Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 10:39

  Universal Pictures International France  

 

La vogue des biopics est-elle révélatrice d'une crise d'imagination chez les scénaristes ou illustre-t-elle le besoin, pour le public, d'aller au cinéma en connaissance de cause, de retrouver, transposées sous un autre éclairage, des images qu'il a vues ailleurs, dans la réalité ? On peut se poser la question devant l'abondance des biopics qui nous ont été servis récemment dans les salles obscures ou à la télévision. Résumons-nous en disant que le biopic est une façon d'approcher, comme le ferait un beau livre d'images, l'histoire, la petite comme la grande ( Cléopâtre de Mankiewicz ), la politique ( Nixon et W, l'improbable président d'Olivier Stone ), la religieuse ( Thérèse d'Alain Cavalier ), la sociale ( Hiver 54, l'abbé Pierre de Denis Amar ) la culturelle ( La symphonie fantastique de Chritian Jaque sur la vie de Berlioz ou Surviving Picasso de James Ivory ) ou encore de remettre sur le devant de la scène des personnalités qui ont été " les people" de leur temps : ainsi Sartre/Beauvoir, Sagan ou Coco Chanel ou, pire, des ennemis public comme Mesrine. En conséquence, des albums d'images éclectiques puisqu'on y trouve aussi bien des âmes généreuses que des malfrats. Le cas des films sur les grands criminels est le plus souvent ambigu. En effet, dépeindre l'existence d'un assassin échappe à l'analyse froide du clinicien. Filmer l'histoire et l'environnement d'un meurtrier, c'est dévoiler ses faiblesse, ses failles, donc son humanité. De plus, se crée parfois chez le cinéaste une empathie entre le personnage, la caméra et le public. Ainsi en était-il pour l'étrange Landru réalisé par Claude Chabrol en 1962 et dans lequel Charles Denner faisait un formidable numéro de charme, si bien que le film virait à la glorification du sinistre personnage. Le diptyque de Jean-Fraçois Richet sur Mesrine relève davantage du western. Vincent Cassel s'est à ce point identifié à son héros, l'interprétant moins comme un criminel que comme le produit de la société des années 60, qu'il fait de lui un personnage  romantique et, somme toute fréquentable. Dans  Le dernier roi d'Ecosse  ( 2006 ), Kevin McDonald, le réalisateur, ne cherche pas à glorifier le dictateur ougandais, mais fait apparaître le tyran dans son ambivalence : un mélange d'affabilité et de cruauté, de sottise et d'intuition, de raffinement et de puérilité. Mais il n'en reste pas moins vrai que la cas le plus complexe et le plus équivoque est celui des films qui concernent Adolf Hitler. On se rappelle la polémique qui suivit la sortie de  La chute  d'Olivier Hirschbiegel en 2004. Pour la première fois, les Allemands consacraient un long métrage à leur dictateur. On y voyait un Hitler paranoïaque, hystérique, effrayant, mais également doux, calin, charmeur, inquiet, soucieux des autres, bref humain. Certains se sont offusqués qu'on puisse lui accorder la plus petite once d'humanité. D'autant que la performance de l'acteur suisse Bruno Ganz conférait une épaisseur et une densité remarquable au personnage. Mais tel était bien l'enjeu du film : rendre son humanité à un être trop souvent réduit à des photos de propagande, des cris et des excès. C'est en montrant un Hitler quotidien qu'on dénonce le mieux la dimension tragique de l'individu, ce qui jette un trouble d'autant plus grand que l'on peut davantage s'identifier à cet individu médiocre qu'à un potentat hystérique...

Après les monstres, pourquoi pas les saints et le récit de vies exemplaires et édifiantes ? Nous avions eu, en son temps, un Monsieur Vincent, incarné par un Pierre Fresnay très émouvant, nous avons eu, plus proche de nous,  un Gandhi ( 1982 ) de Richard Attenborough, tout aussi convaincant. Mais il est difficile d'échapper au sulpicianisme, que ce soit pour les religions orientales - le trop sirupeux Little Budha de Bertolucci en 1993 - ou occidentales. Depuis ses premiers tours de pellicule, le 7e Art a tenté de retracer la vie du Christ. Mais le grand écran n'est pas un vitrail. De la trop riche en hémoglobine Passion du Christ de Mel Gibson ( 2004 ), en passant par le médiocre Golgotha de Duvivier, la seule réussite reste L'évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini ( 1964 ). Sans doute parce que le cinéaste marxiste n'a pas cherché à nous montrer autre chose que l'homme Jésus nu et dans une épure qui confine naturellement à la sainteté. On en dira de même de l'inoubliable Jeanne d'Arc de Carl Dreyer en 1928 et de celle de Bresson en 1962. Il faut tout le jansénisme de ces réalisateurs danois et français pour retrouver l'absolue pureté d'une figure qui, devant d'autres caméras, verse tristement dans le chromo ou la niaiserie.


     


Il y a, par ailleurs et comme je le soulignais plus haut, les films consacrés à l'évocation de personnalités à la mode qui nous ont quittées récemment et dont l'aura suffit à assurer le succès de ces réminiscences. Nous avons vu ainsi se réactualiser Coluche sous les traits de François-Xavier Demaison, dans Histoire d'un mec d'Antoine de Caunes, l'acteur Geoffrey Rush camper l'acteur Peter Sellers dans Moi, Peter Sellers de Stephen Hopkins ( 2004 ), l'actrice Marion Cotillard se glisser, avec quel talent, dans la peau de l'inoubliable Edith Piaf dans La môme d'Olivier Dahan ( 2007 ), Sylvie Testud en faire autant avec le personnage de Sagan, sans oublier le très réussi Gainsbourg. A ces reproductions impeccables, où tout est en place ( décors, costumes, mimiques ), où les comédiens s'effacent au point de se fondre dans l'autre, on préférera les visions véritablement cinématographiques ( donc artistiques ) d'un Fellini qui brosse un portrait personnel de Casanova, de Pialat peignant Dutronc en Van Gogh ( 1991 ) ou d'un Robert Guédiguian qui donne à Michel Bouquet l'un de ses rôles les plus étranges dans Le promeneur du Champ de Mars ; cet immense acteur ne tentant nullement de singer Mitterand par des mimiques superflues, mais le faisant exister autrement, grâce à une interprétation crédible et humaine qui est pure création. Car nous sommes aujourd'hui les victimes consentantes d'une technique presque parfaite, qui permet de reproduire n'importe quelle époque, n'importe quelle silhouette, n'importe quel visage. Couchés sur ces lauriers technologiques, les réalisateurs ne sont plus tenus à faire preuve d'innovation artistique et se contentent trop souvent de donner au public ce qu'il réclame : de la photographie ; n'ayant recours qu'accessoirement à une imagination réellement créatrice On l'a vu avec le scénario décevant d' Avatar. Cela peut être l'un des dangers qui guette le cinéma de demain...Et ce n'est pas le dernier opus en date consacré à Grace de Monaco qui va relever le défi.

