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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 12:43

Diaphana Films        VIDEO


Après la mort de son mari, tué dans un accident de voiture, Shin-ae décide de s'installer dans la ville natale de ce dernier, Miryang, avec son fils June, et de donner des leçons de piano pour survivre. Ce nouveau départ sera néanmoins laminé par le déroulement implacable de funestes événements. June est enlevé et tué par un déséquilibré mental, après que celui-ci ait exigé une rançon de la mère que certains croient riche, car elle a, à un moment, désiré faire l'acquisition d'un bien immobilier. A partir de là, la vie de Shin-ae chancelle et la tragédie la plus noire va submerger l'écran et nous emporter dans son ténébreux limon, sans apporter de réponse à aucune de nos interrogations et signifié, ou mieux symbolisé, le titre du film : " luminosité secrète ".

Secret Sunshine  est une implacable étude de moeurs qui renvoie dos à dos la famille ( incapable de porter secours à la jeune femme ), les voisins ( victimes d'a priori et d'hypocrisie ), les croyants ( eux-mêmes tentés par l'adultère et inhibés dans des rituels enfantins ), si bien qu'après avoir cédé à des impératifs religieux insuffisamment structurés, connu toutes les formes du désespoir, cela jusqu'au suicide, la jeune femme comprend que le seul secours à cette fatalité qui semble la poursuivre, ne peut venir ni du ciel trop bleu et trop lumineux, ni de la terre boueuse, saturée d'épreuves, mais d'elle seule.


Song Kang-Ho et Jeon Do-Yeon. Diaphana Films


Quant à cet invisible, présent tout au long du film, il n'est autre que l'appel d'amour que Shin-ae incarne et que personne ne semble en mesure de lui donner, pas même le garagiste mal dégrossi et seul personnage qui ait à son égard une réelle tendresse, mais qui ne sait ni l'exprimer, ni la concrétiser, pas plus qu'il n'est apte à vivre auprès d'elle une relation authentiquement amoureuse. Il apparaît ainsi que le drame de Shin-ae n'est pas tant dans les épreuves qu'elle traverse que dans l'incapacité des autres à la comprendre, à lui proposer d'autres solutions que des prières naïves et répétitives et d'ignorer la lumière qui est en elle, flamme vacillante qui ne parvient même pas à l'éclairer personnellement.

L'interprétation de  Jeon Do-yeon  est digne d'éloges. La jeune actrice habite son rôle avec une ferveur, un engagement total, mais le personnage que le cinéaste lui a demandé d'incarner manque de subtilité, de finesse, il est sans nuances avec des changements d'attitudes et de comportements brutaux que l'on comprend mal. Il y a de la part de cette jeune héroïne, autour de laquelle le film se construit, une rigidité déconcertante, une suite d'apprentissages qui va de faillites en désillusions, frôlant les gouffres à tous moments, en fonction d'états d'âme successifs et paroxysmiques qui nous échappent le plus souvent. Oeuvre non de renaissance mais de survie improbable entre douleur extrême et haine, cette épopée intimiste n'a pas vraiment su m'émouvoir. Trop sombre, trop abrupte, trop concentrée sur une douleur absolue quasi indépassable, celle-ci m'a tenue en lisière. C'est d'autant plus dommage que ce long métrage avait tous les ingrédients pour être un grand film. Mais nous sentons bien que nous devenons avec cet opus les otages d'un flux émotionnel surabondant. Et Dieu dans tout cela ? Filmé sur le mode documentaire frisant la caricature, le point de vue de l'auteur reste sur ce plan tout à fait incertain, car trop simpliste, n'abordant aucune voie de rédemption plausible. Au point qu'aucun interstice de lumière ne s'offre à nous, qu'aucun apaisement ne s'entrevoit, que ce film donne dans l'inconsolable et que l'on sort de la salle hébété par une douleur totalement envahissante.

 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Lee Chang-dong, cliquer sur son titre :

 

LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 


Jeon Do-Yeon. Diaphana Films

 

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 10:32

 film-chant-des-mers-du-sud-144346.jpg


Qui es- tu ? Je suis la reine des mers du Sud. Alors guéris-moi de mon chagrin.

Ivan est russe, son voisin Assan est kazakh. Ils vivent en voisins dans un petit village, mais la vie n'est pas facile pour Ivan qui craint que l'enfant que sa femme vient de mettre au monde ne soit le fils d'Assan, pour la raison qu'il a les cheveux noirs et les yeux bridés. Alors qu'il est blond comme un moujik. Et la vie l'est bientôt davantage, car l'enfant se révèle rebelle et préfère dresser les chevaux sauvages que d'aller à l'école. S'ajoute à ces soucis le peu d'égard et d'estime que la famille d'origine cosaque de sa femme manifeste à son intention. Aussi Ivan, le moujik, ne cesse de ressasser son amertume, de se battre avec son beau-frère, de s'isoler et se disputer violemment avec sa compagne Anna. De désespoir, il se rend chez son grand-père et apprend l'histoire de sa famille. Des nomades qui vivaient sous la yourte, faisaient paître leurs troupeaux, tout en se mélangeant parfois, au hasard des rencontres et de l'amour,  et cela contre la volonté des aînés.
Mais ces ancêtres furent décimés par les armées du tsar. Ainsi, des générations partagées entre haine et amour, entre chrétiens et musulmans, européens et asiatiques n'ont -elles cessé de tisser des liens étroits et d'écrire une histoire de passion et de fureur. Heureusement, les chants des mers du sud consolent les hommes affligés, partis à la quête de la paix, en un voyage réel et imaginaire.

