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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 10:31

                 Janet Leigh et Robert Ryan. Warner Bros.

 


Contrairement à Winchester 73 et aux Affameurs, L'appât  ( The Naked Spur ) ne bénéficie pas d'un scénario écrit par Borden Chase. Le superbe pittoresque des deux films précédents, qui accordaient à la nature une place essentielle - Mann disait : " que la vie de la nature le passionnait autant que les actions de ses personnages " - laisse ici la place à une atmosphère plus inquiétante et plus cynique. Les personnages évoluent dans un contexte particulièrement réaliste. James Stewart - dont la collaboration avec Anthony Mann,  ils tourneront 8 films ensemble, sera l'une des plus fructueuses du cinéma - campe un héros qui ne vit que pour la récompense de 5000 dollars qui est sensée gratifier celui qui capturera Ben. Ainsi apparaît-il en homme cupide, prêt à transgresser les lois élémentaires de la morale pour parvenir à ses fins. Autre personnage, Roy Anderson ( Ralph Meeker ), ancien militaire, un opportuniste qui n'hésitera pas à exploiter toutes les occasions, femmes, escroqueries, primes ou tricheries, afin de satisfaire ses appétits. Moins négatif, Jesse Tate ( Millard Mitchell ) symbolise l'éternel vieux prospecteur à l'affût du moindre ragot qui le mettra sur la piste d'un bon coup à réaliser. Quant à Ben ( Robert Ryan ), son seul souci est d'échapper à Howard et de disparaître de son champ de tir. Seule la douce et belle Lina, incarnée magnifiquement par Janet Leigh,  insufflera une petite dose de tendresse et de sensibilité dans ce monde de brutes. C'est elle qui provoquera le retournement final de Howard Kemp, car voici l'histoire :

 

Nous sommes en 1868, la tête de Ben van der Groat vient d'être mise à prix et Howard Kemp, un homme sans scrupule, espère bien qu'il parviendra à toucher la prime de 5000 dollars qui est offerte à celui qui s'emparera du fugitif. Pour cela, il s'assure l'aide de Jesse Tate, un indic patenté et de Roy Anderson dont la moralité n'est pas exemplaire. Les trois compagnons parviennent à arrêter Ben qui se trouvait en compagnie de son amie Lina Patch. Mais au cours du trajet, Howard s'éprend de Lina, alors que Ben essaie d'opposer Jesse et Roy, jouant sur la soif de l'or du premier et sur l'appât de la prime qui focalise l'énergie du second. Le petit groupe est également obligé de faire face à une attaque d'Indiens, si bien que Ben profite de la situation pour s'enfuir, non sans avoir pris soin d'abattre le vieux prospecteur. Aussitôt Howard et Roy se lancent à sa poursuite et finissent par le retrouver et le tuer. Mais le corps déséquilibré tombe dans un torrent et, en voulant le récupérer, Roy est pris dans le courant et se noie. Resté seul avec Lina, Howard décide de renoncer à la prime et de partir vivre avec elle.

 

Interrogé sur les origines du film, Anthony Mann déclarera : " Nous étions dans une région magnifique, Durango, et tout se prêtait à l'improvisation. Je n'ai jamais compris pourquoi on tournait la quasi totalité des westers dans des paysages désertiques ! John Ford, par exemple, adore Monument Valley : mais Monument Valley, que je connais très bien, n'est pas tout l'Ouest ! En fait, le désert ne représente qu'une portion de l'Ouest américain. J'ai voulu montrer la montagne et les torrents, les sous-bois et les cimes neigeuses, bref retrouver tout un climat " Daniel Boone " : les personnages en sortent grandis. En ce sens, le tournage de The Naked Spur m'a donné de réelles satisfactions. Le piton rocheux sur lequel ont été tournées les dernières séquences s'appelle effectivement The Naked Spur. Je me suis dit : " un éperon doit être l'arme décisive qui ponctuera le drame". C'est là toute l'origine du combat final entre James Stewart et Robert Ryan ! "  ( entretien avec J.Claude Missiaen - Cahiers du cinéma n° 190 - mai 1967 )



Comme je l'écrivais au début de cet article, le cinéaste a toujours donné la part belle aux spectacles de la nature et L'appât, l'un de ses plus beaux westerns, est une oeuvre lyrique où les paysages prennent une importance considérable et participent pleinement à la composition du film, tandis que l'attrait pour les 5000 dollars dicte la conduite des héros et contribue à créer les tensions psychologiques qui vont peu à peu s'intensifier entre les cinq personnages. A l'issue du voyage, les masques tomberont et un happy-end sera au rendez-vous, ce qui est regrettable, car cette conclusion ne correspond ni à la rudesse du récit, ni au tempérament du protagoniste, laissant le spectateur sur une impression douceâtre à laquelle il n'était pas préparé.


Oeuvre rigoureuse et dramatique par ailleurs, le film a la beauté d'une épure et, une fois encore, James Stewart y compose un personnage blessé et ambigu, durci dans son avidité, au côté d'une Janet Leigh touchante de charme et de féminité. Parmi les 11 westerns qui illustrent de façon éloquente la carrière d'Anthony Mann, il ne faut pas oublier de citer L'homme de la plaine et L'homme de l'Ouest avec Gary Cooper qui, déjà, préfigure la dérision cruelle du western italien.  Du moins la grande époque du réalisateur l'a-t-elle désigné comme un des maîtres incontesté du genre, loué pour son sens de l'espace, son regard lucide et réaliste et sa générosité désenchantée. Ses films furent une réflexion sur la violence, la vengeance, la vieillesse, magnifiés par des paysages somptueux et des rapports humains d'une gravité inattendue, avant que leur auteur ne s'embourbe avec élégance dans la super-production de La Ruée vers l'Ouest et des Héros de Télémark

 

4-e-toiles

 

Vous pouvez consulter l'article consacré à James Stewart, en cliquant    ICI

 

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 11:54

Connaissance du Cinéma              


M le maudit est un film étrange, lancinant comme l'air que Peter Lorre siffle en permanence, oppressant, noir et pessimiste, dont on ne sort pas indemne tellement les tensions y sont lourdes, le climat angoissant. Premier film parlant d'un cinéaste surdoué, il est à la fois un policier avec son atmosphère nocturne, son ambiance plombée, ses personnages sordides, mais également un film social et historique qui décrit, sans complaisance, l'Allemagne des années 30 avec les éléments qui favorisèrent alors la montée du nazisme : la pauvreté, le crime organisé et l'impuissance des autorités en place. A travers ce meurtrier pitoyable, Fritz Lang pointe du doigt une société à la dérive qui se laisse terroriser et cède trop vite à la psychose, image effrayante d'une nation sur le point d'accomplir l'irréparable. Pègre et police vont se lancer aux trousses de ce tueur de petites filles qui affole la population, non ensemble, mais de façon parallèle, chacune avec ses méthodes particulières, le gouvernement et les forces naissantes du nazisme se livrant l'un et l'autre à un combat sans merci pour que le meurtrier soit jugé selon ses lois.

Ce film invite naturellement à la réflexion sur l'inquiétante cohabitation qui existe chez un individu entre ses pulsions sexuelles et sadiques et ce qui reste d'humain en lui ; de même qu'il nous propose de méditer sur cette forme de cohabitation tout aussi contre nature qui s'installe insidieusement sur le plan national entre deux systèmes à ce point antinomiques. Ainsi Lang nous plonge-t-il au coeur d'un drame sombre qui pose la question du bien et du mal avec une insistante lucidité, l'illustrant par le spectacle de deux dérives : celle inexorable d'un régime compromis et celle d'un être devenu la proie des forces incontrôlées qui le dépassent.


" L'art doit être critique - disait le metteur en scène - c'est sa fonction et sa raison d'être. Il y a dans ce monde beaucoup de choses qui doivent être critiquées. On ne peut pas proposer de solution, mais je crois qu'il faut sans cesse combattre le mal sous toutes ses formes. Il faut combattre même lorsque l'issue du combat est incertaine". Et comment prévenir le mal, interrogeait-il, sinon en le montrant ... M le maudit  - expliquera-t-il encore -  "a pour mission de donner à propos d'événements réels un avertissement, un éclaircissement, et d'avoir en définitive une action préventive"

Dans la période de crise profonde que traversait l'Allemagne, le développement de ces formes extrêmes de criminalité, que sont les meurtres en série ou les infanticides, ne pouvait manquer d'avoir un impact considérable sur la société. Ce souci d'efficacité se conjugue avec une exigence d'ordre éthique. Lorsque Fritz Lang montre ces crimes, il évite de flatter les penchants du public pour les scènes de violence et ce qu'il appelle "les détails croustillants". Dans M le maudit, évoquant une affaire particulièrement horrible, il parvient à éviter toute scène de brutalité. Le seul acte violent n'est pas commis par l'assassin mais par la pègre au moment où elle torture le gardien d'immeuble, mais le réalisateur veillera à ce que des corps fassent écran.


Dans le rôle de M, Peter Lorre est prodigieux et restera marqué à jamais par ce personnage qu'il assume avec un réalisme saisissant. Cet opus a pour autre mérite d'être servi par un scénario d'une parfaite cohésion ( inspiré d'un fait divers ), une mise en scène puissante et sans faille et de se dérouler dans un espace clos, obscur comme un tombeau. Comme Antigone, qui portait le poids de l'ancestrale malédiction, c'est lorsqu'il entre dans cet entre-deux-morts que le héros M va pousser une plainte déchirante et se mettre à parler, monologue qui mérite de figurer parmi les pages les plus hautes du 7e Art. La caméra, faisant alors volte-face, se tourne vers le public : les citoyens ou les spectateurs ? Car l'assassin est-il l'accusé ou l'accusateur ? Cette scène laisse, à coup sûr, une empreinte indélébile dans la mémoire. C'est le propre des chefs-d'oeuvre, il est vrai. Mais celui-ci produit un choc rare. Il n'est pas si courant qu'un film atteigne sa cible à ce point et vous hante aussi longtemps, car le spectateur, qu'on le veuille ou non, devient juge et partie...



Peter Lorre. Collection Christophe L.

 

Tourné en 1931, M le maudit compte parmi les quatorze films que le metteur en scène, juif autrichien, réalisa pendant sa période allemande. Il fut tourné pour l'essentiel dans les studios Staaken, un hangar où furent construits plus d'une trentaine de décors. Dans l'usine déserte, les criminels associés aux mendiants improvisent un tribunal pour juger le meurtrier Hans Beckert, après avoir fait irruption dans le bâtiment où le fugitif avait trouvé refuge. Le contraste est plus que terrifiant entre le criminel devenu victime et la masse immobile et compacte de ses juges improvisés. Innocent ou coupable, le héros langien est un homme traqué dans une atmosphère de claustrophobie et d'asphyxie. Le choix d'un lieu unique, clos, pour la mise à mort accentue l'image du piège dont on ne réchappe pas. Pendant le procès que la pègre lui intente, Beckert, plongé dans son propre inconscient, se livre à une surprenante autoanalyse où se révèle les divisions de son moi. Lang approfondit ici sa réflexion sur le thème du double qui hantait l'Allemagne depuis le romantisme. Au coeur de l'homme est tapie une bête qu'il ne peut contrôler.  Explicitant ses intentions à propos de son film, Fritz Lang écrivait  : 

 

" Le film a une mission qui dépasse de beaucoup celle de reproduction artistique des événements : la mission de donner au sujet d'événements réels un avertissement, un éclaircissement et d'avoir en définitive une action préventive. Rendre visibles, dans leur début, dans le quotidien et la banalité de leur première apparition, les dangers qui, en raison d'un accroissement constant de la criminalité, deviennent une menace et malheureusement trop souvent une catastrophe pour la collectivité. (...) Bien entendu la reproduction artistique d'une telle affaire criminelle rend nécessaire, non seulement l'accumulation de documents, mais aussi le choix minutieux de détails typiques et la caractérisation de l'assassin. Ainsi le film doit-il à certains instants faire l'effet d'un projecteur lumineux qui indique avec un maximum de précision ce sur quoi son cercle de lumière vient de se diriger : le grotesque de la psychose criminelle primitive par laquelle un assassin inconnu peut devenir un danger fatal à chaque enfant dans la rue..."

 

La pulsion de mort et l'instinct sexuel sont donc au centre du récit. L'auteur y dissèque la psychose de son assassin, un schizophrène soumis à une impulsion pathologique. Les objets qui avaient valeur symbolique dans ses films muets deviennent ici des signes. M le maudit n'est pas seulement le film le plus célèbre et le plus unanimement admiré de Fritz Lang, il marque aussi un tournant dans son oeuvre. Pour la première fois, de son propre aveu, le cinéaste s'intéresse avant tout aux êtres humains dans leur spécificité, aux raisons de leurs actes dont le réalisme accru s'accorde parfaitement à ses préoccupations personnelles. Incontestablement son oeuvre majeure.

 

5-etoiles

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Fritz Lang, cliquer sur son titre : 


 FRITZ LANG, UN CINEMA DU DESENCHANTEMENT

 

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Peter Lorre. Collection Christophe L.

 

 

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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 11:09

Warner Bros. France               

 

 

La grande réussite du film de Milos Forman  "Amadeus" réside dans le face à face entre Mozart le surdoué et Salieri le besogneux. Cette dualité de sentiment qu'éprouve Salieri ( 1750-1825 ), partagé entre admiration et jalousie à l'endroit de son confrère, nous met en présence du drame quotidien d'un génie qui, trop en avance sur son temps, ne recueille - de son vivant - qu'indifférence et incompréhension.
Ce film n'est pas une biographie en soi, même si la plupart des faits sont exacts, mais il est le regard qu'un connaisseur - en l'occurrence Salieri - pose sur un musicien d'exception. Se référant à une légende entretenue par Pouchkine et Rimski-Korsakov selon laquelle Salieri aurait empoisonné le jeune génie, ce qui est impossible puisque nous savons que Mozart a succombé à une pneumonie, le metteur en scène a élargi son propos pour nous montrer la rivalité entre les deux hommes. En effet, si l'on se place dans l'orbite particulière de Salieri, celui-ci se considérait comme trahi par Dieu qui avait préféré offrir à Mozart, plutôt qu'à lui, un talent incomparable et quasi divin, alors qu'il estimait qu'un tel don aurait du lui revenir en priorité. Le point culminant du film est la scène finale lorsque Mozart dicte à Salieri les notes de son requiem tant sa faiblesse est grande. Ce dernier découvre, en l'écrivant, la perfection absolue de la composition, perfection à laquelle il a aspiré en vain, puisque c'est son jeune confrère qui se montre en mesure de la concevoir.


 

                       Tom Hulce. Warner Bros. France


 

Grâce à ce film baroque et néanmoins grave, le metteur en scène a eu le mérite de rendre compréhensible et accessible le phénomène de la création et de nous transporter dans l'univers de la musique de façon inhabituelle et fascinante. Mérite auquel il nous faut ajouter celui supplémentaire de nous montrer un Mozart non point figé et idéalisé tel que le veut sa légende, mais un être de chair et de sang dont la trajectoire fulgurante est aussi incroyable et bouleversante sur le plan humain. Si certaines scènes choquèrent quelques inconditionnels d'un Mozart coulé dans le marbre de la postérité, il a ému la majorité des spectateurs et fut couronné par 8 Oscars. Aujourd'hui le temps a donné raison aux audaces du metteur en scène et "Amadeus" demeure un film incontournable pour tout amateur de cinéma et de musique.

 

 Pour lire l'article que j'ai consacré à "MOZART A L'HEURE DU REQUIEM" cliquer  LA


                                             
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                      Tom Hulce. Warner Bros. France


                      F.Murray Abraham. Warner Bros. France


 

AMADEUS DE MILOS FORMAN
AMADEUS DE MILOS FORMAN
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 11:04

            

 

Pour son cinquième long métrage, Grand Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, la japonaise Naomi  Kawase nous livre un film contemplatif et sensible sur le thème du deuil, très actuel dans le cinéma international d'aujourd'hui.
Shigeki est pensionnaire dans une maison de retraite située à l'écart de la ville. Personnage lunaire, presque absent, il partage avec Machiko, une jeune infirmière, la douleur d'avoir perdu un être cher. Suite à un accident de voiture, qui provoque un certain désordre, le vieil homme en profite pour s'enfuir dans la proche forêt de Mogari, bientôt rejoint par la jeune femme. La relation avec la nature est ici très présente, vécue dans une communion de tous les instants. Elle est une sorte de temple, sanctuaire magique qui permet aux deux personnages d'effectuer le mieux possible le difficile travail du deuil. Un peu à la manière de Terrence Malick, Naomi Kawase nous rappelle à quel point il s'agit là de notre véritable environnement, de notre milieu originel, loin des artifices conventionnels des grandes agglomérations, le seul en mesure de nous aider à surmonter nos épreuves et à accéder à la sérénité.

                     Haut et Court


Dans la première partie, la cinéaste exprime le mal de vivre des pensionnaires dans la maison de retraite, lieu clos et presque carcéral. C'est d'ailleurs l'angoisse générée par cet enfermement qui rapproche Shigeki et Machiko et les incite à fuir dans la forêt. Libération conditionnée par un retour à l'essentiel, un endroit qui leur permettra de mettre un terme à leur deuil et de renouer avec la vie. Car, à plusiers reprises, Kawase, avec pudeur, laisse deviner la tension sexuelle qui s'installe entre ses deux personnages. La première est esquissée lors d'une scène avec une pastèque ; la seconde dans la forêt, la nuit, lorsque les corps sétreignent pour affronter les rigueurs du froid. Film silencieux et intimiste, La forêt de Mogari nous invite à partager le cheminement de cet homme et de cette femme en quête d'une nouvelle naissance. Cela, sans emphase, parfois avec humour, toujours avec la distance nécessaire pour ne jamais céder à la sensiblerie. Une belle ode à l'authenticité de la personne et à la nature, filmée au plus près d'une caméra pinceau, qui sait mettre en valeur les lumières s'étoilant entre les feuilles, l'haubanage des arbres, le relief de l'écorce, la naissance d'une fleur.

 

                   Haut et Court


Avec autant d'intelligence que de délicatesse, ce beau film évoque l'absence, les fulgurances de la vie et nous propose un point de vue original, largement inspiré des rites funéraires particuliers à la région de Tawara, à l'Ouest du Japon. En confrontant les morts et les vivants, les ombres et la lumière, le corps et l'esprit, la naïveté et la démence, le cinéma de Kawase déploie ses ressources et fonctionne sur le vécu et le ressenti. Tout ensemble réflexion sur la vieillesse, sur la sourde appréhension de la mort, cette odyssée panthéiste d'une quête de soi nous prouve, si besoin était, combien le cinéma asiatique n'en finit pas de nous fasciner.
Pour interpréter le rôle du vieillard, la réalisatrice a fait appel à un non -professionnel et le résultat est stupéfiant. Shigeki Uda réussit à faire poindre, sous les symptômes d'une légère démence, les sentiments complexes d'un amoureux inconsolable depuis 33 ans. Sa présence donne curieusement au film sa solidité, son assise. Alors que la gracile Machiko Ono, actrice professionnelle quant à elle, nous charme par sa subtile grâce qui emplit l'écran d'une poésie intemporelle. Ainsi, on retiendra la justesse de l'interprétation, en même temps que la beauté des images et l'intense émotion des scènes finales, où vivants et morts parviennent enfin à se quitter.

 

                 Haut et Court


Il est probable que ce film agacera bon nombre de spectateurs qui le jugeront ennuyeux, lent, parfois abscons, ayant trop souvent recours à l'allusion et aux symboles. C'est, selon moi, ce qui en fait la richesse et l'intérêt. Il est vrai que la production occidentale nous a davantage sensibilisés à une forme cinématographique où l'action est le ressort principal, action qui peut aller jusqu'à l'agitation, la fièvre, l'effervescence. Rappelons -nous récemment des longs métrages comme La vengeance dans la peau ou Michael Clayton ( voir mes deux critiques ), qui nous plaisent d'ailleurs pour toutes sortes de raison, mais sont traversés par une implacable frénésie. Pas une minute à perdre, pas un instant de réflexion, l'être est en permanence dans le mouvement au dépens de sa propre introspection. Bernanos faisait acte de visionnaire lorsqu'il écrivait dans les années 40 : " Le monde moderne est une conspiration contre toute forme de vie intérieure." C'est  ce qui fait d'un film comme La forêt de Mogari  une oeuvre étrange, en décalage apparent avec nos préoccupations journalières, mais qui, à mieux y regarder, est une véritable leçon de sagesse. N'est-ce pas dans le silence, dans l'ascèse, la contemplation, le retour à la nature que les deux héros vont retrouver leur équilibre et atteindre la plénitude ? Ce film a l'immense mérite de nous rappeler que c'est à l'homme de se plier au rythme de la nature, non à la nature de subir le rythme de l'homme, et que ce n'est qu'en revenant à nos sources que nous retrouverons le goût de nous-même. Car l'excès est le trait distinctif de l'individu  hypermoderne  qui  péche par abus d'inexistence. Si bien que l'on peut se demander si le deuil dont il est question n'est pas celui que nous devrions faire du superflu qui nous encombre.

 

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 10:14

08Films sans Frontières

 

Fritz Lang, metteur en scène d'origine viennoise, n'a jamais caché qu'il avait écrit L'ange des maudits - Rancho Notorious( 1952 ) pour Marlene Dietrich, rencontrée à Paris alors qu'il tournait Liliom. Il souhaitait lui donner le rôle d'une entraîneuse " âgée mais toujours désirable " et construisit son film dans cette perspective. Marlene Dietrich, piquée dans son orgueil de star, fit en sorte de rajeunir son personnage et dressa ses partenaires les uns contre les autres, ce qui eut pour conséquence d'exaspérer le réalisateur, au point que lui et son actrice ne se parlaient plus à la fin du tournage. Le cinéaste déplora également la décision du producteur Howard Welsch de supprimer seize minutes du montage original, ce qui, à l'évidence, nuisait à l'atmosphère du film. Ces divers déboires n'empêchèrent pas que L'ange des maudits fût une oeuvre surprenante, non seulement pour le traitement de la couleur utilisée ici par Lang pour la première fois, mais pour la manière dont il associe astucieusement les thèmes qui lui sont les plus chers. L'ange des maudits est le troisième et dernier western qu'il ait tourné après Le retour de Frank James ( 1940 ) et Western Union ( 1941 ), raison pour laquelle on relève de nombreux points de similitude. 

 

                 Marlene Dietrich et Mel Ferrer. Films sans Frontières

 

 

L'histoire est celle de deux bandits qui, à Whitmore ( Wyoming ), s'en prennent à un magasin de la ville. La jeune Beth est violée et tuée au cours de l'attaque. Son fiancé Vern Haskell ( Arthur Kennedy ) va alors se lancer sur la piste des assassins afin de venger la jeune femme et faire justice. Bientôt, il s'aperçoit que ceux-ci  font partie d'une bande que dirige la fière Altar Keane ( Marlene Dietrich ). Pour arriver jusqu'à celle-ci, il gagne la confiance de Frenchy Fairmont ( Mel Ferrer ), un hors-la-loi considéré comme le meilleur tireur de l'ouest, l'amant d'Altar, et devient membre de cette petite société dans le but de découvrir le responsable du massacre. Se sentant soupçonné, l'un d'eux, Kinch (Lloyd Gough), décide de se débarasser de Vern qui, de son côté, se sent irrésistiblement attiré par Altar. Arrêté, Kinch réussit à s'enfuir grâce à deux complices : Geray et Comanche. Craignant qu'Altar ne soit mêlée à cette combine, Vern revient au ranch pour lui demander des comptes, mais cette dernière sera tuée lors de la confrontation où Kinch trouve également la mort, prouvant qu'elle n'était en rien responsable de son évasion.

 


                    Marlene Dietrich, Jack Elam et Mel Ferrer. Films sans Frontières

 

 


Renchérissant sur le thème de la vengeance, assez habituel dans les westerns, Lang tisse des récits parallèles rythmés par la musique et les paroles d'une chanson conçue comme un refrain qui ouvre et clôt le film, en même temps qu'il ajoute la description d'une société secrète et de l'étranger ( Vern Haskell ) brusquement confronté à un univers corrompu dont il va parvenir à détruire et à ruiner la cohésion. Sans réellement innover, le cinéaste nous offre une oeuvre personnelle en posant les questions universelles qui hantent et forgent son univers. Cette flamboyante histoire de haine, de meurtre et de vengeance s'achèvera par l'annonce que Vern et Frenchy s'en sont allés rejoindre, après la disparition d'Altar et de Kinch, l'armée de Custer. Puis la chanson-commentaire nous apprend que l'un et l'autre sont tombés à leur tour au côté de l'officier et de sa 7th Cavalry. Leur destin tragique était scellé depuis la disparition de la femme qu'ils aimaient. Aussi la mort les attendait-elle à Little Big Horn, la plus légendaire de toutes les batailles westerniennes.

 

 

 


                    Marlene Dietrich. Films sans Frontières 


Au final, la mise en scène, tout comme la remise en question de l'existence fragile des mythes, à travers la personnalité de Marlene Dietrich en femme fatale déchue, voluptueuse et pathétique, et du héros qui n'a plus de cause à défendre, composent une assez belle morale, en même temps qu'une leçon de cinéma, d'autant que l'action est bien menée et que le scénario a été conçu comme un conte afin de magnifier le climat énigmatique qui y règne. 

"La vengeance est un fruit amer et maléfique,
  Et la mort lui tient compagnie sur la branche.
  Ces hommes qui vivaient selon la loi de la haine
  N'ont plus de raison de vivre".

  

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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 11:30

                           

           

Le beau film de Roman Polanski , consacré à la Shoah, Le Pianiste ( 2001 ), qui raconte le destin d'un musicien juif dans la ghetto de Varsovie, est tiré d'un récit autobiographique de Szpilman.  Revu par un metteur en scène imprégné de son sujet ( Polanski a grandi dans ce ghetto et sait de quoi il parle ), il retrace avec précision les épisodes tragiques qui ont plongé la ville dans la terreur.  Bien que ces faits aient déjà été relatés à maintes reprises au cinéma et à la télévision, le mérite de Polanski a été de centrer le scénario sur le retentissement qu'ils ont eus sur les individus eux-mêmes et, particulièrement, sur ce pianiste qui sera sauvé, au tout dernier moment de la mort, par son art. La force du film ne réside pas dans la reconstitution historique des lieux et des événements, aussi bien faite soit-elle, mais procède à des allusions plus intimes, plus personnelles et profondes.

 

                      Adrien Brody. Bac Films


Beaucoup ont reproché au film son académisme par rapport à des oeuvres comme Rosemary's baby ou Le Locataire,  mais il semble que Polanski ait préféré s'en tenir à la retenue et à la sobriété sur un sujet qui le touchait sans doute trop intimement. En effet, il a souhaité, d'une part, nous mettre en présence de héros discrets, simples artisans qui surent sauver et épargner des vies et faire en sorte que le cours de l'existence se maintienne au coeur de l'enfer - ainsi cet imprimeur clandestin qui souhaite animer un réseau de résistance au sein du ghetto et ces Polonais qui hébergent des juifs évadés au risque de leur vie, enfin les combattants qui moururent les armes à la main plutôt que de se rendre  - et, d'autre part, le personnage central, magistralement interprété par Adrien Brody, n'est nullement un héros ; il ne s'efforce que de survivre dans l'abomination, avec la seule certitude qu'il y a toujours dans l'être quelque chose qui demeure.
 

                        

Ainsi Polanski est-il clair, presque didactique dans son propos, en nous dépeignant un personnage central qui, bien qu'entouré de héros, ne l'ait pas lui-même et c'est en cela que le cinéaste atteint à l'universel et que la fin de son film nous touche à ce point. Car, en définitive, où se trouve la frontière au-delà de laquelle l'être cesse d'être? Bouleversant.

 

4-e-toiles


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LE PIANISTE de ROMAN POLANSKI
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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 09:57
BARRY LYNDON de STANLEY KUBRICK

          

"Barry Lyndon" de Stanley Kubrick est un film d'une rare richesse visuelle. Chaque scène, chaque image sont dignes d'un grand maître de la peinture, tant au niveau des costumes ( somptueux ), des décors ( qui le sont tout autant ) et de l'exceptionnel travail sur les couleurs et la lumière. L'emploi de torches et de bougies crée très souvent des halos irréels qui contribuent grandement à la magie qu'il exerce. Cela a été possible grâce à l'évolution de la technique et, en particulier, de l'optique, ainsi que du traitement de la pellicule en laboratoire. Il n'en reste pas moins que le travail du chef opérateur John Alcott a fait date et fut récompensé par l'un des quatre Oscars qui couronna cette oeuvre. Enfin la musique est très présente. Pour cela, l'auteur a fait appel à Bach, Haendel, Mozart, Schubert, Vivaldi et l'ensemble contribue harmonieusement au ravissement de l'oreille. Par conséquent un long métrage qui enchante par son extrême beauté esthétique et se révèle être une adaptation exemplaire du roman de Thackeray, auquel Kubrick s'est montré fidèle comme il l'avait été avec "Lolita" de Nabokov ou "Orange mécanique" de Burgess.

 

 

Film à part néanmoins dans sa production cinématographique, car sans portée morale, psychologique ou politique, mais probablement son chef-d'oeuvre ( le monument du genre historique ) par sa perfection rigoureuse dans la restitution de l'atmosphère de l'époque ( on pense à Gainsborough et à Constable ) et le plus touchant et humain dans le déroulement de son intrigue et le portrait psychologique des principaux protagonistes. D'autant plus humain que ce récit d'apprentissage est digne des plus grandes oeuvres littéraires ( comment ne pas évoquer Stendhal  !) et synthèse idéale entre toutes les formes de l'art. Y contribuent, en partenariat, le cinéma par son mouvement, la peinture par ses plans sophistiqués, la musique qui berce et emporte - grand merci à Schubert plus spécialement - auxquels s'ajoute une construction dramatique qui ne sombre jamais dans le pathos et se nourrit des résonances émises par la complexité humaine des divers personnages.

 

 

L'Irlande dépeinte est celle du XVIIIe siècle. Ambitieux et naïf, le jeune Barry est bien décidé à s'élever dans l'échelle sociale mais, épris de sa cousine Nora, qui en préfère un autre, il provoque son rival en duel, si bien que sa victoire signe son exil et que, d'aventure en aventure, il se retrouve enrôlé dans l'armée britannique. Déserteur, il est rattrapé par les Prussiens et contraint d'espionner un compatriote irlandais : le chevalier Baribari. Les deux hommes s'enfuient et, pour survivre, s'adonnent au jeu, en trichant bien entendu, et en provoquant les mauvais payeurs en duel. Cynique et corrompu, Barry parvient cependant à séduire une jeune veuve très belle qu'il épouse, la comtesse Lyndon, avec laquelle il aura un fils et qui lui assurera, non seulement une position sociale enviable, mais la jouissance d'une immense fortune. Mais le rustre irlandais ne saura garder ni l'une, ni les autres. Il trompera sa femme et s'attirera la haine de son beau-fils qui le provoquera en duel. La déchéance suivra : il verra mourir son fils Bryan, sombrera dans l'alcoolisme avant de perdre une jambe et d'être banni d'Angleterre. Ryan O'Neal prête toute sa fougue au personnage d'un naïf ambitieux devenu, au contact du monde et des hommes, un débauché brutal et paillard, tandis que Marisa Berenson traverse le film de son élégante fragilité. L'un des sommets du 7e Art de par une magnificence rarement égalée.

 

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STANLEY KUBRICK OU LE REGARD CAMERA

 

 

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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 11:29

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Née à Philadelphie le 12 novembre 1929, Grace était la troisième des quatre enfants d'une famille aisée, dont le père, originaire d'Irlande, ancien athlète olympique avait fait fortune dans la construction, ce qui lui valait d'être appelé " le roi de la brique". Quant à sa mère, elle était d'origine prussienne, extrêmement autoritaire et très pointilleuse en ce qui concernait l'éducation de sa progéniture. Donc une discipline de fer chez les Kelly, tous sportifs de haut niveau et aguerris dès le plus jeune âge. A l'exception de Grace, de santé plus délicate, qui très tôt manifesta du goût pour les activités artistiques. Après des études au couvent des Dames de l'Assomption, Grace, à 17 ans, et, malgré l'opposition de sa famille, s'inscrit à New-York à l'Americain Academy of Dramatic Art et devient mannequin pour payer ses cours.

En 1949, elle monte pour la première fois sur les planches dans la comédie Torch Bearers
 et la même année joue à Broadway dans la pièce The Father. Remarquée, elle participe à plusieurs émissions de télévision avant de faire le grand saut jusqu'aux célèbres studios hollywoodiens de la Metro-Goldwyn-Mayer afin de tenir un petit rôle dans le film Fourteen Hours. Du moins a-t-elle le pied à l'étrier. Elle a 22 ans. L'année suivante, elle obtient le premier rôle dans Le train sifflera trois fois au côté de Gary Cooper. Puis ce sera Mogambo avec Clark Gable et Ava Gardner pour lequel elle se voit décerner l'Oscar du Meilleur second rôle féminin.

 

L'événement important de sa vie est sa rencontre avec le metteur en scène Alfred Hitchcock, dont elle deviendra l'actrice de prédilection et qui, mieux que personne, saura parfaitement mettre en valeur son talent et sa beauté dans trois de ses plus grands films : Le crime était presque parfait,  Fenêtre sur cour et  La main au collet. En 1955, elle remporte l'Oscar de la meilleure actrice pour son interprétation d'une femme tourmentée dans The Countr Girl ( Une fille de province ).
 

                    

I
nvitée d'honneur au Festival de Cannes 1955, elle est présentée au prince Rainier de Monaco et on connait la suite qui la conduira à renoncer tout naturellement à sa carrière d'actrice  : le mariage fastueux dans la cathédrale de Monaco tapissée de lilas et de lys blancs le 18 avril 1956, puis la naissance de trois enfants, jusqu'à ce 13 septembre 1982 où, victime d'un accident de voiture sur la route de la Turbie, celle même qu'elle empruntait dans La main au collet, elle décède des suites de ses blessures, laissant la Principauté veuve pour longtemps.

 

 

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SA FILMOGRAPHIE :

 

QUATORZE HEURES ( 1951 ) de Henry HATHAWAY  -  LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS ( 1952 ) de Fred ZINNEMANN  -  MOGAMBO ( 1953 ) de John FORD  -  UNE FILLE DE PROVINCE ( 1954 ) de George SEATON  -  LE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT ( 1954 ) d'Alfred HITCHCOCK  -  LES PONTS DE TOKO-RI ( 1955 ) de Mark ROBSON  -  LA MAIN AU COLLET ( 1955 ) d'Alfred HITCHCOCK  -  FENETRE SUR COUR ( 1955 ) d'Alfred HITCHCOCK  -  LE CYGNE ( 1956 ) de Charles VIDOR et HAUTE SOCIETE ( 1956 ) de Charles WALTERS


Pour lire les critiques des films suivants où apparaît Grace Kelly, dont  Fenêtre sur cour, La main au colletLe train sifflera trois fois,  High Society, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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                                 Collection Christophe L.

 

 

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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 09:44

Studio Canal          

 

Décidément Pascal Thomas semble apprécier l'intrigue policière à la Agatha Christie. Après Mon petit doigt m'a dit,  il porte à l'écran en 2007  L'heure zéro, que je revisionnais hier soir sur France 2 avec une certaine déception. Un été, Guillaume Neuville ( Melvil Poupaud ), rentier cynique et extravagant, convie dans sa demeure familiale, un manoir hitchcockien sis à Dinard, littoral breton empreint d'une atmosphère très british, son ex-femme Aude ( Chiara Mastroianni ) et sa nouvelle compagne Caroline ( Laura Smet ). Deux donzelles aussi opposées que le feu et l'eau, l'une excessive et jalouse jusqu'à l'hystérie, l'autre passablement mélancolique. La situation amuse un temps la charmante tante qui les reçoit, Camilla Tressillian ( Danielle Darrieux ), que l'on retrouvera, un matin, dans son lit, le crâne fracassé.



                    Danielle Darrieux. Hassen Brahiti / Studio Canal   Melvil Poupaud. Hassen Brahiti / Studio Canal


 

Crime parfait ? Qui sait ? Le commissaire Martin Bataille (  François Morel ), aussi perspicace qu'un rien déjanté et farfelu au point de friser la caricature ) mène l'enquête, écartant au fur et à mesure les pistes les plus évidentes, car l'amusant, dans une narration aussi haute en couleur, est que chacun des personnages aurait pu avoir un motif ( non avouable bien sûr ) de supprimer l'autoritaire et richissime vieille dame... Pascal Thomas sait fort bien relever de façon piquante et savoureuse l'intrigue de la romancière anglaise et lui conférer son style personnel, mais il exagère dans le ridicule et, en poussant certains de ses personnage  à l'excès, il finit par les rendre peu crédibles. A mon humble avis, il se joue des codes du genre avec trop de désinvolture, si bien que le film baigne dans une ambiance, certes intemporelle, mais perd de sa force et de sa vraisemblance. Le génie de Hitchcock était de pimenter astucieusement un mets, toujours composé avec une rigueur scrupuleuse. En nous conviant à un jeu de piste haut de gamme, Pascal Thomas se plaît à rendre l'atmosphère désuète, qui n'a d'hitchcockienne que l'ambition, des dîners mondains, des domestiques qui écoutent aux portes, des ascenseurs en panne, et nous dépeint avec des traits de cruauté très justes et une certaine drôlerie une petite société oscillant entre pulsions inavouables et frustrations déprimantes.


 

                     Laura Smet et François Morel. Hassen Brahiti / Studio Canal

 

Surtout, il a su choisir ses interprètes : bien que Laura Smet en fasse trop ( et je pense que le personnage d'Agatha Christie avait peu de points communs avec elle ), elle nous dévoile un tempérament comique en endossant le rôle d'une jeune intrigante forte en gueule, mal élevée et sans gêne, face à Chiara Mastroianni, diaphane et silencieuse, tout de noir vêtue, portant le deuil de son amour défunt. Quant à Alessandra Martines, elle est le genre de vieille fille que de nombreux célibataires se plairaient à distraire, sans oublier Danielle Darrieux, en adorable octogénaire opiomane, dont le charme semble inoxydable et plus moderne que celui de bien des comédiennes d'aujourd'hui. Un opus qui, sous les dehors d'une balade estivale, nous plonge dans les tréfonds de la nature humaine au point d'ébranler les certitudes du burlesque  policier. Au final, ce long métrage est un mélange assez peu convaincant d'humour noir et de psychologie, et se contente d'être un divertissement plaisant pour des soirées désoeuvrées.

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                      Alessandra Martines, Chiara Mastroianni et Melvil Poupaud. Hassen Brahiti / Studio Canal

                      Melvil Poupaud et Laura Smet. Hassen Brahiti / Studio Canal  

 

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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 09:04

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High Noon, Le train sifflera trois fois ( 1952 ) a toujours été l'objet d'un traitement à part. Alors que les westerns étaient, le plus souvent, dédaignés, celui-ci bénéficia aux Etats-unis d'une renommée immédiate et eut le privilège de figurer sur la liste des six oeuvres retenues pour l'Oscar du meilleur film de l'année. Il fut battu à l'arrivée par Sous le plus grand chapiteau du monde  de Cecil B. DeMille, mais Gary Cooper fut sacré meilleur acteur, Dimitri Tiomkin, auteur de l'inoubliable musique ( dont la mélodie Si toi aussi tu m'abandonnes ), ainsi que Elmo Williams et Harry Gerstad pour le montage, reçurent les Oscars correspondants. Le film n'est donc pas passé inaperçu aux yeux des professionnels, alors que le western, en général, et des oeuvres aussi prestigieuses que L'homme aux abois, La porte du diable, Winchester 73 et L'ange des maudits étaient oubliés. Par contre, il fut sous-estimé par la critique française qui le jugea trop classique.

 

C'est en 1948 qu'un sujet intitulé High Noon d'un certain Carl Foreman, inspiré d'une nouvelle de John Cunningham, fait l'objet d'un projet de film que Foreman, lui-même, souhaitait réaliser. Mais les studios, perplexes quant à ses capacités de metteur en scène, lui préférèrent Fred Zinnemann à qui incomba la charge de le tourner à sa place. Le rôle du shérif Kane avait été écrit pour Henry Fonda mais celui-ci étant déjà sous contrat, le rôle fut dévolu d'abord à Grégory Peck qui le refusa, puis à Gary Cooper qui, enthousiasmé par le personnage, renoncera aux trois-quarts de son salaire habituel pour pouvoir être le héros du Train sifflera trois fois, film à petit budget, tourné en noir et blanc. Cependant, ce héros n'est ni un superman, ni un homme entièrement intégré à la société qui l'entoure. Contrairement à ceux de Howard Hawks, celui-ci a de l'imagination et surtout il doute, connait l'angoisse et la peur, ce qui est rare de la part d'un personnage de western. Par ailleurs, une autre originalité du film est de faire coïncider le temps de l'intrigue avec le temps réel. Ce n'était peut-être pas nouveau à l'époque, mais renforçait considérablement le suspense moral du récit. En effet, en moins d'une heure et demie, entre 10h30 et midi, Will Kane va découvrir qu'il ne peut compter sur personne. Celui-ci se voit refuser successivement l'aide du shérif adjoint, des clients du saloon, d'un de ses amis qui lui fait répondre par sa femme qu'il est absent, du pasteur qui ne veut pas prendre parti et de son épouse, elle-même, qui ne veut en aucune façon être mêlée à une action violente et participer au drame inévitable qui se prépare, même si, au final, sa participation inattendue sauvera la vie de son mari.

 

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Car, qu'en est-il de cette histoire, et que se passe-t-il de si grave dans la petite bourgade de Haddleyville, lorsque Amy ( Grace Kelly ), une jeune femme ravissante, épouse le shérif Will Kane ( Gary Cooper ) qui vient de prendre sa retraîte ? Tout simplement la rumeur propage la nouvelle de l'arrivée imminente du bandit Frank Miller ( Ian MacDonald ), récemment libéré, et que son frère et deux de ses anciens acolytes se préparent à aller attendre à la gare. Personne n'ignore - et Will Kane moins que quiconque - que ce dernier réapparait pour se venger. Alors que les mariés s'apprêtent à partir, Kane comprend que son devoir lui impose de rester au côté de la population. Mais en ville, Kane ne trouve aucun appui : les uns se refusant de l'épauler par lâcheté, les autres en raison de griefs divers. Même Amy décide de ne point différer son départ. Pendant ce temps, Frank Miller a débarqué et retrouvé ses trois comparses, tandis que Kane envisage de les affronter seul. Il parviendra d'abord à éliminer Ben, le frère, puis Colby. James Pierce sera tué par Amy qui, au dernier moment, est revenue auprès de son époux et Kane abattra lui-même Miller avant de s'éloigner définitivement de Haddleyville en compagnie d'Amy et non sans avoir préalablement jeté à terre son étoile de shérif...

 

Pour Foreman, l'auteur du scénario, il s'agissait tout d'abord de décrire la manière dont la peur peut frapper une communauté plutôt qu'un individu isolé, comment elle se propage et peut revêtir toutes les formes de la lâcheté. Face à une société devenue à ce point pusillanime, la présence d'un homme déterminé et courageux suffit parfois à remettre les choses en place et à faire régner à nouveau l'ordre et la loi. Telle est la morale de High Noon, car rien, en définitive, n'obligeait Kane à redevenir shérif de Haddleyville. Ainsi le film évite-t-il de sombrer dans le manichéisme, chaque personnage ayant quelques bonnes raisons de se refuser à l'affrontement. Par exemple Amy qui a vu son père et son frère disparaître dans des circonstances violentes, ou Helen Ramirez ( Katy Jurado ) qui a été tour à tour la maîtresse de Miller et de Kane, ce qui, pour elle, établit une curieuse relation affective entre les deux personnages.

D'autre part, le film bénéficie d'une mise en scène exemplaire, à la fois efficace et dépouillée. "Dans un long métrage comme celui-ci - se plaisait à dire Fred Zinnemann, le temps est un élément capital, aussi ai-je essayé de le dédramatiser avec la pendule qui devient de plus en plus grosse à mesure que le film avance. Le battement a un rythme  de plus en plus lent. Nous avons tourné volontairement les plans au ralenti à mesure que l'on se rapprochait du climax. "  


L'importance de ce western sera considérable et représente un formidable exemple d'un travail d'équipe pleinement réussi, du chef opérateur aux acteurs. La composition de Gary Cooper en héros usé, abandonné de tous, y compris de sa jeune épouse jouée par Grace Kelly, alors à son deuxième rôle, est indissociable de l'émotion produite sur les spectateurs. Ce succès a beaucoup contribué à imposer le western comme un genre important dans l'univers du 7e Art. Par contre John Wayne, dont on connaissait le patriotisme pointilleux, reprocha vivement au vieux Coop d'avoir accepté de piétiner son étoile de shérif. A son avis, le prodigieux acteur avait terni sa réputation, ce qui, avec le recul du temps, ne semble pas confirmé...

 
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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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