    

 

Pour consulter la liste complète des articles de cette rubrique, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


   


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans MES BILANS
commenter cet article
29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 12:39

Jacques Perrin. Pathé Distribution

 

Il a conservé ce regard bleu qui faisait de lui un jeune premier romantique du temps des Demoiselles de Rochefort, de Peau d'âne ou de La fille à la valise, ou encore l'officier troublant et troublé du Crabe-Tambour. Aujourd'hui l'acteur est devenu producteur et réalisateur pour offrir à nos regards éblouis les spectacles grandioses des mondes de la mer ou de l'air et en élaborant des projets d'une audace et d'une envergure qui méritent tous les éloges, le dernier en date étant Océans, cette fresque magnifique sur la faune marine.

 


Fils d'un régisseur de la Comédie française et d'une comédienne, Jacques André Simonet, né le 13 juillet 1941 à Paris, prit pour pseudonyme Perrin lorsqu'à 19 ans, après avoir été un moment l'élève de Jean Yonnel au Conservatoire d'art dramatique, il est remarqué par le metteur en scène Valerio Zurlini pour être le partenaire de Claudia Cardinale dans  La fille à la valise.  " Cinq ans après avoir quitté l'école, j'ai décroché mon premier grand rôle. Dans ce film j'interprétais Lorenzo, un jeune aristocrate épris d'une danseuse paumée" - dit-il. Et il poursuit : " Valerio Zurlini m'a appris que le cinéma se comprend de l'intérieur, qu'il est une peinture de l'âme.

 

Ce film mis en boite, il poursuit avec un autre qui fera beaucoup parler de lui  La Vérité , où Brigitte Bardot vit un drame passionnel avec Sami Frey. " Pendant le tournage, Clouzot éructait, incendiait ses acteurs - confie-t-il. Il était irascible, terriblement dur avec ses équipes. J'étais consterné ! Je me suis juré alors que si un jour Monsieur Clouzot me proposait un grand rôle, je refuserais. Quel que soit le talent du metteur en scène, je ne partage pas cette conception du cinéma : pour moi, c'est un lieu de compréhension. Pas un théâtre pour des dictateurs d'un moment ".


Jacques Perrin et Claudia Cardinale. Gémini Films


C'est alors que Jacques Demy le choisit pour donner la réplique à deux charmantes actrices quasi débutantes, les soeurs Dorléac, Françoise et Catherine, dans   Les demoiselles de Rochefort. L'acteur se demande d'ailleurs pourquoi Demy jeta sur lui son dévolu, étant donné qu'il ne savait ni chanter, ni danser, mais il avait la jolie gueule du prince charmant et c'est encore à lui qu'il fera appel, trois ans plus tard, pour séduire la délicieuse Catherine Deneuve dans Peau d'âne. Deux tournages dont l'acteur se souvient avec bonheur. " Lors du tournage dans la forêt de Chambord - raconte-t-il - Demy m'a pris par le bras et nous sommes allés admirer les biches traversant une clairière. Le cinéma, c'est ça, a-t-il murmuré. Des instants magiques, en suspens, qui peuvent durer ou pas, qu'il faut attendre patiemment ".

Ciné Tamaris  
 
C'est avec Z de Costa-Gavras que Perrin découvre l'engagement. Le metteur en scène peinait à trouver  le financement de son projet. C'est alors que l'acteur, âgé de 28 ans, fonde sa maison de production avec, dit-il, une sacrée inconscience. Mais cela m'a donné une grande force de conviction. Yves Montand et Jean-Louis Trintignant acceptèrent de ne percevoir qu'un faible cachet. Ainsi le film fut réalisé et la société Reggane-Films créée. Elle deviendra ensuite Galatée-Films et produira de nombreux longs métrages, comme  Le désert des Tartares en 1976 de Valerio Zurlini, d'après le roman de Dino Buzzati, où le producteur endossera le rôle d'un lieutenant affecté à une forteresse dans le désert iranien, et  Le crabe-tambour  de Pierre Schoendoerffer en 1977, où il joue le rôle-titre auprès de Claude Rich, Jean Rochefort et Jacques Dufilho.
Avec Schoendoerffer, il tournera également la  317e Section  et avouera qu'il a appris le métier à ses côtés, c'est-à-dire l'exigence. Mieux que des preuves à apporter, ce sont plutôt des traces qu'il faut laisser. Les traces d'une quête, mieux que les preuves d'un combat.

 

      

 

Vint le temps où Perrin s'investit autrement, en produisant et en réalisant lui-même ses films, passant derrière la caméra.  Le peuple migrateur  ( 2001 ) était un rêve d'enfant : voler en compagnie des oiseaux. Avec  Jacques Cluzaud, son complice, ils vont suivre en ULM le vol d'une trentaine d'espèces d'oiseaux migrateurs - grues, oies, cygnes, cigognes, canards - et découvrir leurs escales en même temps que montrer la précarité de leur vie. " J'ai voulu sensibiliser le public à la beauté et à la fragilité de la biodiversité " - reconnait-il. Et ce film fut une réussite extraordinaire, un événement dans le monde du 7e Art. De même que l'avait été en 1996  Microcosmos qui toucha 3 millions de spectateurs et obtint un César. En 2004  Les Choristes  charmeront pour la jolie musique et feront verser quelques larmes aux âmes sensibles mais c'est Océans, aujourd'hui, qui couronne une carrière déjà riche d'événements majeurs.

"Durant ces quatre années de tournage, j'ai filmé les poissons comme des héros de fiction : la bataille homérique des crabes araignées, le ballet amoureux des seiches géantes, la tragédie d'un requin qu'on assassine. Il y a trente-cinq ans sortaient "Les dents de la mer". Une bombe explosait dans la gueule d'un requin et on applaudissait. Océans montre un requin, à qui des pêcheurs coupent l'aileron et la queue, et on pleure devant ces images".

Voilà le message discret que Perrin adresse aux hommes et spectateurs que nous sommes : que le monde végétal, animal, que l'infiniment petit, comme l'infiniment grand, méritent notre attention et notre respect. Il avait également produit le très beau film sur Eric Tabarly, afin de faire connaître plus intimement ce seigneur de la mer. Tous les amoureux de la beauté et des éléments ne peuvent qu'applaudir à ce parcours sans faute.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS



  Pathé Distribution

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 11:12

Pathé Distribution         VIDEO


Voilà un chef -d'oeuvre qui devrait mobiliser la terre entière : pas un brin d'artifice, la beauté à l'état pur ; pas d'effets spéciaux mais la vérité telle qu'elle est et, au final, le plus bel opéra que la nature puisse nous offrir, filmé par des hommes qui ont mis 3 ans à en définir l'angle le plus juste, la mesure la plus harmonieuse, les octaves les plus larges. On sort de la salle, après 1h45 passée dans l'intimité des océans, subjugués, éblouis, bouleversés, car la beauté, lorsqu'elle est portée à ce degré, est bouleversante. Le réalisateur du  Peuple migrateur  a réussi son pari d'offrir - grâce à une technique de pointe, à l'aide scientifique internationale, à une infinie patience et à la foi du charbonnier - une vision époustouflante des océans, un spectacle total, un film à couper le souffle. Bien sûr Jean-Yves Cousteau nous avait initiés à la beauté et à l'incommensurable richesse des fonds sous-marins, mais avec Perrin et Cluzaud le spectacle est d'une ampleur théâtrale inégalée. Or filmer l'univers marin est une affaire très compliquée. Il faut par exemple 20 personnes pour immortaliser le flamboiement automnal des gorgones, les froufrous dentelés de la méduse japonaise, la prunelle pleine de réprobation de la seiche, l'allure débraillée de l'hippocampe feuille d'Australie ou les jupailles superposées de la méduse de Californie. Et que dire de l'effort fourni pour filmer le banquet pantagruélique qui se déroule chaque été en Afrique du Sud, lorsque les sardines, qui ont frayé au Cap, remontent vers Durban et sont soudain pourchassées par les dauphins auxquels se mêleront bientôt les requins, les otaries, les manchots et, bien entendu, les oiseaux, hordes affamées qui pénètrent l'eau et embrochent les malheureuses jusqu'à 15 m de profondeur avec un claquement de fusil, si bien qu'au-dessus de l'eau et sous l'eau le bombardement fait rage et que la mer semble être soudain entrée en ébullition.


Pathé Distribution


Quant au congrès des araignées de mer, il est aussi inattendu que surprenant. Chaque année, des millions d'araignées convergent vers la baie de Melbourne pour y muer et s'y reproduire, grouillant troupeau qui s'avance, on dirait des armées en marche pour s'affronter, lourdement chargées de leurs armures, dans un bruit de ferraille assourdissant, scènes qui n'avaient jamais été filmées et dont nous avons la primeur. Et comment ne pas être séduit par les facéties des otaries, scènes pleines de drôlerie  où celles-ci se changent en danseuses d'une grâce exquise doublées d'incorrigibles farceuses et, ce, pour notre plus grand plaisir. Et comment ne pas être subjugué par les baleines à bosse qui transitent chaque année d'Hawaï en Alaska. Malgré leur gigantisme, elles sont, dans leurs mouvements, d'une précision incroyable et d'une légèreté d'hirondelle assure Jacques Cluzaud. Lorsqu'elles descendent, elles sont capables de frôler le fond de l'eau sans qu'un grain de sable ne bouge, mais quand elles font surface, on a l'impression d'assister à la naissance d'une île, ajoute-t-il.

 


Pathé Distribution


Théâtre de vie exubérant, le monde des océans semble avoir tenté toutes les expériences de forme, de couleur, d'originalité, de prodigalité, d'effervescence, vitrine de la diversité la plus éblouissante. 240.000 espèces ont été recensées à ce jour, mais il en reste 2 à 3 millions à découvrir. Alors qu'irions-nous chercher ailleurs, alors que notre planète recèle de tels trésors, un monde si étonnamment vivant qui ne demande qu'à être exploré et sauvegardé ? Oui, qu'irions-nous faire ailleurs, alors que le plus bel ailleurs est ici même. La conclusion est là, discrète et émouvante. Economie de mots. Contrairement à certains, Jacques Perrin se sert d'abord et avant tout de l'image pour nous convaincre. Et il le fait avec sobriété et élégance. Quelques plans sur des poissons captifs des filets où ils agonisent lentement, quelques autres des détritus que nous déversons inconsidérément, le message des profondeurs est parfaitement capté à la surface. Reste désormais à tirer les leçons après cette somptueuse traversée du miroir.



 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Jacques Perrin, acteur, réalisateur et producteur, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE



Et pour consulter la liste complète des films de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur celui-ci :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


Pathé Distribution

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 09:32

Rezo Films       VIDEO

 

Il y a plusieurs façons de regarder le film grandiose de Pavel Lounguine. On peut le faire avec un oeil de cinéphile pour en apprécier la maîtrise de l'image, la densité narrative et en critiquer une certaine lenteur contemplative qui en ralentit fatalement le rythme. On peut également voir dans ce portrait taillé avec ampleur, à la façon d'un opéra servi par la musique de Youri Krassavine, le miroir d'un pays qui ,de Ivan à Staline, a accepté de se ployer sous le joug de pouvoirs à la main de fer. Car de la mise en scène à la direction d'acteurs, le cinéaste nous livre une oeuvre inspirée et mystique qui évoque la confrontation physique et morale qu'eurent au XVIe siècle le tsar Ivan et le métropolite de Moscou Filipp. Ce face à face n'est pas sans rappeler celui du " Meurtre dans la cathédrale" de Jean Anouilh où Thomas Beckett, archevêque de Canterbury, s'opposa à son souverain le roi Henri II d'Angleterre.

Alexandra Morozova

Ici, nous sommes en Russie en l'an 1565 : le pays est menacé d'invasion par la Pologne. C'est alors qu'Ivan fait régner sur l'immense territoire une atmosphère de terreur et de délire religieux. Selon lui, sa mission de sauver la sainte Russie l'exempte de toute référence morale et l'autorise aux exactions les plus cruelles, afin de détruire ceux nombreux qui pourraient s'opposer, de quelque façon que ce soit, à sa politique, couvrant de son autorité les pires horreurs perpétrées par ses sbires : sa garde personnelle " les chiens du tsar ". Tortures, meurtres, rien n'arrête ce dictateur paranoïaque. Peu de temps auparavant, supposant qu'il servirait sa cause sans mot dire, le souverain a placé à la tête de l'église orthodoxe son ami d'enfance : Filipp. Ce dernier va néanmoins s'élever avec indignation contre le spectacle d'une politique de répression intolérable et aveugle, brandissant le calice contre le sceptre et la couronne.


Alexandra Morozova

Pavel Lounguine  poursuit avec ce nouvel opus, et après " L'île ", son exploration de l'âme russe, mettant en scène ce conflit entre deux visions opposées de la religion : celle exaltée et manichéenne du tsar qui la manipule au service d'une conception absolutiste du pouvoir et celle authentiquement spirituelle du métropolite pour qui le Christianisme tient avant tout dans l'imitation miséricordieuse du Christ. Il apparait évident que le troisième personnage du film n'est autre que la foi, cette foi qui prend les traits d'une petite fille ballottée entre la douceur maternelle des icônes de la Vierge et la divination de l'Etat, telle que la souhaiterait le tsar qui se prend tout simplement pour Dieu et a, de ce fait, une approche religieuse de sa mission ( et il eut des successeurs, hélas ! ).


Alexandra Morozova


La stature que Pavel Lounguine prête à son personnage est absolument stupéfiante. Celui-ci ira jusqu'à faire assassiner le métropolite, son ami, non sans remords, ni souffrance, ce qui traduit bien les ambivalences et la complexité de ce personnage hors normes. L'acteur  Piotr Mamonov  n'est pas sans évoquer le Klaus Kinski de  Aguirre, la colère de Dieu,  interprétant son rôle de façon magistrale et impressionnante, presque hallucinée. Pour lui donner la réplique, Filipp, incarné par  Youri Kuznetzov,  est le versant mystique et émotif de cette Russie médiévale et tous deux durant deux heures nous font vivre un face à face d'une intensité passionnante. Un grand moment de cinéma.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN


Alexandra Morozova

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article
16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 09:55

 Warner Bros. France  

 

 

Voilà un cinéaste qui produit peu mais sort tous les dix ans un chef-d'oeuvre, un de ces films qui crée l'événement et frappe l'imagination du spectateur, raison pour laquelle on a volontiers qualifié Stanley Kubrick de génie obsessionnel, tellement ses thèmes posent inlassablement les mêmes questions sur la condition de l'homme et le problème du mal avec une sorte de fureur expressive. Ce New-Yorkais précoce ( il est né le 26 juillet 1928 ) se fera connaître tôt dans la photo, où son inventivité fera merveille. Passionné de technique, il réalise un documentaire sur un boxeur  Day of the Fight  ( 1951 ), puis un film de fiction  Fear and Desire  en 1953, qu'il reniera par la suite. La qualité de sa photographie, ses clairs-obscurs contrastés, ses mouvements de caméra sinueux révèlent déjà un tempérament exceptionnel. Il a tout juste 28 ans quand il tourne son premier film en tant que réalisateur indépendant  Ultime razzia  (1956 ), un policier qui emprunte aux classiques du genre, mais où se dévoile certaines virtuosités, ainsi qu'un traitement visuel savant qui permet à Kubrick de saisir les visages au bord de la déformation caricaturale, signature, grâce à laquelle, il impose d'ores et déjà son style propre.

 


    


 

L'acteur Kirk Douglas, qui se plait à encourager les jeunes talents, le choisit pour un projet audacieux  Les sentiers de la gloire ( 1957 ) qui aborde le sujet délicat des mutineries dans l'armée française, lors de la Première Guerre mondiale. Le film, tourné en Europe, reçoit un accueil critique favorable, mais la France, par crainte de la censure, attendra 1975 pour le diffuser enfin dans les salles. Kubrick s'y révèle un cinéaste majeur et complet : le sujet est traité avec force et dignité, l'interprétation à la hauteur de l'attente des spectateurs et, la maîtrise de la caméra, celle d'un homme qui  utilise avec maestria les possibilités offertes par sa caméra, dont les longs travellings. Kirk Douglas fera de nouveau appel à lui  - à la suite de la défaillance d'Anthony Mann - pour un film en péplums  :  Spartacus,  dont le jeune réalisateur s'acquittera avec panache et qui contribuera à asseoir sa réputation auprès du grand public. Désormais Kubrick entend faire cavalier seul et ne travailler que sur des projets personnels qui lui laissent une totale liberté d'action, veillant à s'entourer de collaborateurs triés sur le volet, scénaristes, caméramans, voire même écrivains. C'est Vladimir Nabokov en personne qui participera à l'adaptation sur grand écran de son roman controversé : Lolita. N'aimant guère l'ambiance qui règne à Hollywood et correspond si peu à son caractère introverti et à sa personnalité solitaire, Kubrick quitte les Etats-Unis pour l'Angleterre, où il reconstituera l'Amérique provinciale et suburbaine dans  Lolita,  prouesse qu'il réitérera avec  Shining et  Eyes Wide Shut,   proposant une vision mentale de ce pays plus vraie que nature.


Sue Lyon. Collection Christophe L. Jack Nicholson. Collection Christophe L.


Cette indépendance lui réussit car, désormais, chacune de ses oeuvres est attendue par un public conquis par ce talent provocateur et hors du commun, qui ne s'accorde aucune concession, et aura si profondément imprimé l'imaginaire des spectateurs. Ainsi abordera-t-il successivement, et avec un égal talent, la comédie ( Dr Folamour ), le film d'anticipation ( L'odyssée de l'espace ), le film d'horreur ( Shining ), le film historique ( Barry Lyndon ), le film de guerre ( Full Metal Jacket ) et, à chaque fois, imposera une vision neuve, si bien que ceux qui viendront après lui seront condamnés à se mesurer à son modèle. Si  Orange mécanique  ( 1971 ), symptomatique de son époque, reste un phénomène isolé,  Barry Lyndon  ( 1975 ) crée un précédent et une référence absolue dans le domaine du film historique. Ces oeuvres, en apparence disparates, représentent la vision ( le mot est approprié tant Kubrick est fasciné par la puissance et la capacité émotionnelle du regard caméra ) d'un auteur : philosophe, il questionne  sans se croire obligé d'apporter des réponses, mais le questionnement en soi est en quelque sorte une réponse, celle de l'inquiétude de l'homme moderne et du devenir humain. Pessimiste ironique, il observe le monde en entomologiste et ce n'est pas tellement beau à voir. Chantre de l'inhumanité, il tisse sa toile afin que l'homme-personnage, pris au piège, se plie à ses considérations désespérées. Sa filmographie se conclut par une méditation sur le couple  Eyes Wide Shut  ( 1999 ), film énigmatique par excellence comme les aime Kubrick, toujours en proie au doute et à l'incertitude des êtres ballotés par le temps et qui finissent, comme ses films, par devenir emblématiques.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, dont "Barry Lyndon", cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


Warner Bros. France Warner Bros.

 

Repost 0
12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 11:50

       VIDEO 

 

Cinquième et avant-dernier volet des six contes moraux de Rohmer,  Le genou de Claire  ( 1970 ) demeure fidèle au thème de ce cycle : l'errance amoureuse. Car si le propos central s'articule autour de la quête sentimentale, les contes s'attardent tous sur les détours vers une autre femme.

 

Jérôme, un attaché d'ambassade à l'approche de son mariage, vient passer ses vacances sur les bords du lac d'Annecy, lieux de son enfance. Il y retrouve une amie écrivain, Aurora, qui lui demande son aide afin d'achever son livre sur une relation entre une jeune adolescente et un homme d'âge mûr. Certain de ses sentiments envers sa fiancée, il accepte de jouer le cobaye et réussit le pari, avec tout le détachement supposé, auprès de Laura, une jeune lycéenne effrontée, admirablement interprétée par Béatrice Romand. Mais les audaces de l'adolescente se perdent vite en une indécision qu'elle travestit d'une indifférence supposée à l'égard de cet adulte séduisant qui semble lui prêter intérêt. Coquetterie requise, atermoiements, nous sommes dans un marivaudage délicieux, à la fois léger et insolent, envisagé comme l'ébauche d'une toile de maître. C'est alors qu'apparait Claire, une jeune fille d'une beauté sculpturale, nature lascive qui semble se contenter de l'amour maladroit et gauche de ses jeunes soupirants et se satisfaire des loisirs habituels des vacances. Cette fois, c'est Jérôme qui propose de reporter le jeu, parce qu’il s'avoue troublé, notamment par le genou de cette jeune fille si parfaitement belle...Jérome fait alors le pari avec Aurora de posséder symboliquement le corps de Claire, en se contentant d'une caresse sur ce pôle magnétique que représente, à ses yeux, son genou. Son ambition se satisfera de cette possession et du privilège qu'elle soit toute entière concentrée dans son désir.


Jean-Claude Brialy. Les Films du Losange


Ce film est l'un de ceux que je préfère parmi l'ensemble des contes moraux. Il s'en détache par la perfection absolue de son narratif, le déploiement de l'image au service d'une pensée ramassée dans le seul regard, regard devenu acte à part entière. Car, au final, le plaisir est d'abord une attente, agrémentée du jeu subtil de la séduction. Oui, l'attente et la convoitise peuvent être un art qui compose sa propre carte du Tendre, en complique indéfiniment les tours et les détours et comble plus complétement l'esprit que le coeur et les sens. On retrouve dans la beauté des paysages, filmée avec le même lyrisme que le genou de Claire, la subtile union des lumières : celle du lac apaisé dans son aura estivale et celle des rivages en fleurs, contrepoint évident à cette jeunesse qui s'ébat à son bord. Enfin, on perçoit ce qui caractérise le cinéma d'Eric Rohmer : l'élégance des personnages, la splendeur d'un décor naturel et des dialogues proches de l'écrit. Quant aux acteurs, ils sont tous crédibles : Jean-Claude Brialy, magnifiquement barbu, interprète son rôle avec une sorte de jubilation ; les jeunes filles sont d'un naturel stupéfiant autant dans leurs effronteries que dans leur soudaine timidité, et Aurora Cornu pimente le sien de son accent agréablement roumain. Avec ce film, Eric Rohmer nous livre une de ses oeuvres les plus accomplies, nous proposant, à l'égal du genou de Claire, le magnétisme d'un badinage irrésistible.

Ce film fut couronné par le Prix Louis-Delluc en 1970 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

Et pour consulter la liste complète des films du CINEMA FRANCAIS, dont les autres films de Rohmer, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 


Laurence Monaghan et Jean-Claude Brialy. Les Films du Losange

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 10:41

Pathé Distribution       

 

Jane Campion, on le sait, est une cinéaste de talent qui a le don de varier ses thèmes et de nous surprendre par des narratifs aussi opposés que l'est son dernier opus Bright Star consacré aux amours du poète John Keats et de sa jeune voisine Fanny Brawne, par rapport à son précédent  ( 2003 ) In the cut, film d'horreur au coeur de la vie urbaine. Projeté au tout début du Festival de Cannes 2009,  Bright Star,  peu en phase avec une compétition dominée par des oeuvres résolument contemporaines et souvent violentes, reçut un accueil mitigé, voire dédaigneux, d'autant qu'il était, au regard d'un public avide de modernité innovante, desservi par son apparent classicisme et son récit des amours platoniques de deux jeunes gens au coeur de l'Angleterre pré-victorienne des années 1920. Néanmoins, le public avait tort de ne lui accorder qu'une attention  distraite, car ses qualités en font une oeuvre attachante pour la beauté de ses images, sa communion avec la nature, la fluidité de sa mise en scène, l'excellence de son interprétation, et parce qu'elle donne à entendre des textes d'un  poète d'une profondeur saisissante, ce John Keats décédé de la tuberculose à l'âge de 25 ans dans la plus totale indifférence et qui compte, de nos jours, de par ses poèmes au souffle immense, parmi les meilleurs poètes du monde anglo-saxon. D'ailleurs le titre du film Bright Star ( Etoile brillante ) est le titre de l'un d'entre eux.


Ben Whishaw et Abbie Cornish. Laurie Sparham


La réalisatrice a su éviter de figer les images dans des décors surchargés par les exigences de la restitution d'époque et d'exalter au contraire la beauté naturelle des extérieurs, captés au fil des saisons par une caméra aussi voluptueuse et caressante qu'un pinceau. Entre les deux héros, admirablement campés par  Abbie Cornish ( Fanny ) et  Ben Whishaw  ( John Keats ) s'esquisse une relation qui va très vite devenir passionnelle, vécue en secret jusqu'à ce que la maladie ne vienne arracher les amants l'un à l'autre. Bien que Jane Campion se soit refusée à céder à des scènes torrides et contentée d'un chaste baiser, le film est empreint d'une ferveur et intensité si bien intériorisées, qu'elles sont plus crédibles que ne le seraient les débordements affectifs et sexuels qui affligent souvent l'ensemble de la production actuelle. Entre les deux protagonistes s'installent une grâce, une émotion qui vont crescendo et on devine, bien sûr, que cet amour, encore au stade de l'émerveillement et de la retenue, est condamné d'avance à rester suspendu dans le temps... incantatoire et immortel comme les poèmes qui l'inspirent. Ainsi, au fil des quelques saisons qu'ils partagent, Fanny et John déclinent-ils une romance contrariée par les différences de classes sociales et la maladie. Ne cédant à aucun académisme, Bright Star s'impose à la manière d'un poème raffiné, servi par des acteurs inspirés et porté par une intensité déchirante.


Ben Whishaw et Abbie Cornish. Laurie Sparham


On s'explique facilement que Jane Campion ait été séduite par la vie brève et ardente de ce jeune poète britannique ( 1795 - 1821 ) qui se réfugiait volontiers dans le monde idéal de la Beauté, beauté qu'il s'était plu à exprimer dans Hypérion et Les Odes. Son pessimisme était compensé par cette ardente foi dans toutes les formes de beautés que l'art est en mesure de rendre et de transcender et seules capables de survivre à l'homme lui-même - disait-il. Lui qui écrivait : " Oh qu'on me donne une vie de sensation plutôt qu'une vie de pensée "  - semble avoir été exaucé et ce film, d'un charme envoûtant, qui la sollicite à chaque instant, lui rend en quelque sorte hommage.

 

 4-e-toiles

 

Pour consulter la liste complète des critiques de films de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN 

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Jane Campion, cliquer sur son titre :

 

JANE CAMPION, UN CINEMA AU FEMININ

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


Ben Whishaw. Laurie Sparham

Abbie Cornish. Laurie Sparham

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 10:37

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

                                              
 

                - Londres 1889 - Vevey 1977 -

 

L'histoire du 7e Art ne serait pas ce qu'elle est sans Charlie Chaplin. Alors que le cinématographe faisait ses premiers pas, il a tout inventé. Ne fut-il pas le premier à se revendiquer auteur complet, en concevant, produisant, écrivant, jouant, mettant en musique et en scène ses propres films, homme orchestre exemplaire et inégalé ? La vie de Chaplin se confond avec celle de cet art qu'il va servir avec génie, étant de ceux qui surent le mieux lui conférer crédibilité et dignité. Enfant de la balle, Charlie Chaplin part en tournée aux Etats-Unis en 1912, après une enfance londonienne misérable, où il passa la plus grande partie de son temps à observer. Dès lors, les choses s'accélèrent pour lui : remarqué par Mack Sennett, le spécialiste du burlesque, il débute au cinéma en 1914, d'abord comme acteur, puis, très vite, comme réalisateur. Son rythme de travail devient alors frénétique, pas moins de cinquante réalisations entre 1914 et 1919. Ce sont des comédies, d'une bobine d'abord, soit dix minutes, de deux bobines ensuite, où il affine, par petites touches, son personnage d'éternel vagabond et où se perçoit déjà son souci artistique et social. Celui que l'on nommera volontiers Charlot, se baptise lui-même " The Tramp", le vagabond, figure universelle dans laquelle l'humanité entière se reconnaît. Dans des courts métrages déjà très élaborés comme  "L'émigrant"  ( 1917 ) ou  "Une vie de chien"  (1918) ou encore  "Charlot soldat"  (1918), il s'oriente nettement vers un discours humaniste, bien que le sérieux du propos ne gâche en rien l'émotion ou l'irrésistible invention comique.

 


  



En 1919, Chaplin crée avec les acteurs Mary Pickford et Douglas Fairbanks Les Artistes Associés, structure ambitieuse dont, parmi les fondateurs, il sera le seul à profiter pleinement, s'assurant ainsi une indépendance artistique quasi totale. Par exemple, il pourra attendre des années, soit 1940, avant de produire son premier film parlant,  Le Dictateur,  un chef-d'oeuvre où il met en scène Hynkel, décalque caricatural de Hitler et le napoléoni, celui inénarrable de Mussolini. La scène où le dictateur joue avec la mappemonde changée en ballon, qu'il peut faire tourner et sauter selon sa volonté et qui finit par éclater, est un morceau d'anthologie, ainsi que le discours du fuhrer au tout début du film et l'appel à la paix du petit juif que l'on a pris pour Hinckel et qui clôt le film de façon bouleversante. 



Et, fallait-il qu'il soit sûr de son art et de son public pour oser s'interrompre en plein succès de 1918 à 1921,  avant de revenir avec son premier long métrage, encore muet toutefois,   Le Kid ,  épreuve jusqu'alors jamais tentée par des comiques, trop conscients de ne disposer que d'un  public volatile. Mais celui de Chaplin ne l'est pas, pour la bonne raison que l'artiste ne se contente pas d'être un clown génial, mais se révèle être aussi un formidable peintre de la société et un moraliste profondément humain. Le triomphe qui accueille le film, où il dépeint la jeunesse misérable d'un pauvre petit gosse de la banlieue londonienne qui lui ressemble comme un jumeau, recueille l'adhésion unanime de la critique et sera une source d'inspiration pour les comiques, ouvrant la voie à Buster Keaton, Harold Lloyd et même Jerry Lewis. Les gags, produits au prix d'un travail minutieux, s'enchâssent dans un narratif mélodramatique à la Charles Dickens : cet équilibre élégant entre rire et larmes sera désormais la marque de l'art de Chaplin. Pendant deux ans encore, il réalisera des courts métrages mais en nombre plus parcimonieux.



En 1923, le cinéaste étonne en prenant de nouveaux risques et en réalisant   "L'opinion publique", oeuvre dans laquelle il ne joue pas et laisse la vedette à sa compagne du moment, l'actrice Edna Purviance. Ce succès surprend les cinéastes de l'époque, qui prennent conscience du pouvoir suggestif de l'image et de la force recélée par la pellicule, lorsque celle-ci est bien utilisée. De Lubitsch à Renoir, nombreux seront ceux qui se référeront désormais à lui et à ce film en particulier, le considérant comme une oeuvre phare. Dorénavant ses films ne seront plus que des longs métrages longuement conçus, produits à un rythme de plus en plus lent mais qui, à chaque fois, constitueront un événement.  "La Ruée vers l'or"  ( 1925 ) frappera par le souffle épique de certaines scènes,  "Le Cirque" ( 1928 ) sera un hommage émouvant aux fondements mêmes du comique cinématographique, où l'acteur atteint, dans sa gestuelle, une grâce souveraine.  "Les lumières de la ville" ( 1931 ) représente, quant à elles, un pas de plus dans le drame : si la comédie est éblouissante ( les démêlés de Charlot avec un riche noceur qui ne se souvient plus de lui quand il est sobre ),  l'émotion reste très présente et touche au paroxysme au moment des retrouvailles du pauvre vagabond avec l'aveugle qu'il a protégée ; on parvient là à l'un des sommets de l'art de Charlie Chaplin et ce moment compte parmi les plus bouleversants du 7e Art. Enfin  "Les temps modernes"  ( 1936 ), satire du machinisme et du monde industriel sera son dernier film muet, conclusion magnifique où Chaplin quitte presque définitivement sa défroque de Charlot et où sa vision d'un monde robotisé est absolument stupéfiante.


   

                                                     
Après "Le dictateur", dont j'ai parlé plus haut, c'est sous les traits de "Monsieur Verdoux"  ( 1947 ) tueur de rombières inspiré de Landru, que l'auteur-acteur-réalisateur va revenir au cinéma parlant et prolonger son discours pacifiste, en même temps qu'il commence à déplaire à une Amérique bien-pensante qui lui reproche ses sympathies politiques et son mariage récent avec une jeune fille, dont il pourrait être le grand-père, sa femme Oona. Blessé, Chaplin quitte les Etats-Unis et revient en Angleterre, sa terre natale, où il signera son dernier grand chef-d'oeuvre  "Limeligt"  ( Les feux de la rampe - 1952 ), histoire d'un clown déchu, où l'artiste universellement admiré laisse apparaître son angoisse de ne plus faire rire, et éblouissante réflexion sur le monde du spectacle que je considère personnellement comme l'un de ses plus beaux films. Installé dorénavant au bord du lac Léman avec sa nombreuse famille - sa femme Oona lui donnera 9 enfants - il regagne Londres pour tourner  "Un roi à New-York"  ( 1957 ), satire du maccarthysme et de la civilisation montante de la télévision, puis  "La comtesse de Hong-Kong", avec Sophia Loren, comédie sentimentale un peu surannée mais poignante où, à travers un personnage de femme errante, il semble renouer avec le personnage de l'éternel vagabond.  

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur le lien ci-dessous :

 
LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter les critiques que j'ai rédigées sur les films de Chaplin, cliquer sur leurs titres :

 

LES LUMIERES DE LA VILLE de CHAPLIN         

LES TEMPS MODERNES de CHARLIE CHAPLIN

LIMELIGHT

LE DICTATEUR

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr 

 

Repost 0
12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 10:16

Tadrart Films            VIDEO


Hadewijch  de  
Bruno Dumont  est est un appel à la grâce. Telle est la définition de l'auteur lui-même. Poursuivant : " C'est une expérience mystique. Mais pas un acte de foi. C'est un film sur l'amour. Je pense que le véritable amour est totalement mystique parce que dans la mystique, vous arrivez à une véritable union. Il faut être capable d'aimer de façon absolue à l'intérieur d'un corps ordinaire et dans le monde. C'est ce que je filme à la fin : la limite des superstitions et des idéaux. Hadewijch meurt à Dieu et renaît dans les bras d'un homme où elle retrouvera la plénitude de l'amour ".

Mais qui est Hadewijch ? Une mystique flamande du XIIIe siècle qui nous a laissé des poèmes brûlant de désir et de douleur. Hadewijch est également le nom que choisit l'héroïne du film, Céline, pour entrer en religion, nom qu'elle perdra lorsque les soeurs, qui l'ont accueillie, épouvantées par la force destructrice de son attente insatisfaite de Dieu, l'inviteront à retourner dans le monde. Alors, Céline livrée à elle-même, poursuivra sa quête par des chemins de traverse qui la conduiront jusqu'en Palestine, où elle embrassera la cause, sinon la foi, des islamistes les plus radicaux. Et c'est paradoxalement avec une innocence intacte qu'il lui faudra aller jusqu'au bout de sa dérive spirituelle, à savoir un attentat terroriste en plein Paris, pour apercevoir un commencement de lumière sous les espèces simples - un ouvrier charpentier à figure de bon larron qui la délivrera du mal en lui rappelant que le Verbe s'est fait chair, à elle qui aspirait et redoutait les contacts physiques, et que toute ressemblance passe prioritairement par l'amour.

Telle est la trame de Hadewijch, le dernier film de Bruno Dumont, qui nous démontre après ses opus précédents  La vie de Jésus  ( 1997 ) et  Flandres  ( 2006 ), comment on peut rebondir du péché au rachat. Le talent de Bruno Dumont consiste à refuser les facilités et les pièges de la rhétorique, et à écarter l'allégorie en faveur de l'incarnation à l'écran,  son film participant d'autant mieux à l'essence de l'art cinématographique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le cinéaste répugne à employer des comédiens professionnels, lesquels, aussi talentueux fussent-ils, ne pourraient lui fournir que des avatars ou, pis, des simulacres. Comme Robert Bresson, il recherche moins la représentation que la présence, et il se pourrait même qu'il aille plus loin que l'auteur de Au hasard Balthasar. Il est vrai aussi que, contrairement au janséniste Bresson, Dumont n'affecte aucune posture théologique : ses films sont des contes de chair et de sang et une quête d'absolu d'une beauté fulgurante, servis, en ce qui concerne ce dernier opus, par une mise en scène calme, équilibrée et comme rassérénée, où la jeune interprète Julie Sokolowski prête sa sensibilité frémissante et sa grâce inquiète et interrogative au complexe personnage de Céline.


Julie Sokolowski. Tadrart Films  Julie Sokolowski dans Hadewijch


Cet itinéraire de Céline peut se rapporter, en effet, aux cinq grands thèmes initiatiques de la tradition occidentale, ce que le théoricien du 7e Art, Henri Agel, récapitule avec précision dans son ouvrage : Métaphysique du cinéma :

" La nécessité pour le héros de dépasser le combat et d'aller jusqu'au sacrifice et à la mort ; le combat du protagoniste avec les dragons et tous les monstres qui représentent soit un obstacle extérieur à l'aboutissement de la Quête, soit un obstacle tapi dans les profondeurs de son être ; la Quête elle-même ; la bipolarité, c'est-à-dire le contraire de l'entropie ; le rapport tantôt antagoniste tantôt complémentaire entre le Jour et la Nuit ".

Cinq thèmes indissociables que l'on retrouvera nécessairement dans chaque oeuvre relatant une quête mystique, consciente ou inconsciente. Bruno Dumont se garde bien, au demeurant, de prendre clairement position et laisse ouverte toutes les interprétations. Le seul cinéaste contemporain dont les préoccupations peuvent être légitimement comparées aux siennes est  
Jean-Claude Brisseau.  Plus explicite que Dumont, car plus direct, plus rugueux et plus moral, Brisseau exprime de toute évidence l'objet de sa recherche lorsqu'il fait dire à l'héroïne de  Céline  ( 1992 ) : " Je me suis trouvée unie ..." - aspirant à l'avènement d'un monde ré-enchanté avec lequel une union mystique serait possible. Le propos sera repris, amplifié et magnifié encore par Brisseau dans  A l'aventure , sorti cette année, sans grand écho médiatique.


Carole Brana et Lise Bellynck. Aurélia Frohlich

Carole Brana et Lise Bellynk dans A l'aventure de Jean-Claude Brisseau


L'attente de Dieu, la recherche de l'harmonie, la renaissance à soi, autant de modalités d'un cheminement initiatique authentique qui nourrit quelques-unes des oeuvres les plus symptomatiques du désastre spirituel du monde moderne : " Et ce cheminement - précise Henri Agel - peut être - oserons-nous dire doit être ? -  aussi moderne, aussi quotidien, aussi fortement enraciné que possible dans la réalité vivante d'un pays pour que, précisément, se dégage plus fortement de cet enracinement la part d'éternité, ou en tout cas de pérennité, qu'il contient ".

La liste de ces quêteurs serait longue à énumérer depuis les Frères Dardenne de Rosetta ou de L'enfant, du Nazarin et du Los Olvidados de Luis Bunuel, du Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini ou du Taxi Driver de Martin Scorsese. On voit alors comment ces films dépourvus de référence à la religion, et peut-être réalisés par des agnostiques, sont infiniment plus fidèles aux Ecritures que certaines bondieuseries patentées dont Hollywood a été, pendant des lustres, si friand !

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique "Cinéma français", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


   



Repost 0
Published by ABARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 10:04

          VIDEO

 

 

L'Afrique en 1915. Charles Allmut, un américain, transporte sur son bateau ( davantage radeau que bateau d'ailleurs ) toutes sortes de marchandises qu'il distribue dans les villages congolais. Il profite de son passage dans l'un d'entre eux pour prévenir le révérend Sawyer et sa soeur Rose, tous deux sujets britanniques, de l'approche des troupes allemandes. Mais trop tard, car le Révérend va trouver la mort lors de l'irruption des allemands dans leur village. Revenant sur les lieux le lendemain, le marinier embarque sur son rafiot Rose afin de la mettre en sécurité en la déposant dans un territoire neutre. Contrairement à ce qu'il suppose d'elle, celle-ci ne l'entend pas de cette oreille et va l'obliger  à braver les rapides pour rejoindre les troupes anglaises et couler le navire de guerre allemand qui contrôle le lac voisin.

The African Queen réalisé en 1951 par John Huston est un chef-d'oeuvre et conserve, malgré les années,  un charme inaltérable qui fait et fera encore et longtemps le régal des cinéphiles. Tourné en extérieur durant 8 semaines, il nous fait découvrir des paysages exceptionnels. John Huston tenait à un film en couleurs, ce qui n'était pas sans augmenter les difficultés, et à un tournage en Afrique par souci de réalisme et le réalisme est au rendez-vous, ce qui donne à ce long métrage une véracité et une authenticité captivantes.
 
« En studio, vous truquez les choses, mais en Afrique, au contraire, vous n'avez pas besoin d'imaginer qu'il fait chaud. (...) Il fait si chaud que les vêtements collent à la peau. Et lorsque les gens transpirent, ce n'est pas à l'aide d'un maquilleur. L'Afrique était le seul endroit pour obtenir ce que je cherchais ». - disait-il à juste titre.

Au-delà d'un scénario fort bien troussé par James Agee d'après le roman de  C.S Forester, l'intérêt principal de cet opus n'en réside pas moins dans ce huit-clos d'aventures où s'affrontent deux comédiens hors pair : Katharine Hepburn dans le rôle de Rose et Humphrey Bogart dans celui de Charles Allmut ; l'une en vieille fille pieuse qui, au fil de cette odyssée africaine, va se muer en mauvais garçon qui ne demande qu'à être attendri, et l'autre en ivrogne solitaire et mal embouché qui découvre peu à peu l'amour. Ils forment un duo magistral comme on en a rarement vu. Bogart est étonnant dans ce rôle à contre-emploi qui lui valut le seul Oscar de sa carrière et Hepburn irrésistible de ténacité et de naturel. De tourbillons périlleux en marécages infestés de crocodiles, le périple fera de ces êtres dissemblables d'inséparables complices.
Le tournage fut cependant épique. Tous les membres de l'équipe souffrirent de dysenterie. Sauf Bogart et Huston qui ne buvaient que du whisky.

 

Pour prendre connaissance de la liste complète des films de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer  sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN   

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche