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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 10:08

Hannah Herzsprung. EuropaCorp Distribution       VIDEO  

 


Y a-t-il quelque chose de nouveau dans le 7e Art ? Oui, le cinéma allemand qui revient en force et, s'il poursuit sur sa lancée, s'apprête à ressusciter en 2010 le cinéma des années 20 où il brillait de mille feux aux frontons des salles de spectacle. C'est, en effet, une véritable renaissance qui s'amorce avec des films de la qualité de Good Bye, Lenin( 2003 ), La Chute  ( 2004 ), La vie des autres  ( 2007 ) et, plus récemment encore, de  Libre arbitre  de Matthias Glasner et  De l'autre côté  de Fatih Akin. Sorti il y a une quinzaine de jours,  4 minutes  de  Chris Kraus  nous offre une oeuvre d'une authenticité et d'une profondeur à mi- chemin entre le film d'auteur et la mainstream*, cela malgré un budget poids plume et sur un sujet redoutable à envisager si on ne veut pas sombrer dans le pathos, ce que le cinéaste a su éviter avec maîtrise. Jusqu'à ces tout dernières années, le cinéma teuton ne représentait que 9% des films habituellement projetés en Allemagne ( la plus grande part revenant au cinéma américain ); il est actuellement en hausse continue et atteint le chiffre de 30%. Les salles sont à nouveau fréquentées par un public qui se passionne pour son 7e Art national et a repris confiance à la suite des succès de Good Bye, Lenin ! et  La vie des autres, ce dernier ayant remporté aux Etats-Unis l'Oscar du meilleur film étranger. 4 minutes est déjà distribué dans 30 pays et recueille des critiques favorables ; ce, pour diverses raisons : d'abord l'intérêt du sujet et la qualité recherchée et assez sophistiquée de la mise en scène ; ensuite pour le jeu extraordinaire des actrices principales, duo percutant qui force l'admiration, ainsi que pour la musique dans laquelle le film baigne et qui n'est autre que son élément constitutif.

D'autre part, signe supplémentaire d'optimisme pour les Allemands, les studios de Babelsberg, créés en 1911 et qui furent le lieu de tournage légendaire du Metropolis de Fritz Lang et de Nosferatu de Murnau, plus récemment du Pianiste de Polanski et du Stalingrad  de J. Jacques Annaud, ont repris du service, après s'être dévoyés sous le nazisme et endormis sous le communisme, et voient affluer des metteurs en scène du monde entier qui se plaisent à tourner dans la banlieue de Berlin. Si bien qu'en cette décennie, ce n'est pas seulement quelques réalisateurs qui émergent mais un véritable vent de renouveau qui souffle, surtout depuis la réunification et la détermination du peuple allemand à affronter lucidement les fantômes de son passé. Dans ce domaine, le triomphe de Mon Führer  de Dani Levy ( en France le 12 mars prochain ) est révélateur et donne l'occasion au décapant sens du comique juif allemand, qui avait été neutralisé par la Seconde Guerre mondiale, de réapparaître.

                   Hannah Herzsprung et Monica Bleibtreu. Kordes & Kordes Film


Mais revenons à 4 minutes qui ne donne pas précisément dans le registre comique, tant s'en faut, mais se présente comme un tête à tête implacable et révélateur entre un professeur de piano octogénaire, plutôt acariâtre, qui dispense ses cours dans une prison pour femmes et une détenue suicidaire et surdouée. Depuis un demi-siècle, cette enseignante est restée attachée à cette prison, car sa vie de soliste s'est arrêtée en 1945 sur un secret non avoué. Losqu'elle fait la connaissance de Jenny, une jeune femme violente et incontrôlable, âgée d'une vingtaine d'années, qui possède un don pianistique hors du commun, elle reprend goût à transmettre et souhaite la préparer au concours d'entrée au Conservatoire, malgré le peu d'enthousiasme de la jeune délinquante. Peu à peu, au rythme de Mozart, de Beethoven, de Schumann, de Schubert, les deux femmes vont finir par s'apprivoiser et accepter de regarder leur passé respectif lourd de silence et de refoulement. Chris Kraus a réalisé là une oeuvre magnifique malgré quelques maladresse, que l'on oublie vite, tant la dramaturgie est puissante et les thèmes abordés nombreux : réalité contemporaine, fantômes du nazisme, fable sociale, troubles de la jeunesse, homosexualité, fidélité et trahison ; oui, le cinéaste ne craint pas de les traiter avec courage, même s'ils plombent un peu le narratif, reproche que l'on peut lui adresser, en effet. Quant à la distribution, elle est excellente, mais il faut s'attarder sur le jeu prodigieux de Hannah Herzsprung et Monica Bleibtreu qui nous font assister à un face à face d'une suffocante intensité. Le réalisateur a d'ailleurs noté à ce propos :

 " Ce film est un duel. Je l'ai voulu comme un western moderne, qui joue sur les contrastes entre la tristesse de la claustration et la liberté absolue née de la musique. (...) Mes parents désespéraient de faire de moi un petit Mozart ! J'ai pris des cours de violon, de flûte, de piano, sans succès. Puis j'ai fait un rejet de la musique. Le personnage de Frau Krüger est sans doute une construction inconsciente née de ces frustrations enfantines ".

Frustation ou pas, Chris Kraus a su orchestrer un film que l'on ne peut oublier, qui donne à réfléchir et à entendre, et dont les partitions sont superbement interprétées, car dirigées de main de maître, jusqu'aux quatre dernières minutes où la musique ne se contente pas d'apaiser, mais se révèle capable de faire sortir de sa léthargie une société somnolente.


* auteur sorti des sentiers battus

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 


                    Hannah Herzsprung et Monica Bleibtreu. Kordes & Kordes Film

 

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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 09:37
L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE de JOHN FORD

          
L'histoire commence à Shinbone, une petite ville de l'Ouest, où le sénateur Stoddard ( James Stewart ), homme distingué et orateur accompli, vient assister, avec sa femme Hallie ( Vera Miles ), aux funérailles d'un certain Tom Doniphon ( John Wayne ). C'est l'occasion pour lui de raconter son histoire à des journalistes et de leur dire comment, et dans quelles circonstances, il a pu accéder au poste envié et respecté de sénateur. Nous voilà plongés quelques années en arrière. Ramson Stoddard n'est alors qu'un jeune avocat de l'Est désargenté qui cherche à se faire un nom dans les territoires de l'Ouest. Mais tandis qu'il approche de Shinbone, sa diligence est attaquée par un certain Liberty Valance ( Lee Marvin ), une brute redoutable qui fait régner la terreur dans toute la région. Ramson, fouetté et humilié au cours de ce guet-apens, se jure qu'il aura sa revanche et s'installe dans la petite ville où il est soigné par Hallie et fait la connaissance de Tom Doniphon. Ce dernier lui enseigne la loi de l'Ouest qui n'est autre que celle du plus fort. Par la suite Stoddard provoque Liberty Valance en duel et le tue. Hallie, qui était la fiancée de Tom, voyant en lui un preux chevalier, accepte de l'épouser, laissant Tom noyer sa peine dans l'alcool. Plus tard Ramson apprendra que c'est en réalité Tom qui a abattu Liberty Valance parce qu'il tirait plus rapidement et mieux. Mais la réalité est restée voilée et la légende ayant pris le dessus, personne n'est plus jamais revenu sur cet événement et Tom est mort oublié de tous, n'ayant jamais connu le respect, l'amour et la reconnaissance. C'est ainsi que Ramson Stoddard devait sa notoriété à une imposture.

 

Le film n'est pas seulement un chef-d'oeuvre signé Ford, c'est, de nos jours, une pièce maîtresse de la culture américaine, une méditation sur le sens de  son histoire, un poème testament entre faits réels et interprétations héroïques.  Avec cet avant-dernier film, Ford nous livre une réflexion désenchantée et crépusculaire de l'Ouest, là où la légende finit toujours par être plus forte que la réalité, où la mystification l'emporte sur la vérité, ce qui donne au réalisateur l'occasion d'approfondir la mise en place des justifications imaginaires de la réalité. Comme s'il était tenu de marquer d'emblée le ton et le style,  John Ford opta pour le noir et blanc, ainsi qu'il l'avait fait quatre ans plus tôt pour The last Hurrah ( La dernière fanfare ), autre méditation sur la notoriété, la vieillesse, le pouvoir et la mort. Et il utilise volontairement et à six reprises le thème musical d'Ann Rutledge composé par Alfred Newman, de même qu'il construit son oeuvre autour d'un long flash back, ce qui ne lui est pas habituel.



Romanesque dans la description des rapports entre Hallie et Doniphon, l'homme qu'elle quittera pour Stoddard, truculent dans les séquences décrivant les réunions électorales, ce long métrage permet en outre à son auteur de montrer une même scène sous des angles différents. Ainsi  il y en a une qui laisse croire que Stoddard a bien tué Liberty Valance et une autre, quelques instants plus tard, qui infirme cette vérité et dévoile, grâce à un cadrage reprécisé, ce qui s'est réellement passé. Rarement Ford, qui rejoint ici Hitchcock, n'est allé aussi loin dans l'usage des possibilités ambivalentes de l'art cinématographique. Variation subtile sur les apparences et les erreurs qu'elles peuvent engendrer, L'homme qui tua Liberty Valance ( 1961 ) a été tourné presque exclusivement en studio, symbolisant une fausse réalité, plutôt que dans les grands espaces californiens dont on sait combien ils étaient chers à John Ford. Remarquablement interprété par un James Stewart parfait, un John Wayne véritable héros de cette histoire nostalgique dont ce sera le dernier film avec le metteur en scène, il fait également la part belle à Lee Marvin campant un bandit outrageusement colérique qui crève l'écran et se montre extraordinaire de réalisme et de cynisme. Et puis autre particularité du film,  il est l'adieu au western d'un maître incontesté du genre.

 

5-etoiles

 

Pour lire les articles consacrés aux grands maîtres du western, à John Wayne et James Stewart, cliquer sur leurs titres :


LES GRANDS MAITRES DU WESTERN       

JAMES STEWART - PORTRAIT       

JOHN WAYNE

 

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L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE de JOHN FORD
L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE de JOHN FORD
L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE de JOHN FORD
L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE de JOHN FORD
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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 10:04

Equation

                                              
                                                  BANDE ANNONCE

 

Au début du XVIe siècle, alors que la dynastie Chosun est en place et règne avec autorité, une troupe de comédiens, pour s'attirer les faveurs du public, se prête à des bouffonneries cocasses qui mettent en scène les relations du roi et de sa favorite, ainsi que les ministres de la cour. Arrêtée sur ordre d'un conseiller royal, celle-ci est amenée au palais et obligation lui est faite de provoquer l'hilarité de sa majesté, si elle veut assurer sa survie. Grâce à l'habileté de Jang Seng et au charme ambigu de l'eunuque Gong Gil, qui a toutes les grâces d'une jeune fille, le roi rit et la troupe est épargnée et invitée à résider  sur place, afin que, dorénavant, elle s'emploie à tromper l'ennui du souverain. 


King and the Clown, du cinéaste Sud- Coréen  Lee Jun-Ik, est l'adaptation cinématographique d'une comédie musicale et le film ne fait que reprendre, mais de quelle façon ample et fastueuse, le genre de la comédie musicale ( le fond sonore est d'ailleurs très agréable ), tout en adoptant un style plus grave, voire dramatique, de façon à proposer un message circonstancié sur le pouvoir institutionnel ( nous ne sommes pas loin de la Corée du Nord et de son effrayante dictature )  et le contre-pouvoir de l'imaginaire, sur la violence du vécu et la puissance fictive de l'espéré... Dès l'épilogue, le réalisateur se réfère aux chroniques royales de la dynastie Chosun qui relataient fidèlement les faits et gestes de chacun des rois qui se succédèrent pendant plusieurs siècles ( on  parle de 24 suzerains de la même lignée). Le roi ,qui est dépeint dans le film, a la triste réputation d'être cruel, violent et immoral. En définitive, il m'est apparu davantage comme un immature, un grand enfant capricieux, égocentrique et tyrannique, un personnage trouble et troublant, marqué, dès l'enfance, par la mort de sa mère empoisonnée par un haut dignitaire sur ordre de son époux, que comme un tout-puissant suzerain. A la suite de ces drames familiaux, il est resté un être éternellement  insatisfait, jouisseur, inconscient, donc incapable de se gouverner lui-même et, à plus forte raison, de gouverner son pays de manière responsable. Il est le jouet de son entourage et donc un homme sous influence, qui sera détrôné en 1502, à la suite d'une subversion aristocratique, pour ses brutalités et ses erreurs. Cet événement est d'ailleurs suggéré dans le final, où une image met en scène les comédiens s'élevant dans le ciel grâce à des pirouettes acrobatiques, tandis que le palais est envahi par une foule déchaînée.

 

Ce film, d'un esthétisme raffiné, qui se présente comme une réflexion sur le pouvoir politique et le pouvoir de l'art, l'un et l'autre mis en concurrence de façon habile et pertinente, joue magnifiquement de la couleur, des paysages, des ciels, des visages, mêle la farce et le drame, la comédie et la tragédie, sans aucune fausse note, tandis que se jouent mutuellement et, comme sous l'effet d'un double miroir réfléchissant, les tenants du pouvoir et les acteurs de cette commedia dell'arte. Il est, par ailleurs, intéressant à plus d'un titre : tout d'abord parce qu'il nous permet de découvrir le théâtre burlesque coréen dans lequel s'associent harmonieusement le mime, le chant, les marionnettes, les numéros d'équilibriste, les acrobaties diverses et qu'il nous fait entrer dans le vif de l'existence d'une petite troupe de saltimbanques trop souvent victime des exigences d'un directeur autoritaire qui n'hésite pas à prostituer certains de ses acteurs et à oser des insolences audacieuses pour de l'argent. Ensuite, parce qu'il nous peint de façon minutieuse, et idéalement chamarrée, la vie de la cour dans la Corée du début du XVIe, où le faste est grand, la vie réglée au détail près et où le souverain n'est, en fin de compte, qu'un être soumis, non seulement aux lois édictées par ses ancêtres, mais aux intrigues et malveillances manigancées par ses ministres corrompus. Enfin, parce qu'il aborde avec pudeur le thème de l'homosexualité masculine ( ce qui n'est pas courant en Corée du Sud ) à travers le personnage émouvant, tendre et faible de Gong Gil, être asservi doublement par sa nature physique et sa position sociale. Il semble d'ailleurs que sa destinée ne cesse de lui échapper et qu'il est le jouet, tout ensemble, du roi qu'il charme et envoûte et de Jang Seng qui l'aime et entend le protéger des fantasmes royaux. Alors que cette troupe parcourait tranquillement les villes du pays en interprétant des pièces et en se livrant à des pitreries et acrobaties,  leur sort bascule dangereusement lorsqu' ils sont repérés par un dignitaire et où, pour sauver leur peau, ils se voient dans l'obligation de devenir les amuseurs du palais et sont exposés aux foucades et aux imprévisibles caprices du souverain.


                    Equation

King and the clown s'affiche aujourd'hui comme un succès sans précédent au box-office coréen. On ne s'en étonnera pas si l'on sait l'engouement, respectable ô combien ! de la Corée du Sud pour son passé et sa culture, d'autant  que ce film procède à une reconstitution magnifique de la Corée moyenâgeuse avec ses costumes, ses décors, ses fastes et aussi ses bouges, ses moeurs ; monde tantôt bigarré et grouillant, tantôt somptueux et figé et, ce, grâce à une photographie maîtrisée et une direction d'acteurs ( ils sont tous éblouissants ) magistrale. King and the clown est une fresque grandiose qui ajoute à sa réussite esthétique un message sur les ambiguïtés du pouvoir et  le sens de nos vies : est-il possible d'échapper aux règles qui régissent les sociétés ? Il semblerait que Lee Jun-ik n'en soit pas convaincu,  mais qu'il reconnaisse à l'homme en mesure d'assumer sa différence comme le cap'taine, tour à tour grossier, jovial mais loyal et responsable de ses choix et de ses engagements, une supériorité indiscutable en comparaison d'un serviteur de l'Etat contraint et soumis aux impératifs de sa charge. A la fin le cap'taine, devenu aveugle, dira qu'il voit désormais mieux qu'avant, parce qu'il n'est plus ébloui par l'or et les apparences.

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 00:00

      1922 - 2000

 

                                   VIDEO


Vittorio Gassman est l'un des grands acteurs italiens qui a marqué de sa présence et de son talent le 7e Art transalpin, au même titre qu'un Marcello Mastroïanni, un Ugo Tognazzi ou un Nino Manfredi. Né à Gênes le 1er septembre 1922 d'un père autrichien et d'une mère florentine, il s'inscrivit très jeune à l'Accademia Nazionale d'Arte Drammatica de Rome après avoir taté d'un peu de droit à la Faculté. D'emblée, il se démarque par une forte présence scénique et un fougueux tempérament qui allie insolence et panache, qualités qui lui vaudront le surnom de "mattatore" ce qui signifie "le tueur" en français. Sur scène, il s'impose sans peine,  grâce à un physique certes avantageux, mais surtout par une personnalité à multiples facettes qui lui permet d'ambitionner aussi bien les rôles romantiques que la comédie et les personnages cyniques où il excelle. Il fait bientôt la connaissance de Luchino Visconti qui le mettra en scène dans des oeuvres de Shakespeare et de Pasolini, alors que le cinéma lui fait déjà des avances et, qu'en 1945, il débute dans un film de Carlo Alberto Felice : Rencontre avec Laura qui ne laissera pas un souvenir impérissable.  Par la suite il tournera dans plus de 130 films en véritable maestro qui règnera sur cinquante ans de cinéma italien, sans pour autant renoncer au théâtre.  

 

                     Ettore Scola et Vittorio Gassman.

                                                            avec Ettore Scola


En 1949, il partage l'affiche de Riz Amer avec Silvana Mangano, un drame qui se déroule dans l'Italie de l'après-guerre et brosse le tableau d'ouvrières travaillant dans les rizières de la plaine du Pô. Marié durant quelques années à l'actrice Shelley Winters, il fait une courte incursion dans le cinéma hollywoodien et apparaît dans   Guerre et Paix ( 1956 ) de King Vidor auprès d'Henry Fonda, de Mel Ferrer et de la délicieuse Audrey Hepburn. De retour dans son pays, Gassman se révèle pleinement dans Le Pigeon  ( 1958 ) de Mario Monicelli qui marque d'une pierre blanche le début de la comédie italienne, faisant suite aux films graves de l'après-guerre, satire des moeurs de la petite et moyenne bourgeoisie. Fréquemment employé pour interpréter des rôles de traite, Vittorio Gassman se plait à divertir et la palette des personnages composites, qu'il a incarnés avec un naturel époustouflant, est impressionnante. En 1962 il crève l'écran auprès de Jean-Louis Trintignant dans Le fanfaron de Dino Risi où il s'impose comme un atout majeur  du cinéma italien.


Un moment marquant de sa carrière sera Parfum de femme ( 1974 ), toujours de Dino Risi qui sait superbement l'utiliser et qui lui méritera un prix d'interprétation au Festival de Cannes. Cette même année, faste entre toutes, la sortie de Nous nous sommes tant aimés, le chef-d'oeuvre d'Ettore Scola, contribue également à faire de lui une vedette internationale appréciée des cinéphiles. Avec Scola, il poursuivra sa participation en jouant dans La terrasse, portrait au vitriol d'une poignée d'intellectuels, puis dans La Famille ( 1986 ) et enfin  Le Dîner ( 1998 ), son avant dernière apparition sur le grand écran. Cet immense acteur, qui pouvait tout faire avec humour, émotion, lyrisme et séduction, s'éteint à Rome le 29 juin 2000, laissant une trace indélébile dans l'histoire du 7e Art.

 

 

 

imagesCA8JSEN4.jpg Vittorio-Gassman.jpg

 

Pour lire les critiques des films où figure l'acteur dont Riz amer, Nous nous sommes tant aimés, Parfum de femme et Le fanfaron, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

                    Vittorio Gassman. Mars Distribution

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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 10:36

                       United International Pictures (UIP)

                                                                   



Master and Commander  ( De l'autre côté du monde en français ) de Peter Weir est un film d'aventure marine chevaleresque, dans la grande tradition des combats navals, qui relate un fait de l'histoire maritime commune entre la perfide Albion et la marine française. Cette fresque magnifique raconte la poursuite de deux navires ennemis au temps des guerres napoléoniennes, où l'on voit un commandant anglais prendre en chasse le navire Acheron et le poursuivre sans relâche jusqu'à l'affrontement final, l'abordage époustouflant de réalisme où le capitaine français perdra la vie et son équipage sera fait prisonnier, du moins ceux qui auront survécu.
Deux personnages centraux : le capitaine Jack Aubrey ( Russell Crowe ) au physique, à la carrure de l'emploi, le héros plus vrai que nature, impulsif, sanguin, volontaire, suscitant l'admiration et le respect par sa compétence, mais surprenant  de par sa sensibilité dissimulée sous l'indispensable autorité que nécessite son commandement. Le chef vers lequel les yeux se tournent pour y quêter l'exemple et affermir son courage. Quant au second personnage, il s'agit du médecin de bord Stephen Maturin ( Paul Bettany ), le naturaliste, le chercheur posé, intériorisé, humain, l'intellectuel, musicien de surcroît comme son capitaine, avec lequel il aime jouer lors de leurs rares moments de liberté, sensible certes, mais de même envergure que ces marins trempés dans l'acier lorsqu'ils sont confrontés à l'adversité. Entre eux deux, une amitié forte, faite d'admiration et d'estime, d'autant que la musique est un lien supplémentaire qui les unit par-delà les exigences de leur vie aventureuse et leur permet de prendre, pendant quelques instants, leurs distances avec les fureurs de la guerre et la cruauté des éléments. La beauté et la force du film résident en partie dans la relation entre ces personnalités très différentes mais unies par un destin partagé, où l'un chérit la connaissance et la modération et explore les mystères de la vie dans l'espoir d'en débusquer les secrets, tandis que l'autre entend embrasser son honneur et se plait à bourlinguer et guerroyer sur les océans pour la grandeur de sa nation. 

 

 

                    Russell Crowe. United International Pictures (UIP)

 


Filmé de façon quasi documentaire, il nous livre une imagerie superbement animée de la vie à bord d'un navire de guerre du XIXe siècle, exaltant la bravoure de l'équipage, exhalant l'odeur de poudre et nous renseignant de façon précise sur les petites joies mais aussi les moments de doute et de désespoir, les amputations, le scorbut et la rudesse terrible des attaques navales et de la vie au milieu des flots déchaînés. Le réalisateur nous propose, en effet, une galerie de personnages captivants et complexes, remarquablement crédibles et, ce, des jeunes mousses aux sous-officiers et officiers qui sont campés avec vigueur et conviction et excellemment interprétés dans une succession de scènes hautes en couleur et habilement cadrées. D'ailleurs, ce long métrage est une suite de tableaux superbes, d'une qualité rare, inspirés de la peinture néo-classique, tantôt nimbés par les vapeurs d'eau, tantôt par la fumée des canons, lors des scènes de combat. Nous sommes dès le début du film, embarqués, tant est puissante l'évocation des faits et actions, grande la beauté des images, normale la vie qui s'organise en notre présence. L'oeuvre dégage une sollicitation telle que nous avons l'impression d'être les témoins privilégiés d'une aventure qui nous concerne,  nous bouleverse et nous prend à l'estomac. Mieux encore, le tour de force de cette narration est qu'aucun sentiment de vengeance ou de haine ne transpire. Chacun est là pour exécuter une tâche, remplir un devoir, honorer un engagement et s'y emploie sans barguigner, à l'exception de l'un d'entre eux qui préférera se suicider, lorsqu'il s'apercevra qu'il n'est pas en mesure de faire face à ses responsabilités. Par contre, le cadet le plus jeune force notre admiration par sa maturité, son sang-froid et son courage, digne fils et petits-fils d'une lignée de grands capitaines, quand il subit l'amputation d'un bras à vif sans émettre une plainte et retourne aussitôt à sa tâche.
Voilà un film qui nous donne à voir et à vivre l'une des plus belles pages de l'histoire maritime et s'y consacre avec un art consommé du détail, une richesse de reconstitution stupéfiante et une ferveur communicative. A se procurer en DVD. 


4-e-toiles


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                   Russell Crowe. United International Pictures (UIP)


 

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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 10:26
ALAMO de JOHN WAYNE

                                                                                     

Il aura fallu dix ans et une énergie peu commune à John Wayne pour qu'il puisse porter à l'écran le projet qui lui tenait à coeur depuis longtemps : le siège de Fort Alamo, l'une des pages de gloire de l'histoire américaine, que ce patriote fervent avait le désir de réaliser. Dès 1950, il avait cherché à y intéresser Herbert J. Yates, le patron de Republic Pictures avec, pour interprète principal, l'acteur Johnny Weissmuller. Mais les hommes ne parvinrent pas à s'entendre et se séparèrent, Yates produisant pour sa part une version " bon marché " du scénario, réalisé en 1955 à moindres frais par Frank LLoyd et William Witney, avec pour titre français : "Quand le clairon sonnera". Quant à John Wayne, nullement découragé par cet échec, il continua à travailler avec obstination sur son projet, persuadé qu'il y avait place pour une reconstitution plus ambitieuse. Il prit alors la décision de s'investir financièrement dans "Alamo", se réservant le rôle secondaire, mais les Artistes Associés, avec lesquels il finit par passer contrat, exigèrent que ce soit lui et lui seul qui tienne le rôle le plus important, afin d'assurer la réussite commerciale de l'entreprise. C'est ainsi que Wayne devint le colonel David  (Davy Crockett ). Pour lieu de tournage, il choisira  Brackeville au Texas et pour parfaire cette fresque grandiose, louera 1500 chevaux et aura recours aux services d'un ex-sergent des Marines, vétéran des films de John Ford, Jack Pennick, de manière à instruire militairement les 4000 figurants. Il fit en sorte de disposer de tous les atouts nécessaires, ayant pour cette réalisation une détermination farouche, un enthousiasme qui ne l'était pas moins et une disponibilité de tous les instants.

                      


" Avant même qu'un pied de pellicule ne soit impressionné - écrira Maurice Zolotow dans Shooting Star - plus de deux millions de dollars avaient été dépensés ". La nourriture de la véritable armée réunie par John Wayne coûtera à elle seule 250.000 dollars. L'acteur fut obligé d'hypothéquer ses biens personnels pour subvenir aux dépenses d'un tournage de plus en plus onéreux. Le coût total du film atteindra 12 millions de dollars pour 81 jours de travail. Plus passionné que jamais, Wayne déclarera : " C'est un sacré bon film, une vraie page d'histoire américaine, le genre de films dont les gens ont besoin, plus que jamais ". Mais le public, toujours versatile, ne suivra pas comme l'avait tant espéré l'acteur et ce dernier ne récupérera son coût de production que beaucoup plus tard, lorsque les droits seront achetés par la télévision.

 

Pourtant "Alamo" est une réussite. Et d'abord un coup de maître de la part de John Wayne qui endosse avec une incontestable aisance les rôles conjugués de producteur, réalisateur, metteur en scène et interprète et, ce, avec un brio et une compétence qui forcent l'admiration. Les séquences de bataille, dont les cascades avaient été mises au point par Cliff  Lyons, sont admirablement ordonnées et possèdent une grandeur tragique. Il est difficile, par ailleurs, d'oublier la mort de Travis, tué d'une balle ; de même que celle de David Crockett qui, mortellement blessé, se fait exploser avec les réserves de poudre ; il y a là beaucoup d'héroïsme et de grandeur et une suite de combats réalistes qui prouvent l'ardeur et le courage de ces hommes qui, de part et d'autre, s'affronteront à la loyale.

 

1836, le Texas n'est alors qu'une province du Mexique et entend proclamer son indépendance. Mais à cette époque, l'armée texane, dirigée par le général Sam Houston ( Richard Boone ), n'est pas encore prête et celui-ci demande alors au colonel Travis ( Laurence Harvey ) de tenir coûte que coûte Fort Alamo, siège d'une ancienne mission, qui se présente comme une sorte de verrou sur la route où s'est engagé, avec une armée de 7000 hommes, le dictateur mexicain Santa Anna ( J. Carrol Naish ). Si bien que la défense s'organise et que 185 braves sont prêts à se sacrifier pour que le Texas se libère du joug mexicain. L'armée mexicaine investit la place, ne laissant partir que les femmes et les enfants, tandis que les défenseurs apprennent que les renforts, sur lesquels ils comptaient, ne viendront pas et qu'ils doivent dorénavant envisager le combat seuls, de façon à retarder, autant que faire se peut, l'avancée des Mexicains.

 

Voilà l'histoire édifiante que John Wayne voulait offrir à son pays et, en même temps qu'une leçon de courage, rendre hommage à ceux qui avaient donné leur vie pour que les hommes de leur pays puissent un jour y vivre libres. Il a fait en sorte que cette épopée soit, tout ensemble, une fresque spectaculaire et la description sensible et minutieuse d'un groupe d'hommes lié par un semblable idéal, que les événements condamneront à un destin tragique et glorieux. Depuis lors, ce film, d'une durée de 2h 47, s'est inscrit dans la lignée des grands classiques du western.

 

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ALAMO de JOHN WAYNE
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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 10:09

Studio Canal                      


Après Orgueil et Préjugés,  Reviens-moi,  le dernier opus d'un jeune cinéaste de 35 ans, présenté en ouverture à la Mostra de Venise, s'inspire d'une oeuvre littéraire - ce qui est de plus en plus courant dans le cinéma actuel - et est interprété par une Keira Knightley  lumineuse, déjà la vedette de la précédente réalisation, ce qui fait que le cinéaste, la connaissant bien, a su tirer le meilleur d'elle-même. Cette fois, Joe Wright a porté son choix sur Atonement ( en français expiation, titre que le film aurait dû conserver ) de Ian MacEwan, oeuvre introspective romanesque et romantique qui se déroule dans l'Angleterre encore puritaine de l'entre-deux-guerres et explore la conscience humaine autour de deux thèmes : la culpabilité et l'expiation. 


Tout se joue en une journée torride au coeur d'une propriété victorienne où Brionny, qui veut se consacrer à la littérature, épie sa soeur aînée Cecilia qui vit auprès de Robbie, le fils de la cuisinière, une passion amoureuse. Un geste équivoque, mal interprété par cette fillette de 13 ans, sera à l'origine d'un drame familial qui, en brisant leur vie, entraînera les principaux personnages vers un destin tragique. Ainsi est-on plongé dans un théâtre des apparences qui conduit le film à être le révélateur des interprétations diverses et complexes des protagonistes. La caméra ( principalement dans la première moitié du film ) s'attarde à nous livrer la vision personnelle de chacun d'eux par un recours un peu excessif aux flash-back, afin de nous prouver que chacun ne voit jamais de l'existence que ce qu'il veut bien en voir. La subjectivité est ici un prisme qui modifie en permanence la nature des choses.

 

                     Keira Knightley. Studio Canal


Film d'une grande intensité romanesque, Reviens-moi met en scène trois personnages dont l'un d'eux ne nécessitera pas moins de trois actrices pour l'incarner dans trois périodes différentes de sa vie : à 13 ans, lorsque tout va basculer, Brionny a les traits de la jeune Saoirse Ronan d'une maturité et d'une présence extraodinaires ; ensuite ceux de la délicieuse Keira Knightley qui a travaillé le rôle de façon à rendre la métamorphose aussi crédible que possible, reprenant des attitudes, des expressions de la jeune Saoirse ; enfin, au crépuscule de sa vie, ils seront ceux très poignants de Vanessa Redgrave. Ce film est donc essentiellement féminin, bien que la guerre de 39/45 soit présente, guerre à laquelle le jardinier Robbie Turner ( James McAvoy ) participera malgré lui, seul personnage aimable et victime sacrifiée aux perfides stratagèmes d'une enfant exaltée et fabulatrice. 

 

                    Keira Knightley. Studio Canal  James McAvoy. Studio Canal


A l'intimité feutrée et manquant de dynamisme de la première moitié du film,  succède, comme un chapitre très différent, une seconde moitié traitée de manière à ouvrir l'écran sur un monde en plein conflit mondial, si bien qu'après le huit-clos du château victorien, nous plongeons en plein coeur de la drôle de guerre et assistons à l'embarquement de troupes alliées à Dunkerque, ce qui a obligé le réalisateur à faire appel à deux mille figurants, démesure inattendue dans un film qui s'amorçait sur un registre tout autre :  l'analyse des états d'âme. Esthétiquement, la mise en scène est parfaite et compense certains défauts inhérents à des scènes trop languissantes vers le milieu du film, ce qui autorise le cinéaste à renouer avec un rythme plus rapide et à redonner une densité complexe et énigmatique à cette oeuvre qui joue sur les variations  sentimentales de la nature humaine. A recommander aux amateurs de romanesque.

3-e-toiles


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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 12:22

                          Valeria Bruni Tedeschi. Wild Bunch Distribution


                                                                     BANDE ANNONCE

 


Pour ce second long métrage en tant que réalisatrice, Valeria Bruni Tedeschi a atteint son objectif de nous sensibiliser, avec un mélange de fantaisie et de compassion, aux sentiments qui peuvent tout à coup bouleverser l'existence d'une femme de 40 ans qui prend conscience qu'elle a passé le plus clair de son temps dans l'illusion, car jouer est un leurre ; il y a donc soudain face au jeu, le JE du soi qui  réapparaît et remet tout en cause. Contrairement à Rimbaud qui affirmait que Je est un autre, Valéria Bruni Tedeschi opte pour la thèse opposée : l'autre s'est emparé du Je au point de le mutiler, étant donné que l'acteur est sans cesse contraint de se quitter pour être l'autre.

 

                      Valeria Bruni Tedeschi et Louis Garrel. Wild Bunch Distribution


Et d'ailleurs, que sait-on des actrices, ces femmes un brin exhibitionnistes dont le métier est d'impressionner la pellicule, même si celles d'aujourd'hui s'efforcent de plus en plus de ressembler à Madame-tout-le-monde ? Par ailleurs, le succès est-il incompatible avec le bonheur ? Faut-il avoir tout connu pour être une actrice tout terrain et est-ce un atout supplémentaire que de cacher dans sa besace quelques vieilles névroses qui vous aideront à élargir l'éventail de vos émotions ? Ces interrogations sont posées dans Actrices de Valeria Bruni Tedeschi qui sait d'autant mieux ce dont elle parle, qu'elle est passée par la case actrice - ce qu'elle est toujours, même dans ses propres films - avant de prendre pied dans celle de réalisatrice. Sorte de Woody Allen à la française, elle nous brosse le portrait d'une comédienne de talent en manque de maternité avec une réelle justesse d'observation, une angoisse pleine d'allégresse et un sens inné de la loufoquerie ; en quelque sorte une folie douce qui n'en est pas moins empreinte de la gravité que l'on peut circonscrire par ces quelques mots : assez jouer, soyons.

 

Ouvrant subitement les yeux sur les sacrifices qu'elle n'a cessé de consentir pour devenir une star, Marcelline ( en hommage à Marcello Mastroïanni ) s'aperçoit qu'elle n'a pas de vie personnelle, pas de mari, pas d'enfant, alors que se profile l'échéance de sa quarantième année. Serait-ce trop tard ? La panique se saisit d'elle devant cette existence qui lui semble gâchée, alors qu'elle amorce les répétitions d'une pièce de Tourgueniev " Un mois à la campagne " dans le rôle de Natalia Petrovna. Est-elle cette héroïne d'un passé déjà aboli ou une femme encore jeune qui a laissé filer le temps sans rien bâtir par elle-même et pour elle-même ? Tourné presque en totalité au théâtre des Amandiers, afin de rendre plus oppressant et réel un sentiment d'enfermement et de claustration, ce long métrage est une réussite qui ne cède à aucun moment au pathos. Préservé de ce danger par l'intelligence, la drôlerie, l'auto-dérision, cette tragi-comédie pleine d'ironie et d'impertinence, roborative au possible, se révèle être un formidable coup de dé et coup de fouet. On la regarde avec jubilation tellement elle touche juste et raconte vrai. A ne pas manquer.


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                Valeria Golino et Valeria Bruni Tedeschi. Wild Bunch Distribution

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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 11:04

                      Buena Vista International

                                                               BANDE ANNONCE

                                                                   

Gone, Baby, Gone comme Mystic River de Clint Eastwood est une adaptation d'un roman  de Dennis Lehane. Il y a donc des points de convergence entre ces deux films : la ville de Boston, les disparitions d'enfants, la pédophilie. Mais la comparaison s'arrête là. Le film de Ben Affleck,  présenté le 5 septembre lors du Festival du film américain de Deauville en première mondiale, ne possède pas les mêmes qualités que celui d'Eastwood : mal construit, confus, il n'en finit pas de finir et se perd dans les méandres d'un récit lent et embrouillé qui ne parvient pas à émouvoir, alors même qu'il traite d'un sujet aussi sensible. Ce premier long métrage d'un acteur tenté par la mise en scène - mais n'est pas metteur en scène qui veut - a manqué en partie sa cible. Peut-être parce que le projet était trop ambitieux et qu'il aurait été préférable, pour un coup d'essai, de choisir un scénario plus simple, moins complexe à traiter.

L'histoire se résume ainsi : une petite fille de 5 ans vient de disparaître dans un quartier chaud de Boston où sévissent drogue, violence et pédophilie, un milieu où misère, racisme, désoeuvrement ouvrent en permanence les vannes à tous les débordements. Le décor est planté et il est sinistre. La police a été alertée depuis trois jours mais aucune piste ne semble devoir aboutir. C'est alors que la tante de l'enfant contacte un jeune homme qui fait office, à l'occasion, de détective privé, afin qu'il cherche une nouvelle issue, non seulement parce qu'il a grandi dans ce quartier, mais parce qu'il connait beaucoup de monde et pourra agir avec davantage de discrétion. Il sera d'ailleurs le seul à passer outre aux apparences simplistes de la situation. Tout au long du thriller, on le verra se positionner face aux questions morales qui se posent à lui, se livrant à une réflexion personnelle qui me semble être l'atout majeur du film. Celui-ci s'ouvre d'ailleurs sur les paroles qu'il prononce, donnant ainsi le ton et le sens de l'oeuvre : J'ai demandé au prêtre de ma paroisse comment comprendre les injustices de la vie. Il m'a répondu : vous êtes des agneaux parmi des loups. Alors pour résister, soyez rusés comme des renards et innocents comme des colombes.

Cependant, lorsqu'il découvre auprès d'un pédophile notoire un enfant mort, cet homme, non violent d'habitude, va, sous le choc, abattre le responsable d'une balle dans la tête. Les sentiments ne sont pas forcément de bons conseillers... Avait-il le droit de faire justice lui-même ? Cette question brûlante honore le film ...d'autant que le jeune homme éprouve des remords. Il n'avait pas à jouer le justicier seul. Par la suite, un autre problème se posera à lui après que l'on ait retrouvé la petite fille. Doit-on la rendre à sa mère infantile et délinquante ou la laisser à ses kidnappeurs qui l'élèveront avec attention et amour ?  Malheureusement, la conclusion qui clôt le film reste trop évasive à mon goût. C'est à ce moment là qu'il aurait pu décoller et ouvrir un débat de qualité ou, du moins, mieux analyser le drame intime du personnage.


                     Morgan Freeman, Casey Affleck et Michelle Monaghan. Buena Vista International Ed Harris. Buena Vista International 


Il est certain que Patrick Kenzie, ce jeune détective, aime les gens et qu'il est empli de compassion à leur égard. N'est-ce pas la raison qui l'incite à défendre les droits de la mère à garder sa petite fille, bien qu'il la sache indigne de ce rôle et dans l'incapacité d'assumer ses responsabilités ? D'ailleurs l'enfant a été enlevée alors que celle-ci était en train de sniffer de la drogue dans un misérable bar. Dans un premier temps, il semble même que l'enfant n'ait servi que de monnaie d'échange pour se procurer le stupéfiant... Je ne dévoilerai pas les divers rebondissements d'une intrigue longue à se conclure mais qui a toutefois le mérite de rendre avec réalisme  l'ambiance de ce quartier ouvrier de Boston. Le devons-nous au choix de Ben Affleck d'avoir recruté ses figurants parmi les habitants ? Peut-être ! Mais si le réalisme est au rendez-vous, la lisibilité de l'intrigue reste son point faible. On ne parvient pas à entrer pleinement dans cette action brouillonne et dans cette oeuvre insuffisamment charpentée et rigoureuse. Par contre, il faut reconnaître au jeune acteur Casey Affleck, le frère du réalisateur, d'avoir insuflé à son personnage une vraie chaleur humaine et posé sur ces âmes perdues un regard bienveillant. Il illumine la pellicule de sa présence et nul doute que s'ouvre devant lui une brillante carrière.

 

3-e-toiles

 

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                       Casey Affleck. Buena Vista International

 



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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 10:10

130-331.jpg    1929 - 1993

                                        


Il y eut d'abord un minois, puis une silhouette, enfin une présence, qui, depuis Vacances romaines, habitait l'écran et allait peu à peu s'emparer de l'imaginaire de plusieurs générations de cinéphiles. Une femme que nous avons aimée non pour ce qu'elle représentait mais pour ce qu'elle était et qui ,en vingt ans de carrière et vingt films, marquera  la mémoire collective d'un souvenir étonnement prégnant. Audrey Hepburn était notre éternelle jeune fille, un être d'une grâce juvénile qui ployait, certes, mais ne rompait pas. Tous ceux qui l'ont approchée le confirme : elle était très professionnelle, très précise, forte dans sa vie et son travail et infiniment perfectionniste.

 

Audrey Kathleen Hepburn-Ruston était née le 4 mai 1929 à Bruxelles d'une riche baronne hollandaise Ella Van Heemstra et d'un rentier irlandais qui vont très vite divorcer. Elle sera mise en pension en Angleterre et ne verra plus son père qui n'usa jamais de son droit de visite. Cet abandon affecte profondément la sensibilité de la petite fille. Elle a dix ans lorsque la guerre se déclare et que sa mère, pensant la Hollande plus sûre, la fait rentrer d'Angleterre à Arnhem où elle va beaucoup souffrir des privations endurées par la population sous l'occupation allemande. Sa seule consolation sera la danse à laquelle elle se consacre avec passion, envisageant une carrière de ballerine. Les biens de sa mère ayant été confisqués par les Allemands, la baronne et sa fille se voient dans l'obligation d'accepter d'être prises en charge par l'aïeul, le père d'Ella qui les héberge dans sa propriété. Audrey saura se rendre utile et user de son droit de résistance en portant des messages fourrés dans des chausettes ou des chaussures.



Dès 44, elle participe également  à la subsistance matérielle de sa famille en donnant des leçons privées de danse aux élèves les plus jeunes de son école. Après un hiver 44-45 terriblement dur, la Hollande est libérée pour les 16 ans d'Audrey, mais la jeune fille ne pèse alors que 45 kilos pour 1m71, souffre d'asthme, d'une jaunisse, d'anémie et d'autres maladies dues à la sous-alimentation. Sa santé en restera marquée pour le restant de ses jours. Elle continue toutefois la danse et commence à poser pour quelques photos de mode. C'est alors qu'elle auditionne pour une comédie musicale High Button Shoes où elle n'aura qu'une ligne de texte, mais cela suffit pour qu'elle soit remarquée et retenue pour participer à une pièce de théâtre et que son visage commence à être connu. Afin de s'améliorer, elle travaille, en plus de la danse, le chant et la diction. En 1951, elle obtient un rôle important dans The Secret People, puis dans Nous irons à Monte-Carlo. C'est à cette occasion qu'elle rencontre l'écrivain Colette  qui voit en elle sa Gigi idéale. Elle interprétera le rôle à New-York avec succès et, à la suite de ces représentations, signera un contrat avec la Paramount pour être la princesse de Vacances romaines auprès de Grégory Peck. Sa carrière est lancée et le succès ne se démentira plus.

 


             Les Acacias  Collection Christophe L. Paramount Pictures 


 

Le look d'Audrey devient une folie et sa coiffure sera copiée par des millions de femmes. Elle impose, en effet, une beauté radicalement autre que celles des stars habituelles d'Hollywood : si loin de la beauté sensuelle de Marilyn ou de Jane Russel, de celle glacée et lointaine de Greta Garbo ou encore de la cérébrale Katherine Hepburn. En 1953, elle tourne Sabrina de Billy Wilder et débute sa longue collaboration avec le couturier Hubert de Givenchy qui, dorénavant, l'habillera dans la plupart de  ses films. L'année suivante, après avoir interprété l'Ondine de Giraudoux sur scène, elle épouse l'acteur Mel Ferrer de douze ans son aîné et déjà père de quatre enfants. Ils tourneront ensemble Guerre et Paix de King Vidor ( 1955 ), puis Audrey enchaîne avec Drôle de frimousse ( 1956 ) au côté de Fred Astaire. En 1957, Mel Ferrer et elle travaillent pour le téléfilm "Mayerling" qui sera un échec, si bien que l'actrice s'engage pour  Au risque de se perdre qu'elle part tourner au Congo. Les prises de vue seront pénibles et fatigantes, mais le film n'obtiendra pas moins de huit Oscars, dont celui d'Audrey au titre de meilleure actrice. C'est certainement l'une de ses prestations les plus marquantes.

 

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En 1960, après une grossesse difficile, elle donne naissance à son premier enfant Sean Ferrer baptisé à Lucerne par le même pasteur qui avait marié Audrey et Mel. Aussitôt après, l'actrice est à New-York pour Diamants sur canapé de Blake Edwards qui lui vaudra d'être de nouveau nommée aux Oscars, mais cette fois sans l'obtenir. En 1962, Audrey tourne Charade  de Stanley Donen avec pour partenaire Cary Grant,  film qui sera sa plus grande réussite au box-office. Succédera My Fair Lady ( 1964 ) de George Cukor et  Seule dans la nuit  ( 1967 ), produit par son mari Mel Ferrer, avec lequel l'entente n'est plus si cordiale. 

Audrey va épouser le docteur Andréa Dotti qu'elle a rencontré lors d'une croisière. Le couple s'installe à Rome et Audrey aura le bonheur d'avoir un second fils Luca, né le 8 février 70. Après s'être retirée un moment des studios, l'actrice finit par sortir de sa retraite pour La rose et la flèche  ( 1976 ) auprès de Sean Connery.  Divorcée d'avec Dotti, elle s'éloigne peu à peu du cinéma et consacre beaucoup de son temps à l'Unicef pour lequel elle est nommée ambassadrice, visitant les endroits les plus démunis de par le monde. De ce travail, elle dira : " On m'a donné le privilège de parler pour les enfants qui ne peuvent pas parler eux-mêmes, et ma tâche est facile car les enfants n'ont aucun ennemi politique. Sauver un enfant est une bénédiction ; en sauver un million est une occasion donnée de Dieu".

Sa dernière apparition à l'écran aura lieu en 1989 dans un film de Steven Spielberg  : Pour toujours, où elle tient le rôle d'un ange.

En 1992, opérée d'un cancer du colon, elle souhaite retourner dans sa maison  "La paisible" où elle a vécu les plus beaux moments de sa vie familiale avec ses enfants et sa mère. Elle s'y éteint paisiblement le 20 janvier 1993, quatre mois avant son 64e anniversaire. Depuis lors, son élégance et sa grâce nous manquent.

 

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AUDREY HEPBURN - PORTRAIT
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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