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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 13:02

Films sans Frontières  

 

Réalisé en 1953, trois ans avant sa mort,  Les contes de la lune vague après la pluie  est le chef-d'oeuvre de  Mizoguchi,  le film qui résume idéalement sa vision des valeurs essentielles et sa relation avec l'art, souvent narcissique et égoïste, qui se doit de donner une image sublimée de la vie. L'artiste, tel que Mizoguchi le conçoit, doit passer par la beauté qu'il condamne pour atteindre la vérité qu'il défend. Si l'art doit aider à vivre, comprendre, aimer, il reste cependant extérieur, ritualisé, social et décoratif, donc dangereux et mortel. C'est ainsi que le cinéaste japonais l'exprime à travers le personnage du potier Genjuro, nous livrant, dans cet opus, une réflexion sans précédent sur le conflit des désirs masculins et féminins et la finalité inexorable de l'art. Cela, avec une précision et une poésie extraordinaire de la mise en scène. Mizoguchi utilise sa caméra pour y dessiner des plans qui rappellent la pureté des traits de pinceau des maîtres de l'estampe et nous plonge dans le grand art, celui dont les secrets échappent à l'analyse.    

 


Films sans Frontières


Jamais de pittoresque vain ou d'anecdotes futiles, mais la vérité sans détours des êtres et des choses. Néanmoins, derrière cette simplicité des cadrages et des mouvements de caméra se cachent une accumulation de détails, de matière, une richesse qui a l'élégance de rester invisible. L'art de Mizoguchi, c'est cela, une simplicité foisonnante. Peu d'effets de caméra, de travellings, mais soudain, quand ils jaillissent en cours de plan, ils ont une fulgurante beauté  - écrivait Jean-Luc Godard, après avoir assisté, émerveillé, à une projection de ces contes de la lune vague. 



Films sans Frontières

 

Ce film se déroule au XVIe siècle, dans un Japon ravagé par des guerres civiles. Dans un village, du nom de Ohmi, vivent pauvrement le potier Genjuro et le paysan Tobei avec leurs épouses respectives Miyagi et Ohama. Mais, alors que les épouses n'ont d'autre ambition que d'être les gardiennes du foyer, les hommes poursuivent des rêves d'enrichissement et de gloire. Tous deux partent à la ville dans l'espoir, pour l'un de vendre ses poteries, pour l'autre de se faire enrôler comme samouraï. Tandis que Tobei est arrivé à dérober à son beau-frère l'argent de la vente afin de s'acheter l'équipement indispensable à sa nouvelle fonction, Genjuro est entraîné par une femme mystérieuse Machiko, dernière survivante d'une riche famille assassinée par les hordes de l'armée de Shibaka, qui lui apparaît comme la femme idéale, avec laquelle il va connaître des plaisirs édoniques et réaliser, plus tard, qu'il a été le jouet d'une illusion. Ainsi l'un est-il la victime de son fétichisme féminin et l'autre le jouet de ses fantasmes de virilité triomphante qui, au final, les jetteront ensemble dans le désenchantement.



Le thème de la rédemption à travers la femme va prendre ici une dimension religieuse encore plus nette que dans  La vie d'Oharu, femme galante.  En effet, la fin se conclut par le triomphe posthume de Miyagi qui, bien que morte, insufle à son époux, revenu au foyer, le sens des réalités simples et quotidiennes qui sont celles d'une existence en accord avec la vie réelle, et par celui d'Ohama qui elle aussi va permettre à son mari de rompre avec le sortilège de la puissance fictive. D'ailleurs, en gage de sa sagesse retrouvée, ce dernier jettera dans la rivière sabre et armure, symboles dérisoires de toutes les vanités, alors que Genjuro reprendra son métier de potier auprès de son fils et non loin de la tombe de Miyagi qui semble veiller sur eux.

Ce film magnifique obtint en 1953 le Lion d'argent à la Mostra de Venise.

 

4-e-toiles



Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE,  dont La vie d'Oharu, femme galante, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 


Films sans Frontières



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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 11:19

Gaumont Columbia Tristar Films Warner Bros. France  Affiche américaine. Walden Media 

                                                                 

 

Sa rencontre avec Emma Thompson

 

« Emma et moi nous nous sommes rencontrés sur L'incroyable destin de Harold Crick. Avant les deux scènes que nous avions à jouer ensemble, on ne s'était jamais vus. Et il s'est passé quelque chose d'intéressant. Peut-être parce qu'on vient de milieux différents. Elle est de cette soi-disant école anglaise du jeu. Moi, je suis très Américain. Pourtant, on n'a eu aucun problème à se comprendre.

Entre nous, s'est créée une sorte d'intimité sentimentale.

Elle m'a dit que cela ne s'était produit qu'une seule fois auparavant dans toute sa carrière. Et ce avec Anthony Hopkins.

Ce sont des choses qui arrivent parfois. Vous allez dans une fête, le lendemain vous dites « Tiens, j'ai rencontré quelqu'un. On s'est compris, on s'est vite entendus ». Mystère ! Vous êtes incapable d'expliquer précisément pourquoi.

Avec Emma, on s'est dit qu'un jour peut-être on ferait un film entier ensemble. L'année d'après, elle m'appelle. Me dit qu'elle connaît un scénariste et réalisateur, Joel Hopkins, qui a une idée d'une structure simple. Deux personnages se rencontrent. Ils se promènent et quelque chose se passe entre eux en l'espace de 72 heures.

Emma et moi, on en discute afin de savoir comment aborder ce sujet. On se rend compte qu'on a passé beaucoup de temps - au fil de notre carrière - à se maquiller, à se costumer, à se métamorphoser.

Elle n'est pas d'une beauté conventionnelle. Moi je ne suis pas particulièrement beau gosse. On n'a jamais été énormément demandé pour des premiers rôles. On décide, cette fois-ci, d'essayer d'être aussi proche de nous-mêmes que possible. On se met d'accord là-dessus.

 

Moi, j'avais vu  Love Actually  et cette scène extraordinaire - incroyablement émouvante - entre son personnage et son mari infidèle. C'était tellement proche de sa vie privée. Elle était tellement courageuse d'exposer sa moelle à l'écran. Je lui dis que c'est peut-être comme ça qu'il faut aborder notre film. Improvisons, nous connaissons nos répliques par coeur et modifions-les, avec l'accord du réalisateur, pour les rendre plus personnelles. Ensuite, sur le tournage, tout peut arriver ! Faisons en sorte que ce soit le plus proche de ce qu'on a vécu et partagé lors de notre première rencontre. Au départ, elle était assez réticente. Elle a essayé et elle a été magnifique. Parce qu'elle est aussi une auteure et qu'elle est capable de concilier les deux. »

 

  Son Hollywood

 

« Quand on travaille depuis aussi longtemps que moi - quarante ans -, vous entendez des histoires qui n'arrivent pas aux oreilles du public.

