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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 09:55

 Warner Bros. France  

 

 

Voilà un cinéaste qui produit peu mais sort tous les dix ans un chef-d'oeuvre, un de ces films qui crée l'événement et frappe l'imagination du spectateur, raison pour laquelle on a volontiers qualifié Stanley Kubrick de génie obsessionnel, tellement ses thèmes posent inlassablement les mêmes questions sur la condition de l'homme et le problème du mal avec une sorte de fureur expressive. Ce New-Yorkais précoce ( il est né le 26 juillet 1928 ) se fera connaître tôt dans la photo, où son inventivité fera merveille. Passionné de technique, il réalise un documentaire sur un boxeur  Day of the Fight  ( 1951 ), puis un film de fiction  Fear and Desire  en 1953, qu'il reniera par la suite. La qualité de sa photographie, ses clairs-obscurs contrastés, ses mouvements de caméra sinueux révèlent déjà un tempérament exceptionnel. Il a tout juste 28 ans quand il tourne son premier film en tant que réalisateur indépendant  Ultime razzia  (1956 ), un policier qui emprunte aux classiques du genre, mais où se dévoile certaines virtuosités, ainsi qu'un traitement visuel savant qui permet à Kubrick de saisir les visages au bord de la déformation caricaturale, signature, grâce à laquelle, il impose d'ores et déjà son style propre.

 


    


 

L'acteur Kirk Douglas, qui se plait à encourager les jeunes talents, le choisit pour un projet audacieux  Les sentiers de la gloire ( 1957 ) qui aborde le sujet délicat des mutineries dans l'armée française, lors de la Première Guerre mondiale. Le film, tourné en Europe, reçoit un accueil critique favorable, mais la France, par crainte de la censure, attendra 1975 pour le diffuser enfin dans les salles. Kubrick s'y révèle un cinéaste majeur et complet : le sujet est traité avec force et dignité, l'interprétation à la hauteur de l'attente des spectateurs et, la maîtrise de la caméra, celle d'un homme qui  utilise avec maestria les possibilités offertes par sa caméra, dont les longs travellings. Kirk Douglas fera de nouveau appel à lui  - à la suite de la défaillance d'Anthony Mann - pour un film en péplums  :  Spartacus,  dont le jeune réalisateur s'acquittera avec panache et qui contribuera à asseoir sa réputation auprès du grand public. Désormais Kubrick entend faire cavalier seul et ne travailler que sur des projets personnels qui lui laissent une totale liberté d'action, veillant à s'entourer de collaborateurs triés sur le volet, scénaristes, caméramans, voire même écrivains. C'est Vladimir Nabokov en personne qui participera à l'adaptation sur grand écran de son roman controversé : Lolita. N'aimant guère l'ambiance qui règne à Hollywood et correspond si peu à son caractère introverti et à sa personnalité solitaire, Kubrick quitte les Etats-Unis pour l'Angleterre, où il reconstituera l'Amérique provinciale et suburbaine dans  Lolita,  prouesse qu'il réitérera avec  Shining et  Eyes Wide Shut,   proposant une vision mentale de ce pays plus vraie que nature.


Sue Lyon. Collection Christophe L. Jack Nicholson. Collection Christophe L.


Cette indépendance lui réussit car, désormais, chacune de ses oeuvres est attendue par un public conquis par ce talent provocateur et hors du commun, qui ne s'accorde aucune concession, et aura si profondément imprimé l'imaginaire des spectateurs. Ainsi abordera-t-il successivement, et avec un égal talent, la comédie ( Dr Folamour ), le film d'anticipation ( L'odyssée de l'espace ), le film d'horreur ( Shining ), le film historique ( Barry Lyndon ), le film de guerre ( Full Metal Jacket ) et, à chaque fois, imposera une vision neuve, si bien que ceux qui viendront après lui seront condamnés à se mesurer à son modèle. Si  Orange mécanique  ( 1971 ), symptomatique de son époque, reste un phénomène isolé,  Barry Lyndon  ( 1975 ) crée un précédent et une référence absolue dans le domaine du film historique. Ces oeuvres, en apparence disparates, représentent la vision ( le mot est approprié tant Kubrick est fasciné par la puissance et la capacité émotionnelle du regard caméra ) d'un auteur : philosophe, il questionne  sans se croire obligé d'apporter des réponses, mais le questionnement en soi est en quelque sorte une réponse, celle de l'inquiétude de l'homme moderne et du devenir humain. Pessimiste ironique, il observe le monde en entomologiste et ce n'est pas tellement beau à voir. Chantre de l'inhumanité, il tisse sa toile afin que l'homme-personnage, pris au piège, se plie à ses considérations désespérées. Sa filmographie se conclut par une méditation sur le couple  Eyes Wide Shut  ( 1999 ), film énigmatique par excellence comme les aime Kubrick, toujours en proie au doute et à l'incertitude des êtres ballotés par le temps et qui finissent, comme ses films, par devenir emblématiques.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, dont "Barry Lyndon", cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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Warner Bros. France Warner Bros.

 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 11:50

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Cinquième et avant-dernier volet des six contes moraux de Rohmer,  Le genou de Claire  ( 1970 ) demeure fidèle au thème de ce cycle : l'errance amoureuse. Car si le propos central s'articule autour de la quête sentimentale, les contes s'attardent tous sur les détours vers une autre femme.

 

Jérôme, un attaché d'ambassade à l'approche de son mariage, vient passer ses vacances sur les bords du lac d'Annecy, lieux de son enfance. Il y retrouve une amie écrivain, Aurora, qui lui demande son aide afin d'achever son livre sur une relation entre une jeune adolescente et un homme d'âge mûr. Certain de ses sentiments envers sa fiancée, il accepte de jouer le cobaye et réussit le pari, avec tout le détachement supposé, auprès de Laura, une jeune lycéenne effrontée, admirablement interprétée par Béatrice Romand. Mais les audaces de l'adolescente se perdent vite en une indécision qu'elle travestit d'une indifférence supposée à l'égard de cet adulte séduisant qui semble lui prêter intérêt. Coquetterie requise, atermoiements, nous sommes dans un marivaudage délicieux, à la fois léger et insolent, envisagé comme l'ébauche d'une toile de maître. C'est alors qu'apparait Claire, une jeune fille d'une beauté sculpturale, nature lascive qui semble se contenter de l'amour maladroit et gauche de ses jeunes soupirants et se satisfaire des loisirs habituels des vacances. Cette fois, c'est Jérôme qui propose de reporter le jeu, parce qu’il s'avoue troublé, notamment par le genou de cette jeune fille si parfaitement belle...Jérome fait alors le pari avec Aurora de posséder symboliquement le corps de Claire, en se contentant d'une caresse sur ce pôle magnétique que représente, à ses yeux, son genou. Son ambition se satisfera de cette possession et du privilège qu'elle soit toute entière concentrée dans son désir.


Jean-Claude Brialy. Les Films du Losange


Ce film est l'un de ceux que je préfère parmi l'ensemble des contes moraux. Il s'en détache par la perfection absolue de son narratif, le déploiement de l'image au service d'une pensée ramassée dans le seul regard, regard devenu acte à part entière. Car, au final, le plaisir est d'abord une attente, agrémentée du jeu subtil de la séduction. Oui, l'attente et la convoitise peuvent être un art qui compose sa propre carte du Tendre, en complique indéfiniment les tours et les détours et comble plus complétement l'esprit que le coeur et les sens. On retrouve dans la beauté des paysages, filmée avec le même lyrisme que le genou de Claire, la subtile union des lumières : celle du lac apaisé dans son aura estivale et celle des rivages en fleurs, contrepoint évident à cette jeunesse qui s'ébat à son bord. Enfin, on perçoit ce qui caractérise le cinéma d'Eric Rohmer : l'élégance des personnages, la splendeur d'un décor naturel et des dialogues proches de l'écrit. Quant aux acteurs, ils sont tous crédibles : Jean-Claude Brialy, magnifiquement barbu, interprète son rôle avec une sorte de jubilation ; les jeunes filles sont d'un naturel stupéfiant autant dans leurs effronteries que dans leur soudaine timidité, et Aurora Cornu pimente le sien de son accent agréablement roumain. Avec ce film, Eric Rohmer nous livre une de ses oeuvres les plus accomplies, nous proposant, à l'égal du genou de Claire, le magnétisme d'un badinage irrésistible.

Ce film fut couronné par le Prix Louis-Delluc en 1970 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

Et pour consulter la liste complète des films du CINEMA FRANCAIS, dont les autres films de Rohmer, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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Laurence Monaghan et Jean-Claude Brialy. Les Films du Losange

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 10:41

Pathé Distribution       

 

Jane Campion, on le sait, est une cinéaste de talent qui a le don de varier ses thèmes et de nous surprendre par des narratifs aussi opposés que l'est son dernier opus Bright Star consacré aux amours du poète John Keats et de sa jeune voisine Fanny Brawne, par rapport à son précédent  ( 2003 ) In the cut, film d'horreur au coeur de la vie urbaine. Projeté au tout début du Festival de Cannes 2009,  Bright Star,  peu en phase avec une compétition dominée par des oeuvres résolument contemporaines et souvent violentes, reçut un accueil mitigé, voire dédaigneux, d'autant qu'il était, au regard d'un public avide de modernité innovante, desservi par son apparent classicisme et son récit des amours platoniques de deux jeunes gens au coeur de l'Angleterre pré-victorienne des années 1920. Néanmoins, le public avait tort de ne lui accorder qu'une attention  distraite, car ses qualités en font une oeuvre attachante pour la beauté de ses images, sa communion avec la nature, la fluidité de sa mise en scène, l'excellence de son interprétation, et parce qu'elle donne à entendre des textes d'un  poète d'une profondeur saisissante, ce John Keats décédé de la tuberculose à l'âge de 25 ans dans la plus totale indifférence et qui compte, de nos jours, de par ses poèmes au souffle immense, parmi les meilleurs poètes du monde anglo-saxon. D'ailleurs le titre du film Bright Star ( Etoile brillante ) est le titre de l'un d'entre eux.


Ben Whishaw et Abbie Cornish. Laurie Sparham


La réalisatrice a su éviter de figer les images dans des décors surchargés par les exigences de la restitution d'époque et d'exalter au contraire la beauté naturelle des extérieurs, captés au fil des saisons par une caméra aussi voluptueuse et caressante qu'un pinceau. Entre les deux héros, admirablement campés par  Abbie Cornish ( Fanny ) et  Ben Whishaw  ( John Keats ) s'esquisse une relation qui va très vite devenir passionnelle, vécue en secret jusqu'à ce que la maladie ne vienne arracher les amants l'un à l'autre. Bien que Jane Campion se soit refusée à céder à des scènes torrides et contentée d'un chaste baiser, le film est empreint d'une ferveur et intensité si bien intériorisées, qu'elles sont plus crédibles que ne le seraient les débordements affectifs et sexuels qui affligent souvent l'ensemble de la production actuelle. Entre les deux protagonistes s'installent une grâce, une émotion qui vont crescendo et on devine, bien sûr, que cet amour, encore au stade de l'émerveillement et de la retenue, est condamné d'avance à rester suspendu dans le temps... incantatoire et immortel comme les poèmes qui l'inspirent. Ainsi, au fil des quelques saisons qu'ils partagent, Fanny et John déclinent-ils une romance contrariée par les différences de classes sociales et la maladie. Ne cédant à aucun académisme, Bright Star s'impose à la manière d'un poème raffiné, servi par des acteurs inspirés et porté par une intensité déchirante.


Ben Whishaw et Abbie Cornish. Laurie Sparham


On s'explique facilement que Jane Campion ait été séduite par la vie brève et ardente de ce jeune poète britannique ( 1795 - 1821 ) qui se réfugiait volontiers dans le monde idéal de la Beauté, beauté qu'il s'était plu à exprimer dans Hypérion et Les Odes. Son pessimisme était compensé par cette ardente foi dans toutes les formes de beautés que l'art est en mesure de rendre et de transcender et seules capables de survivre à l'homme lui-même - disait-il. Lui qui écrivait : " Oh qu'on me donne une vie de sensation plutôt qu'une vie de pensée "  - semble avoir été exaucé et ce film, d'un charme envoûtant, qui la sollicite à chaque instant, lui rend en quelque sorte hommage.

 

 4-e-toiles

 

Pour consulter la liste complète des critiques de films de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN 

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Jane Campion, cliquer sur son titre :

 

JANE CAMPION, UN CINEMA AU FEMININ

 

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Ben Whishaw. Laurie Sparham

Abbie Cornish. Laurie Sparham

 

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 10:37

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

                                              
 

                - Londres 1889 - Vevey 1977 -

 

L'histoire du 7e Art ne serait pas ce qu'elle est sans Charlie Chaplin. Alors que le cinématographe faisait ses premiers pas, il a tout inventé. Ne fut-il pas le premier à se revendiquer auteur complet, en concevant, produisant, écrivant, jouant, mettant en musique et en scène ses propres films, homme orchestre exemplaire et inégalé ? La vie de Chaplin se confond avec celle de cet art qu'il va servir avec génie, étant de ceux qui surent le mieux lui conférer crédibilité et dignité. Enfant de la balle, Charlie Chaplin part en tournée aux Etats-Unis en 1912, après une enfance londonienne misérable, où il passa la plus grande partie de son temps à observer. Dès lors, les choses s'accélèrent pour lui : remarqué par Mack Sennett, le spécialiste du burlesque, il débute au cinéma en 1914, d'abord comme acteur, puis, très vite, comme réalisateur. Son rythme de travail devient alors frénétique, pas moins de cinquante réalisations entre 1914 et 1919. Ce sont des comédies, d'une bobine d'abord, soit dix minutes, de deux bobines ensuite, où il affine, par petites touches, son personnage d'éternel vagabond et où se perçoit déjà son souci artistique et social. Celui que l'on nommera volontiers Charlot, se baptise lui-même " The Tramp", le vagabond, figure universelle dans laquelle l'humanité entière se reconnaît. Dans des courts métrages déjà très élaborés comme  "L'émigrant"  ( 1917 ) ou  "Une vie de chien"  (1918) ou encore  "Charlot soldat"  (1918), il s'oriente nettement vers un discours humaniste, bien que le sérieux du propos ne gâche en rien l'émotion ou l'irrésistible invention comique.

 


  



En 1919, Chaplin crée avec les acteurs Mary Pickford et Douglas Fairbanks Les Artistes Associés, structure ambitieuse dont, parmi les fondateurs, il sera le seul à profiter pleinement, s'assurant ainsi une indépendance artistique quasi totale. Par exemple, il pourra attendre des années, soit 1940, avant de produire son premier film parlant,  Le Dictateur,  un chef-d'oeuvre où il met en scène Hynkel, décalque caricatural de Hitler et le napoléoni, celui inénarrable de Mussolini. La scène où le dictateur joue avec la mappemonde changée en ballon, qu'il peut faire tourner et sauter selon sa volonté et qui finit par éclater, est un morceau d'anthologie, ainsi que le discours du fuhrer au tout début du film et l'appel à la paix du petit juif que l'on a pris pour Hinckel et qui clôt le film de façon bouleversante. 



Et, fallait-il qu'il soit sûr de son art et de son public pour oser s'interrompre en plein succès de 1918 à 1921,  avant de revenir avec son premier long métrage, encore muet toutefois,   Le Kid ,  épreuve jusqu'alors jamais tentée par des comiques, trop conscients de ne disposer que d'un  public volatile. Mais celui de Chaplin ne l'est pas, pour la bonne raison que l'artiste ne se contente pas d'être un clown génial, mais se révèle être aussi un formidable peintre de la société et un moraliste profondément humain. Le triomphe qui accueille le film, où il dépeint la jeunesse misérable d'un pauvre petit gosse de la banlieue londonienne qui lui ressemble comme un jumeau, recueille l'adhésion unanime de la critique et sera une source d'inspiration pour les comiques, ouvrant la voie à Buster Keaton, Harold Lloyd et même Jerry Lewis. Les gags, produits au prix d'un travail minutieux, s'enchâssent dans un narratif mélodramatique à la Charles Dickens : cet équilibre élégant entre rire et larmes sera désormais la marque de l'art de Chaplin. Pendant deux ans encore, il réalisera des courts métrages mais en nombre plus parcimonieux.



En 1923, le cinéaste étonne en prenant de nouveaux risques et en réalisant   "L'opinion publique", oeuvre dans laquelle il ne joue pas et laisse la vedette à sa compagne du moment, l'actrice Edna Purviance. Ce succès surprend les cinéastes de l'époque, qui prennent conscience du pouvoir suggestif de l'image et de la force recélée par la pellicule, lorsque celle-ci est bien utilisée. De Lubitsch à Renoir, nombreux seront ceux qui se référeront désormais à lui et à ce film en particulier, le considérant comme une oeuvre phare. Dorénavant ses films ne seront plus que des longs métrages longuement conçus, produits à un rythme de plus en plus lent mais qui, à chaque fois, constitueront un événement.  "La Ruée vers l'or"  ( 1925 ) frappera par le souffle épique de certaines scènes,  "Le Cirque" ( 1928 ) sera un hommage émouvant aux fondements mêmes du comique cinématographique, où l'acteur atteint, dans sa gestuelle, une grâce souveraine.  "Les lumières de la ville" ( 1931 ) représente, quant à elles, un pas de plus dans le drame : si la comédie est éblouissante ( les démêlés de Charlot avec un riche noceur qui ne se souvient plus de lui quand il est sobre ),  l'émotion reste très présente et touche au paroxysme au moment des retrouvailles du pauvre vagabond avec l'aveugle qu'il a protégée ; on parvient là à l'un des sommets de l'art de Charlie Chaplin et ce moment compte parmi les plus bouleversants du 7e Art. Enfin  "Les temps modernes"  ( 1936 ), satire du machinisme et du monde industriel sera son dernier film muet, conclusion magnifique où Chaplin quitte presque définitivement sa défroque de Charlot et où sa vision d'un monde robotisé est absolument stupéfiante.


   

                                                     
Après "Le dictateur", dont j'ai parlé plus haut, c'est sous les traits de "Monsieur Verdoux"  ( 1947 ) tueur de rombières inspiré de Landru, que l'auteur-acteur-réalisateur va revenir au cinéma parlant et prolonger son discours pacifiste, en même temps qu'il commence à déplaire à une Amérique bien-pensante qui lui reproche ses sympathies politiques et son mariage récent avec une jeune fille, dont il pourrait être le grand-père, sa femme Oona. Blessé, Chaplin quitte les Etats-Unis et revient en Angleterre, sa terre natale, où il signera son dernier grand chef-d'oeuvre  "Limeligt"  ( Les feux de la rampe - 1952 ), histoire d'un clown déchu, où l'artiste universellement admiré laisse apparaître son angoisse de ne plus faire rire, et éblouissante réflexion sur le monde du spectacle que je considère personnellement comme l'un de ses plus beaux films. Installé dorénavant au bord du lac Léman avec sa nombreuse famille - sa femme Oona lui donnera 9 enfants - il regagne Londres pour tourner  "Un roi à New-York"  ( 1957 ), satire du maccarthysme et de la civilisation montante de la télévision, puis  "La comtesse de Hong-Kong", avec Sophia Loren, comédie sentimentale un peu surannée mais poignante où, à travers un personnage de femme errante, il semble renouer avec le personnage de l'éternel vagabond.  

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur le lien ci-dessous :

 
LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter les critiques que j'ai rédigées sur les films de Chaplin, cliquer sur leurs titres :

 

LES LUMIERES DE LA VILLE de CHAPLIN         

LES TEMPS MODERNES de CHARLIE CHAPLIN

LIMELIGHT

LE DICTATEUR

 

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  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr 

 

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 10:16

Tadrart Films            VIDEO


Hadewijch  de  
Bruno Dumont  est est un appel à la grâce. Telle est la définition de l'auteur lui-même. Poursuivant : " C'est une expérience mystique. Mais pas un acte de foi. C'est un film sur l'amour. Je pense que le véritable amour est totalement mystique parce que dans la mystique, vous arrivez à une véritable union. Il faut être capable d'aimer de façon absolue à l'intérieur d'un corps ordinaire et dans le monde. C'est ce que je filme à la fin : la limite des superstitions et des idéaux. Hadewijch meurt à Dieu et renaît dans les bras d'un homme où elle retrouvera la plénitude de l'amour ".

Mais qui est Hadewijch ? Une mystique flamande du XIIIe siècle qui nous a laissé des poèmes brûlant de désir et de douleur. Hadewijch est également le nom que choisit l'héroïne du film, Céline, pour entrer en religion, nom qu'elle perdra lorsque les soeurs, qui l'ont accueillie, épouvantées par la force destructrice de son attente insatisfaite de Dieu, l'inviteront à retourner dans le monde. Alors, Céline livrée à elle-même, poursuivra sa quête par des chemins de traverse qui la conduiront jusqu'en Palestine, où elle embrassera la cause, sinon la foi, des islamistes les plus radicaux. Et c'est paradoxalement avec une innocence intacte qu'il lui faudra aller jusqu'au bout de sa dérive spirituelle, à savoir un attentat terroriste en plein Paris, pour apercevoir un commencement de lumière sous les espèces simples - un ouvrier charpentier à figure de bon larron qui la délivrera du mal en lui rappelant que le Verbe s'est fait chair, à elle qui aspirait et redoutait les contacts physiques, et que toute ressemblance passe prioritairement par l'amour.

Telle est la trame de Hadewijch, le dernier film de Bruno Dumont, qui nous démontre après ses opus précédents  La vie de Jésus  ( 1997 ) et  Flandres  ( 2006 ), comment on peut rebondir du péché au rachat. Le talent de Bruno Dumont consiste à refuser les facilités et les pièges de la rhétorique, et à écarter l'allégorie en faveur de l'incarnation à l'écran,  son film participant d'autant mieux à l'essence de l'art cinématographique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le cinéaste répugne à employer des comédiens professionnels, lesquels, aussi talentueux fussent-ils, ne pourraient lui fournir que des avatars ou, pis, des simulacres. Comme Robert Bresson, il recherche moins la représentation que la présence, et il se pourrait même qu'il aille plus loin que l'auteur de Au hasard Balthasar. Il est vrai aussi que, contrairement au janséniste Bresson, Dumont n'affecte aucune posture théologique : ses films sont des contes de chair et de sang et une quête d'absolu d'une beauté fulgurante, servis, en ce qui concerne ce dernier opus, par une mise en scène calme, équilibrée et comme rassérénée, où la jeune interprète Julie Sokolowski prête sa sensibilité frémissante et sa grâce inquiète et interrogative au complexe personnage de Céline.


Julie Sokolowski. Tadrart Films  Julie Sokolowski dans Hadewijch


Cet itinéraire de Céline peut se rapporter, en effet, aux cinq grands thèmes initiatiques de la tradition occidentale, ce que le théoricien du 7e Art, Henri Agel, récapitule avec précision dans son ouvrage : Métaphysique du cinéma :

" La nécessité pour le héros de dépasser le combat et d'aller jusqu'au sacrifice et à la mort ; le combat du protagoniste avec les dragons et tous les monstres qui représentent soit un obstacle extérieur à l'aboutissement de la Quête, soit un obstacle tapi dans les profondeurs de son être ; la Quête elle-même ; la bipolarité, c'est-à-dire le contraire de l'entropie ; le rapport tantôt antagoniste tantôt complémentaire entre le Jour et la Nuit ".

Cinq thèmes indissociables que l'on retrouvera nécessairement dans chaque oeuvre relatant une quête mystique, consciente ou inconsciente. Bruno Dumont se garde bien, au demeurant, de prendre clairement position et laisse ouverte toutes les interprétations. Le seul cinéaste contemporain dont les préoccupations peuvent être légitimement comparées aux siennes est  
Jean-Claude Brisseau.  Plus explicite que Dumont, car plus direct, plus rugueux et plus moral, Brisseau exprime de toute évidence l'objet de sa recherche lorsqu'il fait dire à l'héroïne de  Céline  ( 1992 ) : " Je me suis trouvée unie ..." - aspirant à l'avènement d'un monde ré-enchanté avec lequel une union mystique serait possible. Le propos sera repris, amplifié et magnifié encore par Brisseau dans  A l'aventure , sorti cette année, sans grand écho médiatique.


Carole Brana et Lise Bellynck. Aurélia Frohlich

Carole Brana et Lise Bellynk dans A l'aventure de Jean-Claude Brisseau


L'attente de Dieu, la recherche de l'harmonie, la renaissance à soi, autant de modalités d'un cheminement initiatique authentique qui nourrit quelques-unes des oeuvres les plus symptomatiques du désastre spirituel du monde moderne : " Et ce cheminement - précise Henri Agel - peut être - oserons-nous dire doit être ? -  aussi moderne, aussi quotidien, aussi fortement enraciné que possible dans la réalité vivante d'un pays pour que, précisément, se dégage plus fortement de cet enracinement la part d'éternité, ou en tout cas de pérennité, qu'il contient ".

La liste de ces quêteurs serait longue à énumérer depuis les Frères Dardenne de Rosetta ou de L'enfant, du Nazarin et du Los Olvidados de Luis Bunuel, du Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini ou du Taxi Driver de Martin Scorsese. On voit alors comment ces films dépourvus de référence à la religion, et peut-être réalisés par des agnostiques, sont infiniment plus fidèles aux Ecritures que certaines bondieuseries patentées dont Hollywood a été, pendant des lustres, si friand !

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique "Cinéma français", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


   



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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 10:04

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L'Afrique en 1915. Charles Allmut, un américain, transporte sur son bateau ( davantage radeau que bateau d'ailleurs ) toutes sortes de marchandises qu'il distribue dans les villages congolais. Il profite de son passage dans l'un d'entre eux pour prévenir le révérend Sawyer et sa soeur Rose, tous deux sujets britanniques, de l'approche des troupes allemandes. Mais trop tard, car le Révérend va trouver la mort lors de l'irruption des allemands dans leur village. Revenant sur les lieux le lendemain, le marinier embarque sur son rafiot Rose afin de la mettre en sécurité en la déposant dans un territoire neutre. Contrairement à ce qu'il suppose d'elle, celle-ci ne l'entend pas de cette oreille et va l'obliger  à braver les rapides pour rejoindre les troupes anglaises et couler le navire de guerre allemand qui contrôle le lac voisin.

The African Queen réalisé en 1951 par John Huston est un chef-d'oeuvre et conserve, malgré les années,  un charme inaltérable qui fait et fera encore et longtemps le régal des cinéphiles. Tourné en extérieur durant 8 semaines, il nous fait découvrir des paysages exceptionnels. John Huston tenait à un film en couleurs, ce qui n'était pas sans augmenter les difficultés, et à un tournage en Afrique par souci de réalisme et le réalisme est au rendez-vous, ce qui donne à ce long métrage une véracité et une authenticité captivantes.
 
« En studio, vous truquez les choses, mais en Afrique, au contraire, vous n'avez pas besoin d'imaginer qu'il fait chaud. (...) Il fait si chaud que les vêtements collent à la peau. Et lorsque les gens transpirent, ce n'est pas à l'aide d'un maquilleur. L'Afrique était le seul endroit pour obtenir ce que je cherchais ». - disait-il à juste titre.

Au-delà d'un scénario fort bien troussé par James Agee d'après le roman de  C.S Forester, l'intérêt principal de cet opus n'en réside pas moins dans ce huit-clos d'aventures où s'affrontent deux comédiens hors pair : Katharine Hepburn dans le rôle de Rose et Humphrey Bogart dans celui de Charles Allmut ; l'une en vieille fille pieuse qui, au fil de cette odyssée africaine, va se muer en mauvais garçon qui ne demande qu'à être attendri, et l'autre en ivrogne solitaire et mal embouché qui découvre peu à peu l'amour. Ils forment un duo magistral comme on en a rarement vu. Bogart est étonnant dans ce rôle à contre-emploi qui lui valut le seul Oscar de sa carrière et Hepburn irrésistible de ténacité et de naturel. De tourbillons périlleux en marécages infestés de crocodiles, le périple fera de ces êtres dissemblables d'inséparables complices.
Le tournage fut cependant épique. Tous les membres de l'équipe souffrirent de dysenterie. Sauf Bogart et Huston qui ne buvaient que du whisky.

 

Pour prendre connaissance de la liste complète des films de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer  sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN   

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 09:18

Portrait de David Lean. Collection Christophe L.        1908 - 1991

 

 

Consacré en 1957 par le triomphe mérité du Pont de la rivière Kwaï,  David Lean fut d'abord assistant -opérateur, puis monteur - c'est dire qu'il connaissait dans les moindres détails la technique cinématographique - avant de passer derrière la caméra et de devenir le metteur en scène prestigieux qui compte à son actif quelques-unes des oeuvres majeures du 7e Art. Son sens inné du visuel lui permet de traduire avec exactitude des atmosphères très diverses et de peindre avec une minutieuse exactitude les manies et les obsessions de ses personnages dont il saura choisir, pour les camper, des acteurs de premier plan. Doué d'un souffle impressionnant, il démontrera à des critiques, parfois agacés par son exubérance et son lyrisme, que l'art de l'imagerie n'a rien de péjoratif.

 


Dès 1945,  Brève rencontre  marquera une génération entière. Tourné dans une grisaille appropriée, ce film était en phase avec la mélancolie de l'immédiat après-guerre et marquait une rupture avec les comédies précédentes  Heureux mortels  et  L'esprit s'amuse  qu'il avait réalisées en collaboration d'écriture avec  Noël Coward. Dans un registre assez proche,  Chaussure à son pied  sera une savoureuse comédie boutiquière servie par la clarté du montage et la direction d'acteurs, traditionnelle mais ferme. Par la suite, deux adaptations de romans de Charles Dickens lui fourniront l'occasion d'affirmer son talent. Ce seront  Oliver Twist  ( 1947 ),  qui reste aujourd'hui encore la plus grande réussite du genre, fidèle en tous points à l'oeuvre littéraire et  " Les grandes espérances" ( 1946 )  qui bénéficie d'une interprétation exceptionnelle, dont celle de Jean Simmons.  Avec  Les amants passionnés,  Lean laisse apparaître son romantisme dans un déploiement lyrique qui force l'émotion. Il retrouvera cette veine, traversée d'une cruauté assez proche de celle d'Henry James, dans  Vacances à Venise  ( 1954 ),  où il joue du contraste entre une austère vieille fille ( Katharine Hepburn ) vivant un amour douloureux avec un séducteur sans scrupule dans une Venise opalescente.

 


 Warner Bros. France Collection Christophe L.  


 


Le pont de la rivière Kwaï  ouvre une page nouvelle dans sa carrière. Dès lors le réalisateur, qui ne produira plus qu'une oeuvre tous les quatre ou cinq ans,  se consacre à donner une ampleur épique à l'histoire la plus simple ; ainsi  La fille de Ryan  sera d'abord un projet modeste avant de prendre les proportions d'une métaphore cosmique. En 1965,  Le docteur Jivago,  film qui touchera tous les publics par son universalité et le souffle qui l'anime, achèvera d'asseoir sa renommée planétaire. Tiré du roman de Boris Pasternak, interprété par un trio inoubliable formé par Omar Sharif, Julie Christie et Géraldine Chaplin et servi par la musique de Maurice Jarre, ce film illustre à merveille ce qu'un imagier méticuleux et inspiré peut produire en alliant tous les arts : ensemble ceux de l'écrivain, du peintre, du musicien et du comédien. Dans  Lawrence d'Arabie  (1962 ),  le parti pris de mettre au service d'une oeuvre sévère une illustration grandiose est parfaitement menée. Lean y confronte le mystère d'un héros obsédé par la grandeur à l'étendue énigmatique du désert, en ne perdant rien de sa sensibilité et de son humour dans la magnificence de l'imagerie.

 


Son dernier opus en 1984  La route des Indes  d'après le roman de E.M. Forster est à la fois sobre et exalté. La volonté d'opposer des personnages quelconques à un décor qui les dépasse y trouve sa justification dans les rouages complexes et subtils du récit. Ainsi, le cinéaste aura-t-il réussi à être à la fois populaire, audacieux, psychologue et homme de spectacle dans ce qu'il a de plus complet et de plus ambitieux. Un challenge conduit de main de maître.

 

Pour lire les articles consacrés à Julie Christie et  aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres:

 
JULIE CHRISTIE            LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART  

 

Et pour consulter les films de Lean que j'ai critiqués, cliquer sur leurs titres :

 

LE PONT DE LA RIVIERE KWAÏ


LA FILLE DE RYAN de DAVID LEAN  
   

LAWRENCE d'ARABIE, DE LA REALITE A LA LEGENDE

 

 

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 10:20

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Venise occupe, dans le domaine du 7e Art, une suprématie historique, puisque son Festival fut le premier créé au monde. L'édition inaugurale remonte à 1932 avec en ouverture Dr Jekyll and M. Hyde ; cette année-là les prix n'existaient pas encore et le festival, lié à la Biennale d'art, avait pour but essentiel d'attirer un public plus diversifié. Le film de René Clair  A nous la liberté ( 1931 ) avait recueilli tous les suffrages. Tributaire de la Biennale, le Festival attendit 1934 pour connaître sa seconde édition, mais le succès en fit un rendez-vous annuel à partir de 1936. Interrompue pendant la guerre, la Mostra reprend véritablement en 1946 et décerne le convoité " Lion d'or" depuis 1948. Depuis lors, son exigence de qualité, comme les choix audacieux de ses jurys, en font un des rendez-vous incontournables des cinéphiles.

Les toutes premières images animées de Venise remontent au temps des pionniers. Elles sont l'oeuvre d'Albert Promio qui fixe la Sérénissime sur la pellicule en 1896, un an à peine après la naissance de ce qui allait devenir le 7e Art. Depuis cette époque, Venise est devenue une des divas les plus courtisées du grand écran, et, ce, pour le meilleur et le pire.
En 1935, Mark Sandrich y tourne sa célèbre comédie musicale  Le danseur du dessus,  avec les inoubliables Fred Astaire et Ginger Rogers, alors que Francesco Pasinetti brosse un portrait de la cité des Doges vue de l'intérieur dans une série de documentaires parmi lesquels se détachent  Venezia minore et  La Gondola .
 

    


Les années 1950 voient la naissance de films tels que  "Une nuit à Venise"  de Georg Wilhagen ou  "Ombre sur le Canal Grande" de Glauco Pellegrini. 1954 sera une année particulièrement faste en ce qui concerne les longs métrages tournés dans la Sérénissime : c'est l'année de deux chefs-d'oeuvre : Senso de Luchino Visconti  et "Roméo et Juliette" de Renato Castellani qui eut pour décor, non Vérone mais Venise et reçut le Lion d'or cette année-là, alors même que David Lean favorisait la rencontre entre Rossano Brazzi et Katharine Hepburn qui tourneront ensemble  "Vacances à Venise".  Enfin en 1958, Alberto Sordi campe un gondolier peu vraisemblable dans une comédie de Dino Risi ( que l'on connut plus inspiré ) intitulée : "Venise, la lune et toi".  Par contre la chanson tirée du film sera un véritable " tube " en Italie.

 

En 1969, Luigi Comencini évoque l'enfance et les années de formation de Giacomo Casanova qu'incarnent deux acteurs, Leonard Whiting et Claudio de Kunert, dans  "Un adolescent à Venise" . L'année suivante, Enrico Maria Salerno réalise une bouleversante histoire d'amour  "Anonimo Veneziano" dans laquelle les destinées des protagonistes se mêlent à celles des personnages vénitiens. Quant au célèbre roman de Thomas Mann intitulé  "La mort à Venise", il inspirera à Visconti son second chef-d'oeuvre vénitien tourné en partie au Lido avec pour acteurs principaux Silvana Mangano et Dirk Bogarde. En 1967, ce sera au tour de Federico Fellini de se mesurer cinématographiquement à une cité des Doges dont il donne une vision on ne peut plus personnelle avec son fameux  Casanova  "Ombre sur le Grand Canal" ,  incarné de façon fort peu conventionnelle par Donald Sutherland. La même année Dino Risi décide de situer à Venise, plutôt qu'à Turin, l'action d'"Ames perdues",  tiré du roman de l'écrivain italien Giovanni Arpino, avec Vittorio Gassman et Catherine Deneuve. En 1979, Joseph Losey choisit de tourner dans les villas paladiennes de la Brenta une version filmée du chef-d'oeuvre de Mozart "Don Giovanni". Si l'on peut oublier les acrobaties de Belmondo dans  "Le guignolo" de Georges Lautner ( 1980 ), où l'on aperçoit quelques palais et l'hôtel Danieli, on se souvient qu'un autre grand maître du cinéma italien Antonioni dans  "Identification d'une femme"  promena ses protagonistes et sa caméra  en bateau sur la Lagune, emprunta le Grand Canal et pénétra dans le fastueux hôtel Gritti.


 

  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr 

 

Venise, qui a su se prêter aux évolutions de James Bond, ne saurait s'offusquer de la présence d'Indiana Jones puisqu'en 1988 Steven Spielberg fit de l'église San Barnaba une bibliothèque, avant d'imposer à Harrison Ford une balade dans les égouts. Huit ans plus tard, Woody Allen prend pour décor les quartiers populaires et moins connus de la Cité pour  sa comédie musicale  "Tout le monde dit I love you"  ( 1996 ).  Mais ce sont surtout les films à costumes que Venise inspire : après le joli conte quelque peu licencieux   "La Vénitienne" de Mauro Bolognini, l'anglais Christopher Hampton y situe quelques scènes de  "Carrington" ( 1994 ),  l'histoire des amours scandaleuses de l'écrivain Lytton Strachey. Quant à Jean-Luc Guillemou, il réalise en 2005  "Antonio Vivaldi, un prince à Venise",  évocation musicale de la destinée du  "prêtre roux", réunissant au générique Michel Serraul et Michel Galabru.
Mais la plus charmante réussite de cette période est sans doute à mettre à l'actif du cinéaste Silvio Soldini avec  "Pane et tulipani" ( Pain, tulipes et comédie - 2000 ), un film délicat dans lequel les personnages promènent leur douce excentricité à travers une Venise authentique, vidée de ses touristes.

 

Pour consulter la liste complète des articles de cette rubrique, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

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VENISE ET LE 7e ART
VENISE ET LE 7e ART
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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 16:22

 

 

Le cinéma ne serait pas ce qu'il est sans les acteurs. Ce fut souvent la qualité de leur interprétation qui fit le succès d'un film et combien de ces films doivent à leur personnalité, leur sensibilité, leur cocasserie d'avoir vu le jour... La beauté énigmatique de Delphine Seyrig a beaucoup apporté à "L'année dernière à Marienbad", ainsi que la présence troublante de Jeanne Moreau à "Jules et Jim" et aux "Amants".


 

                                Delphine Seyrig et Fernando Rey. Studio Canal  Jean-Claude Brialy, Bernadette Lafont et Gérard Blain. Collection Christophe L.

     Jean-Pierre Léaud et Dani. Swashbuckler Films

 

L'ironie distante de Maurice Ronet reste inoubliable dans "Raphaël ou le débauché", "Le feu Follet" et "Ascenseur pour l'échafaud"  et on ne peut pas passer sous silence le style tout en désinvolture et gouaille de Belmondo qui, avec "A bout de souffle" et "Pierrot le fou" de Godard, devint le symbole masculin de l'époque, ivre de liberté et d'amour, affronté tragiquement à la matérialité d'un monde régi par l'argent.
 

Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont. Collection Christophe L.    
               Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont    

                                                  

L'intrigue assez facile de "Un homme et une femme" n'aurait pas suffi à sa notoriété sans le magnétisme dégagé par Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant et "Les demoiselles de Rochefort" n'auraient pas fait cette carrière sans le délicieux duo formé par Catherine Deneuve et sa soeur Françoise Dorléac.


Anouk Aimée pratiquait un jeu décalé, cette sorte d'absence et d'aura mystérieuse qu'elle cultivait un peu de la même façon que Delphine Seyrig, que l'on voit dans "L'année dernière à Marienbad", se déplacer en diva éthérée, précieuse, superbement artificielle et fémininement vraie. Toutes deux donneront une version personnelle de la femme inaccessible avec juste la pointe d'humour nécessaire.


Jean Seberg, partenaire de Belmondo dans "A bout de souffle", jeune vedette américaine découverte par Otto Preminger, introduisit dans le cinéma français, et bien avant Romy, le charme de son accent étranger et une modernité plaisante et enfantine. Autre comédienne étrangère, Anna Karina. A elle seule, elle illuminera sept films - soit la période la plus inspirée de Godard. A son corps gracieux de danseuse, elle ajoutait une beauté intérieure qui pouvait, tour à tour, éclairer ou assombrir la pellicule, si bien qu'après Godard, elle poursuivra sa carrière avec d'autres metteurs en scène, et non des moindres, sensibles eux aussi au paysage fascinant de son visage : Rivette, Deville, Delvaux, Visconti, Ruiz.

 

Collection Christophe L.   Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg. Ciné Classic Jean-Pierre Léaud et François Truffaut. Swashbuckler Films
 

Jean-Pierre Léaud, découvert par Truffaut incarnera son double dans le personnage d'Antoine Doinel. Ses apparitions le désignent comme un acteur instinctif, imprévisible et saccadé que, personnellement, je n'aimais guère, lui reprochant de parler faux. Stéphane Audran, révélée par Chabrol, dont elle fut l'épouse et la vedette dans plus de 10 films, a habité la pellicule de son allure altière, un peu froide, mais néanmoins juste, avec cette retenue qui conférait à ses personnages une ambiguïté troublante. Brialy, quant à lui, nous charmait par son élégante désinvolture, parfois son cynisme, tandis qu'une Bernadette Lafont, coquine et moqueuse, intelligente et sensuelle, savait parfaitement incarner la fille libre et anti-conformiste des années 60, voie déjà ouverte par la Brigitte Bardot de "Et Dieu créa la femme".

Maurice Ronet, dont j'ai parlé déjà, était insaisissable. Il sortait du conservatoire comme Jeanne Moreau et fut un dandy séduisant au détachement feint, dissimulant sous une apparence classique, voire même conventionnelle, un pessimisme grinçant. Malheureusement cette attitude distante et amusée détournera de lui de grands réalisateurs. Seuls Astruc et Chabrol surent l'utiliser au mieux de ses qualités. Il était saisissant dans "La femme infidèle" face à Michel Bouquet.

Deneuve, qui débuta également avec les réalisateurs de la Nouvelle Vague, devint, on le sait, la star emblématique du cinéma français, alors que sa soeur Françoise Dorléac disparut trop tôt pour assumer le portrait jeune et moderne, primesautier et charmant d'une femme de sa génération.


Jean-Louis Trintignant inspira - contrairement à Delon qui ne fut pas employé par les auteurs de la N.V. - depuis "Et Dieu créa la femme" de Vadim, nombre d'entre eux. De Franju à Lelouch, en passant par Astruc, Rohmer, Chabrol, Truffaut, Demy, Téchiné, Doniol-Valcroze, ce comédien a promené de film en film une nonchalance énigmatique, sans effet ni trucage, avec un naturel impressionnant.


Il faut encore nommer des acteurs singuliers comme Laurent Terzieff et Michael Lonsdale qui ont fait des carrières intelligentes, davantage sur les planches qu'à l'écran, pour souligner à quel point la Nouvelle Vague fut un vivier extraordinaire de talents.


Michel Bouquet. Collection Christophe L. Isabelle Adjani. Collection Christophe L.

 

Je pourrais continuer longtemps, en citant encore Michel Bouquet que sut si bien utiliser Chabrol, Isabelle Adjani, bouleversante Adèle H. dans le film de François Truffaut, la douceur attachante de Marie-Christine Barrault dans "Ma nuit chez Maud" de Rohmer, la présence faussement détachée d'un Jean Rochefort, l'expression partagée entre le désenchantement et la convoitise d'un Charles Denner ou la grâce juvénile de la délicieuse Claude Jade.

 

 

 

ARP Sélection  Corbis Sygma Les Films du Losange imagesCARMJHED

 

Saluons les tous pour avoir honoré le cinéma et marqué nos mémoires. Ils ont contribué à faire de la Nouvelle Vague une extraordinaire explosion d'activité créatrice et  aidé à renouveler un 7ème Art que guettaient la sclérose et le rabâchage. Et ce n'est pas un mince mérite... 

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique  ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art 

 


Et pour lire l'article consacré aux auteurs de la N.V., cliquer sur son titre : 

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS 
 

 

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Jean-Claude Brialy et Jeanne Moreau. Collection Christophe L.  Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic

 

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 17:55

StudioCanal             VIDEO


Conte surréaliste qui traite avec subtilité des égarements de la mémoire ( ou de la raison ) et des enchaînements imprévus du hasard,  Alain Resnais  nous offre un film qui s'inscrit parfaitement dans la lignée des précédents et semble conclure - sans jamais appuyer le trait - une oeuvre qui se plaît à osciller, avec virtuosité, entre comédie et drame, onirisme et inventivité, fantaisie et expérimentation.


" Nous nous regardons tous, nous nous soupesons mais nous ne connaissons pas vraiment nos vraies motivations, ni l'origine de nos pulsions" - a t-il déclaré lors de la présentation des herbes folles   au dernier Festival de Cannes.

Poursuivant :


" Dans mes films, je laisse parler l'inconscient. Quand une image s'impose à moi, je ne la mets pas en question. Je la tourne et je la colle. Depuis cinquante ans que je fais du cinéma, j'ai toujours été étonné que mes films soient acceptés ".

A 87 ans, le pari est tenu et le cinéaste a prouvé, si besoin était, qu'il restait un éternel jeune homme, ne craignait nullement les exercices de haute voltige et n'avait rien perdu de son talent innovateur. Tiré d'un roman de Christian Gailly " L'incident",  Les herbes folles , parées d'une certaine grâce poétique, semblent balancer au gré du souffle primesautier qui les fait ployer selon ses caprices.


L'histoire est celle de Georges Pallet, campé par André Dussolier, qui ramasse par inadvertance, dans le parking où il gare sa voiture, le sac d'une femme inconnue dont il découvre sur le passeport l'identité et la photographie avant d'aller remettre le tout aux objets trouvés. Bien ou mal lui a pris de tomber sur cet objet qui va être à l'origine d'une aventure inattendue et pour le moins riche en rebondissements. Car notre héros s'ennuie dans son pavillon de banlieue auprès d'une femme popote et son esprit va dès lors gamberger et fantasmer tout à loisir sur cette femme dont le visage lui rappelle celui d'une aviatrice célèbre. Elle s'appelle Marguerite Muir ( clin d'oeil de Resnais au film de Mankiewicz  "L'aventure de Mme Muir" dont vous pouvez lire ma critique dans la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN ), est dentiste de profession et abandonne facilement la roulette dentaire pour les voltiges aériennes, ce qui ne peut manquer de séduire Monsieur Pallet, lui-même accro d'aviation. Tout semble donc les rapprocher et, désormais, le banlieusard n'aura plus de cesse que de poursuivre, voire de harceler, cette femme en une suite de rendez-vous manqués et de saynètes pétillantes de drôlerie qui nous font toucher du doigt les ratés du destin avec autant d'humour que d'intelligence et d'imagination. Pour ce faire, le cinéaste use de toutes les ressources techniques de la caméra en une débauche de plans étourdissants et parfois fastidieux. C'est le reproche que je ferai à ce film de susciter davantage l'admiration que l'émotion.


Alain Resnais. StudioCanal


Dans le rôle de Marguerite Muir, Sabine Azéma, que je n'ai jamais beaucoup aimée, à l'exception de deux ou trois films, est assez agaçante face à un André Dussolier égal à lui-même, aussi Jean de la lune que possible, ce qui convient parfaitement à un personnage qui passe sans transition de l'espièglerie à la névrose. Dans leurs seconds rôles, Anne Consigny, Mathieu Almaric et Emmanuelle Devos sont parfaits ; quant à la mise en scène pointilleuse, très inventive, faite de surprises et de loufoquerie, elle nous révèle un cinéma français en pleine forme et nous conforte sur la valeur excellente de la cuvée 2009.

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Pour accéder à la liste des articles consacrés au  CINEMA FRANCAIS,  cliquer  sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


Sabine Azéma et Alain Resnais. StudioCanal 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

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