 

Ce conte onirique nous fait voyager dans les paysages de l'Asie centrale, une région où les frontières se fondent. Dans les films de Marat Sarulu, le thème du voyage est récurrent.  Mes personnages sont à la recherche de leur voie - déclare le réalisateur. Ils voyagent à travers leurs pays, leurs origines, leurs pensées.
Il n'est donc pas question ici d'une simple métaphore du voyage, mais d'un périple intérieur dont la ligne de mire est de se trouver, se retrouver.
Marat Sarulu révèle que Chants des mers du sudest l'aboutissement d'un projet entre quatre pays d'Asie centrale, ce qui lui a permis de recueillir plus aisément les fonds nécessaires à sa réalisation, grâce à cette aide partagée.
Dès lors, il a pu construire son scénario et tourner ce quatrième long métrage qui fait suite à  In Spe  ( 1993 ),  My brother silk road  ( 2002 ), Rough river placid sea ( 2004 ). La rudesse du thème choisi et son authenticité de traitement frappent et dépaysent d'emblée le spectateur. J'ai bien aimé ce chant sauvage, âpre, d'une terre qui semble ouverte à tous les horizons, tous les brassages, tous les affrontements, toutes les influences, tous les passages. Quelque chose de violent, risible, puis apaisé vous saisit. La beauté est présente, mêlée à la douleur de ne pas être assuré de la route, de s'égarer en ses propres méandres, victime de ces immensités intérieure et extérieure qui, en permanence, voilent leurs contours.


Pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 17:27

En juin 1940, Paulette, une fillette de 5 ans, et ses parents sont jetés, comme des centaines de familles, sur les routes de l'exode. Un bombardement tue net le couple, laissant la fillette seule au bord d'une route inconnue. Elle est recueillie par les Dollé, une famille de paysans. Paulette refuse de se séparer du cadavre de son chien, qu'elle veut enterrer. Le fils des Dollé, Michel, âgé de 11 ans, aménage un cimetière d'animaux, où les deux enfants ensevelissent solennellement d'autres bêtes. Une complicité profonde s'installe entre Paulette et Michel...
 

Avec ce film tourné en 1951, René Clément donne vraiment la mesure de son talent. Jeux interdits, Lion d'or au Festival de Venise en 1952 et Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1953, doit son impact à l'évocation du drame de l'exode et à l'histoire bouleversante de deux enfants qui tentent de sauvegarder une part de leur innocence face aux jeux absurdes de la guerre et à l'incompréhension et froideur du monde adulte. "La prison, l'aliénation commencent dès l'enfance" - dira René Clément, s'accordant sur ce point avec Luigi Comencini, qui traitera ce thème tout au long de sa carrière. Le sujet était difficile et le mérite de Clément est d'avoir évité un sentimentalisme larmoyant et donné une vision juste et émouvante de l'univers poétique de l'enfance aux prises avec les horreurs de la guerre, servi par la musique mélancolique du guitariste  Narciso Yepes.


On y découvre une petite fille de cinq ans qui, sur les routes encombrées de l'exode, voit son père, sa mère et son petit chien mourir à ses côtés, tués par les raids aériens allemands. Alors qu'elle erre seule dans la campagne, son chien mort dans les bras, elle rencontre un garçon de onze ans, Michel, dont la famille accepte de la recueillir momentanément. Avec Michel, son complice, elle va enterrer son chien et créer un cimetière pour les animaux morts, jeu macabre au cours duquel les deux enfants essaient d'apprivoiser la mort et de lui prêter une dimension plus humaine. Jusqu'au jour où des gendarmes viendront chercher la petite Paulette et la conduiront au centre des réfugiés, la perdant une fois encore parmi les autres, séparée à jamais de son compagnon de jeux.

 

Le film suscita une immense émotion, probablement parce qu'il n'y avait pas de façon plus frappante que de montrer la guerre, et ce qu'elle engendre, à travers des regards d'enfants. L'interprétation de Brigitte Fossey, dont c'était la première apparition à l'écran, y est pour beaucoup. Son naturel, sa sensibilité, sa sincérité touchante prouvent à quel point elle fut admirablement dirigée par son metteur en scène. La direction d'acteurs n'était d'ailleurs pas l'une des moindres qualités de René Clément. Le petit Poujouly ne démérite pas non plus à ses côtés. D’autre part, la sublime musique du film joue un rôle à part entière dans cette composition en tous points bouleversante.

 

Pour consulter l'article consacré à René Clément, cliquer sur son titre :

 

RENE CLEMENT OU LE CINEMA D'APRES-GUERRE

 

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JEUX INTERDITS de RENE CLEMENT
JEUX INTERDITS de RENE CLEMENT
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 13:02

Films sans Frontières  

 

Réalisé en 1953, trois ans avant sa mort,  Les contes de la lune vague après la pluie  est le chef-d'oeuvre de  Mizoguchi,  le film qui résume idéalement sa vision des valeurs essentielles et sa relation avec l'art, souvent narcissique et égoïste, qui se doit de donner une image sublimée de la vie. L'artiste, tel que Mizoguchi le conçoit, doit passer par la beauté qu'il condamne pour atteindre la vérité qu'il défend. Si l'art doit aider à vivre, comprendre, aimer, il reste cependant extérieur, ritualisé, social et décoratif, donc dangereux et mortel. C'est ainsi que le cinéaste japonais l'exprime à travers le personnage du potier Genjuro, nous livrant, dans cet opus, une réflexion sans précédent sur le conflit des désirs masculins et féminins et la finalité inexorable de l'art. Cela, avec une précision et une poésie extraordinaire de la mise en scène. Mizoguchi utilise sa caméra pour y dessiner des plans qui rappellent la pureté des traits de pinceau des maîtres de l'estampe et nous plonge dans le grand art, celui dont les secrets échappent à l'analyse.    

 


Films sans Frontières


Jamais de pittoresque vain ou d'anecdotes futiles, mais la vérité sans détours des êtres et des choses. Néanmoins, derrière cette simplicité des cadrages et des mouvements de caméra se cachent une accumulation de détails, de matière, une richesse qui a l'élégance de rester invisible. L'art de Mizoguchi, c'est cela, une simplicité foisonnante. Peu d'effets de caméra, de travellings, mais soudain, quand ils jaillissent en cours de plan, ils ont une fulgurante beauté  - écrivait Jean-Luc Godard, après avoir assisté, émerveillé, à une projection de ces contes de la lune vague. 



Films sans Frontières

 

Ce film se déroule au XVIe siècle, dans un Japon ravagé par des guerres civiles. Dans un village, du nom de Ohmi, vivent pauvrement le potier Genjuro et le paysan Tobei avec leurs épouses respectives Miyagi et Ohama. Mais, alors que les épouses n'ont d'autre ambition que d'être les gardiennes du foyer, les hommes poursuivent des rêves d'enrichissement et de gloire. Tous deux partent à la ville dans l'espoir, pour l'un de vendre ses poteries, pour l'autre de se faire enrôler comme samouraï. Tandis que Tobei est arrivé à dérober à son beau-frère l'argent de la vente afin de s'acheter l'équipement indispensable à sa nouvelle fonction, Genjuro est entraîné par une femme mystérieuse Machiko, dernière survivante d'une riche famille assassinée par les hordes de l'armée de Shibaka, qui lui apparaît comme la femme idéale, avec laquelle il va connaître des plaisirs édoniques et réaliser, plus tard, qu'il a été le jouet d'une illusion. Ainsi l'un est-il la victime de son fétichisme féminin et l'autre le jouet de ses fantasmes de virilité triomphante qui, au final, les jetteront ensemble dans le désenchantement.



Le thème de la rédemption à travers la femme va prendre ici une dimension religieuse encore plus nette que dans  La vie d'Oharu, femme galante.  En effet, la fin se conclut par le triomphe posthume de Miyagi qui, bien que morte, insufle à son époux, revenu au foyer, le sens des réalités simples et quotidiennes qui sont celles d'une existence en accord avec la vie réelle, et par celui d'Ohama qui elle aussi va permettre à son mari de rompre avec le sortilège de la puissance fictive. D'ailleurs, en gage de sa sagesse retrouvée, ce dernier jettera dans la rivière sabre et armure, symboles dérisoires de toutes les vanités, alors que Genjuro reprendra son métier de potier auprès de son fils et non loin de la tombe de Miyagi qui semble veiller sur eux.

Ce film magnifique obtint en 1953 le Lion d'argent à la Mostra de Venise.

 

4-e-toiles



Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE,  dont La vie d'Oharu, femme galante, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 


Films sans Frontières



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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 11:19

Gaumont Columbia Tristar Films Warner Bros. France  Affiche américaine. Walden Media 

                                                                 

 

Sa rencontre avec Emma Thompson

 

« Emma et moi nous nous sommes rencontrés sur L'incroyable destin de Harold Crick. Avant les deux scènes que nous avions à jouer ensemble, on ne s'était jamais vus. Et il s'est passé quelque chose d'intéressant. Peut-être parce qu'on vient de milieux différents. Elle est de cette soi-disant école anglaise du jeu. Moi, je suis très Américain. Pourtant, on n'a eu aucun problème à se comprendre.

Entre nous, s'est créée une sorte d'intimité sentimentale.

Elle m'a dit que cela ne s'était produit qu'une seule fois auparavant dans toute sa carrière. Et ce avec Anthony Hopkins.

Ce sont des choses qui arrivent parfois. Vous allez dans une fête, le lendemain vous dites « Tiens, j'ai rencontré quelqu'un. On s'est compris, on s'est vite entendus ». Mystère ! Vous êtes incapable d'expliquer précisément pourquoi.

Avec Emma, on s'est dit qu'un jour peut-être on ferait un film entier ensemble. L'année d'après, elle m'appelle. Me dit qu'elle connaît un scénariste et réalisateur, Joel Hopkins, qui a une idée d'une structure simple. Deux personnages se rencontrent. Ils se promènent et quelque chose se passe entre eux en l'espace de 72 heures.

Emma et moi, on en discute afin de savoir comment aborder ce sujet. On se rend compte qu'on a passé beaucoup de temps - au fil de notre carrière - à se maquiller, à se costumer, à se métamorphoser.

Elle n'est pas d'une beauté conventionnelle. Moi je ne suis pas particulièrement beau gosse. On n'a jamais été énormément demandé pour des premiers rôles. On décide, cette fois-ci, d'essayer d'être aussi proche de nous-mêmes que possible. On se met d'accord là-dessus.

 

Moi, j'avais vu  Love Actually  et cette scène extraordinaire - incroyablement émouvante - entre son personnage et son mari infidèle. C'était tellement proche de sa vie privée. Elle était tellement courageuse d'exposer sa moelle à l'écran. Je lui dis que c'est peut-être comme ça qu'il faut aborder notre film. Improvisons, nous connaissons nos répliques par coeur et modifions-les, avec l'accord du réalisateur, pour les rendre plus personnelles. Ensuite, sur le tournage, tout peut arriver ! Faisons en sorte que ce soit le plus proche de ce qu'on a vécu et partagé lors de notre première rencontre. Au départ, elle était assez réticente. Elle a essayé et elle a été magnifique. Parce qu'elle est aussi une auteure et qu'elle est capable de concilier les deux. »

 

  Son Hollywood

 

« Quand on travaille depuis aussi longtemps que moi - quarante ans -, vous entendez des histoires qui n'arrivent pas aux oreilles du public.

