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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 10:37

Les Acacias Pathé Distribution Mars Distribution


                                                       1922 - 2014

 

Mort samedi 1er mars, Alain Resnais laisse derrière lui une oeuvre d'une grande poésie et d'une inventivité qui le classent parmi les réalisateurs incontournables du cinéma français. Son film L'année dernière à Marienbad compte parmi mes films préférés. Extrêmement subtil, le cinéaste aimait retrouver une vision des choses authentique, posant sur chacune d'elles un regard qui savait encore s'émerveiller.

 

Homme discret, voire secret, Alain Resnais appartenait à la génération de la Nouvelle Vague. Avec deux films aussi remarquables que  Hiroshima mon amour et  L'année dernière à Marienbad,  il marque de son empreinte le cinéma français en proposant une confrontation du passé et du présent et en ébauchant une nouvelle structure du temps. Cette empreinte sera considérable. Breton de naissance ( 3 juin 1922 ), il est apparenté à Merlin l'enchanteur et sera, dès sa prime jeunesse, un lecteur éclairé d'une littérature où se côtoient Proust, la bande dessinée, les poètes en général et les classiques en particulier.

 

Corbis Sygma    

Bachelier en 1939, il s'inscrit au cours de René Simon et fera partie, lors de la création de l'IDHEC en 1943, de la première promotion. Son service militaire en Allemagne terminé, il travaille à Paris 1900 et réalise L'alcool tue avec Remo Forlani, courts métrages où il fait ses gammes et devient un des auteurs les plus originaux du genre. Son  Van Gogh tourné en 1948 est immédiatement remarqué comme une oeuvre riche de promesses. Primé à Venise, ce film obtient un Oscar à Hollywood. Gauguin en 1950 sera moins réussi, alors que Guernica, sur un texte de Paul Eluard, est un authentique chef-d'oeuvre et obtient le Prix du film d'Art au Festival de Punta del Este.


Conscient de maîtriser son écriture cinématographique, Resnais met en chantier plusieurs projets dont Moderato Cantabile d'après Duras, Pierrot mon ami d'après Queneau et Les mauvais coups d'après Roger Vailland. Avec Nuit et brouillard, il aspire à toucher un public plus large et recule les limites de ce que l'on croyait réalisable, en s'efforçant de trouver les formes adaptées à la transmission de l'intransmissible : les camps de la mort. Avec Jean Cayrol, le cinéaste a rencontré le partenaire inespéré, car rescapé de Mauthausen et soucieux lui-même " non de fuir, mais de trouver le lieu et la formule ". Nuit et brouillard  obtint le prix Vigo 1956 et son audience n'a pas cessé, depuis lors, de se renouveler.


  


Avec Hiroshima mon amour, qui confirme la modernité de son auteur par son lyrisme incantatoire, vient le temps des longs métrages qui permettront à Resnais, déjà très apprécié, de faire une entrée fracassante dans l'histoire du 7e Art. Cela, grâce à une conception personnelle du montage et du récit, où s'opposent et se complètent les moments-clés de deux vies hypothéquées par l'Histoire. Le scénario, signé Marguerite Duras, situe d'emblée le film dans une nouvelle problématique romanesque. Ce recours aux écrivains en quête de voies nouvelles valut au réalisateur la réputation ambiguë de cinéaste littéraire, alors même que ce recours remonte aux origines du cinéma. Nombreux furent les metteurs en scène qui se sont inspirés de textes de grands auteurs et les ont adaptés selon leur propre sensibilité avec plus ou moins de bonheur.


Mais la démarche de Resnais s'effectue en faisant appel à un autre processus qui vise à modifier le statut du texte écrit. Ce qu'on a englobé sous l'appellation " Nouveau roman" s'inscrit dans un engagement partagé par l'écrivain et le cinéaste de recourir à une narration objective. Ce n'est donc pas une simple transposition qui s'effectue entre eux mais une autre forme de lecture qui s'impose selon des lois qui lui sont propres et où s'ajoutent des éléments comme la musique, le son, les timbres de voix, créant un texte polymorphe. Aussi n'est-ce pas un hasard si Resnais apparaît dans l'Histoire du Cinéma comme quelqu'un qui remet en cause le romanesque traditionnel.

L'année dernière à Marienbad en 1961 se fera avec la complicité d'Alain Robbe-Grillet ( scénario et dialogues ) et remportera le Lion d'or à la Biennale de Venise, récompense méritée pour un film que je considère comme l'un des plus beaux du cinéma français. Une histoire simple qui se dérobe, fuit, glisse, échappe et se refuse à l'élucidation critique, où le temps lui-même se soucie très peu du calendrier et où les souvenirs, les rêves, les désirs, viennent à tous moments brouiller les cartes d'un jeu onirique et ouvrir la voie à un ressassement sans fin. Jean-Louis Leutrat écrira à ce propos que l'on retrouve dans ce film labyrinthe " une filiation avec la tradition poétique qui, du Moyen-Age à Julien Gracq, en passant par les romantiques allemands, a su exprimer la magie nocturne et les rencontres somnanbuliques ; la charge érotique des paysages insolites solitaires et fantomatiques ; silencieux et muets comme des après-midi éblouis de soleil ou des minuits ténébreux traversés d'astres froids ".

 Muriel ( 1963 ), sur un texte de Jean Cayrol, ne recueillera qu'un piètre succès et sera suivi de  La guerre est finie ( 1966 ), avec la collaboration de Jorge Semprun ( scénario et dialogues ) et interprétation d'Yves Montand, alors que Je t'aime, je t'aime ( 1968 ) sortira dans un contexte peu favorable. En effet, la dissection de l'imaginaire, de l'inconscient et des rêves coïncidait mal avec la confusion idéologique d'une période de crise.  


   


En 1980, Mon oncle d'Amérique obtient, quant à lui, le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes et un succès inespéré auprès du public. Ce film, ainsi que Providence et La vie est un roman sont trois variations sur les rapports entre la théorie et la fantaisie, la réflexion et l'imagination, la comédie et le drame. En 1984, L'amour à mort sera à son tour présenté à Venise et s'articule autour de l'idée que mourir d'amour peut arriver à n'importe qui. " L'Amour jusqu'à la Mort, l'Amour est plus fort que la Mort ou l'Amour est si fort qu'il peut conduire à la Mort " - dira son auteur lors de la présentation à la Biennale de Venise. Ici les références au Dreyer de Ordet ou au Bergman des Communiants sont évidentes ; elles confrontent la vérité de la Parole ( ou du Verbe ) à celle de la chair, comme pour en mieux signifier le divorce ou le malentendu. Pour Resnais, l'agnostique, la conscience de la mort est la seule voie grâce à laquelle l'homme et la femme peuvent imaginer le bonheur et l'amour.

Mélo, en 1986, est construit selon un schéma assez proche de celui de L'année dernière à Marienbad, mais reste dans le registre du théâtre filmé et n'a nullement l'ampleur du précédent. Néanmoins, le film dépasse de loin le simple exercice de virtuosité et débouche, comme toujours chez Resnais, sur une réflexion intelligente à propos du langage parlé et de l'amour à l'épreuve du mal, qui permet de distinguer entre ce qui relève de l'aventure frivole et du véritable sentiment.


Sabine Azéma et Pierre Arditi. Collection Christophe L.


Parmi les dernières réalisations du cinéaste,  On connait la chanson, est une brillante variation sur la chanson populaire, où se mêlent un jeu de références et une comédie sur l'image de soi, alors que Smoking No Smoking met en scène celui des apparences et est adapté d'un cycle théâtral réputé injouable de l'anglais Alan Ayckbourn. Virtuose du montage, paradoxal et inclassable, Resnais a réalisé une filmographie qui frappe par son exigence, son originalité, sa force, sa poésie, son charme lancinant et s'organise autour de deux pôles l'amour et la mort, éminemment attractifs, qui ont pour vocation d'affirmer la prééminence de la vie, des émotions, des rêves et de s'octroyer le pouvoir de recourir au mythe constitutif de notre propre sensibilité culturelle : celui magique et envoûtant d'Orphée. A 90 ans, le jeune homme avait proposé son avant dernier opus Vous n'avez encore rien vu ... tout un programme que le public avait accueilli mollement  et, alors qu'il vient de s'éloigne, un ultime film va nous le rendre éternellement vivant et nous prouver que s'il quitte le cinéma, le cinéma ne le quitte pas.


Pour lire les articles consacrés aux Réalisateurs, cliquer sur le titre de la rubrique :

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART  

 

Et pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont "L'année dernière à Mariebad", cliquer sur le lien ci-dessous :  

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


 

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 10:55

Les films du Jeudi       VIDEO

 


Lola Montès,  film réalisé en cinémascope et couleur et dernier opus de Max Ophüls, a été restauré récemment avec le soutien de la fondation Thomson et du Fonds culturel franco-américain. Bien que défendu par des personnalités comme Rossellini, Truffaut ou Cocteau lors de ses premières projections en 1955, le film avait été un échec retentissant, si bien que pour tenter d'obtenir l'adhésion du public, les producteurs n'avaient pas hésité à le mutiler gravement. Désormais, après des mois d'un travail minutieux, nous retrouvons le montage initial, les couleurs, le son et le format d'origine. C'est une vraie résurrection d'un des chefs-d'oeuvre du cinéma qui nous est offert grâce aux efforts conjugués des sponsors et des  spécialistes. 

Le fils de Max Ophüls, Marcel, avait travaillé avec son père sur ce long métrage tourné en anglais, allemand et français. Dans une lettre très émouvante, datée du 10 avril 2008, Marcel Ophüls se souvient de la première séance de Lola Montès, l'après-midi du 23 décembre 1955, au cinéma Le Marignan, sur les Champs-Elysées : "Au-dessus de l'entrée du cinéma, une affiche énorme, d'un goût douteux, placardait en lettres et en images les charmes incontestables, discrètement révélés, de la grande vedette française du moment Martine Carol. Il pleuvait à torrents. Assis tous deux en face dans un café, mon père, un peu plus pâle que d'habitude, sirotait lentement un tilleul-menthe, ses mains serrées très fort autour de la tasse, comme si celle-ci pouvait encore lui réchauffer le moral et éviter la catastrophe".

Rien n'y fit. Les spectateurs, sortis de la première séance, allaient convaincre ceux qui patientaient sous la pluie de "ne pas perdre de temps sous l'averse et leur conseiller vivement de rentrer chez eux".
Les premières critiques reflétaient la mauvaise humeur de ces inconnus. "L'esthétique du gargouillis et du borborygme se mêle dans Lola Montès à l'esthétique de la crème fouettée"-  écrivait Jean Dutourd, tandis que Les Lettres françaises déploraient - "la lourdeur germanique de ce film qui au moins aurait dû être affriolant, coquin et capiteux".
Le jeune François Truffaut, qui avait failli devenir l'assistant de Max Ophüls, fut l'un des rares à trouver ce film admirable. Au point de s'engager corps et âme dans sa défense. Il rallia à sa cause Rivette et Godard, et s'engagea alors dans Arts : "Faudra-t-il combattre, nous combattrons. Faudra-t-il polémiquer, nous polémiquerons"... Depuis Paris, le jeune turc de la cinéphilie rendait compte quotidiennement à Max Ophüls, en mauvaise santé dans un sanatorium de la Forêt-Noire, des menaces qui planaient sur son film, tant en France qu'en Allemagne.

A la version originale de décembre 1955 succéda celle de février 1956, dans laquelle les dialogues allemands furent remplacés par des voix françaises postsynchronisées, et enfin celle de 1957, remontée contre la volonté de Max Ophüls, l'histoire étant replacée dans un ordre chronologique, accompagnée d'une voix off.


Martine Carol. Les films du Jeudi


Echec injustifié car le film est superbe et fut heureusement réhabilité et porté aux nues par les jeunes cinéastes qui virent en Ophüls un créateur aussi singulier qu'un Robert Bresson et se reconnurent, pour certains d'entre eux, dans sa filiation.
Si le film se montrait infidèle à la vérité historique ( comme le best-seller dont il s'inspirait ), il est remarquable à plus d'un titre : son ton onirique, ses recherches de couleurs, le foisonnement de trouvailles et la vivacité du style qui parviennent à balayer quelques extravagances superflues. A travers ce long métrage, le cinéaste peint le monde tel qu'il le voit : un cercle infini de hasards et de concordances, des couleurs flamboyantes où s'imbriquent l'or et la pourpre, une suite de tableaux qui préside à la finalité d'un monde sombrant de façon tapageuse et arrogante dans une irréversible décadence.


Sous la direction d'un manager, habillé en Monsieur Loyal ( Peter Ustinov formidable ), le film nous conte l'histoire de Lola Montès, comtesse déchue, réduite par la misère à exhiber son brillant passé à un public indiscret, dévoilant les secrets de ses liaisons amoureuses avec des amants célèbres comme Franz Liszt et Louis Ier de Bavière, excitant ainsi sa jalousie, son acrimonie et sa pitié. Spectacle cruel d'une déchéance qui nous retrace en une suite de flash-backs des heures de gloire et de folie, selon une magistrale orchestration d'images. Martine Carol y trouvait là son plus beau rôle sous la direction d'un metteur en scène qui avait voué son oeuvre à dénoncer le sort réservé aux femmes par une société indigne et perverse. Bien conduite, l'actrice y apparaît belle et émouvante, très différente des personnages de blonde écervelée qu'on lui confiait habituellement. Une fois encore, le malheur frappait une femme amoureuse et bouclait, en une sorte d'apothéose, une oeuvre de toute première grandeur qui honore, ô combien ! notre cinéma. François Truffaut, fidèle à sa conception du cinéma, lui rendra un vibrant hommage, mais le cinéaste, hélas ! était déjà mort, ne s'étant pas remis de ce douloureux désastre professionnel.


Martine Carol. Les films du Jeudi


Cette oeuvre magnifique sort enfin et définitivement de son purgatoire, après avoir connu l'enfer. Et ce n'est que justice. La version rénovée va permettre aux spectateurs d'apprécier le travail sur les couleurs de Christian Matras et les décors de Jean d'Eaubonne, et nous offrir la visualisation des passages supprimés en 1956 qui tous accentuent le côté crépusculaire du film : fuite en calèche à Munich, désespoir de Lola sur le pont du navire.
D'autre part, nous retrouvons ici les préoccupations majeures du metteur en scène, peintre incomparable des désillusions amoureuses, comme ce l'était déjà dans La ronde ou Madame de.., ou encore dans Lettre d'une inconnue, d'après le roman de Stefan Zweig.


Quant au style, il est celui d'un Ophüls au faîte de son génie, baroque et inventif, qui sait mieux que personne traduire les vertiges et les désespoirs. Alors que le public s'était offusqué de cette mise en perspective d'une ancienne courtisane livrée de façon obscène à la vindicte populaire, ce film apparaît au contraire comme une dénonciation de la société du spectacle, ce qui le rend d'autant plus percutant à l'époque de la télé-réalité ; le calvaire de Lola obligée de livrer à des voyeurs des pans entiers de sa vie intime et qui finit comme un animal de cirque dans une cage est à ce titre révélateur.


Martine Carol. Les films du Jeudi


Inspiré d'un roman de Jacques Laurent,  Lola Montès sera transformée de façon magistrale par le cinéaste, au point que l'on peut se demander si la faiblesse du document littéraire n'a pas contribué à cette transcendance cinématographique qui donne à l'histoire déchirante et romanesque de cette courtisane son caractère universel. On parla à propos de cette dernière oeuvre de Max Ophüls d'un film-testament, tellement il est la somme de l'imaginaire et des innovations du maître dans le domaine du 7e Art. Ainsi le jeu des couleurs qui accentue la charge poétique et participe de façon symbolique à la compréhension du récit. Chacun des épisodes possède sa couleur dominante chargée d'évoquer une saison, mais plus subtilement les états d'âme de l'héroïne. Ustinov, pour sa part, a parlé de la manière dont le cinéaste dirigeait ses acteurs, selon un dosage très pédagogique de précision et de souplesse, afin de créer un climat de confiance et par là même d'obtenir d'eux, comme des décorateurs, caméramans et autres collaborateurs, ce qui lui tenait le plus à coeur : l'excellence.

Pour lire mon article consacré à Max Ophuls, cliquer sur son titre :     MAX OPHULS ET LE CINEMA BAROQUE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

 

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 11:01
ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT

Isabelle Huppert. Bac Films   


Elève de Jean-Laurent Cochet et d'Antoine Vitez, Isabelle Huppert, née le 16 mars 1953 à Paris, fit sa première apparition à l'écran à l'âge de 18 ans dans "Faustine et le bel été" de Nina Companeez, à côté d'une autre débutante Isabelle Adjani. Avec son physique de petite fille et ses tâches de rousseur, elle était alors la représentante idéale de l'adolescente, dont l'allure paisible pouvait soudainement se fissurer pour donner libre cours à une violence intérieure contenue. "J'éprouvais un certain plaisir à exprimer ces sentiments, à me voir souffrir et pleurer à l'écran" - dira-t-elle. C'est ainsi qu'elle apparaît sous des personnages très divers dans "César et Rosalie"  de Claude Sautet où elle joue le petit rôle de Marité, en fille révoltée dans  "Les valseuses"  de Bertrand Blier, en démente qui cache un talent de peintre dans "Aloïse" de Liliane de Kermadec, en victime d'un beauf violeur et raciste ( Jean Carmet ) dans "Dupont la joie" d'Yves Boisset, en maîtresse d'un juge ( Philippe Noiret ) dans "Le juge et l'assassin"  de Tavernier, enfin en petite shampouineuse qui lit des romans-photos dans "La dentellière"  de Claude Goretta, où elle était stupéfiante d'intériorité et de douce modestie.

 


Isabelle Huppert & Jacques Dutronc. MK2 Diffusion  Isabelle Adjani et Isabelle Huppert. Collection Christophe L.


Avec "Violette Nozière"de Claude Chabrol, elle passe à la vitesse supérieure et s'affirme comme une actrice avec laquelle il va falloir compter, en réussissant superbement à saisir la personnalité complexe du personnage. Maîtrisant son art, elle peut désormais choisir ses metteurs en scène et va conduire sa carrière avec intelligence et ferveur. Car une flamme brûle chez cette petite bonne femme au physique plutôt banal, sur laquelle on ne se retournerait pas dans la rue. Mais à l'écran, elle sait accrocher le regard par cette intensité qu'elle confère à chacun de ses rôles. Claude Chabrol sera le premier à bénéficier de ses choix judicieux et ils tourneront ensemble à six reprises dont "Une affaire de femme" et "L'ivresse du pouvoir ".

" Les plus grands livres et les plus grands films sont ceux qui mêlent distance et émotion" - confiera-t-elle. Et c'est ce que j'ai envie de restituer comme actrice, intuitivement. C'est d'ailleurs pour cette raison que je me suis trouvée à l'aise dans les films de Chabrol : ils conçoit aussi l'alliage entre le romantisme et la distance critique".

 

Collection Christophe L.       Isabelle Huppert. Collection Christophe L.


Isabelle Huppert se distingue de ses contemporaines par son goût du risque, de la provocation, et les rôles  les plus difficiles l'exaltent d'autant plus qu'elle se plaît, en tant qu'actrice, à se mettre en danger. Aussi ira-t-elle naturellement vers des auteurs exigeants qui ne font  l'impasse sur aucune audace : elle tournera successivement avec Olivier Assayas, Patrice Chereau, Jacques Doillon, Jean-Luc Godard, Maurice Pialat, Raoul Ruiz, Bertrand Tavernier pour la France ; Michael Cimino, Marco Ferreri, Michael Haneke, Andrzej Wajda en ce qui concerne les réalisateurs étrangers. Tout en respectant scrupuleusement les contraintes techniques et le style propre à chacun, l'actrice apporte son imaginaire et sa vision du personnage : " Les metteurs en scène essaient de vous soumettre à leur loi et moi j'essaie de les soumettre à la mienne" - ne craint-elle pas d'affirmer. Et elle poursuit : " Parce qu'en fait il s'agit d'une communication très souterraine qui ne passe pas par des ordres ".

Aussi a-t-on volontiers qualifié l'actrice "d'intellectuelle". A tort, car il s'agit chez elle d'une interprétation très intuitive, voire sensitive. A ce propos, Franck Garbarz et Yann Tobin ont écrit : " Isabelle Huppert endosse des rôles organiques qui font appel autant à son intelligence qu'à sa pure présence physique. Interprète au sens quasi musical du terme, elle épouse avec souplesse le regard des cinéastes qui projettent en elle leurs fantasmes et leur vision du monde. Loin de se cacher derrière un masque de star, elle est sans répit dans le don d'elle-même, tout en gardant le sens du jeu".



Bel hommage à l'une de nos actrices les plus talentueuses et les plus insaisissables. Pensons à ses rôles dans  "La pianiste" de Michael Haneke ( 2000 ) ou "Merci pour le chocolat" de Claude Chabrol ( 2000 ), où elle allait au bout d'elle-même avec une force, un abandon, une violence qui ont marqué profondément les spectateurs. Elle a renoué avec Haneke pour "Amour" où elle interprète la fille de ce couple âgé dont la femme est en fin de vie. Un rôle plus modeste mais qu'elle tient avec cette justesse de ton qui la caractérise. Dernièrement, elle a à nouveau endossé le rôle d'un personnage ambigu et sulfureux, comme elle les aime, dans "Elle",  que chacun appréciera selon sa sensibilité.

 


 Les Films du Losange Pan Européenne Edition Gaumont


 

ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT
ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT
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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 10:35

The duchess de Saul Dibb, est le film idéal à voir pendant la période des fêtes. Tous les ingrédients sont réunis pour notre plaisir : la splendeur des tableaux, la flamboyance des images et costumes, le romanesque revisité avec talent par ce metteur en scène et, enfin, une interprétation - made in England  - d'une efficacité avérée.

 

Affiche américaine. Qwerty Films    


Giorgiana Spencer, ancêtre de Lady Diana, dont le destin n'est pas sans évoquer celui de la princesse de Galles, mena une existence conflictuelle au sein de sa propre famille à la fin du XVIIIe siècle. Belle, charismatique et élégante, elle brillait par la vivacité de ses répliques et l'audace de ses toilettes, au point de devenir très populaire auprès du peuple et véritable icône de la mode auprès des aristocrates. Malheureusement cette féministe avant l'heure sera contrainte d'accepter, sous son toit, la présence de la maîtresse de son époux, le duc de Devonshire. Cette offense, qui la blesse profondément, l'incitera à s'engager dans la vie publique et à mener campagne pour le parti libéral, jouant de son esprit frondeur et de son charme pour tenter de faire avancer la cause des femmes.  A l'évidence, sans grand succès.



Mariée dans sa prime jeunesse par une mère qui souhaitait conserver le prestige de son rang, elle se trouve livrée, en son âge tendre, à un époux qui n'attend d'elle que deux choses : qu'elle lui donne un héritier et se montre docile. Au grand dépit de ce dernier, la charmante Giorgiana met tout d'abord au monde deux filles mais accepte d'élever, comme la sienne, une enfant qu'il a eue d'une de ses nombreuses liaisons et dont la mère est morte. L'absence d'héritier rend le duc ombrageux et l'éloigne d'une jeune épouse qu'il n'a jamais aimée. A la suite d'une violente dispute, il abuse d'elle et, de cette étreinte brutale, naîtra enfin l'héritier tant souhaité. Mais Giogiana ne supporte plus la froideur de son mari et la présence, dans sa demeure et son intimité, de la maîtresse de celui-ci - son ancienne amie - aussi part-elle se reposer à Bath, dans l'un des châteaux de la famille, avec le secret désir d'y retrouver l'homme qu'elle aime et qui partage ses idées libérales : Charles Grey. De leur amour passionné va naître une petite Elisa que le duc, mis au courant, l'a priée d'aller mettre au monde en cachette, dans une résidence sise en pleine campagne. Charles Grey lui propose de l'épouser, mais elle ne peut accepter cette solution, qui va dans le sens de ses propres sentiments, sans risquer de perdre ses autres enfants. Aussi retourne-t-elle, contrite et forcée, auprès du duc de Devonshire et de sa maîtresse, le coeur brisé d'être éloignée de cette petite fille que le père se charge d'élever. La fin de l'histoire nous dit que Giorgiana restera, jusqu'à sa mort, très populaire et courtisée, mais toujours aussi malheureuse, tenant son rang par la force des choses dans une société corsetée par les usages où, sous le couvert de l'honneur, tous les déshonneurs sont permis. 

 


Keira Knightley, Charlotte Rampling, Hayley Atwell et Ralph Fiennes. Pathé Distribution

 

En s'attachant au parcours singulier de cette séduisante duchesse, inspiré de la biographie de Amanda Foreman, Saul Dibb  nous livre une adaptation cinématographique plaisante mais sans grande originalité, dont le principal mérite réside en une mise en scène soignée où les tableaux qui se succèdent, plus beaux les uns que les autres,  nous montrent éloquemment combien difficile était la condition de la femme à une époque où, soumise à l'autorité impérieuse d'un mari tout puissant, elle était dans l'impossibilité d'acquérir, ne serait-ce qu'un semblant d'indépendance, aussi affirmées et intrépides que soient sa nature et sa personnalité.

 


Keira Knightley. Pathé Distribution


 

Le rôle de Giorgiana Spencer est campé avec grâce par Keira Knightley, dont la silhouette longiligne fait merveille dans des toilettes élaborées ; celui de sa mère par l'excellente Charlotte Rampling qui affiche une attitude glaciale à souhait dans ce rôle de femme soucieuse de préserver sa position sociale et les avantages qu'elle suppose, tandis que Ralph Fiennes  joue celui d'un duc de Devonshire mufle et brutal de façon détachée et quelque peu absente. Un réalisation fastueuse comme les britanniques savent le faire dès qu'il s'agit d'évoquer une Grande-Bretagne magnifiquement démodée et, néanmoins, éternelle.

 

 


Keira Knightley. Pathé Distribution

 

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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 10:05

Jean-Claude Brialy, Bernadette Lafont et Gérard Blain. Collection Christophe L.    VIDEO

 

Grâce à un petit héritage personnel, Claude Chabrol, alors jeune critique aux Cahiers du cinéma, produit lui-même son premier film, réalisé avec le concours efficace d'une bande de copains réunie dans un village de la Creuse, Sardant, au cours de l'hiver 1957-58. Il ne coûtera que 42 millions de francs et symbolisera, dans le monde vieillissant du 7e Art, l'irruption  de la jeunesse.
En novembre 1957, Françoise Giroud, qui avait le sens des formules, écrivait dans l'Express : -  " la Nouvelle Vague arrive !" - L'image était lancée. L'année suivante, la France, pays conservateur, allait se doter d'une nouvelle Constitution et placer à la tête d'une société, prospère mais vétuste, un vieux militaire qui savait dire non à la fatalité : Charles de Gaulle.
La Nouvelle Vague fut au cinéma un mouvement d'une ampleur exceptionnelle comme le sera la Ve République et cette vague secouera vigoureusement un art qui avait pris l'habitude de ronronner paisiblement à l'abri des grandes convulsions innovantes. Et Le beau Serge sera considéré comme le manifeste de cette Nouvelle Vague cinématographique. " Confrontation, dans le cadre très minutieusement décrit d'une campagne pauvre, de deux types de jeunes hommes, fort opposés et néanmoins amis " - dira de son film le réalisateur lors de sa présentation au public. Il ajoutait qu'il s'agissait là " d'une traversée des apparences". En effet - poursuivait-il - au-delà des apparences, une vérité doit peu à peu de dégager pour le spectateur : l'instable, le complexé, le fou, ce n'est pas Serge mais François. (...) En somme dans "Le beau Serge" se juxtaposent deux films : l'un dans lequel Serge est le sujet et François l'objet, l'autre dans lequel François est le sujet et Serge l'objet. Par définition, c'est le premier de ces films qui apparaît tout d'abord. L'idéal pour moi est que l'on soit sensible à l'autre".

 Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont. Collection Christophe L.

 

Le beau Serge est, naturellement, un titre ironique. Serge ( Gérard Blain ) s'avère être tout sauf beau, lorsque François ( Jean-Claude Brialy ), son vieil ami, débarque dans sa ville natale.

 


François est revenu dans son village natal pour une convalescence. Il avait souffert d'une maladie grave et vient y chercher le repos et la tranquillité. Mais il ne trouve rien de tout cela. La vie de son ami s'est dégradée fortement. Serge est marié à Yvonne, qui l'adore, mais qu'il méprise injustement en raison de leur premier enfant, mort-né.

Il boit presque sans arrêt en compagnie d'un homme plus âgé appelé Glomaud, qui peut ou peut ne pas être le père de Marie, la sirène locale. La propriétaire de la pension de François lui indique que Marie se " fiance" avec un homme différent chaque jour. Marie est joué par Bernadette Lafont qui réussit, malgré ses 19 ans au moment du tournage, à rendre crédible ce rôle de bombe sexuelle.

Chaque événement ajoute à l'incompréhension entre François et les villageois. Lors d'un bal, il s'oppose soudainement au traitement qu'inflige Serge à Yvonne. Il suit Serge dans la rue et ils se battent. Obstinément, François reste dans le village pour exécuter ce qu'il croit être une action rédemptrice.

Il commence à neiger. Une nuit, avec Serge presque ivre-mort, François est au chevet d'Yvonne qui est en train d'accoucher de son deuxième enfant. Il se dépense sans compter pour faire venir le docteur, puis pour retrouver Serge qui s'est sauvé.

Le docteur est pessimiste sur la survie de l'enfant. Apparemment affaibli par le froid, François sort une fois de plus pour se mettre en quête de Serge. Il le trouve dans une grange et doit le traîner dans la neige. Une fois arrivé, il  le réveille avec une poignée de neige, au moment où les cris de son fils brisent le silence. 

Rien de gratuit dans ce long métrage où tout se réfère à une symbolique. En cela se reconnaît la fascination qu'exerce sur Chabrol son maître Hitchcock. Le psychanaliste et l'ésotériste ont ceci de commun que, cerbères du domaine des songes, ils sont les détenteurs de son trousseau de clefs. Le beau Serge présente une suite de scènes subjectives qui nous plongent dans le monde du désir immédiat. Et bien qu'il n'y ait pas de réel conflit dramatique, il y a du Tennessee Williams dans cet opus où l'on plonge dans le même ennui prégnant, la même infinie tristesse. Chacun dans ce village cherche un refuge : Serge et son beau-père dans l'alcoolisme, Marie dans la nymphomanie, le prêtre dans le réconfort sans doute illusoire des belles paroles. Jusqu'au bal, moment privilégié pour s'affronter. Au milieu de cette petite société, la femme de Serge est la seule qui conserve intact son amour de la vie. Elle est l'élément positif, celle qui refuse de fuir, de se fuir.
Quant au film, il se déroule à la manière d'un ballet où les êtres tour à tour se cherchent, s'évitent, s'épient, se quittent, selon des affinités le plus souvent illusoires. S'il fallait le définir d'une phrase, on pourrait dire qu'il s'agit d'une ré-animation dans le sens de " rendre le souffle", de rendre à la vie à des personnages enkystés dans leur morosité. A ce village qui se meurt, François vient apporter une bouffée d'oxygène, redonner un second souffle à une micro-sociéré fantomatique. Par ailleurs, Chabrol a su donner à chacune des scènes le tempo de l'halètement et le photographe l'impression d'un enfermement dans un espace où l'air ne cesse de se raréfier jusqu'à l'oppression. Aussi le premier cri de l'enfant qui vient de naître correspondra-t-il au retour à la vie et à l'espérance.

 

Pour lire l'article consacré à Claude Chabrol, cliquer sur son titre :    

 

 CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont les films de Chabrol, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

 

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 11:33

        


Comme le disait Pascal, il n'y a qu'une chose qui intéresse l'homme, c'est l'homme. Tout ce qui entoure l'acteur doit être subordonné à ce but : mettre le public en contact avec un être humain.

                                              Jean Renoir   ( Ma vie et mes films )

 

A propos de Jean Renoir qu'il admirait, François Truffaut disait : Jean Renoir ne filme pas des situations mais des personnages. Effectivement, le cinéaste a toujours considéré le scénario comme quelque chose de relativement accessoire, un instrument parmi d'autres de la mise en scène. Pour lui, l'idéal eut été un film sans sujet, axé prioritairement sur l'acteur auquel il revient d'exprimer la vérité intérieure d'un personnage. C'est la raison pour laquelle il a utilisé fréquemment de longs plans filmés en continu, soit des plans-séquences, afin d'éviter d'avoir à couper une scène en une multitude de plans courts, ce qui aurait pour conséquence de troubler l'inspiration du comédien.
Ne filmant pas des idées- comme le disait encore Truffaut - mais des hommes et des femmes qui ont des idées, Renoir assigne au 7e Art un seul but, apparemment modeste, en réalité infiniment complexe et incertain : mettre le public en contact avec des individus que le dialogue, l'image, la situation, le décor, les éclairages contribuent à révéler.

 


La fonction que Renoir donne à la caméra et à l'art cinématographique est résumée de manière claire dans l'un de ses plus admirables chefs-d'oeuvre La règle du jeu ( 1939 ), où l'auteur devient entomologiste et réussit à constituer, à partir de ses divers personnages, un documentaire aussi fouillé qu'il le ferait dans la nature avec des animaux. Dans un film dramatique, avouait-il - l'acteur ne s'enfuit pas, mais c'est son naturel qui s'enfuit, et c'est pis. Ainsi Renoir sera-t-il toujours en quête de cet homme tout court, démuni, tour à tour ridicule, prétentieux, mégalomane, menteur, parfois criminel, mais si souvent émouvant dans sa recherche obstinée du bonheur. Et c'est cet homme-là, qu'à travers une filmographie exceptionnelle, il tente de saisir. A partir d'un jeu d'associations, d'idées libres, l'auteur donnera corps à un vieux projet, celui de mettre en scène une société riche et complexe et un ensemble de personnages dans un milieu extrêmement élégant et mondain. Le lieu qu'il choisit pour que les acteurs trouvent la vérité de leurs personnages sera la Sologne, région marécageuse entièrement dédiée à la chasse. N'ayant de compte à rendre à personne, puisqu'il vient de fonder sa propre société de production la NEF, Renoir a les mains libres et peut travailler à son rythme, en laissant mûrir ce qui est au départ une idée générale, abstraite et difficilement communicable. Peu à peu, il parviendra à atteindre une sorte d'idéal : un film sans sujet, basé sur les sensations du metteur en scène, traduites à l'usage du public par les acteurs. Bazin écrivait à propos de ce film d'un raffinement rarement égalé : que Renoir était parvenu à se passer totalement de structure dramatique et avait réalisé une oeuvre qui n'est qu'un entrelacs de rappels, d'allusions, de correspondances, un carrousel de thèmes où la réalité et l'idée morale se répondent sans défaillance de signification et de rythme, de tonalité et de mélodie ; mais cependant merveilleusement construite dont nulle image n'est inutile ni placée à contre temps. C'est une oeuvre qu'il faut revoir comme on ré-écoute une symphonie, comme on médite devant un tableau, car on en perçoit mieux chaque fois les harmonies intérieures.


Paulette Dubost et Nora Gregor.  

 

La situation de départ, basée sur une série d'imbroglios amoureux, peut apparaître comme vaudevillesque. Mais de ce point de vue, elle se distingue de la production française de l'époque parce que la trame est totalement problématique et qu'elle ne décrit que des personnages sympathiques et sincères, non misérables ou tarés, si bien que nous assistons à un vaudeville en quelque sorte inversé, à l'histoire la plus anti-dramatiques qui soit, où des gens sincères, honnêtes et généreux n'ont d'autre souci que de devenir encore plus sincères, honnêtes et généreux...Mais ils n'en dansent pas moins sur un volcan. Dans cette atmosphère de fin de règne pour ne pas dire de fin du monde, Renoir dresse le portrait extrêmement précis et détaillé de ces grands bourgeois d'avant-guerre, dé-synchronisés de leur époque, communauté isolée, coupée de tout, où la règle du jeu n'est fondée que sur une seule obligation qui ne souffre aucune dérogation : tenir son rang. Tout est donc permis à la seule condition que chacun puisse feindre de ne rien voir et de ne rien entendre et ne se livre que très discrètement à son petit jeu d'intrigues et de pouvoir.


Nora Gregor et Jean Renoir.


Leur drame réside dans le fait qu'ils se sont abandonnés, par confort ou paresse, à un courant irréversible qui ne cesse plus de les entraîner dans des marais, eaux stagnantes, eaux mourantes où ils s'enseveliront et disparaîtront corps et biens. Nous ne sommes- dit Renoir - que des jouets, des automates dans la main des dieux qui nous mystifient et que nous cherchons, en retour, à mystifier. La sincérité démontre qu'elle provoque parfois autant de catastrophes que le mensonge. Toute vérité est sans doute bonne à dire, mais encore faut-il qu'elle soit dite au bon moment. Pour vivre ensemble, nous supporter, nous sommes ainsi faits que nous avons besoin d'un ensemble de lois, de codes, de ce que le cinéaste appelle la règle du jeu. Cette règle nous assigne nécessairement des rôles et par là même des costumes que l'on se doit d'endosser. Lorsque l'habit est trop étroit ou trop lourd à porter, il en résulte toutes sortes d'ennuis, de complications, de malentendus, voire de catastrophes. Retrouver l'innocence perdue, vivre sans se travestir est un rêve romantique impossible à atteindre et c'est cette vision prophétique qui fait de La règle du jeu une tragédie sur les limites de toute liberté, de la mort une invitée au bal, du désespoir l'envers fatal des sentiments.

Et que se passe-t-il donc dans cette règle du jeu, sinon des chassés-croisés amoureux, celui de Christine et de Jurieu l'aviateur qui croient s'aimer ; celui de Geneviève et du marquis de la Chesnaye qui s'aperçoivent qu'ils ne s'aiment plus ? Par ailleurs, chez les domestiques, les intrigues vont également bon train entre Marceau le braconnier et Lisette mariée au garde-chasse Schumacher. Tout cela aboutira à des pugilats qui seront brusquement interrompus, lors d'une partie de chasse, par des coups de feu. A l'issue d'épisodes mouvementés et trompés par l'obscurité, les protagonistes finiront par tuer l'aviateur mais la règle du jeu, qui régissait ce petit clan, sera sauve et chacun, déçu et blessé, reprendra le cours habituel de sa vie.

Le film, mal reçu à sa sortie, provoquera un déchaînement de haine et une confusion indescriptible aussi bien dans les milieux populaires que bourgeois. Très affecté, Renoir tentera de sauver son film en supprimant de nombreuses scènes, si bien qu'aucune version intégrale ne subsistera après la guerre et qu'il faudra attendre les années cinquante pour reconstituer, à partir des négatifs, les copies que nous pouvons visionner aujourd'hui avec bonheur.

 

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Jean Renoir - portrait

 

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Roland Toutain et Nora Gregor.

 

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 09:34

Angelina Jolie. Universal Pictures  

      

 

Filmée par une caméra sobre, d'un classicisme rigoureux, cette histoire vraie, qui se produisit à Los Angeles dans les années 1920, aurait pu sombrer dans le mélodrame le plus pompier si elle n'avait pas été mise entre des mains expérimentées, alors que, servie par le style économe et sans emphase d'un Clint Eastwood, elle donne lieu à un film sombre et limpide, traversé d'une violence contenue qui s'empare de vous sans plus vous quitter.
Car, certes, l'histoire est à peine crédible. Pensez donc : une jeune femme se fait enlever son bambin de 9 ans lors d'une courte absence. Lorsque la police le lui rend quelques semaines plus tard devant la presse rassemblée, la mère s'aperçoit avec effroi que l'enfant n'est pas son fils Walter. Embarras du policier qui s'est chargé de l'enquête, désespoir de la mère qui, dorénavant, va devoir ferrailler sans faiblir contre une coalition d'incompétents qui la fera d'abord passer pour fabulatrice, puis pour folle. Et lorsque la malheureuse produira enfin preuves et témoignages irréfutables, on la fera interner dans un hôpital psychiatrique pour délire paranoïaque.

" Nous n'avons rien inventé -dira Eastwood - une grande partie des dialogues est la retranscription mot à mot des minutes du procès. Ce que dit le médecin, le chef de la police, même les propos de l'accusé principal sont ceux que les témoins ont rapportés ".

Ce récit abracadabrantesque a été rendu plausible non seulement par la précision documentaire de son scénario, mais par une mise en images qui s'est voulue discrète. " J'avais une bonne histoire et de bons acteurs " - confiera le cinéaste aux journalistes - aussi ai-je fait ce qu'il y avait à faire. Je n'avais aucune envie de m'agiter ou de faire les pieds au mur avec ma caméra. Comme spectateur, je n'aime pas qu'on exhibe la réalisation. Dans Million Dollar Baby, la caméra se déplace beaucoup, mais très lentement, on ne se rend pas compte des mouvements. Je n'aime pas que les prises de vues soient telles que les gens pensent au réalisateur qui la dirige et à l'opérateur qui tient la caméra ".

 

On connaît la modestie de Clint qui s'applique ici, comme dans ses oeuvres précédentes, à concentrer l'action sur le sujet lui-même, sujet qui n'est autre que le combat solitaire d'une femme pour la reconnaissance de ses droits et que rien, ni personne, ne pourront détourner de son objectif qui est de faire triompher la vérité et la justice. Petite soeur de Josey Wales, hors-la-loi ou de L'homme des hautes plaines, elle lutte certes avec d'autres armes que les leurs, mais la même détermination face aux machinations perverses d'une police corrompue. Seul le pasteur, le Révérend Briegleb ( John Malkovich parfait ) osera prendre fait et cause pour cette mère douloureuse qu'aucun obstacle ne parvient à décourager : ni les menaces, ni la prison, ni la mort...


Angelina Jolie. Universal Pictures


Angelina Jolie, dans le rôle de Lara Croft, alias Christine Collins, irradie sous sa cloche en feutre qu'elle ne quitte presque jamais et qui met en valeur ce qu'il y a de plus touchant dans son visage : ce petit quelque chose de désabusé dans la bouche, de pathétique dans le regard. Nul doute - et nous nous en étions déjà aperçus dans Un coeur invaincu ( 2006 ), cette actrice est une tragédienne. Elle en a l'étoffe, l'inquiétude, l'indignation, l'émotion constante, ce feu souterrain qui brûle en elle et que le cinéaste - par souci de sobriété - a su atténuer par un jeu de photographie et de lumière qui tend vers le noir et blanc. Tout est mis en oeuvre pour que l'offense faite à l'enfant et à sa mère reste dans une dramaturgie maîtrisée, celle d'un auteur qui a toujours préféré le laconisme à la grandiloquence. Ce film confirme, si besoin était, que l'inspiration de Eastwood se plaît à exalter le courage des figures obstinées que les tragédies les plus noires ne parviennent pas à abattre. Mythe de l'héroïne seule contre tous qui re-dessine les contours d'un archétype familier, dont les hommes ont besoin pour éclairer leurs fantasmes. On se demande, après avoir vu L'échange, comment Sean Penn au dernier Festival de Cannes a pu bouder ce mets de choix ...

 

Pour lire l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer sur le titre :   

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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L'ECHANGE DE CLINT EASTWOOD
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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 12:26

Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Adèle H est l'histoire romancée de la fille cadette de Victor Hugo qui, courtisée par l'officier britannique Pinson ( Bruce Robinson ), va le suivre jusqu'à Halifax et le harceler de son amour exalté dans ses diverses affectations. La première idée de Truffaut était de faire un film sur l'amour à sens unique, total, absolu, définitif, qu'une jeune femme peut éprouver pour un homme qui ne l'aime pas. La seconde était de faire une oeuvre avec le maximum de violence intérieure, de violence émotionnelle s'entend. Ces deux intentions seront rendues possibles grâce au jeu exceptionnel d'Isabelle Adjani dans le rôle d'Adèle et de la musique tout aussi persuasive de Maurice Jaubert, bien que cette dernière ait été composée bien avant les premières prises de vue.
Maurice Jaubert, connu des cinéphiles pour ses illustrations musicales des films de Vigo et de Carné, devait mourir en 1940 et fut, par conséquent, le compositeur posthume de 4 films de Truffaut : L'histoire d'Adèle H.  L'argent de poche, L'homme qui aimait les femmes et La chambre verte. Si bien que le film ne fut pas seulement écrit à partir d'un canevas littéraire inspiré du journal d'Adèle Hugo mais du schéma musical qui prend sa source dans la bande-son de la Suite française de Jaubert, rédigée entre 1932 et 1933.
On comprend aisément pourquoi François Truffaut a pu être séduit par cette musique. En dehors de la violence émotionnelle de la dernière partie du film, le saxophone assourdi fait entendre la voix d'un instrument qui correspond absolument aux vibrations du coeur déchiré d'Adèle et devient en quelque sorte sa voix, l'expression de sa solitude et de son absolue et passionnée dévotion pour le lieutenant français. Car cet amour non partagé est devenu obsessionnel au point que la jeune femme se ment à elle-même, qu'elle vit une sorte de dédoublement permanent, une quête folle qui, après l'avoir menée à Halifax, la conduira jusqu'à l'île de la Barbade avant qu'elle ne passe les quarante années restantes de son existence dans un asile d'aliénés ( comme Camille Claudel qu'Adjani interprétera également à l'écran ).


Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Musicalement le film recrée les ambiances des années 30, de ces harmonies auditives qui, à l'époque, marquèrent profondément Truffaut. Selon Adjani, ce qui intéressait presque exclusivement le cinéaste, était la peinture d'un caractère solitaire. Avec un certain nombre d'autres thèmes récurrents de sa déjà importante filmographie, dont celui d'écrire une fiction à partir de la réalité. Pour lui, Adèle Hugo se considérait comme orpheline et rejetée par les autres parce que son père avait toujours préféré Léopoldine dont la mort l'avait brisé. Truffaut a très bien su faire le lien entre la noyade de Léopoldine et la symbolique de l'eau qui marque le film dès la première scène où l'on assiste à l'arrivée d'Adèle à Halifax à bord d'un navire et la dernière qui se clôt sur un plan où elle est à nouveau debout devant les vagues. Adèle est ainsi associée à l'eau à travers ses cauchemars répétés. Il apparaît que la mort de sa soeur a intronisé son propre drame d'avoir été cette autre fille que son père n'a pas su ou voulu aimer.
La vie d'Adèle sera donc un naufrage annoncé, dominé par les bruns et les teintes assourdies et par la musique qui amplifie ce qu'il y a de sombre dans cette passion sans issue et ce désir inassouvi. Les plans et le cadrage sont eux aussi très soignés. Par ailleurs, le film étant consigné sur le visage d'Adjani, il fallait - écrira Nestor Almandros - un décor presque monochrome. Au cinéma, nous voyons les images dans l'obscurité, notre vision est de ce fait intensifiée. Si l'on souhaite obtenir des tonalités vraies, il faut baisser les tons du décor et des costumes. Ici la composition et l'éclairage rappellent le XIXe siècle des lettres et des journaux intimes. Et que fait Adèle H sinon de consigner d'une plume fièvreuse ses souvenirs comme pour nous convaincre que sa pasion malheureuse est d'abord une quête intérieure romantique.


Isabelle Adjani. Collection Christophe L. 


Le succès d'Adèle H aux Etats-Unis fut immense et le film couronné de nombreux prix. Quant à Adjani, elle est dans ce rôle absolument bouleversante. Son metteur en scène disait d'elle : " Je ne peux la comparer à personne et, à cause de cela, elle me maintient dans une grande tension, car elle me demande beaucoup d'explications qui m'obligent à m'interroger moi-même sur la fonction d'acteur ".
Ce qui me donne le courage de faire des films -
disait-il encore - c'est qu'au cinéma on ne se sent pas solitaire. le drame des peintres abstraits et des musiciens actuels, c'est la solitude. Mais quand je tourne un film et que j'ai le trac, je sens que les acteurs sont plus fragiles que moi, je sens qu'ils sont perdus dès le premier jour de tournage et qu'ils me font confiance. Je sais aussi que je peux les aider à progresser dans leur carrière, que nous allons faire un travail très concret qui va peut-être nous réchauffer le coeur".

 

Pour lire l'article consacré à François Truffaut, cliquer sur son titre :  

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR


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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 09:59

Sony Pictures Releasing France     


 

La salle était pleine hier soir pour assister à la sortie très attendue du 22ème épisode de la série fameuse des James Bond, film haletant et spectaculaire d'un style un peu différent des précédents ( mais je ne les ai pas tous vus ), et qui fait suite à Casino Royale où l'on voyait mourir Vesper ( Eva Green ) la compagne de Daniel Craig, dont la motivation principale va être désormais de rechercher les vrais coupables. Cet opus nous présente donc un héros en proie, pour la première fois, à des sentiments personnels qui vont le mettre en porte à faux avec sa haute direction et faire de lui un fauve solitaire froidement déterminé à satisfaire sa vengeance. Faisant fi des aventures amoureuses, le James Bond d'aujourd'hui travaille pour lui et voit les dangers se multiplier et le cerner de toutes parts : de la CIA comme du M 16 Britannique, son propre service qui lui reproche avec véhémence de se laisser aveugler par ses ressentiments. Ce thème donne lieu à des séries de poursuites plus spectaculaires les unes que les autres avec des effets spéciaux époustouflants, que ce soit en bateau, en avion ou en voiture, elles sont la grande réussite de ce film.

 


Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France


 

Le principal ennemi de Bond va être un méchant à l'apparence ordinaire, psychopathe de surcroît, homme d'affaires impitoyable et puissamment riche, admirablement campé par Mathieu Amalric, qui tente de mettre la main sur les ressources quasi inépuisables de la matière première qui, bientôt, sera plus précieuse que l'or : l'eau. S'en suivent des actions qui vont les opposer et nous balader à une vitesse hallucinante aux quatre coins de la planète pour finir, après de multiples rebondissements, dans un désert où l'homme riche nous apparaîtra soudain plus vulnérable que son justicier, l'un ayant peut-être son compte en banque mais l'autre son incorruptible force de caractère.


                 Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France Anatole Taubman et Mathieu Amalric. Sony Pictures Releasing France


 

Daniel Craig se révèle une fois encore très convaincant, froid, robuste, violent, dont le regard d'un bleu d'acier n'est pas sans rappeler celui de Poutine. Mais oui ! et je ne crois pas être la seule de cet avis...
Dire que ce film ne m'a pas déçue serait faux. Car le scénario m'a semblé assez plat, alignant les unes à la suite des autres des séquences d'action, des slaloms en hors-bord, voire des explosions pyrotechniques impressionnantes, mais sans causes apparentes, tant la psychologie des personnages est reléguée au second plan. Nous sommes totalement immergés dans un monde de brutes et cernés par des comploteurs machiavéliques proches de la trilogie vengeresses de Jason Bourne que, personnellement,  je préfère.

 

 
Alors James Bond dans tout cela ? Il est bien là mais changé et assez différent du héros incarné autrefois avec panache par Sean Connery, l'invulnérable. Le héros de ce dernier opus ne l'ait plus ; il semble avoir pris du plomb dans l'aile et, malgré sa forme physique impressionnante, être en proie à des sentiments confus et victime d'une blessure intérieure secrète qui, certes, l'humanise. A ses côtés, une femme ravissante, Camille (Olga Kurylenko ), son double féminin, elle aussi assoiffée de vengeance et chaste amie d'une réalité passagèrement partagée. Tous deux sont aux prises avec des personnages inquiétants qui cherchent à asservir les nations sous le faux prétexte de préserver l'environnement, au point de préparer des coups d'Etat ( ici en Bolivie ) pour parvenir à leurs fins et satisfaire leurs appétits mercantiles. Cependant, malgré ses qualités indéniables, ce long métrage n'est pas parvenu à me séduire autant que Casino Royale. Une bande sonore trop agressive, une accélération de l'action trop hachée et brouillonne finissent par dissoudre toute annexe psychologique, faisant de ce film un spectacle purement visuel, qui m'est resté extérieur.

 

2-e-toiles



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 Olga Kurylenko. Sony Pictures Releasing France

 

 

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 09:59


                                                            VIDEO

 

Voici un Woody Allen, version Marivaux remis au goût du jour et qu'on a saupoudré, pour faire actuel, d'une pincée d'homosexualité, aux prises avec les affres de l'amour de trois femmes et d'un homme dans les décors baroques d'une Barcelone estivale. Film plaisant, même si le metteur en scène ne peut échapper totalement aux clichés inévitables que le sujet traîne à ses basques. Mais c'est enlevé, bien rythmé, joliment interprété et ce libertinage ne cède à aucune vulgarité, malgré  l'ambiance barcelonesque torride.
Un soir, deux jeunes américaines venues passer leurs vacances dans la ville espagnole, l'une poursuivant une thèse sur la Catalogne, l'autre cherchant une vocation improbable de photographe dans le domaine de l'art, croisent dans une galerie, lors d'un vernissage, un peintre en vogue, du genre viril et maudit ( Javier Bardem ), qui leur propose avec effronterie de les emmener passer le week-end à Orviedo, sans leur cacher qu'il a envie de les mettre toutes les deux dans son lit. L'invitation est sans ambages, bien que prononcée selon les usages. L'une est prête à oser la transgression, c'est Cristina la blonde jouée par Scarlett Johansson, tandis que la brune Vicky ( Rebecca Hall ) d'un naturel raisonnable, s'élève vigoureusement contre cette suggestion qui la choque, bien qu'elle succombera la première.


Penélope Cruz, Javier Bardem et Scarlett Johansson. Warner Bros. France


Déboule un peu plus tard la femme légitime du don juan, incendiaire et suicidaire, qui va ajouter un peu de piment aux chassés-croisés d'un trio qui risquait de se scléroser. Superbe dans ce personnage de passionaria ibérique, Penélope Cruz enflamme la pellicule et ravive des amourettes un peu trop consensuelles, dans un décor idéalement catalan.
Il semble que Woody Allen, après une période anglaise plus sombre, retrouve avec cet opus inattendu une jeunesse dissipée et que, sur le tard, il se délivre enfin d'une vie entière d'angoisse existentielle. Vicky Cristina Barcelona est un film pétillant, léger et glamour, où l'on boit beaucoup, où la vie apparaît douce et soft, les femmes belles et insouciantes, l'homme satisfait et désoeuvré. On est là dans l'ivresse d'un immédiat taillé sur mesure pour la détente, le plaisir de l'oeil, le divertissement de qualité... made in Woody Allen. A n'en pas douter de l'ouvrage cousu de main.

 
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Pour lire les articles consacrés à Woody Allen et à Penélope Cruz, cliquer sur leurs titres :  

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT        PENELOPE CRUZ - PORTRAIT



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Javier Bardem et Rebecca Hall. Warner Bros. France

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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