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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 09:18

Portrait de David Lean. Collection Christophe L.        1908 - 1991

 

 

Consacré en 1957 par le triomphe mérité du Pont de la rivière Kwaï,  David Lean fut d'abord assistant -opérateur, puis monteur - c'est dire qu'il connaissait dans les moindres détails la technique cinématographique - avant de passer derrière la caméra et de devenir le metteur en scène prestigieux qui compte à son actif quelques-unes des oeuvres majeures du 7e Art. Son sens inné du visuel lui permet de traduire avec exactitude des atmosphères très diverses et de peindre avec une minutieuse exactitude les manies et les obsessions de ses personnages dont il saura choisir, pour les camper, des acteurs de premier plan. Doué d'un souffle impressionnant, il démontrera à des critiques, parfois agacés par son exubérance et son lyrisme, que l'art de l'imagerie n'a rien de péjoratif.

 


Dès 1945,  Brève rencontre  marquera une génération entière. Tourné dans une grisaille appropriée, ce film était en phase avec la mélancolie de l'immédiat après-guerre et marquait une rupture avec les comédies précédentes  Heureux mortels  et  L'esprit s'amuse  qu'il avait réalisées en collaboration d'écriture avec  Noël Coward. Dans un registre assez proche,  Chaussure à son pied  sera une savoureuse comédie boutiquière servie par la clarté du montage et la direction d'acteurs, traditionnelle mais ferme. Par la suite, deux adaptations de romans de Charles Dickens lui fourniront l'occasion d'affirmer son talent. Ce seront  Oliver Twist  ( 1947 ),  qui reste aujourd'hui encore la plus grande réussite du genre, fidèle en tous points à l'oeuvre littéraire et  " Les grandes espérances" ( 1946 )  qui bénéficie d'une interprétation exceptionnelle, dont celle de Jean Simmons.  Avec  Les amants passionnés,  Lean laisse apparaître son romantisme dans un déploiement lyrique qui force l'émotion. Il retrouvera cette veine, traversée d'une cruauté assez proche de celle d'Henry James, dans  Vacances à Venise  ( 1954 ),  où il joue du contraste entre une austère vieille fille ( Katharine Hepburn ) vivant un amour douloureux avec un séducteur sans scrupule dans une Venise opalescente.

 


 Warner Bros. France Collection Christophe L.  


 


Le pont de la rivière Kwaï  ouvre une page nouvelle dans sa carrière. Dès lors le réalisateur, qui ne produira plus qu'une oeuvre tous les quatre ou cinq ans,  se consacre à donner une ampleur épique à l'histoire la plus simple ; ainsi  La fille de Ryan  sera d'abord un projet modeste avant de prendre les proportions d'une métaphore cosmique. En 1965,  Le docteur Jivago,  film qui touchera tous les publics par son universalité et le souffle qui l'anime, achèvera d'asseoir sa renommée planétaire. Tiré du roman de Boris Pasternak, interprété par un trio inoubliable formé par Omar Sharif, Julie Christie et Géraldine Chaplin et servi par la musique de Maurice Jarre, ce film illustre à merveille ce qu'un imagier méticuleux et inspiré peut produire en alliant tous les arts : ensemble ceux de l'écrivain, du peintre, du musicien et du comédien. Dans  Lawrence d'Arabie  (1962 ),  le parti pris de mettre au service d'une oeuvre sévère une illustration grandiose est parfaitement menée. Lean y confronte le mystère d'un héros obsédé par la grandeur à l'étendue énigmatique du désert, en ne perdant rien de sa sensibilité et de son humour dans la magnificence de l'imagerie.

 


Son dernier opus en 1984  La route des Indes  d'après le roman de E.M. Forster est à la fois sobre et exalté. La volonté d'opposer des personnages quelconques à un décor qui les dépasse y trouve sa justification dans les rouages complexes et subtils du récit. Ainsi, le cinéaste aura-t-il réussi à être à la fois populaire, audacieux, psychologue et homme de spectacle dans ce qu'il a de plus complet et de plus ambitieux. Un challenge conduit de main de maître.

 

Pour lire les articles consacrés à Julie Christie et  aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres:

 
JULIE CHRISTIE            LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART  

 

Et pour consulter les films de Lean que j'ai critiqués, cliquer sur leurs titres :

 

LE PONT DE LA RIVIERE KWAÏ


LA FILLE DE RYAN de DAVID LEAN  
   

LAWRENCE d'ARABIE, DE LA REALITE A LA LEGENDE

 

 

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 10:20

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Venise occupe, dans le domaine du 7e Art, une suprématie historique, puisque son Festival fut le premier créé au monde. L'édition inaugurale remonte à 1932 avec en ouverture Dr Jekyll and M. Hyde ; cette année-là les prix n'existaient pas encore et le festival, lié à la Biennale d'art, avait pour but essentiel d'attirer un public plus diversifié. Le film de René Clair  A nous la liberté ( 1931 ) avait recueilli tous les suffrages. Tributaire de la Biennale, le Festival attendit 1934 pour connaître sa seconde édition, mais le succès en fit un rendez-vous annuel à partir de 1936. Interrompue pendant la guerre, la Mostra reprend véritablement en 1946 et décerne le convoité " Lion d'or" depuis 1948. Depuis lors, son exigence de qualité, comme les choix audacieux de ses jurys, en font un des rendez-vous incontournables des cinéphiles.

