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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 10:09
Le sens de la fête de Toledano et Nakache

Max (Jean-Pierre Bacri) est traiteur depuis trente ans. Des fêtes, il en a organisé des centaines, il est même tenté de céder la place. Aujourd’hui, un mariage dans un château du XVIIe siècle, commandé clé en main par le futur époux Pierre, est au programme avec, pour exigence suprême au cahier des charges, qu’il soit sobre, chic et élégant.  Comme d’habitude, Max a tout coordonné, il a recruté sa brigade de serveurs, cuisiniers, plongeurs, conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, fait en sorte que tous les ingrédients soient réunis pour que cette fête comble les jeunes mariés ... Mais la loi des séries va s’inviter dans ce planning et chambouler cette organisation mise en orbite avec une précision d’horloger. Des préparatifs aux derniers vibratos de l’orchestre, nous vivons les coulisses de la soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et devront compter sur leur unique qualité commune : le sens de la fête.

 

C’est en 2011 que le film « Intouchables » proposé par le duo de réalisateurs français formé par Olivier Nakache et Éric Toledano, était venu balayer la morosité ambiante et apporter des couleurs au paysage cinématographique d’alors, et il y a quelque chance que leur nouvel opus soit assez bien accueilli par un public qui se désole que le cinéma français ne nous propose pas davantage de comédies réjouissantes en mesure d’égayer un peu cette morosité persistante. Il semble que « Le sens de la fête » soit bien parti pour satisfaire ce souhait car, hier après-midi, la salle, où je me trouvais, était comble et les applaudissements fournis alors que s’effaçait la dernière image.  

 

Le bien-fondé de ce long-métrage consiste à s’intéresser à l’envers du décor d’une fête mondaine et familiale en suivant les personnes pour qui une journée si spéciale pour les uns est un jour de travail ordinaire pour les autres. Cela, en déployant une justesse d’observation et un sens du burlesque  qui font mouche à chaque image et à chaque réplique d’un dialogue particulièrement affûté. Si bien que ce scénario, bien ficelé, accouche d’une comédie d’une justesse d’observation assez remarquable. Et le film séduit d’autant plus que Nakache et Toledano résistent à la tentation de la surenchère, qu’il n’y a pas dans les portraits qu’ils nous offrent de la société, de méchanceté gratuite, mais une accumulation mécanique de catastrophes vraiment désopilantes qui mettent en valeur des personnages judicieusement croqués. Au cœur d’une distribution brillante, Jean-Pierre Bacri, dans son habituel registre sarcastique, distille avec une parfaite neutralité d’apparence des répliques plus savoureuses les unes que les autres, portant cet opus à une hauteur comique plutôt réussie, composant un cocktail hautement épicé. A ses côtés, les acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes avec naturel, ainsi Gilles Lellouche épatant en animateur, Eye Haïdara en assistante irascible, Alban Ivanov en extra incompétent ou Jean-Paul Rouve en photographe tire-au-flanc. La musique composée par Avishai Cohen est la touche supplémentaire qui donne le rythme à cette brigade de serveurs évoluant en costumes d’époque entre les cuisines et les salons. Il faut également souligner combien est habile le mixage des milieux entre les employés et les invités, évocation de ces mondes parallèles sans lourdeur et sans acrimonie. Une fête qui se joue sur plusieurs claviers avec humour et doigté. Laissez vous tenter ...

 

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Le sens de la fête de Toledano et Nakache
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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 08:59

Jean-Louis-Trintignant.jpg    

                                               

Jean-Louis Trintignant fait parti de notre paysage cinématographique depuis si longtemps qu'on a l'impression de le bien connaître, alors qu'il est un homme timide et pudique dont nous ne savons que peu de choses, sinon que ses prestations au théâtre, comme au cinéma, ont toujours été de qualité et qu'il a mené sa carrière avec une étonnante lucidité. Né le 11 décembre 1930 à Piolenc (Vaucluse) dans un milieu aisé d'industriels du Sud de la France, neveu du pilote de course Maurice Trintignant, le jeune Jean-Louis fut très tôt sensible aux beaux textes en découvrant la poésie d'Apollinaire, d'Aragon et de Prévert. A 19 ans, sans doute pour plaire à sa famille, il entre à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence, mais n'y reste pas car, entre-temps, est intervenu un événement qui va l'orienter différemment : il assiste à la représentation de l'Avare de Molière dans une mise en scène de Charles Dullin. Ce choc est si déterminant que le jeune homme n'attend pas plus longtemps pour s'inscrire aux cours du célèbre acteur avec un second objectif, celui de vaincre sa terrible timidité. En 1951, la thérapie est si positive qu'il débute au théâtre dans la Compagnie Raymond Hermantier et la pièce A chacun selon sa faim. Ses débuts au cinéma seront moins heureux avec deux films Une journée bien remplie et Le maître-nageur qui seront deux échecs. Cela ne se reproduira plus.

 

En 1956, après quelques figurations, il fait ses vrais débuts à l'écran dans un film de Christian-Jaque "Si tous les gars du monde", ensuite dans le sulfureux long métrage de Roger Vadim  "Et Dieu..créa la femme". Celui-ci misait alors sur l'affolante plastique de sa femme Brigitte Bardot.  Ce film, assez médiocre, aura du moins le mérite d'assurer au jeune acteur la notoriété internationale et de lui valoir une idylle tapageuse avec la star, dont les conséquences seront de faire exploser le couple qu'elle formait très bourgeoisement avec le metteur en scène.

 

 Mais il lui faut faire son service militaire, d'abord en Allemagne, puis en Algérie durant trois longues années, ce qui le marquera à jamais et l'éloigne de la scène et de l'écran, alors même qu'il venait de réaliser des débuts prometteurs. A son retour, par chance on ne l'a pas totalement oublié et il retrouve la scène avec Hamlet de Shakespeare et l'écran avec ... Roger Vadim ( qui n'est guère rancunier ) et s'apprête à tourner un nouveau film, tout aussi sulfureux que le précédent, inspiré du roman de Pierre Choderlos de Laclos, "Les liaisons dangereuses", avec Gérard Philipe, Jeanne Moreau et sa nouvelle épouse Annette Vadim. En 1962, il est le partenaire de Vittorio Gassman dans "Le fanfaron" de Risi, une réussite éclatante. En 1966, ce sera la gloire internationale avec un film culte sur les amours romantiques de deux veufs : "Un homme et une femme" de Claude Lelouch qui obtiendra la Palme d'or à Cannes la même année et l'Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis. On le voit également, toujours en cette année faste, dans un film politique, à l'opposé du précédent, "Z" de Costa-Gravas au côté d'Yves Montand, film qui aura un incontestable retentissement et lui méritera le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1967.

 


Les Films 13 


Désormais, il mènera sa carrière en se partageant entre la scène et l'écran et, après avoir divorcé de Stéphane Audran, épousera l'actrice, scénariste et réalisatrice Nadine Marquand avec laquelle il tournera de nombreux films et aura trois enfants, un fils et deux filles, dont Pauline qui mourra subitement en 1966 et dont la disparition inspirera à sa mère le film "Ca n'arrive qu'aux autres" ( 1971 ), où Jean-Louis devait tenir son propre rôle auprès de Catherine Deneuve, mais il y renoncera et sera remplacé par Marcello Mastroïanni qui, lors de ce tournage, tombera amoureux de sa partenaire. Et puis, il y a Marie qui sera actrice comme lui et jouera très souvent avec son père, avant de trouver une mort tragique à la suite d'une dispute avec son compagnon. Jean-Louis sortira brisé de cette épreuve. Il disait :

 
Il ne peut y avoir que des moments de bonheur et certains peuvent être exceptionnels. Moi, je n'ai jamais été aussi heureux que quand j'étais avec Marie. Notre relation était unique.
Ma fille Marie, j'éprouve un tel bonheur quand je la vois. C'est ainsi depuis qu'elle est toute petite. Un cadeau du ciel. C'est un peu injuste, cette passion, mais l'amour vient de nous deux. Nous nous sommes connus au bon moment. Le moment où j'avais envie d'être père.

 

La filmographie de Jean-Louis Trintignant est impressionnante et prouve son discernement, car il y en a peu d'oeuvres médiocres. On le verra dans "Ma nuit chez Maud", le meilleur Eric Rohmer selon moi, dans "Le train"  de Granier-Deferre en 1973 auprès de Romy Schneider, dans "Les violons du bal" de Michel Drach en 1973, "La terrasse"  d'Ettore Scola en 1980 et dans "Passion d'amour"  toujours de Scola en 1981, dans "Vivement dimanche" de Truffaut en 1983, dans "L'été prochain" de Nadine Trintignant en 1985, dans "Merci la vie"  de Bertrand Blier en 1990 et on l'appréciera d'autre part sur scène, lors de ses récitals de poésie qui sont pour lui l'occasion de renouer avec ses amours de jeunesse.

 
Depuis 1996, il s'est retiré à Uzès et lancé dans une nouvelle aventure en achetant le domaine vinicole Rouge Garance ( un hommage à Arletty ). Il y produit 20.000 bouteilles de côtes du Rhône chaque année. Je passe mon temps dans les vignes, je veille aux assemblages - dit-il. Après une carrière exemplaire, conduite avec intelligence, et des épreuves très douloureuses, l'acteur a retrouvé la paix dans ce tête à tête avec la nature, le seul poème qui les surpasse tous. Néanmoins, il sort de cette réserve pour des récitals de poésie et pour le film "Amour" de Michael Haneke au côté d'Emmanuelle Riva qui obtint la Palme d'or du Festival de Cannes  2012. Bien qu'atteint d'un cancer et âgé de 86 ans, Jean-Louis vient encore de tourner avec Haneke "Happy End", peut-être le film de trop pensent certains critiques qui ne cessent de l'étriller, tout en reconnaissant que Trintignant parvient à tirer son épingle du jeu de cet opus affligeant.

 

Pour prendre connaissance de mes critiques sur certains films où apparaît Jean-Louis Trintignant, dont  MA NUIT CHEZ MAUD, UN HOMME ET UNE FEMME et Le FANFARON cliquer sur les liens ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS      

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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                                         entre les deux  :  une carrière

 

 

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 08:48
Otez-moi d'un doute de Carine Tardieu

Erwan, démineur de profession, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père. Malgré la tendresse qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme au passé coloré, pour qui il se prend d’affection. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Erwan  (François Damiens) croise en chemin l’insaisissable Anna (Cécile de France), une jeune médecin qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. Une bombe d’autant plus difficile à désamorcer que son père d’adoption soupçonne désormais Erwan de lui cacher quelque chose…

 

Carine Tardieu était déjà l’auteur de deux comédies décalées « La tête de ma mère » et « Du vent dans mes mollets »  qui n’ont pas laissé un souvenir impérissable. Le mérite de « Ôtez-moi d’un doute » est de peindre une galerie de personnages plutôt crédibles, sans lourdeur excessive dans leur ancrage sociologique, et qui sont interprétés avec tant de naturel et de conviction que l’on ne résiste pas à les croire. Ce film repose en définitive sur les épaules des acteurs, tous épatants et admirablement bien dirigés, ce qui est une caution pour l’avenir cinématographique de Carine Tardieu qui, je lui souhaite, sera riche et brillant.

 

Démineur réputé et respecté, Erwan n'entend pas en rester là dans la quête de ses origines et de son ascendance. De même qu'il tient à garantir un semblant de normalité sociale à sa fille (Alice de Lencquesaing) qui attend un heureux événement d’un père inconnu. Ainsi partagée entre deux hypothèses, la cinéaste tente de trouver un équilibre acceptable entre vie familiale conforme aux valeurs morales et rurales et un communautarisme d’actualité. Il y a, par ailleurs, dans cette recherche de paternité, une bonne humeur évidente, un côté bon enfant qui tranche avec la plupart des films actuels, des mots d’auteur attrapés au vol, des bandes sonores qui ne sont pas désagréables à se remettre en mémoire et le jeu attendrissant de deux acteurs que l’on ne voit plus guère à l’écran et auxquels le charme du film doit beaucoup : Guy Marchand et André Wilms, les deux pères qui confèrent à leurs rôles une tendre humanité. Dans la lignée des comédies de Philippe de Broca, celle-ci se laisse regarder sans déplaisir mais la jeune cinéaste gagnera, par la suite, à fouiller davantage les préoccupations intimes de ses personnages. Une mention spéciale pour les belles images de la rivière d’Etel en Bretagne, une région particulièrement photogénique, même sous la pluie. Et Dieu sait qu’il pleut dans ce film …

 

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Otez-moi d'un doute de Carine Tardieu
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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 09:03

a_portrait_of_performing_artist_jerry_lewis-869x1024.jpg jerry_lewis.jpg

 

Jerry Lewis, de son vrai nom Joseph Levitch, est un humoriste, acteur, producteur et réalisateur de cinéma, né le 16 mars 1926 à Newark dans l'État du New Jersey, aux États-Unis. Considéré comme un pitre sans ambition, c'est en France qu'il va véritablement rencontrer un public. Plus qu'aux burlesques, c'est à un grand clown qu'il fait penser par la construction en scènes et épisodes successifs de ses scénarios. Ce rapprochement inclut également la dimension existentielle et tragique du personnage qu'il incarne et qui ne le réduit jamais à un faiseur de grimaces.

 

Issu d'une famille de comédiens de tradition juive, Joseph Levitch commence sa carrière dans les cabarets et forme bientôt avec Dean Martin un duo comique très populaire dans les années 50. L'intervention d'un cinéaste, du nom de Frank Tashlin, va susciter progressivement l'intérêt que Jerry  prend  pour la mise en scène. Le réalisateur, quant à lui, s'empresse de réunir sur la pellicule les deux inséparables Martin/Lewis, supputant la veine comique qu'il entend exploiter. Hélas, au fil du temps, la séparation va se révéler inéluctable, chacun  des deux acteurs aspirant à poursuivre sa carrière en solo, et Lewis ne rêvant plus que de devenir l'auteur complet de ses films.

 

"Le Dingue du palace" en 1960 impose son style de scénariste : une situation, un décor et une suite de saynètes qui tiennent du court métrage et qui, en s'alignant, modifient continuellement la situation et le personnage jusqu'au dénouement. En règle général, le héros souffre d'un complexe qu'il finira par surmonter, mais à quel prix !

 

Lewis a réalisé 13 films dont les meilleurs se situent au début des années 60. L'ensemble constitue un discours sur la beauté intérieure, bien supérieure à la beauté extérieure qui est faite pour disparaître, alors que l'autre a le pouvoir de résister au temps... Ce sera le cas dans "Dr Jerry et Mr Love", son oeuvre maîtresse où le héros finit par conquérir sa propre autonomie. La démarche est certes dangereuse puisque la progression du personnage vers la "normalité" s'accompagne immanquablement de la perte progressive du comique dont il était porteur. Parfois Jerry Lewis n'hésite pas à flirter avec le fantastique - la femme chauve-souris par exemple dans "Le tombeur de ces dames". Par son goût pour le décor féerique coloré et brillant, il n'hésite pas davantage à pointer du doigt une certaine esthétique américaine. Il se dégage de ces opus une sorte de jubilation, ainsi le jeu avec le gigantesque décor de l'hôtel, en coupe comme une maison de poupée, dans "Le tombeur de ces dames" (1961). Lewis a d'autre part tendance à remplacer les gags attendus par des instants de contemplation esthétique ( la danse du couple de laiderons dans "Jerry souffre-douleur" ) ou par des pastiches qui fonctionnent grâce à l'ingéniosité de la mise en scène ( les différents oncles dans "Les Tontons farceurs" et la parodie du film d'espionnage dans "Jerry la grande gueule" ).

 

Plus tard, en abordant la seconde guerre mondiale avec "Ya ya mon général"  en 1970 et avec l'inédit  "Le jour où le clown pleura", Lewis désirait s'engager dans l'héritage chaplinien, mais le public refusa de le suivre et sa carrière s'acheva ainsi sur une voie de garage, ce qui fait de lui définitivement le clown triste du "Jour où le clown pleura".


Il est mort le 20 août 2017 à Las Vegas à l'âge de 91 ans. Il aurait déshérité les six fils de son premier mariage au profit de sa seconde épouse SanDee Picnick, de 24 ans sa cadette, épousée en 1980 et de leur fille adoptive âgée aujourd'hui de 25 ans. Son plus jeune fils, mort d'une overdose en 2009 à l'âge de 45 ans, disait que vivre avec lui était un enfer. Cette dernière farce laisse un goût amer de cet acteur et metteur en scène qui fut l'amant passionné et éphémère de Marilyn Monroe et fit rire - souvent jaune - la planète entière.

 

Pour consulter la critique du film Docteur Jerry et Mister Love, cliquer   ICI

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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JERRY LEWIS, LE DERNIER CLOWN

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 14:21
My cousin Rachel de Roger Michell

 

Voici la seconde adaptation de ce roman de Daphné du Maurier après celle de Henry Koster en 1972 dont les acteurs principaux étaient alors Olivia de Havilland et Richard Burton, thème proche de celui de « Rebecca », lui aussi porté à l’écran, et où surgissent dans la trame littéraire les ambiguïtés des relations humaines et les mystères inhérents à leur nature.   


 

Dans l’Angleterre du XIXe siècle, le jeune Philip apprend qu’il est le seul héritier de l’immense fortune que lui lègue son cousin Ambroise qui l’a élevé comme son fils après le décès de sa mère. Bientôt majeur, le jeune homme ne parvient pourtant pas à se réjouir de cette nouvelle. Il se souvient des nombreuses lettres que lui écrivait, depuis l’Italie où il vivait désormais, Ambroise, et dans lesquelles ce dernier lui confiait avoir des doutes sur le comportement de son épouse Rachel. Ambroise a-t-il été assassiné par appât du gain ? Dans ce thriller psychologique, tout est affaire de personnages mais aussi de lieux qui ne sont pas sans ressembler à ceux des « Hauts de Hurlevent », la mer proche et les falaises abruptes, voire même la maison d’Ambroise confortable et cependant froide, sombre et inquiétante, véritable témoin des secrets qui se cachent entre ses murs. Rachel, veuve une seconde fois, accepte de venir vivre en Angleterre dans le manoir de son mari défunt auprès de Philip qui s’éprend d’elle, malgré les inquiétudes que cette femme, complexe et séduisante, ne cesse d’alimenter à son insu. L’actrice Rachel Weisz, par la grâce de ses mouvements et la maîtrise de ses émotions, rend magnifiquement bien l’attitude énigmatique de son personnage, ses élans et ses retenues, sa froideur soudaine et ses abandons subits. Rachel semble être l’exact opposé de Philip, jeune, fougueux, plein de vie, qui manque de sagesse et de discernement et se laisse submerger par ses émotions. Rachel, plus âgée, l’observe comme elle le ferait d’un être immature qui prend ses désirs pour des réalités, alors qu’elle entend contrôler chacun de ses gestes et de ses sentiments. Est-elle cette veuve noire prête à dévorer le mâle après l’accouplement, femme tueuse que seul l’argent intéresse puisqu’il assure la réussite sociale ? L’énigme est posée et le film, comme le roman, tisse sa toile autour de cette figure féminine troublante et impénétrable, tenant le spectateur en haleine jusqu’à la fin.

 

Grâce à une mise en scène soignée et d’une grande élégance, servie par des paysages grandioses, la dramaturgie et les personnages de l’histoire sont merveilleusement mis en valeur et Roger Michell nous offre un opus de grande qualité, fidèle au roman qu’il exalte par sa mise en scène subtile et son interprétation sobre. Une réussite.

 

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My cousin Rachel de Roger Michell
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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 09:05
JEANNE MOREAU

                          Jeanne Moreau aux César 2007. Mireille Ampilhac pour AlloCiné


                                                                                                              


Jeanne Moreau, plus de 60 ans de cinéma, un magnifique parcours qui a fait d'elle la  formidable interprète de quelques-uns des plus prestigieux metteurs en scène contemporains, nommons Louis Malle, François Truffaut, Bunuel, Antonioni, Fankenheimer, Losey, Peter Brook, sans oublier Orson Welles qui fit appel à elle à deux reprises pour Le Procès en 1962 et Falstaff en 1965 et disait, à son intention, qu'elle était "la meilleure actrice du monde". Sa carrière n'a été qu'une longue suite de succès, de coups de coeur, d'emballements et de travail, car il y a toujours, à la clé d'une telle réussite, un immense labeur et une grande exigence.

 

Fille d'une danseuse anglaise de music-hall et d'un père hôtelier français, elle est née à Paris le 23 janvier 1928. Après avoir vécu une partie de sa jeunesse à Vichy, elle poursuit des études secondaires à Paris et commence, sans en rien dire à ses parents, à suivre des cours de théâtre auprès de Denis d'Inès. Ses premiers pas sur les planches auront lieu au Festival d'Avignon en 1947 dans "La terrasse de midi". Six mois plus tard, elle intègre le Conservatoire, ce qui la conduira en 1960 à débuter à la Comédie Française dans " Les caves du Vatican " d'André Gide, mise en scène de Jean Meyer, où elle tient le rôle d'une prostituée. Elle y est déjà si remarquable qu'elle fait (elle, la débutante) la couverture de Paris-Match et reçoit les félicitations d'un écrivain, pourtant peu enclin aux louanges, Paul Léautaud, celui-ci ayant été frappé par son insolence et son indépendance d'esprit. Ainsi s'annonce une carrière qui fera d'elle l'une des muses de la Nouvelle Vague et l'égérie du monde des Lettres et des Arts. Car nul doute, cette amoureuse des livres et des beaux textes fut l'amie de nombreux écrivains. Parmi ceux-ci et celles-là, il y eut Tennessee Williams l'américain, Blaise Cendrars le poète, Paul Morand l'homme pressé, Nimier le jeune hussard et, enfin, deux femmes : Anaïs Nin et Marguerite Duras. Et n'oublions pas ses liens avec des personnalités comme Jean Vilar qu'elle suivra au TNP en quittant la Comédie-Française et sa rencontre avec Louis Malle qui lui ouvrira les portes de la renommée avec deux films où elle s'impose  comme l'une des grandes, dans le sillage d'une Simone Signoret : Ascenseur pour l'échafaud  (1957) et  Les Amants  (1958). Puis viendront Jules et Jim de Truffaut où elle chante une romance qui fera le tour du monde et quelques 130 films dont Le journal d'une femme de chambre de Bunuel et La Notte d'Antonioni qui, de toutes ses interprétations, sont celles que je préfère.

 

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Elle a également collectionné les récompenses les plus prestigieuses dont le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1960, le British Academy Award de la meilleure actrice étrangère pour La vieille qui marchait dans la mer (1991) de Laurent Heynemann, enfin elle a été élue membre de l'Académie des Beaux-Arts le 29 mars 2000, première femme à être gratifiée de cet honneur. Son entrée dans cette estimable assemblée fut justement saluée par le discours de réception de l'un de ses proches : l'impérial Pierre Cardin. La seule chose que je regrette de la part d'une femme aussi intelligente : qu'elle ait participé au remake des Rois Maudits, événement télévisuel que je me suis empressée d'oublier... Malgré son âge, elle avait conservé une activité étonnante, puisque dans le cadre des Atelier d'Angers, qu'elle pilotait de main de maître, elle avait aidé sept jeunes réalisateurs à se lancer dans l'aventure du long métrage, ce qui prouve qu'elle n'avait rien perdu de son enthousiasme et de sa passion pour le 7e Art. D'ailleurs, n'avait-elle pas assuré à maintes reprises -  le cinéma, c'est à la vie, à la mort. Aussi comment  la mort pouvait-elle menacer une immortelle ?

 

Retirée progressivement de la vie publique par le grand âge, elle avouait avoir vécu dans ses rôles des passions extraordinaires : " On dit toujours qu'en vieillissant les gens deviennent plus renfermés sur eux-mêmes, plus durs. Moi, plus le temps passe, plus ma peau devient fine, fine ... Je ressensee tout, je vois tout." L'âge ne l'avait pas privé de sa vigilance. Elle sortait peu mais suivait l'actualité. C'est son aide ménagère qui la trouvera endormie pour toujours au matin du 31 juillet 2017. Adieu Jeanne.

 

Pour consulter ma critique d'Ascenseur pour l'échafaud et Jules et Jim, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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JEANNE MOREAU
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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 09:45
Claude Rich ou la légèreté faite art

Il était la légèreté incarnée et a conservé toute sa vie son étonnante juvénilité, de même que cette grâce qui l’apparentait à un elfe et le rendait insaisissable, comme absorbé en permanence par une rêverie, ce qui ne l’empêchait nullement d’habiter et d’habiller ses rôles nombreux et divers d'un dosage savant de puissance et de fantaisie. Rappelons-nous qu’il fût au théâtre un Talleyrand extraordinaire de rouerie et de préciosité aristocratique. En réalité, il pouvait tout jouer à la scène comme à l’écran, tant ce stradivarius savait unir ironie et intelligence, malice et perspicacité. Son air juvénile cachait une connaissance de l’être humain nourrie par l’expérience et le recul qu’il savait prendre à l’égard des réalités de la vie. Claude Rich s’empressait de se moquer d’elle avant qu’elle ait eu le temps de se moquer de lui, semble-t-il. Cet homme, qui fuyait les mondanités, savait se ressourcer auprès de sa femme (comédienne elle aussi) dans leur maison de campagne, loin des intrigues et des modes volatiles, afin de nourrir ses rêveries, mûrir ses rôles, écrire - il fut l’auteur de trois pièces -  et s’évader vers des lointains imaginaires.

 

Né à Strasbourg le 8 février 1929, Claude Rich, orphelin tout enfant, éprouva très tôt le goût des beaux textes et de la scène et s’inscrivit au Conservatoire d’art dramatique de Paris où il se liera d’amitié avec Girardot, Belmondo, Marielle, Rochefort, Crémer, de joyeux drilles avec lesquels il saluera l’existence avec optimisme. Apte à tout interpréter et entièrement donné à son art, il est vite remarqué par les metteurs en scène et son palmarès sera aussi impressionnant par sa qualité que par sa diversité. Au théâtre, il jouera du Shakespeare comme du Sagan, du Musset comme du Vitrac, du Guitry comme du Brisville. Au cinéma, il débutera très fort avec « Les tontons flingueurs » et sera présent sur la pellicule d’un René Clair, d’un Renoir, d’un Deville, d’un Duvivier, d’un Chabrol, d’un Mocky, d’un Molinaro, d’un Truffaut, d’un Resnais, sachant inculquer à chacun de ses personnages son petit grain de folie, son élégance faussement désinvolte.

 

« Ce qui m’amuse » - disait-il - « c’est qu’on ne sache plus très bien si le personnage que j’interprète est gai ou triste, idiot ou intelligent, tendre ou moqueur, malade ou en pleine forme. (…) Je veux qu’on s’interroge, que le public se pose des questions, qu’il joue avec moi tandis que je joue avec mes partenaires. Le jeu doit être perpétuel. »

 

Aujourd’hui, Claude Rich est parti vers d’autres cieux avec cette légèreté qui savait se faire précise et nuancée, inoubliable et nécessaire. Il était le seul à la conjuguer ainsi sous toutes ses formes, sur toutes les octaves, à la rendre inoubliable et captivante. Bon vent pour cette nouvelle traversée des apparences, cher Claude Rich. Vous allez nous manquer…

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Claude Rich ou la légèreté faite art
Claude Rich ou la légèreté faite art

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 11:13
Mouchette de Robert  Bresson

Mouchette évolue dans un cadre miséreux, avec ses « galoches », ses vêtements troués, sa maison dans laquelle tout le monde cohabite et dort sur des matelas à même le sol. Vie compliquée encore par une mère malade, un père brutal, les soins au bébé. La jeune fille ne peut rien partager et s’enclôt derrière  un masque buté et de naïves rébellions. Sans misérabilisme, Robert Bresson décrit un monde de taiseux dans lequel la communication se résume à des gestes, des ordres ou des échanges d’argent, un monde déshumanisé constamment limité par des portes, des fenêtres ou des barrières et, pour celle qui prend les chemins de traverses, sœur en cela du braconnier, il n’y a pas d’issue. Rudoyée par sa maîtresse d’école, molestée par son père quand elle suit un jeune homme, violée, laissée seule par la mort de sa mère, elle vit un itinéraire sans issue et sans espérance. Mouchette, c’est celle qui va à rebours, cherche désespérément un abri (sous la table, sous un arbre, dans un talus) mais en vain ; celle aussi qui chante faux, la fausse note dans le concert des hommes.

 

Avec cet opus qui date de 1963, Robert Bresson, immense cinéaste, touche au spirituel ( avec lui Dieu n'est jamais loin ) comme dans la plupart de ses autres films, à travers une approche sociale. Il adapte de façon personnelle, dépouillée mais percutante, le roman de Bernanos ( ainsi qu’il le fît pour "Le Journal d'un curé de campagne" ), en donnant à l'oeuvre une dimension plus ample encore qui ne dessert nullement l'auteur catholique, et fait retentir de façon déchirante, le cri d'une adolescente à la dérive, qui voit son innocence s'enliser dans le mal. Son suicide est l'appel à l'aide, l'aspiration à un au-delà lavé des souillures du péché et de la mort, appel d'une jeune fille confrontée à la bêtise des adultes, à la souffrance de sa mère tuberculeuse, au désir bestial qui tue l'innocence, à la férocité d'un monde qui humilie l'enfance.

 

Film bouleversant qui plonge dans les méandres de l'âme humaine, Mouchette est l'incarnation de la douleur muette et de la solitude. Bresson fait admirablement parler l'image et les silences, de même qu'il s'attarde sur les visages, celui de la jeune actrice Nadine Nortier qui ferait pleurer les pierres. A la fin, après avoir été violée et avoir assisté à la mort de sa mère, Mouchette se revêt d'une robe blanche et s'en va vers l'étang célébrer ses noces avec la mort. Poignant.

 

Pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Robert Bresson, cliquer sur son titre :

 

ROBERT BRESSON OU UN CINEMA DE LA PERSONNE

 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 10:22
Playtime de Jacques TATI

                
Après Mon Oncle, Jacques Tati  va travailler pendant des années à Playtime, qui coûtera 15 millions de francs et construira, en studio, pour les besoins du film, le décor d'une ville ultra-moderne avec gratte-ciel et buildings industriels en verre et acier. Présenté pour les fêtes de fin d'année 1967, ce long métrage, sorte d'oeuvre testament, après un certain succès de curiosité, va être une catastrophe commerciale dont Tati ne se remettra jamais. Le public ne le suit guère dans les dédales de cette ville où les touristes cherchent vainement le Paris folklorique d'antan. Ce monde kafkaïen les égare, seul Hulot reste Hulot avec son imperméable, son parapluie et son chapeau, mais les disproportions entre ce nouveau monde et l'ancien désorientent complètement les spectateurs pas encore prêts à une anticipation qui les prend de cours. Décidément cette satire mécanique, uniforme et glaciale déplaît aux Français qui entendent goûter aux bienfaits de l'industrialisation et  ne comprennent pas que le cinéaste se soit à ce point endetté pour un film qui n'avait d'autre objectif que celui de les distraire. Tati s'en expliquera par la suite et procédera à des coupures, mais cela ne suffira pas à sauver ce monument incompris qui le ruinera. Truffaut lui écrira à ce propos : " C'est un film qui vient d'une autre planète où l'on tourne les films différemment. Playtime, c'est peut-être l'Europe de 1968 filmée par le premier cinéaste martien, "leur" Louis Lumière ! Alors il voit ce que l'on ne voit plus et il entend ce que l'on n'entend plus et filme autrement que nous".

 


Les soucis pécuniaires et les désagréments qu'engendre cette oeuvre titanesque, si mal perçue, assombriront les dernières années de vie de celui qui avait cru possible de faire entrer la parodie sur le grand écran pour contrefaire la réalité tragique de la vie, de façon à ce que le rire l'emporte sur l'inquiétude.

 

Paris comme immense terrain de récréation. Là, Tati, jeune chien fou de 58 ans, magnifie une ville des Lumières grisâtre qui, sous son regard, redevient poétique et festive. Dans ce quatrième long métrage, Jacques Tati, embrasse une myriade d’idées joyeuses déjà développées dans ses œuvres précédentes, les portant à un point d’incandescence. Film-somme, Playtime n’en est pas moins une oeuvre maudite, au destin singulier. Entamé en 1964, soit six ans après le triomphe international de Mon Oncle, le tournage du film traverse des tempêtes que n’auraient pas renié les historiens de cinéma friands de naufrages à la Cléopâtre. D’une ambition démesurée, ce cinquième film est né après une longue gestation d’un scénario semi-autobiographique, co-écrit avec Jean-Claude Carrière.

 

 

Dans l’incapacité de tourner cette histoire d’Une grande ville (titre provisoire parfois évoqué dans les documents du CNC) en décors réels, Tati et son équipe de production se décident à construire un studio d’une superficie hallucinante pour l’époque. Dans la banlieue de Joinville, jouxtant les laboratoires GTC qui viennent de s’équiper en matériel 70mm (format choisi pour le film), l’immense plateau explose littéralement le budget et retarde le tournage de plusieurs mois : entamée en juillet 64, la construction du décor s’achèvera non sans peine en mars 65. Déçu par la colorimétrie des premiers rushes, peu convaincu par les perspectives de certains de ses décors, embarrassé par des conditions météorologiques déplorables, Tati se débat tant bien que mal avec un budget pharaonique et un tournage qu’il continue toutefois, imperturbable, à diriger d’une main de maître. Epique, celui-ci se heurte à de nombreuses contraintes, d’autant que, Tati, homme de scène, nourrit quelque méfiance à l’égard des techniciens de cinéma qui peinent parfois à retranscrire la palette imaginative de leur réalisateur. Ainsi, les scènes d’aéroport, nées des différentes tournées promotionnelles de Mon Oncle, ne correspondent pas à ses considérations plastiques (le plexiglas utilisé pour les décors reflète les éclairages et sera finalement remplacé par du verre). Pétri d’humour mais terriblement exigeant, le créateur de Monsieur Hulot dirige son plateau d’une main de fer, ce qui ne suffit pas à boucler le film dans les temps prévus...

 

 

http://www.dvdclassik.com/upload/images/critique-playtime-tati6.jpg http://www.dvdclassik.com/upload/images/critique-playtime-tati7.jpg
 

 

Endetté jusqu’au cou, Tati se résout alors, la mort dans l’âme, à annuler purement et simplement le tournage de certaines séquences. Le montage est entamé alors que le tournage est loin d’être terminé, afin de convaincre des investisseurs étrangers de renflouer ce bateau ivre, frôlant le naufrage. En bon capitaine, Tati tient la barre, se souciant comme d’une guigne des soucis financiers de la production pour ne jamais perdre de vue la maîtrise artistique. Le 15 septembre 1967, soit trois ans et demi après le premier coup de truelle à Joinville, le tournage s’achève avec la destruction du décor - que Tati espérait pourtant conserver pour y fonder une Université du Cinéma, projet qui lui sera refusé par André Malraux, alors ministre de la Culture de De Gaulle. Le montage - entamé entre autres par Sophie Tatischeff, fille de Jacques - livre finalement une première copie du film le 16 décembre 1967.



Véritables crève-cœurs, les mois qui suivent voient la durée du film fondre comme neige au soleil sous la pression de la production. Des 2h33 initiales lors de la première du film (présenté avec entracte, au grand dam de son créateur), le film passe par diverses durées - atteignant un pic de 2h50, se réduisant ensuite à 2h15 (deux copies conservées par les Cinémathèques de Lausanne et Toulouse, en très mauvais état) pour finalement atteindre les 1h59 pour la version restaurée que nous connaissons aujourd’hui. Film testament, Playtime ne connaîtra que beaucoup plus tard, et après la mort de son créateur, l'adhésion et la notoriété. 

 

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 09:37
Ce qui nous lie de Cédric Klapisch

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces trois jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.

Ce qui nous lie de Cédric Klapisch

Sur ce thème sympathique de la transmission et de l'enracinement, Cédric Klapisch  nous offre un opus très différent de sa production  précédente  "L'auberge espagnole", soit une saga familiale qui épouse le rythme des saisons, de même qu'un éloge touchant du terroir. En effet, les liens, qui unissent indéfectiblement les hommes à leur famille et à la terre qui les façonne tout autant qu'ils la façonnent, est le point culminant du film. Juliette, Jean et Jérémie, ces enfants du vignoble, très bien interprétés par de jeunes comédiens Ana Girardot, François Civil et Pio Marmaï, sont tout autant unis par des liens ancestraux que par celui de la terre, cette vigne à laquelle ils vont consacrer leurs efforts et leur savoir-faire dans un souci constant d'excellence. Un joli film qui pointe le doigt sur l'alliance qui s'établit entre un lieu et une jeunesse prête à beaucoup sacrifier pour assurer et perpétrer son ancrage avec le monde viticole. On n'attendait pas Cédric Klaspich dans ce registre qui met en valeur le sentiment d'appartenance à la terre et le retour aux sources d'une génération déjà en phase avec le cosmopolitisme. Une agréable bonne surprise.

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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