Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 08:37

 Pyramide Distribution Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr 


Tout au long du XXe siècle, le cinéma a été le témoin privilégié de la vie culturelle, sociale et politique de l'Egypte. Expression de la modernité, il fut un excellent élément fédérateur pour l'ensemble du monde arabe. Ses stars ont rayonné de l'Atlantique au Golfe Persique, faisant du dialecte égyptien une langue comprise par tous les Arabes.
En 1896, à Alexandrie, on projette un film des frères Lumière. L'engouement est total. En 1922, Mohamed Bayoumi réalise le premier court métrage de fiction Barsoum cherche un emploi. Néanmoins, la véritable naissance du cinéma égyptien sera le fait d'une femme, Aziza Amir, qui, en 1927, produit et interprète Leila, co-réalisé par Wedad Orfi et Stéphane Rosti. Ce succès sera à l'origine de nombreuses vocations. En 1928, Un baiser dans le désert d'Ibrahim et Badr Lama,  intronise les films d'aventure exotique. Avec Zaynad en 1930 de Mohamed Karim, c'est l'Egypte rurale qui, soudain, crève l'écran.

 

La rose blanche de Mohamed Karim en 1933 inaugure les comédies musicales et installe le cinéma sur les bords du Nil malgré des conditions de production précaires. La conquête du marché arabe étant assurée, la production cinématographique se développe. En 1935, la construction du studio Misr marque l'essor de cette industrie. L'année suivante, Wedad de Fritz Kramp avec la diva Oum Kalsoum, représente l'Egypte au premier Festival de Venise. L'école du studio Misr est née, d'où sortira toute une génération de jeunes réalisateurs comme Ahmed Badrakhan, Kamal Selim ou Salah Abou Seif. Films comiques, mélodrames, films historiques et religieux vont faire de l'Egypte, l'Hollywood de l'Orient. Les films, pour la plupart, imposent l'image d'un 7e Art frivole, mais les interdits sont multiples, dont le puritanisme et le conservatisme sont les alibis. Dès 1947, un Code de la Censure sera institué, calqué sur le modèle du Code Hays des Etats-Unis.



Le cinéma égyptien amorce alors un virage avec  La volonté  de Kamal Selim. Désormais, il ose affronter les conflits sociaux et civilisationnels. En plein nationalisme, il apporte un ton nouveau et un certain réalisme. En 1952, à travers la révolution nassérienne, des archétypes émergent à travers des oeuvres très diverses, émanant de jeunes cinéastes comme Henri Barakat, Atef Salem, Kamal el-Cheikh ou Tewfik Saleh et, principalement, celui qui sera bientôt le plus célèbre  :  Youssef  Chahine.  Ce dernier manifeste un engagement instinctif avec son film  Ciel d'enfer  qui révèle l'acteur Omar Sharif. Mais bien qu'importants de par leur conception et leur objectif, ces longs métrages n'illustrent qu'une part mineure d'une production qui alimente le désir de rêve du grand public. Dans les années 60, le cinéma est un des secteurs les plus influencés par le socialisme du régime Nasser. Chadi Abdel Salam réalise alors son chef-d'oeuvre  La momie  ( 1969 ), dans lequel il renoue avec l'histoire pharaonique.
Le 7e Art égyptien dénonce alors les problèmes sociaux qui agitent une société à dominante rurale, assoiffée de modernisation. C'est peut-être à travers l'image cinématographique de la femme que cette modernité balbutiante s'exprime le plus concrètement. De nombreux films traitent de l'égalité des sexes, du travail féminin, de la liberté qui doit permettre à chaque femme de choisir son mari selon son coeur. Souad Hosni et Nadia Lotfi en sont les emblèmes, alors que Faten Hamama, qui incarne longtemps la jeune fille soumise aux dicktats familiaux, se révolte et demande le divorce dans  Je demande une solution  de Said Marzouk ( 1974 ).
L'arrivée au pouvoir de Sadate amorce un changement politique. Avec les dénationalisations, la loi du marché s'installe dans le milieu du cinéma égyptien et les nouvelles générations, formées à l'institut du cinéma, ne doivent plus compter que sur elles-mêmes. Si bien que des réalisateurs tels Ali Badrakhan, Mohamed Radi, Ali Abdel Khalek ou Samir Seif vont assurer la relève avec des succès inégaux.


     Films A2     Tadrart Films  

Corbis Sygma      Youssef Chahine   Alexandrie 1926 - Le Caire 2008

 

Les films les plus audacieux des années 70 sont l'oeuvre d'un réalisateur déjà confirmé : Youssef Chahine. Bravant la censure, il poursuit sa carrière avec un enthousiasme désarmant et, en 1997, l'une de ses oeuvres  Le destin  est couronnée par le Festival de Cannes. Cinéaste libre et non académique, Chahine a toujours eu deux sujets dans ses oeuvres :  lui et son pays. En guerre contre toute forme de fanatisme religieux, il a fait de l'accès à la connaissance le terreau de tous les espoirs : " Chaque jour qui passe  sans rien apprendre est un jour perdu - entend-t-on dans l'Emigré. Cet artiste altruiste et subversif est resté, à travers son parcours cinématographique, un incorrigible romantique.


   Tadrart Films

 En 1981, l'assassinat de Sadate installe un malaise auquel n'échappe pas le cinéma. Cet art y répond par la dérision, une forme d'expression chère aux Egyptiens. L'avocat de Rafaat al-Mihi est sans doute le film le plus représentatif de cette tendance qui dépeint, avec humour, le quotidien difficile de la population. Alors que la dernière génération de cinéastes s'attaque à l'intégrisme rampant en dénonçant ses mécanismes, comme  Les portes fermées  de Atef Hatata, une vague récente de films comiques tente de décrisper cette atmosphère lourde. A l'aube du 21e siècle, même si le cinéma égyptien s'essouffle et cherche désespérément des solutions à sa crise, le nombre des salles de spectacle ne cesse d'augmenter et les multiplexes abondent dans les beaux quartiers, remplaçant les salles vétustes d'autrefois. L'éternel engouement des Egyptiens pour le 7e Art demeure.


autres articles sur le même thème :

 

LA TUNISIE ET LE 7e ART        VENISE ET LE 7e ART        MALTE ET LE 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de cette rubrique, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 


Tadrart Films

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans MES BILANS
commenter cet article
17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 12:04

United International Pictures (UIP)   Affiche américaine. Beijing New Picture Film Co.   Pyramide Distribution

 

Figure de proue de la cinquième génération avec Chen Kaige, Zhang Yimou, né le 14 novembre 1951, est de ceux qui ont attiré l'attention des spectateurs du monde entier sur un 7e Art chinois capable de se renouveler  et de retrouver un second souffle après l'ère difficile traversée par le pays au temps de la révolution culturelle. Il a eu également la chance de trouver en Gong Li, qui fut son épouse, une actrice d'une beauté et d'une présence rares qui a contribué à donner à ses oeuvres un éclat exceptionnel. Avec lui, elle a tourné Le Sorgho rouge, Epouses et concubines et La cité interdite où elle se montrait sous les traits d'une souveraine  impériale.