Les toutes premières images animées de Venise remontent au temps des pionniers. Elles sont l'oeuvre d'Albert Promio qui fixe la Sérénissime sur la pellicule en 1896, un an à peine après la naissance de ce qui allait devenir le 7e Art. Depuis cette époque, Venise est devenue une des divas les plus courtisées du grand écran, et, ce, pour le meilleur et le pire.
En 1935, Mark Sandrich y tourne sa célèbre comédie musicale  Le danseur du dessus,  avec les inoubliables Fred Astaire et Ginger Rogers, alors que Francesco Pasinetti brosse un portrait de la cité des Doges vue de l'intérieur dans une série de documentaires parmi lesquels se détachent  Venezia minore et  La Gondola .
 

    


Les années 1950 voient la naissance de films tels que  "Une nuit à Venise"  de Georg Wilhagen ou  "Ombre sur le Canal Grande" de Glauco Pellegrini. 1954 sera une année particulièrement faste en ce qui concerne les longs métrages tournés dans la Sérénissime : c'est l'année de deux chefs-d'oeuvre : Senso de Luchino Visconti  et "Roméo et Juliette" de Renato Castellani qui eut pour décor, non Vérone mais Venise et reçut le Lion d'or cette année-là, alors même que David Lean favorisait la rencontre entre Rossano Brazzi et Katharine Hepburn qui tourneront ensemble  "Vacances à Venise".  Enfin en 1958, Alberto Sordi campe un gondolier peu vraisemblable dans une comédie de Dino Risi ( que l'on connut plus inspiré ) intitulée : "Venise, la lune et toi".  Par contre la chanson tirée du film sera un véritable " tube " en Italie.

 

En 1969, Luigi Comencini évoque l'enfance et les années de formation de Giacomo Casanova qu'incarnent deux acteurs, Leonard Whiting et Claudio de Kunert, dans  "Un adolescent à Venise" . L'année suivante, Enrico Maria Salerno réalise une bouleversante histoire d'amour  "Anonimo Veneziano" dans laquelle les destinées des protagonistes se mêlent à celles des personnages vénitiens. Quant au célèbre roman de Thomas Mann intitulé  "La mort à Venise", il inspirera à Visconti son second chef-d'oeuvre vénitien tourné en partie au Lido avec pour acteurs principaux Silvana Mangano et Dirk Bogarde. En 1967, ce sera au tour de Federico Fellini de se mesurer cinématographiquement à une cité des Doges dont il donne une vision on ne peut plus personnelle avec son fameux  Casanova  "Ombre sur le Grand Canal" ,  incarné de façon fort peu conventionnelle par Donald Sutherland. La même année Dino Risi décide de situer à Venise, plutôt qu'à Turin, l'action d'"Ames perdues",  tiré du roman de l'écrivain italien Giovanni Arpino, avec Vittorio Gassman et Catherine Deneuve. En 1979, Joseph Losey choisit de tourner dans les villas paladiennes de la Brenta une version filmée du chef-d'oeuvre de Mozart "Don Giovanni". Si l'on peut oublier les acrobaties de Belmondo dans  "Le guignolo" de Georges Lautner ( 1980 ), où l'on aperçoit quelques palais et l'hôtel Danieli, on se souvient qu'un autre grand maître du cinéma italien Antonioni dans  "Identification d'une femme"  promena ses protagonistes et sa caméra  en bateau sur la Lagune, emprunta le Grand Canal et pénétra dans le fastueux hôtel Gritti.


 

  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr 

 

Venise, qui a su se prêter aux évolutions de James Bond, ne saurait s'offusquer de la présence d'Indiana Jones puisqu'en 1988 Steven Spielberg fit de l'église San Barnaba une bibliothèque, avant d'imposer à Harrison Ford une balade dans les égouts. Huit ans plus tard, Woody Allen prend pour décor les quartiers populaires et moins connus de la Cité pour  sa comédie musicale  "Tout le monde dit I love you"  ( 1996 ).  Mais ce sont surtout les films à costumes que Venise inspire : après le joli conte quelque peu licencieux   "La Vénitienne" de Mauro Bolognini, l'anglais Christopher Hampton y situe quelques scènes de  "Carrington" ( 1994 ),  l'histoire des amours scandaleuses de l'écrivain Lytton Strachey. Quant à Jean-Luc Guillemou, il réalise en 2005  "Antonio Vivaldi, un prince à Venise",  évocation musicale de la destinée du  "prêtre roux", réunissant au générique Michel Serraul et Michel Galabru.
Mais la plus charmante réussite de cette période est sans doute à mettre à l'actif du cinéaste Silvio Soldini avec  "Pane et tulipani" ( Pain, tulipes et comédie - 2000 ), un film délicat dans lequel les personnages promènent leur douce excentricité à travers une Venise authentique, vidée de ses touristes.

 

Pour consulter la liste complète des articles de cette rubrique, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

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VENISE ET LE 7e ART
VENISE ET LE 7e ART
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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 16:22

 

 

Le cinéma ne serait pas ce qu'il est sans les acteurs. Ce fut souvent la qualité de leur interprétation qui fit le succès d'un film et combien de ces films doivent à leur personnalité, leur sensibilité, leur cocasserie d'avoir vu le jour... La beauté énigmatique de Delphine Seyrig a beaucoup apporté à "L'année dernière à Marienbad", ainsi que la présence troublante de Jeanne Moreau à "Jules et Jim" et aux "Amants".


