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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 12:30

Howard-20Hawks.jpg    1896 - 1977

 


Réalisateur, producteur, scénariste, interprète, cascadeur, rédacteur des inter titres, Howard Hawks est à coup sûr un homme pressé, que tout intéresse. Alors même qu'il est pilote de chasse, puis de course, il s'introduit dans le milieu du 7e Art en acceptant un emploi d'accessoiriste dans les studios de la Famous Players Lasky, avant de revenir à Hollywood en 1922 et de se consacrer à l'écriture de scénarios pour la Paramount.

Henri Langlois notera à son propos que ce qui frappe chez lui, c'est à quel point son cinéma devance son temps.  "Son oeuvre, dans son esprit comme dans sa physionomie, est née de l'Amérique contemporaine et se découvre être celle avec laquelle celle-ci puisse le mieux s'identifier et totalement coïncider avec la modernité, dans notre admiration comme dans notre critique".

 

Un de ses premiers films comme auteur à part entière sera Seuls les anges ont des ailes en 1939. Hawks y relate l'histoire de l'aviation civile avec d'autant plus de réalisme et d'authenticité qu'il fût pilote lui-même. Chaque personnage - précisera-t-il - est inspiré par des faits vécus. Celui de Jean Arthur et ses rapports avec Cary Grant sont authentiques. Dans un souci semblable, et au-travers d'une réalisation étonnamment dépouillée, Sergent York, réalisé en 1941, s'attache à explorer un personnage taciturne et méditatif campé par Gary Cooper. Le cinéaste dirige son acteur de manière à dévoiler la part la plus secrète et la plus intime de ce héros. Suivant cette ligne directrice, qui donne à son oeuvre son unité et sa profondeur, Hawks aborde tous les genres car tous le passionne : le film noir avec Le port de l'angoisse ( 1944 ) adapté d'une oeuvre de Hemingway, ou Le grand sommeil ( 1946 ) qui met en scène le couple mythique d'alors : Bacall/Bogart. Le western ne sera pas oublié et donnera des films d'une qualité exceptionnelle comme La rivière rouge ( 1948 ), La captive aux yeux clairs ( 1952 ), Rio Bravo ( 1959 ) et même Hatari ( 1962 ), sorte de "western africain" tourné au Kenya. Enfin la comédie tiendra dans la production si varié de son réalisateur une place non négligeable et des opus savoureux dont Allez coucher ailleurs ( 1949 ), Chéri, je me sens rajeunir ( 1952 ) ou le célébrissime Les hommes préfèrent les blondes avec Marilyn Monroe (1953 ). Il ira jusqu'à s'aventurer dans le peplum avec La terre des pharaons, adapté de Faulkner et dans la science-fiction avec l'étrange Chose d'un autre monde.

 

Dès 1926, où il réalise un premier classique Coeurs d'or avec une inoubliable Louise Brooks, puis son premier parlant La patrouille de l'aube ( 1930 ) dans lequel il place ses souvenirs comme pilote de la Première guerre, enfin en 1932 avec Scarface  inspiré des crimes du gangster Al Capone, Hawks frappe le public et la critique par la nervosité de sa mise en scène et son étonnante modernité. Il innove avec un style qui ne cessera plus d'être maintes fois imité, comme cette façon de typer un personnage par un détail ou un tic. Malgré la violence déjà inhérente à ses scénarios, il s'attache à rendre l'action plus saisissante par les innombrables détails dont il émaille ses récits, ainsi une mitraillette, une arme nouvelle à laquelle il donne une dimension terrifiante.

Sa forte personnalité ne manquera pas de le mettre, en diverses circonstances, en porte-à-faux avec les producteurs, aussi cherchera-t-il très vite à faire cavalier seul et à se libérer de leur emprise en produisant lui-même, tout simplement. Ainsi devient-il "un auteur de films" en un temps où cette situation est encore rare et impose-t-il sa qualité d'écriture en collaborant fréquemment avec William Faulkner, se démarquant par la même occasion des carcans classiques imposés par les productions de l'époque.

 

Sobre, usant le moins possible des effets de montage ou d'une surcharge de plans, il donne sa préférence aux conflits intérieurs, jouant de l'espace d'où il tire sa force et la noblesse de ses images qui ne manquent ni de grandeur, ni de majesté, et convoque-t-il fréquemment la nature dans sa beauté afin d'ajouter à son narratif la magie poétique. Hawks le déclarait sans vergogne : "Le film moyen parle beaucoup trop. Vous devez bâtir vos scènes, bien les planter, puis laisser le spectateur faire un peu de travail pour qu'il se sente concerné. Tout script qui se lit avec aisance n'est pas bon. (...) Vous devez écrire ce que le personnage pourrait penser : il motive votre histoire. C'est parce qu'un personnage croit à quelque chose qu'une situation se produit, non parce que, sur le papier, vous décidez qu'elle doit se produire."

 

Ses films se suivront et s'enchaîneront selon des mises en scène toujours plus inventives comme dans Train de luxe (1934), opus qui repose déjà sur le rythme et la vivacité des dialogues et dont la seconde partie se déroule entièrement dans un train. Le cinéaste s'impose, par ailleurs, comme directeur d'acteurs, révélant à ses débuts une jeune inconnue Carole Lombard ou dirigeant nombre de grandes vedettes de l'univers hollywoodien, comme le sont Gary Cooper, Joan Cawford ( Après nous le déluge ), Edward G. Robinson ( Ville sasn loi ), James Cagney ( Brumes ) ou encore le couple Katharine Hepburn/Cary Grant dans L'impossible Monsieur Bébé. Ainsi se construit une oeuvre qui figure parmi les plus grandes de l'âge d'or du cinéma américain, impressionnante par sa qualité, son originalité, et plus encore par sa formidable modernité.

 

Pour avoir accès aux critiques des films de Hawks qui figurent dans ce blog, cliquer sur leurs titres :

 

LA RIVIERE ROUGE de HOWARD HAWKS       RIO BRAVO de HOWARD HAWKS

 

L'IMPOSSIBLE MONSIEUR BEBE de HOWARD HAWKS

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 12:17

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Dans une société en quête d'elle-même, ayant traversé une succession de régimes totalitaires, une auto-thérapie semblait nécessaire, cette dernière s'exprimant par une vision humaniste de la société elle-même au travers d'intrigues qui prennent volontiers une tournure poétique. Mais pour réaliser des intrigues aux résonances critiques et politiques, il est prudent que les auteurs, soucieux de détourner la censure, utilisent des métaphores et puisent leur inspiration dans une culture millénaire et des réalités modernes qui, ensemble, concourent à conférer à cet art un caractère spécifique chargé d'incidences sociales, esthétiques, morales et religieuses. Néanmoins, le cinéma post-révolutionnaire des années 1980 mettra un certain temps à prendre la mesure des bouleversements qui ont profondément marqué la population et les images anciennes vont souvent être rejetées et remplacées par des enjeux majeurs, ceux d'un monde en proie à une guerre imposée par le voisin irakien. Aussi le cinéma de cette décade a-t-il à charge de louer l'héroïsme et le dévouement des Iraniens sur les champs de bataille, sacralisant la mort et honorant les martyrs. Les cinéastes les plus représentatifs ne sont autres que Mortezâ  Avini et Hâtamikiyâ.

 

Mais c'est Kiârostami qui apportera au 7e Art iranien son plein épanouissement dans les années 1990 avec des oeuvres originales comme Où est la maison de mon ami ? et sera le premier réalisateur à s'imposer dans les festivals internationaux grâce à des codes esthétiques et éthiques personnels, que salueront une presse unanime et les critiques les plus exigeants, affirmant que nous sommes là en présence "d'un cinéma véridique, et par là-même indispensable". Il ne faut pas oublier que l'Iran a été la Perse et qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que le 7e Art de ce grand pays soit le réceptacle dynamique de toutes les expressions artistiques qui ont imprégné sa culture et sa civilisation dans le domaine de la littérature, de la peinture ( la miniature persane ) et de la musique.

 

Un autre cinéaste apparaît alors dans le sillage de Kiârostami,  dont l'art frappe par l'alliance si réussie de la beauté, de la poésie et du chagrin, c'est Majid Majidi qui évoque avec talent la vie simple et bouleversante des gens ordinaires filmés dans la splendeur de paysages champêtres. "Les enfants du ciel", réalisé en 1997 sera nominé à l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1998, ce qui prouve, si besoin est, les pas de géants effectués par le cinéma iranien. Ces années 90 seront particulièrement riches en événements de tous ordres : d'abord la création d'un espace réservé aux femmes cinéastes comme Pourân Derakhshandeh qui filme avec délicatesse "Le petit oiseau du bonheur", et de Rakhshân Bani-E'temâd, autre figure féminine qui s'interroge sur l'origine des inégalités entre hommes et femmes. Son second film "Foulard bleu" (1993 ) raconte l'histoire d'amour impossible entre un patron et son ouvrière. L'autre événement marquant de l'époque est l'avènement d'un cinéma comique avec des réalistaeurs qui ont noms  Mohammad Hossein Latifi et Iraj Tahmâseb.

 

En ce début de XXIe siècle, le cinéma iranien n'a rien perdu de sa créativité et s'illustre par une plus grande variété de choix esthétiques. De nouvelles signatures émergent telle que celle de Bahman Ghobâdi, Caméra d'or du Festival de Cannes en 2000 avec "Un temps pour l'ivresse des chevaux", film qui conjugue à la fois la puissance du scénario et des images et l'impact d'une musique très attractive composée par le maître Alizâdeh. Aujourd'hui de très jeunes cinéastes assurent la relève et contribuent à l'enrichissement d'un cinéma national soucieux d'aborder des thèmes de portée universelle. Seule la technique reste à la traîne mais l'élan, la passion sont bien présents, cela grâce à des hommes comme Mir Karimi qui se place d'ores et déjà à côté des grands du cinéma iranien : Kiârostami, Milhrju'i et autres. Dans ce cinéma en pleine évolution, l'exigence esthétique s'allie à la critique de la société pour composer un tableau qui n'est dénué ni de contradictions, ni de complexité.

 

Pour consulter l'article consacré à Kiârostami, cliquer sur son titre : 

 ABBAS KIAROSTAMI OU LE LABYRINTHE des SOURCES

 

Et pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique MES BILANS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

 

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 12:11

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Une famille de femmes que la vie a souvent bousculée et qui est parvenue, avec le temps, à apprivoiser les tumultes, où les hommes ont peu de place et qui va naturellement vaciller quand l’une d’entre elles tombera amoureuse. L’équilibre est alors à redéfinir et  chacune  s’y emploiera tant bien que mal. Mais le destin ne les laissera souffler que peu de temps avant d’imposer une autre réalité. La famille se verra alors dans l'obligation de tout réapprendre. La mécanique de l’adoption sera à nouveau sollicitée, forçant les uns et les autres à s'orienter vers d'autres perspectives...


Tel est l'argument de cette variation délicate, musique de chambre tout en demi teinte, avec pour fond les nocturnes de Chopin. Ce premier film d'une jeune femme ambitieuse et créative est une bonne surprise, malgré les critique acerbes qu'il a suscitées dans la presse. Certes, l'histoire n'a pas la prétention de renverser l'ordre des choses, mais donne à ces choses leur place modeste entre lumière et ombre, murmure et chagrin, tendresse et inquiétude. La première partie est une vraie réussite : jolies images, douceur des attitudes, charme des actrices toutes trois excellentes : Marie Denardau, la libraire, qui tombe amoureuse d'Alex ( Denis Ménochet ) quand la pluie offre à celui-ci  l'occasion inespérée de se réfugier dans sa boutique, Clémentine Selarié dans le rôle de la mère, une femme qui a le goût du bonheur et n'impose rien qui ne soit de l'ordre du coeur et, enfin, Mélanie Laurent dans celui de Lisa,  la luthière, qui élève seule son petit garçon, ce qui donne lieu à des scènes délicieuses et très justes sur la relation mère/enfant. Cette poésie du quotidien procure à cette première partie  sa tonalité et voit se succéder de belles images aux savants clairs-obscurs et une suite de scènes de la vie de tous les jours peintes par touches légères et subtiles.

 

La seconde partie, aux inévitables longueurs, où l'une des soeurs, victime d'un accident, tombe dans le coma est encombrée de trop de symboles pas assez lisibles et d'une série de clips qui, ensemble,  alourdissent  le récit et c'est dommage. Toutefois, malgré ces erreurs, et on en a pardonné d'autres plus graves à des metteurs en scène confirmés, ce premier film nous révèle un authentique talent de réalisatrice, que ce soit dans l'ordonnance des séquences, le déroulement du narratif, la conduite des acteurs, Mélanie Laurent sait faire bon usage de ses sources et s'inventer un style qui ne demande qu'à se parfaire.

 

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Prix du Jury et du Public au Festival de Saint Jean de Luz

 

Pour consulter la liste complète de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 12:00

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Le réalisateur d'origine roumaine Radu Mihaileanu nous propose, après le succès de son dernier opus Le concert, une oeuvre très différente, un conte limpide et poétique inspiré du Lysistrata d'Aristophane - où des femmes s'engageaient dans une grève du sexe pour que cesse la guerre entre Sparte et Athènes - et dont le thème,  en résonnance avec le printemps arabe, est celui de l'émancipation féminine et de la tolérance universelle dans les paysages sauvages et âpres du Maghreb. Montagnes pelées, terre ocre, mechtas jaune orangé, le décor est superbe, les femmes belles et déterminées, la lumière intense, la musique orientale à souhait.

L'histoire, très simple, se résume en quelques lignes : à la suite d'une chute qui fait perdre son bébé à l'une d'entre elles, les femmes, chargées depuis le nuit des temps de rapporter l'eau au village à travers des sentes arides, se révoltent et décident de faire la grève de l'amour tant que les hommes ne se décideront pas à installer l'eau courante. La jeune Leïla, interprétée par la ravissante Leïla Bekhti, la plus émancipée de toutes ( elle sait lire et écrire ), va être le fer de lance de cette révolte, aidée par la plus âgée, une matrone courageuse à la langue bien pendue, campée par Biyouna, qui prête à son personnage de femme mûre un contour rocailleux mais profondément humain qui n'est pas sans rappeler l'audace et l'intrépidité de nombreuses femmes arabes lors d'événements récents.

Au milieu des chants et des danses, ces épouses vont mener à bien leur combat, épaulées par le mari de Leïla, Sami ( Saleh Bakri ), l'instituteur du village qui est très amoureux de sa femme et ouvert à la modernité. Comme elles, il veut faire bouger les choses et lutte contre l'obscurantisme des anciens et les déviations qu'ils se sont permises des versets du Coran, de façon à soumettre les femmes à leur toute puissante autorité. De cette dignité bafouée, de l'obéissance humiliante à laquelle on les a contraintes, les femmes ont bien l'intention de s'affranchir, sans aller pour autant à rebours de leurs traditions millénaires et de leur foi. Les deux heures du film ne sont autre qu'une ode à la dignité féminine, à la place privilégiée que le sexe dit faible est sensé occuper au coeur de l'humanité, un message à l'intention d'un monde gagné par la sécheresse de coeur, l'égoïsme et la nonchalance coupable, un rappel adressé à une société en perte de repères, d'horizon, de ferveur et d'amour. Peut-être le scénario manque-t-il de rigueur dans sa narration, avec des répétitions et surtout une bande-son trop envahissante, mais il n'en est pas moins un joli conte biblique, où la poésie des êtres et celle des paysages composent une heureuse alliance.

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:58

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Ils avaient tout pour ne jamais se rencontrer, chacun avec son handicap énorme, le riche aristocrate tétraplégique à la suite d'un accident de para-pente et le jeune loubard des banlieues issu d'une minorité défavorisée qui n'a pour ligne de mire que le chômage et la prison. Néanmoins, ces contraires vont  faire une heureuse alliance, bien que celle-ci soit un peu trop belle pour que l'on  ose y croire. Mais on nous dit que cette histoire est celle qui est arrivée au comte Philippe Pozzo Di Borgo et au jeune maghrébin Yasmin Selou, alors on plonge dans cette douce utopie qu'un jour ces milieux si antinomiques puissent trouver un terrain d'entente et, à leur cohabitation hexagonale, une autre solution que les battes de base-ball et le mépris. Et puis il faut reconnaître au film de mener  avec élégance, drôlerie et finesse ce paradoxe entre la vieille France paralysée sur ses acquis civilisationnels et la formidable énergie d'une jeunesse venue de l'immigration avec son style décoiffant, ses rythmes, ses audaces qui mettent soudain en concurrence, dans le bel hôtel particulier parisien, la musique de Vivaldi et celle de Earth wind and fire, la poésie classique et les vannes douteuses, les chaussures Weston et les Nike, enfin le complet-veston et le survêt. Et puis chacun a dans sa descendance quelqu'un à re-cadrer et l'insurmontable à surmonter et, bien qu'il n'y ait guère de surprise dans ce scénario mis sur rails dès les premières scènes, on se laisse prendre à ce savoir-faire habile, à ce rythme où alternent l'humour et la gravité, le burlesque et l'émouvant, la sagesse et la fantaisie, le rire et la souffrance, d'autant qu'il y a beaucoup de pudeur dans l'impudeur de ce tête à tête qui nous dévoile avec réalisme le quotidien d'un paralytique.

 

 Enfin et surtout il y a les acteurs, tous très convaincants : François Cluzet et son charme de civilisé, qui se laisse séduire par ce jeune des banlieues aux antipodes de son quotidien, mais dont le mérite est de  n'avoir aucune pitié à son égard et Omar Sy, épatant dans ce rôle d'ivoirien arraché à sa terre natale par une tante en mal d'enfant et qui essaie de trouver une place où survivre  entre trafic de stupéfiants et petits larcins, et dont le sourire illumine la pellicule, même si il est un peu trop stéréotypé - mais cela n'est qu'un détail - l'acteur bouge, danse, rit, parle avec un naturel et une vitalité percutante capable de réanimer un mort, mieux encore un tétraplégique au bord du désespoir. Si bien que Philippe ne peut plus supporter la présence de quiconque après que Driss l'ait quitté pour porter secours à un petit frère en déshérence. Les seconds rôles sont également à la hauteur de leurs personnages, aussi bien la dame de compagnie veillant sur les moindres détails de l'existence de son maître ou la jolie secrétaire qui, il faut se mettre au goût du jour, est lesbienne bien évidemment, car le film n'échappe pas aux clichés, hélas !

 

Au final, une comédie populaire agréable qui n'innove pas mais bien conduite, bien jouée, avec des dialogues qui font mouche et un tandem inattendu qui force la sympathie. Un opus qui s'inscrit dans la lignée des films français divertissants et bien troussés. Avec un mélange finement dosé d'humour et de tendresse.

 

 

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 11:49

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" La souffrance ne se comprend pas, elle se ressent. elle est affaire de sensation, non d'intellect, de coeur, non d'esprit ".  Abbas Kiarostami

 

C'est au milieu des années 1980, et malgré la défiance du pouvoir islamique, que le cinéma iranien s'est révélé au monde entier grâce au réalisateur Abbas Kiarostami. Avec l'arrivée de Khomeyni en 1979, la Révolution avait fait table rase du 7e Art considéré comme objet de nuisance, aussi les salles avaient-elles été fermées ou détruites et la production mise sous scellés, malgré l'engouement du peuple iranien pour ce moyen d'expression.

 

C'est donc en secret et sous le manteau que, désormais, les cinéastes iraniens allaient travailler, mais on sait combien l'interdit, et la frustration qu'il génère, favorise la créativité. Quand on se souvient que l'Iran d'aujourd'hui fût la Perse de jadis, on saisit mieux l'intérêt de ce peuple pour l'art en général et l'impact de l'image en particulier, capable de ressusciter des pages de l'histoire et de ré-actualiser une culture et une civilisation.


Le cinéma de Kiarostami repose sur l'alliage unique de l'exigence réaliste du monde et de l'enchevêtrement complexe d'un récit initié par les déambulations des personnages. L'important de ce voyage dans le temps n'est pas d'atteindre un quelconque but ou d'affirmer un quelconque postulat, mais de le parcourir et surtout de remonter aux sources sans lesquelles le présent n'a pas de sens. A l'époque du Shah, dans les années 1950, existait un cinéma populaire et commercial sur le modèle du cinéma indien qui plaisait à tout le monde sans apporter aucun message, avant que les jeunes cinéastes, apparus dans le sillage de Kiarostami, ne renouent avec un réalisme social critique. Pour contourner la censure, des réalisateurs comme Dariush Mehrjui avec Le cycle ( 1974 ), Kamal Tabrizi avec Le Lézard ( 2004 ), Mohsen Makhmalbaf avec Le cycliste ( 1989 ) se sont intéressés au monde rural traditionnel, aux minorités exploitées, parfois même à la prostitution, et on devine aisément la ruse, le courage et la détermination qu'il leur a fallus pour mener à bien leurs entreprises. Close-up, sans doute le chef-d'oeuvre d'Abbas Kiarostami, montre à quel point la condition des femmes, les inégalités entre riches et pauvres ont engendré de frustations et de misères que la Révolution islamique n'a aucunement résolues. Ainsi l'exigence artistique alliée à la critique de toute une société sont-elles les composantes du meilleur cinéma iranien et un témoignage engagé contre le totalitarisme des Ayatollahs

 

 

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Dans " Le goût de la cerise "  de Abbas Kiarostami, cette figure majeure du nouveau cinéma iranien, un homme sillonne les routes à la recherche d'une personne qui l'aidera à accomplir son suicide. Mais, à chaque fois l'accomplissement n'aboutit pas, tandis que le cheminement se révèle formateur. Il y a en permanence dans les films de Kiarostami des guides passeurs et des dédales à parcourir, itinéraire en forme d'un labyrinthe initiatique. Par chance, cette oeuvre magnifique obtint la Palme d'or à Cannes en 1997, mettant à l'abri l'auteur d'un toujours possible attentat. Ce qui  n'empêche nullement ses films de subir la censure et d'être parfois interdits de projection dans son pays. Ce cinéma d'exception a heureusement fait école et inspiré une philosophie en action qui replace l'homme face à l'immensité de l'univers et réhabilite la sagesse orientale millénaire. C'est ce rôle de premier de cordée et de visionnaire qu'a su endosser ce cinéaste poète bouleversé par la beauté du monde et cruellement blessé par la perspective de sa propre finitude et des constantes tergiversations de la nature humaine.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre : 

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Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur celui-ci :  

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

 

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 09:58
POLISSE de MAIWENN

  

Avec The artist, vu mercredi dernier, et Polisse vu ce mercredi, il faut reconnaître à la production française d'être diversifiée, car voilà deux univers totalement opposés dont on aurait aimé que l'un fut presque aussi muet que l'autre, tant sa jactance est assez pénible à supporter pendant plus de deux heures. Merveille du cinéma muet qui exprime l'essentiel en silence !

 

Alors que penser de ce Polisse, prix du Jury 2011 du Festival de Cannes et film promu comme l'exception française dans sa plénitude, sinon que c'est là un documentaire plutôt réussi des graves bobos dont souffre notre société et un inventaire assez fastidieux  des maux les plus affligeants de notre humanité : maltraitance, incestes, viols, fugues, rien ne sera oublié mais, curieusement, en dehors de quelques passages, sans susciter l'émotion que j'imaginais, car les scènes se succèdent en effleurant chacun des sujets sans aller jamais au fond des choses et, au final, ne nous apprenant rien de plus que ce que nous en disent quotidiennement les journaux télévisés et les téléfims des chaînes publiques.

 

Si je ne me suis ennuyée à aucun moment car le film a du rythme et qu'il est interprété par des acteurs formidables ( inutile de les citer, ils le sont tous ), il ne me laissera pas un souvenir impérissable et ne révolutionnera en rien le 7e art, tant il est encombré de clichés et cède avec trop d'indulgence à la bien-pensance actuelle. Je sais, je vais m'attirer les foudres de quelques-uns, considérant que nous sommes en présence d'un film fort et pédagogique, mais voilà justement ce qui me déçoit le plus : ce film ne vous remue pas, il n'ajoute rien à ce que nous savions depuis belle lurette des problèmes inextricables qui se posent chaque jour aux brigades de protection des mineurs et, encore, le film de Maïwenn nous épargne-t-il les meurtres atroces et autres horreurs qui défraient la chronique presque chaque semaine. Plutôt qu'un coup de poing, je dirai qu'il s'agit d'un coup d'épée dans l'eau.



Là, où Polisse me semble le plus réussi, c'est dans le rendu du climat qui règne entre les membres de cette brigade parisienne, climat plus affectif et agressif que je ne le pensais, où  hommes et femmes en présence, fatrie en quelque sorte, exercent un métier si difficile qu'il met fatalement leur propre équilibre en danger. Aussi le moindre incident peut-il tourner au drame. Ce sera le cas lorsque l'une des protagonistes, à bout de nerfs, agressera sa consoeur avec les mots qui tuent...Carine Viard se révèle dans cette scène une actrice capable de péter les plombs avec panache. Quant à Maïwenn, on se demande ce qu'elle vient faire dans son film et pourquoi elle a choisi d'endosser, en plus de son rôle de réalisatrice, celui sans consistance de photographe qui se promène au long de la pellicule sans y rien ajouter, ni y soustraire, figurante auto-satisfaite qui n'a sans doute d'autre but que de signifier aux spectateurs que notre société de l'image souffre d'un mal-être profond.

 



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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 09:28

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En 1950, un danger se profile qui peut miner l'essor du cinéma américain : l'envahissement du petit écran dans les foyers, soit cette lucarne qui a le pouvoir de retenir chez lui le spectateur et de le dissuader de se rendre dans les salles obscures. Peu importe que les images télévisées soient encore en noir et blanc, les écrans petits et les émissions proposées de piètre qualité, le cinéma est en danger et les professionnels sont tenus de réagir au plus vite, s'ils ne veulent pas que le 7e Art périclite inexorablement. C'est alors que les exploitants des salles lancent une campagne d'affiches où l'on peut lire ceci : " Prenez votre auto, dînez dehors, allez voir un bon film!" De son côté, l'industrie cinématographique multiplie les innovations et se lance un défi : au petit écran, elle oppose ...l'écran panoramique, les couleurs de plus en plus travaillées et des essais de films en 3D ( en 1954 la Warner en sortira trois ). Quant aux producteurs, ils se ressaisissent à leur tour en innovant dans des superproductions que le petit écran serait bien peine de concurrencer, instituant un cinéma spectaculaire sensé asseoir à tout jamais sa suprématie.

 

Ce mouvement hollywoodien vers un cinéma qui suppose des moyens colossaux sera incarné par Cécil B. De Mille qui, dès 1918, avait appliqué le mot d'ordre d'Adolph Zukor : "Tournez des pièces prodigieuses avec des acteurs de premier ordre." En 1956, De Mille décide de tourner Les dix commandements avec Charlton Heston, Yul Brynner et Anne Baxter qui s'avèrera son film-testament ;  il y multipliera les prouesses de mise en scène en dirigeant 15 000 figurants dans les péplums bibliques dont on sait déjà qu'ils enthousiasment le public ( il y avait eu en 1951 le Quo Vadis de Mervyn LeRoy ). La Rome antique et l'ancienne Egypte sont des sujets porteurs qui permettent des images grandioses et des reconstitutions flatteuses à l'oeil du spectateur, si bien qu'après Les dix commandements, ce sera le Ben-Hur de William Wyler, superproduction des superproductions qui recueillera tous les superlatifs : son coût de 15 millions de dollars, ses milliers de figurants, ses quatre mois de répétition, sa séquence de course de chars qui a nécessité un réalisateur spécifique, ses trois mois de tournage, sa longueur exceptionnelle de trois heures et demie, sans compter qu'au final le film récoltera neuf Oscars et se placera au premier rang du box-office aux côtés de  Autant en emporte le vent.  


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A sa suite, mais sans le surpasser, il y aura Le tour du monde en 80 jours de Michael Anderson, Barabbas de R. Fleisher et la magnifique fresque historique de David Lean Lawrence d'Arabie qui fera souffler dans les salles obscures les vents du désert. Production anglo-américaine, le scénario se conformait au livre de Thomas E. Lawrence lui-même "Les sept piliers de la sagesse", où l'on voit le colonel britannique tenter de promouvoir auprès des représentants du Royaume-Uni et de la France l'indépendance des pays arabes. Trois ans plus tard, David Lean signera, avec le même scénariste Robert Bolt, une adaptation très réussie du roman de Boris Pasternak : Docteur Jivago.



Pourtant rien n'y fera et le nombre de spectateurs continuera de chuter de façon vertigineuse. Si en 1955, on recensait chaque semaine 50 millions de spectateurs aux Etats-Unis, le nombre ne sera plus que de 30 cinq ans plus tard. L'inflation des superproductions n'est pas parvenue à gagner la guerre contre le petit écran. Néanmoins, de ce combat perdu, il nous reste quelques scènes d'anthologie inoubliables qui ont nourri notre imaginaire et contribué à parfaire à jamais la légende du 7e Art.



Pour lire les articles relatifs à cet article, cliquer sur leurs titres :

LAWRENCE d'ARABIE, DE LA REALITE A LA LEGENDE           DAVID LEAN, L'IMAGIER PRESTIGIEUX

CHARLTON HESTON      

 

 

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 10:12

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"Nous ne parlons pas pour dire quelque chose, mais pour obtenir un certain effet". GOEBBELS

 


Les dictateurs, qui ont souvent la vie dure, et dont quelques-uns, encore égarés dans notre XXIe siècle vacillent sur leur socle ou mieux l'ont perdu, ces dictateurs comment ont-ils instrumentalisé le cinéma à des fins de propagande ? Les trois cinématographies issues des trois grands régimes du XXe siècle européen, soit le communisme, le nazisme et le fascisme présentent des caractéristiques communes et ont usé et abusé dans leurs productions respectives de slogans ouvertements partisans. Néanmoins, pas plus Hitler que Mussolini n'osèrent nationaliser l'industrie cinématographique, pas davantage qu'ils ne s'opposèrent aux films de divertissement qui, dans l'Italie fasciste comme dans l'Allemagne nazie, constituèrent la majorité de la production, alors que l'URSS encourageait les films plus partisans. C'est du temps de Mussolini, et sous sa férule, que furent créés en 1932 le premier festival international de Venise, la Mostra, et en 1937 les studios de Cinecitta, le Hollywood italien. Les studios romains allaient d'ailleurs attirer des créateurs européens comme Jean Renoir et Max Ophüls, quant aux cinéastes de la péninsule, il y eut ceux qui choisirent de servir le régime, ceux qui employèrent le mode ironique ou restèrent à l'écart de la réalisation durant ces sombres années.

 

Dès 1933, l'aryanisation du cinéma allemand était en marche et vit l'éviction des plateaux de tournage de personnalités telles que Fritz Lang, Max Ophüls, Billy Wilder, Robert Siodmak et également de scénaristes et acteurs juifs, sans provoquer  pour autant de remous dans l'industrie de la pellicule. Effectivement, pour Hitler et Goebbels, il ne s'agissait pas de transformer tous les films en propagande, mais de faire en sorte que ceux de divertissement ou historiques respectent le ton qu'on entendait qu'ils eussent et soient aménagés de façon à ce que leurs récits aillent  dans le sens souhaité. Sur les 1100 films produits sous ce régime, une centaine environ sont nettement marqués par cette idéologie et ... pour cause.

 

C'est le cas de S.A. Brand de Franz Seitz ( 1933 ) de Hans Westmar de Franz Wenzler ou encore du Hittlerjunge Quex de Hans Steinhoff. A ces oeuvres de fiction, qui presque toutes illustrent le destin héroïque de jeunes soldats en lutte contre le communisme et la décadence, s'ajoutent des documentaires antisémites ou sur les congrès du parti, à Nuremberg par exemple, dont l'un Le triomphe de la volonté de Leni Riefensthal est particulièrement significatif.

 

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D'autre part, le durcissement du régime stalinien verra l'industrie nationale soviétique se glacer et le temps des avant-gardes et des audaces formelles disparaître des écrans. C'est le film de Eisenstein La ligne générale qui illustre le mieux cette régression  : on y assiste à la création d'un kolkhoze et à la célébration du travail, nouvel évangile du parti. L'année suivante Alexandre P. Dovjenko avec La terre produit un opus comparable. A cette tendance s'ajoute le penchant des autorités pour les films historiques à grand spectacle qui retracent la chanson de geste de la Révolution d'octobre. Au même moment, Mikhaïl Romm réalisera un Lénine en octobre et un Lénine en 1918 qui officialisent, en le soulignant de larges traits rouges, le rôle que l'on entend faire jouer au 7e Art sous cette dictature en leur attribuant une priorité d'intentions propagantistes. Ceci prouvant, si besoin était, combien le cinéma était alors aux ordres du pouvoir.

 

Sources : La grande histoire du 7e Art de Laurent Delmas

 

 

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 09:16

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" Le surréalisme est ce point de l'esprit où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement ".

                                                                       André Breton

 

Au lendemain des troubles de la guerre de 14/18, le mouvement surréaliste allait cristalliser un certain mal de vivre et dévoiler "l'envers du décor logique" en privilégiant les aspirations subversives et les fantasmes. D'emblée les membres du groupe vont se passionner pour le cinéma, art qu'ils trouvent moins bourgeois que le théâtre, parce qu'il  permet de jongler avec le temps, de retranscrire les rêves et surtout d'explorer des possibilités inédites jusqu'alors comme l'inconscient et la folie. De même qu'ils placeront au coeur de leur quête l'amour fou, la liberté et la poésie. Ainsi le fantastique, l'extravagant, l'étrange et l'étonnant vont-ils avoir droit de cité dans le 7e Art et y faire une entrée fracassante afin que soient dépassées les conditions dérisoires de l'existence.

Peut-être parce que les exigences financières des infra-structures s'accordent mal avec leurs principes, les surréalistes tourneront peu de films, du moins ces films auront-ils le mérite de secouer l'opinion et de faire date. En 1927, Germaine Dulac signe "La coquille et le clergyman" d'après un scénario d'Antonin Artaud qui sera mal reçu d'Artaud lui-même, considérant que l'opus ne correspond pas à son travail. Deux ans plus tard, un cinéaste s'impose avec outrance dans le domaine cinématographique et, tout au long de sa carrière de cinéaste, ne cessera plus de se recommander de ce mouvement qu'il illustre de façon  à déranger le spectateur et à faire de chacun de ses films un manifeste, c'est Luis Bunuel. Ami de Salvador Dali et de Federico Garcia Lorca, il met en pellicule la véritable profession de foi du mouvement avec Un chien andalou, salué avec enthousiasme par les membres unanimes.  Viendra L'âge d'or, d'après un scénario écrit avec Dali, oeuvre blasphématoire riche en métaphores visuelles fulgurantes qui tire à bout portant sur toute représentation de l'ordre établi. Le film est projeté en salles durant une semaine, puis sera interdit par la censure et le restera jusqu'en 1980.


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A la même époque, Jean Cocteau tourne son premier essai Le sang d'un poète, financé par un mécène le vicomte de Noailles, où l'auteur s'abandonne à son tour aux tentations de l'inconscient et du rêve avec infiniment de talent mais sera conspué par les surréalistes qui l'accusent d'emprunts illégitimes, d'hybridation, d'artifices et de précisosité. Faux procès lorsque l'on sait que Cocteau s'intéresse principalement aux mythes, qu'il se plaît à tourner dans des décors insolites et qu'il privilégie en tout premier la poésie des images qui se veut à l'égale de celle des mots. Des films comme La belle et la bête, Orphée, Le testament d'Orphée prouvent sa science innée de la mise en scène, sa primauté de l'image sur le texte, sa méfiance du récit linéaire qui appauvrit le  narratif et principalement son souci de faire cavalier seul et de ne se recommander que de lui-même.

Dissous en 1969, le mouvement surréaliste n'en a pas moins marqué les esprits et institué une longue et persistante influence sur les générations. On retrouve son esthétique dans une multitude d'oeuvres et non des moindres. Chez Alfred Hitchcock par exemple, grand explorateur de la folie et des psychoses humaines  dans des films comme Rebecca, La maison du Dr EdwardesSueurs froides, Psychose ou Les Oiseaux. Egalement chez Charles Laughton et La nuit du chasseur, chez Federico Fellini, Raoul Ruiz ou David Lynch. Mais ce surréalisme ne dérange plus personne ; il est infiniment moins violent et plus soft, c'est dire combien il s'est éloigné de sa vocation première qui était de réveiller "les volcans" en cédant à la rage subversive et à la provocation.

 

Pour lire les articles consacrés à Luis Bunuel, Alfred Hitchcock, Federico Fellini et David Lynch, cliquer sur leurs titres : 

LUIS BUNUEL OU LE DETACHEMENT VOLONTAIRE        ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE               FEDERICO FELLINI            DAVID LYNCH

 

 Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique MES BILANS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

 

 

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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