car, le plus souvent, il se mettra en scène lui-même.

 

Dès ses débuts vont alterner les interrogations personnelles et intimes et les questionnements d'ordre politique, Moretti s'étant engagé dans ce domaine dès sa prime jeunesse. Son premier long métrage Je suis un autarcique  date de 1976. Il y annonce la couleur et affiche déjà ses positions morales et politiques avec une ironie mordante à l'égard d'un certain gauchisme. Toujours est-il que ce premier ouvrage attire l'attention des critiques et va lui permettre d'en produire un second dans la foulée Ecce Bombo, en 1978, qui raconte les rapports difficiles d'un étudiant avec son entourage.

 

Il y aborde, de façon frontale, l'exacerbation du moi au travers d'un dédoublement acteur/réalisateur et le personnage de Michele, protagoniste que l'on retrouvera par la suite dans plusieurs de ses films comme son double, variation sur un personnage unique, projection cinématographique de Nanni Moretti lui-même, à mi-chemin entre l'introspection autobiographique et l'invention pure et simple. Qu'il soit membre d'une troupe de théâtre, étudiant, cinéaste, professeur de lycée   ( Bianca ),  prêtre ( La messe est finie ), homme politique jouer de water-polo  (Palombella rossa ), c'est encore et toujours le cinéaste qui se questionne tout en questionnant le public.

 

Grâce à sa maison de production fondée en 1986, il va également produire et promouvoir de jeunes talents comme Luchetti et Le porteur de serviette, film dans lequel il s'attribuera le rôle titre. En 1994, il obtient le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour Journal intime,  dans lequel il dévoile son courageux combat contre la maladie de Hodgkin, n'éprouvant plus la nécessité d'avoir recours à un double et intervenant désormais en homme public dans le débat politique et en homme privé dans le cadre de préoccupations plus personnelles.

 

Avec La chambre du fils en 2001 ( Palme d'or au Festival de Cannes ), il donne à son héros le prénom de Giovanni qui est le sien à l'état civil, de manière à prouver, si besoin était, que la cloison entre le cinéaste et l'individu est quasi imperceptible. Enfin avec Le Caïman, il brosse un portrait sans concession de la société italienne au moment de la campagne législative de 2006, faisant de son film une satire féroce contre Silvio Berlusconi. Il prend pour argument celui d'un acteur qui, après avoir refusé dans un premier temps, finit par accepter d'interpréter le personnage de l'homme politique.

 

Souterrainement et malgré la diversité des sujets, l'univers de Moretti conserve sa cohérence : celle d'un homme en proie à des interrogations existentielles qui, au-delà même de sa personne, renvoient à la collectivité et dont le propos, dans sa globalité, débouche sur un constat générationnel. En 2011, avec Habemus Papam, il confirme l'ampleur de son talent et remporte un vif succès critique et public.

 

Pour lire les critiques consacrées à certains de ses films, cliquer sur leurs titres :

 

LA MESSE EST FINIE DE NANNI MORETTI      

 

LA CHAMBRE DU FILS de NANNI MORETTI

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 08:32

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Voilà une merveilleuse ode à l'enfance et le plus fabuleux des anti grise-mine. Un chef-d'oeuvre.

 

Hors compétition, le film, projeté lors du 14e Festival du film asiatique de Deauville, nous révèle un cinéaste en osmose avec le monde des enfants et le donnant à voir dans sa quotidienneté avec bienveillance et malice, servi par de jeunes acteurs d'un naturel et d'un charme irrésistibles. Bien que long, on ne résiste pas à la poésie de ces pages écrites avec naturel et simplicité par un réalisateur qui a permis au cinéma japonais de se réinventer avec de nouveaux sujets, des images classiques mais empreintes de finesse, de nous faire entrer dans un monde sans violence, sans vulgarité, d'une fraîcheur réconfortante, à l'opposé du terrifiant  Himizu  et également du cinéma de Kurosawa tellement désespéré et âpre. Celui-ci nous parle de la vie de tous les jours, des rêves auxquels se livrent les enfants dans leur ingénuité, des familles séparées mais reliées par des fils invisibles, des fleurs, des volcans, de l'espoir que le monde soit meilleur ; oui, un univers dédié à des petits princes en mal de planète.

