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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 10:31

  Corbis Sygma Universal Pictures Corbis Sygma

 

L'histoire du western se confond avec les débuts du cinéma américain. The great train Robbery tourné en 1903 est déjà un modèle du genre. Sa vedette Broncho Billy Anderson en deviendra la première star et sa carrière durera 62 ans. Très vite, ce cinéma trouve un ton, une sensibilité et une émotion exceptionnels. De tous les genres cinématographiques, il est celui qui a le moins besoin de la parole. La vision des grands espaces, la vigueur des cavalcades et des poursuites, la dureté des règlements de comptes suffisent à charger la pellicule d'une incroyable intensité. L'arrivée du parlant bouleversera le genre et ralentira la production, si bien que les westerns des années 20 sont peu nombreux et ne possèdent plus le même ton que ceux d'un Walsh ou d'un Ford qui savaient conférer à leurs oeuvres des moments de tendresse et des scènes d'intimité. L'apogée du genre se fera aux alentours des années 40, époque où la comédie musicale et le film noir n'ont pas encore atteint l'âge d'or et où l'apparition de la couleur magnifie les décors naturels des grands espaces superbement photogéniques. On voit ainsi revenir une surprenante conjonction de films avec des acteurs comme Henry Fonda, Tyrone Power, Robert Taylor, Burt Lancaster, Kirk Douglas dans des longs métrages dont les noms suffisent à éveiller la mémoire. Par ailleurs Hollywood produit des oeuvres à la gloire des pionniers et de tous ceux qui contribuèrent à la conquête de l'Ouest. Cecil B. DeMille célèbrera la construction des voies ferrées, Fritz Lang la mise en place du télégraphe, Michael Curtiz le développement des villes, tandis que King Vidor retracera l'héroïque odyssée des rangers du major Roberts. Mais miné par l'emprise de plus en plus envahissante de la télévision, le cinéma américain assiste impuissant à la mort successive des Grands Studios et, au début des années 60, le western subit une profonde mutation. Le ton se durcit et une approche plus libérale de l'Ouest s'oppose à une tradition que l'on pourrait symboliser par les films de John Wayne. Il y a maintenant deux façons d'appréhender et de raconter l'Ouest : celle qui privilégie la légende et celle qui traite à travers elle des problèmes contemporains de l'Amérique. Les derniers feux d'un genre en voie d'extinction datent des années 80 où Clint Eastwood, devenu réalisateur, produit des films comme L'homme des hautes plaines (1972) et où le western se veut davantage une méditation sur le Far West que le récit d'une épopée. Ainsi se tourne, non sans panache, la page d'un genre qui aura contribué à faire la gloire incontestable d'Hollywood.

 

JOHN FORD : Fils d'un cabaretier d'origine irlandaise, cadet d'une famille de 11 enfants, ce pionnier du genre tenait à donner l'image d'une vie simple, mais l'alcoolisme ne fut pas moins un fléau qui frappa aussi bien son père, sa mère que son épouse et lui-même. Ce conformiste malheureux, qui aima sa vie durant et sans espoir Katharine Hepburn, était aussi un intellectuel. Mais il préféra entretenir sa légende de marin, de buveur et de force de la nature, cachant ses tourments derrière sa trogne et son pittoresque bandeau sur l'oeil. Appelé par son frère, qui l'y avait devancé, il commence sa carrière à Hollywood en 1917, du temps du muet, et la terminera en 1966 après avoir signé 140 films, dont quelques inoubliables chefs-d'oeuvre. C'est lui qui contribuera à faire entrer le western dans son âge adulte avec des oeuvres comme  La poursuite infernaleLe fils du désert,   La charge héroïqueRio grande et  La prisonnière du désert, imposant également son paysage de prédilection : Monument Valley. Il est et restera l'homme des paysages immenses, auteur éclectique et profondément humain, dont l'incurable mélancolie teintera la plupart de ses films de couleurs souvent crépusculaires. Le sentiment de son propre vieillissement lui inspirera des opus comme L'homme tranquille et Quand se lève la lune et quelques poignantes méditations sur le temps qui passe. Caricaturé comme machiste, il n'en consacrera pas moins son dernier film aux femmes et mettra en scène un groupe de missionnaires dans une Chine en ébullition, composant pour Anne Bancroft un personnage dont l'héroïsme n'a rien à envier aux hommes.

 

HOWARD HAWKS : L'oeuvre de ce cinéaste a été saluée comme celle d'un précurseur qui sut devancer son temps et s'identifier pleinement à l'Amérique contemporaine, qu'il peindra d'un trait ferme et sans complaisance. Dès 1932, son cinéma s'inspire des crimes d'Al Capone et surprend par la nervosité de sa mise en scène. Les films suivants enchaînent des sujets divers et des scénarii inventifs qui frappent par leur rythme et la vivacité des dialogues. En même temps, Hawks s'impose comme un remarquable directeur d'acteurs, révélant la jeune Carole Lombard et dirigeant nombre de vedettes de l'époque comme Gary Cooper, Joan Crawford, Edward G. Robinson et, dans  L'impossible monsieur bébé,  le couple Katharine Hepburn/ Cary Crant. Sobre, usant du moins de plans possibles et de peu d'effets de montage, ce cinéaste brillant placera toujours sa caméra à hauteur d'homme. Mais il saura contrecarrer sa sobriété par les plans majestueux d'une nature sauvage et la force intérieure de ses personnages peu enclins aux compromis, axant son objectif sur l'importance des conflits intérieurs. Nous lui devons quelques westerns qui font date comme  La rivière rougeRio Bravo où il sait allier sa vision impressionnante de l'espace à celle tout aussi profonde et parfois démesurée de l'espace intérieur.

 

ANTONY MANN : est par excellence le cinéaste du western. Dans la période charnière des années 50, il a apporté au genre une densité psychologique et morale, ainsi qu'une nouvelle approche du paysage. L'excellence de son travail sera vite remarquée et il sera le premier à jouer la carte des Indiens avec  La porte du diable  ( 1950 ) dans un noir et blanc somptueux et austère à la fois. Il initiera également un cycle de onze opus qui tous aborderont le genre de façon neuve, oscillant entre l'analyse freudienne et l'épure quasi abstraite. On lui doit  L'homme de l'ouestWinchester 73   L'appât,   Du sang dans le désert. Il fera de James Stewart son interprète d'élection. l'acteur sensible, fébrile, vulnérable incarnait mieux que quiconque un être tiraillé de doutes, ce qui était inédit jusqu'alors et que Mann saura imposer avec un réalisme rude, dépourvu de tout pittoresque facile. Ainsi dépeint-il une idée moderne de l'homme : faillible, chancelant dans ses convictions, mais tendu dans la quête d'une nouvelle morale.

 

KING VIDOR : L'un des grands aînés, un pionnier qui fut particulièrement productif du temps du muet et gravit tous les échelons avant de se retrouver réalisateur et scénariste en 1919. La grande parade ( 1926 ) est un superbe hymne pacifiste où le réalisme des scènes s'oppose au lyrisme de l'intrigue sentimentale. Son oeuvre muette trouve son couronnement avec  La foule ( 1928 ) qui chante la tragédie du quotidien. King Vidor produira assez peu de 1944 à 1959, dont  Le grand passage ( 1940 ) qui ne sera pas pleinement conforme à sa conception initiale. Il est également l'auteur d'un film remarquable   Le rebelle, oeuvre rageuse contre une certaine étroitesse d'esprit et un portrait contrasté et critique d'un esprit créatif intransigeant.

 

ROBERT ALDRICH : Arrivé à Hollywood dans les années 40, il fut l'assistant de ce qui comptait alors dans le 7e Art : Renoir, Chaplin, Wellman et débutera dans la réalisation avec The big leaguer. mais c'est le milieu des années 50 qui le consacre avec deux westerns décapants : Bronco Apache et Vera Cruz. Si le style est classique, le ton est nouveau : le cynisme de Vera Cruz prend le part des mercenaires, originalité de cet auteur qui se plaisait à respecter les genres pour mieux les dynamiter de l'intérieur.

 

RAOUL WALSH : est l'auteur de quelques westerns mémorables dont  La charge fantastique ( 1941 ) avec Errol Flynn qu'il statufiait dans le personnage du général Custer - historiquement tout est douteux mais le panache de la mise en scène est irrésistible -  La fille du désert, Cheyenne, et   La vallée de la peur qui est une transposition des Hauts de Hurlevent. Walsh, dont l'ensemble l'oeuvre, petits films et chefs-d'oeuvre sont unis dans la même énergie, retient l'attention pour trois raison principales : son romantisme qui s'assombrit souvent jusqu'au sentiment du tragique, sa narration claire et son souffle pathétique.

 

RICHARD BROOKS : cinéaste virtuose de La chatte sur un toit brûlant et de Graine de violence, a tourné peu de western, mais c'est attaqué dans La dernière chasse ( 1956 ) et  Les professionnels  ( 1966 ) à pointer du doigt, au travers d'un discours écologique avant l'heure , la condition misérable du peuple indien sur la voie de l'extinction.

 

SYDNEY POLLACK :  incarne à la fois l'apogée d'une tradition avec son western  Jeremiah Johnson  et la quintessence d'une  modernité avec un thriller comme  Les trois jours du Condor. Il est également le représentant de la continuité thématique et esthétique du cinéma américain.  Avec Jeremiah Johnson ( 1971 ), Pollack apporte une contribution flamboyante à ce genre particulier. rarement la beauté de la nature n'aura été rendue avec un tel souffle et rarement l'évolution d'un personnage, de la civilisation à la sauvagerie puis à la civilisation, aura été abordé avec pareille économie de dialogue. Jérémiah Johnson parle des racines et aborde ce discours dans sa dimension historique.

 

SERGIO LEONE : Avec ce réalisateur truculent, le western est envisagé comme un opéra baroque et élaboré dans un style original par la démythification volontaire de l'histoire traditionnelle de l'Ouest. Les moyens employés permettront à leur auteur de bénéficier d'une ampleur narrative peu commune et d'une dimension spatiale qui permet aux duels et aux affrontements de se développer à la façon de purs jeux formels. A travers des films comme  Le bon, la brute et le truand  ( 1966 ) et  Il était une fois dans l'ouest ( 1969 ), Leone s'autorise une oeuvre ambitieuse dans le lieu mythique de Monument Valley, accompagné d'une pléiade de stars internationales, rédigeant ainsi, de la pointe de sa caméra, l'élégie sanglante et spectaculaire de la disparition de l'Ouest classique si cher à Ford et, en quelque sorte, bouclant la boucle.

 

CLINT EASTWOOD  a émaillé sa production, qui touche à tous les genres, de détails personnels et percutants. L'homme des hautes plaines ( 1972 ) est un western baroque et une parabole fulgurante sur les tenants et les aboutissants du pouvoir, en même temps qu'un hommage vibrant à celui qui lui a donné sa première chance d'acteur : Sergio Leone.

 

Pour lire les articles consacrés à James Stewart, John Wayne, Gary Cooper, Henry Fonda, Natalie Wood, cliquer sur le titre de la rubrique :

 
LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art  

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN où sont référenciés les critiques des westerns les plus fameux, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN
 

 

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     Swashbuckler Films   

 

 

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 17:55

ARP Sélection         BANDE ANNONCE


Après la Chine, où le film a raflé toutes les récompenses, Les seigneurs de la guerre de Peter Chan arrive ce mercredi 28 janvier sur les écrans français, précédé d'une réputation qui l'a fait comparer à un tsunami, rien de moins. Fresque historique spectaculaire au coeur de l'empire Mandchou, ce film se déroule durant la seconde moitié du XIXe siècle chinois, aussi riche en bouleversements et en drames que le fut le XVIIIe en France. Mais les thèmes abordés n'en sont pas moins universels : la fraternité d'armes, la fidélité, l'amitié, l'ambition, la trahison, le courage, l'esprit de sacrifice. L'histoire est celle de trois hommes ( un général vaincu qui rêve de vengeance et de deux bandits d'honneur ) qui choisissent d'unir leurs forces et leurs destins dans la lutte armée, malgré ou grâce à une femme, à laquelle le film doit en partie son intérêt et son originalité.

 

Jinglei Xu. ARP Sélection    Xu Jinglei


Moments intimistes et batailles s'y succèdent, en effet, dans un souci constant d'harmonie stylistique et de rythme, ainsi s'inscrit-il dans la tradition des films d'aventures héroïques comme sut les faire Hollywood dans les années 50 et 60. Cela avec des moyens et une esthétique moderne, ce qui rend le spectacle plus grandiose et efficace.
D'autre part, cette fresque a le mérite de réunir les plus grands acteurs et techniciens chinois dont la ravissante  Xu Jinglei et  Jet Li  qu'on a souvent comparé à Bruce Lee. Cet acteur sut se façonner une identité de héros national par le biais des arts martiaux dans lesquels il s'illustra brillamment, remportant quantité de tournois et de médailles. Tant et si bien qu'il s'attira l'attention des producteurs de cinéma et qu'il fut retenu pour jouer le rôle principal dans Temple de Shaolin, véritable triomphe dans toute l'Asie. Dans les années 80, il jouera, à la suite de ce premier succès,  Les Héritiers de Shaolin et  Les arts martiaux de Shaolin  qui confirmeront sa renommée au box-office de son pays. A l'orée des années 90, il devient une super-star en interprétant le légendaire personnage Wong Fei-Hung dans  Il était une fois en Chine  du réalisateur hongkongais Tsui Hark, inaugurant une saga qui ne comptera pas moins de six opus. Puis, il cédera aux chants des sirènes occidentales, signera, coup sur coup, avec Joël Silver et Luc Besson et se commettra dans des films racoleurs et affligeants comme  Roméo doit mourir,  Le baiser mortel du dragon,  En sursis qui n'apporteront rien à son prestige personnel. Heureusement, avec Les seigneurs de la guerre, il semble bien que Jet Li renoue avec le 7e Art chinois et amorce une nouvelle étape dans sa déjà longue carrière. Et son choix apparaît judicieux.


Jet Li. Paramount Pictures France    Jet Li



Entre 1851 et le début des années 1870, près de 50 millions d'hommes et de femmes, de guerriers et d'enfants vont périr. Par les armes, victimes de la guerre, des combats et des exactions qui les accompagnent. Ce chiffre est à la démesure de la Chine. Pour ses habitants, la seconde moitié du XIXe siècle fut à peine moins tragique que la Révolution culturelle. L'explosion de la démographie de l'Empire et une succession de catastrophes naturelles précipitèrent le soulèvement des campagnes et accélérèrent le déclin de la dynastie des Qing, dont le pouvoir, déjà affaibli par de sérieux revers militaires lors de la première guerre de l'Opium contre les puissances occidentales, allait connaître bientôt les derniers soubresauts.
Dans ce contexte prend naissance la révolte de Taiping, une secte syncrétique vaguement inspirée du christianisme, en opposition ouverte au pouvoir mandchou. Emmenés par Hong Xiuquan, leur gourou, 500.000 hommes prennent une partie de la vallée du Yangzi en 1851. En  1853, c'est au tour de Nankin, la plus grande ville de Chine après Pékin, de tomber. Hong Xiuquan y fonde son royaume céleste de la grande paix et en fait sa capitale. C'est ce moment précis de l'histoire où tout bascule et vacille que Peter Chan a choisi de peindre à traits larges et puissants, filmant la lente et difficile reconquête de ces villes perdues. A travers le destin de trois frères d'armes, le réalisateur décrit le dernier salut d'un Empire finissant, la dernière respiration d'une dynastie qui doit affronter le chaos d'une guerre civile et voit ses provinces lointaines se disloquer en un brasier de contestation, tout en maintenant les apparences de son pouvoir grâce à une liturgie fastueuse et millénaire.


ARP Sélection   Jinglei Xu. ARP Sélection

 

Avec cette fiction inspirée de faits réels, le cinéaste Peter Chan ne fait rien de moins qu'un travail d'orfèvre historien. La pellicule nous fait traverser les plus beaux paysages steppiques de la Chine, assister à des scènes spectaculaires d'une incontestable grandiloquence, ayant nécessité des milliers de figurants, aux côtés de héros dont les valeurs chevaleresques ne font aucun doute. Le metteur en scène, ayant bénéficié d'un budget de 40 millions de dollars, n'a pas lésiné sur la splendeur des reconstitutions de palais, de costumes, de décors, et ne s'est pas privé de réaliser une fresque historique de grande ampleur, mêlant les passions de la petite histoire aux fracas de la grande, dans la tradition d'un Ang Lee ou d'un Zhang Yimou. Il a aussi pris soin de réunir sur son affiche, outre les deux acteurs cités précédemment, deux autres stars adulées par des milliers de fans en Asie : Andy Lau et Takeshi Kaneshiro.


Takeshi Kaneshiro. ARP Sélection    Takeshi Kaneshiro


Si Peter Chan reprend la trame principale des Frères de sang de l'illustre Chang Cheng, il sait également s'en émanciper et imposer sa facture personnelle, imprimant à cette oeuvre grandiose sa différence et son identité.

Un film que les amateurs du genre ne doivent manquer sous aucun prétexte.


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 11:54

Ingmar Bergman au travail. Collection Christophe L.

 

Ingmar Bergman, né le 14 juillet 1918 à Uppsala  et mort le 30 juillet 2007 dans l'île de Farö, compte parmi les quelques très grands réalisateurs du 7e Art pour la raison que son oeuvre cinématographique approfondit les questions existentielles qui se posent à l'homme avec une puissance telle qu'elle lui assurera très vite la consécration de ses pairs.
Interrogation sur le sens de l'existence, hantise d'un bonheur en errance, d'une communauté de pensée continuellement à refaire. Issu du théâtre, le réalisateur lui restera toujours fidèle, aussi ses débuts à l'écran seront-ils marqués par des influences littéraires, celles d'auteurs abordés à la scène, Strindberg en premier lieu, Ibsen, Anouilh, Pirandello, Camus. Il a d'ailleurs mené une réflexion savante sur la notion de spectacle _ ainsi dans Jeux d'été ( 1950 ), La nuit des forains ( 1953 ), L'oeil du diable ( 1960 ) ou Fanny et Alexandre ( 1982 )  - et ses films les plus intimistes recèlent eux-mêmes une méditation sur la théâtralité à l'écran dépouillée de toute invasion des codes théâtraux.

 

Collection Christophe L.Collection Christophe L. Collection Christophe L. Collection Christophe L.

 

Plus encore que le cinéma, Bergman aimait le théâtre. " Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux exister sans faire de théâtre" - disait-il. Et, cependant, bien que s'étant retiré de derrière la caméra en 1982 après Fanny et Alexandre,  une oeuvre-testament sur son enfance et sa passion du spectacle, couronnée par quatre Oscars, il ne put s'empêcher d'y revenir en 2003 avec  Saraband  pour la télévision suédoise, vision assez noire de la vieillesse qui fut diffusée par la suite sur grand écran.

 

                 Rezo Films Collection Christophe L.

 

C'est dès 1945 que le cinéaste, marqué par une jeunesse douloureuse et compliquée, débute, tout ensemble, une carrière de metteur en scène avec un stage à l'Opéra de Stockholm et un parcours personnel, en rédigeant des pièces et des romans. C'est, en effet, un réalisateur complet qui écrit lui-même ses intrigues, ses dialogues - pour la plupart d'entre eux - et utilise sa caméra comme une plume chargée d'exprimer l'angoisse de l'homme face à la solitude, à l'amour, à la mort, en quelque sorte à l'infinie tristesse d'un monde sans Dieu. Mais l'angoisse exige une affirmation constante de foi en l'homme. Le Septième Sceau est né d'une réflexion sur la précarité de la condition humaine au XXe siècle. Sa force a été de permettre l'intrusion continuelle du fantastique dans le quotidien.
 
Le cinéma de Bergman se révèle être le plus souvent tragique, s'attachant aux visages, à la lumière, aux fondus-enchaînés et aux thèmes fondateurs de l'inquiétude humaine. Authentiquement existentialiste en ce cas précis, l'auteur se plaît à pourfendre les pressions sociales et la morale conventionnelle et à démystifier la mythologie chrétienne et son puritanisme répressif. Fils de pasteur, il a souffert dans son enfance d'un climat familial étouffant et sera marqué à jamais par une culpabilité chronique qui ne cessera de transparaître dans ses personnages. Sa mise en scène rigoureuse bénéficiera du concours de grands acteurs qui lui resteront fidèles comme Harriet Andersson, Bibi Andersson, Gunnar Björnstrand, Max von Sydow, Ingrid Thulin, Liv Ullman, Erland Josephson. La vie, la mort, le suicide, l'avortement, la passion sont le plus souvent abordés du point de vue de la femme qui a le rôle déterminant dans ses compositions. - y compris dans ses films indirectement ou directement autobiographiques comme  Scènes de la vie conjugale  et  Face à face.

 

                  Bibi Andersson et Liv Ullmann. Svensk Filmindustri (S.F.)  Collection Christophe L.

 

Au confluent de ses investigations et de son questionnement métaphysique, il réalise une série de films que l'on pourrait intituler, en référence à la musique de chambre : des films de chambre, où les couples sont surpris dans leur huis-clos et rêves et fantasmes durement confrontés à la réalité : A travers le miroirPersonaL'heure du loupLa honte. C'est le triomphe à l'écran de cette fascination pour les visages qu'il a souvent revendiquée, en affirmant : Notre travail au cinéma commence avec le visage humain.


En même temps, sa mise en scène se libère : il brise l'harmonie du récit, sa continuité. A l'écart des modes, son réalisme cinématographique répudie les images banales et, à sa manière, il pratique la déconstruction. Ainsi Personna, méditation sur les masques et les apparences, ajuste les brisures de la forme à celles que provoque le thème du double, tandis que Cris et chuchotements,  réflexion douloureuse sur la mort, se sert de la couleur - le rouge principalement - pour théâtraliser sa dramaturgie. Aussi n'a-t-il pas toujours été bien compris du public, désorienté à maintes reprises par ce cinéma austère et exigeant. Ses concitoyens allèrent même jusqu'à lui reprocher de contribuer à la triste réputation de la Suède comme d'un pays de névrosés. Marié à cinq reprises, il eut 9 enfants et ne cessa de se pencher sur la nature féminine, étant certainement l'un des cinéastes qui a le mieux compris les femmes.

Fanny et Alexandre représentera en 1982 la somme totale de sa vie de réalisateur. Ce chef-d'oeuvre indiscuté, convaincant dans son art de l'ellipse, est la somme édifiée sur ses films antérieurs et s'est bâti selon un récit en partie inspiré de son enfance. Si par la suite Bergman a abandonné le cinéma au profit du théâtre et de la télévision, l'évolution des techniques a tout de même permis son retour dans les salles avec des créations vidéo comme  Saraband ( 2003 ).


Mais la notoriété internationale lui était venue dès 1955 avec  Sourires d'une nuit d'été,  qui ne sera pas sans influencer la Nouvelle Vague et, peu de temps après,  Le septième sceau  l'avait intronisé comme un maître incontesté d'une oeuvre magistrale qui faisait tout autant appel à la transcendance qu'à la subjectivité dans ce qu'elles ont de plus pur, sans faire, pour autant, l'impasse sur l'aspect charnel des choses. Jean-Luc Godard écrira à son sujet : " C'est le monde entre deux battements de paupières, la tristesse entre deux battements de coeur, la joie de vivre entre deux battements de mains". Qu'ajouter à cela ?

 

Pour lire les articles consacrés à Ingrid Bergman et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


INGRID BERGMAN - PORTRAIT       

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, dont "Le 7e sceau", "Les fraises sauvages" et "Sonate d'automne", cliquer sur le lien ci-dessous :  

  

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN
 

 

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Collection Christophe L.  Collection Christophe L.

                                          

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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 18:37

Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic      VIDEO


C'est ainsi qu'il restera dans ma mémoire avec son galurin penché sur l'oeil et son mégot au coin des lèvres, tel qu'en lui-même on le découvrait dans A bout de souffle, l'un des films qui intronisait la Nouvelle Vague et le cinéma des jeunes turcs. Belmondo, une gueule à la Gabin, une démarche un peu chaloupée, un regard qui savait se faire pesant, insistant, moqueur, et l'air éternellement gavroche d'un dandy à la mode des années 60. La notoriété, elle lui était venue avec la Nouvelle Vague et le film manifeste de Jean-Luc Godard. Il devint grâce au rôle de Michel Poiccard le symbole masculin, voyou, séducteur, désinvolte et romantique, de la génération des sixties. Par la suite, il se transformera en figure mythique du héros moderne, ivre de liberté et d'amour, capable de s'affronter à la réalité criminelle de l'argent à travers un autre personnage de Godard : Pierrot le fou ( 1969 ) 

 

Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic    Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic

Entre-temps, il aura tenté une autre expérience avec Jean-Pierre Melville - afin de ne pas être catalogué trop systématiquement dans un personnage marginal - en revêtant la soutane d'un jeune ecclésiastique torturé par le doute dans Léon Morin prêtre, prouvant qu'il était un grand acteur, en mesure d'endosser des rôles aussi différents.  Et, certes, acteur, il l'était. Né à Neuilly le 9 avril 1933 d'un père d'origine italienne, sculpteur de grand talent, et d'une mère artiste-peintre, il s'était très vite orienté vers une carrière artistique après une jeunesse tumultueuse et un détour dans un sanatorium d'Auvergne à la suite d'une primo-infection. Reçu au conservatoire en même temps que Rochefort et Marielle, il était entré dans la classe de Pierre Dux où il restera 4 années à se familiarises aux arcanes du métier. Il aspire alors au Grand Prix, mais celui-ci lui échappera, les jurés s'étant rebiffés contre l'insolence débonnaire de son interprétation, tandis que le public lui faisait un triomphe. Tant et si bien que ce sera sa photo qui apparaîtra en première page sur tous les quotidiens du soir, présageant d'un avenir prometteur. Et pour lui, cet avenir ne sera pas la Comédie-Française comme il en est habituellement pour les premiers prix, mais des rôles où sa truculence, sa gouaille, sa drôlerie bondissante feront merveille et où son physique, aussi peu classique que son jeu, sera plébiscité. Par chance, grâce à un flair étonnant, des hommes comme Godard et Chabrol comprendront d'emblée qu'il est l'acteur en mesure d'exprimer leurs aspirations, de par cette spontanéité libertaire et cette insouciance qui le caractérisent et qu'il conservera aussi longtemps qu'il tournera avec des metteurs en scène comme eux et, par la suite, comme Melville, Resnais, Malle, Lelouch, voire de Broca et Sautet. Mais le succès et la facilité aidant, il sera tenté de stéréotyper son personnage et de cabotiner fatalement, devenant en quelque sorte le champion toute catégorie du cinéma commercial. Malgré des films moins bons et élaborés en fonction de lui seul, il sauvegarde son aura et son capital de sympathie qu'un public, époustouflé par ses prouesses de cascadeur et sa gouaille communicative, ne cessera jamais de lui manifester. Belmondo, c'est l'acteur français par excellence, celui avec lequel on est assuré de passer un vrai bon moment de détente. C'est ainsi qu'il aura été tour à tour, et avec la même élégante désinvolture, Stavinski, l'As des as, Borsalino, le Marginal, le Magnifique, l'homme de Rio...


Jean-Paul Belmondo. Collection Christophe L.

Après un passage à vide aux alentours des années 90, il revient à l'écran avec un film de Lelouch qui lui vaudra un César : Itinéraire d'un enfant gâté et surtout au théâtre avec un rôle qui lui sied comme un gant dans Kean, puis dans Cyrano sous la direction de Robert Hossein. Ce sera pour lui un grand bonheur de se retrouver sur les planches en contact direct avec son public qui lui fera un triomphe. Victime d'un accident vasculaire en 2001, lors d'un séjour en Corse, il sera rapatrié d'urgence et devra à une longue, patiente et douloureuse ré-éducation de récupérer en grande partie son autonomie et de revenir sur nos écrans dans un film de Francis Huster, remake du Umberto B. de Vittorio de Sica : Un homme et son chien, que je n'irai pas voir, préférant garder de si sympathique acteur, l'image de l'éternel casse-cou, séducteur et espiègle, telle que celle qui lui collait tellement à la peau de l'As des as ou de L'homme de Rio.

 

Pour prendre connaissance des articles consacrés aux films de Belmondo, dont  A bout de souffle et  Pierrot le fou, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

Jean-Paul Belmondo. Collection Christophe L.

 

 

 



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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 12:50

Véronique Reymond, Andy Gillet et Cécile Cassel. Rezo Films         1920 - 2010


Aux Cahiers du Cinéma dont il fut le rédacteur en chef de 1957 à 1963, Rohmer partageait avec Doniol-Valcroze et Pierre Kast un goût proche pour le marivaudage cinématographique. Tous trois nés en 1920 étaient les aînés des jeunes turcs : Rivette, Chabrol, Godard et Truffaut nés entre 1928 et 1932. En tant que critique, Rohmer allait s'attacher à réfléchir à la nature de l'imaginaire cinématographique et au cinéma comme art de l'espace. Une fois derrière la caméra, il placera néanmoins la parole au coeur de son oeuvre et fera de celle-ci un long journal intime, journal d'un séducteur toujours repris par le démon de la fidélité.

Admirateur de Hitchcock sur lequel il écrira un ouvrage avec Chabrol en 1957, de Hawks, de Rossellini, de Renoir et de Mizoguchi, il sera un défenseur du cinéma classique et un opposant de fait au cinéma moderne. Convaincu que la Grèce est le berceau et le centre de la civilisation mondiale, nous proposant un modèle de beauté insurpassable, il voit en Hollywood ce que la Renaissance italienne fut au monde des arts. Passionné de pédagogie, Rohmer travaillera pour la télévision scolaire de 1964 à 69, réalisant des émissions sur la littérature, l'urbanisme et l'architecture, ainsi qu'un documentaire sur les films Lumière, sous forme de conversation entre Henri Langlois et Jean Renoir.

 


  Les Films du Losange    Rezo Films


 

Son oeuvre composée, pour l'essentiel, de séries avec Les six contes moraux ( 1962-1972 ), Les comédies et proverbes ( six films de 1981 à 1987 ), Les contes des quatre saisons ( 1990 - 1998 ) fait de la conversation ordinaire ou érudite ( Ma nuit chez Maud - 1969 ), l'enjeu narratif de ses films. Les dialogues d'une grande pureté littéraire révèlent à eux seuls un authentique talent d'écrivain au point que leur lecture provoque déjà un réel plaisir. Ce cinéma de la parole entrepris avec des moyens minimalistes explore la relation entre un texte épuré et des images étincelantes et aborde à l'écran des sujets peu habituels : la religion catholique, le puritarisme, le pari de Pascal, sans pour autant verser dans une quelconque affectation.


Marie-Christine Barrault. Les Films du Losange


 

Ce cinéma est, par ailleurs, celui de la tentation ( L'amour l'après-midi  Le genou de Claire ), du renoncement, du passage à l'acte attendu et  non accompli par fidélité à des valeurs, à un code moral, à une conviction spirituelle. Contrairement à ses amis de la Nouvelle Vague, il connaîtra le succès tardivement grâce à Ma nuit chez Maud( 1969 ), son film le plus accompli avec Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian. Il se consacrera, plus tard, à des recherches picturales innovantes avec des films comme Perceval le Gallois ( 1978 ), La marquise d'O ( 1976 ) ou  L'anglaise et le duc ( 2001 ). Proche de Bresson de par son goût de l'épure et de la pureté, il s'en éloigne par son attirance prononcée pour les beautés de la chair, l'éclat du corps de jeunes filles ravissantes et une certaine perversité maîtrisée. A la façon d'un Henry James, il fait du non-dit, de l'implicite, du malentendu, la dramaturgie de ses films. Dans le cinéma français, il tient une place à part, celle d'un cinéaste chez lequel l'intelligence a pris le pouvoir sur le sentiment et l'énoncé du verbe sur l'image.


Pour lire les articles consacrés aux acteurs de la N.V. et sur la N.V. et ses jeunes turcs, cliquer sur les titres :


LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE       

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS 

 

 

Et pour accéder à mes articles consacrés à des films de Rohmer  comme  Ma nuit chez Maud  -  Les nuits de la pleine lune - Les amours d'Astrée et de Céladon  et Le genou de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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Rezo Films Cécile Cassel, Véronique Reymond (de dos) et Rosette. Rezo Films

 

 

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 11:49

Films sans Frontières


Né le 5 décembre 1890 , fils d'architecte, Fritz Lang a incarné, par excellence, les vertus du cinéma allemand de la République de Weimar, puis le classicisme de l'âge d'or des studios avec lesquels il entretiendra cependant des rapports distants. Aux côtés du producteur Eric Pommer, sa carrière connaît une rapide ascension dans un milieu où se rencontrent des créateurs venus du théâtre et des auteurs issus de la littérature populaire. A ce carrefour d'influences, Lang apparaît comme un cinéaste raffiné qui se plaît à aborder des thèmes macabres et fantastiques, à s'intéresser au crime, aux pouvoirs occultes et aux sociétés secrètes.  Mabuse,  Les espions, La femme sur la lune  recèlent de nombreuses trouvailles, aussi bien dans le montage qui accentue le rythme de l'action que dans les plans qui privilégient les jeux de l'ombre et de la lumière.

 

Lang s'impose également comme l'initiateur de mythes modernes. Ainsi son Mabuse de 1922 sur lequel il reviendra en 1932 et 1959. Si les films du cinéaste juif, d'origine autrichienne, reflètent parfaitement les angoisses de son époque, ils n'en sont pas pour autant les esclaves et, dès l'apparition du parlant, Fritz Lang confirme son talent de créateur informel et puissant. M le maudit ( 1931 ) dénonce déjà le danger des milices autoproclamées. Le cinéaste organise son récit de la traque humaine autour de deux systèmes opposés qui finiront par s'unir : la force publique incarnée par l'inspecteur de police et le clan du crime organisé avec, à sa tête, Schränker qui, avec l'aide des mendiants, entend se débarrasser d'un intrus dont la présence est pour tous un élément perturbateur. Situé dans une ville anonyme, M nous dépeint une société faite de dénonciations, de rumeurs, de fausses informations, où les pressions de masses gouvernent en lieu et place de la loi. Après M le Maudit, il tournera  Le testament du Docteur Mabuse, charge féroce contre le pouvoir, que Goebbels fera interdire, ce qui ne l'empêchera pas, par un de ces caprices  qui lui étaient habituels, de proposer à l'auteur de diriger l'industrie cinématographique allemande. Méfiant à juste titre, Lang fuira l'Allemagne dès le lendemain de cette proposition. Il passera par Paris le temps de tourner Liliom, puis gagnera les Etats-Unis.

 

Il est vrai que durant sa période allemande, ce cinéaste, élégant et réfractaire aux classifications, se nourrissait volontiers du métissage des références, d'où des divergences d'interprétation et des malentendus dont seront victimes plusieurs de ses films, auxquels certains reprocheront la dimension héroïque qui sut séduire un moment les nazis. Dans Les espions, Métropolis, la vision pessimiste de l'avenir entretient le doute sur la supériorité des représentants de l'ordre et de l'autorité. Et l'on sait que la conclusion de Métropolis, récit humaniste et compassionnel, propose une réconciliation entre dominants et dominés.

 

Emigré aux Etats-Unis, Lang - qui s'est fait naturaliser américain -  va dès lors porter à l'écran les idéaux démocratiques de son pays d'adoption et réaliser des films de genres divers : guerre ( Guérillas ), espionnage ( Espions sur la Tamise ), enquête policière ( La femme au gardénia ), thriller ( Chasse à l'homme ), en veillant à éviter tout stéréotype. Il est également séduit par l'éthique du western, dont il transforme les archétypes en sagas à l'ancienne ( Le retour de Frank James ), bien que L'ange des maudits ( 1952 ) échappe à toute classification.

 

 

 Carlotta Films Connaissance du Cinéma


La Rue rouge ( Scarlet street ), étude clinique des rapports amoureux, sera un remake de La chienne de Jean Renoir, transformée en odyssée de la culpabilité, un thème récurrent chez Lang, ainsi que ceux de la vengeance et de la volonté de puissance qui trouvent leurs fondements dans les machinations des hommes et les ressources de la psychanalyse ( Le secret derrière la porte ). Dans ce dernier long métrage, il exprime métaphoriquement les rapports de domination et de soumission, le vertige qui vous saisit devant le vide et le passage inquiétant entre deux niveaux de conscience.

 

L'invraisemblable vérité, l'un de ses rares films en couleurs, renonce, quant à lui, à tout effet visuel pour atteindre une forme d'abstraction, l'abondance des péripéties et des retournements de situations contrastant avec la réduction des valeurs plastiques. Mais quand il sort en 1956, Fritz Lang est las. Les projets qu'on lui propose ne l'enthousiasment pas et ses mauvais rapports avec Bert Friedlob n'ont fait que s'ajouter aux nombreux conflits qu'il a eus avec ses producteurs précédents. Aussi quitte-t-il Hollywood pour revenir en Allemagne et y réaliser, pour le producteur Arthur Brauner, une oeuvre en deux parties : Le tigre du Bengale et  Le tombeau hindou. Avec ce diptyque, Lang renoue avec son goût du mythe. Malgré une intrigue peu convaincante, il peaufine la forme, retrouve l'expressivité du cinéma muet et joue avec des couleurs apaisées, tout en attardant sa caméra sur la surface lisse des marbres, le corps sensuel de Debra Paget et les innombrables détours des labyrinthes, où il peut donner libre cours à son sens de l'architecture.

 

L'architecture sera également présente dans Le diabolique docteur Mabuse avec l'hôtel Louxor, ses corridors sans fin, ses ascenseurs, lieux de passage privilégiés où il arrive que des destins se croisent. Les mille yeux du docteur Mabuse - titre original du film - ne sont autres que les systèmes technologiques de surveillance qui permettent au disciple du docteur de contrôler ses futures victimes sans être vu. Lang n'a plus besoin de recourir à l'hypnose comme dans son film de 1922. C'est désormais la technique qui domine le monde et la télévision qui, bientôt, supplantera le cinéma. Ce film, comme les précédents, sera accueilli par une critique allemande presqu'unanimement hostile, et moins clémente encore à son égard que ne l'avait été, auparavant, la presse américaine, ce qui incitera le cinéaste à prendre sa retraite. Il est vrai que Lang ne s'était pas privé de faire en sorte de souligner, à dessein, l'amnésie de l'Allemagne contemporaine à l'égard du IIIe Reich et que cela n'avait pas plu à tout le monde...

 

Mort à Hollywood le 2 août 1976, Lang aura sa revanche posthume, tant il va exercer une influence incontestable sur les cinéastes de la Nouvelle Vague et, plus précisément, sur des personnalités comme Godard, Rohmer et Rivette. Godard n'hésitera pas à dire qu'il fût un modèle, le seul père reconnu, le dinosaure avec lequel il pouvait dialoguer d'égal à égal, le grand aîné dont le style ne cessa de s'épurer de tout artifice jusqu'à atteindre ce que son jeune disciple appellera une "quasi-abstraction". Mais abstraction ou pas, Fritz Lang reste un témoin éclairé du XXe siècle. Son sens de l'espace, le lien étroit qu'il établit entre la complexité de ses personnages et un montage suscitant une tension narrative permanente, l'articulation qu'il se plaît à entretenir entre l'imprévisible et l'inéluctable expliquent pourquoi son oeuvre est de nos jours considérée comme l'une des plus puissantes du 7e Art.  

 

Pour prendre connaissance des critiques que j'ai consacrées à des films de Fritz Lang, comme  M le Maudit, cliquer sur le lien ci-dessous ( L'ange des maudits étant classé parmi les westerns et le cinéma américain ) :

 

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 12:41

                                                                                            

On sait que les années 70 ont été pour le cinéma italien un âge d'or et que la comédie y a tenu une large place, servie par des cinéastes comme Scola, Comencini, Monicelli et Risi. Ils offrirent à un public enthousiaste des films d'une qualité rare qui savaient conjuguer l'optimisme et son contraire et nous livrer une peinture ironique et décapante de la société italienne. Parfum de femme ( 1974 ) en est la parfaite illustration, bien que les préoccupations spirituelles ne soient pas exclues, d'où une lecture à plusieurs niveaux.

 

Fausto ( Vittorio Gassman ),  ancien capitaine de cavalerie, est devenu aveugle à la suite d'un accident qui lui a coûté également la perte de sa main gauche. Fier et lucide, il ne peut accepter cette déchéance et a décidé secrètement d'en finir avec cette existence humiliante, en projetant de mettre un terme à ses jours. C'est la raison pour laquelle il a glissé dans ses bagages un revolver, ainsi que la photo d'une jeune fille qu'il a connue avant de perdre la vue, alors qu'il s'apprête à partir pour Naples, sa ville natale, rejoindre un ami aussi handicapé que lui, accompagné de son jeune ordonnance Ciccio ( Alessandro Momo ). Irascible et flamboyant, il ne reste à ce fauve blessé que le parfum des femmes et l'alcool pour ré-ordonner sa vie autour d'un désir implacable, bestial et dionysiaque. Son  road-movie pittoresque le conduit d'abord à Gênes où il ira se distraire un moment avec une prostituée, puis à Rome, ville qu'il n'aime pas comme tant d'autres choses, afin d'y rencontrer un ami prêtre auquel il demande sa bénédiction, mais qui le rassure en lui disant que ses souffrances d'aveugle lui ont déjà gagné son salut. Enfin lui et son ordonnance arrivent à Naples, où tous deux s'installent chez Vincenzo, aveugle comme Fausto et ancien officier du même corps d'armée. Parmi les servantes qui assurent le service de leurs repas, il y a la fille de la restauratrice Sara ( Agostina Belli ), 20 ans, belle comme le jour, qui, depuis des années, l'aime avec discrétion d'un amour absolu. Néanmoins, Fausto la repousse avec brutalité, comme il repousse tout le monde, son jeune ordonnance entre autre, tour à tour exaspéré et fasciné par cet être flamboyant et cruel. Mais comment pourrait-il aimer, cet homme qui ne s'aime pas lui-même, et dont le cynisme et l'insolence sont la seule parade ?


Alessandro Momo et Vittorio Gassman. Collection Christophe L.
 


Grand classique, ce film est l'emblème d'un style aujourd'hui disparu, bien qu'il n'ait pas pris une ride et soit toujours d'actualité, tant le langage agressif et provocant de Fausto, sonne juste. D'une grande subtilité, l'art de Dino Risi parvient à faire se succéder le comique et le tragique, car nous ne y trompons pas, Parfum de femme, toute comédie qu'il se revendique, est une tragédie permanente, la tragédie d'un homme handicapé qui refuse son état et qu'habitent une violence et une révolte de tous les instants. Les répliques et l'interprétation de Vittorio Gassman y sont pour beaucoup, dans la mesure où ce personnage s'illustre par son impudence et son humour féroce, dans des séquences comme celle où il lit dans un quotidien les petites annonces de dernière page. Son comportement belliqueux évite au scénario de céder au misérabilisme et donne, au contraire, à ce long métrage d'une extraordinaire intensité, sa verve et sa profondeur : celle d'une douleur qui refuse de s'avouer.


Satire de moeurs à l'italienne, Parfum de femme est admirablement interprété par des acteurs totalement spontanés et investis qui procurent au film sa couleur et son authenticité. Il est bien sûr préférable de le voir en version originale et d'en goûter le parler chatoyant. Agostina Belli est une touchante madone empreinte de grâce et toute offerte à cet amour sans calcul, le jeune acteur Alessandro Momo, tantôt exaspéré, tantôt subjugué par son irascible maître, apporte une note de fraîcheur et de naïveté auprès d'un Gassman époustouflant de cruauté désespérée, homme brisé qui, par lucidité, se refuse à tout apitoiement et même à l'amour de cette jeune fille, tant il craint que celui-ci ne lui soit inspiré par la pitié. Cela jusqu'au moment où l'amour à l'oeuvre, après son suicide manqué, l'éblouira de sa lumière au point de le jeter à terre. Toute sa haine pour le monde et pour lui-même sera effacée et, ayant renoncé à la mort, il pourra partir, au bras de Sara, recommencer la vie.
  

 

4-e-toiles   

 

Pour prendre connaissance des articles consacrés à Vittorio Gassman et  Dino Risi, cliquer sur leurs titres :  

 

DINO RISI         VITTORIO GASSMAN

 

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Vittorio Gassman et Agostina Belli. Collection Christophe L.

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 10:39
LA MARCHE DE L'EMPEREUR de LUC JACQUET

       

"La marche de l'empereur" de Luc Jacquet est un film superbe, une ode émouvante à l'intention du peuple des manchots empereurs qui vit au coeur de l'Antarctique, la région la plus isolée et la plus inhospitalière de notre planète et qui, au prix d'un courage inouï, parvient à assurer le cycle de sa reproduction. Luc Jacquet a dû vivre des mois durant dans des conditions difficiles pour suivre ces animaux dans leurs lentes et longues pérégrinations sur le continent blanc, véritable odyssée d'un peuple animal dont la foi en la vie est tellement forte qu'elle fait de chacun un héros silencieux et grandiose. Film bouleversant par sa simplicité qui fait passer à travers la beauté de ses images un formidable message écologique et nous démontre combien les animaux sont en mesure de nous rappeler, à nous autres les hommes, les notions d'entraide et de fraternité. Ces manchots sont, à l'évidence, attendrissants et majestueux et comme habités par des émotions proches des nôtres. Danse nuptiale pour se séduire, puis protection à tour de rôle par le mâle et la femelle de l'oeuf unique et précieux ; départ de la mère en quête de nourriture pendant que le père continue de couver, transmission permanente des informations pour lutter contre les éléments et le découragement ; vraie histoire d'un combat pour la vie.

 


Bonne Pioche Productions

 

 

Seule critique : des commentaires assez simplistes et une musique peu convaincante encombrent plus qu'ils ne servent ce magnifique documentaire qui méritait davantage de silence.
A voir et à revoir comme une impériale leçon de sagesse.


Car celle de cet animal relève ni plus, ni moins, du roman naturaliste et apparaît au spectateur comme follement cinématographique. C'est du cinéma dramatique qui recèle autant de suspense que de passion et de romance. Dans un cadre particulièrement hostile mais d'une beauté à couper le souffle dans son dénuement immaculé, la rude destinée du manchot en fait un modèle de ténacité et d'endurance et impose l'animal comme un super héros dans sa lutte pour sa survie.

 


Bonne Pioche Productions

la_marche_de_l_empereur_2004_portrait_w858.jpg

 
4-e-toiles 

 

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LA MARCHE DE L'EMPEREUR de LUC JACQUET
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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 10:56
AUSTRALIA de BAZ LUHRMANN

       

Dans les années 30, Lady Sarah Ashley ( Nicole Kidman ), belle aristocrate anglaise, hautaine et capricieuse, s'envole pour l'Australie avec l'idée de ramener au foyer son mari volage. Mais elle apprend que celui-ci vient d'être assassiné et qu'elle hérite d'un domaine, Faraway Dones, en faillite et convoité par un escroc. Que faire, sinon prendre en charge cette immense propriété pour laquelle elle va très vite éprouver une passion, au point de ne plus vouloir la quitter. Pour la seconder, elle aura recours aux services d'un cow-boy local, aux manières frustres, avec lequel elle partagera une idylle qui étonne de la part de cette aristocrate chichiteuse. En sa compagnie, elle va parcourir les immensités sauvages et désertiques qui viennent de tomber dans son escarcelle, apprendre la vie des éleveurs et nous promener dans des paysages somptueux et exotiques à souhait, dignes d'un office de tourisme en mal de clientèle.  Si bien que, dans un premier temps, on peut se laisser embarquer par cette aventure naïve, empreinte de magie aborigène, mais très vite les faiblesses du scénario, le peu de consistance et de crédibilité des héros agacent. D'autant que les situations elle-mêmes sont stéréotypées : ici c'est un incendie digne de celui d'Atlanta, là un attachement à la terre qui évoque l'impétueuse Scarlett O'Hara - à la différence que celle-ci était originaire de ses terres et les avait dans le sang - maintenant un discours sur l'émancipation des populations opprimées qui rappelle trop "Out of Africa". Aussi a-t-on le sentiment désagréable d'assister à la projection d'un film qui n'est parvenu à exister qu'en empruntant aux autres les 3/4 de son inspiration. 

On a l'impression que l'opus a été fait pour complaire à l'actrice et lui donner l'occasion de se glisser dans le rôle de sa vie. D'ailleurs elle l'avouera volontiers :

 

" C'est le film dont j'ai rêvé toute ma vie. J'ai toujours eu très envie de tourner dans mon pays, l'Australie. C'est une contrée qui vous envoûte, qui pénètre au plus profond de votre âme. C'est quelque chose dans l'air, le sol, la nature des gens qui vous saisit et, avant que vous en ayez pris conscience, avant que vous le sachiez, vous faites partie de cette terre."

 

Et c'est un autre acteur australien, Hugh Jackman, qui dépeint les débuts de leur relation cinématographique houleuse :

 

" Le Drover ( meneur de troupeaux ) déteste l'establishment, les riches propriétaires, et Sarah est l'illustration même de l'aristocratie. Il prend un malin plaisir à la choquer et à l'agacer, parce que tout en elle le contrarie. Elle est arrogante, prétentieuse, frustrante et d'un caractère impossible. Et pourtant, il va faire tomber toutes les barrières autour d'elle et s'en éprendre ! "


Nicole Kidman et Hugh Jackman. Twentieth Century Fox France


Très attendu, "Australia" sortira précédé d'un battage publicitaire qui laissait entendre que nous tenions là un nouveau "Autant en emporte le vent". Hélas, malgré son ambition et l'argent investi, ce long métrage ne remplit absolument pas son contrat et ne bénéficie nullement d'une semblable aura dramatique. C'est la montagne qui accouche d'une souris. Film d'actrice, conçu et réalisé pour et autour de Nicole Kidman, il va à l'encontre du but recherché et désacralise la jeune femme plutôt qu'il ne parachève sa consécration. Si le souffle manque, si l'émotion n'est pas au rendez-vous, c'est que l'héroïne est trop précieuse, trop distante, trop star hollywoodienne pour correspondre au personnage que l'on tente de lui faire jouer, et que son partenaire Hugh Jackman, qui n'est ni Robert Redford, ni Clark Gable, n'a pas l'étoffe nécessaire pour nous emballer autrement que par son physique de carte postale. Aussi suis-je restée sur ma désillusion et ai-je regretté les 2h35 de cette super-production sans sel et sans grande saveur qui nous laisse, au final,  out of Australia

 

2-e-toiles

 

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AUSTRALIA de BAZ LUHRMANN
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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 11:34


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L'une des scènes de Chantons sous la pluie est la reconstitution d'une réception au cours de laquelle un producteur montre à ses invités un essai de cinéma chanté. L'expérience apparaît peu concluante et les spectateurs sont sceptiques, persuadés que ce style de cinéma n'aura pas d'avenir. Cette attitude était alors celle de la quasi totalité de la profession cinématographique en 1925. Mais la perfection esthétique à laquelle les films allaient accéder encouragerait le 7e Art à développer ce nouveau genre et à poursuivre dans cette voie. Ce qui donnera naissance à quelques chefs-d'oeuvre dont ceux tournés avec le couple Astaire/Rogers et d'autres où s'illustrèrent des vedettes comme Gene Kelly, Cyd Charisse, Judy Garland, Debbie Reynolds, Leslie Caron, et des metteurs en scène de la pointure de Vincente Minelli, George Sidney, Stanley Donen, Charles  Walters.

High Society, qui date de 1956,  est justement l'oeuvre de Walters. Sans être une réussite comme Un américain à Paris ou Funny Face, cette comédie est plaisante, ne serait-ce que par la présence lumineuse de Grace Kelly,  ainsi que celles d'hommes aussi talentueux que Bing Crosby et Frank Sinatra, aux voix d'or.

" La distribution était très impressionnante - déclarait Charles Walters. Crosby est un des êtres les plus agréables avec qui j'ai jamais travaillé. La musique était très bonne, ce dont j'étais particulièrement content, étant donné que j'allais régler tous les numéros moi-même. Il y a une seule chanson que Cole Porter n'arrivait pas à nous fournir et c'était très important puisque c'était celle qui allait réunir Crosby et Sinatra et que tout le monde allait attendre. Cole a essayé plusieurs fois mais il n'arrivait pas à écrire la chanson qu'il fallait. Alors Saul Chaplin, qui s'occupait de la musique, s'est mis à faire des recherches et il est tombé sur "Well did you Evah ". Je crois que c'était une chanson vraiment idéale pour eux".

Le soliloque de Bing Crosby chantant " I love you Samantha", l'aveu de Frank Sinatra à Grace Kelly, " You're sensationnal" et le " Well did you Evah" qu'interprètent Crosby et Sinatra bénéficient du professionnalisme des deux chanteurs, parfaitement à l'aise avec la musique de Cole Porter.

 


Quant à l'histoire, il faut admettre que son livret est mince, très mince : Tracy Lord ( Grace Kelly ) doit épouser le séduisant George Kittredge ( John Lund ), mais son ancien mari Dexter-Haven ( Bing Crosby ), qui l'aime toujours, va ré-apparaître dans sa vie et finira par la convaincre de re-convoler en juste noce avec lui. Voilà les éléments principaux de cette fiction autour de laquelle viennent se greffer des incidents consécutifs aux préparatifs mondains au mariage et aux indiscrétions dévoilées par un journal à propos de la liaison qu'entretient Seth Lord, le père de Tracy, avec une jeune fille de la bonne société. Tout cela gentillet, sans plus.
Mais il y a la musique de Cole Porter, la trompette virtuose de Louis Amstrong  et ces moments attachants comme celui où l'on voit Grace Kelly, au bord de la piscine, mettre à l'eau la réplique du "True Love", maquette exacte du bateau qui a abrité autrefois ses amours avec son mari. Il est probable que sans la présence de l'actrice, toute de charme et de féminité, High Society aurait pu sombrer dans le marivaudage matrimoniale le plus conventionnel. Mais dans ce film, le dernier qu'elle tourne quelques semaines avant de prendre le bateau qui la conduira à Monaco afin d'y  épouser le prince Rainier, il se dégage d'elle une séduction faite d'émotion et de nostalgie qui  prête à ce long métrage une aura particulière, en même temps qu'il lui procure l'indéniable privilège de réunir pour la première fois les deux crooners les plus célèbres d'Amérique.
Pour toutes ces raisons, cette comédie musicale mérite d'être revisionnée ( le DVD existe ). Elle distille avec saveur le goût d'un passé encore récent, bien qu'à jamais disparu.

 

Pour lire l'article conscré à Grace Kelly, cliquer sur son titre :      GRACE KELLY    

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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