 

                                Delphine Seyrig et Fernando Rey. Studio Canal  Jean-Claude Brialy, Bernadette Lafont et Gérard Blain. Collection Christophe L.

     Jean-Pierre Léaud et Dani. Swashbuckler Films

 

L'ironie distante de Maurice Ronet reste inoubliable dans "Raphaël ou le débauché", "Le feu Follet" et "Ascenseur pour l'échafaud"  et on ne peut pas passer sous silence le style tout en désinvolture et gouaille de Belmondo qui, avec "A bout de souffle" et "Pierrot le fou" de Godard, devint le symbole masculin de l'époque, ivre de liberté et d'amour, affronté tragiquement à la matérialité d'un monde régi par l'argent.
 

Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont. Collection Christophe L.    
               Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont    

                                                  

L'intrigue assez facile de "Un homme et une femme" n'aurait pas suffi à sa notoriété sans le magnétisme dégagé par Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant et "Les demoiselles de Rochefort" n'auraient pas fait cette carrière sans le délicieux duo formé par Catherine Deneuve et sa soeur Françoise Dorléac.


Anouk Aimée pratiquait un jeu décalé, cette sorte d'absence et d'aura mystérieuse qu'elle cultivait un peu de la même façon que Delphine Seyrig, que l'on voit dans "L'année dernière à Marienbad", se déplacer en diva éthérée, précieuse, superbement artificielle et fémininement vraie. Toutes deux donneront une version personnelle de la femme inaccessible avec juste la pointe d'humour nécessaire.


Jean Seberg, partenaire de Belmondo dans "A bout de souffle", jeune vedette américaine découverte par Otto Preminger, introduisit dans le cinéma français, et bien avant Romy, le charme de son accent étranger et une modernité plaisante et enfantine. Autre comédienne étrangère, Anna Karina. A elle seule, elle illuminera sept films - soit la période la plus inspirée de Godard. A son corps gracieux de danseuse, elle ajoutait une beauté intérieure qui pouvait, tour à tour, éclairer ou assombrir la pellicule, si bien qu'après Godard, elle poursuivra sa carrière avec d'autres metteurs en scène, et non des moindres, sensibles eux aussi au paysage fascinant de son visage : Rivette, Deville, Delvaux, Visconti, Ruiz.

 

Collection Christophe L.   Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg. Ciné Classic Jean-Pierre Léaud et François Truffaut. Swashbuckler Films
 

Jean-Pierre Léaud, découvert par Truffaut incarnera son double dans le personnage d'Antoine Doinel. Ses apparitions le désignent comme un acteur instinctif, imprévisible et saccadé que, personnellement, je n'aimais guère, lui reprochant de parler faux. Stéphane Audran, révélée par Chabrol, dont elle fut l'épouse et la vedette dans plus de 10 films, a habité la pellicule de son allure altière, un peu froide, mais néanmoins juste, avec cette retenue qui conférait à ses personnages une ambiguïté troublante. Brialy, quant à lui, nous charmait par son élégante désinvolture, parfois son cynisme, tandis qu'une Bernadette Lafont, coquine et moqueuse, intelligente et sensuelle, savait parfaitement incarner la fille libre et anti-conformiste des années 60, voie déjà ouverte par la Brigitte Bardot de "Et Dieu créa la femme".

Maurice Ronet, dont j'ai parlé déjà, était insaisissable. Il sortait du conservatoire comme Jeanne Moreau et fut un dandy séduisant au détachement feint, dissimulant sous une apparence classique, voire même conventionnelle, un pessimisme grinçant. Malheureusement cette attitude distante et amusée détournera de lui de grands réalisateurs. Seuls Astruc et Chabrol surent l'utiliser au mieux de ses qualités. Il était saisissant dans "La femme infidèle" face à Michel Bouquet.

Deneuve, qui débuta également avec les réalisateurs de la Nouvelle Vague, devint, on le sait, la star emblématique du cinéma français, alors que sa soeur Françoise Dorléac disparut trop tôt pour assumer le portrait jeune et moderne, primesautier et charmant d'une femme de sa génération.


Jean-Louis Trintignant inspira - contrairement à Delon qui ne fut pas employé par les auteurs de la N.V. - depuis "Et Dieu créa la femme" de Vadim, nombre d'entre eux. De Franju à Lelouch, en passant par Astruc, Rohmer, Chabrol, Truffaut, Demy, Téchiné, Doniol-Valcroze, ce comédien a promené de film en film une nonchalance énigmatique, sans effet ni trucage, avec un naturel impressionnant.


Il faut encore nommer des acteurs singuliers comme Laurent Terzieff et Michael Lonsdale qui ont fait des carrières intelligentes, davantage sur les planches qu'à l'écran, pour souligner à quel point la Nouvelle Vague fut un vivier extraordinaire de talents.


Michel Bouquet. Collection Christophe L. Isabelle Adjani. Collection Christophe L.

 

Je pourrais continuer longtemps, en citant encore Michel Bouquet que sut si bien utiliser Chabrol, Isabelle Adjani, bouleversante Adèle H. dans le film de François Truffaut, la douceur attachante de Marie-Christine Barrault dans "Ma nuit chez Maud" de Rohmer, la présence faussement détachée d'un Jean Rochefort, l'expression partagée entre le désenchantement et la convoitise d'un Charles Denner ou la grâce juvénile de la délicieuse Claude Jade.