Un exemple, Johnny Depp, qui passe sa vie à essayer d'être un artiste. J'ai toujours dit à ma femme que j'espère pouvoir travailler un jour avec lui parce qu'il fait tout ce qu'il peut pour ne pas être une star et fuir le star-system. Cela se sent dans ses choix de rôles, ses interprétations. Il est toujours un peu border-line, anti-Hollywood, anticonformiste. Exemple cette anecdote qu'il m'a racontée sur le tournage de  Neverland  que j’ai accepté parce que j'avais deux scènes avec lui.

 

Il arrive donc sur le tournage de Pirates des Caraïbes, maquillé, un peu efféminé, déguisé en Keith Richards. Le producteur et le réalisateur sont très choqués. Ils ne savent pas quoi dire, quoi faire. Après trois jours de tournage, ils arrêtent tout. Un des plus gros producteurs d'Hollywood (Jerry Bruckheimer ndlr) demande de tout refaire en disant qu'ils ont embauché un Douglas Fairbanks, un Errol Flynn, pas ce mec-là. Johnny Depp leur dit « Au revoir. Vous m'avez embauché moi, voilà ce que je veux faire du personnage ! Il n'a pas cédé et c'est pour ça que le film a marché.

Hollywood est remplie d'histoires de ce type. 

Jamais je n'aurais pu jouer aussi « laid-back » (en retrait : ndlr) si Last Chance For Love avait été une production hollywoodienne.»


Dustin Hoffman. Gaumont Columbia Tristar Films 

 

Sa carrière

« J'ai eu beaucoup de chance. J'ai débarrassé des tables et fait serveur jusque l'âge de 30 ans. Tous les castings, c'était non merci. Soudainement,  Le Lauréat  m'est tombé dessus et ma vie s'en est trouvée bouleversée. A partir de ce moment-là, j'ai eu le choix des meilleurs scripts, des meilleurs réalisateurs. J'ai travaillé avec Mike Nichols, John Schlesinger, Sam Peckinpah, Bob Fosse, Alan J. Pakula. Pour moi, c'est comme un rêve. Et ça n'a jamais arrêté.

Sauf Coppola et Scorsese - Parce qu'ils ont De Niro.

Et moi je suis gourmand et envieux ! »

 

Sa cinéphilie

 

« Quand on vieillit, on ne veut pas tomber dans le piège de ces parents qui ont toujours tendance à se référer au bon vieux temps. Tout a changé, tout serait plus superficiel que dans le temps.

Quand j'ai commencé à étudier, il y avait Truffaut, Godard, Fellini, Antonioni, Bergman, De Sica, leurs films ne passaient que dans un seul cinéma, à New York. Les seules personnes que l'on rencontrait dans ces salles étaient des acteurs, des écrivains. A cette époque, les Américains ne supportaient pas les sous-titres. Et maintenant, je vous retourne la question. Qui a pris la relève ? Il y a encore de bons réalisateurs chez vous mais pas du calibre de Truffaut.

J'adore le cinéma et je cherche toujours à me cultiver. La semaine dernière j'ai vu "Madame de" de Max Ophuls, avec Charles Boyer et Danielle Darrieux. C'est aussi moderne aujourd'hui qu'à l'époque. Les acteurs sont incroyablement subtils. Je viens de revoir également La Nuit américaine, le meilleur film jamais fait sur le cinéma. Avec Huit et demie.

Ça y est, je parle comme mon père ! »

 
Ses trophées

 

« Nous sommes tous des comédiens. C'est ce dont on se rend compte quand on étudie le jeu d'acteur. On passe la plupart de notre vie à jouer. Ça commence le matin dès que quelqu'un vous demande si ça va. Et c'est parti, vous commencez à dire une connerie. Il y a tout un monde, tout un tas de trucs qui se passent en vous et que vous gardez pour vous. Comme lors de ces moments extraordinaires de la vie - les mariages, les obsèques - tous ces événement traumatiques, trop bouleversants. Recevoir des récompenses - un césar, un oscar - pour moi c'est la même chose !

Tout le monde est ému, excité à l'idée de remporter un prix mais après toutes ces années à observer tout ça et à en gagner quelques uns, le plus important dans la vie pour moi ce n'est pas tellement gagner, c'est de ne pas perdre !

On a toujours l'impression d'être en sursis. Dieu merci, ce n'est pas un Razzie !

Donc, c'est un honneur, cela me touche mais en même temps ça n'a rien à voir avec l'émotion que vous ressentez à l'énoncé d'une seule mauvaise critique. Vous avez passé deux ans à travailler sur quelque chose, vous lisez une mauvaise critique et ça vous met en lambeaux. Vous le prenez comme un couteau dans le ventre. Et ça malheureusement, vous le ressentirez toujours plus fort que la plus belle, la plus grande des récompenses... »



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Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 12:25

La Fabrique de Films      

 


Quel qu'ait été le film, j'y serais allée pour assister au face à face de deux de mes acteurs préférés, d'autant que je me doutais bien que ni l'un, ni l'autre, n'auraient donné leur accord pour un film médiocre et un scénario bidon. Ils ont mené leurs carrières respectives avec suffisamment d'intelligence et de discernement pour ne pas commettre, à leur âge, et avec leur expérience, une faute de goût. J'étais donc assurée que ma prise de risque était quasi nulle et que le film, que j'allais voir en cette fin d'après-midi presque printanière, serait, sans aucun doute, un très plaisant divertissement. Et il l'est.


Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films 


 

Oui, il serait dommage de se refuser une heure trente d'un marivaudage charmant entre gens délicats que tout oppose à première vue et qu'un hasard bienveillant va réunir pour le meilleur. En ces temps de morosité ambiante, je vous conseille vivement ce remontant euphorisant qui mêle des ingrédients de qualité comme une bonne rasade d'humour et une pinçée de nostalgie, mais a eu l'audace d'éliminer de sa formule les conservateurs et autres agents nocifs et néanmoins trop courants : la violence et la vulgarité.

Aussi, déposez soucis et inquiétudes à la porte de la salle obscure et entrez vous rafraîchir et vous rasséréner avec ce tonique de qualité, en très aimable compagnie de surcroît : un Dustin Hoffman à faire fondre le coeur le plus endurci et une Emma Thompson très classe, très expressive, très attachante en délicieuse vieille fille formidablement séduisante, que l'on aimerait croiser plus souvent sur son parcours. Oui, un film sans prétention mais qui vous assure un plaisir non stop. Ce n'est pas si mal !

 


Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films


Le réalisateur  Joel Hopkins  nous offre avec cet opus - le premier  Mariage et conséquences  en 2002 avait déjà été remarqué et gratifié d'un Bafta et du Prix du public au Festival de Deauville -  une comédie bien écrite et nous prouve, par la même occasion et pour la seconde fois, son savoir-faire, son feeling dans un divertissement aux dialogues vifs et efficaces.