 

Né en 1962 à Tokyo, Hirokazu Kore-Eda a d'abord travaillé comme assistant-réalisateur sur des documentaires avant de se lancer dans la réalisation avec un premier film en 1995 Maborosi  qui remportera l'Osella d'Or du Meilleur Réalisateur au Festival de Venise. En 2001, Distance est présenté en compétition au Festival de Cannes, tout comme Nobody Knows en 2004,  où il aborde déjà l'univers enfantin.

 

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L'histoire de I wish - nos voeux secrets  se déroule au Japon, sur l’île de Kyushu, où deux frères sont séparés après le divorce de leurs parents. L’aîné, Koichi, âgé de 12 ans, part vivre avec sa mère chez ses grands-parents au sud de l’île, tout près de l’inquiétant volcan Sakurajima. Son frère cadet, Ryunosuke, est resté avec son père, guitariste rock, au nord de l’île. Koichi souhaite par-dessus tout que sa famille soit à nouveau réunie – même si cela doit passer par l’éruption dévastatrice du volcan ! Lorsqu’un nouveau TGV  relie enfin les 2 régions, Koichi et son jeune frère organisent clandestinement un voyage avec quelques amis qui ont tous un souhait à exaucer jusqu’au point de croisement des trains, là où le miracle, les miracles pourraient, dit-on, s'accomplir… Alors verront-ils leurs vœux secrets se réaliser ? En tous cas, ils vont agir en sorte que cela soit possible... 

 

Peu importe d'ailleurs que les voeux se réalisent ou pas, l'essentiel n'est-il pas d'en formuler et de croire en la force vive de l'imagination, en la présence, sous une forme souvent humble, de la beauté et de savourer le plaisir de vivre ensemble. A travers la description d'un quotidien banal, l'auteur nous montre des enfants capables de prendre en mains leur destin face à des adultes trop souvent résignés, ayant perdu, contrairement à leur progéniture, tout idéal, tout enthousiasme, tout projet. Ce qui se dégage de ce film délicat est une immense tendresse, un optimisme voilé d'un rien de mélancolie, une espérance joyeuse qui est une bouffée de fraîcheur, une sonate douce et envoûtante  qui vous charme et dont on garde longtemps en tête la persistante tonalité. Une merveilleuse bonne surprise en ces temps empreints de désenchantement et d'amertume. En nous racontant cette quête d'une bande de charmants galopins qui croit que les miracles sont à sa portée, Kore-Eda écrit un hymne à la foi et à la vie et, sans effets inutiles, nous gratifie d'un petit miracle.

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 09:16

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Au cœur d'un huis clos situé quelque part en France dans les bureaux de la PJ une nuit de la Saint-Sylvestre, Jérôme Martineau, notaire, interprété par Michel Serrault, s’escrime contre l’inspecteur Gallien (Lino Ventura). Appelé à témoigner sur le viol et l’assassinat de deux fillettes, le notable cynique et sans histoires se transforme en suspect numéro un.



L’enquête en elle-même, dont on peut critiquer le dénouement un peu parachuté des cinq dernières minutes, n’est en fait qu’un formidable alibi pour visiter les arrières-cuisines d’une petite bourgeoisie de province dévorée par sa médiocrité, sa mesquinerie et son vide humain. Une société que mai soixante-huit n’a pas changée d’un poil : les mêmes sauteries mondaines ankylosées par les mêmes conventions, la même génération de garces bien élevées paradant aux bras des mêmes bons partis  qui les gavent de fourrures véritables et de séjours à Ibiza.

 

Cependant, tandis qu’un Claude Chabrol aurait sans doute montré cela avec une acidité cruelle, Miller filme simplement l’humiliation de Jérôme Martineau tandis qu’Audiard le fait parler, sous la lumière blanche de l’investigation policière. Le hiatus langagier et psychologique qui opposent Martineau et Gallien, chacun « poursuivant son histoire », porte le film à un niveau exceptionnel de tension, triple palier qui peint à la fois une affaire criminelle, une société viciée et le cœur d’un homme anéanti par le désenchantement conjugal.



Face à face de deux acteurs prodigieux dans un registre à l'opposé l'un de l'autre, ce film est un formidable suspense qui tient en haleine le spectateur par la qualité des dialogues d'Audiard particulièrement ciselés pour l'occasion,  la tension permanente que l'évolution du scénario fait peser sur ce présumé coupable, d'autant que sa femme, interprétée avec sensibilité par Romy Schneider, ne fait que noircir le tableau et conforter l'inspecteur dans la piste de la pédophilie. Tout concoure en effet à accuser cet homme qui, impudent, provocateur et désabusé, ne fait rien pour sauver sa peau. Son couple n'ayant plus d'issue, sa vie étant un immense gâchis, il s'accuse des deux meurtres pour en finir définitivement, suicide programmé en quelque sorte. On ne dira jamais à quel point Michel Serrault, qui recevra pour ce rôle un second César, est admirable et méritait le compliment d'Audiard d'être le meilleur acteur du monde. D'autant qu'il a fort à faire avec Ventura dont la présence puissante ne se relâche à aucun moment. Tous deux tissent une toile inéluctable où la respectabilité s'enlise à tout jamais, où le discernement ait mis à rude épreuve, où les vêtements peuvent être interchangeables selon les méandres d'une actualité que l'on ne maîtrise plus. Discrète et toute de retenue, Romy Schneider fait une apparition qui force l'admiration par sa densité douloureuse, sa désillusion amère et revancharde, par ce quelque chose d'à jamais perdu ou gaspillé, tandis que Guy Marchand méritait bien son César du meilleur second rôle dans celui du scribe un peu trop réactif qui s'immisce de façon brutale et maladroite dans cette garde à vue. Un film que l'on ne peut oublier avec sa musique lancinante, son décor d'une banalité décourageante et la pluie qui ne cesse de faire miroiter les vitres comme si la fin d'un jour, la fin d'un monde s'était tout à coup réfugié entre les murs poussiéreux de cette PJ.

 

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 08:27
MINCE ALORS ! de CHARLOTTE de TURCHKEIM

      

Nina, jeune femme un peu trop ronde, veut maigrir pour plaire à son mari qui n'aime que les minces - et pour cause, ils travaillent tous les deux dans une entreprise de maillots de bain - et ne semble pas, de surcroît, un modèle de fidélité. Il lui offre d'ailleurs, pour retrouver plus librement sa maîtresse, une cure d'amaigrissement de trois semaines à Brides-les-Bains, célèbre station des Alpes dont la réputation, dans ce genre de traitement, n'est plus à faire. Rythmé par des dialogues très drôles, le film est plus subtil que l'on aurait pu le craindre car, à travers les cas de ces hommes et femmes atteints de surcharge pondérale, se cachent de petits maux et de grandes misères engendrés par une société bourrée de contradictions et dispendieuse de diktats impitoyables.

 

 

 

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A l'hôtel où elle descend, Nina ( la charmante Lola Dewaere ) va rencontrer Emilie ( très convaincante Catherine Hosmalin ), une mère de famille enveloppée qui clame volontiers que "Big est beautiful " et qu'elle se fiche de son surpoids comme d'une guigne, mais on découvrira très vite ses coups de blues, ses refoulements, ses angoisses. Il y a aussi Sophie, une avocate marseillaise, campée par la pétulante et irrésistible Victoria Abril qui vient en cure pour se distraire, se chouchouter et trouver des compagnons de passage, affirmant à qui veut bien la croire  que ces aventures ne sont que des distractions agréables et sans conséquence, ce qui est faux, bien entendu ...Tout cela est assez simpliste, mais Charlotte de Turckheim n'a jamais entendu servir le 7e Art, seulement amuser un public tout disposé à rire avec des comédies faciles qu'ils auront oubliées dès le lendemain, mais qui leur enjolivent passagèrement l'humeur, pas folichonne ces derniers temps.

 

Bienvenu en ce début de printemps où femmes ( et hommes ) commencent à se préoccuper de leur apparence sur les plages estivales, Mince alors ! tente de signifier qu'il n'y a pas de complexe insurmontable, pas plus que de situation sociale ou maritale qui ne trouve sa solution. L'auteur aborde ici un sujet sensible avec une moquerie savoureuse, sans vulgarité, ce qui n'est déjà pas mal, et nous montre l'obésité et les problèmes de santé qu'elle génère sous sa face la plus joviale, avec assez de générosité  et de bonne humeur décomplexée pour que chacun des protagonistes s'en sorte avec dignité. Un film qui fait passer un bon moment, bien que la mise en scène soit inexistante, sauvé par sa chaleur humaine, ses réparties et le jeu des actrices, toutes rafraîchissantes. ( La salle en ce mercredi après-midi était pleine )

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 11:08

 5261333467107.jpg L'ancienne et la nouvelle affiches

 

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Un an, dix-huit millions de dollars et trois cent techniciens, voilà ce qu’il aura fallu pour ressusciter le film en 3D. Au final, plus qu’une conversion, c’est une véritable opération de rénovation. Un travail d’orfèvre en trois étapes : la réalisation d’un master numérique d’abord, un dépoussiérage de l’image ensuite et enfin la création de la troisième dimension. Une chirurgie qui ne serait pas la dernière si l’on en croit le producteur du film, John Landau, l’équipe songeant très sérieusement à s’attaquer à d’autres monstres du cinéma américain tel que Terminator et Aliens le retour. Steven Spielberg lui même trouverait amusant de revivre l’expérience Jurassic Park en 3D. Pour l’instant, Titanic doit faire ses preuves. Les spectateurs embarqueront-ils une nouvelle fois sur le RMS Titanic ? Sans doute mais rien n'est gagné...

 

Il est vrai que ce passage en 3D correspond avec la célébration du centenaire du plus célèbre naufrage de l'histoire, tragédie qui passionne encore et fait toujours frémir. Le film ne sera pas la seule manifestation faite autour de cet événement : s'ajouteront à cela des expositions, des livres, des documentaires, des conférences. Alors remontons le temps et souvenons-nous que tout a commencé dans les ténèbres et les eaux glacées de l'Atlantique nord. Nous sommes en cette nuit du 14 au 15 avril 1912, quand le veilleur Fleet, perché dans la hune du grand mât, donne l'alerte. Sortant d'un épais brouillard, un immense iceberg s'élève au-dessus des eaux. Le marin sonne trois coups de cloche et téléphone à la passerelle. L'officier Murdoch fait aussitôt stopper les machines et commande la fermeture des cloisons étanches. Mais le Titanic ne pourra éviter l'obstacle qu'il heurte à tribord. Le choc fait sauter les rivets et provoque six entailles le long de la coque, si bien que l'eau s'engouffrera rapidement dans cinq des seize compartiments. Le commandant  Edward Smith, un marin expérimenté de 62 ans qui vient d'obtenir avec ce voyage inaugural du plus grand paquebot jamais construit, son bâton de maréchal, prend aussitôt la tête des opérations et donne l'ordre d'envoyer sans plus tarder un message de détresse. Alors que l'on croyait le navire insubmersible,  l'étrave s'enfonce déjà et l'assiette accuse une inclinaison de 5° sur tribord. Après avoir effectué une inspection approfondie, l'ingénieur en chef Thomas Andrews va lâcher un verdict sans appel : Le Titanic coulera dans une heure et demi, deux heures tout au plus.  Le capitaine Smith décide dès lors de l'évacuation générale, même s'il ne peut ignorer que les vingt canots de sauvetage seront bien insuffisants pour recevoir plus de la moitié des personnes à bord. Pendant ce temps, les stewards font enfiler aux passagers des vêtements chauds et des gilets de sauvetage. Cependant la confiance reste générale. Les femmes et les enfants ont la priorité, mais nombreux sont ceux qui refusent de quitter le bateau, inconscients de la gravité de la situation et ne voulant pas se séparer d'un mari, d'un fiancé, d'un ami, ou bien plus effrayés encore de se retrouver sur une petite embarcation livrée à l'inconnu sur une mer glacée et sous un ciel sombre. Au point que les premières chaloupes seront descendues à moitié vides. Certains, néanmoins, sauveront leur peau sans tenir compte des priorités, alors que d'autres feront preuve d'un héroïsme admirable, comme les musiciens de l'orchestre qui continueront de jouer des valses et des airs de jazz jusqu'à l'ultime seconde, ainsi que Cameron l'a relaté dans son film.

 

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Mais la panique va bientôt succéder à la crédulité. A partir de 1h15, l'océan envahit la proue et l'inquiétude devient palpable, tandis que les passagers de troisième classe sont enfin autorisés à accéder au pont supérieur. Une heure plus tard, au milieu de scènes de détresse, le pont des embarcations et la passerelle de navigation sont submergés. Les lumières s'éteignent . En s'enfonçant, le paquebot se brise en deux entre la troisième et la quatrième cheminée. Ceux qui se sont jetés à la mer pour tenter de rejoindre les canots périssent en quelques minutes, figés par la température glaciale. Enfin à 3h 30, les rescapés aperçoivent dans le lointain les feux du Carpathia, rejoint ensuite par le Californian.

Erreur de pilotage du commandement, vitesse excessive dans une zone dangereuse à cause des conditions météorologiques favorables, ou vices dans la conception même du navire ? Un siècle après le drame, historiens et experts n'ont pas fini de s'interroger et le naufrage garde encore son mystère. Cela, en dépit de la découverte de l'épave en 1995 par 4000 mètres de fond. On décomptera plus de 1500 victimes. Trois-quart des membres d'équipage et des passagers de troisième classe périront. En revanche, 60% des premières classes ont eu la vie sauve. Parmi les victimes, la presse relèvera les noms d'Isidor Straus, propriètaire des grands magasins Macy's à New-York, du magnat du cuivre Benjamin Guggenheim, ou encore du richissime John Jacob Astor IV. La dernière survivante, dont le film s'inspire, Milvina Dean, décèdera le 16 octobre 2007, à 97 ans. Quant à Michel Navratil, le dernier Français rescapé, il deviendra professeur de philosophie et mourra nonagénaire en 2001, se considérant comme un resquilleur de vie et un grapilleur de temps.

 

Le film de Cameron, enrichi d'une belle histoire d'amour entre une passagère fortunée de première classe et un jeune artiste sans le sou, a su nous restituer ce que furent ces quelques jours d'un voyage dans et hors du temps, à bord d'un paquebot de 269 mètres de long, le plus luxueux jamais réalisé à l'époque, avec ses dix ponts, ses 29 chaudières et ses trois hélices. Pour cette première traversée vers New-York, il comptait 1300 passagers et 900 membres d'équipage. La première classe se composait d'immenses suites richement meublées, desservies par des ascenseurs et un escalier monumental ; l'ensemble sera très bien restitué dans le film qui fut considéré, à son tour, comme un événement avec 14 nominations et 11 Oscars, dont celui du Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure image, Meilleurs décors, Meilleure musique interprétée par Céline Dion. Si bien que cette pluie de récompenses et ce succès planétaire inspireront cette phrase à l'auteur : "je suis le roi du monde", comme l'était son héros au moment où sa caméra fixait cette scène culte. ( ci-dessous )

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 10:12

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Des films sur l'identité sexuelle et le travestissement, peu sont réussis et rares ceux qui ont échappé au ridicule. Ce n'est certes pas le cas de Tootsie qui, dans le genre, est un petit chef-d'oeuvre de finesse, de tact, de drôlerie et une performance inoubliable de la part de Dustin Hoffman absolument désopilant dans ce personnage, celui d'un acteur sans succès qui se fait passer pour une femme dans l'espoir de décrocher un rôle. Tourné en 1982, trente ans plus tard, le film n'a pas pris une ride et séduit par un scénario brillant, des dialogues percutants et une interprétation où la délicieuse Jessica Lange rejoint dans l'excellence son inénarrable partenaire.

 

 

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Et pourtant le film était un pari risqué. Il pouvait à tout moment sombrer dans le mauvais goût ou simplement le ridicule. On reconnaît là le doigté de Sydney Pollack qui n'était pourtant pas réputé pour ses productions comiques, mais a su jouer sur la corde sensible et apporter à cette histoire de travestissement une humanité touchante à la Charlie Chaplin.  Encensé par la critique et le public, le film ne remporta pas l'Oscar, coiffé sur le poteau par le Gandhi de Richard Attenborough - beau film il est vrai - ne laissant à la charmante Jessica Lange que le plaisir d'être sacrée meilleure actrice dans un second rôle.

Quant à Dustin Hoffman, il ne faisait que confirmer un talent indiscutable qui lui a permis d'aborder les personnages les plus divers avec le même brio. Probablement une des comédies les plus irrésistibles où la métamorphose de l'acteur est réellement bluffante et l'approche de la féminité, abordée sous un angle inattendu, un vrai bonheur.

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Pour consulter l'article que j'ai consacré à l'acteur Dustin Hoffman, cliquer sur son titre :

 

DUSTIN HOFFMAN

 

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 13:19

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Plus qu'un film sur le destin d'une figure incontournable de la vie politique européenne de la seconde moitié du XXe siècle, La dame de fer est une réflexion sensible sur une femme vieillissante, dont la vie a certes été exceptionnelle mais qui se trouve confrontée - comme toutes les autres - à la maladie, la vieillesse et la solitude. L'accent est ainsi mis sur la condition humaine d'un être perdant peu à peu ses ressources et son autonomie, cela grâce à un scénario qui s'est refusé à se focaliser sur les grandes heures de ce destin hors normes et lui a préféré les pages plus discrètes et méconnues de cette fille d'épicier qui, à force de volonté et de détermination, a réussi à démanteler les barrières peu poreuses  liées au sexe et au milieu social. C'est également un film sur le pouvoir et le prix à payer pour y parvenir, d'autant plus si on est une femme venue de nulle part. Aussi ce portrait imaginé est-il troublant, car il confère à celle que l'on reléguait dans le seul et unique rôle de dame de fer requise par la grandeur de l'Angleterre, une vision autrement plus humaine servie, il est vrai, par le charisme d'une actrice de l'envergure de Meryl Streep, qui n'aura pas usurpé son Oscar.   

  

 

Tout a déjà été écrit de son interprétation et des évocations de quelques-unes des pages essentielles de ses deux mandats pour que je n'en rajoute pas inutilement, mais ce film est néanmoins un formidable portrait de femme en proie à ses obsessions, à ses chagrins, à ses convictions, dont le combat principal a  été celui qu'elle s'est livrée à elle-même pour atteindre ses objectifs et écrire une page de l'histoire de la Grande-Bretagne, dans un souci constant de grandeur et de puissance. Réalisé par une femme Phyllida Lloyd d'après le scénario d'une autre femme Abi Morgan, ce portrait est beau et émouvant mais n'échappe pas à quelques fautes de goût, principalement dans les apparitions soudaines du mari disparu dont on sait qu'il formait avec Margaret un couple uni. C'est sans doute cette solidité de sa vie maritale qui a permis à madame Thatcher de consolider le socle sur lequel reposait sa carrière de chef de gouvernement. Privilégiant la petite histoire aux dépens de la grande, on comprend que cet opus ait déçu, bien qu'il ait  le mérite - et pas des moindres - de nous montrer à quel point chacun, à un moment donné de sa vie, aussi illustre ou modeste soit-elle, est confronté aux mêmes détresses et aux mêmes abandons. Aussi, pour conclure, citerai-je cette réplique mise dans la bouche de l'actrice et sensée avoir été prononcée par le premier ministre lors d'une visite à son médecin : " De nos jours, les gens ne pensent plus : ils ressentent ! "Comment vous sentez-vous ?", "Je ne me sens pas à l'aise"...Vous savez quel est l'un des grands problèmes de notre époque ? C'est que nous sommes gouvernés par des gens qui se soucient plus de sentiments que de pensées ou d'idées. Moi, c'est cela qui m'intéresse. Demandez-moi ce que je pense, pas comment je me sens !

 

Le must du film en quelque sorte, un must qui permet d'oublier le recours trop permanent à des connotations inutilement sentimentales.

 

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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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