 

 

 

ARP Sélection  Corbis Sygma Les Films du Losange imagesCARMJHED

 

Saluons les tous pour avoir honoré le cinéma et marqué nos mémoires. Ils ont contribué à faire de la Nouvelle Vague une extraordinaire explosion d'activité créatrice et  aidé à renouveler un 7ème Art que guettaient la sclérose et le rabâchage. Et ce n'est pas un mince mérite... 

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique  ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art 

 


Et pour lire l'article consacré aux auteurs de la N.V., cliquer sur son titre : 

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS 
 

 

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Jean-Claude Brialy et Jeanne Moreau. Collection Christophe L.  Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic

 

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 17:55

StudioCanal             VIDEO


Conte surréaliste qui traite avec subtilité des égarements de la mémoire ( ou de la raison ) et des enchaînements imprévus du hasard,  Alain Resnais  nous offre un film qui s'inscrit parfaitement dans la lignée des précédents et semble conclure - sans jamais appuyer le trait - une oeuvre qui se plaît à osciller, avec virtuosité, entre comédie et drame, onirisme et inventivité, fantaisie et expérimentation.


" Nous nous regardons tous, nous nous soupesons mais nous ne connaissons pas vraiment nos vraies motivations, ni l'origine de nos pulsions" - a t-il déclaré lors de la présentation des herbes folles   au dernier Festival de Cannes.

Poursuivant :


" Dans mes films, je laisse parler l'inconscient. Quand une image s'impose à moi, je ne la mets pas en question. Je la tourne et je la colle. Depuis cinquante ans que je fais du cinéma, j'ai toujours été étonné que mes films soient acceptés ".

A 87 ans, le pari est tenu et le cinéaste a prouvé, si besoin était, qu'il restait un éternel jeune homme, ne craignait nullement les exercices de haute voltige et n'avait rien perdu de son talent innovateur. Tiré d'un roman de Christian Gailly " L'incident",  Les herbes folles , parées d'une certaine grâce poétique, semblent balancer au gré du souffle primesautier qui les fait ployer selon ses caprices.


L'histoire est celle de Georges Pallet, campé par André Dussolier, qui ramasse par inadvertance, dans le parking où il gare sa voiture, le sac d'une femme inconnue dont il découvre sur le passeport l'identité et la photographie avant d'aller remettre le tout aux objets trouvés. Bien ou mal lui a pris de tomber sur cet objet qui va être à l'origine d'une aventure inattendue et pour le moins riche en rebondissements. Car notre héros s'ennuie dans son pavillon de banlieue auprès d'une femme popote et son esprit va dès lors gamberger et fantasmer tout à loisir sur cette femme dont le visage lui rappelle celui d'une aviatrice célèbre. Elle s'appelle Marguerite Muir ( clin d'oeil de Resnais au film de Mankiewicz  "L'aventure de Mme Muir" dont vous pouvez lire ma critique dans la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN ), est dentiste de profession et abandonne facilement la roulette dentaire pour les voltiges aériennes, ce qui ne peut manquer de séduire Monsieur Pallet, lui-même accro d'aviation. Tout semble donc les rapprocher et, désormais, le banlieusard n'aura plus de cesse que de poursuivre, voire de harceler, cette femme en une suite de rendez-vous manqués et de saynètes pétillantes de drôlerie qui nous font toucher du doigt les ratés du destin avec autant d'humour que d'intelligence et d'imagination. Pour ce faire, le cinéaste use de toutes les ressources techniques de la caméra en une débauche de plans étourdissants et parfois fastidieux. C'est le reproche que je ferai à ce film de susciter davantage l'admiration que l'émotion.


Alain Resnais. StudioCanal


Dans le rôle de Marguerite Muir, Sabine Azéma, que je n'ai jamais beaucoup aimée, à l'exception de deux ou trois films, est assez agaçante face à un André Dussolier égal à lui-même, aussi Jean de la lune que possible, ce qui convient parfaitement à un personnage qui passe sans transition de l'espièglerie à la névrose. Dans leurs seconds rôles, Anne Consigny, Mathieu Almaric et Emmanuelle Devos sont parfaits ; quant à la mise en scène pointilleuse, très inventive, faite de surprises et de loufoquerie, elle nous révèle un cinéma français en pleine forme et nous conforte sur la valeur excellente de la cuvée 2009.

3-e-toiles

Pour accéder à la liste des articles consacrés au  CINEMA FRANCAIS,  cliquer  sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


Sabine Azéma et Alain Resnais. StudioCanal 

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 08:36

Carlotta Films Carlotta Films        


"Douze hommes en colère"  ( 1957 ), premier long métrage et coup d'essai de  Sidney Lumet,  produit par Henry Fonda très attaché à ce projet, se révélera être un coup de maître, une adaptation réussie d'une pièce de théâtre écrite par Réginald Rose ( qui participera bien entendu à l'élaboration du scénario ), couronné par l'Ours d'Or du Festival de Berlin la même année. Dans la chambre de délibération d'un tribunal new-yorkais, par une journée de grosse chaleur qui rend l'atmosphère écrasante, 12 hommes, 12 jurés sont chargés de statuer sur le sort d'un jeune  hispano-américain de 18 ans, accusé d'avoir tué son père d'un coup de couteau en plein coeur. Pour 11 d'entre eux, la culpabilité de l'adolescent est incontestable et ils votent " coupable" au premier tour de table, alors que pour le douzième, le numéro 8, un architecte admirablement campé par Henry Fonda confondant de dignité et de détermination, trop de points restent obscurs et laissent planer un doute, aussi se refuse-t-il à voter " coupable" avant qu'une délibération approfondie n'ait eu lieu. La force et l'originalité de ce film résident dans l'optique choisie de faire du spectateur le juge de ces 12 jurés, dont le comportement va nous éclairer sur les facettes multiples et les infinies complexités de la nature humaine. Nous sommes là en présence de gens ordinaires, de milieux divers, mais sans relief particulier, à l'exception de cet architecte qui est le seul conscient de sa responsabilité morale. Au moment d'envoyer un gamin à la chaise électrique, il semble que les autres ne mesurent pas la gravité terrible de leur verdict, occupés qu'ils sont par leurs soucis personnels, leurs engagements sportifs, leurs désirs immédiats. Nous découvrons alors, à travers leurs échanges, leurs lâchetés, leurs faiblesses, leur inconséquence, leurs aveuglements, leur irréflexion, leurs légèreté, leurs étourderies. Et c'est accablant. Chaque juré est en effet représentatif d'un type de comportement, en même temps qu'il est la victime de ses préjugés. Tous sont probablement des gens honnêtes mais aveuglés par leurs préoccupations, leurs routines de pensée et d'action. La remise en cause de leurs certitudes va les ébranler à tour de rôle et la confrontation osciller entre banalité, amusement, ironie, voire même colère, en quelque sorte balancer entre abattement et délivrance.

 


Henry Fonda. Carlotta Films


 

Le juré n° 8, l'architecte, va user des arguments dont il dispose avec conviction et lucidité, car l'accusation ne repose, en définitive, que sur deux témoignages sujets à être remis en question pour diverses raisons. Pour l'un d'eux, un homme âgé et handicapé, ce sera le facteur temps, pour une femme qui aurait assisté au meurtre à travers les vitres de plusieurs wagons de métro en marche, le facteur vue. Enfin l'arme du crime, soi-disant pièce unique, a pu être acheté dans un bazar par ce juré qui la brandit devant les autres, subitement confondus.  Si bien, qu'à chaque tour de table, la balance penche de plus en plus vers l'acquittement, cet avocat bénévole et soucieux d'exercer son mandat avec une scrupuleuse loyauté et un véritable sens de l'équité, gagnant à sa cause les autres jurés les uns après les autres. En libérant l'accusé, on sent qu'ils se libèrent eux-mêmes de leur propre emprisonnement. A l'évidence, l'intérêt principal du film est la réflexion qu'il instaure sur la crédibilité des faits supposés et la remise en cause de la bonne foi de chacun et, s'il n'y a pas à proprement parler d'innovations cinématographiques, ce huit-clos en noir et blanc n'en dégage pas moins une force indiscutable. A ce propos, le réalisateur a expliqué de façon claire son parti-pris de mise en scène :

" J'ai tourné le premier tiers du film au-dessus du niveau des yeux, le deuxième tiers à la hauteur des yeux, et le derniers en-dessous du niveau des yeux. Ainsi vers la fin du film, on commençait à voir le plafond. Les murs se rapprochaient et le plafond semblait s'abaisser. Cette sensation d'une claustrophobie grandissante m'a permis de maintenir la tension jusqu'à la fin où j'ai utilisé un angle large pour laisser le spectateur respirer ".

 

Enfin le choix des acteurs a été particulièrement judicieux ; tous nous étonnent par leur capacité d'expression, de naturel, de spontanéité. J'ai déjà parlé de la remarquable prestation d'Henry Fonda, magnifique dans ce rôle de commandeur, si juste, si convaincant et honnête, mais chacun mériterait d'être cité : Martin Balsam ( juré n°1 ) l'entraîneur de base-ball universitaire, John Fiedler ( juré n° 2 ) l'employé modeste, Jack Warden ( juré n° 7 ) le commercial fan de base-ball, etc. Bien sûr ce long métrage n'échappe pas à quelques facilités, mais elles sont rares, et l'ensemble de la construction, la pertinence des dialogues concourent à parachever ce petit chef-d'oeuvre d'intelligence, concentré analytique de la nature humaine. A voir et à revoir pour en apprécier les finesses et le réalisme psychologique.

 

Vous pouvez prendre connaissance de mon article sur Henry Fonda en cliquant  sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

Et pour accéder à la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur celui-ci :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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Henry Fonda, E.G. Marshall, Ed Begley, Jack Warden, John Fiedler et Martin Balsam. Carlotta Films


 

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 11:32

Affiche américaine. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Affiche américaine.


Si l'espionnage était déjà présent dans la Bible, chez Homère et Virgile, c'est au XIXe siècle qu'il a fait sa véritable apparition et s'est institutionnalisé. Nous devons à l'américain Fenimore Cooper le premier texte consacré à l'espionnage. En 1821, l'auteur du "Dernier des Mohicans" publie "L'espion" qui a pour cadre la guerre d'indépendance des Etats-Unis. Nous sommes encore loin des gadgets de James Bond et des tortures de SAS mais le combattant de l'ombre trouve pour la première fois sa légitimité dans l'imaginaire littéraire.

