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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 12:26

Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Adèle H est l'histoire romancée de la fille cadette de Victor Hugo qui, courtisée par l'officier britannique Pinson ( Bruce Robinson ), va le suivre jusqu'à Halifax et le harceler de son amour exalté dans ses diverses affectations. La première idée de Truffaut était de faire un film sur l'amour à sens unique, total, absolu, définitif, qu'une jeune femme peut éprouver pour un homme qui ne l'aime pas. La seconde était de faire une oeuvre avec le maximum de violence intérieure, de violence émotionnelle s'entend. Ces deux intentions seront rendues possibles grâce au jeu exceptionnel d'Isabelle Adjani dans le rôle d'Adèle et de la musique tout aussi persuasive de Maurice Jaubert, bien que cette dernière ait été composée bien avant les premières prises de vue.
Maurice Jaubert, connu des cinéphiles pour ses illustrations musicales des films de Vigo et de Carné, devait mourir en 1940 et fut, par conséquent, le compositeur posthume de 4 films de Truffaut : L'histoire d'Adèle H.  L'argent de poche, L'homme qui aimait les femmes et La chambre verte. Si bien que le film ne fut pas seulement écrit à partir d'un canevas littéraire inspiré du journal d'Adèle Hugo mais du schéma musical qui prend sa source dans la bande-son de la Suite française de Jaubert, rédigée entre 1932 et 1933.
On comprend aisément pourquoi François Truffaut a pu être séduit par cette musique. En dehors de la violence émotionnelle de la dernière partie du film, le saxophone assourdi fait entendre la voix d'un instrument qui correspond absolument aux vibrations du coeur déchiré d'Adèle et devient en quelque sorte sa voix, l'expression de sa solitude et de son absolue et passionnée dévotion pour le lieutenant français. Car cet amour non partagé est devenu obsessionnel au point que la jeune femme se ment à elle-même, qu'elle vit une sorte de dédoublement permanent, une quête folle qui, après l'avoir menée à Halifax, la conduira jusqu'à l'île de la Barbade avant qu'elle ne passe les quarante années restantes de son existence dans un asile d'aliénés ( comme Camille Claudel qu'Adjani interprétera également à l'écran ).


Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Musicalement le film recrée les ambiances des années 30, de ces harmonies auditives qui, à l'époque, marquèrent profondément Truffaut. Selon Adjani, ce qui intéressait presque exclusivement le cinéaste, était la peinture d'un caractère solitaire. Avec un certain nombre d'autres thèmes récurrents de sa déjà importante filmographie, dont celui d'écrire une fiction à partir de la réalité. Pour lui, Adèle Hugo se considérait comme orpheline et rejetée par les autres parce que son père avait toujours préféré Léopoldine dont la mort l'avait brisé. Truffaut a très bien su faire le lien entre la noyade de Léopoldine et la symbolique de l'eau qui marque le film dès la première scène où l'on assiste à l'arrivée d'Adèle à Halifax à bord d'un navire et la dernière qui se clôt sur un plan où elle est à nouveau debout devant les vagues. Adèle est ainsi associée à l'eau à travers ses cauchemars répétés. Il apparaît que la mort de sa soeur a intronisé son propre drame d'avoir été cette autre fille que son père n'a pas su ou voulu aimer.
La vie d'Adèle sera donc un naufrage annoncé, dominé par les bruns et les teintes assourdies et par la musique qui amplifie ce qu'il y a de sombre dans cette passion sans issue et ce désir inassouvi. Les plans et le cadrage sont eux aussi très soignés. Par ailleurs, le film étant consigné sur le visage d'Adjani, il fallait - écrira Nestor Almandros - un décor presque monochrome. Au cinéma, nous voyons les images dans l'obscurité, notre vision est de ce fait intensifiée. Si l'on souhaite obtenir des tonalités vraies, il faut baisser les tons du décor et des costumes. Ici la composition et l'éclairage rappellent le XIXe siècle des lettres et des journaux intimes. Et que fait Adèle H sinon de consigner d'une plume fièvreuse ses souvenirs comme pour nous convaincre que sa pasion malheureuse est d'abord une quête intérieure romantique.


Isabelle Adjani. Collection Christophe L. 


Le succès d'Adèle H aux Etats-Unis fut immense et le film couronné de nombreux prix. Quant à Adjani, elle est dans ce rôle absolument bouleversante. Son metteur en scène disait d'elle : " Je ne peux la comparer à personne et, à cause de cela, elle me maintient dans une grande tension, car elle me demande beaucoup d'explications qui m'obligent à m'interroger moi-même sur la fonction d'acteur ".
Ce qui me donne le courage de faire des films -
disait-il encore - c'est qu'au cinéma on ne se sent pas solitaire. le drame des peintres abstraits et des musiciens actuels, c'est la solitude. Mais quand je tourne un film et que j'ai le trac, je sens que les acteurs sont plus fragiles que moi, je sens qu'ils sont perdus dès le premier jour de tournage et qu'ils me font confiance. Je sais aussi que je peux les aider à progresser dans leur carrière, que nous allons faire un travail très concret qui va peut-être nous réchauffer le coeur".

 

Pour lire l'article consacré à François Truffaut, cliquer sur son titre :  

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR


Et pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont La nuit américaine et Le dernier métro, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 09:33
FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR

 Beta Film GmbH  


                                      1932 - 1984

 

Le cinéma m'a sauvé la vie - écrivait François Truffaut, avant d'ajouter : si je me suis jeté dans le cinéma, c'est probablement parce que ma vie n'était pas satisfaisante pour moi dans les années de première jeunesse, à savoir les années d'occupation. De dix à dix-neuf ans, je me suis jeté sur les films : je n'ai pas de recul là-dessus.
Et il est vrai qu'avant de devenir cinéaste, Truffaut fut cinéphile, puis critique, métier qu'il pratiquera avec passion. Il fut d'ailleurs un critique redouté et le plus souvent perspicace quant à ses jugements sur le talent des autres.


Le sien, il commencera à l'exercer dans Les mistons ( 1957 ) où apparaît une configuration qui se perpétue à travers toute son oeuvre : un garçon troublé par une belle femme lui fait une déclaration d'amour écrite. Dans ce premier long métrage, nous voyons une bande de jeunes gens tombant sous le charme de Bernadette Lafont. Les petits voyeurs l'épient, interrompant les baisers qu'elle échange avec Gérard Blain.


L'enfance sera pour Truffaut une source inépuisable d'inspiration qu'il inaugurera avec  Les quatre cents coups ( 1959 ). Tout comme Antoine Doinel, son héros, Truffaut fit de la salle de cinéma un chez lui de substitution. Son regard sur son art s'aiguise avec Tirez sur le pianiste ( 1960 ), film noir, jouant sur un registre tragi-comique, où l'on découvre un Charles Aznavour déchiré entre deux femme qu'il ne parvient pas à sauver. Truffaut avait adapté son film d'un roman de David Goodis, transformant un ensemble de rues sombres en un terrain fertile pour gangsters comiques et amants maudits.

 

François Truffaut derrière la caméra. Collection Christophe L.


On retrouve le mélange des tons dans Jules et Jim ( 1961 ), adapté lui aussi d'un roman, celui auto-biographique d'Henri-Pierre Roché qui traite de l'amitié, de l'amour et de la vénération de deux amis inséparables pour une déesse qui se révélera trop humaine sous les traits de Jeanne Moreau ( Catherine ) qui incarne à leurs yeux la sublime statue. Grâce à une caméra mobile, Truffaut suscite notre intérêt pour des personnages qui, de prime abord, ne semblent pas sympathiques et, par ce subterfuge, ni ne condamne, ni n'approuve cette relation triangulaire, laissant à la responsabilité du public la spéculation morale. La caméra s'autorise de grandes libertés, additionne travellings, panoramiques et ouvertures de champ, ce qui est encore amplifié par la musique. Le Tourbillon entonné à mi-film par Catherine évoque ce qu'il y a d'éphémère dans cette rencontre qui ne sera rien d'autre qu'une brève aventure, une séparation, puis une réunion post mortem, comme si la fin du film suggérait un cycle perpétuel de recommencements.

 


Si Truffaut s'est affirmé comme le cinéaste le plus " littéraire " de la Nouvelle Vague, s'il a montré un penchant pour le commentaire en voix off, c'est parce que ses personnages et sa mise en scène sont particulièrement concernés par le langage. Ses héros ont souvent à voir avec l'écriture, il arrive qu'eux-mêmes rédigent des romans comme dans L'homme qui aimait les femmes. Il n'est pas rare non plus que le cinéaste glisse ici et là des citations puisées dans ses films préférés. Toujours pénétré de la fibre critique et historienne du temps où il écrivait aux Cahiers du cinéma, Truffaut aimait à témoigner dans ses films de sa conscience aiguë d'une continuité cinématographique et à établir une relation avec ses prédécesseurs.

 

Mais ce sont les incertitude de l'amour qui composent la clé de voûte de l'oeuvre, que ce soit dans les années Léaud ( Baisers volés, Domicile conjugal, L'amour en fuite, Les deux anglaises et le continent ), plus tard dans La nuit américaine, L'enfant sauvage, Une belle fille comme moi, où l'on voit constamment des êtres emprisonnés en eux-mêmes, marginalisés par une société qui ne peut pas les accueillir et qui entretiennent avec l'amour, dont ils ont tant besoin, une relation difficile et angoissante. En ayant souvent recours à la voix off, Truffaut annonce clairement qu'il se considère comme un conteur et ne craint pas d'user d'une narration sophistiquée, ce que beaucoup lui reprocheront.

 


Avec Adèle H, l'histoire d'amour va se décliner sous le mode du JE. Le caractère autonome de cette sombre passion prend un relief particulier lié à la symbolique de l'eau figurant d'abord la noyade de Léopoldine, la fille préférée du père ( Victor Hugo ), l'évocation de l'île, celles de Guernesey et Jersey où l'écrivain vécut en exil et, enfin, le naufrage d'Adèle dans la folie. Et cela sur fond de musique, saxophone qui devient en quelque sorte la voix d'Adèle, comme "Le Tourbillon" avait lié ensemble, dans une sorte de tournoiement, un amour à 3 visages.

 

 

Ce contrepoint entre le littéraire et le cinématographique, le visuel et le sonore, le texte pré-existant et l'image animée est au centre de cette filmographie ; nous sommes là en présence d'un réalisateur pour qui les livres et les films ont toujours été plus " réels" que la vie, aux yeux de qui le passé semble plus vivant - ou tout au moins plus riche esthétiquement - que le présent.

 

Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Après viendront des films comme L'amour en fuite, La chambre verte, Le dernier métro et La femme d'à côté. Le réalisateur renoue avec les thèmes de la douleur de la passion romantique et de la violence émotionnelle de l'amour empêché. Curieusement Vivement dimanche, son dernier opus se conclut par une balle dans la tête, alors qu'un an plus tard, le 21 octobre 1984,  l'auteur s'éteindra d'une tumeur au cerveau, laissant derrière lui une oeuvre majeure née sous le signe de la révolte et devenue, au fil du temps, classique. Son itinéraire dit tout ensemble sa passion de la littérature, son goût pour le policier, son amour des femmes, enfin son inaltérable regard d'enfant sur la vie contemplée depuis l'objectif d'une caméra ultra sensible.

 

Pour lire les articles consacrés "Aux acteurs et actrices de la N.V." et "La N.V. et ses jeunes turcs", cliquer sur les titres :

 
LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE    

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS

 

Et pour consulter les critiques que j'ai consacrées à des films de Truffaut, comme Jules et JimAdèle H., La nuit américaine et Le dernier métro, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

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FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR
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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 09:59

Sony Pictures Releasing France     


 

La salle était pleine hier soir pour assister à la sortie très attendue du 22ème épisode de la série fameuse des James Bond, film haletant et spectaculaire d'un style un peu différent des précédents ( mais je ne les ai pas tous vus ), et qui fait suite à Casino Royale où l'on voyait mourir Vesper ( Eva Green ) la compagne de Daniel Craig, dont la motivation principale va être désormais de rechercher les vrais coupables. Cet opus nous présente donc un héros en proie, pour la première fois, à des sentiments personnels qui vont le mettre en porte à faux avec sa haute direction et faire de lui un fauve solitaire froidement déterminé à satisfaire sa vengeance. Faisant fi des aventures amoureuses, le James Bond d'aujourd'hui travaille pour lui et voit les dangers se multiplier et le cerner de toutes parts : de la CIA comme du M 16 Britannique, son propre service qui lui reproche avec véhémence de se laisser aveugler par ses ressentiments. Ce thème donne lieu à des séries de poursuites plus spectaculaires les unes que les autres avec des effets spéciaux époustouflants, que ce soit en bateau, en avion ou en voiture, elles sont la grande réussite de ce film.

 


Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France


 

Le principal ennemi de Bond va être un méchant à l'apparence ordinaire, psychopathe de surcroît, homme d'affaires impitoyable et puissamment riche, admirablement campé par Mathieu Amalric, qui tente de mettre la main sur les ressources quasi inépuisables de la matière première qui, bientôt, sera plus précieuse que l'or : l'eau. S'en suivent des actions qui vont les opposer et nous balader à une vitesse hallucinante aux quatre coins de la planète pour finir, après de multiples rebondissements, dans un désert où l'homme riche nous apparaîtra soudain plus vulnérable que son justicier, l'un ayant peut-être son compte en banque mais l'autre son incorruptible force de caractère.


                 Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France Anatole Taubman et Mathieu Amalric. Sony Pictures Releasing France


 

Daniel Craig se révèle une fois encore très convaincant, froid, robuste, violent, dont le regard d'un bleu d'acier n'est pas sans rappeler celui de Poutine. Mais oui ! et je ne crois pas être la seule de cet avis...
Dire que ce film ne m'a pas déçue serait faux. Car le scénario m'a semblé assez plat, alignant les unes à la suite des autres des séquences d'action, des slaloms en hors-bord, voire des explosions pyrotechniques impressionnantes, mais sans causes apparentes, tant la psychologie des personnages est reléguée au second plan. Nous sommes totalement immergés dans un monde de brutes et cernés par des comploteurs machiavéliques proches de la trilogie vengeresses de Jason Bourne que, personnellement,  je préfère.

 

 
Alors James Bond dans tout cela ? Il est bien là mais changé et assez différent du héros incarné autrefois avec panache par Sean Connery, l'invulnérable. Le héros de ce dernier opus ne l'ait plus ; il semble avoir pris du plomb dans l'aile et, malgré sa forme physique impressionnante, être en proie à des sentiments confus et victime d'une blessure intérieure secrète qui, certes, l'humanise. A ses côtés, une femme ravissante, Camille (Olga Kurylenko ), son double féminin, elle aussi assoiffée de vengeance et chaste amie d'une réalité passagèrement partagée. Tous deux sont aux prises avec des personnages inquiétants qui cherchent à asservir les nations sous le faux prétexte de préserver l'environnement, au point de préparer des coups d'Etat ( ici en Bolivie ) pour parvenir à leurs fins et satisfaire leurs appétits mercantiles. Cependant, malgré ses qualités indéniables, ce long métrage n'est pas parvenu à me séduire autant que Casino Royale. Une bande sonore trop agressive, une accélération de l'action trop hachée et brouillonne finissent par dissoudre toute annexe psychologique, faisant de ce film un spectacle purement visuel, qui m'est resté extérieur.

 

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 Olga Kurylenko. Sony Pictures Releasing France

 

 

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 09:59


                                                            VIDEO

 

Voici un Woody Allen, version Marivaux remis au goût du jour et qu'on a saupoudré, pour faire actuel, d'une pincée d'homosexualité, aux prises avec les affres de l'amour de trois femmes et d'un homme dans les décors baroques d'une Barcelone estivale. Film plaisant, même si le metteur en scène ne peut échapper totalement aux clichés inévitables que le sujet traîne à ses basques. Mais c'est enlevé, bien rythmé, joliment interprété et ce libertinage ne cède à aucune vulgarité, malgré  l'ambiance barcelonesque torride.
Un soir, deux jeunes américaines venues passer leurs vacances dans la ville espagnole, l'une poursuivant une thèse sur la Catalogne, l'autre cherchant une vocation improbable de photographe dans le domaine de l'art, croisent dans une galerie, lors d'un vernissage, un peintre en vogue, du genre viril et maudit ( Javier Bardem ), qui leur propose avec effronterie de les emmener passer le week-end à Orviedo, sans leur cacher qu'il a envie de les mettre toutes les deux dans son lit. L'invitation est sans ambages, bien que prononcée selon les usages. L'une est prête à oser la transgression, c'est Cristina la blonde jouée par Scarlett Johansson, tandis que la brune Vicky ( Rebecca Hall ) d'un naturel raisonnable, s'élève vigoureusement contre cette suggestion qui la choque, bien qu'elle succombera la première.


Penélope Cruz, Javier Bardem et Scarlett Johansson. Warner Bros. France


Déboule un peu plus tard la femme légitime du don juan, incendiaire et suicidaire, qui va ajouter un peu de piment aux chassés-croisés d'un trio qui risquait de se scléroser. Superbe dans ce personnage de passionaria ibérique, Penélope Cruz enflamme la pellicule et ravive des amourettes un peu trop consensuelles, dans un décor idéalement catalan.
Il semble que Woody Allen, après une période anglaise plus sombre, retrouve avec cet opus inattendu une jeunesse dissipée et que, sur le tard, il se délivre enfin d'une vie entière d'angoisse existentielle. Vicky Cristina Barcelona est un film pétillant, léger et glamour, où l'on boit beaucoup, où la vie apparaît douce et soft, les femmes belles et insouciantes, l'homme satisfait et désoeuvré. On est là dans l'ivresse d'un immédiat taillé sur mesure pour la détente, le plaisir de l'oeil, le divertissement de qualité... made in Woody Allen. A n'en pas douter de l'ouvrage cousu de main.

 
3-e-toiles



Pour lire les articles consacrés à Woody Allen et à Penélope Cruz, cliquer sur leurs titres :  

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT        PENELOPE CRUZ - PORTRAIT



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Javier Bardem et Rebecca Hall. Warner Bros. France

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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 08:54

StudioCanal     


Prudence et Balisaire Beresford se reposent dans leur propriété au-dessus du lac du Bourget, mais cette vie au ralenti n'est pas du goût de Prudence qui s'ennuie et rêve que quelque chose d'excitant survienne pour rompre cette douce monotonie. Ce voeu va se réaliser avec l'irruption de tante Babeth ( Annie Cordy ), spécialiste de papillons qui, en route pour l'Afrique, fait escale chez ses neveux et leur raconte comment elle vient d'être témoin d'un crime affreux, au cours duquel elle a aperçu, de la fenêtre de son compartiment, un homme étrangler une femme aux gants rouges dans le train qui venait en sens inverse. Cette histoire, à laquelle Balisaire ne croit guère, va déclencher chez Prudence la furieuse envie d'en apprendre davantage. Elle va profiter d'une absence de son mari pour se faire embaucher comme domestique dans un château baroque habité par une famille pour le moins surprenante, cette demeure se trouvant être placée en bordure de la voie empruntée par le chemin de fer et où Prudence s'imagine que le cadavre de la malheureuse victime a pu être balancé par l'auteur du crime. Et, en effet, elle va découvrir dans une annexe de la propriété, là où le châtelain, pingre et râleur, interprété par un Claude Rich un peu trop caricatural à mon goût, a réuni ses collections qui comportent, entre autres choses de grande valeur, plusieurs sarcophages authentiques. Je ne vous révèlerai pas la suite de l'intrigue, certes un peu longuette et alambiquée, mais qui vaut  pour la façon dont elle est traitée par un cinéaste qui se plaît à faire de ses films policiers ( celui-ci est la troisième adaptation d'une oeuvre d'Agatha Christie ) des comédies légères et impertinentes mais que l'on oublient vite.


André Dussollier et Catherine Frot. StudioCanal


Dans des paysages, la plupart du temps neigeux et assez gris, se déroule une action pleine de rebondissements et d'amusants clins d'oeil à des films anciens comme la scène où l'on voit Dussolier passer en kilt au-dessus d'une bouche d'aération, ainsi que le faisait Marylin dans Sept ans de réflexion , ou bien  d'autres qui ne sont pas sans une pointe de piment hitchcockien, mais le génie du maître en moins. Cependant, sans qu'il se renouvelle beaucoup par rapport à ses opus précédents "Mon petit doigt m'a dit"  ou  "L'heure zéro", eux aussi adaptés d'oeuvres d'Agatha Christie, ce dernier-né se laisse regarder avec plaisir, principalement pour le flegme d'André Dussollier, la pétulance et la cocasserie de Catherine Frot, tous deux excellents comme à leur habitude. Décidément Catherine Frot peut tout se permettre ; du drame à la comédie, jusqu'à la loufoquerie, elle sait doser son humour, son charme et son efficacité. Actrice très complète, elle forme avec André Dussolier le couple idéal de cette comédie divertissante et un peu surannée, où  leurs réparties font mouche jusqu'à cette dernière scène où le couple, prenant la poudre d'escampette devant leur maison envahie par leur progéniture, se retrouve à camper à la belle étoile.


2-e-toiles

 

 

Pour lire l'article consacré à Catherine Frot, cliquer sur son titre :    CATHERINE FROT



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André Dussollier. StudioCanal

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 09:47
STEPHANE AUDRAN - PORTRAIT

                                                           
Une de nos actrices les plus talentueuses, Stéphane Audran, discrète et pudique, n'a jamais fait parler d'elle, sinon pour nous convaincre par son jeu sensible qu'elle était la digne continuatrice des grandes comédiennes d'avant-guerre.

 

Née le  8 novembre 1932 à Versailles d'un père médecin et d'une mère enseignante, Stéphane Audran, qui s'appelait encore Colette Suzanne Dacheville, une fois ses études secondaires achevées, devient l'élève de Charles Dullin, de Tania Balachova et de Michel Vitold, avant d'être découverte par Claude Chabrol qu'elle épousera en secondes noces, après son divorce d'avec Jean-Louis Trintignant. Sa carrière débute par un petit rôle dans Les Cousins (1959) que Chabrol, en découvreur de talent averti, lui confie avant de la révéler dans Les Bonnes Femmes (1960), puis de l'imposer en vedette dans une quinzaine de ses films ; on retiendra, tout particulièrement, ses prestations dans Les Biches (1968), La Femme infidèle (1969), Le Boucher (1969), Les Noces rouges (1973), Violette Nozière (1978), Le Sang des autres (1983), Poulet au vinaigre (1984) ou Betty (1992) où, grâce à la qualité de son jeu fait d'intelligence, d'une séduction un peu froide et d'une classe évidente, elle séduit  le public et devient une comédienne incontournable des années 60/80.  Elle obtiendra le César de la meilleure actrice en 1978 pour Violette Nozière où, curieusement, apparaît la nouvelle égérie de Chabrol : Isabelle Huppert. Le couple va se séparer en 1980 et la carrière de Stéphane Audran en souffrira fatalement. On la verra encore dans Le soleil en face (1980 ) de Kast, Coup de torchon ( 1981 ) de Tavernier,  dans l'inoubliable rôle de Babette dans Le Festin de Babette ( 1987 ) de Gabriel Axel qui est sans nul doute sa prestation la plus éblouissante, et, dernièrement,  dans La fille de Monaco ( 2008 ) auprès de Fabrice Luchini.

 

Michel Bouquet et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

 

Dans La femme infidèle face à Michel Bouquet, dans Le boucher  face à Jean Yanne, dans Coup de torchon, et, davantage encore, dans son rôle de Babette, on se rappelle de la finesse, de l'élégance, de la subtilité de ses interprétations qui, toutes, frappent par l'intensité des expressions et une silencieuse et indiscutable présence. Pas d'effets, mais une interrogation permanente, quelque chose d'indicible et de pathétique dans le regard, une délicatesse dans les gestes, une économie étonnement efficace. Je compte cette merveilleuse actrice, qui a su se retirer sans faire de vagues, parmi mes préférées.

 

Pour consulter les critiques de films intérprétés par l'actrice, dont La femme infidèle et Le festin de Babette, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

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Jean Yanne et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

    

    

 

STEPHANE AUDRAN - PORTRAIT
STEPHANE AUDRAN - PORTRAIT
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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 09:43

       


Deux voyageurs se trouvent dans un train en Angleterre. L'un dit à l'autre : " Excusez- moi, monsieur, mais qu'est-ce que ce paquet à l'aspect bizarre qui se trouve au-dessus de votre tête ? - Oh, c'est un macgguffin. - A quoi cela sert-il ? - Cela sert à pièger les lions dans les montagnes d'Ecosse. - Mais il n'y a pas de lions dans les montagnes d'Ecosse. - Alors il n'y a pas de macguffin."

 

Hitchcock aimait à raconter cette histoire pour se moquer des exégètes de ses films qui exigeaient une explication rationnelle de chacun d'eux. Lui, ce qui l'intéressait, était de manipuler le spectateur, de le mener là où il le voulait, et de le soumettre au rythme imprimé à l'histoire. Il souhaitait plus que tout que la peur du héros ou de l'héroïne soit partagée par le public. Aussi faisait-il en sorte que le processus d'identification fonctionne à merveille. Et  pour comble d'habileté, il parvenait souvent à ce que le spectateur s'identifie successivement à plusieurs personnages. C'est le cas dans Psychose, où le public est d'abord avec Janet Leigh, puis enclin à soutenir Anthony Perkins, mais comme il n'est pas au bout de ses surprises, il aura vite oublié la raison initiale qui a poussé l'héroïne à dérober de l'argent, ce qui revient à dire, qu'en quelque sorte, il n'y avait pas vraiment de macguffin...


Janet Leigh. Collection Christophe L.

Une employée de banque nommée Marion  ( Janet Leigh ), dans un moment d'égarement, s'enfuit en voiture avec quarante mille dollars que son patron lui avait demandé de remettre à la banque. Un soir, elle s'arrête dans un motel dirigé par un certain Norman Bates  ( Anthony Perkins ), qui vit seul en compagnie de sa mère, une femme dont il laisse entendre à Marion qu'elle est difficile à vivre et d'ailleurs la jeune femme l'a entendue, à un certain moment, crier sur son fils.


Tandis que Marion prend sa douche avant de se coucher, elle est brutalement agressée par une vieille femme qui la frappe de plusieurs coups de couteau. Norman découvre le corps avec horreur et s'emploie aussitôt à faire disparaître les traces du meurtre, puis il place le corps de Marion, ses vêtements et ses bagages dans le coffre arrière d'une voiture, et se débarrasse de celle-ci en la laissant s'enliser dans la vase noirâtre d'un étang. Peu de temps après, Marion est recherchée par Lila  ( Vera Miles ), sa soeur, par Sam  ( John Gavin ) son amant, et par un détective d'assurances chargé de récupérer l'argent : Arbogast ( Martin Balsam ). Arbogast, conscient du trouble dans lequel ses questions ont plongé Norman, revient subrepticement dans la maison pour tenter d'interroger la vieille dame. Il monte à l'étage et là est poignardé par une femme visiblement âgée. Norman s'emploie de nouveau à faire disparaître le cadavre dans l'étang voisin. C'est alors que Sam et Lila interviennent. Ayant appris que la mère de Norman était morte depuis huit ans, ils se rendent à leur tour dans la maison et, dans la cave, Lila aperçoit le cadavre momifié de la mère et surprend le fils coiffé et habillé avec les vêtements de celle-ci. Se sachant découvert, le coupable se jette sur Lila, couteau en main, mais Sam réussit à le désarmer. En définitive, Norman est un malade qui accomplit ses abominables crimes en se servant d'une autre personnalité que la sienne, celle de sa mère à laquelle il s'identifie lorsqu'il est en proie à ses pulsions meurtrières.


Janet Leigh et John Gavin. Collection Christophe L.

 

 

Hitchcock considérait que Psychose était son film le plus intéressant pour la raison que la construction du scénario permettait de s'engager sur plusieurs pistes à la fois. " Vous savez que le public cherche toujours à anticiper - disait-il - et qu'il aime pouvoir dire : Ah ! moi je sais ce qui va se passer maintenant. Alors il faut non seulement tenir compte de cela mais diriger complètement les pensées du spectateur. Plus je donne de détails sur le voyage en automobile de Marion, plus le spectateur est absorbé par sa fugue et c'est pour cela que je donne autant d'importance au policier motocycliste aux lunettes noires, image de terreur pour la jeune voleuse". En effet un policier se penche vers elle - alors que celle-ci dort dans sa voiture rangée sur le bas-côté - et quand le policier l'interpelle, à la place des yeux, elle voit deux ronds noirs formés par ses lunettes miroirs. C'est le même regard mort que celui de la mère de Norman, momie aux yeux desséchés. Même chose encore, quand Norman observe Marion en train de se déshabiller dans sa chambre, par le trou de la serrure. L'oeil devient énorme au point d'envahir l'écran. Ce thème du regard mort, opaque, creux, vide est omniprésent dans le film et trouve son explication dans l'une des phrases que prononce Norman, ancien hôte d'un asile de fous : " Il y a des yeux cruels qui vous étudient". Il y a également le symbole des oiseaux empaillés qu'il collectionne - lui-même n'a-t-il pas empaillé sa mère ? - Ainsi sa propre culpabilité se reflète-t-elle en permanence dans le regard de ces oiseaux. D'autant qu'il y a parmi eux des hiboux, oiseaux qui appartiennent au domaine de la nuit, inquiétants guetteurs qui participent du masochisme de ce héros pitoyable.
 

"Ma principale satisfaction, disait encore Sir Alfred, est que le film a agi sur le public et c'est la chose à laquelle je tenais beaucoup. Dans Psychose, le sujet m'importait peu, les personnages m'importaient peu, ce qui m'importait, c'est l'assemblage des morceaux du film, la photographie, la bande-sonore et que tout ce qui est purement technique pouvait faire hurler le public. Je crois que c'est une grande satisfaction d'utiliser l'art cinématographique pour créer une émotion de masse. Et avec Psychose, j'ai accompli cela. Ce n'est pas un message qui a intrigué le public. Ce n'est pas une grande interprétation qui a bouleversé le public. Ce n'était pas un roman très apprécié qui a captivé le public. Ce qui l'a ému, c'est le film pur. Car la façon de construire cette histoire et de la raconter a amené le public à réagir d'une façon émotionnelle. Avec Psychose, j'ai fait de la direction de spectateurs, exactement comme si je jouais de l'orgue".

 


Janet Leigh. Collection Christophe L. Janet Leigh. Collection Christophe L.

 

Ce film fut à l'évidence l'un des plus grands succès du metteur en scène. Alors qu'il avait été peu onéreux - il était quasi muet et facile à doubler, il se déroulait en grande partie dans une maison gothique de la Californie du Nord et les trucages étaient relativement simples - il en a rapporté beaucoup, ce qui eut un effet salutaire sur son réalisateur que l'échec commercial n'avait pas épargné. Il est vrai aussi qu'il a bénéficié d'une campagne promotionnelle particulièrement réussie. Le cinéaste avait enregistré un message qui interdisait aux spectateurs de révéler le contenu des dernières séquences. Et les directeurs de salles avaient ordre de refuser l'entrée aux retardataires.


Anthony Perkins. Universal Pictures

 

Tourné en noir et blanc, ce film, oppressant comme il en est peu, est une suite d'images épurées qui sont autant de chocs pour le spectateur. Comme d'habitude, les acteurs, bien dirigés, donnent le meilleur d'eux-mêmes. Son interprétation de Norman Bates valut à Anthony Perkins de remporter un triomphe personnel. Il est idéalement ce héros qui porte en lui une effroyable double personnalité qui, tour à tour, en fait un homme soumis et un tueur abominable, comme si, à l'intérieur de lui-même, le bien et le mal se livraient un combat sans merci. Perkins donnera une suite à ce film qu'il réalisera lui-même.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Alfred Hitchcock, cliquer sur son titre : 

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, dont la plupart des films de Hitchcock, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 08:05

                  Collection Christophe L.  Ciné Tamaris 

 

LA CINEMATHEQUE REND ACTUELLEMENT HOMMAGE A CE REALISATEUR. "LA PLUMET ET L'IMAGE" S'Y ASSOCIE.

 

Après avoir été l'auteur de plusieurs courts métrages, Jacques Demy, qui avait reçu une formation de technicien et était passé par l'école des Beaux-Arts, réalise son premier long métrage en 1960. Tourné à Nantes et dédié à Max Ophüls, Lola  est l'un des films les plus beaux de la Nouvelle Vague, grâce à la photographie lumineuse de Raoul Coutard et à la musique radieuse de Michel Legrand, film où s'enlacent les destins de plusieurs personnages autour de la séduisante Lola ( Anouk Aimée ). L'année suivante, Demy s'attaque à  La baie des anges, descente dans l'enfer du jeu autour de la personnalité ambiguë et volontiers perverse de Jeanne Moreau qui ne connaîtra pas le même succès que le précédent. En 1964,  Les parapluies de Cherbourg, dont les dialogues sont chantés, surprend et enthousiasme par son harmonie et son efficacité émotionnelle. Demy y traite des choses sur lesquelles le temps a le plus de prise : les sentiments et les gens fragiles. Aucun autre de ses films n'obtiendra un accueil aussi chaleureux et autant de récompenses ( Prix Louis Delluc, Palme d'or à Cannes, nomination aux Oscars ). L'enchantement tenait pour une grande part à la musique de Michel Legrand, à la beauté d'une débutante délicieuse Catherine Deneuve, à l'irréversibilité des événements. Et la chance voulut que cet enchantement soit encore présent dans Les demoiselle de Rochefort,  film où Demy réalise son rêve d'une vraie comédie musicale à l'américaine avec tous les ingrédients : scènes chantées et dansées, comédie, romance, couleurs chatoyantes et distribution éclatante avec, aux côtés de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, deux danseurs américains de renommée internationale : George Chakiris  l'un des héros de West Side Story et Gene Kelly, l'inoubliable vedette de Chantons sous la pluie et d' Un américain à Paris. Avec ce dernier opus, Demy poursuivait un thème qui lui était cher : le couple idéal réuni par le hasard.

 

Portrait_Demy_2.jpg

 


Désormais, au sommet de sa réputation, le cinéaste peut augurer d'une suite de carrière confortable. Or, il n'en sera rien.  Model shop  ( 1968 ), réalisé aux Etats-Unis, semble préfigurer une suite à Lola, avec quelque chose d'une réflexion plus amère, dans la lignée de La baie des anges. Mais le film, mal distribué, sera un échec. Revenu en France, Demy tourne  Peau d'âne  ( 1970 ) avec son actrice fétiche Catherine Deneuve, un conte plein de charme et de poésie qui, à la façon de Cocteau, joue sur deux tableaux : d'un côté fable pour enfants, de l'autre variation polissonne, qui saura captiver le public.

 
L'année suivante, il entreprend un nouvel opus avec  Le joueur de flûte  ( 1972 ), beau film inspiré par la légende d'un charmeur de rats, interprété par le chanteur Donovan, où il cerne métaphoriquement le rôle de l'artiste face aux compromissions des hommes. Mais, pour des raisons obscures, ce film ne bénéficiera que d'une diffusion confidentielle et les années 60 se révèleront très difficiles pour le réalisateur.

 
Après l'insuccès d'une comédie à demi réussie L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune, Demy doit accepter de travailler à deux oeuvres de commande, dont le résultat, sans être indigne de son talent, ne recueillera pas l'audience souhaitée : Lady Oscar ( 1978 ), adaptation raffinée d'un roman feuilleton historique qui se déroule dans le décor naturel du château de Versailles et La naissance du jour ( 1980 ) d'après Colette, destiné à la télévision.

En 1982, il revient à Nantes et se consacre à un ancien projet Une chambre en ville ( 1982 ). Cette histoire d'amour tragique sur fond de lutte des classes intégralement chantée ( musique de Michel Colombien ) sera un terrible échec commercial, malgré le soutien unanime de la critique. Parking ( 1985 ), variation sur le mythe d'Orphée souffrira, quant à lui, d'un casting contestable et, le vent ayant tourné, le public versatile se détachera de celui qui l'avait tant de fois enchanté. Avec Trois places pour le 26 ( 1988 ), il met en scène son dernier long métrage auprès d'un Yves Montand au faîte de sa carrière et ce film, malgré ses qualités musicales, ne suscitera qu'un succès d'estime. Sachant sa mort prochaine, sa femme Agnès Varda lui consacre un émouvant hommage avec Jacquot de Nantes, histoire de sa jeunesse et de sa passion pour le cinéma et la musique. Il décédera quinze jours après la fin du tournage le 27 octobre 1990 du sida, à l'âge de 59 ans.


Pour consulter les critiques des films du cinéaste, cliquer sur leurs titres :

 

PEAU D'ANE de JACQUES DEMY             LOLA de Jacques DEMY      

 

LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT de JACQUES DEMY

 

 

                                       TF1 Films Production  

         00002190_lrg.jpg FA_image_00014947.jpg

 

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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 11:58

Affiche américaine. Groundswell Productions

                                                         

 

Je me rendais à cette projection sans à priori mais sans grand enthousiasme et je n'ai pas été déçue. Voilà une agréable surprise en des temps où le chef-d'oeuvre ne court pas les rues. Ne parlons pas de chef-d'oeuvre ici, bien sûr, mais d'un film bien fait, bien joué et qui tient en éveil par une action rondement menée. Ce n'est déjà pas si mal...

Au Nouveau-Mexique, dans les années 1882, la ville minière d'Appaloosa vit sous la domination d'un redoutable hors-la-loi Randall Bragg ( Jeremy Irons ) qui n'a pas hésité à en éliminer le shérif, afin de perpétrer ses forfaits en toute impunité. Pour mettre fin à ce régime de terreur, les habitants font appel à deux gâchettes Virgil Cole ( Ed. Harris ) et son adjoint Everett Hitch ( Viggo Mortensen ), bien connues pour avoir su ramener la paix et le calme dans des cités plus importantes. Si l'acteur n'avait pas convaincu avec sa première réalisation "Pollock", sage biographie du peintre, il fait mouche avec celui-ci qui, sans rien innover dans l'art du western, fait preuve de nerf et offre quelques variations inédites sur des thèmes pourtant mille fois rabâchés depuis que le genre existe. D'autant que la qualité de l'interprétation est irréprochable, servie par une mise en scène élégante et de superbes panoramiques. Un peu décalée dans sa forme, l'oeuvre explore un territoire fictif inhabituel dans la mesure où, malgré les faits, la conscience morale n'a pas déserté ses héros. On pense, bien entendu, à Gary Cooper dans "Le train sifflera trois fois", où ce dernier regardait également le hors-la-loi sans ciller, en idéaliste politique et sentimental, prêt à affronter le diable en personne, seul contre tous.

 


Ed Harris. Metropolitan FilmExport


Soulignons aussi que l'humour n'a pas déserté le film. Comment ne pas sourire lors des nombreuses scènes qui éveillent en nous des souvenirs impérissables et montrent des personnages coulés dans leurs convictions opposées ainsi que des blocs de granit ? Un humour noir dans un univers dangereux en intimité constante avec la mort.  Bien qu'assez misogyne, ce qui risque d'agacer plus d'une spectatrice, ce long métrage présente néanmoins une intéressante figure de femme moderne à travers la personne excentrique et séduisante de Allison French ( Renée Zellweger ) qui va être le talon d'Achille insoupçonné de Virgil Cole. Si le schéma est archi classique, la variation est intelligente et bien conduite dans un climat qui captive.


Viggo Mortensen et Ed Harris. Metropolitan FilmExport


Décidément le western ne cesse pas de renaître de ses cendres après qu'on l'eût enterré à jamais ( croyait-on ! ) à la suite de son fastueux chant du cygne dans "Impitoyable" de Clint Eastwood. Il y avait eu encore récemment "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" d'Andrew Dominik, formidablement interprété par le duo Brad Pitt/Casey Affleck qui cédait à une vision crépusculaire. Chez Harris, rien de tel, les héros sont de nouveau parés de la magie des dieux de l'Olympe - n'oublions pas que ceux-ci avaient leurs faiblesses, surtout amoureuses - et finissent par avoir raison des causes les plus désespérées, ce qui renoue avec l'optique du western traditionnel et se révèle conforme aux impératifs du genre. A voir pour retrouver les émotions d'antan et pour les connaître, si on vient de naître au 7e Art.

 



Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



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Jeremy Irons. Metropolitan FilmExport

APPALOOSA de Ed. HARRIS
APPALOOSA de Ed. HARRIS
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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 09:09
DAVID LYNCH

 Kyle MacLachlan.  Brooksfilms Collection Christophe L.

                                                          

Difficile de brosser en quelques lignes le portrait d'un homme qui est encore en pleine activité créatrice, sinon de l'écouter parler de lui-même, de ses projets, de ses aspirations, de ses doutes, de ses enthousiasmes, de ses craintes aussi. Comment se voit-il, comment évolue-t-il ? Ce qui est intéressant d'ailleurs avec les films de David Lynch, c'est que contrairement aux Ch'tis, ils ne font pas l'unanimité. Alors comment vit-il ces contestations permanentes ? Certains, après avoir vu Inland Empire ( 2006 ) se sont inquiétés du taux de drogue que ce dernier avait dû absorber pour avoir une semblable écriture cinématographique ; des cyniques ont proposé que ses oeuvres soient sponsorisées par l'Institut national du sommeil et de la vigilance, alors que les inconditionnels - et ils sont tout de même nombreux - ne manquent pas de tomber en pâmoison à la simple évocation du maître. C'est dire à quel point ce cinéaste est contesté. Du surréaliste Eraserhead ( 1977 ), son premier long métrage en noir et blanc oppressant, à l'envoûtant Lost Highway ( 1997 ) ou à l'incantatoire Mulholland Drive ( 2001 ), en passant par ses productions musicales Blue Bob ( 2002 ) et Elephant Man ( 1980 ) où il se confirme comme le peintre des marginaux et des "monstres", David Lynch ne cesse de surprendre,  de dérouter, fasciner et troubler par son oeuvre fantasmée, volontiers construite sur des énigme et qui donnent au moins une idée de la subtilité et de la sensibilité de leur auteur. Et il déroute d'autant plus qu'il privilégie la force de mystère et l'abstraction et montre peu d'empressement dès qu'il s'agit de répondre aux interviews et d'apporter quelques éclaircissements sur son travail.  

 

David Lynch. Bac Films

 

Aussi est-il impératif de l'écouter lorsqu'exceptionnellement il lève un coin du voile à travers un livre qui oscille entre autobiographie et recueil de pensées : Mon histoire vraie aux éditions Sonatine.
De cet ouvrage, il ressort que l'auteur de Twin Peaks est un homme ( presque ) normal, certainement peu banal qui a étudié aux Beaux-Arts et est resté marqué par cette formation. La preuve en est que, malgré ses oeuvres hantées de meurtres et peuplées de schizophrènes délirants, Lynch ne se considère ni comme un psychopathe, ni comme un maniaco-dépressif. Il est équilibré, écrit-il, ne se drogue que de café et reste émerveillé par les innombrables surprises que la vie ne cesse de nous réserver. S'il nous conte, à travers ses longs métrages, des histoires sombres, c'est simplement parce qu'elles reflètent notre monde qui, contrairement à l'enfer, n'est pas toujours pavé de bonnes intentions...D'ailleurs lui-même pratique assidûment la méditation transcendantale, afin de conserver sa sérénité et sa créativité. En définitive, il n'est jamais qu'un observateur sans concession d'un monde passionnant mais un peu fou.


Laura Dern. Mars Distribution


On apprend aussi, en poursuivant la lecture de ce livre, que ses idées poétiques et dérangeantes ne lui sont pas inspirées par ses cauchemars  mais, et je le cite : qu'elles sont comme des poissons. Les petits sont proches de la surface de l'eau, et les gros...plus beaux, plus purs - nagent en profondeur. Plus votre conscience s'élargit, plus vous plongez loin et trouvez de gros poissons. Vous l'aurez compris, la méditation transcendantale a encore frappé. Moi - poursuit-il - j'utilise cette technique pour attraper des poissons-idées de cinéma, mais il existe toutes sortes de poissons-idées : pour le design, l'informatique, le commerce. Je n'ai pratiquement jamais tiré d'idées de mes rêves. Les poissons, pensez aux poissons ".
Nous voilà avertis et désillusionnés, tant nous aspirions à un créateur un peu plus déjanté. Il n'en est rien. Remisons notre mythe au grenier.

Par contre Lynch admet être un rock'n'roller amoureux de la musique, mais pas un vrai musicien :  Je tiens avant tout à être libre de faire un film comme je l'entends, de A à Z. Si d'autres personnes s'en mêlent, le projet n'est pas cohérent et devient un échec, comme de fut le cas pour Dune. Lui-même est attristé par les formules qui régissent le cinéma aujourd'hui :  Si vous voulez faire quelque chose, faites-le ! Conservez votre propre voix, et cassez les codes ! Il n'y a pas de règles en art.

 

Contrairement à ce qui avait été dit ici et là, David Lynch ne travaille pas à une suite de Twin Peaks, ni à une adaptation de La métamorphose de Kafka ou du Lolita de Nabokov, même si ces derniers projets lui trottent dans la tête. Pour le moment, il se concentre sur la peinture, de nouvelles photos et sa musique. Ainsi que sur un documentaire de la tournée mondiale qu'il a effectuée pour promouvoir la méditation transcendantale. Quant à sa prochaine réalisation, soyons patients, Lynch n'est pas homme à se séparer longtemps de sa caméra. Grand créateur de sortilèges visuels et sonores, il réussit toujours à fasciner son public grâce à une oeuvre  fluide et souvent émouvante, avec une imagerie à double face qui ne dédaigne pas de débusquer les nuances de l'ombre et renvoie en permanence à une réflexion sur le cinéma et ses possibles et l'exhibition des apparences. Lynch a toujours enchanté par son sens du mystère.

 

Pour lire les articles consacrés aux Réalisateurs, cliquer sur le titre :


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David Lynch lors du Festival de Cannes 2017

David Lynch lors du Festival de Cannes 2017

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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