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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 13:08

              

 

                                             

Quel est le dénominateur commun entre ces quatre affiches : le jeune et brillant metteur en scène Jia Zhang-ke, né en mai 1970 à Fanyang, au nord de la Chine. A dix-huit ans, il entre à l'école des Beaux Arts de Taiyuan  pour y étudier la peinture  et développe, en même temps, un intérêt pour la fiction, ce qui le conduit à écrire et publier un premier roman, avant d'être admis à l'Académie du film de Pékin. Deux ans plus tard, il fonde le Youth Experimental Film Group, première structure de production indépendante en Chine. Dès 2000, Jia Zhang-ke obtient la reconnaissance de la critique et du public avec son second film  Platform ;  ensuite Plaisirs inconnus est présenté en compétition au Festival de Cannes et, en 2004, The world l'est au Festival de Venise, tandis que son auteur reçoit l'Ordre des Arts et des Lettres du gouvernement français. Still Life, son cinquième long métrage, remportera le Lion d'Or du Festival de Venise en 2006. Ainsi, en quelques années, Jia Zhang-ke est-il devenu l'une des figures emblématiques de la "sixième génération" de cinéastes chinois. C'est la raison pour laquelle le Festival de Deauville avait à coeur de rendre un hommage particulier - avec la projection de l'intégrale de son oeuvre - à ce jeune réalisateur et scénariste qui a su, en une décennie, s'imposer de façon magistrale sur la scène internationale cinématographique. En montant sur scène, Jia Zhang-ke a tenu à souligner que c'était derrière sa caméra qu'il avait le plus de courage pour témoigner d'un monde en difficulté et défendre ses idées personnelles, considérant la création comme le seul lieu de véritable indépendance. D'ailleurs le documentaire, qui fut projeté ensuite, Useless ( 2007 ), illustre parfaitement cette profession de foi en nous proposant l'interview d'une styliste surdouée qui a choisi de se consacrer à un  prêt-à-porter de luxe ( le luxe étant par excellence le propre de la haute couture, aussi bien que de toute forme d'art ) et de promouvoir une mode ( durable et non jetable comme le prêt-à-porter industriel ) qui mêle passé et présent, au point qu'elle enterre certains vêtements durant quelques mois, afin qu'ils s'imprègnent de l'histoire du monde et portent sur eux l'empreinte du temps. Intéressant cet intérêt que les artistes chinois et asiatiques, en général, vouent à la mémoire, eux qui ont été marqués par une idéologie qui entendait faire table rase du passé et effacer, autant que faire se peut, la généalogie des peuples.
Cet hommage précédait celui qui fut dédié un peu plus tard à un autre grand cinéaste chinois ( la journée de vendredi était consacrée à la Chine ) Jiang Wen, mais auquel je n'ai pu assister, étant appelée par d'autres obligations, aussi je ne veux pas tarder davantage à vous parler d'un film que j'ai beaucoup apprécié et qui fait partie des longs métrages en compétition : le très beau The Red Awn ( les moissons pourpres ), premier long métrage de Cai Shangjun.

 

                       

Ce film nous conte de façon sobre, avec une succession de plans d'une rare économie, l'histoire d'un homme qui, ayant quitté sa femme et son fils pour tenter de trouver du travail à la ville, est resté cinq ans éloigné de chez lui, au point que son fils, ulcéré qu'il ne soit pas revenu au pays lors du décès de sa mère, l'a déclaré mort aux autorités régionales. Le film commence au moment où le père regagne son domicile et trouve son fils dans un état de telle hostilité qu'ils vont se battre et que le jeune homme sera un instant tenté de le tuer. Afin d'amorcer un geste de réconciliation, le père va lui proposer de se joindre à lui pour les moissons, car, sachant conduire une moissonneuse, il a été immédiatement embauché. Ce dernier refuse d'abord, puis finit par rejoindre son père. La suite sera une longue méditation sur les conflits entre générations, le recours aux valeurs du passé, la rivalité ville/campagne, la ville étant représentée comme le lieu où se perdent les individualités, où sévit l'esprit de masse, où l'être est conditionné et tenté par les plaisirs faciles ; alors que la campagne est celui où l'homme retrouve sa dignité d'être, où se jouent la renaissance de l'humain et la réhabilitation des traditions séculaires qui ont fondé les civilisations. On sait combien l'idéologie communiste a sacrifié le monde paysan parce que, d'instinct, il s'opposait au collectivisme, ayant, par nature, l'esprit d'indépendance et d'individualité. Cet opus est donc un chant grave dédié à la terre nourricière, à un labeur ancestral rythmé par l'horloge des saisons, un poème puissant, sans aucune fioriture, sur la quête de l'essentiel, la lutte intérieure qui est peut-être de toutes la plus difficile. En effet, le combat le plus rude n'est-il pas celui qu'on livre à soi-même ?  Le père a connu, pour sa part,  les atermoiements, les faiblesses, les lâchetés, les errements et sait que son fils les expérimentera à son tour. C'est pourquoi il est progressivement gagné par la confiance et la sérénité, il sait que le temps fera son oeuvre, il suffit d'avoir la longue patience de la terre. La dernière image est celle du fils revenu au domicile paternel pour substituer les économies du vieil hommes, sans que celui-ci ne bronche, et alors qu'il repart vers la ville, il arrache en passant quelques épis de blé et, soudain, comme frappé d'une révélation, se met à courir vers les champs qui ondoient sous le soleil...

  
Le cinéaste, en présentant son film, a dit : quand je me suis mis à tourner, c'était avec l'espoir que la morale et le sens des responsabilités avaient encore... une force ? Ce film en a une indéniablement et nous révèle un metteur en scène avec lequel il faudra compter à l'avenir. Ce coup d'essai étant un coup de maître.

 

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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 10:03
Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone

Alors que la guerre de Sécession fait rage aux Etats-Unis, trois hommes, absolument indifférents aux hostilités, consacrent toute leur énergie et toutes leurs balles de revolver à rechercher un trésor caché  par l’armée nordiste, opus qui clôt le cycle de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la "trilogie des dollars". Il est vrai qu’en un  court laps de temps, Leone a pulvérisé les codes du genre avec son style innovant dont la grammaire baroque se décline à partir d’un attirail de règles immuables : plans-séquences étirés en longueur, immenses silences, utilisation du grand angle, zooms arrière et travellings à profusion, le tout soutenu par une musique lancinante, celle d’Ennio Morricone. C’est la révolution. D’autant que les histoires de Leone (et, ne l’oublions pas, de son co-scénariste Sergio Donati) ne ressemblent à rien de ce qu’on a vu jusque-là. Cette révolution du western à la Leone marque l’arrivée tonitruante d’un nouveau genre avec le même personnage populaire du pistolero auquel le réalisateur donne le visage impassible de  Clint Eastwood. De même que ses deux comparses, Eli Wallach et Lee Van Cleef, qui contribuent grandement à la démythification volontaire de l’histoire traditionnelle de l’Ouest. Les moyens qu'utilisent le cinéaste lui permettent une ampleur spatiale et une dimension narrative peu communes, même lorsque les duels et les affrontements se développent comme de purs jeux formels.

 


Personnages atypiques,  le bon, la brute et le truand, improbable trio d’affreux, dans un monde impitoyable, immoral, cruel et rempli d’un humour sardonique, sortent leur pétoire pour un oui ou un non, faisant fi de tous les sentiments, même de l’amitié. Jusqu’au dénouement final, fantastique duel à trois dans un cimetière, scène d’anthologie qui marquera la fin de la collaboration entre Clint Eastwood et Sergio Leone. Le comédien craignait de se laisser enfermer dans un archétype mais, plus tard, devenu réalisateur à son tour, il rendra hommage au western spaghetti et de manière appuyée, puisqu’il incarnera à nouveau dans "L’homme des hautes plaines" cet individu sans nom qu’il fut à trois reprises pour Leone.

Il n'en reste pas moins que cet opus est un pur chef-d'oeuvre, interprété par des acteurs fabuleux, opéra baroque s'il en est qui défie les lois habituelles du western made in Hollywood. Inoubliable.

 

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SERGIO LEONE ou le cinéma comme opéra baroque

 

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Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone
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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 12:19

      

                                               

Quel est le dénominateur commun des 3 affiches ci-dessus, me demanderez-vous ? La musique !  Oui celle d'un prestigieux compositeur auquel Deauville rendait hommage le soir du 13 mars 2008, devant un parterre réceptif aux tonalités sensibles et délicates de Joe Hisaishi, qui fut longuement applaudi en présence de l'ambassadeur du Japon, du maire de la ville et de Lionel Chouchan le président du Festival. Cet hommage, lors de cette soirée consacrée au Japon, nous a permis de mieux connaître l'auteur de tant de mélodies inoubliables, dont celles des films illustrés par les affiches. Mais il y en a beaucoup d'autres qui ont contribué à asseoir la réputation internationale de ce musicien hors pair, qui débuta sa carrière en jouant et produisant des oeuvres contemporaines lors de plusieurs concerts. En 1982, il livrait  information, son premier album solo. Depuis sont sortis Piano Stories, My lost City, Chijo No Rakuen, Works I, Shoot the Violist et d'autres encore dans lesquels il affirme un style unique, affranchi des barrières séparant les genres musicaux. En 2006, il a reçu le Prix de la Meilleure Musique décerné par la Los Angeles Film Association pour Le Château ambulant de Hayao Miyazaki. En tant que chef d'orchestre, Joe Hisaishi est devenu le premier directeur musical du New Japan Phil World Dream Orchestra, organisé par le New Japan Philharmonic. Il a composé récemment la musique des derniers longs métrages de Jiang Wen ( Le soleil se lève aussi ) et de Hayao Miyazaki (Ponyo on the Cliff ).

 

              

Et quel est le point commun entre ces quatre nouvelles affiches ? L'acteur Kôji Yakusho auquel Deauville rendait également hommage. Un hommage mérité pour une belle carrière qui a fait de lui l'acteur le plus célèbre du Japon, une véritable icône nationale. D'autant que sa renommée a depuis longtemps dépassé les frontières de son pays et qu'il est devenu, au fil des années, une star internationale. Né le 1er janvier 1956 à Nagasaki, Kôji Yakusho débuta sa carrière de comédien en 1983 en interprétant un seigneur de guerre féodal dans Tokugawa leyasu, série télévisée qui remporta un vif succès. En 1988, il obtient son premier rôle titre dans le long métrage Another Way de Kosaku Yamashita et l'année suivante l'équivalent du César japonais. Le voilà lancé et, désormais, le succès ne se démentira plus. Je ne puis nommer ici tous les films auxquels il a prêté son talent et sa présence, mais les cinéphiles du monde entier connaissent son visage et sa façon très concentrée d'aborder les rôles les plus divers. Sachez qu'il sera prochainement sur les écrans dans Silk de François Girard, Paco and the Magical Book de Tetsuya Nakashima et Tokio Sonata de Kiyoshi Kurosawa.

                       Koji Yakusho. Metropolitan FilmExport


Ces deux hommages rendus, les lumières se sont éteintes pour laisser place à la projection du troisième film en compétition : Funuke Show Some Love, You Losers ! de Yoshida Daihachi de nationalité japonaise, né en octobre 1963 à Kagoshima. Oeuvre décevante qui raconte l'histoire de Sumika, une jeune fille égocentrique et arrogante qui se croit destinée à une carrière d'actrice et terrorise, par son caractère violent, sa famille auprès de laquelle les obsèques de ses parents, écrasés par un camion, l'ont ramenée. Le village, où ils demeurent, est perdu dans la montagne et Sumika s'y ennuie ferme, essayant de se constituer une cagnotte en se prostituant, afin de retourner au plus vite à Tokyo, ville des mirages. Sa soeur semble contrecarrer ses projets en dévoilant la vie de la famille  dans des mangas d'une cruauté implacable et si réalistes et puissantes qu'elle obtient le premier prix d'un concours et est invitée à se rendre à Tokyo pour y débuter sa profession de dessinatrice. Ce film tragico-comique, à l'instar de cette famille japonaise conflictuelle, sombre tour à tour dans le pathétique et le grotesque, et, par ailleurs, se révèle être inutilement décousu, excessif et théâtral. Constitué de scènes au rythme saccadé qui ne s'emboîtent pas harmonieusement les unes dans les autres, il nous laisse sur un sentiment partagé entre l'agacement et la lassitude. Deux heures, c'était bien long Monsieur Daihachi pour nous livrer cet opus aux ramifications complexes et embrouillées, qui nous donne la désagréable impression que vous n'aviez pas grand chose à nous dire. Quant aux acteurs, malgré leur bonne volonté, ils ne parviennent pas à sauver le film.


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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 17:54

                                                   
                                                      VIDEO

 

Grosse déception que le film Beautiful, qui était projeté cet après-midi en présence de son auteur, premier long métrage de ce réalisateur coréen du nom de Juhn Jaihong, né le 29 juillet 1977 à Séoul. La déception vient surtout du scénario qui raconte l'histoire d'une femme très belle que tout le monde admire et envie. Elle est évidemment la proie des regards masculins et se fait draguer en permanence. Jusqu'au jour où elle ouvre par mégarde sa porte à un homme qui s'est annoncé comme venant relever les compteurs et qui, en définitive, la suivait depuis longtemps, lui laissant sur son portable des messages enflammés. Cet homme va la violer mais se rendre peu de temps après à la police. En guise d'excuse, il avoue à Eunyoug, en présence des policiers, que ce n'est pas elle qui est la victime mais lui. Il  prétend avoir été violé par sa beauté. Le commissaire n'est pas loin d'opiner dans ce sens. Après tout cette jeune femme élégante, sexy, coquette, ne fait-elle pas tout pour rendre la gente masculine enragée.
A partir de ce constat, Eunyoug va se culpabiliser et, cédant à la peur, faire en sorte de se détruire à petit feu. D'abord en se gavant de nourriture, ensuite en s'en privant, mettant sa santé en péril, si bien que nous assistons à une descente aux Enfers extrêmement pénible. Il faut reconnaître à l'actrice Cha Soo-yeon de jouer avec beaucoup de conviction et de réalisme le rôle de cette beauté déjantée qui va lentement se perdre, se consumer jusqu'au désastre final.


Tout cela est très long et finalement très ennuyeux, d'autant que le cinéaste ne fait passer aucun message. C'est le spectacle d'une destruction irrémédiable dans un monde qui ne semble préoccupé que de sexe.  C'est surtout  la démonstration affligeante d'un 7e Art sombrant dans le cinéma réalité et la création  remplacée par une simple transcription des faits. Espérons que ce metteur en scène de 31 ans sera mieux inspiré la prochaine fois.


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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 10:48

                       Robert Redford. Warner Bros.

 

 

 

Se voulant l'antithèse des premiers westerns, ceux magnifiquement illustrés par John Ford ou Fred Zinnemann  qui relataient l'épopée de la conquête de l'ouest magnifiée par la grandeur des héros, films qui liaient le tragique au romanesque et s'accompagnaient de chevauchées et de poursuites, de règlements de comptes et de batailles,  Jeremiah Johnson  ( 1972 )  de Sydney Pollack  va nous conter la vie d'un homme qui, dégoûté par le monde civilisé, gagne les montagnes Rocheuses pour y mener la vie rude et dangereuse des trappeurs et se lie d'amitié avec la tribu indienne des Têtes-Plates. C'est ainsi que ce long métrage ferme le cercle ouvert par La ruée vers l'Ouest ( 1931 ) ou La charge fantastique( 1941 ), en nous proposant un destin absolument contraire à celui des pionniers d'antan : un homme qui tourne le dos à cette civilisation pour revenir à la vie primitive, au coeur d'une nature encore sauvage. Cependant Pollack n'a pas suivi à la lettre la philosophie d'un Jean-Jacques Rousseau  et a eu le mérite de nous montrer que les antagonismes, qui subsistent au coeur de cet univers, sont aussi violents et sanglants qu'ailleurs. Cet univers, en effet, n'a rien d'angélique et les instincts de l'homme n'y sont pas à l'abri de la cruauté et de l'esprit de vengeance, hélas !  - aussi verrons-nous dans le film des Indiens tuer un enfant et une femme qui vivaient avec Johnson pour le punir d'avoir traversé leur cimetière.

 

 

Pour réaliser ce film, Pollack fit appel à Robert Redford qui avait déjà été son interprète en 1966 dans Propriété interdite. Les deux hommes décidèrent alors de ne reculer devant aucune difficulté pour assurer au film une réelle authenticité. C'est pourquoi ils exigèrent de la Warner Bros de tourner dans l'Utah à presque 4000m d'altitude, dans des conditions qui furent particulièrement pénibles. La Warner Bros finit par accepter, à condition que le budget ne soit pas dépassé.

 

                                      Metropolitan FilmExport    Universal Pictures


 

" Ce qui m'a surtout intéressé " - déclarait Pollack - " c'est le personnage du montagnard qui quitte sa civilisation pour aller sur la montagne ( les Rocheuses ont un pouvoir particulièrement attractif ), afin de se créer une vie selon ses désirs. Mais une fois à l'intérieur de ce bloc montagneux qui promet les rêves les plus fous, il se rend compte que la vie y est dure, que la nature a aussi ses lois, tout comme les Indiens. Il m'intéressait donc d'avoir ce personnage pour bien faire sentir que la fuite n'est pas un moyen, qu'une société sans loi n'est pas possible. Ainsi nous avons décidé avec Redford de respecter le plus possible cette authenticité ".

 


Et il est vrai que ce film s'attache à rendre avec précision les spectacles de la nature, la vie des animaux, la survie et l'existence quotidienne en ces terres isolées, existence rythmée par le passage des saisons. Jeremiah Johnson doit s'y acclimater et rien n'est aussi simple que prévu. Devenu chasseur habile, grâce aux conseils de Griffe d'Ours, il est amené à recueillir un jeune garçon nommé Caleb, dont la mère est folle, et à sauver le trappeur Del Gue, enterré vivant par les Indiens. Reconnu par les Têtes-Plates comme un guerrier valeureux, on lui attribue aussitôt la responsabilité de la mort des Pieds-Noirs tués, en réalité, par Del Gue. Aussi, pour les reconquérir et obtenir à nouveau leur confiance, Jeremiah se voit-il dans l'obligation d'épouser Swan, la fille du chef indien.



C'est alors qu'un groupe de militaires lui demande de leur servir de guide pour tenter de retrouver des pionniers bloqués par les neiges, mais, afin de gagner du temps, ceux-ci vont avoir la maladresse et l'imprudence de traverser le cimetière sacré des Crows, qui considéreront cela comme une profanation. Si bien qu'ils vont venger cet outrage en tuant le jeune Caleb et Swan, la femme de Jeremiah. Révolté par un tel acte de barbarie gratuit, celui-ci prend son fusil et abat tous les Crows qu'il rencontre. Puis, lassé de ces tueries, il part pour le Canada et croise en chemin le chef des Crows qu'il saluera et qui lui rendra son salut.

 


Initialement, il était prévu que Jeremiah meure gelé comme si la montagne, après lui avoir volé ses rêves, lui volait sa vie, mais le cinéaste décida d'opter pour un final plus optimiste en le laissant en vie et en indiquant, avec l'échange des saluts, que les hommes des hautes terres finissent toujours par se comprendre, car il y a entre eux comme un pacte secret gagné de haute lutte par leur âpre apprentissage de l'adversité.

 

 Pour lire l'article consacré à Sydney Pollack, cliquer sur son titre :  

 

SYDNEY POLLACK

 

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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 10:13

                         Kerry Washington. Lakeshore Entertainment 

                                                      

 

Présenté le dernier jour du Festival du film américain de Deauville en septembre 2007, The dead girl de Karen Moncrieff, qui a obtenu le Grand Prix, ne m'a pas pleinement convaincue. Destins croisés de cinq femmes qui, à la suite d'une découverte macabre - le corps assassiné d'une jeune femme - vont être mis en perspective et nous être contés en parallèle comme des fragments autonomes. Toutes ces femmes sont des victimes : l'une ( Toni Collette ) est tyrannisée par sa mère infirme, une autre cherche en vain à faire le deuil d'une soeur, une troisième ( Mary Beth Hurt ) s'aperçoit que son mari est un serial killer et s'efforce de cacher les preuves de ses crimes, enfin la mère de la jeune fille morte tentera de comprendre comment ce malheur a pu se produire. Enfin, il y a l'histoire de cette "dead girl " nommé Krista, interprétée par Brittany Murphy qui, tel un diamant noir, reflète les sombres lumières de ces existences éclatées : ayant fui les avances d'un beau-père, elle va se trouver prise dans un réseau de prostitution, se droguer et s'enliser dans la déchéance. La mort, elle la croisera alors qu'elle portait à son enfant, qu'elle avait placé dans une famille d'accueil, un petit cadeau d'anniversaire...

 


                      Brittany Murphy. Lakeshore Entertainment  Rose Byrne et James Franco. Lakeshore Entertainment


 


Tout cela est tragique et, pas un instant, on ne sort de cette malédiction qui semble peser sur ces êtres marqués par la fatalité Ce film ténébreux et funèbre nous décrit, avec un sens aigu de la narration et en assumant avec maîtrise la peinture de ces cinq portraits, les images d'une douleur quotidienne qui ne laisse aucun détail au hasard, pas même les plus insoutenables. L'enjeu de la cinéaste n'est nullement d'enquêter sur le meurtre de la jeune femme, mais sur les conséquences que cette mort aura sur les quatre autres personnages, l'ombre portée par la découverte de son cadavre. Néanmoins, Karen Moncrieff ne parvient pas à prendre suffisamment de hauteur, trop prisonnière de son narratif, pour inciter à une réflexion plus profonde sur le sens de ces vies, sur le pourquoi de la violence à laquelle ces femmes sont confrontées.

 

 

                       Toni Collette. Lakeshore Entertainment  


 

De ces existences malmenées, il est certain que celle de la mère de la victime est la plus émouvante, incarnée par une Marcia Gay Harden qui s'est pleinement investie dans son rôle. Mais il reste que la fin est décevante, bâclée, que cet infini malheur ne parvient pas à déboucher sur une consolation quelconque, ne s'ouvre pas sur une dimension plus large, moins dévastée, propre à laisser entrevoir une renaissance possible ; film ravageur s'il en est, habité par une douleur aveugle, dont on sort dans un état de stupeur. Cependant, on ne peut nier qu'un talent se profile avec force à travers un film coup de poing et que se révèle, dans cet océan de larmes, un tempérament de metteur en scène.

 

 

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                      Marcia Gay Harden. Lakeshore Entertainment

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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 09:23

                      

                                          

Un inconnu, joueur d'harmonica à ses moments perdus, est attaqué dans une gare perdue de l'Ouest et parvient à tuer ses agresseurs. Mais d'autres tueurs, sous les ordres d'un certain Franck, l'homme de mains de Morton, assassinent le fermier McBain et ses trois enfants. Franck laisse les soupçons se porter sur un aventurier déjà bien connu de la police nommé Cheyenne. En réalité, Morton a fait tuer McBain par intérêt, afin de s'attribuer ses terres, que  le tracé de la voie ferrée doit emprunter prochainement, ce qui va leur assurer une valeur marchande. Jill, une pensionnaire de maison close, que McBain a épousée en cachette, arrive au ranch après le meurtre. Cheyenne est arrêté mais s'évade et rejoint l'homme à l'harmonica. Grâce à lui, Cheyenne sera innocenté. Plus tard, Harmonica tuera Franck qui lui avouera, avant de mourir, que c'était lui qui avait fait pendre le frère de McBain. Cheyenne et Harmonica partiront ensemble.

 

Corbis Sygma    

 

Avec un film comme Il était une fois dans l'Ouest ( 1968 )  Sergio Leone a marqué de façon indélébile le 7e Art, grâce  à un don inoui de la mise en scène, l'utilisation des gros plans, la symbiose entre image et musique et une rigueur pointilleuse dans le découpage et le montage. Leone est de ceux qui interviennent à tous les stades du film. Rien n'est laissé au hasard, l'oeuvre est portée, assumée de bout en bout. En inventant le western spaghetti, il a parodié un style - celui du western traditionnel qui était en train de mourir, tout en le renouvelant et en plaçant le sien dans une perspective inédite. Par ailleurs, la musique d'Ennio Morricone est superbe ; quelques notes d'harmonica qui instaurent le fond sonore et contribuent à accroître la tension qui va crescendo.
Avec cet opus qui vient deux années après Le bon, la brute et le truand, Leone atteint le sommet du genre. Il a réuni, pour ce faire, ce qu'il y avait de mieux : des acteurs de premier plan dont la belle Claudia Cardinale, des paysages magnifiques, parvenant ainsi, en joignant son talent à celui des autres, à réaliser un chef-d'oeuvre incontestable et incontesté. Tourné en Italie, en Espagne et aux Etats-Unis, Il était une fois dans l'Ouest est le reflet de la complexité profonde des individus et des événements. Complexité d'autant mieux exploitée par le metteur en scène que, ce dernier, a eu l'idée de faire entrer ses acteurs dans la peau de personnages à l'opposé de leur emploi habituel. C'est ainsi qu'Henry Fonda tient l'un des rôles les plus antipathiques de sa carrière, que Charles Bronson devient un vengeur taciturne après avoir été souvent le méchant de service, que Jason Robards,  familier des personnages intellectuels, est un simple d'esprit.

 

 

                                    Caméra One  

 

On notera également la théâtralisation, la lenteur poussée à l'extrême, quasi exacerbée, que l'auteur a imprimé à la pellicule, un peu à la façon de certains réalisateurs japonais. Un pessimisme amer à la John Ford parcourt l'oeuvre le long des paysages grandioses et désolés, écrasés sous un soleil de plomb. Il faut savoir aussi que Sergio Leone a conçu ce film en pensant " au dernier souffle " de vie que laisse un homme avant de mourir, ultime instant suspendu avant que la vie ne s'arrête. Ce dernier souffle se doit d'être long, éprouvant, frustrant. Deux personnages incarnent cette vision : Franck et le Cheyenne. L'un meurt victime de ses actes passés, l'autre par erreur. Mais le fil conducteur reste le même : la mort est inévitable et présente à tous moments, embusquée dans les ruelles et les paysages, prête à s'avancer au-devant de chacun des héros avec une lenteur calculée et implacable. Au final, un film mythique qui restera à tout jamais dans les annales du Septième Art, par la force qu'il dégage, son casting exceptionnel, sa mise en scène somptueuse, sa musique lancinante qui vous prend à la gorge et ne vous quitte plus. Le succès fut planétaire et permit à Sergio Leone d'obtenir la place qui lui revenait et qu'il avait été long à conquérir : celle d'un créateur à part entière, d'un esprit indépendant en mesure d'imprimer sa marque personnelle à son art d'élection. Un Sergio Leone au sommet de son art.

 

5-etoiles

 

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SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE

 

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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 10:27

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Né à Rimini le 20 janvier 1920 dans une famille de la petite bourgeoisie italienne, Fellini entre dans la vie active grâce au journalisme, puis aborde l'écriture de scénarios, avant de faire la connaissance de Giulietta Masina, qu'il épousera en 1943.

Sa rencontre avec le grand metteur en scène Rossellini va être l'événement qui  le détermine à se consacrer désormais et exclusivement au cinéma. Il participera à la co-écriture du scénario de Rome, ville ouverte et d'Amore, deux films parmi les plus célèbres de Rossellini, avant de se lancer dans le long métrage. Son premier film à connaître une carrière internationale sera La Strada qu'il tourne en 1954 et où il affirme déjà son originalité en s'éloignant du cinéma néo-réaliste de son maître. Cette oeuvre est un véritable hymne d'amour à sa femme Giulietta, comme le seront peu de temps après Les nuits de Cabiria et Juliette des esprits.

 

Le film raconte l'histoire touchante de Gelsomina, gamine naïve et généreuse que sa mère, dans l'incapacité matérielle de l'élever, vend à un hercule de foire, brutal et obtu, nommé Zampano, qui se plait à éblouir les badauds en jouant sur les places publiques les avaleurs de feu et les briseurs de chaînes. Malgré la dureté avec laquelle il traite Gelsomina, celle-ci ne sait que faire pour amadouer le coeur aride de son compagnon. Arrive alors un autre saltimbanque Il Matto ( le fou), à la fois funambule, musicien et poète, qui va séduire la jeune femme grâce aux merveilleuses histoires qu'il lui raconte sous forme de paraboles. Exaspéré par la relation qu'ils entretiennent et gagné, sans doute, par la jalousie, Zampano tue le musicien, plongeant Gelsomina dans un désespoir silencieux. Prostrée dans son chagrin, elle semble se détacher de ce qui l'entoure, être de plus en plus étrangère à ce monde sans amour. Voyant qu'elle ne lui est plus utile à rien, Zampano l'abandonne au bord de la route, comme une pauvre bête malade.

Passent les années... Revenant un jour sur les lieux, il s'inquiète d'elle, apprend qu'elle est morte et, pour la première fois de sa vie, pleure.


Anthony Quinn. Collection Christophe L.


Ce long métrage ne reçut pas, lors de sa sortie, le succès qu'il méritait, bien que l'interprétation de Giulietta Masina fut saluée comme une prouesse et qu'elle eût accès d'emblée à l'Olympe des dieux et déesses de la pellicule. Il est vrai qu'elle est admirable dans ce rôle, où son jeu se concentre dans ses regards, ses expressions, ses mimiques. Créé pour elle par son mari,  le personnage de Gelsomina est celui d'une femme-clown qui vit dans un monde dur et brutal. Allégorie des victimes de la violence, elle aime et veut être aimée avec candeur. Ne dit-elle pas à propos de l'hercule de foire qui est devenu son maître : Si moi, je ne reste pas avec lui, qui donc restera ? Répétant cela comme pour s'en convaincre. Il est évident que c'est là une sorte de plaidoirie qui a pour objectif de montrer du doigt certaines anomalies de la condition féminine de l'époque, en Italie du Sud plus spécialement. D'autre part, cette oeuvre, qui ne fut pas toujours bien comprises de la critique, est une conte métaphysique qui, par le biais du personnage d' Il Matto ( le fou), sorte d'archange qui défie les lois de la pesanteur en dansant sur une corde au-dessus d'une humanité pervertie et cruelle, développe une parabole chrétienne sur le sort dévolu à la pureté et à l'innocence. On pense à  L'Idiot  de Dostoïevski , à La Pesanteur et la Grâce de Simone Weil.


Giulietta Masina. Collection Christophe L.

On est frappé également par la divergence qui existe entre Zampano et Gelsomina : l'un s'opposant à l'irrationalité de sa compagne par sa force animale, son insensibilité et son incapacité à comprendre son âme poétique ; l'autre, que tout émeut et ravit, confiante, naïve, résignée, sait, par contre, observer et surtout penser. Elle pense à l'avenir. Son optimisme vient de l'art du masque, fiction honnête opposée à celle de Zampano qui joue comme il vit, totalement dépourvu de regard intérieur. Il réagit instinctivement avec ce que lui a donné la nature : des muscles d'acier et une avidité gloutonne. Aussi une division nette entre deux réalités s'affirme-t-elle dès les premières images. Au cours du voyage de ces deux créatures qui sont ensemble sans trop bien savoir pourquoi, Gelsomina apparaît par contraste avec l'ombre massive et ténèbreuse de Zampano, singulièrement douée pour exprimer spontanément l'étonnement, les peurs, les joies frénétiques et les abattements. Incorrigiblement dissonant, Zampano, quant à lui, craint l'harmonie spontanée et se montre lâche à l'égard des sentiments, si bien que la jeune apprenti-clown fait en sorte, pour ne pas le froisser, d'étouffer le don reçu et d'apprendre par mimétisme. On la voit d'ailleurs s'insérer facilement dans le théâtre de rue et remporter un vif succès personnel dans " la farce pour rire " auprès des adultes et, plus particulièrement, des enfants qui se reconnaissent en elle.   

 

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Dans ce rôle, Giulietta Masina est poignante de réalisme et de poésie mêlés, personnage touchant s'il en est et sans malice, comme épargné par le mal, et qui fait tellement penser à son pendant masculin : Charlot. Quant à Anthony Quinn, il s'est totalement investi, immergé dans la peau de ce lutteur de foire, buté, vaniteux et violent, qui donne à ce film une force prodigieuse. Pour l'irrascible bâteleur qu'il est, seul le vent d'été sur la mer accompagnera - à la fin du film - les souvenirs que lui évoquent les notes de la triste chanson de la femme-clown qu'a entonnée une voix féminine, des notes qui lui ouvrent enfin les pleurs du repentir sur la plage solitaire de la condition humaine. L'incomparable effet de ce chef-d'oeuvre réside là, dans la cohabitation conflictuelle de la dure réalité et de la fable féroce, entre la magie cruelle de l'existence privée de pensée de Zampano et la pensée artistique privée d'existence de Gelsomina.

Quand on parlait à Fellini du cinéma-vérité qui fut celui de l'après-guerre en Italie, il rétorquait qu'il était plutôt pour le cinéma-mensonge. " Le mensonge est toujours plus intéressant - affirmait-il - que la vérité. Le mensonge est l'âme du spectacle et moi, j'aime le spectacle". 

 

Pour lire les articles consacrés à Fellini et Giulietta Masina, cliquer sur leurs titres : 

 

FEDERICO FELLINI                  GIULIETTA MASINA


Et pour consulter les critiques que j'ai faites d'autres films de Fellini, cliquer sur leurs titres :

 

AMARCORD de FELLINI           LA DOLCE VITA de FEDERICO FELLINI

 

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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 09:56

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Giulia Anna Masina est née le 22 février 1920 dans une famille de musiciens à San Giogio Di Pinao ( Bologne ). Etudiante en lettres, elle se passionne pour l'art dramatique et se produit dans la troupe du théâtre universitaire de Rome. Puis, sans cesser pour autant ses études, elle entre pendant la guerre dans la Compagnie du théâtre comique et musical de la radio italienne, où elle remporte un franc succès personnel dans une série de sketches écrits par Fellini, qu'elle épousera quelques mois après leur première rencontre. Bien que licenciée ès Lettres, elle poursuit sa carrière théâtrale et radiophonique qu'elle abandonnera ensuite pour se consacrer au cinéma, presque exclusivement sous l'égide de son mari. Son premier grand rôle sera taillé pour elle par Fellini qui crée le personnage si émouvant de Cabiria, dont la première apparition a lieu dans Courrier du coeur en 1952, avant d'être sacralisé par les inoubliables Nuits de Cabiria en 1957. Entre temps, elle sera Gelsomina dans La Strada, autre personnage bouleversant de femme-clown qui lui vaut l'appellation de "female Chaplin", car, comme le souligne son metteur en scène, elle est singulièrement douée pour exprimer les stupeurs, les effarements, les douleurs, les airs sombres d'un clown.

Avec les personnages de Gelsomina et Cabiria, l'actrice atteint le sommet de son art. Dans le décor de la Rome baroque et nocturne que Fellini se plait tant à filmer, avec ses fontaines, ses places désertes, les lumières qui découpent les façades des immeubles endormis, apparaît ce petit personnage avec des chaussettes, un boléro en plume de poulet, un large parapluie et des yeux ronds écarquillés dans un étonnement perpétuel et gourmand. Ce célèbre boléro de plume, déjà aperçu dans Courrier du coeur, devient, avec les pathétiques chaussettes, l'uniforme, le signe de reconnaissance populaire et clownesque de son caractère. Cependant Cabiria s'efforcera d'évoluer, de s'éloigner de ce monde d'humiliés et d'offensés.

Les contradictions dans l'histoire humaine de Cabiria sont multiples. Tout d'abord dans la représentation des sentiments non partagés au coeur d'une réalité déshumanisée pour laquelle Fellini n'essaie nullement de recourir à des justificatifs sociologiques, inadaptés à sa sensibilité de narrateur, mais se contente de montrer, en l'inventant, l'âme double, bonne et mauvaise, de cette réalité, afin de parvenir à la conclusion suivante : que l'expérience ne sert à rien lorsque l'inconscient et l'amour se mettent à l'oeuvre. Et quand on parle d'amour avec un personnage comme Cabiria, il faut entendre un amour spécial qui découle de la nécessité d'avoir confiance en son prochain, une grâce laïque accomplie par le seul fait d'exister et de vivre ensemble. Soit l'amour de Cabiria pour Oscar, de Gelsomina pour Zampano. " En amour, tout se fait " - avoue ce petit personnage douloureux et confiant, qui existe à la manière du Charlot des Lumières de la ville ou de La ruée vers l'or.

                        Giulietta Masina. Carlotta Films

      

Giulietta est, à l'évidence, une authentique femme-clown. Avec elle, Fellini poursuit son exploration des ascendants populaires du cinéma, déjà à l'état embryonnaire dans le monde du cirque, son univers d'élection. Après La Strada, qui confère à Giulietta le statut de grande actrice, Les nuits de Cabiria vont lui assurer la consécration internationale et trois grands prix : ceux de la meilleure actrice au Festival de Cannes, puis de San Sebastian et le Nastro d'Argento. Elle sera ensuite la vedette de Juliette des esprits,  nouvel hymne d'amour de la part de son maestro de mari, mais elle s'accordera néanmoins une infidélité en tournant Fortunella avec Alberto Sordi en 1958. Au début des années 60, elle suspend ses activités pendant cinq ans et, après un bref retour dans La folle de Chaillot ( 1969 ) auprès de Katharine Hepburn, elle disparaît de l'écran et ne reviendra qu'en 1985 avec un nouveau succès signé Fellini : Ginger et Fred.

Une dizaine de films auront suffi pour qu'elle marque de son exceptionnel talent le cinéma italien. Qui pourrait oublier le visage enfariné et pathétique de Gelsomina ou celui de la petite prostituée des Nuits de Cabiria, ou encore la femme émouvante de Juliette des esprits ? Personne, je suppose, tant ils se sont imprimés en nous comme ceux du bonhomme à la canne et au chapeau melon. Giulietta mourra à Rome le 23 mars 1994 à l'âge de 73 ans, n'ayant survécu que quelques mois à son mari avec lequel elle forme pour l'éternité un couple indissociable.


Pour consulter les films où figure l'actrice, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

                                        

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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 10:44

 Caméra One Swashbuckler Films Action Gitanes

 

En 1917 durant la révolution mexicaine, Maria ( Claudia Cardinale ), la femme de Grant ( Ralph Bellamy ), riche propriétaire américain, est enlevée par le bandit mexicain Jesus Raza ( Jack Palance ). Pour la rechercher, Grant engage quatre professionnels avec la mission de la délivrer au plus vite. La poursuite s'engage et les professionnels parviennent à libérer Maria. On apprend alors que la jeune femme n'a pas été enlevée mais a fui un mari tyrannique. C'est à ce moment que l'un des professionnels, Dalworth ( Burt Lancaster ), resté à l'arrière, parvient à abattre les hommes de Raza et à blesser ce dernier. Grant tente ensuite de le faire tuer par son bras droit Hooper ( Darwin Lamb ), mais les professionnels s'interposent. Renonçant à l'argent qui leur avait été promis, ils protégent la fuite de Maria et de Raza, ayant compris que tous deux s'aimaient...

Tourné dans la "Vallé de la mort", qui avait déjà servi de cadre à Erich von Stroheim pour Les rapaces et à Antonioni pour Zabriskie PointLes professionnels ( 1966 )ont permis à Richard Brooks de retrouver Burt Lancaster, avec lequel il avait travaillé pour Elmer Gantry, ce qui avait valu à celui-ci l'Oscar du meilleur acteur, et à Lancaster d'avoir à nouveau pour partenaire Claudia Cardinale, qui se trouvait trois ans plus tôt ( 1963 ) auprès de lui sous les lambris du palais du prince Salina dans Le Guépard  de Visconti. C'est par ailleurs Maurice Jarre, le compositeur du Docteur Jivago, du Jour le plus long et de Lawrence d'Arabie , qui sera chargé d'écrire la musique, ajoutant un atout supplémentaire à ce western qui bénéficie déjà d'une excellente distribution et d'un décor grandiose. Ayant pour toile de fond une histoire somme toute assez conventionnelle, le film s'impose cependant grâce au traitement particulier que le metteur en scène lui applique et qui rend le scénario très convaincant. Tout d'abord les quatre professionnels engagés par Grant ne sont pas de simples héros monolithiques qui ne seraient présents que pour courir au secours d'une femme séquestrée par un bandit sans foi, ni loi. De même que Jesus Raza n'est pas le ravisseur sordide que l'on suppose, mais un authentique patriote, si bien qu'au fur et à mesure que l'intrigue se déroule, la situation initiale s'inverse, au point que Grant se révèle n'être qu'un despote local, menteur et antipathique, assez lâche pour être obligé d'engager des mercenaires afin de récupérer sa femme, alors que Raza nous apparaît  animé des mobiles les plus respectables.

" Dans les limites de leur action présente - déclarait Brooks - ces professionnels possèdent toujours les mêmes critères moraux et ne veulent pas les changer. Bien qu'ils n'aient plus été enrôlés dans la révolution, ils ont tâché de conserver ses valeurs de pureté, d'idéal, même dans leur métier de mercenaire. Ils pouvaient être "loués", mais ils devaient connaître le but de leur acte. Si c'était valable, ils étaient même prêts à perdre la vie. Si c'était un mensonge, ils se retireraient; se retourneraient même, comme cela se passe à la dernière minute. Ils préférent ne pas être payés que de trahir ce pourquoi ils s'étaient battus".

En définitive, ils partagent tous les quatre l'idéalisme et le courage de Raza et ont participé à des actions téméraires lors de la révolte mexicaine. Cette période troublée les a marqués dans leur chair et Fardan ( Lee Marvin ), l'un des quatre compagnons, a lui-même perdu sa femme, torturée et tuée par les troupes gouvernementales d'alors. Dolworth ne cache pas, par ailleurs, son admiration pour ces révolutionnaires indomptables et le personnage de Chiquita ( Marie Gomez ),  la "soldatera", qui lutte aux côtés de Raza, est l'un des plus émouvants du film. Dolworth sera obligé de lui tirer dessus sous peine d'être tué par elle, la blessant mortellement. Elle mourra dans ses bras. Il a d'ailleurs été un moment l'amant de cette impétueuse jeune femme à laquelle il avoue sa passion au moment où elle expire.
Ce film est donc l'occasion, pour le réalisateur, de s'interroger sur le sens des révolutions. A Ehrengard ( Robert Ryan ), l'un des mercenaires, qui demande : Qu'est-ce que faisaient les Américains dans la révolution mexicaine ? - Dolworth répond : - Peut-être qu'il n'y a qu'une révolution. Toujours la même ". Quelques scènes plus tard, le même Dolworth, évoque avec Raza, qu'il affronte néanmoins, ces révolutions qui deviennent des causes perdues lorsque les politiciens remplacent les patriotes. "La révolution n'est plus alors la déesse des débuts, mais une vulgaire putain" - dit-il - précisant ainsi la pensée de l'auteur.

C'est bien dans cet esprit que Richard Brooks a composé et dirigé Les Professionnels. Ce film  - ajoutait-il - n'est autre que l'histoire d'hommes en lutte contre leur époque. Les quatre hommes se réunissent pour prouver qu'ils peuvent encore avoir leur utilité. Ils ont participé autrefois à une grande cause. Ils n'y appartiennent plus aujourd'hui". C'est la raison pour laquelle ils en cherchent une nouvelle à servir. En laissant partir Maria et Raza, que font-ils d'autre ? - sinon  leur devoir de patriotes et d'honnêtes hommes, selon le vieux code d'honneur que, l'Amérique, livrée aux politiciens et aux causes marchandes, ne semble plus, désormais, en mesure de respecter. Telle est du moins la conclusion d'un film réussi qui compte parmi les meilleurs westerns hollywoodiens.

 

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Pour lire l'article consacré aux grands maîtres du western cliquer sur son titre :

 

LES GRANDS MAITRES DU WESTERN

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont la plupart des westerns, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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