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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 08:48

          VIDEO


" Nuits d'ivresse printanière ",  est un titre poétique pour un film long et décevant, romance homosexuelle entre un homme à l'attirance vénéneuse et des compagnons d'occasion, dont l'un se suicidera, et où l'on trouve, étroitement mêlées, la jalousie, l'ivresse des sens et l'ombre portée du mensonge et de la trahison. A mon avis, cet opus souffre d'être inutilement surchargé de scènes violemment érotiques, qui sont davantage de l'ordre de la démonstration que de la suggestion subtile et vous transforment en voyeurs, ce qui est fort déplaisant. Tout ici est glauque, fébrile, scabreux, et déçoit d'autant plus que le film, en lui-même, ne démontre rien. Néanmoins, il bénéficie d'une imagerie solide et d'un esthétisme qui prouve la maturité scénique de son réalisateur.

Mais qui est donc  Lou Ye , ce cinéaste chinois  familier du Festival de Cannes, qui recevait un hommage appuyé lors du Festival du Film Asiatique de Deauville en mars dernier ?  Né en 1965, Lou Ye sort diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Shanghaï en 1983 et intégre deux ans plus tard le département" réalisation" de l'Académie du film de Pékin. Après s'être exercé à la mise en scène avec des courts métrages,  il signe en 1994 son premier long métrage  Weekend Lover,  le portrait d'une jeunesse chinoise sans repères. C'est en 2000 que le public occidental le découvre avec Suzhou River ,  film noir qui raconte une histoire d'amour teintée d'onirisme que Lou Ye a écrite, co-produite et réalisée. Interdit en Chine, le film sera néanmoins présenté au Festival de Rotterdam sans avoir reçu l'aval des autorités chinoises, si bien que son auteur sera  interdit de tournage pendant deux ans.
Lou Ye s'attelle ensuite à l'ambitieux Purple Butterfly,  une fresque consacrée au conflit sino-japonais des années 30 avec Zhang Ziyi dans le rôle principal. Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes en 2003 sans obtenir de distinction. Trois ans plus tard, le réalisateur revient à Cannes avec  Une jeunesse chinoise  dans laquelle il aborde les événements de la place Tian An Men, à travers la relation amoureuse de deux étudiants. Il brise ainsi un tabou qui lui vaudra une interdiction de tourner en Chine pendant cinq ans. Si bien que Nuits d'ivresse printanière fut réalisé clandestinement à Nankin, en arborant la nationalité hongkongaise et française, de façon à éviter les foudres de la censure et a remporté en 2009 à Cannes le Prix du scénario, prix qui me surprend d'autant plus que la faiblesse principale du film est son scénario abscon et étiré inutilement.


Le Pacte

 


L'histoire peut se résumer en deux lignes : une jeune femme, se doutant qu'elle est trompée, fait suivre son mari et apprend qu'il a une liaison avec un homme. A partir de là, tout va basculer : sa vie et celle de son époux. Le vertige des sens, les étreintes gays, la mélancolie des vies qui ne cessent de se défaire forment donc le support de ce long métrage, triangle amoureux d'une jeunesse désoeuvrée qui évolue dans la mauvaise direction et romance homosexuelle animée par un ange exterminateur qui détruit tout sur son passage, à commencer par lui-même. Matins blafards, bruits lancinants de la ville, cabarets travestis, bars rock, confidences chuchotées, mal vivre, le cinéaste se complait dans les affres d'un cauchemar et d'une mélancolie morbide, mais son opus souffre de confusion narrative, de répétitions et de longueurs qui diluent l'intérêt que l'on pourrait accorder à cet interminable ode à un amour, tatoué par la mort. En définitive, ces nuits d'ivresse printanière ne m'ont guère enivrée mais inspiré un profond ennui.


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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE


Le Pacte

 

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 09:38

Rezo Films          StudioCanal

 

La question se pose, bien entendu. Que reste-t-il, en effet, d'Hiroshima mon amour ( 1958 ) de Resnais, du Petit Soldat ( 1963 ) de Godard, de Tirez sur le pianiste ( 1960 ) de Truffaut, du Beau Serge ( 1958 ) de Chabrol, du Signe du lion ( 1959 ) de Rohmer, de Cléo de 5 à 7 ( 1962 ) d'Agnès Varda, de Paris nous appartient ( 1960 ) de Rivette, de Lola ( 1961 ) de Jacques Demy ou encore d' Adieu Philippine ( 1962 ) de Jacques Rozier ? A ce propos Michel Marie * répondait que " près de quarante ans après, ces réalisations étaient toujours aussi vivantes et produisaient un effet émotionnel tout aussi remarquable que celui qu'il avait provoqué chez les jeunes spectateurs de 1959.

Un rappel historique s'impose toutefois. A la fin des années 1950, les cinéastes de la Nouvelle Vague ont fait acte de foi en appliquant une stratégie de rupture avec leurs aînés qui devenaient ainsi les ennemis à abattre. Il fallait tuer le père et de belle façon... En 1954, François Truffaut ouvrait les hostilités dans Les cahiers du Cinéma avec une violence inouïe, dénonçant l'académisme de la plupart des films français dits " de qualité ", et pointant du doigt plus particulièrement Claude Autant-Lara, René Clément et Jean Delannoy. Le reproche, qu'il leur adressait, était le suivant : ils n'avaient pas su être de vrais créateurs, se contentant du rôle d' illustrateurs habiles, pour la simple raison qu'ils avaient emprunté paresseusement à la littérature la plupart de leurs scénarii, méprisant le cinéma dont ils méconnaissaient le langage.

Au label de la " qualité française", les jeunes Turcs entendaient opposer une politique fondée sur le principe qui veut que le réalisateur soit l'auteur complet de son oeuvre, de l'écriture au montage, tels les rares maîtres dont ils acceptaient la filiation : les Jean Renoir, Robert Bresson, Max Ophuls, Jacques Becker, Jean Cocteau et Jacques Tati. Ils se référaient dès lors à une déontologie qui voulait que la forme délivre le message et que chaque plan soit porteur d'une interrogation. Cette politique devait fédérer les réalisateurs par delà la diversité de leur univers, de leur sensibilité politique et de leur style personnel. Bien entendu, la Nouvelle Vague n'était pas apparue comme une génération spontanée " in nihilo " et les historiens s'accordent à voir en  Alexandre Astruc  leur précurseur. En mars 1948, ce dernier, alors romancier talentueux et cinéaste original, publiait dans la revue, L'écran français, un article dont Truffaut, Godard et Rohmer feront leur miel et qui disait ceci :

"  Après avoir été successivement une attraction foraine, un divertissement analogue au théâtre de boulevard, ou un moyen de conserver les images de l'époque, le cinéma devient un langage. Un langage, c'est-à-dire une forme dans laquelle et par laquelle un artiste peut exprimer sa pensée, aussi abstraite soit-elle, ou traduire ses obsessions exactement comme il en est aujourd'hui de l'essai ou du roman. C'est pourquoi j'appelle ce nouvel âge du cinéma celui de la caméra-stylo ".