Un exemple, Johnny Depp, qui passe sa vie à essayer d'être un artiste. J'ai toujours dit à ma femme que j'espère pouvoir travailler un jour avec lui parce qu'il fait tout ce qu'il peut pour ne pas être une star et fuir le star-system. Cela se sent dans ses choix de rôles, ses interprétations. Il est toujours un peu border-line, anti-Hollywood, anticonformiste. Exemple cette anecdote qu'il m'a racontée sur le tournage de  Neverland  que j’ai accepté parce que j'avais deux scènes avec lui.

 

Il arrive donc sur le tournage de Pirates des Caraïbes, maquillé, un peu efféminé, déguisé en Keith Richards. Le producteur et le réalisateur sont très choqués. Ils ne savent pas quoi dire, quoi faire. Après trois jours de tournage, ils arrêtent tout. Un des plus gros producteurs d'Hollywood (Jerry Bruckheimer ndlr) demande de tout refaire en disant qu'ils ont embauché un Douglas Fairbanks, un Errol Flynn, pas ce mec-là. Johnny Depp leur dit « Au revoir. Vous m'avez embauché moi, voilà ce que je veux faire du personnage ! Il n'a pas cédé et c'est pour ça que le film a marché.

Hollywood est remplie d'histoires de ce type. 

Jamais je n'aurais pu jouer aussi « laid-back » (en retrait : ndlr) si Last Chance For Love avait été une production hollywoodienne.»


Dustin Hoffman. Gaumont Columbia Tristar Films 

 

Sa carrière

« J'ai eu beaucoup de chance. J'ai débarrassé des tables et fait serveur jusque l'âge de 30 ans. Tous les castings, c'était non merci. Soudainement,  Le Lauréat  m'est tombé dessus et ma vie s'en est trouvée bouleversée. A partir de ce moment-là, j'ai eu le choix des meilleurs scripts, des meilleurs réalisateurs. J'ai travaillé avec Mike Nichols, John Schlesinger, Sam Peckinpah, Bob Fosse, Alan J. Pakula. Pour moi, c'est comme un rêve. Et ça n'a jamais arrêté.

Sauf Coppola et Scorsese - Parce qu'ils ont De Niro.

Et moi je suis gourmand et envieux ! »

 

Sa cinéphilie

 

« Quand on vieillit, on ne veut pas tomber dans le piège de ces parents qui ont toujours tendance à se référer au bon vieux temps. Tout a changé, tout serait plus superficiel que dans le temps.

Quand j'ai commencé à étudier, il y avait Truffaut, Godard, Fellini, Antonioni, Bergman, De Sica, leurs films ne passaient que dans un seul cinéma, à New York. Les seules personnes que l'on rencontrait dans ces salles étaient des acteurs, des écrivains. A cette époque, les Américains ne supportaient pas les sous-titres. Et maintenant, je vous retourne la question. Qui a pris la relève ? Il y a encore de bons réalisateurs chez vous mais pas du calibre de Truffaut.

J'adore le cinéma et je cherche toujours à me cultiver. La semaine dernière j'ai vu "Madame de" de Max Ophuls, avec Charles Boyer et Danielle Darrieux. C'est aussi moderne aujourd'hui qu'à l'époque. Les acteurs sont incroyablement subtils. Je viens de revoir également La Nuit américaine, le meilleur film jamais fait sur le cinéma. Avec Huit et demie.

Ça y est, je parle comme mon père ! »

 
Ses trophées

 

« Nous sommes tous des comédiens. C'est ce dont on se rend compte quand on étudie le jeu d'acteur. On passe la plupart de notre vie à jouer. Ça commence le matin dès que quelqu'un vous demande si ça va. Et c'est parti, vous commencez à dire une connerie. Il y a tout un monde, tout un tas de trucs qui se passent en vous et que vous gardez pour vous. Comme lors de ces moments extraordinaires de la vie - les mariages, les obsèques - tous ces événement traumatiques, trop bouleversants. Recevoir des récompenses - un césar, un oscar - pour moi c'est la même chose !

Tout le monde est ému, excité à l'idée de remporter un prix mais après toutes ces années à observer tout ça et à en gagner quelques uns, le plus important dans la vie pour moi ce n'est pas tellement gagner, c'est de ne pas perdre !

On a toujours l'impression d'être en sursis. Dieu merci, ce n'est pas un Razzie !

Donc, c'est un honneur, cela me touche mais en même temps ça n'a rien à voir avec l'émotion que vous ressentez à l'énoncé d'une seule mauvaise critique. Vous avez passé deux ans à travailler sur quelque chose, vous lisez une mauvaise critique et ça vous met en lambeaux. Vous le prenez comme un couteau dans le ventre. Et ça malheureusement, vous le ressentirez toujours plus fort que la plus belle, la plus grande des récompenses... »



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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 12:25

La Fabrique de Films      

 


Quel qu'ait été le film, j'y serais allée pour assister au face à face de deux de mes acteurs préférés, d'autant que je me doutais bien que ni l'un, ni l'autre, n'auraient donné leur accord pour un film médiocre et un scénario bidon. Ils ont mené leurs carrières respectives avec suffisamment d'intelligence et de discernement pour ne pas commettre, à leur âge, et avec leur expérience, une faute de goût. J'étais donc assurée que ma prise de risque était quasi nulle et que le film, que j'allais voir en cette fin d'après-midi presque printanière, serait, sans aucun doute, un très plaisant divertissement. Et il l'est.


Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films 


 

Oui, il serait dommage de se refuser une heure trente d'un marivaudage charmant entre gens délicats que tout oppose à première vue et qu'un hasard bienveillant va réunir pour le meilleur. En ces temps de morosité ambiante, je vous conseille vivement ce remontant euphorisant qui mêle des ingrédients de qualité comme une bonne rasade d'humour et une pinçée de nostalgie, mais a eu l'audace d'éliminer de sa formule les conservateurs et autres agents nocifs et néanmoins trop courants : la violence et la vulgarité.

Aussi, déposez soucis et inquiétudes à la porte de la salle obscure et entrez vous rafraîchir et vous rasséréner avec ce tonique de qualité, en très aimable compagnie de surcroît : un Dustin Hoffman à faire fondre le coeur le plus endurci et une Emma Thompson très classe, très expressive, très attachante en délicieuse vieille fille formidablement séduisante, que l'on aimerait croiser plus souvent sur son parcours. Oui, un film sans prétention mais qui vous assure un plaisir non stop. Ce n'est pas si mal !

 


Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films


Le réalisateur  Joel Hopkins  nous offre avec cet opus - le premier  Mariage et conséquences  en 2002 avait déjà été remarqué et gratifié d'un Bafta et du Prix du public au Festival de Deauville -  une comédie bien écrite et nous prouve, par la même occasion et pour la seconde fois, son savoir-faire, son feeling dans un divertissement aux dialogues vifs et efficaces.

 


L'histoire est la suivante : Harvey Shine, musicien américain, vient de débarquer à Londres pour assister au mariage de sa fille qu'il a un peu perdue de vue depuis son divorce d'avec sa mère et du re-mariage de celle-ci. Compositeur de jingles et obsédé par son travail, il n'est là que de passage, ayant un rendez-vous important à New-York le surlendemain. Mais de mauvaises nouvelles vont tout remettre en question, sa vie professionnelle comme sa vie personnelle. C'est grâce à un formidable coup de chance qu'il rencontre Kate, une célibataire bon chic, bon genre, d'une quarantaine d'années qui aime la lecture et sa vieille maman envahissante. La suite est sans surprise, mais si agréablement contée, si délicieusement interprétée, avec, à la clé, un message si plaisant à entendre, qu'on se laisse gagner par cette bonne humeur et cet optimisme qui, d'une rencontre réussie à un rendez-vous manqué mais rattrapé, tisse à petits points, avec charme et élégance, un ouvrage somme toute bien fait et bien cousu. Aussi ne boudez pas l'opportunité de passer un excellent moment avec ce couple... qui illustre si bien cette ultime chance de l'amour.

 

 

 Pour lire les aricles consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :

DUSTIN HOFFMAN           EMMA THOMPSON



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Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films

 

 

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 10:59

Warner Bros. France             

 


Du cow-boy taciturne et cynique immortalisé par Sergio Leone à l'ancien combattant misanthrope de Gran Torino, Clint Eastwood a derrière lui plus de 50 ans de carrière durant laquelle il a su imposer son magnétisme et sa personnalité hors du commun. Archétype du mâle dominant et héros implacable et froid, le comédien n'a pourtant jamais cessé de jouer avec son image, n'hésitant pas à la mettre en danger et en dérision et à la contredire comme pour mieux la revitaliser. Traité de fasciste dans les années 70 par une presse peu clairvoyante, il a volontairement endossé les rôles les plus antinomiques et les plus paradoxaux, du doux rêveur dans  Bronco Billy  à l'homme d'action violent, de l'amoureux transi de  Sur la route de Madison  au macho yankee dans Les proies. Acteur inclassable doublé d'un auteur original, il n'est jamais là où on l'attend, se plaisant à désorienter et surprendre son public par son inspiration singulière. Depuis qu'il s'est consacré à la mise en scène, il a retouché son image de dur en la complexifiant et en ne craignant nullement de dévoiler de fascinantes failles, entre autre celles qui ont trait à l'ambiguïté morale et à la vieillesse.

 


Clint Eastwood. Warner Bros. France


Dans le magistral  Gran Torino,  il continue à peaufiner avec intelligence son personnage de justicier et de vieux réac, conscient de ce qu'il représente aux yeux du public, tout en refusant d'en être l'otage. Interrogé par des journalistes, il a accepté de parler du personnage qu'il incarne et met en scène dans son dernier opus, ce Walt Kowalski, un peu fou et plutôt bizarre, vétéran de la guerre de Corée, soudain veuf et condamné, par les circonstances, à faire face au crépuscule de son existence, seul. Rongé aussi par le regret de n'avoir su, pu ou voulu devenir proche de ses deux fils. Le monde, qui l'entoure, lui est étranger. Il ne reconnaît plus son environnement envahi par des immigrés asiatiques. Ouvertement raciste, il voit d'un très mauvais oeil le repeuplement de son quartier, jusqu'au jour où il est obligé de prendre partie dans un conflit qui oppose ses voisins, une accueillante famille hmong, ( les hmongs ont combattu aux côtés des américains au Vietnam )  - et un gang de jeunes voyous. Mieux encore, voilà qu'il se prend d'intérêt pour l'un de ces jeunes hmongs, un garçon qui a tenté de voler sa voiture de collection, une Gran Torino 1972, sous la pression du gang, mais je n'en dirai pas plus.

Par souci d'authenticité, Eastwood a tenu à ce que les acteurs et figurants - des non professionnels pour la majorité - appartiennent à cette ethnie. Kowalski fait partie de ces hommes un peu obsolètes et non moins idéalistes qui, sur le tard, trouvent le chemin d'une rédemption inattendue, un salut ultime qui donnât sens à leur vie, fût-ce au prix d'un grand sacrifice et dont Clint avoue volontiers qu'il a mis beaucoup de lui-même.

 


Bee Vang et Clint Eastwood. Warner Bros. France

 

Ainsi, après avoir enchaîné les grandes fresques historiques et les films à Oscars, le cinéaste-interprète est-il de retour avec un film à l'intrigue linéaire et solidement charpentée, au casting exempt de stars ( sinon lui-même ) et au décor réduit à un pâté de maisons. Il est vrai que l'épure lui réussit et qu'il n'est jamais si efficace que dans le dépouillement. Sans doute est-ce ce mélange savamment dosé de drame et d'humour vachard, de mépris affiché du politiquement correct et de renvois discrets à l'ensemble de sa filmographie, qui font de ce dernier-né une réussite complète et une oeuvre attachante. Les préjugés sont désamorcés les uns après les autres dans ce récit d'initiation salvateur, aux accents humanistes et christiques, qui ne sombre jamais dans un sentimentalisme ou angélisme facile, tant la main du réalisateur est sûre et rigoureuse. Je vois là le testament de Clint, un film majeur dont chaque plan est composé comme un message à notre intention, traitant de ce qui est essentiel avec force et émotion. 

 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Clint Eastwood, cliquer sur son titre :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:12

La-Vie-d-Oharu-femme-galante.jpg 

Au XVIIIe siècle, dans un temple consacré aux mille Boudhas, Oharu, une prostituée vieillissante, croit apercevoir le visage et l'expression du seul homme qu'elle ait jamais aimé. A partir de cette scène d'ouverture, la pellicule, changée en une machine à remonter le temps, va nous conter la vie d'une femme déchue, poursuivie par la fatalité, au point que son parcours ne sera autre qu'une lente descente aux enfers digne de Dante. Tragédie certes, sous son apparence la plus sombre, thème obsédant du malheur sans cesse annoncé et vécu dans une sorte de fatalisme consentant, l'héroïne n'ayant plus qu'un rêve : apercevoir de loin son fils devenu le seigneur des lieux et s'évanouir dans le néant.

Oharu est une jeune fille de petite noblesse promise à devenir la femme d'un noble qu'elle n'aime pas, alors qu'un jeune samouraï de sa suite la poursuit de ses avances et l'assure d'un amour éternel. Mais cet amour leur est interdit, le jeune homme étant d'une caste inférieure à celle d'Oharu. Surpris ensemble par la police locale, les amants sont emmenés et livrés à la vindicte du seigneur et de sa cour : Oharu sera chassée de la province ainsi que ses parents ; le samouraï, décapité au sabre.


Inspirée d'un roman de Saikaku Ihara, cette histoire va, à partir de là, nous dérouler son impressionnante suite d'événements plus sombres et tragiques les uns que les autres. Revenue chez ses parents, Oharu est inscrite par sa mère à une école de danse et là, remarquée pour sa beauté, elle se retrouve à la cour d'un puissant seigneur, chargée d'être la mère porteuse de l'enfant, que sa femme stérile, ne peut lui donner. Oharu remplira son contrat et donnera un héritier mâle en même temps qu'elle sera répudiée pour ne pas offenser davantage l'épouse légitime. Son père, qui a fait des dettes, supposant que la situation privilégiée de sa fille lui assurerait des rentes à vie, de dépit, la vend comme courtisane à un tenancier de maison close, où sa douceur, son éducation, sa beauté la feront apprécier d'un homme apparemment riche qui désire la racheter et en faire son épouse, mais se révèle être, par la suite, un faux-monnayeur. Si bien qu'après ce nouvel échec, ses parents la recommande à une femme qui cherche une servante de confiance pour la raison qu'elle cache à son mari un secret : elle est devenue chauve à la suite d'une maladie et dissimule cette calvitie sous des postiches savamment coiffés, d'où la discrétion qu'elle exige de celle qui sera chargée de cette tâche. Oharu va s'en acquitter avec soin jusqu'à ce que le mari se souvienne l'avoir aperçue dans la maison close. L'épouse, folle de jalousie, exige son départ mais, entre temps, Oharu a rencontré un employé du mari avec lequel elle s'associe et se livre au commerce des éventails. Bonheur fugitif pour cette jeune femme qui se sent enfin appréciée, mais bonheur bientôt brisé par la mort du compagnon tué dans la rue par un voleur. De désespoir, Oharu accepte l'hospitalité de nonnes et espère redevenir une femme respectée jusqu'au moment où l'un de ses anciens créanciers abuse d'elle. Chassée du monastère, elle se fait chanteuse de rue et sera finalement recueillie par des prostituées de bas étage mais au coeur généreux. La boucle est bouclée, Oharu est retombée dans sa condition antérieure : celle d'une femme de petite vertu que l'on montre du doigt tant elle représente la déchéance inéluctable où conduisent, tout ensemble, les faiblesses de la chair et l'effroyable rigidité des moeurs de l'époque. La dernière image nous reconduit au temple des mille Boudhas, ces dieux masculins auprès desquels les prostituées, dans un éclat de rire, reconnaissent les expressions de leurs divers amants. Scène d'une grande puissance qui frappe parce que ce rire déchirant et, ô combien tragique, exprime la souffrance de ces malheureuses victimes d'une gente toute puissante qui les a réduites à n'être que des esclaves méprisées et humiliées. L'amour leur a été refusé ; elles ont été monnayées comme des objets et ont subi successivement l'autorité d'un père, ensuite celle d'un amant, d'un souteneur ou d'un mari.

 

A travers le destin d'Oharu, Kenji Mizoguchi nous montre comment l'organisation sociale d'une société féodale repose sur la toute puissance masculine. Il déroule son oeuvre comme un long poème servi par une mise en scène sobre et rigoureuse, captivante comme un diamant noir aux funèbres éclats. Comme toujours, chez ce cinéaste,  ardent défenseur de la cause féminine, le mâle ne respecte qu'occasionnellement ses devoirs les plus élémentaires, les règles traditionnelles nippones lui ayant octroyé des privilèges seigneuriaux.  La vie d'Oharu, femme galante est sorti en 1952 et dénonçait ces abus, encore fréquents, dans l'Empire du Soleil Levant  à l'égard du beau sexe et eut, pour principal mérite, avec des moyens financiers dérisoires, de propulser le cinéma japonais sur le devant de la scène internationale en obtenant le Lion d'Or au Festival de Venise de la même année. Ainsi le cinéaste livrait-il au monde un message universel et bouleversant qui sonne toujours aussi juste aujourd'hui où, un peu partout sur notre planète, des femmes sont encore monnayées et maltraitées. L'actrice  Kinuyo Tanaka  joue dans la tradition des actrices du muet ce rôle peu bavard, tout en expressions pathétiques et en une gestuelle douloureuse de femme écrasée par son destin.

 

Pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, dont Les contes de la lune vague sous la pluie, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE  



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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 11:29

Les Grands Films Classiques


Au début des années 50, alors qu'il sortait de l'IDHEC, Claude Sautet suivit le chemin escarpé de l'assistanat. Il tourna un court métrage de fiction et réalisa son premier long métrage en remplaçant au pied levé le metteur en scène Robert Dhéry. Sa filmographie personnelle commença avec deux polars traités à la manière des bandes américaines de série B,  Classe tous risques  ( 1960 ) et   L'arme à gauche  ( 1965 ). Bien que ces films n'aient pas défrayé la chronique, ils manifestent néanmoins des qualités indéniables : obsession du détail juste, modestie, recherche de classicisme qui inscrit, dès ses premières tentatives, Sautet dans la lignée des Grémillon, Becker ou Carné. Pendant quelques années, entre les longues périodes qui séparaient ses propres réalisations, Sautet se consacrera en parallèle à son second métier, celui de scénariste. Sa réputation, en ce domaine, fit de lui le médecin secouriste des pannes d'inspiration de ses collègues, soit " le ressemeleur de scénario ", pour reprendre sa propre expression. C'est peut-être cette expérience que l'incita à travailler ses scénarii avec d'autres scénaristes, dont Jean-Claude Dabadie pour six de ses plus grands succès et Jacques Fieschi pour les trois derniers. Il entendait ainsi mieux objectiver ses idées.  

 


                    


Sa notoriété débuta avec Les choses de la vie en 1970, qui impose son style et sa sensibilité. Sautet s'y présente en peseur d'âme, en analyste subtil des sentiments et du coeur humain. A partir d'un accident, qui coûtera la vie à son héros interprété par Michel Piccoli, il hausse le fait divers à la hauteur d'un drame. Le montage inventif des séquences de l'accident renforce cette dimension, le cinéaste s'adressant directement à nous, nous atteignant à tel point que François Nourissier écrira : " Les spectateurs conduiront le pied sur le frein. (...) Mais ils sauront que toutes précautions sont inutiles : notre avenir est peuplé de carrefours tranquilles et d'oublis, où nous guettent les grands mensonges noirs de la mort."
Le texte sobre de Jean-Loup Dabadie, le musique de Philippe Sarde, les plans silencieux nous entraînent en une marche lente vers l'agonie du personnage, dont l'objectif fixe l'inéluctable fatalité.

 

Max et les ferrailleurs sera un film plus personnel qui pose avant l'heure un regard sur la banlieue et la délinquance et met face à face deux personnages forts : un flic inquiétant Michel Piccoli, aussi rigide qu'un pasteur anglican, que son manque de discernement entraînera vers l'autodestruction, et une prostituée très digne, incarnée par Romy Schneider qui ajoute à sa beauté un rien de vulgarité. Cette complexité des sentiments se retrouvera dans César et Rosalie où les personnages sont à leur tour pris dans la spirale de la remise en question et de l'incompréhension. Car quoi de plus difficile et de plus imprévisible que les rapports humains ? - se demande en notre nom le metteur en scène qui cerne ses héros au plus près de leurs sentiments intimes en véritable clinicien. Le trio formé par Romy Schneider, Yves Montand et Sami Frey est inoubliable dans une variation bien tempérée, à la fois musicale, sensuelle et nostalgique. Sautet dira qu'il voulait montrer des êtres qui soient tous, ou presque tous, en danger de désespoir. Il sut le faire avec autant de tact que de sensibilité.

 


Les films suivants dont   Vincent, François, Paul et les autres  ( 1974 )  Mado  ( 1976 ) et  Une histoire simple  ( 1978 ) sont des portraits de groupe des années 60, quadragénaires déjà usés par la vie et une solitude paradoxale. La vision collective permet d'observer chacun d'entre eux lors de ses rapports plus ou moins conflictuels  avec les autres et d'analyser les raisons de ces tensions. Le cinéaste démontre ainsi que les situations les plus conventionnelles peuvent être lourdes de conséquences et explore une génération dont la vie quotidienne prend l'allure d'un combat pour la survie. Nous sommes frappés par leur vulnérabilité et par ce danger de désespoir auquel ils sont confrontés, en une suite d'affrontements permanents.


   


 

Après quelques années de silence, Sautet reviendra en force derrière la caméra en rajeunissant ses acteurs et collaborateurs. Ce seront Quelques jours avec moi ( 1988 ) où il passe de manière subtile du drame passionnel à l'ironie tragique, servi une fois encore par des comédiens remarquables, la lumineuse Sandrine Bonnaire et Daniel Auteuil dans l'un de ses meilleurs rôles,  Un coeur en hiver   ( 1991 ) et  Nelly et Monsieur Arnaud   ( 1995 ), magnifique trilogie de la maturité où l'intensité des sentiments contrariés, loin de toute emphase et prétention, s'enferment dans l'espace intime d'une délicate musique de chambre. D'ailleurs l'auteur, lui-même, affirmait qu'un film n'est autre que de la musique faite avec des acteurs, une dramaturgie, des anecdotes, des péripéties. Et il se consacrera avec talent à nous la faire entendre. Avec son réalisme poétique et profondément humain, ses plans silencieux, Sautet s'inscrit dans la lignée des plus grands, faisant des choses de la vie, les choses de notre vie et, de sa caméra, le témoin troublant de notre quotidien.

 

Pour lire les articles consacrés à Romy Schneider et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT         

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont "César er Rosalie" et "Une histoire simple", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS 

 

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 09:59

       


Dix ans de préparation pour ce film qui est tout ensemble une ode à la nature, à la beauté, à la liberté, à la solitude et, par ailleurs, une odyssée personnelle, celle d'un jeune américain frais émoulu d'une université et qui, tournant le dos à la civilisation et à nos sociétés consuméristes, abandonne sa voiture, lègue les dollars de sa bourse à une oeuvre caritative et prend la route pour un voyage initiatique, effaçant ses traces au fur et à mesure de son avancée, afin de se fondre à tout jamais dans la nature. Sa vraie naissance - dira-t-il - au long de ce parcours raconté en une suite de brefs épisodes et sous forme d'un journal intime par ce héros au beau sourire, qui a largué les amarres et fait retour à la vie sauvage.

 

Emile Hirsch. Paramount Vantage


Christopher était le nom réel de cet Ulysse des temps modernes, épris d'indépendance et de grands espaces qui mourut en 1992 après deux années d'un itinéraire qui, au fil des semaines et des mois, s'avéra être une rédemption, un retour aux sources, à l'espérance, à la reconquête d'un moi perdu.
Une enfance difficile, au sein d'un couple conflictuel, avait amené le jeune homme à renoncer à poursuivre une existence, tracée d'avance, de cadre supérieur formaté à Harvard. Sean Penn, le réalisateur, dont on comprend vite qu'il a trouvé en cet aventurier le catalyseur idéal de ses propres fantasmes, a poussé la reconstitution à l'extrême jusqu'à rebâtir à l'identique le car désaffecté où Christopher acheva sa brève existence. Rien n'est laissé au hasard de la désocialisation progressive de ce héros qui avait choisi de gagner l'Alaska, sa terre d'élection, par le chemin des écoliers. Son retour à la vie primitive, son grand plongeon dans une nature quasi vierge ne se feront pas sans douleur. Si la nature, chantée en une succession d'images sublimes, lui offre sa beauté suffocante, ses immensités âpres et sauvages, si elle contribue à installer en lui-même le mythe de la terre reconquise, elle apporte aussi son lot d'épreuves et la mort. Sous l'apparence d'une fleur, hélas vénéneuse qu'il a confondu avec une autre comestible et qu'il avalera par mégarde, il tombe dans un état de grande faiblesse et parvient à ce seuil où il n'est plus de retour possible, comme le ferait un jeune dieu qui, ayant compris le sens de la vie et atteint le Nirvana, se retirerait du monde des hommes pour s'avancer triomphant vers l'autre lumière. C'est cet ultime message que le metteur en scène propose : celle d'un homme qui accepte sereinement la traversée du miroir, parce qu'il a bouclé sa vie, en un accéléré de deux ans, et compris que le bonheur n'existe que s'il est partagé.

 


Emile Hirsch. Paramount Vantage

 

Rencontre avec soi d'abord, rencontre avec les autres ensuite, cette route est avant tout une quête intérieure, une découverte de la foi qui fait basculer de l'égoïsme à l'altruisme, de l'enfance à l'âge adulte, du doute à la certitude, de l'insoumission à la sagesse, et se réalise dans cette mort acceptée comme le passage définitif, l'entrée dans l'Alaska spirituel.


Servi par un narratif admirablement cadencé, économe de mots afin de mieux atteindre l'essentiel, silence expressif capté par une imagerie grandiose,  Into the wild  est une totale réussite, un film concertiste, où le héros inscrit sa partition dans celle plus symphonique de la nature, en une suite de mouvements rythmés par ses rencontres. Et ces rencontres seront décisives, chacune apportera son lot de chaleur et de tendresse, infinie consolation humaine : tour à tour Christopher se liera d'amitié avec un exploitant agricole pour lequel il travaillera, un couple de hippies sympathique et convivial, une jeune fille qui lui offrira un amour qu'il ne peut encore accepter mais dont il conservera en pensée l'image radieuse, enfin un vieux militaire qui lui proposera de l'adopter pour qu'il hérite de ses biens et ne soit plus dans une situation aussi aléatoire. Interprété par Hal Holbrook, ce personnage est particulièrement touchant et la scène de leur adieux l'une des plus poignantes du film.

 


Emile Hirsch et Hal Holbrook. Paramount Vantage


Ces rencontres constituent les étapes capitales de son cheminement personnel, contribuant à son éveil aux autres dans un contexte tellement plus authentique que celui de ses années en université, et autant de révélations pour conforter l'altérité. Emile Hirsch, conduit d'un doigté sûr par son metteur en scène, campe avec une force, une humanité, une sincérité captivantes le personnage de Christopher et assume pleinement le mythe du vagabond inspiré, ses joies, ses emballements, ses craintes, ses doutes. Il ne cesse de nous toucher, de nous questionner, de nous bouleverser par cette sorte d'élan irrésistible qu'il manifeste, jusque dans ses instants d'abattement ; il est en permanence dans une attitude positive, poursuivant sans faiblesse son périlleux défi. Magistral.

 

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Pour lire l'article que j'ai consacré à Sean Penn, cliquer sur son titre :

 


SEAN PENN - PORTRAIT

  

Et pour prendre connaissance de la liste complète de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN   

 

 

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INTO THE WILD de SEAN PENN
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

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Stanley Kubrick

 

 

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