 


L'histoire est la suivante : Harvey Shine, musicien américain, vient de débarquer à Londres pour assister au mariage de sa fille qu'il a un peu perdue de vue depuis son divorce d'avec sa mère et du re-mariage de celle-ci. Compositeur de jingles et obsédé par son travail, il n'est là que de passage, ayant un rendez-vous important à New-York le surlendemain. Mais de mauvaises nouvelles vont tout remettre en question, sa vie professionnelle comme sa vie personnelle. C'est grâce à un formidable coup de chance qu'il rencontre Kate, une célibataire bon chic, bon genre, d'une quarantaine d'années qui aime la lecture et sa vieille maman envahissante. La suite est sans surprise, mais si agréablement contée, si délicieusement interprétée, avec, à la clé, un message si plaisant à entendre, qu'on se laisse gagner par cette bonne humeur et cet optimisme qui, d'une rencontre réussie à un rendez-vous manqué mais rattrapé, tisse à petits points, avec charme et élégance, un ouvrage somme toute bien fait et bien cousu. Aussi ne boudez pas l'opportunité de passer un excellent moment avec ce couple... qui illustre si bien cette ultime chance de l'amour.

 

 

 Pour lire les aricles consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :

DUSTIN HOFFMAN           EMMA THOMPSON



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN
 

 

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Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films

 

 

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 10:59

Warner Bros. France             

 


Du cow-boy taciturne et cynique immortalisé par Sergio Leone à l'ancien combattant misanthrope de Gran Torino, Clint Eastwood a derrière lui plus de 50 ans de carrière durant laquelle il a su imposer son magnétisme et sa personnalité hors du commun. Archétype du mâle dominant et héros implacable et froid, le comédien n'a pourtant jamais cessé de jouer avec son image, n'hésitant pas à la mettre en danger et en dérision et à la contredire comme pour mieux la revitaliser. Traité de fasciste dans les années 70 par une presse peu clairvoyante, il a volontairement endossé les rôles les plus antinomiques et les plus paradoxaux, du doux rêveur dans  Bronco Billy  à l'homme d'action violent, de l'amoureux transi de  Sur la route de Madison  au macho yankee dans Les proies. Acteur inclassable doublé d'un auteur original, il n'est jamais là où on l'attend, se plaisant à désorienter et surprendre son public par son inspiration singulière. Depuis qu'il s'est consacré à la mise en scène, il a retouché son image de dur en la complexifiant et en ne craignant nullement de dévoiler de fascinantes failles, entre autre celles qui ont trait à l'ambiguïté morale et à la vieillesse.

 


Clint Eastwood. Warner Bros. France


Dans le magistral  Gran Torino,  il continue à peaufiner avec intelligence son personnage de justicier et de vieux réac, conscient de ce qu'il représente aux yeux du public, tout en refusant d'en être l'otage. Interrogé par des journalistes, il a accepté de parler du personnage qu'il incarne et met en scène dans son dernier opus, ce Walt Kowalski, un peu fou et plutôt bizarre, vétéran de la guerre de Corée, soudain veuf et condamné, par les circonstances, à faire face au crépuscule de son existence, seul. Rongé aussi par le regret de n'avoir su, pu ou voulu devenir proche de ses deux fils. Le monde, qui l'entoure, lui est étranger. Il ne reconnaît plus son environnement envahi par des immigrés asiatiques. Ouvertement raciste, il voit d'un très mauvais oeil le repeuplement de son quartier, jusqu'au jour où il est obligé de prendre partie dans un conflit qui oppose ses voisins, une accueillante famille hmong, ( les hmongs ont combattu aux côtés des américains au Vietnam )  - et un gang de jeunes voyous. Mieux encore, voilà qu'il se prend d'intérêt pour l'un de ces jeunes hmongs, un garçon qui a tenté de voler sa voiture de collection, une Gran Torino 1972, sous la pression du gang, mais je n'en dirai pas plus.

Par souci d'authenticité, Eastwood a tenu à ce que les acteurs et figurants - des non professionnels pour la majorité - appartiennent à cette ethnie. Kowalski fait partie de ces hommes un peu obsolètes et non moins idéalistes qui, sur le tard, trouvent le chemin d'une rédemption inattendue, un salut ultime qui donnât sens à leur vie, fût-ce au prix d'un grand sacrifice et dont Clint avoue volontiers qu'il a mis beaucoup de lui-même.

 


Bee Vang et Clint Eastwood. Warner Bros. France

 

Ainsi, après avoir enchaîné les grandes fresques historiques et les films à Oscars, le cinéaste-interprète est-il de retour avec un film à l'intrigue linéaire et solidement charpentée, au casting exempt de stars ( sinon lui-même ) et au décor réduit à un pâté de maisons. Il est vrai que l'épure lui réussit et qu'il n'est jamais si efficace que dans le dépouillement. Sans doute est-ce ce mélange savamment dosé de drame et d'humour vachard, de mépris affiché du politiquement correct et de renvois discrets à l'ensemble de sa filmographie, qui font de ce dernier-né une réussite complète et une oeuvre attachante. Les préjugés sont désamorcés les uns après les autres dans ce récit d'initiation salvateur, aux accents humanistes et christiques, qui ne sombre jamais dans un sentimentalisme ou angélisme facile, tant la main du réalisateur est sûre et rigoureuse. Je vois là le testament de Clint, un film majeur dont chaque plan est composé comme un message à notre intention, traitant de ce qui est essentiel avec force et émotion. 

 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Clint Eastwood, cliquer sur son titre :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:12

La-Vie-d-Oharu-femme-galante.jpg 

Au XVIIIe siècle, dans un temple consacré aux mille Boudhas, Oharu, une prostituée vieillissante, croit apercevoir le visage et l'expression du seul homme qu'elle ait jamais aimé. A partir de cette scène d'ouverture, la pellicule, changée en une machine à remonter le temps, va nous conter la vie d'une femme déchue, poursuivie par la fatalité, au point que son parcours ne sera autre qu'une lente descente aux enfers digne de Dante. Tragédie certes, sous son apparence la plus sombre, thème obsédant du malheur sans cesse annoncé et vécu dans une sorte de fatalisme consentant, l'héroïne n'ayant plus qu'un rêve : apercevoir de loin son fils devenu le seigneur des lieux et s'évanouir dans le néant.

Oharu est une jeune fille de petite noblesse promise à devenir la femme d'un noble qu'elle n'aime pas, alors qu'un jeune samouraï de sa suite la poursuit de ses avances et l'assure d'un amour éternel. Mais cet amour leur est interdit, le jeune homme étant d'une caste inférieure à celle d'Oharu. Surpris ensemble par la police locale, les amants sont emmenés et livrés à la vindicte du seigneur et de sa cour : Oharu sera chassée de la province ainsi que ses parents ; le samouraï, décapité au sabre.


Inspirée d'un roman de Saikaku Ihara, cette histoire va, à partir de là, nous dérouler son impressionnante suite d'événements plus sombres et tragiques les uns que les autres. Revenue chez ses parents, Oharu est inscrite par sa mère à une école de danse et là, remarquée pour sa beauté, elle se retrouve à la cour d'un puissant seigneur, chargée d'être la mère porteuse de l'enfant, que sa femme stérile, ne peut lui donner. Oharu remplira son contrat et donnera un héritier mâle en même temps qu'elle sera répudiée pour ne pas offenser davantage l'épouse légitime. Son père, qui a fait des dettes, supposant que la situation privilégiée de sa fille lui assurerait des rentes à vie, de dépit, la vend comme courtisane à un tenancier de maison close, où sa douceur, son éducation, sa beauté la feront apprécier d'un homme apparemment riche qui désire la racheter et en faire son épouse, mais se révèle être, par la suite, un faux-monnayeur. Si bien qu'après ce nouvel échec, ses parents la recommande à une femme qui cherche une servante de confiance pour la raison qu'elle cache à son mari un secret : elle est devenue chauve à la suite d'une maladie et dissimule cette calvitie sous des postiches savamment coiffés, d'où la discrétion qu'elle exige de celle qui sera chargée de cette tâche. Oharu va s'en acquitter avec soin jusqu'à ce que le mari se souvienne l'avoir aperçue dans la maison close. L'épouse, folle de jalousie, exige son départ mais, entre temps, Oharu a rencontré un employé du mari avec lequel elle s'associe et se livre au commerce des éventails. Bonheur fugitif pour cette jeune femme qui se sent enfin appréciée, mais bonheur bientôt brisé par la mort du compagnon tué dans la rue par un voleur. De désespoir, Oharu accepte l'hospitalité de nonnes et espère redevenir une femme respectée jusqu'au moment où l'un de ses anciens créanciers abuse d'elle. Chassée du monastère, elle se fait chanteuse de rue et sera finalement recueillie par des prostituées de bas étage mais au coeur généreux. La boucle est bouclée, Oharu est retombée dans sa condition antérieure : celle d'une femme de petite vertu que l'on montre du doigt tant elle représente la déchéance inéluctable où conduisent, tout ensemble, les faiblesses de la chair et l'effroyable rigidité des moeurs de l'époque. La dernière image nous reconduit au temple des mille Boudhas, ces dieux masculins auprès desquels les prostituées, dans un éclat de rire, reconnaissent les expressions de leurs divers amants. Scène d'une grande puissance qui frappe parce que ce rire déchirant et, ô combien tragique, exprime la souffrance de ces malheureuses victimes d'une gente toute puissante qui les a réduites à n'être que des esclaves méprisées et humiliées. L'amour leur a été refusé ; elles ont été monnayées comme des objets et ont subi successivement l'autorité d'un père, ensuite celle d'un amant, d'un souteneur ou d'un mari.

 

A travers le destin d'Oharu, Kenji Mizoguchi nous montre comment l'organisation sociale d'une société féodale repose sur la toute puissance masculine. Il déroule son oeuvre comme un long poème servi par une mise en scène sobre et rigoureuse, captivante comme un diamant noir aux funèbres éclats. Comme toujours, chez ce cinéaste,  ardent défenseur de la cause féminine, le mâle ne respecte qu'occasionnellement ses devoirs les plus élémentaires, les règles traditionnelles nippones lui ayant octroyé des privilèges seigneuriaux.  La vie d'Oharu, femme galante est sorti en 1952 et dénonçait ces abus, encore fréquents, dans l'Empire du Soleil Levant  à l'égard du beau sexe et eut, pour principal mérite, avec des moyens financiers dérisoires, de propulser le cinéma japonais sur le devant de la scène internationale en obtenant le Lion d'Or au Festival de Venise de la même année. Ainsi le cinéaste livrait-il au monde un message universel et bouleversant qui sonne toujours aussi juste aujourd'hui où, un peu partout sur notre planète, des femmes sont encore monnayées et maltraitées. L'actrice  Kinuyo Tanaka  joue dans la tradition des actrices du muet ce rôle peu bavard, tout en expressions pathétiques et en une gestuelle douloureuse de femme écrasée par son destin.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE  



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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 11:29

Les Grands Films Classiques


Au début des années 50, alors qu'il sortait de l'IDHEC, Claude Sautet suivit le chemin escarpé de l'assistanat. Il tourna un court métrage de fiction et réalisa son premier long métrage en remplaçant au pied levé le metteur en scène Robert Dhéry. Sa filmographie personnelle commença avec deux polars traités à la manière des bandes américaines de série B,  Classe tous risques  ( 1960 ) et   L'arme à gauche  ( 1965 ). Bien que ces films n'aient pas défrayé la chronique, ils manifestent néanmoins des qualités indéniables : obsession du détail juste, modestie, recherche de classicisme qui inscrit, dès ses premières tentatives, Sautet dans la lignée des Grémillon, Becker ou Carné. Pendant quelques années, entre les longues périodes qui séparaient ses propres réalisations, Sautet se consacrera en parallèle à son second métier, celui de scénariste. Sa réputation, en ce domaine, fit de lui le médecin secouriste des pannes d'inspiration de ses collègues, soit " le ressemeleur de scénario ", pour reprendre sa propre expression. C'est peut-être cette expérience que l'incita à travailler ses scénarii avec d'autres scénaristes, dont Jean-Claude Dabadie pour six de ses plus grands succès et Jacques Fieschi pour les trois derniers. Il entendait ainsi mieux objectiver ses idées.  

 


                    


Sa notoriété débuta avec Les choses de la vie en 1970, qui impose son style et sa sensibilité. Sautet s'y présente en peseur d'âme, en analyste subtil des sentiments et du coeur humain. A partir d'un accident, qui coûtera la vie à son héros interprété par Michel Piccoli, il hausse le fait divers à la hauteur d'un drame. Le montage inventif des séquences de l'accident renforce cette dimension, le cinéaste s'adressant directement à nous, nous atteignant à tel point que François Nourissier écrira : " Les spectateurs conduiront le pied sur le frein. (...) Mais ils sauront que toutes précautions sont inutiles : notre avenir est peuplé de carrefours tranquilles et d'oublis, où nous guettent les grands mensonges noirs de la mort."
Le texte sobre de Jean-Loup Dabadie, le musique de Philippe Sarde, les plans silencieux nous entraînent en une marche lente vers l'agonie du personnage, dont l'objectif fixe l'inéluctable fatalité.

 

Max et les ferrailleurs sera un film plus personnel qui pose avant l'heure un regard sur la banlieue et la délinquance et met face à face deux personnages forts : un flic inquiétant Michel Piccoli, aussi rigide qu'un pasteur anglican, que son manque de discernement entraînera vers l'autodestruction, et une prostituée très digne, incarnée par Romy Schneider qui ajoute à sa beauté un rien de vulgarité. Cette complexité des sentiments se retrouvera dans César et Rosalie où les personnages sont à leur tour pris dans la spirale de la remise en question et de l'incompréhension. Car quoi de plus difficile et de plus imprévisible que les rapports humains ? - se demande en notre nom le metteur en scène qui cerne ses héros au plus près de leurs sentiments intimes en véritable clinicien. Le trio formé par Romy Schneider, Yves Montand et Sami Frey est inoubliable dans une variation bien tempérée, à la fois musicale, sensuelle et nostalgique. Sautet dira qu'il voulait montrer des êtres qui soient tous, ou presque tous, en danger de désespoir. Il sut le faire avec autant de tact que de sensibilité.

 


Les films suivants dont   Vincent, François, Paul et les autres  ( 1974 )  Mado  ( 1976 ) et  Une histoire simple  ( 1978 ) sont des portraits de groupe des années 60, quadragénaires déjà usés par la vie et une solitude paradoxale. La vision collective permet d'observer chacun d'entre eux lors de ses rapports plus ou moins conflictuels  avec les autres et d'analyser les raisons de ces tensions. Le cinéaste démontre ainsi que les situations les plus conventionnelles peuvent être lourdes de conséquences et explore une génération dont la vie quotidienne prend l'allure d'un combat pour la survie. Nous sommes frappés par leur vulnérabilité et par ce danger de désespoir auquel ils sont confrontés, en une suite d'affrontements permanents.


   


 

Après quelques années de silence, Sautet reviendra en force derrière la caméra en rajeunissant ses acteurs et collaborateurs. Ce seront Quelques jours avec moi ( 1988 ) où il passe de manière subtile du drame passionnel à l'ironie tragique, servi une fois encore par des comédiens remarquables, la lumineuse Sandrine Bonnaire et Daniel Auteuil dans l'un de ses meilleurs rôles,  Un coeur en hiver   ( 1991 ) et  Nelly et Monsieur Arnaud   ( 1995 ), magnifique trilogie de la maturité où l'intensité des sentiments contrariés, loin de toute emphase et prétention, s'enferment dans l'espace intime d'une délicate musique de chambre. D'ailleurs l'auteur, lui-même, affirmait qu'un film n'est autre que de la musique faite avec des acteurs, une dramaturgie, des anecdotes, des péripéties. Et il se consacrera avec talent à nous la faire entendre. Avec son réalisme poétique et profondément humain, ses plans silencieux, Sautet s'inscrit dans la lignée des plus grands, faisant des choses de la vie, les choses de notre vie et, de sa caméra, le témoin troublant de notre quotidien.

 

Pour lire les articles consacrés à Romy Schneider et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT         

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 09:59

       


Dix ans de préparation pour ce film qui est tout ensemble une ode à la nature, à la beauté, à la liberté, à la solitude et, par ailleurs, une odyssée personnelle, celle d'un jeune américain frais émoulu d'une université et qui, tournant le dos à la civilisation et à nos sociétés consuméristes, abandonne sa voiture, lègue les dollars de sa bourse à une oeuvre caritative et prend la route pour un voyage initiatique, effaçant ses traces au fur et à mesure de son avancée, afin de se fondre à tout jamais dans la nature. Sa vraie naissance - dira-t-il - au long de ce parcours raconté en une suite de brefs épisodes et sous forme d'un journal intime par ce héros au beau sourire, qui a largué les amarres et fait retour à la vie sauvage.

 

Emile Hirsch. Paramount Vantage


Christopher était le nom réel de cet Ulysse des temps modernes, épris d'indépendance et de grands espaces qui mourut en 1992 après deux années d'un itinéraire qui, au fil des semaines et des mois, s'avéra être une rédemption, un retour aux sources, à l'espérance, à la reconquête d'un moi perdu.
Une enfance difficile, au sein d'un couple conflictuel, avait amené le jeune homme à renoncer à poursuivre une existence, tracée d'avance, de cadre supérieur formaté à Harvard. Sean Penn, le réalisateur, dont on comprend vite qu'il a trouvé en cet aventurier le catalyseur idéal de ses propres fantasmes, a poussé la reconstitution à l'extrême jusqu'à rebâtir à l'identique le car désaffecté où Christopher acheva sa brève existence. Rien n'est laissé au hasard de la désocialisation progressive de ce héros qui avait choisi de gagner l'Alaska, sa terre d'élection, par le chemin des écoliers. Son retour à la vie primitive, son grand plongeon dans une nature quasi vierge ne se feront pas sans douleur. Si la nature, chantée en une succession d'images sublimes, lui offre sa beauté suffocante, ses immensités âpres et sauvages, si elle contribue à installer en lui-même le mythe de la terre reconquise, elle apporte aussi son lot d'épreuves et la mort. Sous l'apparence d'une fleur, hélas vénéneuse qu'il a confondu avec une autre comestible et qu'il avalera par mégarde, il tombe dans un état de grande faiblesse et parvient à ce seuil où il n'est plus de retour possible, comme le ferait un jeune dieu qui, ayant compris le sens de la vie et atteint le Nirvana, se retirerait du monde des hommes pour s'avancer triomphant vers l'autre lumière. C'est cet ultime message que le metteur en scène propose : celle d'un homme qui accepte sereinement la traversée du miroir, parce qu'il a bouclé sa vie, en un accéléré de deux ans, et compris que le bonheur n'existe que s'il est partagé.

 


Emile Hirsch. Paramount Vantage

 

Rencontre avec soi d'abord, rencontre avec les autres ensuite, cette route est avant tout une quête intérieure, une découverte de la foi qui fait basculer de l'égoïsme à l'altruisme, de l'enfance à l'âge adulte, du doute à la certitude, de l'insoumission à la sagesse, et se réalise dans cette mort acceptée comme le passage définitif, l'entrée dans l'Alaska spirituel.


Servi par un narratif admirablement cadencé, économe de mots afin de mieux atteindre l'essentiel, silence expressif capté par une imagerie grandiose,  Into the wild  est une totale réussite, un film concertiste, où le héros inscrit sa partition dans celle plus symphonique de la nature, en une suite de mouvements rythmés par ses rencontres. Et ces rencontres seront décisives, chacune apportera son lot de chaleur et de tendresse, infinie consolation humaine : tour à tour Christopher se liera d'amitié avec un exploitant agricole pour lequel il travaillera, un couple de hippies sympathique et convivial, une jeune fille qui lui offrira un amour qu'il ne peut encore accepter mais dont il conservera en pensée l'image radieuse, enfin un vieux militaire qui lui proposera de l'adopter pour qu'il hérite de ses biens et ne soit plus dans une situation aussi aléatoire. Interprété par Hal Holbrook, ce personnage est particulièrement touchant et la scène de leur adieux l'une des plus poignantes du film.

 


Emile Hirsch et Hal Holbrook. Paramount Vantage


Ces rencontres constituent les étapes capitales de son cheminement personnel, contribuant à son éveil aux autres dans un contexte tellement plus authentique que celui de ses années en université, et autant de révélations pour conforter l'altérité. Emile Hirsch, conduit d'un doigté sûr par son metteur en scène, campe avec une force, une humanité, une sincérité captivantes le personnage de Christopher et assume pleinement le mythe du vagabond inspiré, ses joies, ses emballements, ses craintes, ses doutes. Il ne cesse de nous toucher, de nous questionner, de nous bouleverser par cette sorte d'élan irrésistible qu'il manifeste, jusque dans ses instants d'abattement ; il est en permanence dans une attitude positive, poursuivant sans faiblesse son périlleux défi. Magistral.

 

4-e-toiles 

 

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SEAN PENN - PORTRAIT

  

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INTO THE WILD de SEAN PENN
INTO THE WILD de SEAN PENN
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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 12:36

 Collection Christophe L. ARP Sélection Corbis Sygma 


En Novembre 1957, Françoise Giroud fit la une de l'Express avec pour titre " La Nouvelle Vague ". L'image était lancée. Certes la journaliste ne parlait pas de cinéma mais commentait une enquête sur la jeunesse, dont le comportement et les habitudes surprenaient leurs aînés. L'année suivante, la France, pays réputé conservateur, se dotait d'une nouvelle constitution et plaçait un nouveau président Charles de Gaulle ( qui n'était pas de première jeunesse cependant ) à la tête d'une société prospère mais vétuste.
A la fin des années 50, le cinéma français était à l'image du pays : des réalisateurs non dénués de talent mais souvent âgés et peu inventifs, menuisaient la " qualité française " à l'intérieur de studios poussiéreux, selon des formules rodées au cours des années 30 et se pliaient à une réglementation protectionniste qui limitait l'accès à la profession. Voilà justement ce que la jeunesse entendait changer et tout particulièrement quelques personnalités fougueuses regroupées autour d'André Bazin et des Cahiers du Cinéma, que l'on appellera, par la suite, les jeunes turcs et dont les noms étaient : Chabrol, Malle, Truffaut, Doniol-Valcroze, Rohmer, Rivette, Godard, jeunes qui entendaient imposer au 7e Art vieillissant la politique des auteurs. Les vrais cinéastes ne sont pas des artisans mais des artistes à part entière, à l'égal des écrivains, des peintres ou des musiciens - proclamaient-ils, non sans raison. Grâce à des caméras mobiles, ils entendaient saisir la réalité sur le vif, s'approcher au plus près de l'être, le surprendre dans son intimité, dévoiler ce qui se cache derrière l'apparence des choses. En quelque sorte initier un cinéma vérité qui traque ce qui est le plus secret ou le plus privé et nous restitue la vie dans son authenticité.

 

      

 

Cette Nouvelle Vague fut d'une ampleur exceptionnelle, au point de remettre en cause les mécanismes de la production, avec l'adoption de méthodes de tournage permettant d'en abaisser considérablement le coût et un nouvel état d'esprit valorisant l'idée d'auteur aux dépens d'une conception plus technique du cinéma.
La démarche ne manquait pas d'audace et nous a valu, au début, quelques films expérimentaux, prototypes d'un cinéma en pleine mutation. Ce qui primait était d'utiliser les personnages, les situations, les dialogues de façon à imposer son point de vue, à imprimer sa marque. Chaque réalisateur devait être en mesure de faire passer ses préoccupations personnelles dans un matériau étranger, de manière à se l'approprier. Mais il arriva que ce cinéma- vérité soit battu sur son propre terrain par un cinéma bourré de littérature et d'artifices, ce qui allait à l'encontre du but recherché. Heureusement, la personnalité du créateur finissait par faire la différence, mais beaucoup d'entre eux, restés sur le bas-côté, ne laissèrent qu'un pâle souvenir.

En 1958 et 59, Chabrol - qui sera le premier de la bande à plonger hardiment dans le long métrage - disposant de moyens financiers grâce à un petit héritage familial, tourne coup sur coup Le beau Serge  et  Les cousins.  Le passage à l'acte prendra les allures d'une aventure collective, confirmant la rumeur propagée par certains qu'il s'agit bien d'une bande de copains. Non des soudards, mais des jeunes gens enthousiastes, unis par la même idée du cinéma en tant qu'art, cela dans un formidable climat de stimulation et d'entraide.
Au générique de ces films, on verra revenir le nom des mêmes acteurs : Jean-Paul Belmondo, Gérard Blain, Bernadette Lafont, Jean-Claude Brialy, Anna Karina, des mêmes scénaristes Paul Gégauff, Jean Gruault, en passant par les mêmes assistants et opérateurs. Une grande équipe s'est mise en ordre de bataille pour rénover de fond en comble l'art cinématographique et faire passer un formidable message de modernité. Comme l'écrira Truffaut :

 
Les jeunes qui ont pu trouver les capitaux par leur famille - cas de Louis Malle, Chabrol et moi-même - ont fait les premiers films de la N.V., mais le succès de ces premiers films a permis à ceux qui venaient derrière, et n'auraient pu réunir tout de suite des capitaux, de trouver des financements auprès de petits producteurs opportunistes. En deux ans, tous ceux qui voulaient faire des films aux Cahiers l'ont fait. Ces films ont été conçus dans la même optique que celle d'Hiroshima, c'est-à-dire en prévoyant le pire. Ce sont des films qui ont été tournés dans de telles conditions d'économie, en général 30 ou 40 millions d'A.F., qu'une exploitation minime suffisait à amortir ".


  Beta Film GmbH 


C'est à ce moment que Truffaut tourne  Les quatre cents coups,  dont il puise l'inspiration dans sa propre adolescence. Ce film fera l'effet d'une bombe et à Cannes l'expression N.V. sera sur toutes les lèvres. Le monde entier s'en empare. Le phénomène " jeune " emporte tout sur son passage. Doniol-Valcroze écrira dans les Cahiers :  La porte ébranlée sous les coups de Chabrol, Franju, Rouch, Reichenbach et autres gaillards du même acabit, soudain cède et un avenir commence.
Suivra  A bout de souffle de Godard, seul vrai succès public qu'un film de ce cinéaste remportera spontanément et, ce, sans l'apport de vedettes. Il apparaîtra bientôt comme le film-manifeste, après Le beau Serge, qui illustre idéalement la théorie et la pratique du cinéma d'avant-garde. Alors que ce film ne renie nullement une inspiration classique, tant son auteur s'essaiera à faire revivre un cinéma ancien et aimé. Avec lui et grâce à lui, Godard révolutionne définitivement l'écriture cinématographique et on ne peut nier qu'il y aura un avant et après A bout de souffle.

 

Mais le temps passe, les films succèdent aux films et si les jeunes cinéastes se serrent les coudes, chacun tente néanmoins de creuser son trou en toute indépendance économique. Le but n'est-il pas de prouver que, dorénavant, on peut réaliser des films dans les mêmes conditions qu'un amateur, en obtenant un produit de format professionnel exploitable commercialement. Mais s'ajoutaient à cette contrainte d'autres paramètres que la N.V. s'était fixée dès le début : de préférence des décors naturels, une équipe ultra légère, des acteurs non professionnels, si bien que ces impératifs finirent par user les cinéastes et signer la fin de la N.V. Truffaut l'écrira sobrement : Chacun est resté fidèle à lui-même mais, en le faisant, il s'est éloigné des autres. A l'actif de ce mouvement, on peut porter ceux d'un dépoussiérage du cinéma français, d'une libération des formes et de l'écriture, d'un nouvel accent empreint de vérité et de sincérité, d'une personnalisation des oeuvres. Mais la cohabitation ne pouvait durer pour la bonne raison que les sensibilités et les tempéraments étaient trop différents. La vague retomba comme toutes les vagues et de nouveaux auteurs purent, à leur tour, écrire sur le sable redevenu lisse.

 

 Telle est la leçon à retenir de la Nouvelle Vague et le sens de cette fameuse  politique des auteurs  qu'elle inventa d'abord et illustra ensuite avec plus ou moins de bonheur. Grâce au recul dont nous jouissons aujourd'hui, nous comprenons mieux les réticences que ce cinéma suscita, en provoquant volontairement une rupture dans le 7ème Art. En 1962 Godard déclarait, plus modéré qu'à l'ordinaire :
" La critique nous a appris à admirer à la fois Rouch et Eisenstein. A ne pas condamner un genre de cinéma au profit d'un autre. A ne pas refaire ce qui a déjà été fait. Tout écrivain contemporain sait que Molière et Shakespeare ont existé. Nous avons été les premiers réalisateurs à tenir compte de l'existence de Griffith. Même Carné, Delluc, René Clair n'avaient pas de base critique et historique réelle. Renoir lui-même n'en avait guère plus : mais lui, bien sûr, avait du génie."

Ce mouvement de la Nouvelle Vague n'en a pas moins engendré une postérité nombreuse. Elle constitue d'ailleurs la plus grande part du cinéma français actuel. Sans elle, des cinéastes aussi divers que Cavalier, Pialat, Pascal Thomas, Jean Eustache n'auraient probablement pas existé. Et si une oeuvre comme celle de Tavernier s'est édifiée en opposition presque absolue avec son héritage, n'était-ce pas une manière de reconnaître sa dette envers lui ? Malgré ses excès, ses erreurs et ses reniements, la Nouvelle Vague n'en a pas moins été une démarche fructueuse et une étape nécessaire qui a évité au cinéma de se scléroser ou de se laisser rattraper par un trop précoce vieillissement. Ce coup de gueule, ou plutôt cette torche vive, qui mit le feu au poudre, nous a valu un cinéma vivant, ragaillardi, immédiat et accessible qui a exploité, à bon escient, et sans se départir de sa poésie, l'originalité profonde du 7ème Art.


Pour lire les articles consacrés aux acteurs de la N.V. et à Louis Malle, Resnais, Demy, Chabrol, Truffaut, Godard et Rohmer, cliquer sur leurs titres :   

 


 LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE      LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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 Corbis Sygma Collection Christophe L. Corbis Sygma

 

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 10:18

Universal Pictures   Films sonores Tobis

 


René Clair,de son vrai nom René Chomette, était né à Paris le 11 novembre 1898. Fils de savonnier, il grandit dans le quartier des Halles et commença sa carrière comme journaliste à l'Intransigeant, tout en écrivant des paroles pour la chanteuse Damia. Puis, il s'essaya comme acteur dans plusieurs films : Le lys de la vie, l'Orpheline, Parisette et prit alors le pseudonyme de René Clair.

 

C'est en 1922 qu'il se lance dans la rédaction d'un premier scénario " Le rayon diabolique", qu'il adapte et réalise lui-même un an plus tard et qui sortira dans les salles en 1923, avec un titre plus attrayant  "Paris qui dort". Néanmoins, ce n'est pas avec ce premier long métrage qu'il accédera à la célébrité, mais avec le suivant, la commande d'un court métrage, dont l' objet est de distraire les spectateurs durant l'interruption entre deux ballets. Cette réalisation, peu habituelle, prendra d'ailleurs pour titre celui d'Entracte en 1924. D'inspiration dadaïste, groupe que René Clair  fréquentait à l'époque, elle va faire scandale et assurer ainsi, à son jeune auteur, la notoriété qu'il souhaitait pour poursuivre sa carrière d'écrivain et de cinéaste. Vont se succéder des films étincelants qui ont marqué les mémoires : Ma femme est une sorcière ( 1942 ), Le silence est d'or ( 1947 ), enfin  La beauté du diable  ( 1949 )où il revisite le mythe de Faust avec, dans le rôle principal, Gérard Philipe. Cette rencontre va compter pour René Clair, qui découvre, en cet acteur exceptionnel, son double : un être à la mélancolie élégante. Dans le film Les belles de Nuit ( 1952 ) qu'il tourne avec lui, le cinéaste crée une variation subtile sur la porosité desétats de veille et de sommeil,  ligne indiscernable qui sépare la réalité de l'imaginaire, le vécu de l'espéré, s'inspirant de cette pensée de Blaise Pascal : " Si nous rêvions toutes les nuits de la même chose, elle nous affecterait autant que les objets que nous voyons tous les jours. Et si un artisan était sûr de rêver toutes les nuits qu'il est roi, je crois qu'il serait presque aussi heureux qu'un roi qui rêverait toutes les nuits qu'il est artisan".

 

L'histoire est simple : celle d'un modeste professeur de musique dans une ville de province. Ses élèves ne partagent pas sa passion et le chahutent, les femmes paraissent l'ignorer et ses compositions musicales ne plaisent pas davantage. Il s'ennuie et se lamente. Et voilà que, lors d'une leçon particulière qu'il donne et où il s'ennuie plus qu'à l'habitude, il sombre dans un profond sommeil. Qu'advient-il ? Contrairement à ce qu'il vit quotidiennement, ce rêve le comble en lui apportant gratification, amour et succès. Est-ce le bonheur enfin réalisé, le rêve plus fort que la vie ? Partition  sur laquelle René Clair va donner toute sa mesure, celle d'un poète, d'un enchanteur, servi par une distribution brillante.

 

Cette fable délicieuse et morale, qui nous montre que le songe peut être aussi trompeur que la réalité, finit bien, puisque l'obscur professeur, en se réveillant, s'aperçoit, juste à point nommé, qu'il y a mille bonnes raisons d'aimer la vie, dès l'instant où l'on met en elle un brin de rêve, un rien de saveur.

Il est amusant de souligner que cet ardent défenseur de l'art du silence fut, par une ironie du sort, l'auteur du premier film parlant français.  Sous les toits de Paris refuse l'invasion par les dialogues et écarte le parallélisme du son et de l'image, auquel il préfère le contraste et le contre-chant. Lui-même se voyait davantage en pourvoyeur d'idées qu'en styliste. C'est la raison pour laquelle il fit ses premiers pas dans l'audiovisuel à reculons, adoptant une curieuse stratégie : il s'interdira l'usage simultané du son et de l'image. Tantôt nous avons la parole sans l'image ( une querelle d'amoureux dans la pénombre ), tantôt l'image sans la parole ( une scène vue à travers la vitre d'un café ). Ces jongleries, même si elles relèvent du gag, ont défini le style de René Clair, malgré lui.


     


Aussi, au début des années 50, était-il considéré comme le metteur en scène français le plus important pour son réalisme poétique, l'ambiance aimable et bon enfant qui caractérisent une part de sa filmographie. Car René Clair, c'est d'abord un regard amusé sur les êtres humains, un ton alternant tristesse et humour, un contact direct avec le public. Henri Langlois notait qu'il représentait au regard de l'étranger la personnification de l'esprit français, en digne successeur de Molière et de Feydeau. Il n'en a pas moins travaillé en Grande-Bretagne où il réalisera deux films dont l'excellent Fantôme à vendre,  dans un esprit parfaitement proche de l'esprit britannique, puis à Hollywood  La belle ensorceleuse,  film construit autour de la star Marlene Dietrich et surtout  Ma femme est une sorcière  qui prouve la constance de son style dans un contexte différent. Il signe son retour en France avec  Le silence est d'or,  une oeuvre où il s'attendrit, non sans nostalgie, sur l'époque du muet. Puis viendront Les grandes manoeuvres et  La porte des Lilas  où apparaît un certain désenchantement, avant que René Clair ne cède à une production plus commerciale et moins inspirée et que la défaveur ne fonde brusquement sur lui. Après avoir été porté aux nues, il tombe en disgrâce. Mais pourquoi ce discrédit soudain ? Certes, ces derniers travaux s'avéraient assez médiocres, son attitude était perçue comme hautaine, et il était devenu à la mode de tuer le père et de dénigrer ses films. Robert Bresson - qui avait travaillé avec lui - considérait que Clair avait privilégié le spectacle au mépris de l'écriture. D'ailleurs Clair lui-même se plaisait à dire qu'une fois son scénario bouclé, le film était quasiment fait. L'écriture littéraire était son jardin secret, moins l'écriture cinématographique. C'était déjà l'installation dans une immortalité qui en ferait un cinéaste classique mais dépassé et son entrée solennelle à l'Académie française.

 

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 10:51

Affiche américaine. Warner Bros.         
 

L'étrange histoire de Benjamin Button est à la fois une fable fantastique, un film d'amour et un chef-d'oeuvre de virtuosité technique, qui nous conte - pendant près de 3 heures - une histoire rocambolesque que l'on pourrait qualifier de " retour vers le futur". Et de quelle histoire s'agit-il plus précisément ? Celle de Benjamin Button ( Brad Pitt ), né à la Nouvelle-Orléans, le jour de l'armistice de la Première Guerre Mondiale, victime d'une étrange et pathétique anomalie, puisqu'il est venu au monde, non comme un nouveau-né, mais comme un individu dont la peau et l'organisme présentent toutes les séquelles d'un vieillard de 80 ans. Au bout de quelques mois, et à mesure qu'il grandit en taille, on s'aperçoit que sa vie au lieu de descendre le temps, le remonte, et qu'il est condamné, heureusement ou malheureusement, à rajeunir au lieu de vieillir au fil des ans. Cette singularité aura l'avantage d'allier à sa compétitivité une expérience acquise indéniable mais lui causera d'innombrables problèmes vis-à-vis de son entourage et plus spécialement auprès de Daisy ( Cate Blanchett ), la femme dont il s'est épris. Rencontrée, alors qu'elle n'était qu'une fillette, leur relation, mise à l'épreuve de la durée effective du temps, sera à l'origine de leur drame personnel, dont je ne veux pas vous dévoiler les tenants et les aboutissants, pour ne pas vous priver du plaisir de le découvrir vous-même.

 

Librement adapté d'une nouvelle de Scott Fitzgerald, l'auteur de Gatsby le Magnifique, le projet était déjà à l'oeuvre dès 1990, mais le défi narratif et surtout technologique d'un film, dont le héros vieillit à l'envers, semblait impossible à assurer, faute d'effets spéciaux convaincants. Par chance, les images de synthèse, ne cessant pas de se perfectionner, le cinéaste David Fincher, qui avait repris le projet à la suite des abandons successifs de Steven Spielberg, Ron Howard et Spike Jonze, entendait bien en assurer la gageure : faire exister un héros qui remonte le temps au lieu de le descendre.

" Ce fut un travail de longue haleine - avouait-il à un journaliste - il doit y avoir près de 350 plans truqués dans le film et je peux vous dire que la création d'un personnage comme Benjamin Button n'a pas été une partie de plaisir ". On veut bien le croire.

 


Brad Pitt et Cate Blanchett. Warner Bros. France


 

Après un test au résultat aussi impressionnant que coûteux, le feu vert fut enfin accordé par les producteurs. Si Brad Pitt interprète le rôle de Benjamin Button pendant les deux dernières heures de la projection, durant les cinquante premières minutes, lorsque le personnage est sensé avoir entre 80 et 65 ans, le corps de celui-ci est une doublure de petite taille et la tête une création de synthèse, à partir du visage vieilli de l'acteur. Le même procédé fut utilisé pour donner vie à Gollum  dans "Le seigneur des anneaux" et à King Kong, mais perfectionné de façon à obtenir un rendu plus subtil.

" Cela peut paraître intimidant et désincarné sur un plateau - soulignait le metteur en scène - mais cela recrée une certaine intimité avec les acteurs, qui se sentent moins exposés et peuvent mieux intérioriser leurs émotions, sans composer avec les costumes, les décors et la présence d'une équipe de tournage importante ".  


Brad Pitt et Cate Blanchett. Warner Bros. France

 

Il faut également souligner qu'il est quasi impossible de détecter l'utilisation massive d'images de synthèse, qui ont gâché pas mal de films auparavant, mais qui,  utilisées avec doigté par un Fincher passé maître, à la suite de son opus précédent "Zodiac" des effets spéciaux invisibles, parvient à rendre indiscernable la frontière entre film en prises de vue réelles et cinéma d'animation digitale. Cette maturité obtenue, après des réalisations moins convaincantes, comme "Fight club" et "Panic", permet à David Fincher de signer là son film le plus accompli, ne serait-ce que pour les raisons suivantes : la prouesse technologique ne ternit pas l'inspiration ou la beauté picturale des images, pas davantage qu'elle n'affaiblit l'émotion. Quant à Cate Blanchett, elle irradie d'aisance et de beauté, alors que Brad Pitt me semble moins à l'aise que d'habitude, un rien absent. Néanmoins, ils forment tous deux un couple très glamour, à la recherche d'un temps commun, ce qui est pour le moins l'originalité et l'audace de ce film. Avec cette fresque passionnante et cet exploit filmique qui, sans nul doute, feront date, David Fincher fait une entrée remarquée dans le clan des grands conteurs, de la lignée des Spielberg et des Cameron.

 

3-e-toiles



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Cate Blanchett. Warner Bros. France

 

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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

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