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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 10:01

Collection Christophe L.

 

 

 

                                                              VIDEO

 


Inspiré d'une histoire vraie,  Le vieux fusil  de  Robert Enrico  peut se résumer en quelques lignes : en 1944, pour mettre à l'abri des bombardements possibles sa femme et sa fille, un médecin, Julien Dandieu, les fait conduire toutes deux dans une ancienne citadelle qu'il possède à la campagne, au-dessus d'un petit bourg. Lorsqu'il se rend sur les lieux peu de temps après, il découvre avec horreur qu'elles ont été sauvagement massacrées, ainsi que les habitants du village, par une troupe d'officiers et soldats allemande qui a réquisitionné son domaine. Cet homme, jusqu'alors tranquille et bienveillant, n'aura désormais plus de cesse que de frapper un ennemi qui ne respecte pas les lois élémentaires de la guerre - épargner les civils et principalement les femmes et les enfants. Le film est à tous égards bouleversant. On y voit comment un homme, foncièrement bon, meurtri par le malheur le plus incohérent, le plus violent et intolérable qui soit, va se faire le justicier de ces innocentes victimes, en sorte que de tels crimes ne restent pas impunis, posant à l'homme d'aujourd'hui les questions suivantes : une cause juste doit-elle rester sans défense, un crime sans châtiment, et le mal s'installer dans une civilisation comme un fait quotidien, quand on sait que la pusillanimité  prépare le lit des tyrans et que les traités faibles ré-animent toujours les conflits forts ?

 

Ce film sobre et déchirant est presque entièrement tourné dans les décombres de ce vieux château dominant un village, village qui évoque Oradour-sur-Glane et les atrocités perpétrées par l'occupant allemand à la fin de la Secondre Guerre mondiale. Film dur et d'une incroyable violence, il met en lumière la vengeance de cet homme que l'amour fou qu'il portait à sa femme et à son enfant et aux justes causes va transformer en un tueur que l'on suit pas à pas dans sa traque inexorable des soldats et officiers allemands réfugiés dans les vieilles pierres de sa demeure familiale. Passent entre ces moments d'attente, où il cherche le meilleur angle pour les surprendre et les abattre, des images merveilleuses du bonheur passé, cette vie tranquille et sans nuage qu'il partageait avec les siens, évocation d'un monde qui semble à jamais disparu. Le souffle court, le visage figé par le chagrin et la haine, Philippe Noiret est saisissant de justesse et nous entraîne dans un suspense presque insoutenable de réalisme, où tous ses gestes sont comme saisis sur le vif dans une reconstitution magistrale. Robert Enrico, qui a peu produit par la suite, a su trouver pour cet opus le ton, le style, l'atmosphère oppressante qui convenaient le mieux. Cette transposition est une réussite totale et ce vieux fusil, qui n'a pas pris une ride, nous saisit toujours d'effroi et d'émotion comme il le fit lors des César en 1976, où il fut l'objet d'un véritable triomphe.   


Romy Schneider et Philippe Noiret. Collection Christophe L.

 

C'est donc une oeuvre remarquable à plus d'un titre ; tout d'abord par cette tension qui va crescendo et où la loi du talion est respectée à la lettre, le héros malgré lui parvenant, avec des procédés, certes peu catholiques, à exterminer la troupe d'allemands qui a investi son château et, ce, dans un décor qui ajoute encore à une ambiance lugubre et glauque. En effet, les dédales des souterrains, la pierre sombre composent un cadre idéalement dantesque, tandis que la musique lancinante ponctue de son phrasé douloureux un paysage rural subitement plongé au coeur d'un drame humain sans précédent. Il l'est aussi et surtout par la composition que chaque acteur fait de son personnage, à commencer par Philippe Noiret, immergé dans le sien jusqu'à ce souffle haletant qui fait contrepoint à la musique et exprime une souffrance à la limite du supportable, où tout devient permis, et où cette quête hallucinée de vengeance le plonge dans une névrose dont il est à la fois l'artisan et la victime. C'est sans doute l'un de ses plus grands rôles.

 

le-vieux-fusil


Auprès de lui, Romy Schneider représente le bonheur perdu, la grâce sacrifiée et il est vrai qu'elle campe cette jeune femme pleinement épanouie entre son mari et sa petite fille avec une délicate féminité - rappelons-nous la scène où coiffée d'un chapeau à voilette, elle soulève gracieusement celle-ci pour poser ses lèvres sur les bords de sa coupe de champagne - il y a là l'image d'une jeunesse dans sa plénitude, son innocence, sa fraîcheur, à la fois effacée et inoubliable, chantée et détruite, qui élève le film à une hauteur mythique, exprimant en quelques prises de vues, d'une remarquable efficacité, la synthèse même de l'inacceptable. Rien que pour ces moments d'anthologie, le film mérite de figurer dans nos vidéothèques.


Le vieux fusil reçut le César du Meilleur film en 1976 des mains de Jean Gabin.

 

4-e-toiles

 

Afin de prendre connaissance des articles que j'ai consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :

 

PHILIPPE NOIRET - PORTRAIT        ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT



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Romy Schneider. Collection Christophe L.

 

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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 09:09
THE READER de STEPHEN DALDRY

 TFM Distribution        

 

Il ne faut jamais dire ou écrire " Fontaine je ne boirai pas de ton eau" au risque de se contredire, car il y a peu de jours, je vous confiais qu'avec la saison estivale, il ne fallait pas compter que j'entre dans une salle obscure, préférant de beaucoup les spectacles de la nature. Eh bien ! en une dizaine de jours, et malgré que le calendrier nous certifie que nous sommes bien en été, je suis entrée deux fois dans une de ces salles pour assister à la projection du dernier Woody Allen et hier après-midi - afin d'oublier le spectacle de la nature par temps de chien -pour voir "The Reader" de  Stephen Daldry, réalisateur heureux de  "Billy Elliot" ( 1999 ) et de "The Hours"  (2001) . Et je n'ai pas été déçue. Ce film américain/allemand est également anglais puisque son réalisateur appartient à cette nation. C'est un bon exemple de ce que peut produire le 7e Art quand des talents venus d'horizons différents s'unissent pour le meilleur.

 

 

David Kross et Kate Winslet. SND

 

L'histoire se passe en Allemagne de l'Ouest au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Michaël Berg, lycéen de 16 ans, est pris soudain, alors qu'il rentre chez lui, de fièvre et de vomissements. Comme il pleut, il s'abrite sous un porche et là une femme, qui habite ce quartier populaire et cet immeuble modeste, lui vient en aide et le réconforte. Il ne l'oubliera pas, et, à la fin de sa convalescence, décide d'aller lui porter un bouquet en guise de remerciement. Cette femme, d'une vingtaine d'années son aînée, s'appelle Hanna Schmitz et travaille comme contrôleuse de tramway. Le jeune garçon va vivre auprès de son initiatrice une romance passionnée qui durera ce que durent les roses : un été. Après les étreintes et les séances de lecture qu'Hanna se plaît à lui réclamer et que bien volontiers il lui consacre, rapportant de la bibliothèque des oeuvres aussi différentes que l'Odyssée d'Homère ou La dame au petit chien de Tchékov, la jeune femme disparaît sans laisser d'adresse. Quelques années plus tard, alors qu'il étudie le droit, Michaël assiste, avec son maître de conférence et d'autres étudiants, au procès d'anciennes gardiennes de camps de concentration nazis. Et, parmi elles, figure Hanna.
 

Cette révélation va le détruire en le privant de repères et d'idéal. A-t-il pu aimer un monstre, c'est-à-dire une personne si dénuée de conscience et de coeur qu'elle pouvait exécuter sans sourciller les ordres les plus abjects, ou bien a-t-il étreint un être sans consistance, sans conscience, sans humanité ? Ce procès, au fur et à mesure de son déroulement, se révèle d'autant plus pénible qu'Hanna concentre sur elle l'antipathie du Tribunal et accepte comme une fatalité d'être chargée de toutes les fautes par ses collègues. Quand on lui demande si c'est elle qui a rédigé un certain rapport accablant, elle répond d'abord par la négative, puis, lorsqu'on la prie de bien vouloir écrire pour vérifier l'identité des deux graphismes, elle se rétracte et dit oui. Ce oui est la clé du secret le plus enfoui d'Hanna. Davantage encore que la honte d'avoir participé de près ou de loin aux crimes nazis, la sienne est personnelle, mais tout aussi nocive, la cloîtrant dans l'ignorance : oui Hanna ne sait ni lire, ni écrire, elle est analphabète. Comme les poupées russes, ses secrets s'emboîtent les uns dans les autres. Peut-on en déduire que l'ignorance conduit aux pires égarements et vous disculpe de toute responsabilité, que quelque chose d'inhumain se dégrade à n'être pas utilisé dans un projet d'évolution culturelle ? Ce serait trop simple ! Car ceux qui donnaient les ordres, ceux qui avaient édifié cet abominable projet de sélection des races n'étaient pas des illettrés mais des hommes cultivés, des pères de famille respectables, des personnages considérés dans la haute société germanique. Alors ?

 


Kate Winslet. SND


Qu'auriez-vous fait à ma place ? - questionne Hanna à l'avocat général qui la charge. Obéir à son patron, c'est tout ce que savait faire cette pauvre fille. Parce que l'emploie qu'elle exerçait lui permettait de s'assumer matériellement et qu'il ne l'obligeait pas à révéler la honte qui la minait : son inculture. Pourquoi n'avez-vous pas déverrouillé la porte de l'église quand celle-ci a pris feu après l'impact de la foudre, alors que vous saviez que 300 femmes, que vous conduisiez dans un autre camp, s'y trouvaient enfermées ? - hurle le magistrat. La réponse d'Hanna laisse sans voix, tant il est vrai - comme le dit le professeur à son élève Michaël - qu'aucune société ne s'est fondée sur la moralité. J'étais chargée de les garder -bredouillera l'accusée. Et si j'avais ouvert la porte, elles se seraient enfuies. Réponse logique à un ordre qui, en l'occurrence, ne l'était pas.

 

David Kross et Kate Winslet. SND


 

Après les scènes de la romance quelque peu languissantes du début, le film prend de la densité à partir du procès d'Hanna et le face à face qui s'instaure entre les représentants de l'ordre et du droit et ces femmes qui, dans des conditions tragiques, n'ont pas manifesté le moindre sentiment de compassion et que la notion de bien et de mal ne parait pas interpeller. Hanna, comme les autres, semble détachée de toute attraction possible entre ces deux pôles, pour la seule raison qu'elle ne se situe nulle part d'une quelconque perspective morale. Et ce " nulle part" est terrifiant. Où est donc passée sa part irrévocable d'humanité ? Car aussi révoltant que cela soit, une part d'humain reste présent  dans l'inhumain. Hanna, au-delà du bien et du mal, reste une femme qui a  aimé, pleuré, souffert, craint, dissimulé. Désormais Michaël va tout tenter pour restaurer loin d'elle, avec ou malgré elle, cette part d'humanité perdue. Grâce à la lecture, qui avait été leur loisir favori du temps de leur liaison heureuse, il va trouver un exutoire à leur solitude, à leur enfermement respectif, à leur claustration intérieure et amorcer ainsi une fragile et hypothétique rédemption. Rédemption pour l'Allemagne qui essaie de se reconstruire et dont Michaël, devenu avocat, doit assumer sa part de responsabilité ; rédemption également pour Hanna qui, en écoutant les cassettes d'enregistrement qu'il lui adresse en prison, apprend à lire et, par voie de conséquence, à se construire.

 

Je ne dévoilerai pas la fin qui réserve quelques grands moments de cinéma, sans être totalement exempt d'emphase émotionnelle, afin de laisser à chaque spectateur la liberté de formuler ses propres interrogations. Bien entendu si le film soulève bon nombre de questions, il ne les résout pas et ne propose pas de solution. Et comment le pourrait-il ? Si bien que l'on sort de la projection plus embarrassé ou troublé que réellement ému. A la suite du roman de Bernhard Schlink " Le lecteur ", le cinéaste nous invite à une remise en question des faits, non pour les excuser ou les restreindre, mais en les portant à notre connaissance sous un autre éclairage. Est-ce que les victimes de cette horrible tragédie ne sont pas, en définitive, les bourreaux ? Car si les victimes ont porté la douleur jusqu'à l'incandescence, les bourreaux ont plongé l'ignominie jusqu'en ses abîmes les plus sombres.


Admirablement interprétée par Kate Winslet, Hanna Schmitz nous glace et nous touche par son inconscience et le poids de son inculture qui en font la proie de tous les égarements ; elle est tout simplement formidable et a bien mérité l'Oscar qui lui fût attribué pour ce rôle avec, face à elle, tour à tour,  David Kross  dans celui de Michaël adolescent, vivant sa passion avec une ferveur touchante, et  Ralph Fiennes  en Michaël adulte, tout en détresse poignante. Un film qui va peser lourd dans le bilan cinématographique 2009.

 

4-e-toiles


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THE READER de STEPHEN DALDRY
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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 09:02

        VIDEO


Film à grand spectacle, Spartacus demeure aujourd'hui encore un modèle du péplum à l'américaine, même s'il n'est assurément pas le meilleur film de son cinéaste, loin de là.

L'argument : en 70 après Jésus-Christ, l'esclave Spartacus, devenu gladiateur, est épargné par un de ses compagnons d'infortune dans un combat à mort. Ce répit va lui permettre de prendre la fuite et, après avoir brisé ses chaînes, d'encourager les autres esclaves à l'imiter et à gagner, même au prix du pire danger, leur liberté. Rapidement à la tête d'une colossale armée, Spartacus entend rejoindre le port de Brides, au sud du pays, et d'embarquer à bord d'un navire cilicien. Mais l'Empire romain ne l'entend pas de cette oreille et lance ses légions à la poursuite des esclaves révoltés...

Alors que la vogue du péplum envahit les Etats-Unis depuis le triomphe de Ben-Hur (1959), l'acteur-producteur Kirk Douglas profite de l'occasion pour porter à l'écran l'histoire de ce héros, d'après le roman éponyme d'Howard Fast. L'aventure du révolté, romancée à la sauce américaine de l'époque, est adaptée par le scénariste Douglas Trumbo, pourtant mis sur la liste noire pour cause de communisme. Son implication dans le script étonne moins lorsque l'on sait que les marxistes ont souvent pris la figure de Spartacus comme symbole de la première révolte du prolétariat contre la classe dirigeante. Cette simplification historique se retrouve dans le métrage final, en très large partie hagiographique puisque le vrai Spartacus n'hésita pas à faire tuer des centaines de soldats romains sans s'embarrasser du moindre scrupule. Contrairement au film, il est mort au combat et n'a vraisemblablement pas connu d'histoire d'amour romantique. Ces libertés prises avec la grande histoire n'entament pas  les nombreuses qualités d'une oeuvre pourtant désavouée par tous ses participants.


Le tournage n'en  fut pas moins chaotique à la suite du départ du réalisateur Anthony Mann pour différend artistique avec Kirk Douglas. On lui doit d'ailleurs deux des scènes que je considère parmi les meilleures, soit la séquence dans les mines et l'entraînement des gladiateurs. Anthony Mann sera bientôt remplacé par le jeune Stanley Kubrick avec lequel l'acteur producteur avait tourné, en 1957,  Les sentiers de la gloire.  Ce premier film  de Kubrick sera aussi son dernier en tant que simple exécutant car, n'ayant pas atteint le but souhaité, ce dernier se verra amputé d'un bon quart d'heure à cause d'une violence excessive (quelques plans gore réintégrés dans la version définitive) et surtout à cause d'une scène à l'homoérotisme prononcé. Malgré une production chahutée, Spartacus est aujourd'hui considéré, à juste titre, comme un modèle du péplum à l'américaine. Mêlant adroitement romance, action et message humaniste, cette plongée dans l'histoire romaine bénéficie de dialogues savoureux et de prestations d'acteurs époustouflantes : Laurence Olivier formidable en tyran, Charles Laughton jubilatoire dans le registre de l'ironie cinglante, tandis que Peter Ustinov excelle en traître veule et arriviste, ce qui lui a valu de remporter l'Oscar du meilleur second rôle. Enfin, le couple formé par Kirk Douglas et la délicieuse Jean Simmons réussit sans peine à arracher des larmes aux spectateurs, notamment lors de la scène ultime à la beauté tragique et touchante.


Malgré des qualités indéniables, on peut regretter que Kubrick ne soit pas parvenu à imposer sa vision personnelle. Habitué à transcender les genres qu'il a abordés, il se contente ici d'aligner les figures imposées sans en modifier ni la forme, ni le fond. Même sa réalisation, d'ordinaire si reconnaissable, se désagrège, engluée dans la norme hollywoodienne traditionnelle. Ce manque d'investissement explique sans nul doute le fait que ce maître du 7e Art refusait de considérer Spartacus comme faisant partie intégrante de son oeuvre, bien que le film ne soit en rien déshonorant.

 

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 10:59

Ad Vitam         VIDEO


Divorce à l'italienne  de  Pietro Germi  date de 1961 et fut le premier film à recevoir l'appellation qui devint, à la suite de quelques chefs-d'oeuvre, un label de qualité de  "comédie italienne", genre qui devait faire fureur de 1960 à 1970. L'histoire est simple et somme toute cocasse : un noble sicilien, le comte Ferdinando Cefalu, souhaiterait se séparer de sa femme pour cause de mésentente, afin de convoler avec sa jeune cousine Angela, mais le divorce étant alors illégal en Italie, l'idée lui vient de pousser sa femme légitime dans les bras d'un autre, de tuer ensuite l'importun amant et de ne récolter, en définitive, pour crime dicté par la passion et l'honneur, qu'une peine légère et ensuite pour être libre d'épouser sa belle, qui sera encore assez jeune pour lui assurer une heureuse vieillesse. Ce cynisme désinvolte sera donc l'occasion d'une comédie hilarante, satire matinée d'humour noir, où l'extraordinaire comédien qu'était Marcello Mastroianni fait merveille, ajoutant à sa mauvaise foi cette faculté qu'il avait d'être un brin Jean de la lune et avec le mélange subtil, qu'il cultivait avec talent, d'élégance aristocratique et d'autodérision.


Marcello Mastroianni et Stefania Sandrelli. Ad Vitam


Toute l'intrigue repose sur le passage à l'acte de ce petit noble appauvri d'un village sicilien et revisite, de façon originale, clichés et préjugés autour du mariage, afin de les mieux tourner en ridicule, nous rappelant cette belle époque d'un cinéma italien florissant et jubilatoire.
C'est une excellente idée que l'été 2009 nous propose la rediffusion d'un certain nombre de ces comédies drôles et frivoles, dont l'alchimie avec la belle saison ne peut manquer de séduire un large public, tant on est assuré de se distraire et où la farce n'est ni outrée, ni grossière, mais agréablement pimentée et burlesque, pointant du doigt les constantes hypocrisies du genre humain. Laissez-vous tenter par cette reprise. Vous rirez de bon coeur : les acteurs sont merveilleux, Marcello irrésistible, Stefania Sandrelli délicieuse et la Sicile époustouflante de beauté. 

 

Pour lire les articles consacrés aux acteurs et actrices italiens, cliquer sur les titres :
LES ACTEURS DU CINEMA ITALIEN      LES ACTRICES DU CINEMA ITALIEN    

 

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Marcello Mastroianni. Ad Vitam



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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 10:11

 

Mars Distribution       VIDEO


Voilà sorti des archives, un scénario de 30 ans, que Woody Allen s'est décidé à tourner, ce qui confère à ce nouvel ouvrage du maître de la dérision un petit fumet ancien et, somme toute, un rien démodé. Mais le plaisir est au rendez-vous néanmoins, tant la qualité pétillante du breuvage a conservé un bon goût acide et tonique et tant les acteurs - dont certains presque inconnus - sont excellents et donnent une once de crédibilité à des personnages des plus loufoques et caricaturaux. Oui, Woody Allen, qui ne cesse de pourfendre les clichés, n'y échappe pas totalement et c'est là que le bât blesse : ce discours nous a déjà été dispensé dans des longs métrages savoureux par nombre de réalisateurs depuis l'après-guerre. Mais enfin ne boudons pas ce bon moment, même si celui-ci est entaché de la déception du " déjà vu ".

 

Peu de temps après, la mère de la jeune femme ( Patricia Clarkson ) fait irruption dans leur vie conjugale, recherchant et sa fille et un toit, car elle vient d'être larguée par son mari, le père de Melody. Heureusement cette catholique bon teint aura vite fait de se débarrasser de ses préjugés et de trouver son nirvana entre les bras solides de deux amants compréhensifs. Enfin, pour conclure, le père va faire à son tour son apparition, guère plus flambant que son ex-épouse, puisqu'il vient de perdre sa situation et sa fortune, sans compter qu'il vit des déboires amoureux des plus cruels...Par chance, un homo inconsolable va lui tomber dans les bras et parvenir à lui faire oublier ses insuffisances sexuelles. Tout est donc pour le mieux Madame la Marquise, puisque Woody Allen le dit lui-même et nous délivre, par images interposées, la plus rassurante leçon d'optimisme. Si vous ne me croyez pas, courez voir le film et vous serez ainsi assuré que les conservateurs et les libéraux, les croyants et les athées, les rigides et les plaisantins sont faits pour s'entendre et que tout finit par une fête, dès lors que Cupidon veuille bien passer par là, distraitement ou discrètement. Sacré Woody Allen qui irait jusqu'à nous laisser croire...que nous vivons dans un monde qui fleure bon l'eau de rose. 


Patricia Clarkson. Mars Distribution
  


Ce retour dans les rues de Manhattan, que le cinéaste avait délaissées un moment, nous vaut un film agréable, qui n'est certes pas le chef-d'oeuvre attendu, mais dont la facture est serrée, le message extravagant mais sans faute de goût, et l'interprétation jubilatoire. Larry David est sensationnel dans ce rôle de misanthrope qui lui sied comme un gant ( lui-même n'est-il pas le créateur interprète de la série  Larry et son nombril ? ), jouant sur le mode mineur cette joyeuse apostasie qui, tout en se moquant des valeurs les réhabilite en quelque sorte, tant il est vrai qu'aucun ne peut vivre sans les autres et, encore moins, contre les autres et que le solitaire n'est jamais qu'un blessé en attente d'un guérisseur. La leçon est sympathique et vaut le détour.

 

Pour lire l'article consacré à Woody Allen, cliquer sur son titre :  WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT

 

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Henry Cavill et Evan Rachel Wood. Mars Distribution

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 07:23

Solaris Distribution       

 

Unique, exceptionnel : la vision, dans un noir et blanc sublime, des rues et des places de Rome désertes un 15 août des années 60 sous un cagnard d'enfer ! Rien que pour cela le film vaudrait déjà le détour.

Bruno Cortona (Gassman), hâbleur, bavard, enjôleur, rôde dans sa décapotable dont l'insupportable klaxon signe à lui seul le macho de la première heure, à la recherche de cigarettes et d'un téléphone. Ce type-là ne supporte ni le silence ni la solitude. Coup de bol, son contraire est en train de réviser ses examens de droit administratif, Roberto Mariani (Trintignant), timide, silencieux, incapable de rien refuser à qui sait s'imposer, va se laisser subjuguer, à contre coeur d'abord, partagé constamment entre fascination et répulsion, par ce trublion détraqué, et se retrouver à bord de la Lancia Aurélia (symbole à elle toute seule de l'Italie du miracle économique ) pour une drôle de virée entre mecs, au gré des rencontres et des pulsions de Cortona, tandis qu'on devine peu à peu les fêlures de ce fort en gueule terriblement séduisant mais fragile, sous ses airs de matamore. Alors que l'on pouvait craindre des personnages caricaturaux et une comédie un peu lourde, le talent opère et on se laisse, à notre tour, happer par l'émotion qui perce sous une drôlerie matinée de tragédie et de détresse humaine. Les femmes (son ex-épouse, sa fille) sont magnifiques, pleines d'indulgence envers ce frimeur dont elles n'ignorent aucune faille.

Ce sera, en quelque sorte, un voyage initiatique pour Mariani, qui va peu à peu se laisser emporter par la vitalité animale de Cortona, jusqu'à parvenir à une sorte de pulsion libératrice où il s'exprime enfin et qui coïncidera avec le point final qui est, hélas ! dramatique, la folie jubilatoire ayant ses limites.

Entre inquiétude et tendresse, la vision de la société est d'une richesse extraordinaire, et les personnages à eux seuls expriment l'évolution de l'Italie au moment même où elle sort de son rêve de prospérité. Néanmoins, malgré le talent de son réalisateur Dino Risi, la virtuosité de sa caméra qui imprime au film une dynamique irrésistible, Le Fanfaron ne serait pas ce qu'il est sans le jeu de deux acteurs en tous points remarquables : tout d'abord Vittorio Gassman étincelant de verve, d'insolence en crâneur impudent, en bravache insupportable, en flambeur et beau gosse mal élevé et incontrôlable, face à un Jean-Louis Trintignant inhibé, maladroit, coincé, qui ne cesse de se répéter intérieurement qu'il a à faire à un fou,  sans parvenir à se libérer de l'importun. Le duo qu'ils forment est d'une gaieté bruyante et le rythme ne se relâche pas un instant, nous conduisant immanquablement à une conclusion tragique. Tout cela mené de main de maître dans une folle embardée et une dérision de chaque instant. Un petit chef-d'oeuvre à voir ou revoir tant il sonne juste.



Pour lire les articles consacrés à Dino Risi, à Vittorio Gassman et à Jean-Louis Trintignant, cliquer sur leurs titres  :     DINO RISI     VITTORIO GASSMAN      JEAN-LOUIS TRINTIGNANT



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Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman. Solaris Distribution

Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman. Solaris Distribution

 

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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 09:33

Pedro Almodovar aux César 2007. Mireille Ampilhac pour AlloCiné

 

Considéré aujourd'hui comme l'un des metteurs en scène les plus innovants et imaginatifs, Pedro Almodovar Caballero, né le 24 septembre 1951 à Calzada de Calatrava en Espagne, quitte à 15 ans la maison familiale, sans argent et sans travail, afin de se consacrer au 7e Art. Mais Franco venant de la fermer, il ne peut s'inscrire à l'école officielle du cinéma, aussi fait-il de nombreux petits boulots avant de parvenir à s'acheter sa première caméra super 8, mais sera néanmoins obligé de travailler douze années durant comme employé de bureau à la compagnie nationale du téléphone, avant de pouvoir vivre de son art. Sans renoncer à se former sur le plan cinématographique lors de ses temps libres, collaborant également à diverses revues dans lesquelles il publie des nouvelles.

   

Entre 1972 et 1978, il parvient à réaliser plusieurs courts métrages et fonde, avec son frère Augustin, la maison de production El Deseo S.A. Dès son premier long métrage "Pépi, Luci, Bom et autres filles du quartier", ce jeune cinéaste, qui n'a cessé d'observer la classe moyenne espagnole, se démarque par sa liberté de ton, ses audaces, son goût prononcé pour les laisser pour compte et les marginaux, ainsi que pour les misères et déboires de tous ordres.

 

Son second long métrage  "Femmes au bord de la crise de nerfs", en 1987, décapante comédie qui met en situation le gynécée qui sera dorénavant son creuset thématique, lui ouvrira les portes du succès et lui méritera les éloges d'une critique qui, jusqu'alors, ne l'avait pas épargné. Ce film obtiendra 5 Goyas en 1989, dont celui du meilleur film. Mêlant le banal du roman-photo populaire au spectaculaire de la bande dessinée ou du polar, il déroute, surprend, dérange, mais intéresse et interpelle, et malgré le reproche que l'on adresse à son penchant pour l'outrance et la vulgarité, il s'impose comme une des têtes de proue de la Movida ibérique. On voit qu'en quelques années, le cinéaste, se refusant à la facilité et à la méthode un peu brouillonne et rageuse de ses débuts, a su bâtir un univers et une esthétique personnels, ainsi que des cadrages rigoureux qui témoignent de son exigence.

 

"Talons aiguilles", en 1991, va marquer un tournant décisif : bien qu'il reste fidèle à ses sources d'inspiration habituelles et son goût de la culture populaire et des personnages extravagants, il délaisse le kitsch au profit d'un cinéma introspectif qui explore les relations entre femmes principalement et revisite les codes du mélodrame, en sachant alterner à bon escient l'émouvant et le burlesque, le cocasse et l'inattendu, thèmes qu'il reprendra par la suite dans "Tout sur ma mère", "Parle avec elle", "Mauvaise éducation", "Volver" et, récemment, "Etreintes brisées". Les rapports entre générations, les crises existentielles, les divers milieux sociaux et même une subtile mélancolie donnent force et véracité à une oeuvre qui sait charmer, séduire et jouer en magicienne de la couleur et de la musique.

 

Désormais, il est considéré par la profession et le public comme un réalisateur qui concilie habilement films grand public et cinéma d'auteur, anticonformisme et indépendance d'esprit, produisant des oeuvres originales, écrites d'une caméra qui se plaît à élaborer des intrigues surprenantes avec une précision narrative et une grande richesse d'images. A ces qualités, le réalisateur ajoute celle d'un directeur d'acteurs remarquable et heureux. Il a su tirer de l'anonymat des jeunes femmes comme Victoria Abril, Julietta Serrano et, dernièrement, la flamboyante Penélope Cruz. Les notions de mensonge et de vérité s'entrecroisent dans un univers où les femmes ont le plus souvent les rôles clés et qui est truffé de références au cinéma américain des années 50 ( Almodovar étant un distingué cinéphile ), ainsi qu'aux autres arts et métiers du spectacle comme le théâtre, la danse, la tauromachie, la peinture.

 

« Depuis mon enfance - dit -il - j'ai une relation passionnée avec le cinéma. J'ai eu la vocation très tôt. J'ai toujours voulu faire des films. En tant qu'enfant, je pensais que les acteurs étaient le cinéma. Plus tard, j'ai découvert qu'il y avait beaucoup d'autres éléments autour d'eux. Des gens, par exemple, qui inventaient une histoire et la racontaient. A partir de ce moment-là, j'ai décidé que ma vocation serait celle du narrateur, le maître du jeu, celui qui décide quelle histoire il veut raconter et comment la raconter. Bien que maintenant je sois réalisateur, je pense toujours que les acteurs sont la matière dont est fait le film. Ce sont eux qui matérialisent l'histoire, ils la portent et en font quelque chose de vivant et de réel. Je suis devenu réalisateur pour diriger les acteurs ».

Tout est dit de son pouvoir à faire éclore les talents.


Pour lire les articles consacrés à Penélope Cruz et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :

PENELOPE CRUZ - PORTRAIT        LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

  

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Pathé Distribution  Pathé Distribution Sony Pictures Classics


 

PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE
PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 09:23

Penélope Cruz. Future Films Ltd.    VIDEO

 

Penélope Cruz a déjà un joli palmarès à son actif : 4 films avec Almodovar, un avec Woody Allen, un Oscar du meilleur second rôle l'an dernier à Hollywood. Comment douter après cela  que sa carrière d'actrice ne s'affirme avec éclat et que la belle n'ait nullement l'intention d'en rester là ! A l'évidence, elle a du ressort et des atouts indiscutables, ne serait-ce qu'un tempérament de feu et un goût prononcé pour les rôles flamboyants. Si je la comparais à une actrice du passé, ce serait sans nul doute à Anna Magnani, dont elle a le charisme, la flamme, le panache, la ferveur latine. Elle doit ses rôles les plus étonnants à soeur Maria Rosa Sanz dans  Tout sur ma mère,  à Raimunda, la mère courage de Volver,  à Lena, la petite standardiste qui rêve d'un destin d'actrice dans  Etreintes brisées.  "Dans ce dernier film, il y a d'ailleurs trois personnages en cette Lena" - analyse-t-elle. "La vraie Lena, celle qui affronte la mort de son père et son amour pour le metteur en scène Mateo Blanco. La Lena comédienne de sa propre vie, capable de manipuler Ernesto Martel, son protecteur. Et Pina, le personnage qu'elle interprète dans Filles et valises, le film tourné par Mateo et produit par Martel. M'identifier à une héroïne ne m'intéresse pas. Il me suffit de comprendre son point de vue. La fatigue de Lena m'inspirait de la compassion. D'ailleurs, dès que nous avons commencé à répéter, une immense tristesse m'a envahie : la sienne. Elle m'a harcelée un bon bout de temps après que le film fut fini, et puis elle s'est évanouie".

 

Pour incarner la terrienne de Volver, Almodovar avait demandé à Penélope de déplacer le poids de son corps vers le bassin et de porter un faux-cul. Pour Etreintes brisées, il a contraint ses gestes. " Je suis très expressive, je parle avec les mains, je ne suis pas latine pour rien " - soupire Penélope. Pedro m'a donc poussée à un travail de contention : se tenir, se brider, ronger son frein. Je lui obéis. Il sait tout du jeu et de la vie. J'ai parfois pu faire valoir mon droit de voir les choses différemment sur d'autres plateaux. Pas avec lui. Entre nous, la confiance règne. L'Almodovar metteur en scène, qui me juge digne d'un quatrième rôle, ne me ment jamais. L'ami, auquel j'écris sans arrêt, encore moins. Pedro a donné de la voix dès les années movida. Il a contribué à changer la société espagnole. C'est un maître. Mon maître".

 


Penélope Cruz. Sony Pictures Classics


Penélope Cruz a fait ses classes sur le tas et appris les ficelles de la comédie en observant les clientes du salon de coiffure de sa maman Encarna : " J'y regardais les clientes défiler et conservais leur image dans un coin de ma tête. " Ensuite, elle étudia la danse, fut mannequin durant un temps et apparut dans un certain nombre de navets indigestes." J'apprenais " - dit-elle.  A 17 ans, en effet, Penélope, qui a assisté à la projection de   Attache-moi  dans une salle madrilène, décide de tenter sa chance au cinéma et postule pour un petit rôle auprès d'Alamodovar qui la trouve trop jeune mais lui promet de penser à elle. Et il tiendra promesse en lui offrant, en 1997, de tourner dans En chair et en os, une scène où elle accouche dans un autobus le jour où Franco déclare l'état d'exception. Ce rôle minuscule va lui ouvrir les portes du 7e Art et lui permettre d'enchaîner avec  Jambon Jambon, une farce de Bigas Luna. Sa carrière est lancée...

 
Le New York Times a clamé, non sans perfidie, qu'elle avait insufflé de la vitalité à Woody Allen en manque d'inspiration en jouant une artiste volcanique suicidaire dans Vicky Cristina Barcelona et en mettant le feu à la pellicule. Mais c'est ce qu'elle ne cesse jamais de faire, même si Almodovar lui propose des personnages plus nuancés, faisant appel à ses ressources de vraie comédienne. Ainsi dans Volver, en appelait-il à une Sophia Loren ou une Anna Magnani, dans Etreintes brisées à Catherine Deneuve et à la Séverine de Belle de jour. Et l'actrice se plie à ses exigences avec le désir, dit-elle, de s'améliorer. Il est vrai qu'elle est aujourd'hui une comédienne sur laquelle on peut compter, qui sait nous surprendre à chacune de ses prestations. Son prochain film sera un remake musical de Huit et demi signé Rob Marshall. Elle y jouera la maîtresse de Guido Contini ( Daniel Day-Lewis ), y chantera et y dansera, renouant avec ses premières amours. "Je me tiens constamment sur les montagnes russes qui sont miennes entre " peut mieux faire " et " tu vas y arriver "- confesse-t-elle. Cette quête de l'excellence l'honore et il semble qu'elle n'ait pas fini de nous étonner. Depuis la liste de ses films s'est encore allongée et Penélope peut s'honorer de faire une carrière internationale sans avoir rien perdu de son authenticité méditerranéenne.

 

Pour lire les critiques des films interprétés par Penélope Cruz, dont  VolverVicky, Cristina, Barcelona et  Etreintes brisées, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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Penélope Cruz. Lolafilms

   

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 11:47

Sony Pictures Classics    VIDEO   

 

Un homme écrit dans l'obscurité. Cet homme s'appelait Matéo Blanco et aujourd'hui a pris le pseudonyme de Harry Caine. Pourquoi ? Parce que sa vie quinze ans auparavant a été brisée par un accident de voiture qui l'a rendu veuf et aveugle. Après cette rupture tragique, l'homme ne pouvant plus exercer son métier de metteur en scène est devenu simple scénariste et, à travers les histoires qu'il propose, tente vainement de restituer sous forme d'un puzzle la sienne propre, présent déchiré par le passé, le secret et la mémoire tronquée. Comme l'évoque le titre, volontairement mis au pluriel, plusieurs histoires se mêlent et s'entremêlent avec fluidité et dans cet entrelacs  Pedro Almodovar se livre à une réflexion sur la création et la destruction, celle des oeuvres que l'on se doit d'achever, même la peur au ventre, même " à l'aveugle", comme le dit Matéo ( Lluis Homar ), le héros d'une passion interdite. N'est-ce pas le film qui commande ? La faute principale de Matéo n'est pas tant d'avoir séduit la femme d'un autre - celle d'un riche homme d'affaires qui avait accepté de financer son film à condition qu'il confie le rôle principal à sa maîtresse et dont il est devenu follement amoureux - que d'avoir préféré cette femme à son art ? Le destin l'a puni de façon exemplaire en le privant à la fois de la femme aimée, cette Léna somptueuse comme un crépuscule, morte dans l'accident de voiture, et de la possibilité de poursuivre son métier de metteur en scène.


Penélope Cruz. Sony Pictures Classics

 

 

Récit d'un amour dominé par la fatalité, le dernier opus d'Almodovar s'ancre en prenant pour métaphore le processus du montage d'un film comme symbole de la réalisation d'une vie. Riche en flash-back afin de nourrir le suspense autour du personnage central, Léna, campé par une  Penélope Cruz  plus glamour que jamais, actrice sensible, truculente, exaltée et exaltante, la caméra ne cesse de nous offrir des plans somptueux qui confirment la maîtrise et la virtuosité du cinéaste ibérique et nous ensorcelle une fois de plus par la beauté formelle de ses images
.
Certains ont reproché à Almodovar se s'être montré moins innovant que dans ses films précédents. Je ne suis pas d'accord.  Etreintes brisées  m'est apparu comme une oeuvre de plénitude, synthèse des acquis du passé, qui s'énonce de façon consensuelle en un abouti subtil et puissant, joue de la référence ainsi que du magnétisme bien connu de l'auteur, qui ne manque jamais de rendre hommage à ses maîtres, dont Rossellini auquel il adresse un clin d'oeil à travers l'évocation du  Voyage en Italie.

Malgré quelques imperfections et en partie grâce à elles, le film est parcouru par une émotion constante. Principalement par celle que provoque, même traitée au figuré, la conscience de l'artiste d'être un jour privé de la possibilité de poursuivre l'exercice de son métier. Almodovar l'a cristallisée dans la cécité de Matéo Blanco. Mais comme le dit l'un des héros, c'est le film qui reste au coeur du drame, drame personnel de l'amour fou qui, en fin de compte, ne parvient pas à se partager entre la femme adulée et l'art vénéré.
Lors d'une actualité cinématographique plutôt sinistre et décevante, Etreintes brisées sort du lot de manière éblouissante et signifie, si besoin est, que le talent reste une valeur sûre.


3-e-toiles

 

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PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE         PENELOPE CRUZ - PORTRAIT



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Pedro Almodóvar et Penélope Cruz. Sony Pictures Classics 

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 09:14

Metropolitan FilmExport       VIDEO

 

En 1958, l'île de Cuba est loin d'être un paradis. Le dictateur Batista oppresse le pays et asphyxie son peuple. Dans les champs de canne à sucre et les jungles perdues des montagnes de l'est du pays, les forces révolutionnaires M26 de Fidel Castro et d'Ernesto ''Che'' Guevara se préparent à marcher sur La Havane. Alors que les troubles agitent l'île, Fico Fellove dirige son club, El Tropico. Dans la tourmente, il se bat pour garder l'unité de son clan, et pour l'amour d'une femme interprétée par Inés Sastre. Fico ne voulait pas s'impliquer dans la lutte politique et idéologique, mais le destin ne va pas lui laisser le choix. Cuba est devenu un monde déchiré par les passions les plus contradictoires, les luttes intestines, les règlements de compte et les rêves brisés.

Un film qui a frisé le chef d'oeuvre à quelques erreurs près. Oui,  Adieu Cuba  ( Lost City ) aurait pu être pour l'île Caraïbe ce que  Docteur Jivago  a été pour la Russie. Mais voilà, il a manqué à l'oeuvre, infiniment respectable d'Andy Garcia - cubain d'origine et qui a quitté l'île à l'âge de cinq ans -  davantage de rigueur dans le narratif, de profondeur et d'inspiration dans le scénario. Ne lui faisons pas pour autant un mauvais procès, car ce dernier vibre, tout au long de sa pellicule, d'un lyrisme sincère, d'un vrai amour pour une île qui semblait avoir été désignée pour être le havre de la beauté et de la douceur de vivre. Cuba doit posséder un charme irrésistible pour que ses paysages, ses musiques, ses lumières, ses parfums restent à jamais gravés au plus vif de ceux qui l'ont connue. Je ne le sais que trop, ayant dans mon entourage des Cubains dont l'exil est une peine inguérissable. Alors, oui, ce film ne peut manquer d'émouvoir, en faisant défiler devant nos yeux la malchance et le malheur que furent pour ce pays, d'avoir eu, à la suite l'un de l'autre, deux dictateurs qui se sont chargés de le ruiner : Batista le mafieux et Castro le marxiste. Il est vrai aussi qu'il n'est pas simple de naviguer dans la complexité d'une époque qui a vu s'affronter les courants les plus contradictoires. D'autant que le budget de 20 millions de dollars nécessaire pour le tournage n'a pas été facile à trouver. Dès le début de son projet, Andy Garcia a dû se confronter à d'innombrables problèmes engendrés en partie par le fait que l'un des protagoniste - en l'occurrence Fidel Castro - était encore au pouvoir. Il fallut donc planter le décor ailleurs qu'à Cuba, et les paysages choisis, pour leur ressemblance, furent ceux de la République Dominicaine au moment de la récolte du tabac, une activité dominante dans la plantation de la famille Fellove. C'est donc dans la très fameuse plantation de Carlos Fuente qu'ont été tournées les scènes principales, où l'on voit soudain une famille composée des parents, de leurs trois fils et de leurs brus, traverser dans la douleur et la dignité les terribles convulsions de la révolution cubaine. Le seul souci du père ( remarquablement interprété par  Tomas Milian  ) sera de maintenir l'unité des siens, de sauver sa famille. Hélas, on verra peu à peu la table familiale se réduire, si bien que Fico, l'aîné, sera le seul, peu avant de quitter l'île, à recueillir les ultimes recommandations de ses parents et la bénédiction de son père.


Metropolitan FilmExport


Le film est tiré d'un roman de l'écrivain cubain Guillermo Cabrera Infante et retrace l'existence de cette saga qui se partage entre plantation de tabac ( l'oncle ) et l'université ( le père des trois fils Fellove étant professeur de droit constitutionnel à la Faculté de La Havane ). Entre ces deux formes de culture, le clan s'est épanoui, la maison et les terres agrandies et développées. Mais voilà que les rumeurs d'un coup d'état fomenté par le Che et Castro vont susciter passion et division. Alors que le fils aîné préfère se tenir à l'écart de la vie politique et poursuivre ses activités dans le club de musique et de danse qu'il anime, Luis mourra pour avoir participé au complot qui devait attenter à la vie de Batista ( qui finira par s'enfuir en emportant des sommes considérables d'argent volées au peuple cubain ) et le plus jeune Ricardo rejoindra les troupes castristes. Lorsqu'il comprendra trop tard les tenants et les aboutissants d'un régime qu'il a soutenu et qui commence son règne par une terrible épuration, il se suicidera. Ainsi les personnages vont-ils tour à tour ployer sous l'ouragan de l'Histoire et connaître les affres d'une tragédie contemporaine que trop de clichés décoratifs réduisent malheureusement à l'état de récit anecdotique, les scènes n'étant pas suffisamment reliées les unes aux autres.


Metropolitan FilmExport

Deux erreurs sont surtout à déplorer dans ce long métrage de près de 2h 30, tourné avec une incontestable passion et un accompagnement d'images et de musiques splendide : la présence peu convaincante de l'écrivain campé par  Bill Murray,  sorte de clown triste, d'artiste raté et désabusé qui est sensé représenter le désenchantement d'un monde en train de sombrer dans l'anarchie et n'apporte rien au film, et celle d'Aurora, la veuve de Luis, dont Fico est tombé follement amoureux, et à laquelle la belle  Inés Sastre  ne prête que sa plastique de mannequin sans parvenir à lui inculquer un semblant d'authenticité et d'émotion. C'est d'autant plus regrettable qu'elle occupe dans le film une place importante, détermine le présent et l'avenir de Fico, autour duquel le scénario se resserre et que, face à lui, c'est-à-dire face à  Andy Garcia  en personne, qui a tenu à être tout ensemble derrière et devant la caméra, elle ne parvient pas à situer sa partition féminine à la même hauteur que la sienne, comme c'était le cas dans Docteur Jivago avec le couple formé par Omar Sharif et Julie Christie.


La fin de film est néanmoins très belle et nous laisse sur une impression mitigée où alternent emballement et déception. Nous assistons au départ émouvant de Fico, s'arrachant à son île en même temps qu'à son amour et obligé d'accepter ( comme la plupart des Cubains de la diaspora )  un emploi de plongeur dans une boîte de nuit américaine, cela avec une fierté et une dignité admirable, tandis que la musique poursuit sa mélopée lancinante et nostalgique et que le film se clôt sur ces passions défuntes.

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Andy Garcia et Inès Sastre. Metropolitan FilmExport

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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