D'une manière générale, l'espionnage est une spécialité anglo-saxonne, voire anglaise. On ne pourrait cependant pas le réduire à la seule Angleterre, malgré les grandes réussites de cette dernière en ce domaine. La France eut aussi ses romanesques espions. ainsi le Rouletabille de Gaston Leroux ou l'espionne des Balkans de L. Solard. La seconde guerre mondiale sera à son tour une source quasi inépuisable pour romanciers et cinéastes, et plus encore la guerre froide qui suivra entre Russie et Amérique et verra fleurir OSS117 créé par Jean Bruce ou le fameux James Bond inventé par Ian Fleming. La figure de l'espion est celle d'un loup solitaire, charmeur et violent. De Docteur No ( 1962 ) à Quantum of Solace ( 2008 ), de Sean Connery à Daniel Craig, quelle métamorphose ? De l'anglais raffiné et séducteur, on est passé à la machine à tuer. Le James Bond du IIIe millénaire est un espion plus crédible, prêt à affronter le monde de Ben Laden, des menaces biologiques et des guerres terroristes. C'est que la chute du mur de Berlin a définitivement changé la donne. Dorénavant l'ennemi est partout et il change de visage comme d'accent.

 

Jack Lord et Sean Connery. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr       Daniel Craig et Olga Kurylenko. Sony Pictures Releasing France

 

A la télévision, la série Alias  illustre bien cette multiplication des ennemis. Engagée dans une filiale secrète de la CIA, une jeune femme combat un ennemi différent à chaque épisode. Anciens soviétiques, terroristes islamistes, scientifiques chinois, tortionnaires africains, tout y passe. Mais impossible de parler de film d'espionnage sans évoquer le maître du suspense : Alfred Hitchcock. Toute sa carrière, le réalisateur de Psychose illustrera un genre dont il dressera une partie des codes visuels. De  L'homme qui en savait trop aux  Enchaînés,  il a exploré avec génie la filière des anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud.

 

    Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr


Aujourd'hui soulignons que le film d'espionnage se fonde moins sur les peurs contemporaines que sur la nostalgie de peurs historiques. Par le biais d'une intrigue, on ne cherche plus à effrayer le public, on lui donne une leçon d'histoire. Ainsi  L'affaire Farewell  à propos du complot destiné à attenter à la vie d'Hitler ou le Munich de Steven Spielberg ( 2006 ) sur l'activité des services secrets israéliens au début des années 1970. On en arrive également à une récupération du genre par le cinéma d'auteur. Je n'en veux pour preuve que La Sentinelle ( 1992 ) d'Arnaud Dupleschin, l'un des meilleurs films d'espionnage français. On peut citer également Demonlover ( 2002 ) d'Olivier Assayas. On s'aperçoit que le cinéma tente de faire une synthèse intelligente entre le film d'espionnage intello et le film d'action à la Hitchcock. Son avenir n'est donc pas en péril. Comme les espions eux-mêmes, cette fiction change juste de visage et resurgit où on l'attend le moins. C'est de bonne guerre...

 

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LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES


 

 

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 08:29

                     Charlton Heston. Collection Christophe L.

                                                           VIDEO HOMMAGE


Il fut le conducteur de char dans Ben-Hur, il a été Moïse dans Les dix Commandements et quelques autres héros épiques, dernière figure légendaire d'une époque révolue : - J'ai une tête qui appartient à un autre siècle - se plaisait-il à dire. Charlton Heston,  mort à Los Angeles le 5 avril 2008, aura marqué de sa présence quelques-unes des plus belles fresques historiques de Hollywood, où son visage carré, ses yeux bleus, sa stature l'imposaient d'emblée comme l'homme juste, le héros sans peur et sans reproche. Il avait commencé à suivre des cours d'art dramatique à la North Western University avant de servir pendant trois ans dans les îles Aléoutiennes. A son retour, il est metteur en scène de la troupe du Thomas Wolfe Memorial Theatre d'Asheville en Caroline du nord. Il joue à Broadway Antoine et Cléopatre qu'il filmera plus tard. Il fait de la télévision, puis est engagé par Hal Wallis pour Paramount. Pour cette firme prestigieuse, il sera successivement Marc-Antoine, Michel-Ange, Saint Jean-Baptiste et a laissé le souvenir d'un acteur généreux qui avait une haute idée de son métier et le faisait en artisan soucieux d'être à la hauteur des êtres mythiques qu'il avait à charge d'incarner. Mais il restait avant tout un homme de théâtre et trouvait plus gratifiant encore de jouer du Shakespeare que d'être le partenaire d'Ava Gardner ou de Sophia Loren. Néanmoins, il eut le souci de mener de front ces deux carrières avec équité : celle qui le promouvait sur l'écran en personnage invincible et celle plus complexe, plus intériorisée, des héros du théâtre classique. Sans oublier qu'il a été à six reprises le Président du Syndicat des acteurs et également à la tête de l'American film Institute et qu'il prit des positions courageuses et controversées contre la détention d'armes aux Etats-Unis, étant un homme de conviction et d'engagement.

 

 

 

                     Stephen Boyd et Charlton Heston. Metro Goldwyn Mayer (MGM)


Fils de meunier, Charlton Heston était né le 4 octobre 1923 à Evanston dans l'Illinois et avait fait ses débuts à la radio et au théâtre, avant de servir dans l'armée de l'air durant la Seconde guerre mondiale. En 1945, il tente sa chance à Broadway et enchaîne avec un rôle dans l'adaptation de Jules César à la télévision. Cecil B. deMille le remarque et l'engage pour jouer dans Sous le plus grand chapiteau du monde qui remportera l'Oscar du Meilleur film et propulsera l'acteur sur le devant de l'écran. Après avoir collaboré à des westerns, où sa carrure d'athlète faisait merveille et à des films fantastiques ou de science-fiction, dont La planète des singes, il revient à ses premiers amours et remonte sur les planches. Plus tard, il sera tenté par la réalisation et mettra en scène Antoine et Cléopâtre en 1972, ainsi que La fièvre de l'or  en 1982, film de qualité où il tient un double rôle, acteur et metteur en scène, avec beaucoup d'entrain et de conviction. Marié à Lydia Clarke, il s'est éteint auprès d'elle après 64 années de vie conjugale, un beau record. Charlton Heston a été le lauréat d'un Oscar en 1959 pour son interprétation dans  Ben-Hur,  qui en a reçu 11 au total, et a été décoré, en 2003, de la médaille présidentielle de la Liberté, l'une des plus hautes décorations civiles aux Etats-Unis.

 

                    Charlton Heston. Collection Christophe L.



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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 09:29

Pathé Distribution          


Enfin un film où il n'est question que de femmes, mais où celles-ci ne se crêpent pas le chignon, ni ne se jalousent, ni ne s'invectivent, des femmes qui, au contraire, s'entraident, se pardonnent, s'unissent pour mieux résister au mauvais sort. C'est assez sympathique pour être souligné de trois traits rouges. En général, les hommes ont des femmes entre elles une vision négative ;  Pedro Almodovar  a cela d'unique qu'il aime non seulement les femmes mais les comprend et sait les mettre en scène avec tendresse, humour et sympathie, un peu comme le faisait, avec une résonance plus tragique, Ingmar Bergman. "Volver"  m'a emballée pour cette raison ; ses actrices filmées avec tellement d'égard et de complicité sont sensationnelles, naturelles, magnifiquement humaines et vivantes.


Penélope Cruz. Paula Ardizzoni / Emilio Pereda


 

Film sur la filiation - puisque Volver signifie " revenir " -  Almodovar prend pour thème le retour au passé, aux racines, au surgissement d'entre les morts d'être aimés et, ce, dans une permanence ponctuée de drames et de joies. Dès la première scène au cimetière, les veuves et les orphelines sont à l'honneur. Mais veuve non seulement d'un mari, d'un amant ; surtout veuve et orpheline d'un amour sacrifié, d'une illusion perdue, d'une passion usurpée. "Volver " est à ce titre le rêve d'une fille qui a perdu sa mère et s'offre le miracle de l'étreindre à nouveau. D'où la magie de ce long métrage partagé entre douleur et bonheur, colère et optimisme. Un concentré de sentiments que le cinéaste traite d'une image sobre et pudique, servi par des actrices qu'il connait bien et sait utiliser au mieux de leur personnalité et de leur nature : Carmen Maura qui a accompagné ses débuts, Lola Duenas toute en interrogation et Penélope  Cruz, sa dernière égérie, dans le rôle de Raimonda qu'elle empoigne avec une vigueur farouche emplie de sensibilité, de révolte et de fragilité, imposant sa présence et son charisme. Ici trois générations de femmes nous parlent de pardon, de transmission et de solidarité. Toutes sont habitées par des secrets honteux qui les rongent et les ont éloignées un moment les unes des autres, tissant un réseau désespérant d'incompréhensions et de méfiance.

 

 Le metteur en scène aborde également le rôle de la télévision racoleuse, exprimant symboliquement un voyeurisme malsain qui tranche d'autant plus et d'autant mieux avec son cinéma intimiste filmé à hauteur d'homme et habité d'un mysticisme païen vers lequel Almodovar semble évoluer. Cela donne lieu à des séquences d'une grâce touchante et d'une ferveur enjouée saisies dans le cadre romantique de la terre natale, avec pour finitude la dignité de ces femmes que le réalisateur immortalise avec gravité et émotion.


Pour lire les articles que j'ai consacrés à Pedro Almodovar et à Penélope Cruz, cliquer sur leurs titres :

 

PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE       

 

PENELOPE CRUZ - PORTRAIT

  

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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Penélope Cruz et Lola Duenas. Paula Ardizzoni / Emilio Pereda

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 09:19

Jean-Luc Godard. Cupid Productions


Dès son plus jeune âge, Jean-Luc Godard, né le 3 décembre 1930 dans une famille de la bourgeoisie protestante, se singularise par son refus de toute discipline imposée et préférera toujours les salles obscures aux amphithéâtres des universités. Néanmoins, après des études partagées entre la Suisse et la France ( son père dirige une clinique helvétique ), il s'inscrit à la Sorbonne pour suivre des études d'ethnologie, mais appelé sous les drapeaux, il déserte et part faire le tour des deux Amériques durant deux années. En 1953, embauché comme ouvrier sur le barrage de la Grande-Dixence, il en profite pour tourner parallèlement son premier film : Opération béton. Il faudra attendre six ans avant qu'il se lance dans un manifeste qui lui ressemble et touche enfin le grand public : ce sera  A bout de souffle (1959 ). Lui ne l'est nullement et, à la suite de ce film de fiction d'une audace insolente et véritablement novateur, il va enchaîner quinze longs et sept courts métrages en moins de dix ans. Ainsi  Vivre sa vie ( 1962 ),  Le mépris ( 1963 ),  Alphaville  ( 1965 ),  Pierrot le fou ( 1965 ) menés à la hussarde pour arracher au réel, par surprise, des lambeaux de vérité sur la vanité des espoirs humains, sur l'abîme à combler entre les êtres et les illusions, sur le vertige de chacun de nous face au néant et à l'éternité, sur l'art enfin, seule lueur dans les ténèbres qui nous entourent. Ces films représentent la première partie de sa vie de réalisateur, sa première vague en quelque sorte, certainement la plus féconde et la plus riche sur le plan cinématographique, les années Karina, son épouse et son inspiratrice. Leur séparation coïncidera avec l'apparition, chez le metteur en scène, des idées politiques et générales et toujours abstraites qui occuperont le second volet de son existence et de son oeuvre.

 

Jean-Paul Belmondo et Anna Karina. Ciné Classic


Déjà avec  Deux ou trois choses que je sais d'elle  ( 1966 ) et  La chinoise  ( 1967 ), il privilégie le concept sur le vécu afin de mieux exprimer l'aliénation des individus pris dans l'engrenage de la consommation et prisonniers des structures conservatrices. Mai 68 va hâter l'évolution de Godard vers un cinéma militant et soumis lui aussi à des impératifs idéologiques, mais ceux-là puisés dans les écrits de Mao. Est venu le temps des certitudes qu'assènent une intelligentsia nourrie de sève marxiste et que s'instaure un politiquement correct qui nuira, ô combien, à la liberté d'expression.

 
Après les films des années Mao ( 1968 - 1974 ) demeurés pour la plupart invisibles, Jean-Luc Godard va renouer avec un cinéma plus commercial, des budgets importants et des acteurs prestigieux,  films qui seront accueillis avec curiosité et intérêt par un public séduit autrefois par ces premières grandes réalisations. Ceci peut paraître surprenant que la lecture de ses oeuvres nouvelles  Sauve qui peut la vie  ( 1979 ),  Je vous salue Marie  (1984 ),  Soigne ta droite  ( 1987 ) se révèlent de plus en plus difficiles et que les propos de l'auteur se complaisent à être de plus en plus abscons. Mais Godard a ceci de particulier que des éclairs de génie viennent parfois  déchirer les nuées où il semble s'être retiré, trop loin des hommes pour perpétuer l'émotion de jadis.

 

Pour lire les articles consacrés à Jean-Paul Belmondo, aux acteurs de la N.V. et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


JEAN-PAUL BELMONDO       LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE     

                          
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Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS dont "A bout de souffle" et "Pierrot le fou", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 10:15

Sony Pictures Releasing France    


Un peu long ce repas, cococté par Nora Ephron, qui est sensé nous mettre l'eau à la bouche et exciter nos papilles et y parvient si peu. Malgré la présence d'une  Meryl Streep, qui ne cessera de nous surprendre et de nous séduire dans un rôle tellement inattendu d'une Jean-Pierre Coffe en jupon, le film traîne en longueur sans atteindre son but qui était, je le suppose, de nous rendre la vie plus gourmande. Il est vrai que le scénario est mince et inutilement alambiqué, soit l'histoire de Julia Child qui, en son temps, changea la façon de cuisiner de l'Amérique, devenant par la même occasion une véritable institution nationale, en important, non sans flair, les saveurs de la cuisine française. Ayant accompagné son mari diplomate à Paris, Julia prit goût à cette gastronomie mijotée avec amour par les grands chefs autant que par les simples cordons bleus et se prit de passion pour les recettes françaises qu'elle décida de faire connaître Outre-Atlantique en rédigeant quelques 524 fiches à l'usage de ses compatriotes. Cinquante ans plus tard, alors qu'elle traverse une période difficile, Julie Powell se lance à son tour un défi : elle se donne un an pour cuisiner les 524 recettes de Julia et crée un blog pour relater cette expérience.

 


Meryl Streep. Sony Pictures Releasing France


Avouons-le, le livret, à défaut de faire saliver, ne fait même pas palpiter et, malgré l'immense talent de Meryl Streep, qui tente de donner un peu de densité, de chaleur, d'attrait à son personnage, la mitonnade reste insipide. Néanmoins, on ne peut s'empêcher de sourire devant sa communicative joie de vivre et l'entrain qu'elle déploie en oeuvrant devant ses fourneaux. Oui, le film ne vaut que par elle et pour elle et mes 2 étoiles vont à la merveilleuse actrice et non à la réalisatrice qui n'a pas vraiment su nous mijoter le film espéré avec cet ingrédient de choix ...

 

Pour accéder à la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANDIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

Et pour lire l'article sur Meryl Streep, cliquer sur celui-ci :

 

 

MERYL STREEP - PORTRAIT

 

 

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Meryl Streep. Sony Pictures Releasing France

Meryl Streep. Sony Pictures Releasing France

 


 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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