 

Gong Li. SND  Gong Li dans La cité interdite


Frappé en pleine jeunesse par la Révolution culturelle, ( trois années à travailler aux champs et sept en usine ), Zhang Yimou s'inscrit à l'école nationale du cinéma de Pékin dès que celle-ci rouvre ses portes en 1978 et permet alors à de grands talents de se révéler. Formé à la section des prises de vues, il se lie avec Chen Kaige, de la même promotion et signe la photographie de deux de ses  films Terre jaune ( 1984 ) et  La grande parade  ( 1986 ). C'est en 1987 qu'il décide de passer à la réalisation pour son propre compte et tourne  Le sorgho rouge( 1987 ) qui sera couronné d'un Ours d'Or à Berlin et ouvre un boulevard professionnel à sa découverte, Gong Li. Sans doute, est-ce dans un rôle de paysanne entêtée  Qiu Ju, une femme chinoise  en 1992, Lion d'Or à Venise, qui demande réparation à l'administration pour un préjudice subi par son mari, qu'elle se montre la plus convaincante et qu'ensuite elle ne cesse d'affirmer sa présence à l'écran dans des films comme Vivre  ( 1994 ), l'élégant  Epouses et concubines où elle illumine la pellicule en 1991 et où le film privilégie  l'exotisme précieux. Cet opus sera d'ailleurs le premier film chinois à remporter un succès public en France. Aussi la séparation du metteur en scène et de l'actrice, en 1994, va-t-elle correspondre à un passage à vide pour Zhang Yimou, même s'il lance la jeune Zhang Ziyi dans  Ma mère et mon père  en 1999. Son goût pour l'opéra l'incite alors à mettre en scène Turandot en 1998 dans le décor de la Cité interdite. Ajouté à l'utilisation des effets spéciaux numériques qu'il maîtrise bien, il épanouit sa tendance naturelle à la grandiloquence et aux spectacles complets, où la mise en scène prend le dessus sur le sujet lui-même. Ce sera le cas pour  Le secret des poignards volants  ( 2003 )  qui comporte de beaux moments de bravoure et, davantage encore, pour  La cité interdite  ( 2006 ), où il retrouve Gong Li, à laquelle il a taillé un rôle sur mesure, mais qui souffre du recours excessif aux images de synthèse, principalement dans les combats. On a reproché alors à Zhang Yimou de délaisser le cinéma contestataire pour devenir le réalisateur officiel de la République chinoise. C'est lui d'ailleurs qui fut chargé de concevoir le spectacle  des Jeux Olympiques qui se déroulèrent à Pékin en 2008. On attend de lui un film testament qui conclurait une oeuvre où la beauté des femmes et la puissance de l'Empire du milieu ont eu la plus belle part.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 
SND


Jay Chou. SND

 

Repost 0
15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 07:24

12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1.jpg 

 

C'est avec un plaisir presqu'enfantin que j'ai appris que ma demande d'accréditation pour participer au 12e Festival du Film Asiatique de Deauville m'avait été accordée. Faveur à laquelle je suis d'autant plus sensible que les organisateurs ont décidé de ne plus accorder, dorénavant, d'accréditations aux animateurs de blogs. Décision qu'ils risquent de regretter, car ce sont les blogs, à mon avis, qui font la meilleure promotion des festivals et des films, leurs animateurs étant pour la plupart des cinéphiles confirmés.


La sélection 2010 est la suivante :

Au revoir Taipei  de  ARVIN CHEN. D'origine chinoise et de nationalité américaine, ce film est son premier long métrage. Né aux Etats-Unis le 26 novembre 1978

Castaway on the moon  de LEE HEY-JUN. De nationalité corérenne, ce film est son second long métrage. Né le 18 août 1973 à Séoul.

Judge  de LIU JIE. De nationalité chinoise, ce cinéaste est né le 18 févier 1968 dans la province de Tianjian. Ce film est son second long métrage.

My daughter  de Charlotte LIM LAY KUEN. De nationalité malaisienne, cette jeune femme est née le 27 mai 1981 à Malaka. Ce film est son premier long métrage. 

Paju   de PARK CHAN-OK. De nationalité sud-coréenne, ce réalisateur est né le 8 avril 1968 à Séoul. Ce film est son second long métrage après Jealousy is my middle name. 

Symbol  de MATSUMOTO  HITOSHI. Né le 8 septembre 1963 à Amagasaki, ce cinéaste est de nationalité japonaise. Ce film est son second long métrage après Big Man Japan en 2007. 

The Eternal  de RITUPARNO GHOSH. De nationalité indienne, ce réalisateur est né le 31 août 1963 à Kolkata. Il a déjà produit 8 longs métrages dont Views of the inner chamber en 2005.

 The King of Jail Breakers  de ITAO  ITSUJI. De nationalité japonaise, Itao est né le 18 juillet 1963 à Tondabayashi et nous présente son premier long métrage sur le Japon des années 20.

True Noon  de NOSIR SAIDOV. Né au Tadjikistan le 19 février 1966, True Noon est son premier film.

 

 

Deux hommages seront rendus au cours de ce Festival : l'un à  Brillante Mendoza  et l'autre à  Lou Ye.

Lou Ye, auteur d' Une jeunesse chinoise et de  Nuits d'ivresse printanière, tous deux en sélection officielle au Festivals de Cannes 2006 et 2009, est un réalisateur, scénariste et producteur chinois né à Shanghaï en 1965. Il fait partie de la 6e génération chinoise avec Wang Chao, Zhang Yuan et Xiaoshuai. Diplômé de l'Académie du film de Pékin, il a d'abord travaillé comme assistant avant de produire son premier long métrage Weekend Lover en 1994 qui sera primé au Festival de Mannheim.

Brillante Mendoza est déjà une figure marquante du cinéma philippin. Né en 1960 à San Fernando, il songe un temps à se faire prêtre avant d'entamer une carrière de décorateur pour le cinéma, le théâtre et la télévision. Vite remarqué en tant que publicitaire, il fonde sa propre société de production en 2005 et réalise son premier long métrage  Masahista   sur un sujet encore très sensible aux Philippines : l'homosexualité. Son second long métrage Kaleldo  brosse le portrait d'une famille philippine après une irruption volcanique. Viendront ensuite  John JohnKinatay, descente aux enfers d'un jeune étudiant en criminologie. Enfin en 2009,  Lola  qui fera l'ouverture demain 10 mars du 12e Festival du Film Asiatique de Deauville.

Le jury des longs métrages sera présidé par  Pascal Bonitzer  et composé de Raja Amari, Elie Chouraqui, Anne Consigny, Sara Forestier, Safy Nebbon, Clemence Poesy, Frederic Shoendoerffer et Bruno Todeschini.

JOURNEE du 10 MARS 2010

Le Festival s'est donc ouvert ce soir à 20 heures, devant une assistance nombreuse, en présence du cinéaste philippin Brillante Mendoza auquel était rendu un hommage solennel. Celui-ci est venu très simplement dire son émotion d'être distingué par ce Festival et a avoué que le film d'ouverture, c'est-à-dire Lola, était un projet de longue date, qui lui tenait beaucoup à coeur, mais qu'il avait eu du mal à réaliser, faute d'argent. Il a également déclaré ouvert ce 12e Festival du Film Asiatique de Deauville sous les applaudissements. Puis le silence est revenu pour laisser place à la projection de LOLA, une oeuvre  magnifique, dont vous trouverez la critique dans la rubrique CINEMA ASIATIQUE.


JOURNEE du 11 MARS

 

Cet après-midi fut marqué par la  première projection en France d'un film attachant du Tadjik  Nosir Saidov : TRUE NOON , qui nous conte, avec talent et sobriété, l'histoire d'un village que la sottise politique de l'époque va couper en deux, séparant par des barbelés, puis des mines, des familles et une population que tout rapprochait : les conditions d'existence, l'isolement dans une nature âpre et sauvage, les alliances, les fêtes. Interprété par des acteurs d'une grande fraîcheur et d'une authenticité émouvante, ce premier film révèle un tempérament d'une puissante force narrative. Je ne souhaite qu'une chose : que ce film sorte en France le plus tôt possible. Je vous en reparlerai alors longuement. Pour me persuader que je n'avais pas été la seule à l'apprécier, il suffisait d'entendre les applaudissements nourris de la salle lorsque le mot fin apparut sur l'écran.

La soirée - quant à elle - était consacrée à l'hommage que le Festival rendait au cinéaste chinois Lou Ye. Celui-ci ne trouva que bien peu de mots - contrairement à Brillante Mendoza - pour remercier les responsables du Festival et le public de l'honneur qui lui était fait. Expédiée en quelques minutes, son apparition sur scène fut suivie par la projection de son dernier film " Nuits d'ivresse printanière ", titre poétique pour un film long et décevant, romance homosexuelle entre un homme à l'attirance vénéneuse et des compagnons d'occasion, dont l'un se suicidera, et où l'on trouve, étroitement mêlées, la jalousie, l'ivresse des sens et l'ombre portée du mensonge et de la trahison. A mon avis, cet opus souffre d'être inutilement surchargé de scènes violemment érotiques, qui sont davantage de l'ordre de la démonstration que de la suggestion subtile. Tout ici est glauque, blafard, fébrile, scabreux, et déçoit d'autant plus que le film, en lui-même, ne démontre rien. Néanmoins, il bénéficie d'une imagerie solide à défaut  d'un narratif construit.


JOURNEE du 12 MARS 2010

Je n'ai vu en cette journée qu'un seul film, mais quel film !  - JUDGE  du cinéaste chinois Liu Jie, venu le présenter en personne, glissant, non sans humour, qu'il avait été pris de panique lorsqu'on lui avait appris que son second film - après  Courthouse on the Horseback - allait être projeté dans une salle qui pouvait recevoir 1500 personnes. Mais si cette salle magnifique du CID de Deauville n'était pas pleine, le public n'en était pas moins nombreux à assister à cette projection, dont l'histoire se déroule en Chine en l'année 1997. Le jeune Qiuwu, âgé de 27 ans, vient d'être condamné à mort pour avoir volé deux voitures. Une coïncidence malheureuse a voulu que le juge, en charge du dossier, ait perdu sa fille peu de temps auparavant dans un accident perpétré par un voleur de voiture. Alors que la loi vient d'être assouplie et permettrait au condamné d'éviter la peine capitale, le juge maintient le verdict avec fermeté. D'autant plus qu'un riche industriel Monsieur Li, qui souffre d'insuffisance rénale, a besoin d'un rein et que celui de ce condamné ferait parfaitement l'affaire. Ce film très fort, traité avec économie, maintenant son fil conducteur dans une tension permanente, est un véritable réquisitoire sur l'implacable dureté et cruauté du régime communiste chinois, où la vie d'un homme n'a aucune importance. Froids calculs, incarcérations dans des conditions inhumaines, condamnations brutales, rôle potiche des avocats qui n'ont pas de recours, lois assénées sans que ne puisse être avancée aucune circonstance atténuante, tout cela glace le sang et montre jusqu'où peuvent aller des régimes qui ont perdu jusqu'au sens de l'humain. Mais un retournement va néanmoins s'effectuer. Le juge, confronté personnellement à une scène où il est pris à partie à cause de la licence du petit chien de sa femme qu'il n'a pas présentée en temps et en heure,  l'amènera à réviser sa conception des choses et à s'opposer à l'exécution du jeune Qiuwu, alors même que celui-ci est sur le lieu de l'exécution. Un film admirablement mené et interprété, sans concession, comme une épure rigoureuse et précise, servi par une mise en scène efficace et d'excellents acteurs, dont  Ni Dahong dans celui du juge Tian, tous pénétrés de leurs rôles. Le cru 2010 s'annonce des plus prometteurs. 


JOURNEE du 13 MARS 2010

The king of jail breakers  du cinéaste japonais  Itao Itsuji, qui raconte l'histoire du roi de l'évasion, aurait pu être un grand film, mais la fin, sous forme de pirouette, à la suite d'une histoire qui est un véritable documentaire sur l'horreur des prisons japonaises, laisse le spectateur dubitatif car, tout à coup, le film perd sa consistance et n'aboutit pas.
L'histoire est la suivante  : nous sommes au Japon dans les années 1920 et Masayuki Suzuki est un prisonnier qui s'évade systématiquement des prisons dans lesquelles il est incarcéré pour être repris sciemment et mis de nouveau sous les verrous de prisons de plus en plus terribles. Après sa 10 ème fugue, il échouera dans l'île des prisonniers, où le traitement est tout simplement ignoble et insoutenable et où il est jeté quasi nu dans une sorte de puits sans air, ni lumière, à même le sol, comme une bête. D'ailleurs, ici, les prisonniers sont tous appelés " ordure". Ils ont été rayés de la liste des humains. Ce film extrêmement violent et oppressant semble à premier abord un documentaire halluciné sur la cruauté des traitements infligés aux prisonniers récalcitrants. Un des geôliers, intrigué par le comportement de Suzuki, va tenter de percer son mystère et comprendre que Suzuki n'agit ainsi que pour retrouver son père dans l'île des prisonniers, celle dont on ne revient jamais. Le thème pouvait alors prendre de l'ampleur et se clore sur un final à la hauteur de l'intense et terrible démonstration que nous avait infligée le cinéaste, mais le prisonnier va se tromper de père et le film s'achève comme une sorte de farce après 1h34 d'immersion éprouvante dans le monde carcéral. Dommage, car il y a des scènes incontestablement puissantes et Itao Itsuji dans le rôle de Suzuki est formidable, meilleur devant la caméra que derrière.

Le film suivant était tout l'opposé, une comédie aimable de Arvin Chen, d'origine taiwanaise et de nationalité américaine, dont  Au revoir Taipei est le premier long métrage. Comédie distrayante, où l'on voit une bande de jeunes branquignoles essayer de récupérer un mystérieux paquet remis par un agent immobilier louche à l'un de ses neveux sur le point de gagner Paris. Mais tout va capoter et rien ne se passera comme prévu, cela dans la bonne humeur, en une suite de rebondissements, nous offrant, de surcroît, une galerie de personnages réjouissants et naïfs. Malgré un narratif simplet, mais grâce à un timing soutenu, ce premier long métrage ne connait pas de temps mort et nous donne à voir la ville comme une sorte de bulle joyeuse et colorée. Un film qui balance entre polar et comédie romantique, action et comédie de moeurs.

Il est à remarquer que le thème de l'enfermement est celui qui revient de façon récurrente dans la plupart des films. Enfermement dans un régime politique, dans un univers carcéral ou en soi-même comme dans The Eternal du cinéaste indien  Rituparno Ghosh,  dernier film que j'ai vu quelques heures avant la cérémonie de clôture et dont je vous parlerai si celui-ci est projeté en France. Autre facteur quasi permanent : la présence des éléments, que ce soit  l'aridité de la terre, la force des pluies de la mousson, l'incroyable violence des orages, la nature est là qui ne se fait jamais oublier et exprime en parallèle la force intérieure qui anime les personnages principaux. Ce Festival 2010 nous aura dépeint, le plus souvent sous un jour noir, la rude condition humaine et l'aspiration presque inaccessible à la liberté.


JOURNEE du 14 MARS 2010

PALMARES    (  sur lequel je reviendrai plus longuement dans le courant de la journée )

Lotus du meilleur film ( à l'unanimité ) :    JUDGE  de Liu Jie

Lotus du Jury :  ex aequo   PAJU de la jeune Park Chan-Ok et  AU REVOIR TAIPEI  de Arvin Chen

Lotus Air France :   MY DAUGHTER  de Charlotte Lim Lay Kuen

Lotus Action Asia  :  THE SWORD WITH NO NAME  de Kim Yong-Kyun

Ainsi s'est clôturé un festival d'une excellente tenue et d'une incontestable qualité. Il est certain que JUDGE était de loin le film le plus fort, celui qui délivrait le message le plus stimulant, une rédemption par l'altruisme, sentiment que la Chine communiste dédaigne depuis trop longtemps. Commencé sous un froid polaire, il s'est achevé sous un ciel d'azur qui prêtait à Deauville ses lumières les plus flatteuses. D'ailleurs, chacun des lauréats y alla de son compliment à l'égard d'une ville si belle et si calme, qu'en me promenant sur les planches - avoua la réalisatrice de Paju, la sud-coréenne Park Chan-Ok - je pouvais entendre les battements de mon coeur.
Il est vrai - et il faut le souligner - que Deauville sait recevoir. Le CID n'offre pas seulement une salle vaste et confortable, mais un personnel d'une gentillesse et d'une amabilité jamais prises à défaut. Tout est prévu pour que dans les hôtels, les restaurants, les lieux publics, vous ayez l'impression d'être la personne la plus importante du monde. Le succès de ce 12e Festival du  Film Asiatique est un encouragement pour les organisateurs. Venant juste après les fêtes qui commémoraient le 150 e anniversaire de la naissance de la station sous l'égide du duc de Morny, il prouve, si besoin est, que ce lieu n'a pas seulement du charme et du caractère, mais dispose d'une histoire qui ne demande qu'à s'illustrer encore et toujours...dans le temps.

P.S. Il est bien entendu que je reviendrai plus longuement sur chacun de ces films, lors de leur sortie dans les salles françaises.

 


Pour prendre connaissance de la liste complète des films critiqués dans la rubrique CINEMA ASIATIQUE dont LOLA, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
commenter cet article
11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 12:02

                  VIDEO

 

 

 

LOLA OU LA SAISON DES LARMES, ainsi aurait pu être titrée cette oeuvre digne et sobre qui est, par ailleurs, un éloge du grand âge..

 


Le dernier film du cinéaste philippin Brillante Mendoza  Lola, projeté en ouverture du 12e Festival du Film Asiatique de Deauville, se déroule à Manille, dans un quartier pauvre, inondé par les pluies de la dernière mousson. Là, vit une grand-mère dont le petit-fils vient d'être assassiné. La première scène nous la montre sous la pluie avec l'un de ses petits-enfants qui tente désespérément d'allumer une bougie qu'elle désire déposer à l'endroit même où, la veille, son petit-fils a été poignardé. Mais les rafales de vent, la pluie intense qui tombe en lourdes vagues ne cessent d'éteindre la flamme et nous voyons la vieille femme lutter contre les éléments comme elle a toujours lutté contre les duretés de la vie. Mendoza nous dépeint sa capitale comme une sorte de nasse immense où sont pris en otages de la pauvreté, de l'eau, un petit peuple de gens dignes qui donnent à cette misère une sorte de grandeur. Rien de pleurnichard dans le portrait de ces deux femmes âgées autour desquelles s'articule l'histoire, l'une s'efforçant à surmonter  son deuil, l'autre la douleur de savoir son petit-fils criminel. Elles finiront par trouver un accord amiable qui permettra au jeune délinquant de ne pas s'abimer davantage dans l'atmosphère glauque d'une prison. Tout cela nous est raconté avec un réalisme empreint d'une profonde humanité, par petites touches, en une suite de scènes qui nous fait partager dans les détails les plus banals, mais aussi les plus touchants, le quotidien de ces familles qui luttent afin de survivre au milieu d'innombrables difficultés avec un courage extraordinaire.


Equation    Anita Linda


Aucune complaisance de la part de Mendoza pour solliciter l'émotion du public. Non, la vie y est montrée telle quelle, les visages à nu, malmenés par la vie dure. Lola signifie grand-mère en Tagalog. Il y a une scène où l'une de ces vieilles femmes doit fournir des photos d'identité et, pour ce faire, entre dans une cabine photomaton. Mais sur les clichés, on s'aperçoit qu'elle ferme les yeux et il faut donc recommencer la séance et payer à nouveau 50 pesos. Le symbole sous-jacent n'est-il pas que cette vieille femme s'est refusée à affronter son propre visage et a volontairement baissé les paupières. Il y a ainsi de nombreuses scènes semblables à de délicats pastels, en contre-plan et contre-partie de la description à couleurs vives, à bruits stridents, qui est celle de la ville de Manille, de la population, des éléments qui se déversent en cataractes sur les quartiers grouillants.
Celui de Malabon, où se passe le film, est inondé quasiment en permanence et oblige la population à vivre dans des conditions précaires, mais ces malheureux n'ont nulle part où aller, les loyers étant trop onéreux dans des quartiers plus salubres. Malgré ces difficultés, ils parviennent à trouver des solutions à leurs problèmes.


Equation        Rustica Carpia

Le film a été tourné à la saison des pluies. Mendoza souhaitant des ciels sombres pour mieux exprimer la douleur secrète des deux grands-mères. Et la pluie, n'est-ce pas les larmes qu'elles cachent et, pour elles deux, n'est-ce pas la saisons des larmes ?
Les rôles sont tenus par des actrices professionnelles ; Anita Linda, 84 ans, est Sépa, la grand-mère de la victime ; Rustica Carpia, 79 ans, est Puring, l'aïeule du jeune criminel. Elles semblent avoir été filmées par une caméra invisible tellement elles sont surprenantes de naturel. En présentant son film, Mendoza a insisté sur l'importance du rôle des grands-parents dans la société philippine. J'ai eu du mal - a-t-il avoué - à financer mon film, les  rôles titres appartenant à de vieilles femmes. Des vieilles femmes qui s'avèrent être les piliers des familles, oeuvrent pour le meilleur, sans haine, sans rancoeur et tentent de sauvegarder ce qu'il reste d'humain en ce monde. Au milieu d'une jeunesse captivée par la vie moderne, la drogue, le sexe, la violence, elles sont les gardiennes d'une tradition fondée sur la famille et le respect de l'autre.
Un très beau film, dont l'auteur ne nous a pas caché qu'il lui tenait particulièrement à coeur. J'ai aussitôt pensé qu'il avait dû beaucoup aimer sa Lola...

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 


Equation

 



 
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
commenter cet article
3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 10:28

   


Découvert en Occident grâce à  Rashomon  ( 1950 ), Lion d'or au Festival de Venise et Oscar du meilleur film étranger en 1951, Akira Kurosawa est l'homme de tous les cinémas, s'inspirant aussi bien du théâtre japonais classique que des grands écrivains occidentaux comme Shakespeare, Gorki, Dostoïevski, et passant avec aisance du drame contemporain à la fresque féodale, d'un cinéma de genre à une fable intimiste. Doté d'un regard de peintre, il fera de chacune de ses oeuvres une suite de tableaux d'un esthétisme coloré. Le suicide de son frère en 1934 le frappe de stupeur, aussi décide-t-il d'abandonner ses études de peinture aux Beaux-Arts de Tokyo, pour se consacrer au cinéma, afin de prolonger le travail de son frère disparu. " Je préfère penser que celui-ci fut le négatif original du film dont je suis le développement comme image positive" - écrira-t-il. Il passe d'ailleurs à la réalisation avec un coup d'éclat  La légende du grand judo  ( 1943 ) dont le combat final est devenu une scène d'anthologie.

 


Toshirô Mifune. Ciné Classic Action Cinémas / Théâtre du Temple Affiche française. Action Cinémas / Théâtre du Temple Action Cinémas / Théâtre du Temple

 

Après la guerre, il se consacre à une série de films sur le drame qui est celui d'un Japon défait et humilié. Autant  par nécessité - car les Etats-Unis, qui contrôlent le pays, interdisent les films avec samouraïs, jugés porteurs d'une idéologie guerrière - que par goût de décrire les périodes troublées de son pays, les guerres civiles entre clans qui seront le cadre de ses grandes fresques féodales. Dans La légende du grand judo, la relation entre le disciple fougueux et son maître qui le dompte en l'initiant à son art tout en lui enseignant la voie de la sagesse, caractérise son univers. Si le sujet de la transmission lui vient des arts martiaux et du confucianisme ( la piété filiale ), le goût de l'affrontement lui est inspiré par la tradition japonaise ( le duel au sabre ) et le film noir du cinéma américain. Le réalisateur a su laisser courir en lui des influences multiples et les allier dans une perspective très personnelle qui assure son originalité. Kurosawa aime faire de l'exercice d'un métier ( médecin, samouraï ) le sujet et le ressort moral de ses films, à l'image du policier du  Chien enragé  ( 1949 ), inquiet à l'idée que le voleur de son arme en fasse un mauvais usage ou, comme dans  L'ange ivre  (1948 ), entre un médecin alcoolique et un gangster tuberculeux. Les extrêmes me plaisent - disait-il - car ils sont source de vie ".

 

Cela va donc des corps fougueux, débordant d'énergie, aux corps de grabataires en sursis. Cette dimension fantomatique du corps est liée à la conscience de la mort : ainsi le personnage de  L'idiot  ( 1951 ), pour avoir été témoin du pire ( un soldat fusillé ), demeure hébété, comme halluciné, à la façon d'une personne revenue de l'au-delà pour hanter le monde des vivants. En passant des héros des  Sept Samouraïs,  rémunérés pour leur travail, à celui opportuniste et manipulateur de Yojimbo ( 1961 ), le film préféré de Clint Eastwood, qui inspirera Sergio Leone, et donnera naissance au western spaghetti, Kurosawa fait-il basculer le héros moderne dans un cynisme désabusé et le genre dans la parodie grotesque, transformant le samouraï sans maître en un être mélancolique, perdu dans un monde où il n'a plus sa place. C'est la raison pour laquelle il deviendra pour la jeune génération du cinéma américain - les Scorsese, Coppola, Spielberg - une référence incontournable.


Alive

 

D'autre part, le cinéaste se donne pour mission de peindre l'apocalypse, centrée sur l'ivresse et la folie destructrice du pouvoir des hommes, se nourrissant de la dramaturgie japonaise consécutive à la guerre de 39/45 et au tremblement de terre de 1923, visions traumatisantes s'il en est...Cette peinture est inséparable de l'épreuve du regard, à l'image de la vieille femme de  Rhapsodie en août  ( 1991 ) qui voit de ses propres yeux la bombe d'Hiroshima. L'art de Kurosawa, maître incontesté du 7e Art japonais, est avant tout guidé par une morale du regard.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE
 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

CIPA

 


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:23

       

 

Il y a d'abord, venant à notre mémoire, l'image que Peter O'Toole nous a imposée du personnage quasi légendaire du colonel Lawrence dans le film de David Lean. Mais il y a la réalité de l'homme qui a inscrit son parcours dans la terre de l'actuelle Jordanie en contribuant à fédérer les diverses tribus bédouines et à les entraîner à se libérer de la tutelle turc lors de la Première Guerre mondiale. Il y a aussi et surtout celui dont la mort reste presque aussi énigmatique que la vie et l'auteur d'un chef-d'oeuvre : Les sept piliers de la sagesse. Oui, Lawrence d'Arabie, né le 16 août 1888 au pays de Galles, avait tout pour séduire un metteur en scène tel que David Lean, amoureux des grands espaces et des aventures hors du commun. Le film aux 7 Oscars, qu'il lui a consacré, compte parmi les grandes réussites du 7e Art, de par la beauté fulgurante des images et de l'aventure intelligemment relatée de l'homme qui voulut être arabe parmi les arabes, ayant subi l'envoûtement de ces défilés et de ces vallées qui offrent des paysages fantastiques avec leurs dunes de sable rouge et leurs roches ouvragées par le vent, sur lesquels passent des nuits étonnement étoilées et des jours intensément bleus. N'oublions pas que le film doit beaucoup à l'interprétation d'acteurs chevronnés comme Anthony Quinn, Peter O'Toole, Alec Guinness, Jack Hawkins, José Ferrer et d'un nouveau venu qui crevait déjà l'écran en prince noir, découvert par Youssef  Chahine, le libanais-égyptien Omar Sharif ; sans oublier la musique de Maurice Jarre que le commandant de bord, lors de notre croisière en mer Rouge, ne manqua pas de diffuser lors de notre entrée dans le port d'Aqaba. 

 

220px-Ljohn.jpg

Portrait de  Thomas Edward Lawrence  ( 1888 - 1935 )


Héros pour les uns, mystificateur pour les autres, cet aventurier a traversé l'histoire avec panache et achevé curieusement sa vie animé du désir obsessionnel de l'anonymat. En 1914, Lawrence, jeune archéologue en mission dans le Moyen-Orient, refusé dans l'armée active pour raisons de santé, réussit à se faire accepter comme agent dans l'Intelligence Service. Un renouveau du nationalisme arabe s'étant produit dans les années précédant immédiatement la Grande Guerre avec le mouvement des "jeunes turcs", l'Angleterre, et particulièrement Lord Kitchener, a l'idée de gagner à la cause alliée les forces turques de Mésopotamie et de susciter une révolte capable de provoquer le démembrement de l'empire de Constantinople. Pour préparer ce soulèvement, Lawrence est dépêché auprès de l'émir Fayçal ibn Hussein et de Hussein, son père, grand cheriff de la Mecque, rallié à la cause anglaise. Il s'agissait d'une mission destinée à servir les seuls intérêts anglais, bien entendu. Mais elle provoque chez Thomas Edward Lawrence le réveil d'un vieux rêve de jeunesse poursuivi depuis ses années d'étudiant à Oxford. L'agent de l'Intelligence Service cesse bientôt de voir dans la révolte un simple moyen. Elle devient à ses yeux une fin prestigieuse. Il s'agit de créer une nation nouvelle et de faire revenir au monde une influence perdue, de donner à 20 millions de sémites les fondations sur lesquelles bâtir un château de rêve avec les inspirations de leur pensée nationale.

 

P1070001.JPG


   Bédouins dans le désert du Wadi Rum


L'entreprise échouera, car sans détromper les Arabes, il est évident que Lawrence, malgré et contre ses voeux, ne cessa de servir la cause britannique. " L'honneur - écrivit-il - ne l'avais-je pas perdu l'année précédente, quand j'avais affirmé aux Arabes que les Anglais tiendraient leurs engagements ? " Mais plus profondément, le projet d'une résurrection politique du monde arabe est un rêve que le jeune colonel oublia d'asseoir sur de solides bases historiques. Il avait recherché l'âpre sentiment de la totale indépendance que lui conférait cette force guerrière cimentée par une pure idée. " Nous étions une armée concentrée sur elle-même, sans parade ni geste, toute dévouée à la liberté, la seconde des croyances humaines " - écrira-t-il. Pour gagner les Arabes, le colonel avait voulu les imiter, empruntant leurs habits, leurs rites, afin qu'eux-mêmes, le jour venu, l'imitent à leur tour. Mais cela était-il possible ? Lawrence le reconnaîtra lui-même et notera dans ses mémoires :
" Comment se faire une peau arabe ? Ce fut de ma part affectation pure. Il est aisé de faire perdre la foi à un homme, mais il est difficile ensuite de la convertir à une autre. Ayant dépouillé une forme sans acquérir de nouvelle, j'étais devenu semblable au légendaire cercueil de Mohammed. "


Malgré lui, le colonel Lawrence est resté un étranger pour les Arabes. La solitude a marqué son destin d'une sceau indélébile. Avec lui, on atteint au point extrême de la rêverie politique. Lawrence est de la race des Chateaubriand, des Barrès et, plus proche de nous, d'un Malraux. " Les rêveurs du jour - notera-t-il  en songeant à lui-même - sont des hommes dangereux, car ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts et le rendre possible. C'est ce que j'ai fait. "
Si son entreprise lui plait, ce n'est pas tant pour le bonheur à venir d'un peuple que comme la plus belle figure de ses songes. Si bien que l'on peut se demander si l'échec n'a pas été volontaire et destiné à préserver la pureté du rêve : moins que la conquête, c'est l'effort qui exalte le jeune colonel.
" Je t'aimais,c'est pourquoi, tirant de mes mains ces marées d'hommes, j'ai tracé en étoiles ma volonté dans le ciel, afin de gagner la liberté, la maison digne de toi."
Et il ajoute : " Quand une chose était à ma portée, je n'en voulais plus. Ma joie était dans le désir."


L'aventure pour Thomas Edouard Lawrence ressemble beaucoup à ce salut par l'art qui tentait les écrivains de la fin du XIXe siècle. Lawrence n'édifia point l'empire arabe mais, qu'importe  l'échec ou le succès de l'entreprise !, si cette dernière lui a permis de façonner quelque oeuvre d'art. L'auteur était trop lucide pour ne pas se l'avouer : - ma guerre était trop méditée, parce que je n'étais pas soldat, mes actes étaient trop travaillés parce que je n'étais pas un homme d'action. " Je n'avais eu - poursuivait-il  - qu'un grand désir dans mon existence - pouvoir m'exprimer sous quelque forme imaginative, - mais mon esprit trop diffus n'avait jamais su acquérir une technique. Le hasard, avec un humour pervers, en me jetant dans l'action, me donnait une place dans la révolte arabe contre l'occupant turc et m'offrait ainsi une chance en littérature, l'art-sans-technique ! "


Ainsi le colonel Lawrence a-t-il jugé son épopée dans les sables du désert. Rentré en Grande-Bretagne aussitôt la fin de la Grande Guerre, il devint le conseiller de Winston Churchill et obtint que la couronne d'Irak revint au prince Fayçal ( 1883 - 1933 ) qui venait de perdre le trône de Syrie. A la fin de 1926, il fut assigné à une base en Inde et y restera jusqu'en 1928, date à laquelle il sera rappelé à Londres à la suite de rumeurs infondées d'espionnage en Afghanistan. Le 13 mai 1935, alors qu'il roulait à vive allure à moto, il perdra le contrôle de son engin en voulant éviter deux jeunes cyclistes et mourra des suites de cet accident 6 jours plus tard. Il repose dans un petit cimetière du Dorset.

 

Etait-il un agent secret, était-il homosexuel comme certains textes pourraient le laisser supposer, sa mort fut-elle vraiment accidentelle ? Autant d'énigmes qui n'ont pas été élucidées. Il existe des destins qui semblent verser naturellement dans l'univers romanesque. Celui de Thomas Edward Lawrence est de ceux-là. Pour certains, il aurait combattu son homosexualité en s'imposant une vie d'ascète faite d'exercices physiques, de travail et de privation. Ce serait la clé de son étrange et mystérieuse personnalité et de l'intérêt qu'il n'a cessé d'inspirer.

 

Vous pouvez également consulter l'article que j'ai consacré à David Lean en cliquant sur son titre :  


DAVID LEAN, L'IMAGIER PRESTIGIEUX  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 P1060989.JPG 

Les sept piliers dans le désert de Wadi Rum qui ont inspiré le titre des mémoires de Thomas Edward Lawrence

 

LAWRENCE d'ARABIE de David LEAN, DE LA REALITE A LA LEGENDE
LAWRENCE d'ARABIE de David LEAN, DE LA REALITE A LA LEGENDE
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article
22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 10:01

arton9855.jpg 2956496534.jpg         

                                                VIDEO

 

 

Dans l'Angleterre du début du XIX e siècle, le récit des destinées sentimentales de trois soeurs qui vont vivre des amours contrariées dont certaines finiront bien, dans une campagne solitaire où elles demeurent avec leur mère après la mort de leur père, dont toute le fortune est revenue à son fils, né d'un précédent mariage. A la suite de ce douloureux événement et à la conduite de la belle fille, une peste qui leur rend la vie dure, mère et filles décident de partir poursuivre une existence plus digne, mais fatalement plus restreinte financièrement, dans une demeure du Devonshire. Mais l'éloignement de la ville et leur modeste train de vie font craindre à la mère que ses filles ne puissent trouver un mari digne de leur rang social.

 S'inspirant du roman éponyme de Jane Austen,  Emma Thompson  a bâti un scénario solide, admirablement mis en scène par  Ang Lee,  qui a ciselé un film délicat, servi par des décors et costumes raffinés. On assiste, tout au long de cet ouvrage, cousu à petits points, au duo formé par les deux soeurs aînées, Elinor interprétée par la merveilleuse Emma Thompson qui n'est jamais si belle que lorsqu'elle cherche à s'enlaidir, et Marianne, la cadette, campée par  Kate Winslet  tout aussi juste, la première privilégiant la raison, la seconde se laissant emporter par son romantisme passionné. 

 

_1_1_-1.JPG



Adaptation si réussie du roman de Jane Austen qu'elle a collectionné les récompenses en 1996, au moment de sa sortie en salles, notamment l'Ours d'Or de Berlin, le Golden Globe du meilleur scénario et l'Oscar de la meilleure adaptation. Ces prix mettent l'accent sur le remarquable travail d'Emma Thompson qui a su adapter le roman en trouvant le bon équilibre entre texte et transposition cinématographique. On perçoit le regard ironique que la romancière posait sur ses contemporains, la vivacité et la fraîcheur des sentiments exprimés admirablement par le jeu des acteurs.  Hugh Grant  trouve dans le personnage d'Edouard, soupirant maladroit et confiné dans une position difficile, l'un de ses plus beaux rôles. D'autre part, l'élégance très classique de la mise en scène et la subtilité des situations nous assurent un grand moment de cinéma.

 
4-e-toiles 

 

Pour lire l'article consacré à l'actrice Emma Thompson, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

EMMA THOMPSON

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

1809148894.jpg

raison-et-sentiments-06-g.jpg

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 10:39

  Universal Pictures International France  

 

La vogue des biopics est-elle révélatrice d'une crise d'imagination chez les scénaristes ou illustre-t-elle le besoin, pour le public, d'aller au cinéma en connaissance de cause, de retrouver, transposées sous un autre éclairage, des images qu'il a vues ailleurs, dans la réalité ? On peut se poser la question devant l'abondance des biopics qui nous ont été servis récemment dans les salles obscures ou à la télévision. Résumons-nous en disant que le biopic est une façon d'approcher, comme le ferait un beau livre d'images, l'histoire, la petite comme la grande ( Cléopâtre de Mankiewicz ), la politique ( Nixon et W, l'improbable président d'Olivier Stone ), la religieuse ( Thérèse d'Alain Cavalier ), la sociale ( Hiver 54, l'abbé Pierre de Denis Amar ) la culturelle ( La symphonie fantastique de Chritian Jaque sur la vie de Berlioz ou Surviving Picasso de James Ivory ) ou encore de remettre sur le devant de la scène des personnalités qui ont été " les people" de leur temps : ainsi Sartre/Beauvoir, Sagan ou Coco Chanel ou, pire, des ennemis public comme Mesrine. En conséquence, des albums d'images éclectiques puisqu'on y trouve aussi bien des âmes généreuses que des malfrats. Le cas des films sur les grands criminels est le plus souvent ambigu. En effet, dépeindre l'existence d'un assassin échappe à l'analyse froide du clinicien. Filmer l'histoire et l'environnement d'un meurtrier, c'est dévoiler ses faiblesse, ses failles, donc son humanité. De plus, se crée parfois chez le cinéaste une empathie entre le personnage, la caméra et le public. Ainsi en était-il pour l'étrange Landru réalisé par Claude Chabrol en 1962 et dans lequel Charles Denner faisait un formidable numéro de charme, si bien que le film virait à la glorification du sinistre personnage. Le diptyque de Jean-Fraçois Richet sur Mesrine relève davantage du western. Vincent Cassel s'est à ce point identifié à son héros, l'interprétant moins comme un criminel que comme le produit de la société des années 60, qu'il fait de lui un personnage  romantique et, somme toute fréquentable. Dans  Le dernier roi d'Ecosse  ( 2006 ), Kevin McDonald, le réalisateur, ne cherche pas à glorifier le dictateur ougandais, mais fait apparaître le tyran dans son ambivalence : un mélange d'affabilité et de cruauté, de sottise et d'intuition, de raffinement et de puérilité. Mais il n'en reste pas moins vrai que la cas le plus complexe et le plus équivoque est celui des films qui concernent Adolf Hitler. On se rappelle la polémique qui suivit la sortie de  La chute  d'Olivier Hirschbiegel en 2004. Pour la première fois, les Allemands consacraient un long métrage à leur dictateur. On y voyait un Hitler paranoïaque, hystérique, effrayant, mais également doux, calin, charmeur, inquiet, soucieux des autres, bref humain. Certains se sont offusqués qu'on puisse lui accorder la plus petite once d'humanité. D'autant que la performance de l'acteur suisse Bruno Ganz conférait une épaisseur et une densité remarquable au personnage. Mais tel était bien l'enjeu du film : rendre son humanité à un être trop souvent réduit à des photos de propagande, des cris et des excès. C'est en montrant un Hitler quotidien qu'on dénonce le mieux la dimension tragique de l'individu, ce qui jette un trouble d'autant plus grand que l'on peut davantage s'identifier à cet individu médiocre qu'à un potentat hystérique...

Après les monstres, pourquoi pas les saints et le récit de vies exemplaires et édifiantes ? Nous avions eu, en son temps, un Monsieur Vincent, incarné par un Pierre Fresnay très émouvant, nous avons eu, plus proche de nous,  un Gandhi ( 1982 ) de Richard Attenborough, tout aussi convaincant. Mais il est difficile d'échapper au sulpicianisme, que ce soit pour les religions orientales - le trop sirupeux Little Budha de Bertolucci en 1993 - ou occidentales. Depuis ses premiers tours de pellicule, le 7e Art a tenté de retracer la vie du Christ. Mais le grand écran n'est pas un vitrail. De la trop riche en hémoglobine Passion du Christ de Mel Gibson ( 2004 ), en passant par le médiocre Golgotha de Duvivier, la seule réussite reste L'évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini ( 1964 ). Sans doute parce que le cinéaste marxiste n'a pas cherché à nous montrer autre chose que l'homme Jésus nu et dans une épure qui confine naturellement à la sainteté. On en dira de même de l'inoubliable Jeanne d'Arc de Carl Dreyer en 1928 et de celle de Bresson en 1962. Il faut tout le jansénisme de ces réalisateurs danois et français pour retrouver l'absolue pureté d'une figure qui, devant d'autres caméras, verse tristement dans le chromo ou la niaiserie.


     


Il y a, par ailleurs et comme je le soulignais plus haut, les films consacrés à l'évocation de personnalités à la mode qui nous ont quittées récemment et dont l'aura suffit à assurer le succès de ces réminiscences. Nous avons vu ainsi se réactualiser Coluche sous les traits de François-Xavier Demaison, dans Histoire d'un mec d'Antoine de Caunes, l'acteur Geoffrey Rush camper l'acteur Peter Sellers dans Moi, Peter Sellers de Stephen Hopkins ( 2004 ), l'actrice Marion Cotillard se glisser, avec quel talent, dans la peau de l'inoubliable Edith Piaf dans La môme d'Olivier Dahan ( 2007 ), Sylvie Testud en faire autant avec le personnage de Sagan, sans oublier le très réussi Gainsbourg. A ces reproductions impeccables, où tout est en place ( décors, costumes, mimiques ), où les comédiens s'effacent au point de se fondre dans l'autre, on préférera les visions véritablement cinématographiques ( donc artistiques ) d'un Fellini qui brosse un portrait personnel de Casanova, de Pialat peignant Dutronc en Van Gogh ( 1991 ) ou d'un Robert Guédiguian qui donne à Michel Bouquet l'un de ses rôles les plus étranges dans Le promeneur du Champ de Mars ; cet immense acteur ne tentant nullement de singer Mitterand par des mimiques superflues, mais le faisant exister autrement, grâce à une interprétation crédible et humaine qui est pure création. Car nous sommes aujourd'hui les victimes consentantes d'une technique presque parfaite, qui permet de reproduire n'importe quelle époque, n'importe quelle silhouette, n'importe quel visage. Couchés sur ces lauriers technologiques, les réalisateurs ne sont plus tenus à faire preuve d'innovation artistique et se contentent trop souvent de donner au public ce qu'il réclame : de la photographie ; n'ayant recours qu'accessoirement à une imagination réellement créatrice On l'a vu avec le scénario décevant d' Avatar. Cela peut être l'un des dangers qui guette le cinéma de demain...Et ce n'est pas le dernier opus en date consacré à Grace de Monaco qui va relever le défi.

    

 

Pour consulter la liste complète des articles de cette rubrique, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


   


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans MES BILANS
commenter cet article
29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 12:39

Jacques Perrin. Pathé Distribution

 

Il a conservé ce regard bleu qui faisait de lui un jeune premier romantique du temps des Demoiselles de Rochefort, de Peau d'âne ou de La fille à la valise, ou encore l'officier troublant et troublé du Crabe-Tambour. Aujourd'hui l'acteur est devenu producteur et réalisateur pour offrir à nos regards éblouis les spectacles grandioses des mondes de la mer ou de l'air et en élaborant des projets d'une audace et d'une envergure qui méritent tous les éloges, le dernier en date étant Océans, cette fresque magnifique sur la faune marine.

 


Fils d'un régisseur de la Comédie française et d'une comédienne, Jacques André Simonet, né le 13 juillet 1941 à Paris, prit pour pseudonyme Perrin lorsqu'à 19 ans, après avoir été un moment l'élève de Jean Yonnel au Conservatoire d'art dramatique, il est remarqué par le metteur en scène Valerio Zurlini pour être le partenaire de Claudia Cardinale dans  La fille à la valise.  " Cinq ans après avoir quitté l'école, j'ai décroché mon premier grand rôle. Dans ce film j'interprétais Lorenzo, un jeune aristocrate épris d'une danseuse paumée" - dit-il. Et il poursuit : " Valerio Zurlini m'a appris que le cinéma se comprend de l'intérieur, qu'il est une peinture de l'âme.

 

Ce film mis en boite, il poursuit avec un autre qui fera beaucoup parler de lui  La Vérité , où Brigitte Bardot vit un drame passionnel avec Sami Frey. " Pendant le tournage, Clouzot éructait, incendiait ses acteurs - confie-t-il. Il était irascible, terriblement dur avec ses équipes. J'étais consterné ! Je me suis juré alors que si un jour Monsieur Clouzot me proposait un grand rôle, je refuserais. Quel que soit le talent du metteur en scène, je ne partage pas cette conception du cinéma : pour moi, c'est un lieu de compréhension. Pas un théâtre pour des dictateurs d'un moment ".


Jacques Perrin et Claudia Cardinale. Gémini Films


C'est alors que Jacques Demy le choisit pour donner la réplique à deux charmantes actrices quasi débutantes, les soeurs Dorléac, Françoise et Catherine, dans   Les demoiselles de Rochefort. L'acteur se demande d'ailleurs pourquoi Demy jeta sur lui son dévolu, étant donné qu'il ne savait ni chanter, ni danser, mais il avait la jolie gueule du prince charmant et c'est encore à lui qu'il fera appel, trois ans plus tard, pour séduire la délicieuse Catherine Deneuve dans Peau d'âne. Deux tournages dont l'acteur se souvient avec bonheur. " Lors du tournage dans la forêt de Chambord - raconte-t-il - Demy m'a pris par le bras et nous sommes allés admirer les biches traversant une clairière. Le cinéma, c'est ça, a-t-il murmuré. Des instants magiques, en suspens, qui peuvent durer ou pas, qu'il faut attendre patiemment ".

Ciné Tamaris  
 
C'est avec Z de Costa-Gavras que Perrin découvre l'engagement. Le metteur en scène peinait à trouver  le financement de son projet. C'est alors que l'acteur, âgé de 28 ans, fonde sa maison de production avec, dit-il, une sacrée inconscience. Mais cela m'a donné une grande force de conviction. Yves Montand et Jean-Louis Trintignant acceptèrent de ne percevoir qu'un faible cachet. Ainsi le film fut réalisé et la société Reggane-Films créée. Elle deviendra ensuite Galatée-Films et produira de nombreux longs métrages, comme  Le désert des Tartares en 1976 de Valerio Zurlini, d'après le roman de Dino Buzzati, où le producteur endossera le rôle d'un lieutenant affecté à une forteresse dans le désert iranien, et  Le crabe-tambour  de Pierre Schoendoerffer en 1977, où il joue le rôle-titre auprès de Claude Rich, Jean Rochefort et Jacques Dufilho.
Avec Schoendoerffer, il tournera également la  317e Section  et avouera qu'il a appris le métier à ses côtés, c'est-à-dire l'exigence. Mieux que des preuves à apporter, ce sont plutôt des traces qu'il faut laisser. Les traces d'une quête, mieux que les preuves d'un combat.

 

      

 

Vint le temps où Perrin s'investit autrement, en produisant et en réalisant lui-même ses films, passant derrière la caméra.  Le peuple migrateur  ( 2001 ) était un rêve d'enfant : voler en compagnie des oiseaux. Avec  Jacques Cluzaud, son complice, ils vont suivre en ULM le vol d'une trentaine d'espèces d'oiseaux migrateurs - grues, oies, cygnes, cigognes, canards - et découvrir leurs escales en même temps que montrer la précarité de leur vie. " J'ai voulu sensibiliser le public à la beauté et à la fragilité de la biodiversité " - reconnait-il. Et ce film fut une réussite extraordinaire, un événement dans le monde du 7e Art. De même que l'avait été en 1996  Microcosmos qui toucha 3 millions de spectateurs et obtint un César. En 2004  Les Choristes  charmeront pour la jolie musique et feront verser quelques larmes aux âmes sensibles mais c'est Océans, aujourd'hui, qui couronne une carrière déjà riche d'événements majeurs.

"Durant ces quatre années de tournage, j'ai filmé les poissons comme des héros de fiction : la bataille homérique des crabes araignées, le ballet amoureux des seiches géantes, la tragédie d'un requin qu'on assassine. Il y a trente-cinq ans sortaient "Les dents de la mer". Une bombe explosait dans la gueule d'un requin et on applaudissait. Océans montre un requin, à qui des pêcheurs coupent l'aileron et la queue, et on pleure devant ces images".

Voilà le message discret que Perrin adresse aux hommes et spectateurs que nous sommes : que le monde végétal, animal, que l'infiniment petit, comme l'infiniment grand, méritent notre attention et notre respect. Il avait également produit le très beau film sur Eric Tabarly, afin de faire connaître plus intimement ce seigneur de la mer. Tous les amoureux de la beauté et des éléments ne peuvent qu'applaudir à ce parcours sans faute.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS



  Pathé Distribution

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 09:42

Pathé Distribution         


Voilà un chef -d'oeuvre qui devrait mobiliser la terre entière : pas un brin d'artifice, la beauté à l'état pur ; pas d'effets spéciaux mais la vérité telle qu'elle est et, au final, le plus bel opéra que la nature puisse nous offrir, filmé par des hommes qui ont mis 3 ans à en définir l'angle le plus juste, la mesure la plus harmonieuse, les octaves les plus larges. On sort de la salle, après 1h45 passée dans l'intimité des océans, subjugués, éblouis, bouleversés, car la beauté, lorsqu'elle est portée à ce degré, est bouleversante. Le réalisateur du  Peuple migrateur  a réussi son pari d'offrir - grâce à une technique de pointe, à l'aide scientifique internationale, à une infinie patience et à la foi du charbonnier - une vision époustouflante des océans, un spectacle total, un film à couper le souffle. Bien sûr Jean-Yves Cousteau nous avait initiés à la magnificence et à l'incommensurable richesse des fonds sous-marins, mais avec Perrin et Cluzaud le spectacle est d'une ampleur théâtrale inégalée. Or filmer l'univers marin est une affaire très compliquée. Il faut par exemple 20 personnes pour immortaliser le flamboiement automnal des gorgones, les froufrous dentelés de la méduse japonaise, la prunelle pleine de réprobation de la seiche, l'allure débraillée de l'hippocampe feuille d'Australie ou les jupailles superposées de la méduse de Californie. Et que dire de l'effort fourni pour filmer le banquet pantagruélique qui se déroule chaque été en Afrique du Sud, lorsque les sardines, qui ont frayé au Cap, remontent vers Durban et sont soudain pourchassées par les dauphins auxquels se mêleront bientôt les requins, les otaries, les manchots et, bien entendu, les oiseaux, hordes affamées qui pénètrent l'eau et embrochent les malheureuses jusqu'à 15 m de profondeur avec un claquement de fusil, si bien qu'au-dessus de l'eau et sous l'eau le bombardement fait rage et que la mer semble être soudain entrée en ébullition.

 


Pathé Distribution


Quant au congrès des araignées de mer, il est aussi inattendu que surprenant. Chaque année, des millions d'araignées convergent vers la baie de Melbourne pour y muer et s'y reproduire, grouillant troupeau qui s'avance, on dirait des armées en marche pour s'affronter, lourdement chargées de leurs armures, dans un bruit de ferraille assourdissant, scènes qui n'avaient jamais été filmées et dont nous avons la primeur. Et comment ne pas être séduit par les facéties des otaries, scènes pleines de drôlerie  où celles-ci se changent en danseuses d'une grâce exquise doublées d'incorrigibles farceuses et, ce, pour notre plus grand plaisir. Et comment ne pas être subjugué par les baleines à bosse qui transitent chaque année d'Hawaï en Alaska. Malgré leur gigantisme, elles sont, dans leurs mouvements, d'une précision incroyable et d'une légèreté d'hirondelle assure Jacques Cluzaud. Lorsqu'elles descendent, elles sont capables de frôler le fond de l'eau sans qu'un grain de sable ne bouge, mais quand elles font surface, on a l'impression d'assister à la naissance d'une île, ajoute-t-il.

 


Pathé Distribution


Théâtre de vie exubérant, le monde aquatique semble avoir tenté toutes les expériences de forme, de couleur, d'originalité, de prodigalité, d'effervescence, vitrine de la diversité la plus éblouissante. 240.000 espèces ont été recensées à ce jour, mais il en reste 2 à 3 millions à découvrir. Alors qu'irions-nous chercher ailleurs, alors que notre planète recèle de tels trésors, un monde si étonnamment vivant qui ne demande qu'à être exploré et sauvegardé ? Oui, qu'irions-nous faire ailleurs, alors que le plus bel ailleurs est ici même. La conclusion est là, discrète et émouvante. Economie de mots. Contrairement à certains, Jacques Perrin se sert d'abord et avant tout de l'image pour nous convaincre. Et il le fait avec sobriété et élégance. Quelques plans sur des poissons captifs des filets où ils agonisent lentement, quelques autres des détritus que nous déversons inconsidérément, le message des profondeurs est parfaitement capté à la surface. Reste à tirer les leçons après cette somptueuse traversée du miroir. Protégeons nos mers, elles sont notre trésor.



 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Jacques Perrin, acteur, réalisateur et producteur, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE



Et pour consulter la liste complète des films de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur celui-ci :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


Pathé Distribution

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche