Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 08:28

                     

                                                                VIDEO


Veronoka et son amoureux Boris tardent à se séparer. Au-dessus d'eux, dans la ville de Moscou, passe un vol de cigognes. La guerre est déclarée. Contre l'avis des siens, et malgré  la peine qu'il inflige à celle qu'il aime, Boris a décidé d'être volontaire et de rejoindre le front. Il mourra sans que ses proches en soient informés. Ayant perdu ses parents, au cours d'un bombardement, Veronika s'est installée dans la famille de Boris où elle finit par céder aux avances pressantes de Mark, le frère de ce dernier. Elle l'épouse, mais en conçoit immédiatement le plus vif remords. Arrive la victoire. Veronika est sur la quai avec un bouquet, mais Boris ne descendra pas du train, et la jeune femme, le coeur brisé, distribuera les fleurs destinées à son bien-aimé aux soldats de retour.

Echevelé, pathétique, douloureux, Quand passent les cigognes ( 1957 ) est peut-être le film le plus romantique jamais tourné. Chose d'autant plus étonnante que cette merveille de sensibilité nous vient d'URSS, dont le cinéma d'alors était au service du pouvoir, niant l'individu, en tant que tel, au profit du groupe. Un film, comme celui-ci, rompait par conséquent avec l'art de la propagande qui avait été imposé par le régime et, bien entendu, le point de vue officiel était loin de concorder avec le vécu du peuple russe. Les metteurs en scène se voyaient dans l'obligation d'insister sur le rôle positif de la révolution d'octobre, de la collectivisation des terres et de la planification économique. Si bien que les scénarios avaient tous pour point commun de chanter les louanges du camarade Staline.

 

                    Alexei Batalov et Tatiana Samoilova.   Tatiana Samoilova.


Le tour de force de Mikhail Kalatozov sera de ne pas céder à ce chantage et de décrire le destin d'une femme complexe, renouant avec le concept de la personne humaine. Un souffle épique traverse son long métrage qui est d'autant plus exceptionnel que réalisé dans une période troublée et un contexte difficile pour les artistes. Mais le petit père Khrouchtchev était passé par là et ce film est le symbole du dégel qui régna un moment de l'autre côté du rideau de fer...L'auteur nous conte ainsi, et avec quel talent ! l'histoire d'une tragédie individuelle vécue sur  fond de convulsions historiques, histoire banale à prime abord, puisque celle d'un jeune soldat qui ne reviendra jamais au bercail, mais comme transfigurée par un mouvement de caméra irrésistible et une mise en scène efficace et dépouillée. On n'en finirait pas de citer les scènes marquantes qui rythment ce film et ne nous laissent pas un instant inattentifs ou distraits : les adieux manqués, les bombardements, la mort de Boris qui, dans une dernière vision, aperçoit Veronika en robe de mariée et, surtout, la poignante scène finale d'un lyrisme rarement égalé.

 

                   Tatiana Samoilova.  



Pour parvenir à cette perfection, Kalatozov a pris soin de réunir autour de lui une équipe performante : tout d'abord, un directeur de la photographie virtuose S. Ouroussevsky et une actrice idéale dans le rôle de Veronika, l'adorable et délicate Tatiana Samoïlova, d'un naturel plein de grâce et de sensibilité. Pour l'époque, les prouesses techniques laissent pantois. La caméra virevolte en des travellings inattendus, des cadrages savants, des profondeurs de champ subtils et ce déluge de technique, loin de nuire à l'émotion, ne fait que la renforcer. Un film qui fut salué à Cannes par la Palme d'Or en 1958 et que l'on ne peut oublier, parce qu'il a réussi ce petit miracle de savoir toucher et surprendre. On le revoit avec le même plaisir et le même pincement au coeur, tellement tout y vrai, universel, finement exprimé, et l'on se dit que, décidément, les chefs-d'oeuvre ont cela de particulier : d'inspirer, en permanence,  la surprise et l'étonnement.

 

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


                    Tatiana Samoilova.

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article
15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 13:50

            Gaumont Columbia Tristar Films UFD UFD 

             ARP Sélection Affiche française. Mars Distribution Warner Bros. France


                                                            
Auteur du film Into the wild, ( 2006 ), ce comédien-réalisateur, fort en gueule, est de ceux qui ne cachent pas leurs convictions, au point que leur nom sonne moins comme l'incarnation du 7e Art que comme le symbole obligé d'un engagement politique. Son action contre la guerre en Irak a fait de lui une figure majeure des mouvements anti-Bush. Il s'est même rendu à plusieurs reprises à Bagdad, afin de dénoncer l'ingérence illégitime des Etats-Unis, qui, selon lui, a contribué à mettre à mal les libertés civiles et à plonger le pays dans le chaos.
En-dehors de cela, Sean Penn , né le 17 août 1960, fils de l'acteur Léo Penn, frère de l'acteur Chris Penn et du compositeur Michael Penn, quelle famille ! est un comédien qui ne peut laisser personne indifférent, tant ses compositions sont fortes, comme celle de la  Dernière marche  ( 1995 ), où il jouait de façon bouleversante, à côté de Susan Sarandon, le rôle d'un condamné à mort, rôle qui lui vaudra d'être nommé pour l'Oscar du meilleur acteur. Dans  She's so lovely  de  Nick Cassavetes, il incarne un déséquilibré violent et se verra honoré par le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 1997. Dans  Sam, je suis Sam  de Jessie Nelson, il campe un attardé mental tout aussi convaincant et semble abonné aux rôles difficiles qu'il intériorise avec sobriété et conviction. En 2003, il reçoit, pour la seconde fois, la coupe Volpi pour son rôle de cardiaque dans le film d'Alejandro Gonzalez Inarrita  21 Grammes  et, la même année, se voit récompensé par l'Oscar du meilleur acteur pour sa formidable interprétation dans  Mystic River  ( 2002 ) de Clint Eastwood.

                       Sean Penn, Laura Linney et Kevin Bacon. Warner Bros. France


Etre acteur ne suffisant pas à cette personnalité riche et remuante, Sean Penn passe très vite derrière la caméra pour des réalisations de qualité, où il peut s'abandonner à son inspiration, comme  Into the Wild,  dont le projet a mûri pendant plusieurs années à la suite de la lecture du roman éponyme de  Jon Krakauer. Ce film réussi a valu à son auteur et à son équipe des mois de galères, tant l'acteur-metteur en scène avait tenu, par souci d'authenticité, à respecter, dans les moindres détails, le parcours quasi initiatique que son héros effectue à travers l'Amérique. Il fallut, par conséquent, affronter les rivières glacées, la neige, le verglas et des températures de 48°C. Des conditions certes contraignantes, mais qui ont participé à la beauté esthétique du film, tourné dans des décors naturels et dans les conditions météorologiques correspondantes. Les photos sont dues à l'objectif d'Eric Gautier ; quant à l'acteur principal, il perdra 18 kilos et apprendra à descendre les rapides du Colorado. Le résultat est un film hommage aux grands espaces américains et une mise en accusation  du capitalisme outrancier qui plombe les valeurs essentielles d'amitié et de respect de la nature. Ce dernier long métrage est le quatrième opus de l'acteur-réalisateur après Indian Runner  ( 1990 ), Crossing Guard  ( 1995 ),  The Pledge (  2001 ) et marque certainement l'accession à la maturité d'un homme déchiré entre ses aspirations et ses contradictions, dont la jeunesse a été faite de frasques et d'engagements passionnels.

 

                             


Son mariage avec Madonna en 1985 a défrayé la chronique de l'époque par son caractère violemment conflictuel. L'enfant terrible d'Hollywood a paru s'assagir depuis et présida même en 2007 le jury du 61e Festival de Cannes. Le talent et l'anticonformisme étaient à l'honneur...


Pour prendre connaissance des films où figure l'acteur, cliquer sur le lien ci-dessous :  

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur celui-ci :  

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

 


                       Sean Penn. Bac Films

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
commenter cet article
9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 18:10

affiche-Bonnie-and-Clyde-1967-2.jpg

 

 

                         

En 1967, Truffaut reçoit de deux scénaristes, David Newman et Robert Benton, un sujet de film qu'il refuse simplement parce qu'il s'est, à l'époque, entièrement investi dans Fahrenheit, si bien que ceux-ci se tournent vers Godard mais, entre-temps, l'acteur américain Warren Beatty, alerté par Truffaut, s'est porté acquéreur des droits du scénario. En effet, le frère de Shirley McLaine a des ambitions de producteur et entreprend aussitôt le siège de Jack Warner pour tenter d'associer la firme à son projet. Il emporte l'adhésion du bonhomme et choisira Arthur Penn comme réalisateur.

Dès que ce dernier s'attaque au traitement du scénario, il l'infléchit vers ses thèmes de prédilection : la juvénilité, la recherche d'identité, la maturité violente, l'initiation douloureuse ( et symboliquement mortelle ) à la vie sociale. Bonnie and Clyde est une saga, composée autour de la fameuse dépression des années 30, qui raconte le destin singulier de deux jeunes truands célèbres. Bien entendu, ce long métrage véhicule des éléments de réflexion liés à la nature des personnages, dont il nous relate la carrière criminelle, tout en faisant la part belle au contexte social de l'Amérique d'alors, plongée dans cette dépression qui nous est décrite par touches indirectes, plus explicites que de longs discours.

 

Comme à son habitude, Arthur Penn ne se veut pas démonstratif dans son rapport avec l'histoire. L'air du temps l'intéresse plus que les paraphrases sur les événements en cours. S'il est vrai qu'un film comme celui-ci s'est construit autour de l'argent ( élément de subsistance, puis de discorde, enfin de luxe relatif chez des êtres plus naïfs que vénaux ), autour des lieux où on le trouve ( les banques ), il est, selon moi, davantage une réflexion sur la pauvreté qui lui donne un ton et une tonalité sombre, bien que la relation entre ces trois éléments ne soit jamais établie. Son illustration se veut primaire, au strict niveau des apparences, comme est primaire la conscience que peuvent en avoir  Bonnie et Clyde, qui, au fil de l'aventure dans laquelle ils se sont engagés avec une totale insouciance, seront obligés de devenir ce qu'ils ont affirmé être. Et ce qui participe à la recherche de leur identité frôlera sans cesse le pathétique.

 

                  Faye Dunaway. Collection Christophe L.


Au moment de la sortie du film, on a pu s'étonner de l'impact qu'il a eu sur la jeunesse, ce que certains déplorèrent, considérant que son influence ne pouvait être que néfaste. Mais il serait injuste de voir dans Bonnie and Clyde une apologie de la violence. Penn n'a jamais abondé dans cette problématique simpliste. Au contraire, ce qui frappe, c'est à quel point les protagonistes sont dépourvus de volonté de puissance. Ils ne partent pas en guerre contre la société, n'affirment aucun choix idéologique, pas plus qu'ils ne s'inscrivent dans un combat social ou politique quelconque. Ce sont des personnages qui évoluent selon les circonstances et les événements, suivent les voies que leur propose le hasard et leur dicte leur instinct, d'autant qu'Arthur Penn atténue sans cesse le tragique de la situation par un humour roboratif. L'incapacité de la bande à Burrow de contrôler le destin dans lequel les uns et les autres s'enlisent, par immaturité et imprévoyance, les rend plus pitoyables que condamnables. Il est probant que le metteur en scène les désigne davantage comme les victimes d'une époque, d'un contexte, d'un système, que comme totalement responsables de leurs actes.
Dans cette oeuvre, les individus découvrent l'humiliation économique, sociale, morale que leur fait subir une société implacable. Et n'est-ce pas afin de trouver leur identité qu'ils font la guerre à cet état de fait ? Le réalisateur s'en est clairement expliqué :
" Je ne veux pas du tout psychanaliser les Etats-Unis, mais disons qu'il y a l'aspect sociologique de cette époque de la dépression et que je montre deux jeunes gens qui en sont le produit. Je ne les approuve pas, ni ne les condamne. J'ai suivi leur histoire jusqu'à la fin où la police les a attirés dans un piège pour les massacrer. (...) Je crois que le succès du film, son audience auprès de la jeunesse américaine, provient de ce que les jeunes se retrouvent dans ce qui est, pour eux, peut-être, un retour à l'anarchie, mais surtout un film contre la guerre".

 

bonnie-and-clyde1.jpg

 

 

La fin est connue, spectaculaire, et transforme cette matinée ensoleillées du 23 mai 1934 en un ballet macabre qui atteint une sorte de sur-réalité. Mille balles tirées en une minute dont 94 atteignirent leur cible - précision historiquement prouvée - n'était-ce pas une sorte de délire que rien ne justifiait sinon la peur du mythe et de sa force ? Faye Dunaway trouve là son plus grand rôle. Belle, tendue comme un arc, elle épouse au plus près ce riche personnage en traduisant, de façon aiguë, ses contradictions, auprès de Warren Beatty qui, à la suite de La fièvre dans le sang, a tout mis en oeuvre ( achat des droits du scénario ) pour s'attribuer cet autre rôle phare. Ce long métrage contribuera à asseoir sa notoriété et obtiendra en France un succès tel qu'il inspirera à Serge Gainsbourg une célèbre chanson.

 

4-e-toiles


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

bonnie-and-clyde-1962-07-g--Small-.jpg

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 09:14

                    Collection Christophe L.

 


Pourvoyeur d'images de génie, Ingmar Bergman tient aujourd'hui, dans l'univers cinématographique, une des tout première place. La force de son oeuvre, ses réflexions graves mais d'une portée universelle, son originalité, son style, qui est celui d'un créateur à part entière, son écriture si personnelle ont fait de chacun de ses films un événement justifié. Aussi comment entrer dans cette vaste filmographie sans être désorienté ? Il me semble que Les fraises sauvages peuvent être une introduction valable à une oeuvre dense et difficile qui se nourrit d'humanité, mais qui a souvent intimidé le néophyte.
Bergman est le chantre de la solitude et ce long métrage aborde le sujet à travers le personnage d'un vieil homme qui vient de recevoir une distinction honorifique, couronnant sa carrière de médecin. A la suite d'un rêve, il bouscule ses plans et décide de se rendre en voiture à Lund avec sa belle-fille, ce qui lui permettra de revoir des lieux chargés d'évocations et de souvenirs.


                    Collection Christophe L.


Ce sera également l'occasion de revivre certains d'entre eux et de faire le bilan de sa longue existence. Mais, heureusement, des personnes rencontrées vont l'aider à se réconcilier avec un passé chargé d'échecs sentimentaux et d'éclairer ses vieux jours d'une lueur de tendresse.

En effet, une fois arrivé à Lund pour y recevoir sa récompense, le professeur Isaak Borg, ébranlé dans ses convictions, prend la résolution de tenter d'agir de façon à entretenir désormais des rapports moins formels avec son entourage. Un arrêt à la maison de son enfance le replonge au coeur de son passé, à la différence qu'il devient le témoin de scènes auxquelles il n'avait pas assisté à l'époque. C'est ainsi qu'il revoit sa fiancée d'alors, Sara, en train de se laisser séduire par son propre frère et qu'il la surprend plus tard se lamentant de ce que sa cour, érudite et compassée, l'avait contrainte à aller chercher ailleurs un peu plus de volupté. Se révèlent à lui l'étendue de son incompréhension à son égard et sa coupable négligence. Sa remise en cause, si elle est tardive, n'en est pas moins sincère. Si bien qu'au lieu d'une lente marche funèbre, Les fraises sauvages s'ouvre sur une allégorie qui n'est pas seulement pour le héros une sorte de politesse du désespoir, mais tend à conclure que l'existence se poursuit sous un éclairage autre, que le rêve est aussi une forme de vie, une vie transposée en une perspective réconciliante, où la fiancée de jadis se remet en route avec vous vers un horizon apaisé. L'auteur parvient avec virtuosité à doser rêve et réalité sans jamais leur attribuer de frontières trop précises, cela en une orchestration d'une poignante beauté. On sait également que Bergman était très musicien et qu'il se dégage de ses oeuvres une musicalité étrange qui m'a toujours frappée. Dans Les fraises sauvages, on voit Sara jeune suspendre le temps à l'aide d'un prélude, lent et nostalgique, du clavier bien tempéré. Bergman a toujours privilégié deux types dans le répertoire musical : celui des spiritualistes comme Bach et Mozart et celui des romantiques avec Chopin, Schumann, Schubert et Bruckner. Il a consacré un film à l'opéra de Mozart : La flûte enchantée qui est une réussite.

Par ailleurs, Les fraises sauvages, comme l'ensemble de l'oeuvre bergmanienne, bénéficie d'une grande rigueur esthétique, rendue peut-être plus captivante que le film a été tourné en noir et blanc, de même qu'il jouit d'une interprétation hors pair - il n'est pas besoin de souligner que le réalisateur était un formidable et très exigeant directeur d'acteurs - avec une Ingrid Thulin et une Bibi Andersen merveilleuses et un Victor Sjöström d'un puritanisme et d'une misanthropie douloureuse qui n'étaient pas éloignés de ceux de son metteur en scène. Restent les souvenirs et la nostalgie d'un passé heureux que le metteur en scène sait si bien traiter avec l'austérité grandiose qui le caractérise. Si bien que ce film majeur porte à son sommet une inspiration jamais démentie par la poésie : la nature ne fait qu'un avec le vertige des sens et des souvenirs qui s'empare de cet homme sans repères temporels. Chacun, au final, trouvera ce qu'il cherche, car ici rien n'est imposé. Il y est moins question de la mort, des échecs ou des désillusions que de la continuation possible de la vie alors même qu'elle arrive à son terme.

 

                     Collection Christophe L.

 

Ne nous y trompons pas, Bergman s'est profondément mis en scène dans cet opus pour la raison suivante : à l'âge de 15 ans, il avait assisté à la projection de La charrette fantôme, le grand film réalisé par Victor Sjöström, dont il reconnut, par la suite, l'immense influence. Trente ans plus tard, en réalisant Les fraises sauvages, Bergman, voulant interroger la figure de son père, fit appel, tout naturellement, au grand cinéaste pour l'interpréter. Mais il finit par se rendre compte que ce qu'il cherchait derrière la figure paternelle était son propre passé, sa propre enfance. De cette quête, de cet examen sans complaisance de lui-même, est né ce film lumineux, où la convocation des souvenirs et des rêves mêlés à la réalité produit une atmosphère inoubliable. " La vérité, c'est que je vis sans cesse dans mon enfance. Dans "Les fraises sauvages",  je me meus sans effort et assez naturellement entre des plans différents temps-espace, rêve-réalité - a  confié à un journaliste le cinéaste suédois. C'est probablement cette recherche du temps perdu qui a marqué d'un sceau inaltérable cette oeuvre prodigieuse.

 

5-etoiles.jpg

 

Pour lire l'article consacré à Bergman, cliquer sur son titre :   

 
INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, dont Le 7e sceau, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article
30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 09:36
Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas

Prudence Beresford et son mari Bélisaire rendent visite à leur tante à la campagne. Intrigué par la disparition d’une vieille dame croisée dans une maison de retraite, le couple d’ex-agents secrets décide de mener l’enquête. Une série de crimes inexpliquée et de suspects trop nombreux vont compliquer cette étrange affaire.

 

 

Des répliques qui font mouche, un rythme soutenu, une histoire loufoque mais menée avec maestria, voilà une adaptation d’un roman d’Agatha Christie parfaitement réalisée grâce à l’ivresse des mots, à  un cadre bucolique magnifié par une photographie soignée et des acteurs au mieux de leur forme, contribuant au charme évident de cet opus intemporel. Dans le rôle de Prudence, Catherine Frot est pétillante de drôlerie face à un André Dussolier qui semble s’amuser follement. Le couple fonctionne à merveille, ayant déjà assuré le succès d’un précédent film « La dilettante » en 1998. Les seconds rôles sont tenus avec pertinence par des acteurs que l’on prend plaisir à croiser : Geneviève Bujold, Valérie Kaprisky, Alexandra Stewart, Laurent Terzieff, tous exhumés de saisons cinématographiques antérieures et dont les silhouettes ne peuvent manquer de nous toucher. Après des débuts difficiles, Pascal Thomas nous offre là un film bien ficelé, d’un humour revigorant, loin du maladroit « Zozos », où il ose assumer un style plus personnel, mêlant astucieusement les éléments propres à un polar à une note pimentée de fantastique gothique, association des genres qui déroute et séduit. Un bon  moment de cinéma.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas
Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas
Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas
Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 08:42

    
                                                                    
                                     
Année 1973. Las Vegas, temple de l'argent, est gouverné de manière occulte par le tout puissant syndicat des camionneurs. Sous leur autorité, Ace Rothstein ( Robert de Niro ), homme impitoyable avec les tricheurs, règne sur l'hôtel-casino Tangiers et va se laisser séduire, pour son malheur, par une virtuose de l'arnaque d'une saisissante beauté, Ginger ( Sharon Stone ), que, très épris, il épouse sans tarder. Nicky Santoro ( Joe Pesci ), son ami d'enfance, est devenu son homme de main et sait avec brutalité s'acquitter des basses tâches. Une série de trahisons douloureuses vont cependant ruiner l'entente du couple et les dérapages ne vont plus cesser de se multiplier. Se sachant incomprise de son mari, Ginger sombre dans la drogue et cherche l'appui de Nicky, si bien que les affrontements de ce trio infernal vont bientôt leur nuire, d'autant qu'ils sont de plus en plus étroitement surveillés par la police et le FBI. Un terrible et ultime affrontement sera à l'origine de l'effondrement de l'empire...

 

Casino est une de ces oeuvres phares qui, à un moment donné, nous offre la somme de ce que, périodiquement, une civilisation engendre pour le meilleur et le pire, avec une force et une précision étourdissantes. A la fois lyrique et intimiste, ce film, l'un des plus aboutis de Martin Scorsese, bénéficie d'une parfaite adéquation entre un metteur en scène surdoué et des interprètes qui ont su pleinement et magnifiquement assumer leurs rôles. C'est le cas de Sharon Stone, qui obtiendra le Golden Globe de la meilleure actrice pour son admirable composition, où elle allie l'intensité et la fragilité à la façon des personnages chers à Tolstoï, ainsi que de ses partenaires, excellentissimes eux aussi : Robert de Niro et Joe Pesci. La richesse et la perfection de Casino en font une oeuvre dense et essentielle de par la réflexion qu'elle instaure sur les grandeurs et misères du pouvoir. On pourrait à ce propos la rapprocher d'un film comme  Ivan le Terrible, tourné par un Eisenstein alors au sommet de son art. Scorsese, qui est également au sommet du sien, y fait montre d'une science prodigieuse du rythme qui est l'un des éléments remarquable du film, en permanence sous tension, mais une tension  concentrée qui ne se disperse pas, se ramasse pour devenir l'oeil du cyclone ; tout cela servi par un contrepoint visuel et sonore d'une grande qualité ( une mention spéciale pour la très belle musique de Georges Delerue ). Tragédie- parodie d'une ampleur et d'une cruauté inouïes, ce long métrage s'apparente à une parabole d'une décadence à la romaine, lorsque les hommes se croient suffisamment maîtres de leur destin pour oser affronter les dieux, le final a de ce fait quelque chose d'infiniment tragique, comme si une malédiction en avait précipité l'embrasement. Il nous fait assister également à une triple désagrégation : celle d'un couple, d'une amitié et d'un empire.

 


 

                                Sharon Stone. United International Pictures (UIP)


Le cinéaste a pénétré cet univers du jeu avec une curiosité qui ne laisse aucun détail au hasard. Tout est montré avec virtuosité des plus secrets rouages de la machine Las Vegas. Les trucs des tricheurs, les magouilles nous sont présentés par une caméra acérée et percutante, non sans drôlerie, non sans férocité, en une série de séquences qui relèvent de l'anthologie. Sous nos yeux captivés se déploie un festival d'images qui, presque toutes, sont diaboliquement expressives et rendent compte des moindres ramifications de ce monde très particulier et incroyablement hiérarchisé dans la violence. Du cinéma de haut vol qui exerce sur le spectateur une fascination durable.

 

4-e-toiles

 

Pour lire l'article consacré à Scorsese et à Robert de Niro, cliquer sur leurs titres : 

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT          ROBERT de NIRO - PORTRAIT

 

Et pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


                   

                       Robert De Niro et Sharon Stone. United International Pictures (UIP)   Robert De Niro et Don Rickles. United International Pictures (UIP)

 


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 08:56

28506-affiche-de-rec-film-d-horreur-auteur-637x0-1.jpg                                                                                                                                                    

                     
 

Aussi terrifiant que réussi dans son genre, (Rec.) à sa sortie en 2008 sut enflammer les festivals internationaux et le box-office espagnol. Un film d'horreur produit pour à peine 800.000 euros qui propose de suivre subjectivement un caméraman et une présentatrice de télé tournant un reportage sur des pompiers appelés à la rescousse d'une vieille dame dans un immeuble de Barcelone. Si ce film sort du lot des films d'horreur, c'est par l'intelligence de sa mise en scène et le fait que ses réalisateurs Jaume Balaguero et Paco Plaza ont tout fait pour préserver l'indispensable immersion du spectateur dans un tel projet. Balaguero s'en explique : " On voulait raconter une histoire typique d'horreur, mais d'une manière particulière, en direct, comme un reportage télé ". Et Plaza d'ajouter : " C'est la réalisation qui fait sa spécificité. Notre parti pris formel, qui impliquait de ne pas utiliser la musique ou le découpage, nous a poussés à être inventifs afin de suggérer le suspense, la tension et la peur, qui sont des émotions habituellement véhiculées par ces artifices-là. C'est pourquoi nous avons particulièrement travaillé les cadrages et le son, par exemple".

Au-delà de sa singularité, (Rec.) est représentatif de la vitalité du cinéma  fantastique espagnol qui s'est vu consacré en février dernier à Gérardmer du Grand prix pour L'orphelinat de Juan Antonio Bayona, prix du jury et prix du public pour (Rec.). Quelques semaines plus tôt, ces deux films avaient attiré respectivement 4,5 et 1,5 millions de spectateurs dans les salles hispaniques. Beaux succès quand on compare aux films français du même genre qui plafonnent habituellement autour de 100.000 entrées. Les fantômes ne sont guère prisés au pays de Descartes.

 

 

                    Doug Jones. Wild Bunch Distribution  Wild Bunch Distribution


L'origine de cette nouvelle vague typiquement espagnole remonte à plusieurs années. Juan Antonio Bayona précise à ce propos que le déclic a eu lieu au milieu des années 90, avec les premiers films d'Alejandro Amenabar et  Alex de la Iglesia.  Ouvre les yeux et Le jour de la bête furent effectivement de gros succès. De même, lorsque l'académie des goyas récompensa Tesis, quelque chose avait bougé et le cinéma de genre s'était vu légitimer, en quelque sorte. Pour eux, tout s'est joué à Sitgès, une station balnéaire catalane qui accueille chaque année un Festival du cinéma fantastique, l'un des plus courus au monde. Et Bayona d'ajouter : " Il y a ce que l'on peut appeler la génération Sitgès. Jaume Balaguero, Paco Plaza, Nacho Cerda, moi-même et bien d'autres nous sommes connus lors des différentes éditions de ce festival. Nous sommes d'abord venus en tant que spectateurs, puis comme journalistes, et désormais avec nos casquettes de réalisateurs !

 
Quant à l'auteur du  Labyrinthe de Pan,  il confirme l'importance de ce festival  : - " Je crois vraiment que Sitgès a été un lieu important pour le renouveau du cinéma de genre espagnol. Je me souviens que l'année où j'y ai présenté mon premier film Cronos, j'ai été interviewé par deux journalistes : Juan antonio Bayona et Jaume Balaguero ! La plupart des cinéastes viennent de la presse spécialisée dans le cinéma de genre, ils étaient journalistes avant de passer derrière la caméra, un peu comme la Nouvelle Vague française dans les années 60".

Mais il est probable, comme le suggère  Guillermo del Toro  que le succès de cette génération Sitgès ait des racines beaucoup plus anciennes, car les Espagnols ont toujours apprécié les choses de l'imaginaire et les ont prises au sérieux. " Pour eux, ce n'est pas un truc réservé aux ados - poursuit -il - mais quelque chose qui reflète ce que nous sommes au plus profond de nous". Ainsi le cinéma fantastique espagnol a-t-il de beaux lendemains en perspective, tant la critique comme le public l'ont plébiscité avec enthousiasme. En sera-t-il un jour de même en France.

 

 Pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 
LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

                         Belen Rueda. Wild Bunch Distribution

 

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article
22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 10:25

 affiche-pouses-et-concubines                      

 

Nous sommes en Chine du Nord dans les années 20 : Songlian ( Gong Li ), âgée de 19 ans, devient la quatrième épouse du riche maître Chen Zaoquian ( Ma Jingwu ) à la suite de la mort de son père. Elle va dorénavant vivre cloîtrée auprès des trois autres épouses qu'elle ne verra que lors des repas pris en commun. La première épouse Yuru ( Jin Shuyuan ), qui a dépassé l'âge de plaire, ne lui cause aucun souci. Mais il n'en est pas de même des deux autres avec lesquelles elle se heurte, parce que celles-ci, dévorées de jalousie, s'emploient, autant que faire se peut, à comploter les intrigues les plus fallacieuses ; la seconde épouse Zhuoyun ( Caoo Quifen ) se révélant véritablement machiavélique sous des dehors aimables. C'est elle qui provoquera indirectement la mort de Yan'er, la servante-concubine, puis de Meishan, la troisième épouse, ex-chanteuse d'opéra, qu'elle accuse d'adultère avec le docteur Gao. L'époux bafoué la fera exécuter par ses serviteurs dans la chambre des tortures et la vie reprendra son cours comme si de rien  n'était. Sauf pour Songlian qui, horrifiée par cet abominable assassinat, sombre dans la folie. C'est alors qu'une cinquième épouse vient enrichir la maison de ce maître qui jouit du droit de vie et de mort sur ses femmes.

 

SND   


Après "Le Sorgho rouge" et "Ju Du", "Epouses et concubines" est le troisième volet que Zhang Yimou a consacré à la condition féminine dans la Chine d'avant-guerre, époque où l'épouse était totalement soumise à l'autorité maritale et ne pouvait s'affranchir que par la mort ou la folie. Bien qu'il soit constamment question des hommes, ceux-ci n'apparaissent que furtivement dans le film,  mais l'autorité dont ils bénéficient et qu'ils exercent sur leurs épouses captives, se révèle obsédante. Dans cet univers quasi carcéral, ce huis-clos oppressant gouverné par des rites millénaires, le seul élément de vie est constitué par l'éclairage des lanternes rouges qui signale la visite du seigneur dans l'appartement de l'épouse qu'il est venu honorer pour quelques heures et qui doit se plier à ses exigences. Comme dans ses films précédents, Yimou fait appel à la même interprète féminine, Gong Li, avec laquelle il vivait alors. Remarquable Songlian, elle ne peut se résigner à n'être qu'un objet sexuel. "Epouses et concubines" se distingue comme un film d'une rare beauté esthétique avec des plans et des lumières raffinés à l'extrême, des images flamboyantes où l'unité de lieu est respectée et qui constitue par sa qualité, la rigueur de sa narration, un véritable joyau du 7e Art. N'oublions pas que ce long métrage contribua grandement à l'essor du cinéma asiatique, peu connu alors en France et même en Europe, et qu'il est une réflexion sur l'insoutenable condition féminine dans bien des pays encore. Yimou est de ceux qui ont donné à l'art cinématographique de leur pays ses lettres de noblesse. Un film que l'on revoit avec la même émotion parce qu'il semble défier le temps.

 

5-etoiles


Pour lire les articles consacrés à Zhang Yimou et Gong Li, cliquer sur leurs titres :

 

ZHANG YIMOU - PORTRAIT       GONG LI - PORTRAIT


Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

                

EPOUSES ET CONCUBINES de ZHANG YIMOU
EPOUSES ET CONCUBINES de ZHANG YIMOU
EPOUSES ET CONCUBINES de ZHANG YIMOU
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
commenter cet article
17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 09:35
CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT

  Catherine-Deneuve-jeune.jpg                                    

                             

Je dois avouer tout d'abord que Catherine Deneuve n'est pas mon actrice française préférée, mais je lui reconnais d'avoir su mener sa carrière avec beaucoup d'intelligence et d'avoir été, de par son élégance et sa beauté, une merveilleuse ambassadrice de la femme française à travers le monde. Je l'ai beaucoup aimée  dans "Benjamin ou les mémoires d'un puceau" et  "Peau d'âne"  où elle figurait la jeune femme idéale par sa blondeur et la délicatesse de ses traits. Plus tard, je l'ai appréciée dans les comédies musicales de Jacques Demy, sans doute parce que le savoir-faire du cinéaste était en mesure de révéler la grâce et le charme de l'actrice. Il lui a permis de nous toucher dans un registre empli de fantaisie, où nous ne l'attendions pas. Je l'ai aimé aussi dans des films forts comme "Le dernier métro" ou "Indochine" où elle imposait son personnage avec une véritable autorité.

 

         Collection Christophe L.    


Ne disait-elle pas : " Je suis aussi d'une lucidité épouvantable, effrayante. (...) La lucidité, pour une actrice, c'est terrible. Parce qu'il faudrait pouvoir réellement s'isoler. Parce qu'il ne faudrait pas toujours sentir certaines choses. Parce qu'il ne faudrait pas toujours voir. Il y a des moments où l'on aurait besoin de se laisser entraîner par un certain élan mais cette lucidité le rend impossible. Elle paralyse, elle empêche la spontanéité. Les gens lucides ont souvent du mal à décoller. J'ai toujours ressenti l'exigence, l'anxiété... En revanche, j'ai l'impression que la lucidité s'aggrave avec le temps ".

Réservée, pudique, introvertie, Deneuve a toujours aimé travailler avec des metteurs en scène qu'elle connaissait, si bien que cette confiance réciproque la libérait de ses blocages. Si ce climat ne parvenait pas à s'établir, elle pouvait se refermer comme une huître. Ce fut le cas, à plusieurs reprises, avec le metteur en scène Luis Bunuel dont les rôles, qu'il lui imposait, ne correspondaient pas à sa nature profonde. D'ailleurs elle était si peu le personnage de "Belle de jour" que cet opus m'apparaît aujourd'hui assez ridicule. C'est sans doute cette part d'elle-même, jalousement préservée, qui lui confère une distance imperceptible, un non-dit non révélé, qui a séduit de nombreux réalisateurs. Avec elle- disent-ils - il y a toujours quelque chose qui reste secret et permet au public d'avoir de sa personne des approches multiples. C'était aussi le cas d'une actrice comme Grace Kelly.

 

             


 

Catherine Deneuve, de son vrai nom Catherine Dorléac, est née à Paris, le 22 octobre 1943, dans une famille de comédiens : son père était doubleur à la Paramount et sa grand-mère souffleuse à l'Odéon. C'est Roger Vadim, avec lequel elle vivra et aura un fils Christian, qui lui donne sa chance dans  "Le vice et la vertu",  mais ce sont, la même année, "Les Parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy qui amorce réellement sa carrière. Elle y campe avec grâce une jeune fille amoureuse d'un soldat, contrainte d'en épouser un autre. L'année suivante, au côté de sa soeur Françoise Dorléac,  morte peu de temps après dans un accident de la route, "Les demoiselles de Rochefort" la propulse dans l'Olympe des acteurs qu'elle ne quittera plus, tant sa carrière sera menée de main de maître, avec un remarquable discernement. Après ces deux comédies charmantes, la jeune femme enchaîne avec  "Répulsion" de Roman Polanski, où elle interprète une tueuse schizophrène avant d'être dans  "Belle de jour"  ( 1966 ) de Bunuel, une femme mariée insatisfaite qui se prostitue à mi-temps. Selon moi, comme je le signalais plus haut, son rôle le plus inattendu avec celui de "Tristana", du moins celui-ci est-il supérieur au précédent par sa complexité intérieurequ'elle tournera, toujours avec Bunuel, trois ans plus tard. Suivront "La sirène du Mississippi",  "Mayerling",  "Fort Saganne", "Le Sauvage" avant qu'elle n'aborde les films de la plénitude avec des scénarios de qualité diverse comme "Indochine",  "Le dernier métro",  "Est-Ouest",  "Place Vendôme",  "8 femmes",  jusqu'au tous derniers dont les choix semblent moins évidents et où sa carrière s'embourbe un peu selon moi.

 

 

                  Catherine Deneuve et Daniel Mesguich. SND  Gilbert Melki et Catherine Deneuve. Pyramide Distribution


 

Du moins, ce sera-t-elle investie dans des personnages divers et composites, tour à tour costumée dans des opus dits d'époque, où elle nous est apparue en princesse, reine, aristocrate - ce fut le cas dans "Le temps retrouvé"  inspiré de "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust, dans  "Peau d'âne"  d'après le conte de Perrault, dans "Palais-Royal" d'une facture plus contestable - ou dans "Mayerling", ainsi que dans des comédies légères ou des oeuvres dramatiques. Elle reste aujourd'hui  une actrice convoitée qui a, à son actif, plus de 70 longs métrages. Il est vrai que le mystère demeure entre l'image publique, trop figée, et certains films où elle n'est pas simplement décorative ou ornementale. Si  "La chamade"  apparaît comme le sommet du film frivole, il est évident que "Le dernier métro", "Tristana",  "Les prédateurs", "Dancer in the dark"  déplacent les lignes où l'on voudrait la retenir et que la période de simple splendeur passée, une femme affirmée et plus humaine est apparue. Elle ne se contente plus d'enchanter et de séduire, elle émeut. Peut-être moins facilement, moins complètement qu'une Sandrine Bonnaire ou une Isabelle Huppert, mais elle a pris le pouvoir et, désormais, ne se laisse plus manipuler. Elle s'est investie sans perdre son côté flânerie qui lui va si bien. Aussi la regarde-t-on, de nos jours, non seulement avec plaisir mais avec intérêt et, parfois, surprise ou déception. 
 

 

                 Catherine Deneuve et Elodie Bouchez. Philippe Quaisse  Catherine Deneuve. Philippe Quaisse


 

Cependant la grande actrice, qu'elle est, ne se cache pas d'être avant tout famille, famille. Elle avoue :  Ma vie personnelle  a toujours été plus importante que mon métier. Non que je sous-estime mon métier, mais j'ai toujours senti que cela ne pouvait pas être l'essentiel de ma vie, que cela n'en serait jamais le moteur. J'ai besoin de travailler, de m'exprimer professionnellement mais ma famille, mes enfants, ce n'est pas seulement un sens des valeurs, c'est primordial pour moi. J'ai des amis, les mêmes depuis vingt ans. Ce sont eux à qui je tiens vraiment. Mon métier est complémentaire.

 

Après avoir vécu avec Vadim, Catherine Deneuve épousa le photographe de mode David Bailey, puis fut la compagne de François Truffaut, de Marcello Mastroïanni dont elle a eu une fille Chiara, actrice elle aussi, comme son demi-frère Christian Vadim. La famille reste immergée dans le monde du spectacle. Catherine a reçu le César de la Meilleure Actrice pour "Le dernier métro" en 1981, un autre César pour "Indochine", la coupe Volpi de la Meilleure Actrice à Venise en 1998,  le Prix d'honneur du Festival du film de Bruxelles et l'Ours d'Or pour l'ensemble de sa carrière à Berlin. Ses dernières apparitions sont moins convaincantes, il semble que les cinéastes ne parviennent pas à saisir cette maturité avec  sensibilité et intelligence afin de magnifier cette quintessence de l'âge qui oscille entre pudeur et autorité. 

                                  

Pour lire les articles consacrés à certains de ses films, dont :

 

Benjamin  -  Les demoiselles de Rochefort  -   Peau d'âne - Le temps retrouvé - Belle de jour

Dancer in the dark  -  Le dernier métro  -  Indochine  -  Ma saison préférée -  Potiche

 

cliquer sur les liens ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS   

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

catherinedeneuve.jpg

CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT
CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT
Repost 0
Published by A.BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
commenter cet article
17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 08:34

                          

 

                                                     VIDEO

 

Entre rêve et réalité, le sixième opus du réalisateur Thaïlandais Ratanaruang, âgé de 46 ans, nous conte l'histoire de Wit et  Dang qui débarquent à Bangkok, en provenance des Etats-Unis, pour assister à des funérailles. Ils s'installent dans un grand hôtel, chambre 6003, reclus de fatigue. Ce couple, encore jeune, vit à New-York depuis plusieurs années et semble traverser une période difficile sur le plan conjugal. Tandis que la jeune femme s'écroule sur le lit, son époux descend au bar pour y acheter des cigarettes et engage la conversation avec une ravissante adolescente qui lui dit attendre sa mère venue de Suède. Pour lui permettre de se reposer avant son arrivée, il lui propose de monter dans la chambre, ce qui  a aussitôt le don de mettre sa femme hors d'elle. A partir de là, les délires de la jalousie et du désir vont s'emparer du récit et le couple se déchirer dans un huit-clos proprement hypnotique, car l'on voit se succéder des scènes érotiques dont on ne sait pas vraiment si elles ressortent du sommeil ou de la veille. Ensuite l'épouse, afin de se désaltérer, descend à son tour au bar et croise un ancien acteur qui l'invite à venir chez lui et qu'elle suit comme en un état second. Or il se révèle que l'homme est un maniaque sexuel. Le film s'achève au petit matin pour notre soulagement, car ce long métrage, exagérément maniéré et confus, accumule les facilités et souffre surtout d'une intrigue faible, qui, au final, ne tient pas la route et ne nous convainc à aucun moment, le cinéaste s'étant ingénié à nous désorienter sans parvenir à nous captiver. Dommage, car il ne manque pas de goût dans la mise en scène, les cadrages, la fluidité et l'esthétique des torrides scènes érotiques. Si, on admet volontiers que le cinéma asiatique est, sur ce plan-là, beaucoup plus libre que le nôtre, il n'en reste pas moins que l'on éprouve un certain malaise à jouer les voyeurs...

 

Pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 

                          Wild Side

                          Wild Side



 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche