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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 09:50
MILLION DOLLAR BABY de CLINT EASTWOOD

 

"Million Dollar Baby",  adapté d'une nouvelle d'un ancien soigneur de boxe professionnel intitulée "Rope Burns" par le scénariste Paul Haggis, nous conte l'histoire d'un vieil entraîneur de boxe et d'une jeune boxeuse novice que ce dernier va finir par prendre sous son aile, après avoir refusé longtemps d'être son  manager. Haggis écrit une première version acceptée par la Warner qui pense lui en proposer la mise en scène et donner le premier rôle à Eastwood. Mais ce dernier décide de réaliser le film lui-même, tout en interprétant le rôle de l'entraîneur. Hilary Swank sera chargée d'interpréter celui de la jeune boxeuse de 31 ans, dont l'existence n'a été jusqu'alors qu'une suite de chagrins et d'humiliations et qui espère retrouver sa fierté et donner sens à sa vie en se battant sur un ring.

 

 

 Le tournage a lieu à Los Angeles au début de l'année 2004. Eastwood endosse à la fois le rôle de compositeur en plus de ceux d'acteur, réalisateur et producteur. A sa sortie, le film soulève une vive polémique, car il y est question d'euthanasie et que la société américaine n'est pas du tout disposée à l'accepter. Eastwood réplique, piqué au vif,  "qu'il n'est pas nécessaire d'être pour l'inceste pour aller voir Hamlet". Mais le film ne décolle pas et la Warner n'accepte de le distribuer que parcimonieusement dans 147 salles. Cela, avant que les nominations, lors des festivals, ne replacent l'oeuvre sur le devant de l'écran et commencent à susciter l'engouement de la part d'un public touché par le regard si humain que Eastwood pose sur ce sujet délicat. Ce seront deux Globes d'or et pas moins de 4 Oscars que ce film va recueillir en 2005 : Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur, de la meilleure actrice pour la touchante Hilary Swank et du meilleur second rôle pour Morgan Freeman, sobre et juste dans le personnage d'un ancien boxeur qui a perdu l'oeil droit lors de son ultime combat et qui est le seul à connaître la cause secrète des souffrances de son patron.

 



Vingt-septième film de l'acteur-réalisateur, "Million Dollar Baby"  nous initie aux codes, aux habitudes de langage et d'esprit de ce milieu singulier autour des trois personnages centraux et use en sorte que le ring devienne le lieu où se nouent des relations humaines d'une particulière intensité, au vu des enjeux et des peurs qui en découlent. Car derrière le schéma officiel, c'est l'officieux - celui du combat contre soi-même - vers lequel se porte tout l'intérêt du film. A la violence jetée an pâture, ce sont les violences secrètes, les plaies intimes et inguérissables que nous dévoile l'auteur. La tendresse qu'il porte à ses personnages fait de ce ring étroit un lieu mythique où les passions s'affrontent plus et mieux que les coups de poing et où la rage de vaincre cède parfois à la douleur d'aimer. Entre ces êtres déchirés par le destin et leurs drames personnels s'élabore une relation bouleversante, où les carapaces se fendent et où les coeurs mis à nu révèlent leur grandeur et leur faiblesse, instruisant sur et autour du ring un impossible rêve de sueur et de sang. Admirable.

 

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Pour consulter l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer sur son titre :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 09:12

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1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley.
Pourtant, Smiley est bientôt secrètement ré-engagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Epaulé par le jeune agent Peter Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Alors que l’identité de la taupe reste une énigme, Ricki Tarr, un agent de terrain en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’une femme mariée, Irina, qui prétend posséder des informations cruciales. Parallèlement, Smiley apprend que son ancien chef a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase… et Smiley lui-même.
Dans un climat de suspicion, de manipulation et de chasse à l’homme, tous se retrouvent à jouer un jeu dangereux qui peut leur coûter la vie et précipiter le monde dans le chaos. Les réponses se cachent au-delà des limites de chacun…

 


"La Taupe", mis en scène par le Suédois Tomas Alfredson, nous prend à témoin de la lutte feutrée en apparence et impitoyable en réalité que se livrent l'Occident et l'URSS. Le scénario de Bridget O'Connor et Peter Straughan compresse, il est vrai, en 2 heures de projection, les innombrables méandres du roman de John Le Carré et les inépuisables démêlés des agences du système des renseignements britanniques après une opération ratée derrière le rideau de fer, afin de tenter de découvrir l'identité de l'agent double infiltré au coeur du quartier général du M16. Il est plus que probable que John Le Carré s'est inspiré alors des légendaires "Cinq de Cambridge" qui officièrent durant les années 37/47, sans doute les indicateurs les plus efficaces de l'Occident au service des Soviets. Le plus connu était Harold Adrian Russel Philby. On sait qu'à l'époque Cambridge était truffé de sympathisants communistes. Le second du groupe n'était-il pas le fils d'un ancien ministre, haut dignitaire de l'Empire britannique, Donald MacLean, qui incarnait par son affabilité l'agent secret idéal, à la façon dont l'acteur Colin Firth compose le personnage de Bill Haydon ? Alors que "Les cinq de Cambridge" opéraient lors de la lutte clandestine contre le fascisme, "La Taupe" se situe durant la guerre froide des années 70. Tomas Alfredson excelle dans la restitution d'une atmosphère trouble à souhait grâce à sa collaboration avec le plus dandy des couturiers : Paul Smith. Tout est conçu pour composer des images qui nous replongent dans le décor d'une Angleterre qui sortait difficilement de l'austérité héritée de la guerre. On y perçoit la touche de rouge des cabines téléphoniques, des autobus à impériale, des boîtes aux lettres, couleur qui contraste savamment avec la tonalité sombre et sévère des images, le vestiaire des costumes au charme rétro très british porté par les protagonistes, les pièces d'échecs qui font partie intégrante de l'intrigue, puisqu'elles servent à fixer notre attention sur les personnages suspectés d'être la taupe, puis la théière, le mobilier et autres objets qui renvoient en permanence à l'époque par petites touches, chacune ayant son importance et son subtil écho.

 

 

Et enfin, il y a les acteurs et leur remarquable interprétation, dont celle centrale et captivante de George Smiley prêt à sacrifier sa moralité sur l'autel des exigences de la nation. L'anti James Bond, aussi discret que l'autre était brillant, et dans la peau duquel se glisse de façon magistrale Gary Oldman, dont c'est là l'un des grands rôles. Après des années difficiles, il revient sur le devant de l'écran dans une composition complexe, riche de mille nuances, celle d'un agent solitaire assumant ses paradoxes dans l'intérêt d'un bien supérieur. En définitive, il est celui à qui incombe les basses besognes, de façon à ce que les citoyens ordinaires, forcément honnêtes et ignorants de ces choses, puissent dormir tranquilles dans leur lit.

 

 

Ceux qui l'entourent sont au diapason, que ce soit Colin Firth, le joli coeur doué pour séduire les hommes comme les femmes, toujours vêtu de costumes élégants, un sourire ironique au coin des lèvres, ou Toby Jones dans celui de l'ambitieux Sir Percy Alleline qui tente de tenir les rênes en ces temps troublés et joue avec le feu, ou encore Ciaran Hinds dans la peau de Roy Bland, agent virtuose et polyglotte, très introduit à l'Est. Il se ralliera bientôt à Alleline dans l'espoir d'une promotion rapide. Le film rend admirablement le climat délétère et malsain de ce milieu, où le soupçon est devenu leitmotiv, les trahisons et les retournements fréquents, où chacun a ses fêlures que les autres s'emploient à exploiter et où l'on joue constamment aux échecs dans un monde où deux blocs s'affrontent sans merci, au prix des coups les plus tordus et les plus sordides.

 

 

Si l'intrigue est parfois un peu difficile à suivre, elle ne se relâche pas un instant et se décline avec une rare intelligence, tant dans le déroulé des images que dans les dialogues percutants, les flash-backs qui donnent une tonalité étrange et subtile au film. La bande sonore, oeuvre du jeune Alberto Iglesias, colle parfaitement au sujet et a le mérite de se fondre dans l'action en la rehaussant, sans la gêner. A coup sûr, l'un des films les plus aboutis sur l'espionnage qu'il nous a été donné de voir.

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 09:32

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En Afrique, dans l’une des régions les plus sauvages du monde, les animaux vivent libres, loin des hommes. Au sud du fleuve, qui divise ces magnifiques terres, règne le clan des lions mené par Fang, tandis que la lionne Layla y élève la jeune Mara. Entre chasse et liens familiaux puissants, c’est la vie d’une famille qui s’écrit. Au nord du fleuve, le lion Kali et ses quatre fils rêvent d’étendre leur territoire. Bientôt, les eaux seront assez basses pour que les maîtres du nord tentent leur chance au sud… Dans cet environnement où chacun joue sa survie, Sita, une splendide femelle guépard, tente d’élever seule ses petits. Au fil des saisons, ces destins vont se croiser à travers une histoire qui n’est ni inventée ni mise en scène, mais captée comme jamais auparavant, dans sa bouleversante intimité et sa spectaculaire beauté.

 

Des semaines de repérage, deux ans et demi de tournage, une équipe de techniciens spécialisés et une technologie de pointe auront été nécessaires pour produire ce document animalier tourné dans la réserve du Masaï-Mara au Kenya, et pour saisir la nature dans ce qu'elle a de plus authentique : la vie des félins filmée au coeur de paysages grandioses, au rythme des pluies et des ensoleillements. Et si la voix humaine, qui se croit dans l'obligation d'expliquer ce que les images démontrent avec tant de réalisme et de splendeur, semble parfois un peu envahissante, le spectacle n'en reste pas moins fascinant, provoquant notre émerveillement. Car lions, léopards et guépards composent un casting formidable qui, à lui seul, mérite tous les Oscars, tant ces animaux crèvent l'écran et sont, dans leur lutte pour assurer leur survie quotidienne, d'une élégance, d'une dignité et d'une noblesse inouïes. Quand une lionne ne se sent plus en mesure de servir sa fratrie, elle s'éloigne pour aller mourir seule, confiant sa fille à la garde des femelles incroyablement bien organisées en société familiale pour la protection et l'éducation des plus jeunes. Cette éducation monopolise leur attention. Ne s'agit-il pas d'apprendre à chasser, à se défendre à leur progéniture dans une jungle où le danger est embusqué derrière chaque buisson d'épineux, chaque repli de terrain, chaque marécage  peuplé de crocodiles. Cela demande des mois de patience,  une vigilance de tous les instants, des reprises incessantes car les lionceaux sont souvent indisciplinés. Mais les mères sont les plus attentives, les plus câlines qui soient. Et leurs jeux avec leurs petits composent d'inoubliables tableaux où la tendresse est constamment présente.

 

Quant aux mâles, que l'on sait plus paresseux que les femelles, ils ont sacrément fière allure. Ce sont des parrains aux regards d'acier qui promènent dans la savane leur orgueilleuse assurance et n'hésitent pas à faire siens les mets de choix que les lionnes s'apprêtaient à partager avec leurs petits. Quant aux gnous, aux innombrables gazelles, aux phacochères, aux zèbres, aux gracieux empalas, ils sont les victimes désignées dont le courage et l'audace méritent toutefois notre admiration. Car eux aussi savent développer des stratégies, eux aussi font preuve d'astuces pour déjouer les plans des grands fauves et, souvent, gagner la partie. Certes, dans ce monde sauvage, pas de place pour les faibles, les  geignards, les indécis, les poltrons, les velléitaires, les impuissants, les désarmés, tout se joue à l'adresse, à la dextérité, à la précision. La vigilance ne doit jamais faillir, la vaillance, l'intrépidité non plus. Tout se joue dans l'instant, tout se règle d'un regard, d'un frémissement, d'un bond. C'est ainsi. Ce monde est élitiste comme il en est peu.  

 

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 10:08
TELEVISION & CINEMA

 

 

Télévision et cinéma ont, durant toute une période, développé des relations complexes et pour le moins difficiles, mais ont su, au cours des années, s'enrichir mutuellement grâce à la participation de cinéastes de talent et de producteurs avisés. Comme le théâtre, qui avait méprisé le cinéma à ses débuts, ne voyant en lui qu'un art de foire subalterne, le cinéma a longtemps regardé la télévision avec mépris, la considérant comme un art mineur. A ce dédain naturel s'est ajouté un sérieux sujet d'acrimonie propre à des revendications houleuses, car la télévision, dans un premier temps, a vidé les salles obscures. Partout où elle apparaîssait, elle faisait chuter la fréquentation cinématographique dans des proportions si alarmantes que l'on peut comprendre l'inquiétude des cinéastes. Aux Etats-Unis le phénomène survint dès les années 1950 et en Europe à partir de la fin des années 60. A la suite de cette perte de spectateurs, des pays de grande tradition cinématographique comme l'Italie, l'Allemagne, la Grande-Bretagne ont vu leur activité de production se réduire à un point tel que le pire fut envisagé. La situation est différente aujourd'hui car un rééquilibrage s'est effectué sous l'effet de divers facteurs.

 

 

D'abord le facteur économique, car la télévision, grosse dévoreuse de films, a non seulement acheté un certain nombre d'opus mais a investi dans la production cinématographique afin de s'assurer des exclusivités, si bien que les cinéastes ont continué de tourner et de miser sur la création. Ce fut le cas d'Ingmar Bergman avec "Scènes de la vie conjugale" et "Saraband", tout d'abord téléfilms puis films qui lui ont permis de toucher un vaste public et d'asseoir sa renommée internationale. Jusqu'au bout, Bergman avait d'ailleurs contrôlé le format initial des films et leur diffusion. En Italie, vingt-quatre semaines de tournage furent nécessaires pour la saga  "Nos meilleures années" qui mit en boîte six heures de projection d'images et quarante années de l'existence d'une famille italienne entre destins individuels et destins collectifs. Belle aventure qui a fait de ce plaisant  téléfilm un succès cinématographique d'autant plus inespéré que cette oeuvre respecte tout ensemble les canons de la télévision et du cinéma par ses solides exigences artistiques. En France des téléfilms comme "Tous les garçons et les filles", chronique adolescente dans la France provinciale des années 60, ont contribué aux belles heures d'Arte et "Les roseaux sauvages" d'André Téchiné obtint le César du meilleur film et ne comporte que vingt minutes supplémentaires entre sa version télévisée et cinématographique. Ainsi des firmes ont-elles contribué au financement d'oeuvres majeures.  Et cette action fut particulièrement marquée en France grâce à la volonté des chaînes de co-produire des films générateurs d'audience et de consacrer une partie substantielle de leur chiffre d'affaires à l'innovation. Il est vrai  aussi que la télévision devint très vite un média privilégié auprès des enfants et des personnes âgées.

 

 

Au final, une forme de coexistence a fini par s'instaurer entre la télévision et le cinéma, au point d'aller jusqu'à l'hybridation dans certains pays. C'est ainsi que l'on a vu des réalisateurs britanniques comme Ken Loach ou Kenneth Branagh se former à l'école de la télévision. Et il n'est pas rare, en Europe et en Amérique, qu'un réalisateur alterne avec succès téléfilms et films. Ces transferts sont plus rares en France (sauf dans la mouvance de la chaîne Arte) et se limitent le plus souvent aux acteurs. Depuis quelques années, certaines vedettes comme Depardieu n'ont pas dédaigné à se commettre dans des téléfilms. Et il arrive parfois que des animateurs ou des humoristes, que le petit écran a rendu célèbres, se tournent ensuite vers le grand écran comme acteurs ou comme réalisateurs. Ce sont souvent des surgeons de Canal + : les Inconnus, les Nuls, Jamel Debbouze ou Edouard Baer en phase avec la sensibilité des ados.

 

 

Mais plus important encore que ces transferts m'apparaît la contribution de la télévision à la formation d'une culture cinématographique "grand public". Nombre de films n'étaient visionnés autrefois que par  quelques centaines ( voire quelques dizaines ) de milliers de spectateurs, alors qu'ils sont appréciés désormais par des millions de téléspectateurs. Chaque année, ce ne sont pas moins de 7000 films qui sont diffusés par l'ensemble des chaînes du petit écran pour le bonheur d'un public toujours plus large et l'éveil éventuel de nouveaux talents.

 

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TELEVISION & CINEMA
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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 11:09

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Mort à 76 ans des suites d'un accident de la circulation, Théo Angelopoulos, né à Athènes en 1935, est l'auteur d'une oeuvre personnelle qui se singularise par la force et l'évidence avec lesquelles elle impose l'essence de sa culture, loin des conditionnements qui trop souvent en réduisent la portée. Exaltés par la photographie de Yorgos Arvanitis et la musique d'Helena Karindou, les films d'Angelopoulos témoignent de l'odyssée contemporaine de la Grèce . Après des études de droit, le jeune homme suit les cours de l'IDHEC et devient un proche de Jean Rouch. De retour dans son pays, il est engagé comme critique de cinéma par le quotidien Allagi, publication suspendue plus tard par la junte militaire. En 1965, Angelopoulos commence à travailler sur un long métrage Forminx Story qu'il ne terminera pas et, en 1968, tourne un court métrage  L'émission, avant de passer à la réalisation de son premier long métrage La reconstitution ( 1970 ), dans lequel il analyse les conséquences d'un crime - l'assassinat d'un émigrant à son retour d'Allemagne par sa femme et l'amant de celle-ci - et les répercussions qui s'en suivent. Remarqué par la critique internationale, le film attire l'attention sur le cinéma grec, qui ne traversait pas alors une période favorable.

 

Angelopoulos se lance ensuite dans un projet plus ambitieux, trois films qui constituent une sorte de trilogie de l'histoire de la Grèce contemporaine. Jours de 36  se situe juste avant l'élection qui conduit le général Metaxas à imposer sa dictature. L'opus évoque la séquestration d'un membre réactionnaire du Parlement, les hésitations du gouvernement et l'assassinat du preneur d'otage qui annonce la répression sévère qui suivra. Le voyage des comédiens  ( 1975 ), présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, reçoit le prix de la Critique et est considéré comme un chef-d'oeuvre du cinéma moderne. Ce film narre l'histoire d'une troupe de comédiens dans la Grèce des années 1939 à 1952 et fonctionne sur le principe de la mémoire collective, naviguant sans entraves dans les strates d'un passé récent et dramatique : la dictature de Metaxas, l'occupation nazie, la Résistance grecque déchirée par ses tendances diverses, la victoire de la monarchie, la guerre civile, la défaite des communistes en 1949 et les élections de 1952. Les membres de la troupe s'expriment d'ailleurs à plusieurs niveaux - tout comme les figures de l'histoire populaire qu'ils interprètent - selon le point de vue historique et l'évolution de la Grèce elle-même. Dans Les Chasseurs, que le cinéaste tourne en 1977, il évoque, une fois encore, l'histoire politique de son pays et ouvre son opus sur la découverte par des chasseurs du corps d'un combattant de la Résistance : poids de l'histoire, examen critique du pouvoir, théâtralisation à la Bretch de l'insignifiance de l'individu par rapport au groupe, rejet de la narration conventionnelle au profit d'un récit volontairement décousu dans lequel la caméra fixe de longs plans séquence, tels sont les thèmes et les moyens qu'utilise le metteur en scène afin de donner la sensation d'un temps alternatif qui se joue de l'homme. Le pouvoir sera encore au centre du propos d'Alexandre le Grand  ( 1980 ), récit d'un bandit de grand chemin qui tente de régner en tyran en imposant sa propre démocratie, au tournant du XXe siècle. Issu du peuple, il finira par être détruit par le peuple et la métaphore renvoie, non seulement à la figure antique d'Alexandre, mais également au héros de la révolution grecque et au chef de la Résistance face à l'occupant nazi. Ce film obtiendra le Lion d'or au Festival de Venise.

 

Après la réalisation en 1982 du documentaire Athènes retour à l'Acropole, Angelopoulos commence une collaboration avec le scénariste et poète Tonino Guerra pour Voyage à Cythère  en 1984. Dans ce dernier film, qui remportera le prix de la Critique internationale au Festival de Cannes, on suit les traces d'un cinéaste qui veut réaliser un film sur son propre père, un ancien communiste qui revient de l'Union soviétique après trente ans d'exil, et qui est devenu un étranger dans son pays natal. A travers la représentation d'une société dans laquelle toute spiritualité semble avoir été bannie, Angelopoulos exprime de façon subtile sa propre désillusion. Une quête d'identité, clairement marquée par l'influence d'Antonioni, remplace l'étude du groupe. Le thème du retour chez soi, marqué par le franchissement d'une frontière, devient une caractéristique des thématiques suivantes du réalisateur. L'Apiculteur  ( 1986 ), ultime voyage d'un vieil homme, magistralement interprété par Marcello Mastroïanni, puis Paysage dans le brouillard  ( 1988 ), voyage de deux enfants égarés à la recherche d'un père imaginaire, poursuivent l'étude d'un monde sans âme qui a perdu ses repères. Dans ce dernier film, Angelopoulos fait référence au Voyage des comédiens  de façon explicite, à travers le personnage d'Oreste qui rencontre les deux héros du film. Le Pas suspendu de la cigogne,  en 1991, est situé aux limites des deux pays imaginaires, au coeur d'un village envahi de réfugiés. Un journaliste pense avoir reconnu un politicien qui avait mystérieusement disparu. Le cinéaste commence là une réflexion amère sur la perte des repères en Europe depuis la chute du mur de Berlin. Puis viendra Le Regard  d'Ulysse en 1994, odyssée contemporaine où Angelopoulos se met en quête des racines du 7e Art balkanique et évoque une nouvelle fois la tragédie des guerres, développant une réflexion sur le parcours d'un homme, sa vie, ses amours, ses désillusions. Le film sera honoré du prix du Jury et de celui de la Critique internationale au Festival de Cannes. Mais la récompense suprême, Théo Angelopoulos l'obtiendra en 1998 pour L'Eternité et un jour, où l'on voit un écrivain vieillissant naviguer entre passé et présent et choisir de quitter l'hôpital où il est soigné pour sauver des enfants albanais et qui lui méritera la Palme d'or. Depuis lors, le réalisateur avait encore produit Eleni - La Terre qui pleure en 2004.

Ainsi, film après film, Angelopoulos avait-il redonné ses lettres de noblesse au cinéma grec.

 

Sources : Jean Gili

 

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 11:22
SI ON VIVAIT TOUS ENSEMBLE ? de STEPHANE ROBELIN

          
Annie, Jean, Claude, Albert et Jeanne sont liés par une solide amitié depuis plus de 40 ans. Alors quand la mémoire flanche, quand le cœur s’emballe et que le spectre de la maison de retraite pointe son nez, ils se rebellent et décident de vivre ensemble. Le projet semble fou mais même si la promiscuité dérange et réveille de vieux souvenirs, une formidable aventure commence : celle de la communauté... à 75 ans !

 

Stéphane Robelin a porté ce projet pendant plusieurs années avant de pouvoir le réaliser grâce au coup de pouce de financiers allemands, d'où la présence dans l'opus d'un jeune auxiliaire de vie, un étudiant préparant une thèse d'ethnologie, interprété par Daniel Brühl. Mais comment Jane Fonda, Géraldine Chaplin, Claude Rich, Pierre Richard et Guy Bedos allaient-ils réagir et accepter d'être ainsi confrontés, quel que soit leur statut et leur notoriété, à leur propre rapport avec l'âge ? Eh bien  ils ont joué le jeu crânement dans la mesure, soulignait Rich, que le scénario comprenne assez d'humour et de gravité souriante pour que le thème ne soit pas plombé, si bien qu'ils forment à eux cinq le seul intérêt de "Et si on vivait tous ensemble ?"  Car en-dehors de leurs prestations, le film ne recèle aucune qualité particulière et se contente de mettre en valeur ces acteurs épatants et rafraîchissants, mai oui ! - véritables galopins à carte vermeil qui n'en font ni trop, ni pas assez, et nous emportent dans une sympathique histoire qui parvient à nous toucher et à nous faire sourire. Car le pathétique des situations est traité avec suffisamment de légèreté, sans tabous aucuns, pour que cette variation autour de la vieillesse reste une belle leçon de vie. Cette idée de vieux amis réunis dans un pavillon de banlieue pour échapper à la maison de retraite a quelque chose de requinquant et donne au film sa coloration tendre. D'autant que les acteurs entrent parfaitement dans la peau de leurs personnages qui n'est autre que la leur : Jane toujours séductrice et séduisante, Claude malicieux et élégant, Géraldine délicatement présente, bien qu'effacée, Guy dans le rôle du râleur professionnel et militant qu'il a toujours été, enfin Pierre Richard en distrait impénitent qui s'isole dans ses absences qu'accentuent les prémisses de la maladie d'Alzheimer. Mais, hélas ! la mise en images à laquelle a recours le cinéaste, et qui n'est jamais qu'une version pauvre de la mise en scène, enlève à ce film l'impact qu'il aurait pu avoir, et on ne peut que regretter que ce casting éblouissant ne soit pas servi par davantage d'audace et d'originalité cinématographique.

 

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SI ON VIVAIT TOUS ENSEMBLE ? de STEPHANE ROBELIN
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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 10:43

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Film ambitieux et envoûtant qui révèle les ombres et les replis ténébreux de l'histoire américaine, le dernier Eastwood est l'histoire de J. Edgar Hoover, le patron et fondateur du FBI, que l'on voit dès la première scène dictant ses mémoires à un jeune et séduisant agent, de façon à ce que celles-ci apparaissent à la postérité sous les apparences les plus flatteuses. De l'enlèvement du bébé de Charles Lindbergh aux "raids Palmer", de l'arrestation du célèbre criminel John Dillinger à la panique rouge qui saisit des Etats-Unis au lendemain de la révolution bolchevique, c'est un demi siècle que le cinéaste passe en revue par l'intermédiaire de cet homme que l'on verra, au fil de l'action,  coincé entre conventions sociales et désirs personnels. Avec l'aide de son scénariste Dustin Lance Black, Eastwood construit en déconstruisant un mythe, celui d'une Amérique virile, sûre d'elle et puissante qui se veut à tout jamais invulnérable, grâce à l'initiateur du plus gigantesque fichier d'empreintes digitales au monde, cet Edgar Hoover qui s'est donné pour but de faire entrer la police dans l'ère de l'expertise médico-légale et scientifique. Mais cet homme redoutable et redouté, qui parvint à édifier par lui-même un empire du renseignement inégalé, n'en est pas moins affligé de tares et de faiblesses intimes, vivant jusqu'à un âge avancé auprès de sa mère possessive qui l'incitera à vaincre son bégaiement et à gravir, marche après marche, les échelons de la bureaucratie fédérale, instituant un nouveau style, de nouvelle méthodes assez peu orthodoxes et usant de tous les coups tordus possibles pour parvenir à ses fins. C'est aussi à cause de cette mère ( Judi Dench ) qu'il fera en sorte de cacher son homosexualité, envisageant même des mariages de convenances et s'affichant volontiers en présence de femmes célèbres, mais ne vivant pas moins durant quarante ans auprès de son associé-amant Clyde Tolson ( Armie Hammer ), qu'il traitait selon les circonstances plus ou moins bien ou mal, et qui lui restera fidèle, comme sa secrétaire Hélène Gandy ( la délicieuse Naomi Watts ),  jusqu'à la mort.

 

 

Ainsi ce bouledogue mégalo, orgueilleux et obsessionnel, le plus souvent mal embouché, aura-t-il ses fidèles pour la simple raison qu'il savait remarquablement alterner terreur et humanité, dureté et tendresse, se composant un personnage hors norme, celui du grand flic, tantôt héros national, tantôt salaud vindicatif. Diplômé en droit de l'université George Washington, l'implacable justicier traversera trois guerres et opérera sous huit présidents, sachant se maintenir en place, malgré les aléas rencontrés, surtout sous la présidence de John Kennedy, parce qu'il avait su accumuler  des informations personnelles sur chacun d'eux, principalement sur leurs vies sexuelles, ce qui était un comble lorsque l'on sait aujourd'hui les complexités de la sienne. Il tenait sous le coude les documents concernant les penchants lesbiens de Madame Roosevelt et les frasques des frères Kennedy. Mais c'est ainsi !  Cet homme était un manipulateur de génie, un être trouble et troublant que Eastwood nous présente selon un narratif concis, fait de flash-back habilement distribués entre les périodes les plus significatives de sa vie. Plus encore qu'un film sur le pouvoir, le cinéaste a souhaité mettre en relief un être en proie à ses contradictions ; d'une part, un orgueil monstrueux qui le poussait à agir de façon à ce qu'il soit le gardien le plus féroce du conformisme blanc américain ; d'autre part, une faiblesse de nature qui en faisait la victime de ses pulsions et de ses hantises. Son souci maniaque d'empiler dans des placards des tonnes de dossiers compromettants sur les hommes politiques de son temps ne servait-il pas, en définitive, à dissimuler ses secrets et ses compromissions ? Car Hoover était un marginal qui, pour échapper à ses démons, s'était forgé une stature sur-dimensionnée, celle du gardien des valeurs sacrées de son pays.

 

 

Ce biopic, trente-deuxième long métrage de Clint Eastwood, est sans nul doute un grand film de par l'ampleur de la fresque proposée, mais également pour l'interprétation saisissante que Leonardo DiCaprio fait de cet Edgar Hoover qu'il incarne de l'âge de 20 ans à celui de 77 ans de manière magistrale. Film après film, cet acteur prouve sa faculté à entrer dans la peau de personnages aussi forts que caricaturaux ( avec l'aide de maquilleurs expérimentés évidemment ) et à leur donner une épaisseur humaine impressionnante. Il est indéniable que sans lui l'opus n'aurait pas eu cette puissance de conviction. Bien entendu un tel film ne pourra jamais satisfaire les amoureux de l'histoire, parce qu'il ne fera jamais que la survoler, ne nous livrant que des épisodes successifs et aspirant à trop embrasser pour ne pas risquer de mal étreindre.

 

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CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 11:53

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Je me rendais à la projection de ce film avec un à priori favorable, après avoir lu des critiques enthousiastes, ce qui n'est certes pas la meilleure façon d'aborder un film, tant le risque est grand d'être déçue. Eh bien non ! - je ne l'ai pas été, tout au contraire, je suis entrée dans cet opus avec délice, j'ai marché totalement dans cette histoire qui relate les destins croisés de George Valentin ( clin d'oeil à l'acteur Valentino, idole des années 1920 ) et de la sémillante Peppy Miller et nous plonge dans l'âge d'or du 7e Art hollywoodien. Cette évocation, tournée en noir et blanc sur fond musical, sans discours emphatiques, ni vaines paroles - et pour cause c'est un film muet - est une réussite inespérée, une ode poétique à un passé au charme suranné et néanmoins irrésistible.

 

Il fallait oser à l'époque d'un cinéma bavard et provocateur, souvent violent et gâché par les effets spéciaux et un réalisme outrancier, remonter aux sources, revenir au cinéma de nos grands-mères et nous convier à re-visiter les studios d'Hollywood au temps où régnaient Mary Pickford, Charlie Chaplin et Buster Keaton. L'engouement du public d'alors était tel qu'il avait abouti à une guerre commerciale pour le contrôle de l'industrie naissante. En ce temps-là, les salles obscures étaient pleines et on passait du court-métrage ou du film à épisodes aux superproductions de dix à douze bobines qui introduisaient un souffle nouveau dans le récit cinématographique. A la veille du crack de 1929, la mecque du 7e Art était euphorique. La première guerre mondiale, en affaiblissant les concurrents européens, avait assuré la suprématie du cinéma américain. Près de 50 millions d'entre eux fréquentaient les salles obscures chaque semaine et les vedettes de l'écran étaient devenues les nouveaux dieux de cette olympe. Mais en 1924, déjà, la Warner faisait le pari d'adapter la technologie du son au cinéma et, en 1926, la société produisait Don Juan, le premier long métrage sonore d'Alan Grosland avec John Barrymore. Il est vrai que cette innovation était encore loin de satisfaire ses promoteurs et l'endettement de la Warner atteignit un niveau critique. Mais aussi fou qu'il soit, le pari allait  réussir et, en 1928, la Warner, requinquée par le procédé Movietone, se convertissait totalement au parlant.

 

C'est ce moment clé que le réalisateur Michel Hazanavicius a choisi pour toile de fond. Ainsi nous invite-t-il à suivre l'histoire d'un acteur à succès qui se refuse à tenter l'expérience et déclare  que cette révolution se fera sans lui, reprenant à quelques détails près ce que disait Mary Pickford : - "ajouter du son au cinéma serait comme mettre du rouge à lèvre à la Venus de Milo". Le destin de George Valentin est celui que connurent quelques-uns des acteurs légendaires de l'époque. Après avoir été au sommet de leurs carrières, il leur fallut descendre l'escalier de la gloire, vite remplacés par une génération triomphante et convaincue que l'avenir et le progrès leur appartenaient.


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Cela sera le cas de Peppy Miller, une figurante, qui entrée par la petite porte, va peu à peu monter les marches que George est en train de descendre. Pour ajouter à ce déclin, voilà que survient le crack de 1929. A la désaffection du public s'ajoutent désormais pour George les soucis financiers et bientôt le désespoir, car il n'est plus seulement un acteur fini mais un homme ruiné. C'est ainsi que l'on passe, presque sans transition, de l'ombre à la lumière et vice versa. Je ne vous dirai rien de plus  de ce délicieux mélo qui nous est narré de façon exquise, est truffé de scènes inattendues et de trouvailles comme celle où Peppy, se croyant seule, s'imagine dans les bras de Valentin. Il se dégage une sensualité pleine de poésie qui en dit plus long que la plupart des scènes hard de notre production contemporaine.

 

Et puis, il y a les acteurs : Jean Dujardin, qui a bien mérité sa palme d'or à Cannes et Bérénice Bejo que le film de son compagnon Michel Hazanavicius révèle au public sous le jour le plus séduisant. Elle crève l'écran par son charme - mais il est vrai que tout est charme dans ce long métrage - sa grâce, sa présence, sa pétulance et sa photogénie. N'oublions surtout pas le troisième acteur, tout aussi fantastique, qui à lui seul fait craquer le spectateur : le petit fox-terrier Uggy, amateur de hot-dogs,  qui sait tout faire, même semblant de mourir,  et auquel il ne manque que la parole... a été également couronné d'une Palme : la palme dog. Lorsqu'on a proposé le rôle à Dujardin, celui-ci fut quelque peu interloqué  - : J'avais un peu peur, mais surtout ça m'excitait. Je savais que j'allais être privé de texte, je savais que j'allais être privé de la voix. Ce n'est pas rien ! " Il est vrai aussi qu'à l'époque peu de producteurs misaient sur lui. Il s'était même entendu dire que pour faire du cinéma son visage était trop mobile. Ce défaut allait le servir au-delà de toute espérance pour cet opus où sa mobilité fait merveille. Finalement - ajoutera-t-il - j'ai découvert que le muet était presqu'un atout : il suffit de penser l'émotion pour qu'elle se voie. Aucun dialogue ne vient la polluer. Il suffit d'un rien, un regard, un battement de cil pour que l'émotion soit palpable.


Courez vite voir ce film, c'est un bain de fraîcheur servi par une imagerie et une gestuelle magnifiques, une oeuvre attachante qui nous propose de remonter le temps et où fidélité, délicatesse, élégance et amour sont à l'honneur, ce qui n'est pas si courant de nos jours.

 

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Pour prendre connaissance de l'interview accordée par le petit chien Uggie, cliquer sur son titre :

 

INTERVIEW de UGGIE, LE CHIEN de "THE ARTIST"

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 12:30

Howard-20Hawks.jpg    1896 - 1977

 


Réalisateur, producteur, scénariste, interprète, cascadeur, rédacteur des inter titres, Howard Hawks est à coup sûr un homme pressé, que tout intéresse. Alors même qu'il est pilote de chasse, puis de course, il s'introduit dans le milieu du 7e Art en acceptant un emploi d'accessoiriste dans les studios de la Famous Players Lasky, avant de revenir à Hollywood en 1922 et de se consacrer à l'écriture de scénarios pour la Paramount.

Henri Langlois notera à son propos que ce qui frappe chez lui, c'est à quel point son cinéma devance son temps.  "Son oeuvre, dans son esprit comme dans sa physionomie, est née de l'Amérique contemporaine et se découvre être celle avec laquelle celle-ci puisse le mieux s'identifier et totalement coïncider avec la modernité, dans notre admiration comme dans notre critique".

 

Un de ses premiers films comme auteur à part entière sera Seuls les anges ont des ailes en 1939. Hawks y relate l'histoire de l'aviation civile avec d'autant plus de réalisme et d'authenticité qu'il fût pilote lui-même. Chaque personnage - précisera-t-il - est inspiré par des faits vécus. Celui de Jean Arthur et ses rapports avec Cary Grant sont authentiques. Dans un souci semblable, et au-travers d'une réalisation étonnamment dépouillée, Sergent York, réalisé en 1941, s'attache à explorer un personnage taciturne et méditatif campé par Gary Cooper. Le cinéaste dirige son acteur de manière à dévoiler la part la plus secrète et la plus intime de ce héros. Suivant cette ligne directrice, qui donne à son oeuvre son unité et sa profondeur, Hawks aborde tous les genres car tous le passionne : le film noir avec Le port de l'angoisse ( 1944 ) adapté d'une oeuvre de Hemingway, ou Le grand sommeil ( 1946 ) qui met en scène le couple mythique d'alors : Bacall/Bogart. Le western ne sera pas oublié et donnera des films d'une qualité exceptionnelle comme La rivière rouge ( 1948 ), La captive aux yeux clairs ( 1952 ), Rio Bravo ( 1959 ) et même Hatari ( 1962 ), sorte de "western africain" tourné au Kenya. Enfin la comédie tiendra dans la production si varié de son réalisateur une place non négligeable et des opus savoureux dont Allez coucher ailleurs ( 1949 ), Chéri, je me sens rajeunir ( 1952 ) ou le célébrissime Les hommes préfèrent les blondes avec Marilyn Monroe (1953 ). Il ira jusqu'à s'aventurer dans le peplum avec La terre des pharaons, adapté de Faulkner et dans la science-fiction avec l'étrange Chose d'un autre monde.

 

Dès 1926, où il réalise un premier classique Coeurs d'or avec une inoubliable Louise Brooks, puis son premier parlant La patrouille de l'aube ( 1930 ) dans lequel il place ses souvenirs comme pilote de la Première guerre, enfin en 1932 avec Scarface  inspiré des crimes du gangster Al Capone, Hawks frappe le public et la critique par la nervosité de sa mise en scène et son étonnante modernité. Il innove avec un style qui ne cessera plus d'être maintes fois imité, comme cette façon de typer un personnage par un détail ou un tic. Malgré la violence déjà inhérente à ses scénarios, il s'attache à rendre l'action plus saisissante par les innombrables détails dont il émaille ses récits, ainsi une mitraillette, une arme nouvelle à laquelle il donne une dimension terrifiante.

Sa forte personnalité ne manquera pas de le mettre, en diverses circonstances, en porte-à-faux avec les producteurs, aussi cherchera-t-il très vite à faire cavalier seul et à se libérer de leur emprise en produisant lui-même, tout simplement. Ainsi devient-il "un auteur de films" en un temps où cette situation est encore rare et impose-t-il sa qualité d'écriture en collaborant fréquemment avec William Faulkner, se démarquant par la même occasion des carcans classiques imposés par les productions de l'époque.

 

Sobre, usant le moins possible des effets de montage ou d'une surcharge de plans, il donne sa préférence aux conflits intérieurs, jouant de l'espace d'où il tire sa force et la noblesse de ses images qui ne manquent ni de grandeur, ni de majesté, et convoque-t-il fréquemment la nature dans sa beauté afin d'ajouter à son narratif la magie poétique. Hawks le déclarait sans vergogne : "Le film moyen parle beaucoup trop. Vous devez bâtir vos scènes, bien les planter, puis laisser le spectateur faire un peu de travail pour qu'il se sente concerné. Tout script qui se lit avec aisance n'est pas bon. (...) Vous devez écrire ce que le personnage pourrait penser : il motive votre histoire. C'est parce qu'un personnage croit à quelque chose qu'une situation se produit, non parce que, sur le papier, vous décidez qu'elle doit se produire."

 

Ses films se suivront et s'enchaîneront selon des mises en scène toujours plus inventives comme dans Train de luxe (1934), opus qui repose déjà sur le rythme et la vivacité des dialogues et dont la seconde partie se déroule entièrement dans un train. Le cinéaste s'impose, par ailleurs, comme directeur d'acteurs, révélant à ses débuts une jeune inconnue Carole Lombard ou dirigeant nombre de grandes vedettes de l'univers hollywoodien, comme le sont Gary Cooper, Joan Cawford ( Après nous le déluge ), Edward G. Robinson ( Ville sasn loi ), James Cagney ( Brumes ) ou encore le couple Katharine Hepburn/Cary Grant dans L'impossible Monsieur Bébé. Ainsi se construit une oeuvre qui figure parmi les plus grandes de l'âge d'or du cinéma américain, impressionnante par sa qualité, son originalité, et plus encore par sa formidable modernité.

 

Pour avoir accès aux critiques des films de Hawks qui figurent dans ce blog, cliquer sur leurs titres :

 

LA RIVIERE ROUGE de HOWARD HAWKS       RIO BRAVO de HOWARD HAWKS

 

L'IMPOSSIBLE MONSIEUR BEBE de HOWARD HAWKS

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 12:17

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Dans une société en quête d'elle-même, ayant traversé une succession de régimes totalitaires, une auto-thérapie semblait nécessaire, cette dernière s'exprimant par une vision humaniste de la société elle-même au travers d'intrigues qui prennent volontiers une tournure poétique. Mais pour réaliser des intrigues aux résonances critiques et politiques, il est prudent que les auteurs, soucieux de détourner la censure, utilisent des métaphores et puisent leur inspiration dans une culture millénaire et des réalités modernes qui, ensemble, concourent à conférer à cet art un caractère spécifique chargé d'incidences sociales, esthétiques, morales et religieuses. Néanmoins, le cinéma post-révolutionnaire des années 1980 mettra un certain temps à prendre la mesure des bouleversements qui ont profondément marqué la population et les images anciennes vont souvent être rejetées et remplacées par des enjeux majeurs, ceux d'un monde en proie à une guerre imposée par le voisin irakien. Aussi le cinéma de cette décade a-t-il à charge de louer l'héroïsme et le dévouement des Iraniens sur les champs de bataille, sacralisant la mort et honorant les martyrs. Les cinéastes les plus représentatifs ne sont autres que Mortezâ  Avini et Hâtamikiyâ.

 

Mais c'est Kiârostami qui apportera au 7e Art iranien son plein épanouissement dans les années 1990 avec des oeuvres originales comme Où est la maison de mon ami ? et sera le premier réalisateur à s'imposer dans les festivals internationaux grâce à des codes esthétiques et éthiques personnels, que salueront une presse unanime et les critiques les plus exigeants, affirmant que nous sommes là en présence "d'un cinéma véridique, et par là-même indispensable". Il ne faut pas oublier que l'Iran a été la Perse et qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que le 7e Art de ce grand pays soit le réceptacle dynamique de toutes les expressions artistiques qui ont imprégné sa culture et sa civilisation dans le domaine de la littérature, de la peinture ( la miniature persane ) et de la musique.

 

Un autre cinéaste apparaît alors dans le sillage de Kiârostami,  dont l'art frappe par l'alliance si réussie de la beauté, de la poésie et du chagrin, c'est Majid Majidi qui évoque avec talent la vie simple et bouleversante des gens ordinaires filmés dans la splendeur de paysages champêtres. "Les enfants du ciel", réalisé en 1997 sera nominé à l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1998, ce qui prouve, si besoin est, les pas de géants effectués par le cinéma iranien. Ces années 90 seront particulièrement riches en événements de tous ordres : d'abord la création d'un espace réservé aux femmes cinéastes comme Pourân Derakhshandeh qui filme avec délicatesse "Le petit oiseau du bonheur", et de Rakhshân Bani-E'temâd, autre figure féminine qui s'interroge sur l'origine des inégalités entre hommes et femmes. Son second film "Foulard bleu" (1993 ) raconte l'histoire d'amour impossible entre un patron et son ouvrière. L'autre événement marquant de l'époque est l'avènement d'un cinéma comique avec des réalistaeurs qui ont noms  Mohammad Hossein Latifi et Iraj Tahmâseb.

 

En ce début de XXIe siècle, le cinéma iranien n'a rien perdu de sa créativité et s'illustre par une plus grande variété de choix esthétiques. De nouvelles signatures émergent telle que celle de Bahman Ghobâdi, Caméra d'or du Festival de Cannes en 2000 avec "Un temps pour l'ivresse des chevaux", film qui conjugue à la fois la puissance du scénario et des images et l'impact d'une musique très attractive composée par le maître Alizâdeh. Aujourd'hui de très jeunes cinéastes assurent la relève et contribuent à l'enrichissement d'un cinéma national soucieux d'aborder des thèmes de portée universelle. Seule la technique reste à la traîne mais l'élan, la passion sont bien présents, cela grâce à des hommes comme Mir Karimi qui se place d'ores et déjà à côté des grands du cinéma iranien : Kiârostami, Milhrju'i et autres. Dans ce cinéma en pleine évolution, l'exigence esthétique s'allie à la critique de la société pour composer un tableau qui n'est dénué ni de contradictions, ni de complexité.

 

Pour consulter l'article consacré à Kiârostami, cliquer sur son titre : 

 ABBAS KIAROSTAMI OU LE LABYRINTHE des SOURCES

 

Et pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique MES BILANS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

 

 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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