MK2 Diffusion                     


La rupture allait être d'autant plus radicale que la Nouvelle Vague entendait tourner le dos aux pratiques traditionnelles et démontrer que l'on pouvait réaliser des films en toute indépendance et, ce, avec des budgets réduits, des acteurs peu connus et des opérateurs capables de souplesse et d'improvisation, à l'instar d'un Raoul Coutard  qui travaillera avec Godard, Truffaut, Demy et Rouch, après avoir fait ses premières armes comme reporter de guerre en Indochine. Blessés, les anciens parlent d'amateurisme et  accusent les nouveaux venus de saboter le métier, prophétisant, à tort, de leur disparition prochaine. Il n'en sera rien et des films comme Les 400 coups et  A bout de souffle seront des succès, qui feront chacun entre 250.000 et 300.000 entrées, presqu'autant que La traversée de Paris de Autant-Lara ou la Gervaise de René Clément...


Indubitablement la Nouvelle Vague a gagné son pari irrévérencieux et créé une sorte de renaissance pour un 7e Art qui commençait à s'essouffler. Par ailleurs, cet impact saura déborder nos frontières et exercer une influence positive sur le cinéma allemand en pleine crise, après la défaite de 1945, et qui a bien du mal à retrouver ses marques. Enfin, pour conclure, il faut admettre que rien de ce qui est advenu d'exaltant et de novateur dans le cinéma ne l'aurait été, depuis 1959, sans ces jeunes créateurs qui surent insuffler au 7e Art un irrésistible renouveau.
A l'heure où le cinéma d'auteur est menacé de retomber dans " le prêt-à-filmer ", il ne faut abdiquer aucune ambition, afin de lutter contre le constant danger du " monoforme", terme proposé par le cinéaste anglais Peter Watkins. Et lire ce qu'écrit à ce sujet Philippe Person dans le Monde diplomatique, afin de rester vigilants :

Avec plus de deux cent quatre-vingts films sortis en 2007, contre à peine la moitié dix ans auparavant, la  production française n'a jamais été si pléthorique. Elle se polarise entre quelques grosses productions, les "block-busters " à la française, et une myriade de "petits" films à  faible budget, de moins en moins proches du modèle "art et essai ", et dont la fonction principale est de répondre aux cahiers des charges des chaînes télévisées qui ont contribué à les produire, et qui, ce faisant, les ont formatés sur le modèle de leurs propres téléfilms.

 

*  Michel Marie  :  La nouvelle Vague  Ed. Armand Colin ( 126 pages )

 

autres articles correspondant :    

 

JEAN-LUC GODARD OU UN CINEMA IMPERTINENT    


 CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR

 

ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

 

CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE         

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS

 

LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE

 

 

 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 08:30

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Pierre, ancien pilote d'avion, amnésique à la suite d'un accident en Indochine, est pris en charge par Madeleine, une infirmière célibataire qui lui témoigne beaucoup d'affection. En accompagnant celle-ci à la gare, il rencontre Françoise, une fillette de douze ans, qui a perdu sa mère et que son père a placée dans une institution religieuse. Pierre, frappé par le désarroi de l'enfant et l'attitude méchante de son géniteur, la suit et bientôt se fera passer pour le père absent, afin de lui rendre visite chaque dimanche. Entre Pierre et Françoise va naître et s'épanouir une affection pure et sincère qui, bientôt, sera à l'origine d'une rumeur et provoquera un scandale dans la ville. Cet attachement est d'autant plus fort que le pilote croit avoir tué une petite fille lors d'un raid et que ce sentiment ne cesse de le hanter. Françoise représente l'innocence qu'il craint d'avoir tuée un jour, en même temps qu'elle lui restitue son esprit d'enfance que la guerre a mutilé.

Les dimanches de Ville d'Avray
 , oeuvre bouleversante, décrit avec une étonnante justesse et sensibilité l'attachement que cette petite fille, sans père et sans mère, ressent pour cet homme, lui-même sans enfant. Leur duo est une merveille de tendresse et de délicatesse, l'acteur Hardy Krüger et la jeune actrice Patricia Gozzi étant tous deux formidables de spontanéité et de justesse.
A sa sortie en 1962, il ne reçut qu'un accueil très mitigé de la part du public français, alors qu'il reste au Japon et aux Etats-Unis un film référence. Il fut d'aiilleurs couronné de l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1963. Inclassable, il ne relève ni de l'académisme des réalisateurs des années 50, ni du style caméra à l'épaule de la Nouvelle Vague. En définitive, ce film est une comète isolée, quelque chose à part qui honore toutefois et grandement notre 7e Art national.


Les Acacias


Traitant d'un sujet, qui pourrait vite sombrer dans la sensiblerie ou le scabreux,  Serge Bourguignon  évite  les pièges et nous donne à voir un film d'une poésie et d'une émotion qui ne faiblissent pas. Visionné il y a des années de cela, je n'ai pu l'oublier. Il compte parmi les longs métrages qui ont marqué ma mémoire, tant il se tisse d'évocations délicates, se déploie en une symphonie de regards, tant chaque séquence résonne de la façon la plus vraie et la plus sincère. Je ne dirai jamais assez de bien de l'interprétation étonnante de la petite Patricia Gozzi qui ferait fondre le coeur le plus endurci. Elle me rappelle le jeune acteur qui donnait la réplique à Charlie Chaplin dans " Le kid ". Elle est de cette trempe et compose avec  Hardy Krüger  un inoubliable face à face. Elle joue de tous ses atouts pour gagner la complicité de cet étranger qui représente à la fois le père qu'elle n'a pas eu et l'amant qu'elle imagine déjà séduire dans sa tête d'enfant mûrie trop tôt. Il est certain qu'elle se place souvent dans des situations qui lui confèrent d'emblée un rôle valorisant. D'ailleurs, l'étranger ne la traite-t-il pas comme une petite déesse dont il ne peut plus se passer et ne la nomme-t-il pas Cybèle ? Dans celui plus effacé de Madeleine,  Nicole Courcel  est parfaite et ravissante de surcroît. Je ne dévoilerai pas la fin qui n'est nullement celle d'un conte de fée. A l'heure où les scandales pédophiles éclatent de tous côtés, il est bon de voir ce film qui offre une vision des choses particulière et montre que l'amour le plus pur peut exister entre un homme et un enfant, que le coeur d'un homme, mutilé par la guerre, est en mesure de retrouver goût à la vie grâce à la tendresse d'une petite fille, oubliée des siens. Ce film est repris en salles cette semaine. Ce duo très attachant vous touchera sans aucun doute. Et, cerise sur le gâteau, il y a la belle musique de Maurice Jarre.

Mais osons nous poser la question : comment réagirions-nous aujourd'hui, confrontés que nous sommes à des drames où des enfants deviennent les victimes d'adultes déséquilibrés, si nous surprenions dans les bois de Ville d'Avray et autour de son étang ce duo insolite ( ainsi que le fait, sur la photo ci-dessous, le passant avec sa bicyclette ) ?  Le cas de ce film pose un problème d'autant plus difficile à élucider que rien de sexuel ne vient entacher la relation affective qui unit le pilote de guerre et la fillette orpheline, mais n'est-il pas légitime que des personnes s'émeuvent de voir un inconnu embrasser, câliner, caresser une petite fille et aller jusqu'à se faire  passer pour son père ? Comment accuser la société d'alors de s'être émue de voir chaque dimanche un homme errer seul en compagnie d'une jeune pensionnaire ? C'est toute l'ambivalence, l'ambiguïté de cette oeuvre si réussie de nous proposer une interrogation d'une telle acuité et complexité qu'elle nous laisse sans réponse, affaiblit nos arguments et vise à confondre notre sensibilité. N'est-ce pas parce qu'il nous assigne devant notre propre conscience que ce film  est incontournable ?

Existe en DVD depuis le 16 juillet 2009.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


Les Acacias



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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 08:37

 Pyramide Distribution Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr 


Tout au long du XXe siècle, le cinéma a été le témoin privilégié de la vie culturelle, sociale et politique de l'Egypte. Expression de la modernité, il fut un excellent élément fédérateur pour l'ensemble du monde arabe. Ses stars ont rayonné de l'Atlantique au Golfe Persique, faisant du dialecte égyptien une langue comprise par tous les Arabes.
En 1896, à Alexandrie, on projette un film des frères Lumière. L'engouement est total. En 1922, Mohamed Bayoumi réalise le premier court métrage de fiction Barsoum cherche un emploi. Néanmoins, la véritable naissance du cinéma égyptien sera le fait d'une femme, Aziza Amir, qui, en 1927, produit et interprète Leila, co-réalisé par Wedad Orfi et Stéphane Rosti. Ce succès sera à l'origine de nombreuses vocations. En 1928, Un baiser dans le désert d'Ibrahim et Badr Lama,  intronise les films d'aventure exotique. Avec Zaynad en 1930 de Mohamed Karim, c'est l'Egypte rurale qui, soudain, crève l'écran.

 

La rose blanche de Mohamed Karim en 1933 inaugure les comédies musicales et installe le cinéma sur les bords du Nil malgré des conditions de production précaires. La conquête du marché arabe étant assurée, la production cinématographique se développe. En 1935, la construction du studio Misr marque l'essor de cette industrie. L'année suivante, Wedad de Fritz Kramp avec la diva Oum Kalsoum, représente l'Egypte au premier Festival de Venise. L'école du studio Misr est née, d'où sortira toute une génération de jeunes réalisateurs comme Ahmed Badrakhan, Kamal Selim ou Salah Abou Seif. Films comiques, mélodrames, films historiques et religieux vont faire de l'Egypte, l'Hollywood de l'Orient. Les films, pour la plupart, imposent l'image d'un 7e Art frivole, mais les interdits sont multiples, dont le puritanisme et le conservatisme sont les alibis. Dès 1947, un Code de la Censure sera institué, calqué sur le modèle du Code Hays des Etats-Unis.



Le cinéma égyptien amorce alors un virage avec  La volonté  de Kamal Selim. Désormais, il ose affronter les conflits sociaux et civilisationnels. En plein nationalisme, il apporte un ton nouveau et un certain réalisme. En 1952, à travers la révolution nassérienne, des archétypes émergent à travers des oeuvres très diverses, émanant de jeunes cinéastes comme Henri Barakat, Atef Salem, Kamal el-Cheikh ou Tewfik Saleh et, principalement, celui qui sera bientôt le plus célèbre  :  Youssef  Chahine.  Ce dernier manifeste un engagement instinctif avec son film  Ciel d'enfer  qui révèle l'acteur Omar Sharif. Mais bien qu'importants de par leur conception et leur objectif, ces longs métrages n'illustrent qu'une part mineure d'une production qui alimente le désir de rêve du grand public. Dans les années 60, le cinéma est un des secteurs les plus influencés par le socialisme du régime Nasser. Chadi Abdel Salam réalise alors son chef-d'oeuvre  La momie  ( 1969 ), dans lequel il renoue avec l'histoire pharaonique.
Le 7e Art égyptien dénonce alors les problèmes sociaux qui agitent une société à dominante rurale, assoiffée de modernisation. C'est peut-être à travers l'image cinématographique de la femme que cette modernité balbutiante s'exprime le plus concrètement. De nombreux films traitent de l'égalité des sexes, du travail féminin, de la liberté qui doit permettre à chaque femme de choisir son mari selon son coeur. Souad Hosni et Nadia Lotfi en sont les emblèmes, alors que Faten Hamama, qui incarne longtemps la jeune fille soumise aux dicktats familiaux, se révolte et demande le divorce dans  Je demande une solution  de Said Marzouk ( 1974 ).
L'arrivée au pouvoir de Sadate amorce un changement politique. Avec les dénationalisations, la loi du marché s'installe dans le milieu du cinéma égyptien et les nouvelles générations, formées à l'institut du cinéma, ne doivent plus compter que sur elles-mêmes. Si bien que des réalisateurs tels Ali Badrakhan, Mohamed Radi, Ali Abdel Khalek ou Samir Seif vont assurer la relève avec des succès inégaux.


     Films A2     Tadrart Films  

Corbis Sygma      Youssef Chahine   Alexandrie 1926 - Le Caire 2008

 

Les films les plus audacieux des années 70 sont l'oeuvre d'un réalisateur déjà confirmé : Youssef Chahine. Bravant la censure, il poursuit sa carrière avec un enthousiasme désarmant et, en 1997, l'une de ses oeuvres  Le destin  est couronnée par le Festival de Cannes. Cinéaste libre et non académique, Chahine a toujours eu deux sujets dans ses oeuvres :  lui et son pays. En guerre contre toute forme de fanatisme religieux, il a fait de l'accès à la connaissance le terreau de tous les espoirs : " Chaque jour qui passe  sans rien apprendre est un jour perdu - entend-t-on dans l'Emigré. Cet artiste altruiste et subversif est resté, à travers son parcours cinématographique, un incorrigible romantique.


   Tadrart Films

 En 1981, l'assassinat de Sadate installe un malaise auquel n'échappe pas le cinéma. Cet art y répond par la dérision, une forme d'expression chère aux Egyptiens. L'avocat de Rafaat al-Mihi est sans doute le film le plus représentatif de cette tendance qui dépeint, avec humour, le quotidien difficile de la population. Alors que la dernière génération de cinéastes s'attaque à l'intégrisme rampant en dénonçant ses mécanismes, comme  Les portes fermées  de Atef Hatata, une vague récente de films comiques tente de décrisper cette atmosphère lourde. A l'aube du 21e siècle, même si le cinéma égyptien s'essouffle et cherche désespérément des solutions à sa crise, le nombre des salles de spectacle ne cesse d'augmenter et les multiplexes abondent dans les beaux quartiers, remplaçant les salles vétustes d'autrefois. L'éternel engouement des Egyptiens pour le 7e Art demeure.


autres articles sur le même thème :

 

LA TUNISIE ET LE 7e ART        VENISE ET LE 7e ART        MALTE ET LE 7e ART

 

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LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 


Tadrart Films

 

 

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 12:04

United International Pictures (UIP)   Affiche américaine. Beijing New Picture Film Co.   Pyramide Distribution

 

Figure de proue de la cinquième génération avec Chen Kaige, Zhang Yimou, né le 14 novembre 1951, est de ceux qui ont attiré l'attention des spectateurs du monde entier sur un 7e Art chinois capable de se renouveler  et de retrouver un second souffle après l'ère difficile traversée par le pays au temps de la révolution culturelle. Il a eu également la chance de trouver en Gong Li, qui fut son épouse, une actrice d'une beauté et d'une présence rares qui a contribué à donner à ses oeuvres un éclat exceptionnel. Avec lui, elle a tourné Le Sorgho rouge, Epouses et concubines et La cité interdite où elle se montrait sous les traits d'une souveraine  impériale.

 

Gong Li. SND  Gong Li dans La cité interdite


Frappé en pleine jeunesse par la Révolution culturelle, ( trois années à travailler aux champs et sept en usine ), Zhang Yimou s'inscrit à l'école nationale du cinéma de Pékin dès que celle-ci rouvre ses portes en 1978 et permet alors à de grands talents de se révéler. Formé à la section des prises de vues, il se lie avec Chen Kaige, de la même promotion et signe la photographie de deux de ses  films Terre jaune ( 1984 ) et  La grande parade  ( 1986 ). C'est en 1987 qu'il décide de passer à la réalisation pour son propre compte et tourne  Le sorgho rouge( 1987 ) qui sera couronné d'un Ours d'Or à Berlin et ouvre un boulevard professionnel à sa découverte, Gong Li. Sans doute, est-ce dans un rôle de paysanne entêtée  Qiu Ju, une femme chinoise  en 1992, Lion d'Or à Venise, qui demande réparation à l'administration pour un préjudice subi par son mari, qu'elle se montre la plus convaincante et qu'ensuite elle ne cesse d'affirmer sa présence à l'écran dans des films comme Vivre  ( 1994 ), l'élégant  Epouses et concubines où elle illumine la pellicule en 1991 et où le film privilégie  l'exotisme précieux. Cet opus sera d'ailleurs le premier film chinois à remporter un succès public en France. Aussi la séparation du metteur en scène et de l'actrice, en 1994, va-t-elle correspondre à un passage à vide pour Zhang Yimou, même s'il lance la jeune Zhang Ziyi dans  Ma mère et mon père  en 1999. Son goût pour l'opéra l'incite alors à mettre en scène Turandot en 1998 dans le décor de la Cité interdite. Ajouté à l'utilisation des effets spéciaux numériques qu'il maîtrise bien, il épanouit sa tendance naturelle à la grandiloquence et aux spectacles complets, où la mise en scène prend le dessus sur le sujet lui-même. Ce sera le cas pour  Le secret des poignards volants  ( 2003 )  qui comporte de beaux moments de bravoure et, davantage encore, pour  La cité interdite  ( 2006 ), où il retrouve Gong Li, à laquelle il a taillé un rôle sur mesure, mais qui souffre du recours excessif aux images de synthèse, principalement dans les combats. On a reproché alors à Zhang Yimou de délaisser le cinéma contestataire pour devenir le réalisateur officiel de la République chinoise. C'est lui d'ailleurs qui fut chargé de concevoir le spectacle  des Jeux Olympiques qui se déroulèrent à Pékin en 2008. On attend de lui un film testament qui conclurait une oeuvre où la beauté des femmes et la puissance de l'Empire du milieu ont eu la plus belle part.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 
SND


Jay Chou. SND

 

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 07:24

12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1.jpg 

 

C'est avec un plaisir presqu'enfantin que j'ai appris que ma demande d'accréditation pour participer au 12e Festival du Film Asiatique de Deauville m'avait été accordée. Faveur à laquelle je suis d'autant plus sensible que les organisateurs ont décidé de ne plus accorder, dorénavant, d'accréditations aux animateurs de blogs. Décision qu'ils risquent de regretter, car ce sont les blogs, à mon avis, qui font la meilleure promotion des festivals et des films, leurs animateurs étant pour la plupart des cinéphiles confirmés.


La sélection 2010 est la suivante :

Au revoir Taipei  de  ARVIN CHEN. D'origine chinoise et de nationalité américaine, ce film est son premier long métrage. Né aux Etats-Unis le 26 novembre 1978

Castaway on the moon  de LEE HEY-JUN. De nationalité corérenne, ce film est son second long métrage. Né le 18 août 1973 à Séoul.

Judge  de LIU JIE. De nationalité chinoise, ce cinéaste est né le 18 févier 1968 dans la province de Tianjian. Ce film est son second long métrage.

My daughter  de Charlotte LIM LAY KUEN. De nationalité malaisienne, cette jeune femme est née le 27 mai 1981 à Malaka. Ce film est son premier long métrage. 

Paju   de PARK CHAN-OK. De nationalité sud-coréenne, ce réalisateur est né le 8 avril 1968 à Séoul. Ce film est son second long métrage après Jealousy is my middle name. 

Symbol  de MATSUMOTO  HITOSHI. Né le 8 septembre 1963 à Amagasaki, ce cinéaste est de nationalité japonaise. Ce film est son second long métrage après Big Man Japan en 2007. 

The Eternal  de RITUPARNO GHOSH. De nationalité indienne, ce réalisateur est né le 31 août 1963 à Kolkata. Il a déjà produit 8 longs métrages dont Views of the inner chamber en 2005.

 The King of Jail Breakers  de ITAO  ITSUJI. De nationalité japonaise, Itao est né le 18 juillet 1963 à Tondabayashi et nous présente son premier long métrage sur le Japon des années 20.

True Noon  de NOSIR SAIDOV. Né au Tadjikistan le 19 février 1966, True Noon est son premier film.

 

 

Deux hommages seront rendus au cours de ce Festival : l'un à  Brillante Mendoza  et l'autre à  Lou Ye.

Lou Ye, auteur d' Une jeunesse chinoise et de  Nuits d'ivresse printanière, tous deux en sélection officielle au Festivals de Cannes 2006 et 2009, est un réalisateur, scénariste et producteur chinois né à Shanghaï en 1965. Il fait partie de la 6e génération chinoise avec Wang Chao, Zhang Yuan et Xiaoshuai. Diplômé de l'Académie du film de Pékin, il a d'abord travaillé comme assistant avant de produire son premier long métrage Weekend Lover en 1994 qui sera primé au Festival de Mannheim.

Brillante Mendoza est déjà une figure marquante du cinéma philippin. Né en 1960 à San Fernando, il songe un temps à se faire prêtre avant d'entamer une carrière de décorateur pour le cinéma, le théâtre et la télévision. Vite remarqué en tant que publicitaire, il fonde sa propre société de production en 2005 et réalise son premier long métrage  Masahista   sur un sujet encore très sensible aux Philippines : l'homosexualité. Son second long métrage Kaleldo  brosse le portrait d'une famille philippine après une irruption volcanique. Viendront ensuite  John JohnKinatay, descente aux enfers d'un jeune étudiant en criminologie. Enfin en 2009,  Lola  qui fera l'ouverture demain 10 mars du 12e Festival du Film Asiatique de Deauville.

Le jury des longs métrages sera présidé par  Pascal Bonitzer  et composé de Raja Amari, Elie Chouraqui, Anne Consigny, Sara Forestier, Safy Nebbon, Clemence Poesy, Frederic Shoendoerffer et Bruno Todeschini.

JOURNEE du 10 MARS 2010

Le Festival s'est donc ouvert ce soir à 20 heures, devant une assistance nombreuse, en présence du cinéaste philippin Brillante Mendoza auquel était rendu un hommage solennel. Celui-ci est venu très simplement dire son émotion d'être distingué par ce Festival et a avoué que le film d'ouverture, c'est-à-dire Lola, était un projet de longue date, qui lui tenait beaucoup à coeur, mais qu'il avait eu du mal à réaliser, faute d'argent. Il a également déclaré ouvert ce 12e Festival du Film Asiatique de Deauville sous les applaudissements. Puis le silence est revenu pour laisser place à la projection de LOLA, une oeuvre  magnifique, dont vous trouverez la critique dans la rubrique CINEMA ASIATIQUE.


JOURNEE du 11 MARS

 

Cet après-midi fut marqué par la  première projection en France d'un film attachant du Tadjik  Nosir Saidov : TRUE NOON , qui nous conte, avec talent et sobriété, l'histoire d'un village que la sottise politique de l'époque va couper en deux, séparant par des barbelés, puis des mines, des familles et une population que tout rapprochait : les conditions d'existence, l'isolement dans une nature âpre et sauvage, les alliances, les fêtes. Interprété par des acteurs d'une grande fraîcheur et d'une authenticité émouvante, ce premier film révèle un tempérament d'une puissante force narrative. Je ne souhaite qu'une chose : que ce film sorte en France le plus tôt possible. Je vous en reparlerai alors longuement. Pour me persuader que je n'avais pas été la seule à l'apprécier, il suffisait d'entendre les applaudissements nourris de la salle lorsque le mot fin apparut sur l'écran.

La soirée - quant à elle - était consacrée à l'hommage que le Festival rendait au cinéaste chinois Lou Ye. Celui-ci ne trouva que bien peu de mots - contrairement à Brillante Mendoza - pour remercier les responsables du Festival et le public de l'honneur qui lui était fait. Expédiée en quelques minutes, son apparition sur scène fut suivie par la projection de son dernier film " Nuits d'ivresse printanière ", titre poétique pour un film long et décevant, romance homosexuelle entre un homme à l'attirance vénéneuse et des compagnons d'occasion, dont l'un se suicidera, et où l'on trouve, étroitement mêlées, la jalousie, l'ivresse des sens et l'ombre portée du mensonge et de la trahison. A mon avis, cet opus souffre d'être inutilement surchargé de scènes violemment érotiques, qui sont davantage de l'ordre de la démonstration que de la suggestion subtile. Tout ici est glauque, blafard, fébrile, scabreux, et déçoit d'autant plus que le film, en lui-même, ne démontre rien. Néanmoins, il bénéficie d'une imagerie solide à défaut  d'un narratif construit.


JOURNEE du 12 MARS 2010

Je n'ai vu en cette journée qu'un seul film, mais quel film !  - JUDGE  du cinéaste chinois Liu Jie, venu le présenter en personne, glissant, non sans humour, qu'il avait été pris de panique lorsqu'on lui avait appris que son second film - après  Courthouse on the Horseback - allait être projeté dans une salle qui pouvait recevoir 1500 personnes. Mais si cette salle magnifique du CID de Deauville n'était pas pleine, le public n'en était pas moins nombreux à assister à cette projection, dont l'histoire se déroule en Chine en l'année 1997. Le jeune Qiuwu, âgé de 27 ans, vient d'être condamné à mort pour avoir volé deux voitures. Une coïncidence malheureuse a voulu que le juge, en charge du dossier, ait perdu sa fille peu de temps auparavant dans un accident perpétré par un voleur de voiture. Alors que la loi vient d'être assouplie et permettrait au condamné d'éviter la peine capitale, le juge maintient le verdict avec fermeté. D'autant plus qu'un riche industriel Monsieur Li, qui souffre d'insuffisance rénale, a besoin d'un rein et que celui de ce condamné ferait parfaitement l'affaire. Ce film très fort, traité avec économie, maintenant son fil conducteur dans une tension permanente, est un véritable réquisitoire sur l'implacable dureté et cruauté du régime communiste chinois, où la vie d'un homme n'a aucune importance. Froids calculs, incarcérations dans des conditions inhumaines, condamnations brutales, rôle potiche des avocats qui n'ont pas de recours, lois assénées sans que ne puisse être avancée aucune circonstance atténuante, tout cela glace le sang et montre jusqu'où peuvent aller des régimes qui ont perdu jusqu'au sens de l'humain. Mais un retournement va néanmoins s'effectuer. Le juge, confronté personnellement à une scène où il est pris à partie à cause de la licence du petit chien de sa femme qu'il n'a pas présentée en temps et en heure,  l'amènera à réviser sa conception des choses et à s'opposer à l'exécution du jeune Qiuwu, alors même que celui-ci est sur le lieu de l'exécution. Un film admirablement mené et interprété, sans concession, comme une épure rigoureuse et précise, servi par une mise en scène efficace et d'excellents acteurs, dont  Ni Dahong dans celui du juge Tian, tous pénétrés de leurs rôles. Le cru 2010 s'annonce des plus prometteurs. 


JOURNEE du 13 MARS 2010

The king of jail breakers  du cinéaste japonais  Itao Itsuji, qui raconte l'histoire du roi de l'évasion, aurait pu être un grand film, mais la fin, sous forme de pirouette, à la suite d'une histoire qui est un véritable documentaire sur l'horreur des prisons japonaises, laisse le spectateur dubitatif car, tout à coup, le film perd sa consistance et n'aboutit pas.
L'histoire est la suivante  : nous sommes au Japon dans les années 1920 et Masayuki Suzuki est un prisonnier qui s'évade systématiquement des prisons dans lesquelles il est incarcéré pour être repris sciemment et mis de nouveau sous les verrous de prisons de plus en plus terribles. Après sa 10 ème fugue, il échouera dans l'île des prisonniers, où le traitement est tout simplement ignoble et insoutenable et où il est jeté quasi nu dans une sorte de puits sans air, ni lumière, à même le sol, comme une bête. D'ailleurs, ici, les prisonniers sont tous appelés " ordure". Ils ont été rayés de la liste des humains. Ce film extrêmement violent et oppressant semble à premier abord un documentaire halluciné sur la cruauté des traitements infligés aux prisonniers récalcitrants. Un des geôliers, intrigué par le comportement de Suzuki, va tenter de percer son mystère et comprendre que Suzuki n'agit ainsi que pour retrouver son père dans l'île des prisonniers, celle dont on ne revient jamais. Le thème pouvait alors prendre de l'ampleur et se clore sur un final à la hauteur de l'intense et terrible démonstration que nous avait infligée le cinéaste, mais le prisonnier va se tromper de père et le film s'achève comme une sorte de farce après 1h34 d'immersion éprouvante dans le monde carcéral. Dommage, car il y a des scènes incontestablement puissantes et Itao Itsuji dans le rôle de Suzuki est formidable, meilleur devant la caméra que derrière.

Le film suivant était tout l'opposé, une comédie aimable de Arvin Chen, d'origine taiwanaise et de nationalité américaine, dont  Au revoir Taipei est le premier long métrage. Comédie distrayante, où l'on voit une bande de jeunes branquignoles essayer de récupérer un mystérieux paquet remis par un agent immobilier louche à l'un de ses neveux sur le point de gagner Paris. Mais tout va capoter et rien ne se passera comme prévu, cela dans la bonne humeur, en une suite de rebondissements, nous offrant, de surcroît, une galerie de personnages réjouissants et naïfs. Malgré un narratif simplet, mais grâce à un timing soutenu, ce premier long métrage ne connait pas de temps mort et nous donne à voir la ville comme une sorte de bulle joyeuse et colorée. Un film qui balance entre polar et comédie romantique, action et comédie de moeurs.

Il est à remarquer que le thème de l'enfermement est celui qui revient de façon récurrente dans la plupart des films. Enfermement dans un régime politique, dans un univers carcéral ou en soi-même comme dans The Eternal du cinéaste indien  Rituparno Ghosh,  dernier film que j'ai vu quelques heures avant la cérémonie de clôture et dont je vous parlerai si celui-ci est projeté en France. Autre facteur quasi permanent : la présence des éléments, que ce soit  l'aridité de la terre, la force des pluies de la mousson, l'incroyable violence des orages, la nature est là qui ne se fait jamais oublier et exprime en parallèle la force intérieure qui anime les personnages principaux. Ce Festival 2010 nous aura dépeint, le plus souvent sous un jour noir, la rude condition humaine et l'aspiration presque inaccessible à la liberté.


JOURNEE du 14 MARS 2010

PALMARES    (  sur lequel je reviendrai plus longuement dans le courant de la journée )

Lotus du meilleur film ( à l'unanimité ) :    JUDGE  de Liu Jie

Lotus du Jury :  ex aequo   PAJU de la jeune Park Chan-Ok et  AU REVOIR TAIPEI  de Arvin Chen

Lotus Air France :   MY DAUGHTER  de Charlotte Lim Lay Kuen

Lotus Action Asia  :  THE SWORD WITH NO NAME  de Kim Yong-Kyun

Ainsi s'est clôturé un festival d'une excellente tenue et d'une incontestable qualité. Il est certain que JUDGE était de loin le film le plus fort, celui qui délivrait le message le plus stimulant, une rédemption par l'altruisme, sentiment que la Chine communiste dédaigne depuis trop longtemps. Commencé sous un froid polaire, il s'est achevé sous un ciel d'azur qui prêtait à Deauville ses lumières les plus flatteuses. D'ailleurs, chacun des lauréats y alla de son compliment à l'égard d'une ville si belle et si calme, qu'en me promenant sur les planches - avoua la réalisatrice de Paju, la sud-coréenne Park Chan-Ok - je pouvais entendre les battements de mon coeur.
Il est vrai - et il faut le souligner - que Deauville sait recevoir. Le CID n'offre pas seulement une salle vaste et confortable, mais un personnel d'une gentillesse et d'une amabilité jamais prises à défaut. Tout est prévu pour que dans les hôtels, les restaurants, les lieux publics, vous ayez l'impression d'être la personne la plus importante du monde. Le succès de ce 12e Festival du  Film Asiatique est un encouragement pour les organisateurs. Venant juste après les fêtes qui commémoraient le 150 e anniversaire de la naissance de la station sous l'égide du duc de Morny, il prouve, si besoin est, que ce lieu n'a pas seulement du charme et du caractère, mais dispose d'une histoire qui ne demande qu'à s'illustrer encore et toujours...dans le temps.

P.S. Il est bien entendu que je reviendrai plus longuement sur chacun de ces films, lors de leur sortie dans les salles françaises.

 


Pour prendre connaissance de la liste complète des films critiqués dans la rubrique CINEMA ASIATIQUE dont LOLA, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 12:02

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LOLA OU LA SAISON DES LARMES, ainsi aurait pu être titrée cette oeuvre digne et sobre qui est, par ailleurs, un éloge du grand âge..

 


Le dernier film du cinéaste philippin Brillante Mendoza  Lola, projeté en ouverture du 12e Festival du Film Asiatique de Deauville, se déroule à Manille, dans un quartier pauvre, inondé par les pluies de la dernière mousson. Là, vit une grand-mère dont le petit-fils vient d'être assassiné. La première scène nous la montre sous la pluie avec l'un de ses petits-enfants qui tente désespérément d'allumer une bougie qu'elle désire déposer à l'endroit même où, la veille, son petit-fils a été poignardé. Mais les rafales de vent, la pluie intense qui tombe en lourdes vagues ne cessent d'éteindre la flamme et nous voyons la vieille femme lutter contre les éléments comme elle a toujours lutté contre les duretés de la vie. Mendoza nous dépeint sa capitale comme une sorte de nasse immense où sont pris en otages de la pauvreté, de l'eau, un petit peuple de gens dignes qui donnent à cette misère une sorte de grandeur. Rien de pleurnichard dans le portrait de ces deux femmes âgées autour desquelles s'articule l'histoire, l'une s'efforçant à surmonter  son deuil, l'autre la douleur de savoir son petit-fils criminel. Elles finiront par trouver un accord amiable qui permettra au jeune délinquant de ne pas s'abimer davantage dans l'atmosphère glauque d'une prison. Tout cela nous est raconté avec un réalisme empreint d'une profonde humanité, par petites touches, en une suite de scènes qui nous fait partager dans les détails les plus banals, mais aussi les plus touchants, le quotidien de ces familles qui luttent afin de survivre au milieu d'innombrables difficultés avec un courage extraordinaire.


Equation    Anita Linda


Aucune complaisance de la part de Mendoza pour solliciter l'émotion du public. Non, la vie y est montrée telle quelle, les visages à nu, malmenés par la vie dure. Lola signifie grand-mère en Tagalog. Il y a une scène où l'une de ces vieilles femmes doit fournir des photos d'identité et, pour ce faire, entre dans une cabine photomaton. Mais sur les clichés, on s'aperçoit qu'elle ferme les yeux et il faut donc recommencer la séance et payer à nouveau 50 pesos. Le symbole sous-jacent n'est-il pas que cette vieille femme s'est refusée à affronter son propre visage et a volontairement baissé les paupières. Il y a ainsi de nombreuses scènes semblables à de délicats pastels, en contre-plan et contre-partie de la description à couleurs vives, à bruits stridents, qui est celle de la ville de Manille, de la population, des éléments qui se déversent en cataractes sur les quartiers grouillants.
Celui de Malabon, où se passe le film, est inondé quasiment en permanence et oblige la population à vivre dans des conditions précaires, mais ces malheureux n'ont nulle part où aller, les loyers étant trop onéreux dans des quartiers plus salubres. Malgré ces difficultés, ils parviennent à trouver des solutions à leurs problèmes.


Equation        Rustica Carpia

Le film a été tourné à la saison des pluies. Mendoza souhaitant des ciels sombres pour mieux exprimer la douleur secrète des deux grands-mères. Et la pluie, n'est-ce pas les larmes qu'elles cachent et, pour elles deux, n'est-ce pas la saisons des larmes ?
Les rôles sont tenus par des actrices professionnelles ; Anita Linda, 84 ans, est Sépa, la grand-mère de la victime ; Rustica Carpia, 79 ans, est Puring, l'aïeule du jeune criminel. Elles semblent avoir été filmées par une caméra invisible tellement elles sont surprenantes de naturel. En présentant son film, Mendoza a insisté sur l'importance du rôle des grands-parents dans la société philippine. J'ai eu du mal - a-t-il avoué - à financer mon film, les  rôles titres appartenant à de vieilles femmes. Des vieilles femmes qui s'avèrent être les piliers des familles, oeuvrent pour le meilleur, sans haine, sans rancoeur et tentent de sauvegarder ce qu'il reste d'humain en ce monde. Au milieu d'une jeunesse captivée par la vie moderne, la drogue, le sexe, la violence, elles sont les gardiennes d'une tradition fondée sur la famille et le respect de l'autre.
Un très beau film, dont l'auteur ne nous a pas caché qu'il lui tenait particulièrement à coeur. J'ai aussitôt pensé qu'il avait dû beaucoup aimer sa Lola...

 

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Equation

 



 
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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 10:28

   


Découvert en Occident grâce à  Rashomon  ( 1950 ), Lion d'or au Festival de Venise et Oscar du meilleur film étranger en 1951, Akira Kurosawa est l'homme de tous les cinémas, s'inspirant aussi bien du théâtre japonais classique que des grands écrivains occidentaux comme Shakespeare, Gorki, Dostoïevski, et passant avec aisance du drame contemporain à la fresque féodale, d'un cinéma de genre à une fable intimiste. Doté d'un regard de peintre, il fera de chacune de ses oeuvres une suite de tableaux d'un esthétisme coloré. Le suicide de son frère en 1934 le frappe de stupeur, aussi décide-t-il d'abandonner ses études de peinture aux Beaux-Arts de Tokyo, pour se consacrer au cinéma, afin de prolonger le travail de son frère disparu. " Je préfère penser que celui-ci fut le négatif original du film dont je suis le développement comme image positive" - écrira-t-il. Il passe d'ailleurs à la réalisation avec un coup d'éclat  La légende du grand judo  ( 1943 ) dont le combat final est devenu une scène d'anthologie.

 


Toshirô Mifune. Ciné Classic Action Cinémas / Théâtre du Temple Affiche française. Action Cinémas / Théâtre du Temple Action Cinémas / Théâtre du Temple

 

Après la guerre, il se consacre à une série de films sur le drame qui est celui d'un Japon défait et humilié. Autant  par nécessité - car les Etats-Unis, qui contrôlent le pays, interdisent les films avec samouraïs, jugés porteurs d'une idéologie guerrière - que par goût de décrire les périodes troublées de son pays, les guerres civiles entre clans qui seront le cadre de ses grandes fresques féodales. Dans La légende du grand judo, la relation entre le disciple fougueux et son maître qui le dompte en l'initiant à son art tout en lui enseignant la voie de la sagesse, caractérise son univers. Si le sujet de la transmission lui vient des arts martiaux et du confucianisme ( la piété filiale ), le goût de l'affrontement lui est inspiré par la tradition japonaise ( le duel au sabre ) et le film noir du cinéma américain. Le réalisateur a su laisser courir en lui des influences multiples et les allier dans une perspective très personnelle qui assure son originalité. Kurosawa aime faire de l'exercice d'un métier ( médecin, samouraï ) le sujet et le ressort moral de ses films, à l'image du policier du  Chien enragé  ( 1949 ), inquiet à l'idée que le voleur de son arme en fasse un mauvais usage ou, comme dans  L'ange ivre  (1948 ), entre un médecin alcoolique et un gangster tuberculeux. Les extrêmes me plaisent - disait-il - car ils sont source de vie ".

 

Cela va donc des corps fougueux, débordant d'énergie, aux corps de grabataires en sursis. Cette dimension fantomatique du corps est liée à la conscience de la mort : ainsi le personnage de  L'idiot  ( 1951 ), pour avoir été témoin du pire ( un soldat fusillé ), demeure hébété, comme halluciné, à la façon d'une personne revenue de l'au-delà pour hanter le monde des vivants. En passant des héros des  Sept Samouraïs,  rémunérés pour leur travail, à celui opportuniste et manipulateur de Yojimbo ( 1961 ), le film préféré de Clint Eastwood, qui inspirera Sergio Leone, et donnera naissance au western spaghetti, Kurosawa fait-il basculer le héros moderne dans un cynisme désabusé et le genre dans la parodie grotesque, transformant le samouraï sans maître en un être mélancolique, perdu dans un monde où il n'a plus sa place. C'est la raison pour laquelle il deviendra pour la jeune génération du cinéma américain - les Scorsese, Coppola, Spielberg - une référence incontournable.


Alive

 

D'autre part, le cinéaste se donne pour mission de peindre l'apocalypse, centrée sur l'ivresse et la folie destructrice du pouvoir des hommes, se nourrissant de la dramaturgie japonaise consécutive à la guerre de 39/45 et au tremblement de terre de 1923, visions traumatisantes s'il en est...Cette peinture est inséparable de l'épreuve du regard, à l'image de la vieille femme de  Rhapsodie en août  ( 1991 ) qui voit de ses propres yeux la bombe d'Hiroshima. L'art de Kurosawa, maître incontesté du 7e Art japonais, est avant tout guidé par une morale du regard.

 

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:23

       

 

Il y a d'abord, venant à notre mémoire, l'image que Peter O'Toole nous a imposée du personnage quasi légendaire du colonel Lawrence dans le film de David Lean. Mais il y a la réalité de l'homme qui a inscrit son parcours dans la terre de l'actuelle Jordanie en contribuant à fédérer les diverses tribus bédouines et à les entraîner à se libérer de la tutelle turc lors de la Première Guerre mondiale. Il y a aussi et surtout celui dont la mort reste presque aussi énigmatique que la vie et l'auteur d'un chef-d'oeuvre : Les sept piliers de la sagesse. Oui, Lawrence d'Arabie, né le 16 août 1888 au pays de Galles, avait tout pour séduire un metteur en scène tel que David Lean, amoureux des grands espaces et des aventures hors du commun. Le film aux 7 Oscars, qu'il lui a consacré, compte parmi les grandes réussites du 7e Art, de par la beauté fulgurante des images et de l'aventure intelligemment relatée de l'homme qui voulut être arabe parmi les arabes, ayant subi l'envoûtement de ces défilés et de ces vallées qui offrent des paysages fantastiques avec leurs dunes de sable rouge et leurs roches ouvragées par le vent, sur lesquels passent des nuits étonnement étoilées et des jours intensément bleus. N'oublions pas que le film doit beaucoup à l'interprétation d'acteurs chevronnés comme Anthony Quinn, Peter O'Toole, Alec Guinness, Jack Hawkins, José Ferrer et d'un nouveau venu qui crevait déjà l'écran en prince noir, découvert par Youssef  Chahine, le libanais-égyptien Omar Sharif ; sans oublier la musique de Maurice Jarre que le commandant de bord, lors de notre croisière en mer Rouge, ne manqua pas de diffuser lors de notre entrée dans le port d'Aqaba. 

 

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Portrait de  Thomas Edward Lawrence  ( 1888 - 1935 )


Héros pour les uns, mystificateur pour les autres, cet aventurier a traversé l'histoire avec panache et achevé curieusement sa vie animé du désir obsessionnel de l'anonymat. En 1914, Lawrence, jeune archéologue en mission dans le Moyen-Orient, refusé dans l'armée active pour raisons de santé, réussit à se faire accepter comme agent dans l'Intelligence Service. Un renouveau du nationalisme arabe s'étant produit dans les années précédant immédiatement la Grande Guerre avec le mouvement des "jeunes turcs", l'Angleterre, et particulièrement Lord Kitchener, a l'idée de gagner à la cause alliée les forces turques de Mésopotamie et de susciter une révolte capable de provoquer le démembrement de l'empire de Constantinople. Pour préparer ce soulèvement, Lawrence est dépêché auprès de l'émir Fayçal ibn Hussein et de Hussein, son père, grand cheriff de la Mecque, rallié à la cause anglaise. Il s'agissait d'une mission destinée à servir les seuls intérêts anglais, bien entendu. Mais elle provoque chez Thomas Edward Lawrence le réveil d'un vieux rêve de jeunesse poursuivi depuis ses années d'étudiant à Oxford. L'agent de l'Intelligence Service cesse bientôt de voir dans la révolte un simple moyen. Elle devient à ses yeux une fin prestigieuse. Il s'agit de créer une nation nouvelle et de faire revenir au monde une influence perdue, de donner à 20 millions de sémites les fondations sur lesquelles bâtir un château de rêve avec les inspirations de leur pensée nationale.

 

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   Bédouins dans le désert du Wadi Rum


L'entreprise échouera, car sans détromper les Arabes, il est évident que Lawrence, malgré et contre ses voeux, ne cessa de servir la cause britannique. " L'honneur - écrivit-il - ne l'avais-je pas perdu l'année précédente, quand j'avais affirmé aux Arabes que les Anglais tiendraient leurs engagements ? " Mais plus profondément, le projet d'une résurrection politique du monde arabe est un rêve que le jeune colonel oublia d'asseoir sur de solides bases historiques. Il avait recherché l'âpre sentiment de la totale indépendance que lui conférait cette force guerrière cimentée par une pure idée. " Nous étions une armée concentrée sur elle-même, sans parade ni geste, toute dévouée à la liberté, la seconde des croyances humaines " - écrira-t-il. Pour gagner les Arabes, le colonel avait voulu les imiter, empruntant leurs habits, leurs rites, afin qu'eux-mêmes, le jour venu, l'imitent à leur tour. Mais cela était-il possible ? Lawrence le reconnaîtra lui-même et notera dans ses mémoires :
" Comment se faire une peau arabe ? Ce fut de ma part affectation pure. Il est aisé de faire perdre la foi à un homme, mais il est difficile ensuite de la convertir à une autre. Ayant dépouillé une forme sans acquérir de nouvelle, j'étais devenu semblable au légendaire cercueil de Mohammed. "


Malgré lui, le colonel Lawrence est resté un étranger pour les Arabes. La solitude a marqué son destin d'une sceau indélébile. Avec lui, on atteint au point extrême de la rêverie politique. Lawrence est de la race des Chateaubriand, des Barrès et, plus proche de nous, d'un Malraux. " Les rêveurs du jour - notera-t-il  en songeant à lui-même - sont des hommes dangereux, car ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts et le rendre possible. C'est ce que j'ai fait. "
Si son entreprise lui plait, ce n'est pas tant pour le bonheur à venir d'un peuple que comme la plus belle figure de ses songes. Si bien que l'on peut se demander si l'échec n'a pas été volontaire et destiné à préserver la pureté du rêve : moins que la conquête, c'est l'effort qui exalte le jeune colonel.
" Je t'aimais,c'est pourquoi, tirant de mes mains ces marées d'hommes, j'ai tracé en étoiles ma volonté dans le ciel, afin de gagner la liberté, la maison digne de toi."
Et il ajoute : " Quand une chose était à ma portée, je n'en voulais plus. Ma joie était dans le désir."


L'aventure pour Thomas Edouard Lawrence ressemble beaucoup à ce salut par l'art qui tentait les écrivains de la fin du XIXe siècle. Lawrence n'édifia point l'empire arabe mais, qu'importe  l'échec ou le succès de l'entreprise !, si cette dernière lui a permis de façonner quelque oeuvre d'art. L'auteur était trop lucide pour ne pas se l'avouer : - ma guerre était trop méditée, parce que je n'étais pas soldat, mes actes étaient trop travaillés parce que je n'étais pas un homme d'action. " Je n'avais eu - poursuivait-il  - qu'un grand désir dans mon existence - pouvoir m'exprimer sous quelque forme imaginative, - mais mon esprit trop diffus n'avait jamais su acquérir une technique. Le hasard, avec un humour pervers, en me jetant dans l'action, me donnait une place dans la révolte arabe contre l'occupant turc et m'offrait ainsi une chance en littérature, l'art-sans-technique ! "


Ainsi le colonel Lawrence a-t-il jugé son épopée dans les sables du désert. Rentré en Grande-Bretagne aussitôt la fin de la Grande Guerre, il devint le conseiller de Winston Churchill et obtint que la couronne d'Irak revint au prince Fayçal ( 1883 - 1933 ) qui venait de perdre le trône de Syrie. A la fin de 1926, il fut assigné à une base en Inde et y restera jusqu'en 1928, date à laquelle il sera rappelé à Londres à la suite de rumeurs infondées d'espionnage en Afghanistan. Le 13 mai 1935, alors qu'il roulait à vive allure à moto, il perdra le contrôle de son engin en voulant éviter deux jeunes cyclistes et mourra des suites de cet accident 6 jours plus tard. Il repose dans un petit cimetière du Dorset.

 

Etait-il un agent secret, était-il homosexuel comme certains textes pourraient le laisser supposer, sa mort fut-elle vraiment accidentelle ? Autant d'énigmes qui n'ont pas été élucidées. Il existe des destins qui semblent verser naturellement dans l'univers romanesque. Celui de Thomas Edward Lawrence est de ceux-là. Pour certains, il aurait combattu son homosexualité en s'imposant une vie d'ascète faite d'exercices physiques, de travail et de privation. Ce serait la clé de son étrange et mystérieuse personnalité et de l'intérêt qu'il n'a cessé d'inspirer.

 

Vous pouvez également consulter l'article que j'ai consacré à David Lean en cliquant sur son titre :  


DAVID LEAN, L'IMAGIER PRESTIGIEUX  

 

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Les sept piliers dans le désert de Wadi Rum qui ont inspiré le titre des mémoires de Thomas Edward Lawrence

 

LAWRENCE d'ARABIE de David LEAN, DE LA REALITE A LA LEGENDE
LAWRENCE d'ARABIE de David LEAN, DE LA REALITE A LA LEGENDE
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 10:01

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Dans l'Angleterre du début du XIX e siècle, le récit des destinées sentimentales de trois soeurs qui vont vivre des amours contrariées dont certaines finiront bien, dans une campagne solitaire où elles demeurent avec leur mère après la mort de leur père, dont toute le fortune est revenue à son fils, né d'un précédent mariage. A la suite de ce douloureux événement et à la conduite de la belle fille, une peste qui leur rend la vie dure, mère et filles décident de partir poursuivre une existence plus digne, mais fatalement plus restreinte financièrement, dans une demeure du Devonshire. Mais l'éloignement de la ville et leur modeste train de vie font craindre à la mère que ses filles ne puissent trouver un mari digne de leur rang social.

 S'inspirant du roman éponyme de Jane Austen,  Emma Thompson  a bâti un scénario solide, admirablement mis en scène par  Ang Lee,  qui a ciselé un film délicat, servi par des décors et costumes raffinés. On assiste, tout au long de cet ouvrage, cousu à petits points, au duo formé par les deux soeurs aînées, Elinor interprétée par la merveilleuse Emma Thompson qui n'est jamais si belle que lorsqu'elle cherche à s'enlaidir, et Marianne, la cadette, campée par  Kate Winslet  tout aussi juste, la première privilégiant la raison, la seconde se laissant emporter par son romantisme passionné. 

 

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Adaptation si réussie du roman de Jane Austen qu'elle a collectionné les récompenses en 1996, au moment de sa sortie en salles, notamment l'Ours d'Or de Berlin, le Golden Globe du meilleur scénario et l'Oscar de la meilleure adaptation. Ces prix mettent l'accent sur le remarquable travail d'Emma Thompson qui a su adapter le roman en trouvant le bon équilibre entre texte et transposition cinématographique. On perçoit le regard ironique que la romancière posait sur ses contemporains, la vivacité et la fraîcheur des sentiments exprimés admirablement par le jeu des acteurs.  Hugh Grant  trouve dans le personnage d'Edouard, soupirant maladroit et confiné dans une position difficile, l'un de ses plus beaux rôles. D'autre part, l'élégance très classique de la mise en scène et la subtilité des situations nous assurent un grand moment de cinéma.

 
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Pour lire l'article consacré à l'actrice Emma Thompson, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

EMMA THOMPSON

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
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