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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 10:42

                    

                                                         VIDEO


Avec ce septième long métrage, le cinéaste Wong Kar-wai aborde, pour la première fois, le thème de l'adultère. Mais il ne présente pas son sujet de façon frontale : il va le dérouler sous forme d'un récit elliptique et nuancé, agençant parfaitement la simplicité du scénario à la complexité artistique de la mise en scène. Ainsi nous livre-t-il un chef-d'oeuvre incontestable d'un raffinement esthétique exceptionnel qui n'est pas sans rappeler, par les flamboyantes images de certaines scènes et les robes d'une Maggie Cheung évanescente, les toiles du Greco et, par d'autres, l'atmosphère propre à l'impressionnisme français. Un film qui évoque, par ailleurs, toute la problématique des relations amoureuses et sait dans un style personnel mêler les avancées contemporaines d
u 7e Art et les vestiges d'un passé empli de réminiscences. Ce huit-clos intemporel est empreint d'une nostalgie poignante mise en valeur par une musique langoureuse qui rythme les mouvements du désir et la lenteur contemplative d'un amour qui naît mais ne peut vivre. Wong Kar-wai convoque non seulement l'art de l'enluminure mais les éléments de la nature à travers un rideau de pluie, une fleur, une grappe, le tout baigné dans un climat onirique.


                       

L'histoire nous plonge au coeur du Hong-Kong des années 60 où deux voisins d'immeuble Madame Chan et Monsieur Chow vont bientôt entretenir une relation inhabituelle lorsqu'ils découvrent l'un et l'autre que leurs époux respectifs les trompent. Ils cherchent alors à savoir comment tout cela a bien pu arriver et comment ils doivent réagir face à une telle situation...Un cérémonial du désir qui va se vivre dans le même quartier, la même ruelle, une valse hésitation enveloppée de soyeux moments de silence, d'appels sans réponse, de troubles, de regrets. Car cet amour entre Mme Chan et Mr Chow ( Tony Leung admirable ) restera cristallisé en son immatérialité pour n'avoir jamais été qu'un fantasme. Attirés l'un par l'autre dès les premiers instants, tous deux ne parviendront jamais à s'abandonner à cette attirance réciproque comme si la réalisation de leur désir risquait de détruire ce qui, pour eux, était probablement essentiel : son inaccessibilité. Protection contre le réel qui est susceptible de briser la chose fantasmée, peut-être !  Toujours est-il que le récit s'étire, s'enlace à la façon d'un poème avec des fractions de temps subtilisées à l'ordinaire de la vie, comme des heures privilégiées, où séduction et dérobade mènent un jeu plein d'oscillations et de tremblements. On se croirait dans un roman de chevalerie médieval, où la dame a le devoir de rester en marge de la réalité, afin d'inciter le chevalier à la bravoure, à la conquête perpétuelle. Ici l'approche se fait sans doute plus freudienne mais tout aussi complexe et vécue dans une nuit diamantée où l'élégante et magnifique égérie devient le symbole parfait de l'amour exclusif et irréel. La nostalgie est le grand ressort affectif et esthétique du cinéma de Wong Kar-wai. Sublime.

 

 5-etoiles

 

Pour lire les articles consacrés à Wong Kar-wai et Tony Leung, cliquer sur leurs titres :

 

WONG KAR-WAI OU UN CINEMA DE LA NOSTALGIE        TONY LEUNG CHIU WAI

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

                     


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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 09:02

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                                                VIDEO MEMOIRE

Marion Michael Morrison, plus connu sous le nom de John Wayne, a vu le jour dans une petite ville de l'Iowa le 26 mai 1907. A l'âge de 9 ans, il suit ses parents en Californie et entre, par la suite, à l'Université, où il se démarque tout particulièrement dans l'équipe de foot-ball et en devient l'un des membres éminents. Pour gagner un peu d'argent de poche, il se fait engager comme accessoiriste à la Fox en 1926 et attire l'attention de John Ford qui lui propose de faire de la figuration dans plusieurs de ses films. C'est Raoul Walsh qui lui confiera néanmoins son premier rôle dans La piste des géants, où sa présence, sa démarche, son naturel annoncent déjà ses futurs succès. Walsh lui trouve alors un nom qui sonne bien : John Wayne. C'est sous ce nom qu'il devient la vedette du studio republic réputé pour ses productions de westerns à petits budgets. Après être apparu dans plusieurs productions, Wayne renoue avec Ford en 1939 et tourne sous sa direction dans  La chevauchée fantastique, film qui lui ouvrira les portes de la renommée.

                      Harry Carey Jr. et John Wayne. Swashbuckler Films

Désormais le cinéma hollywoodien doit compter avec ce géant débonnaire d'1m 93, un peu machiste, qui sait capter et retenir l'attention et la sympathie des spectateurs. En 1946, il devient son propre producteur pour le film de James Edward Grant  L'ange et le mauvais garçon. L'ancien acteur de la républic est désormais consacré par le public et également par les meilleurs réalisateurs de Howard Hawks à Josef Von Sternberg, sans oublier John Ford dont il est l'acteur fétiche. Par ailleurs, c'est John Wayne qui financera le premier film en relief : Hondo, l'homme du désert en 1943.

                      Gaumont Buena Vista International (GBVI)

En 1960, l'acteur, producteur, réalisateur engage sa fortune personnelle pour réaliser un vieux rêve, né sur la plateau des Sacrifiés : Alamo, un film lyrique et spectaculaire avec son final d'une violence impitoyable. Ce sera un succès très apprécié de John Ford. Sa seconde réalisation soulevera, quant à elle, des contestations de part et d'autre, car elle exalte l'héroïsme des soldats dans un conflit qui déchire l'opinion américaine: la guerre du Vietnam. Atteint d'un cancer, il interprète encore le rôle d'un tireur d'élite qui choisit sa propre mort dans un film de Don Siegel. La sienne se profile et il doit subir plusieurs opérations dont l'ablation d'une partie de l'estomac. Dès lors il passe son temps à entrer et sortir de l'hôpital avec un grand courage. Il est présent le 9 avril 1979 à la cérémonie des Oscars et meurt deux mois plus tard à Los Angeles. Ce jour-là l'Amérique perdait son héros national. Les journaux titrèrent : "Monsieur Amérique est mort". Il est vrai qu'il occupe une place à part dans le panthéon des stars pour n'avoir tenu qu'un seul rôle dans les 175 films auxquels il a participé, le plus souvent comme vedette, le film se construisant sur son nom. Parmi les plus connus : La chevauchée fantastique, bien sûr, La rivière rouge, L'homme qui tua Liberty Valance, Rio Bravo, Rio Grande, El Dorado, La charge héroïque, L'homme tranquille, Le fils du désert. Il représentait aux yeux du public un archétype, celui du héros indépendant, intrépide, qui ne meurt jamais, et auquel la situation donne presque toujours raison. Ainsi a-t-il été et reste-t-il dans notre mémoire le représentant idéal du cow-boy chevaleresque et courageux qui sait défendre la veuve et l'opprimé et surmonter ses propres doutes.

Pour lire les critiques des films où apparait l'acteur, dont La Rivière Rouge, La prisonnière du désert, Rio Bravo,      AlamoL'homme qui tua Liberty Valance et Le dernier des géants, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

            Swashbuckler Films Les Acacias John Wayne ProductionsCollection Christophe L.

      

                                                           

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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 11:11

                        George Clooney et Sydney Pollack. SND

                                                       

En l'espace d'une dizaine d'années, George Clooney a orienté sa carrière d'une façon inattendue et déroutante pour le cinéphile landa pour qui il représentait la séduction à l'état pur. Mais le favori de ses dames avait d'autres ambitions et a su métamorphoser son image d'acteur de charme pour aborder des sujets plus audacieux et plus conformes à ses aspirations. Avec son dernier film Michael Clayton présenté en avant-première à Deauville en septembre, il s'est lancé, avec son complice Tony Gilroy, scénariste de la saga Jason Bourne, dans un thriller psychologique sur les pratiques et l'absence d'éthique de certaines firmes américaines. De cette collaboration étroite est née un film sombre et pessimiste qui confirme le don de Clooney d'élargir le champ de ses interprétations et celui de Gilroy de se situer dans le panel des meilleurs scénaristes-réalisateurs actuels d'Hollywood.

 

Le film fonctionne sur le mode classique du thriller mais ici l'idée d'une possible rédemption s'annule devant l'ampleur et la puissance des forces en présence : celles scandaleuses d'un noyau d'hommes sans scrupules prêts à tout pour étendre en permanence, et à n'importe quel prix, leur influence. Face à eux, un avocat chargé d'un dossier douteux et qui se voit dans l'obligation de faire un choix entre ses responsabilités professionnelles et sa morale personnelle et, ce, au risque de sa vie, puisqu'il entend dénoncer les agissements coupables d'une multinationale agro-chimique qui, pour s'enrichir, est disposée à faire des millions de victimes.

 

 

                   Tom Wilkinson et George Clooney. SND David Zayas et George Clooney. SND

 

Mais contrairement à d'autres thrillers, Michael Clayton nous montre à quel point les hommes ne sont jamais que des pions, des marionnettes, broyés par une machine coorporatiste terriblement efficace. Pas une lueur d'espoir ne se profile à l'horizon d'un film ténébreux à souhait. D'autant que le metteur en scène a choisi volontairement de tourner  à New-York, sa ville natale, parce qu'aucun lieu ne lui semblait mieux approprié pour dépeindre un monde colossal et écrasant gouverné par le profit et l'argent et dont la présence des gratte-ciel rend l'ambiance encore plus étouffante.



L'exercice est réussi grâce à une mise en scène bien ficelée, une parfaite interprétation et un suspense maîtrisé qui nous tient en haleine, même s'il arrive que des flash-backs trop systématiques nous fassent parfois perdre le fil de l'action. Il est certain que ce n'est pas le film qu'il faut aller voir si l'on a du vague à l'âme, car le monde brossé par la caméra de Gilroy est affligeant et que Clooney, lui-même, nous y apparait ébranlé, fragilisé par l'ampleur d'une tâche qu'il sait perdue d'avance. D'où un sentiment de frustration et de défaite qui ne peut manquer d'étreindre le spectateur. Mais, n'importe, malgré sa silhouette fatiguée, ses soucis personnels sur lesquels le film s'attarde un peu trop longuement, Clooney nous campe un personnage sympathique et courageux, un Don Quichotte des temps modernes, oscillant entre foi et désespoir et qui a jeté dans la balance tout le poids de sa sincérité. Et puis voir des requins s'entre-tuer a quelque chose d'excitant qui rappelle les films du  Pollack des années 70. D'ailleurs Pollack est présent dans la distribution, endossant un rôle de parfait salaud de façon très convaincante. Un film à voir, ne serait-ce que parce qu'il serait dommage de bouder une oeuvre de cette qualité, où certaines pratiques américaines sont  mises au banc des accusés...



Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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                     Tom Wilkinson et George Clooney. SND

 

MICHAEL CLAYTON de TONY GILROY
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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 08:26

Swashbuckler Films

 


La rivière rouge ( 1948 ) est le premier western tourné par Howard Hawks, le premier film où il dirige John Wayne ( avec lequel il travaillera à quatre reprises, entre autre pour Rio Bravo ) et la première apparition à l'écran de Montgomery Clift que le cinéaste avait découvert au théâtre dans " You touched me ", adapté de D. H. Lawrence. Trois premières pour un film qui, davantage que la classique histoire d'un convoi de bétail, devient tout ensemble un voyage initiatique et l'affrontement de divers personnages que tout oppose et que l'on voit mûrir et évoluer au cours de l'action.


Au commencement de l'histoire, Tom Dunson est en train de dire adieu à sa fiancée qui suit un convoi de pionniers. Mais ce convoi sera attaqué par des Indiens et Fen tuée lors de cette rixe. Pour tenter d'exorciser ce souvenir tragique, Tom va s'employer à construire un véritable empire et élever Matt, un enfant dont la mère a été tuée elle aussi au cours de cette attaque, comme le fils qu'il n'aura jamais de la femme aimée.

 


A l'origine, le roman de Borden Chase se terminait par la mort de Tom qui, blessé par Cherry Valance, demandait à mourir au Texas, face à la Rivière rouge. Cette fin ayant été modifiée par le cinéaste, Chase reprochera à Hawks d'avoir considérablement diminué l'importance du personnage de Cherry, qui se situe psychologiquement à mi-chemin de Tom et de Matt, ce père et ce fils adoptif qui ne cesseront de se combattre tout au long du film. Mais Hawks tenait à faire vivre les personnages selon ses propres émotions et n'a pas souhaité suivre à la lettre le roman de Chase, dont le film n'est jamais qu'une libre adaptation.

 

 

                           John Wayne et Montgomery Clift. Swashbuckler Films


 

Ce qui importait à ce dernier était de rendre compte des relations de plus en plus dramatiques entre Tom et Matt sans jamais vouloir que l'un tue l'autre. "Je ne me suis pas fait à l'idée qu'il soit nécessaire de tuer les gens et d'achever un film sur la mort " - avait-il expliqué à l'époque. Par ailleurs, il désirait offrir à son interprète féminine Joanne Dru un rôle d'une vigueur et d'une insolence rares dans un western, où les femmes ont le plus souvent des rôles effacés. Comme Angie Dickinson dans Rio Bravo, Joanne Dru est ici capable de tenir tête aux hommes et surtout de les ramener à la raison. Bien que film d'hommes, La rivière rouge nous propose ainsi un beau portrait de femme brossé d'une caméra attentive et complice.

 

                         Montgomery Clift et Joanne Dru. Swashbuckler Films


Par la même occasion, Hawks allait trouver en John Wayne l'interprète idéal, l'homme puissant, le Goliath que le jeune Clift affrontera en David audacieux, ce qui lui vaudra d'emblée la sympathie du public. A l'écran, Wayne apparaît comme invulnérable, inébranlable, l'homme des plaines immenses, le héros que rien ne saurait décourager ou abattre. Aussi la mort de Wayne paraissait-elle incongrue à Hawks et préféra-t-il substituer à cette mort la réconciliation du père et du fils adoptif que Tess Millay sépare, revolver au poing.


La personnalité de Hawks marque profondément cette oeuvre qui ne cède pas aux impératifs habituels des westerns. Plus que les cavalcades, c'est l'évolution psychologique des personnages et la rivalité entre un père et un fils qu'il se plait à décrire et exprime par des gestes symboliques : par exemple celui où Groot lance à Tom un poignard pour lui éviter d'être tué par un Indien ; les cris repris par les différents cow-boys au moment du départ du troupeau, ou encore le passage d'un nuage lors de l'enterrement de Dan Latimer qui plonge le paysage dans une troublante obscurité. Le film s'enrichit de ces touches poétiques et du documentaire très précis qu'il nous offre de la vie dangereuse, quotidienne et monotone de ces gardiens de troupeaux dont le bétail s'élevait parfois à plus de 10.000 têtes. Malgré les innombrables difficultés rencontrées lors du tournage et les tracasseries occasionnées par un important dépassement budgétaire, La rivière rouge n'en est pas moins un film d'une parfaite cohésion, dont les images frappent par leur beauté et où la tension dramatique ne faiblit pas. Martin Scorsese le considérait comme son western préféré, ce qui est une référence, et John Wayne disait que si La chevauchée fantastique  ( 1939 ) avait fait de lui une star, La rivière rouge avait fait de lui un acteur. Ce n'est pas un mince compliment.

 

4-e-toiles

                                                               
 Pour lire les articles consacrés aux grands maîtres du western et à John Wayne, cliquer sur leurs titres :


LES GRANDS MAITRES DU WESTERN            JOHN WAYNE                                                


Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont un grand nombre de westerns, cliquer sur le lien ci-dessous :


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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 08:23

Warner Bros. France                  

 

 

Voilà un film dont on avait beaucoup parlé lors de sa présentation à Deauville et qui avait fait une forte impression sur le public, bien que, déjà, les avis aient été partagés. Il est vrai que "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" a peu à voir avec le western traditionnel et que certains spectateurs pourront trouver cette oeuvre trop longue et trop éloignée du portrait légendaire du hors-la-loi qui avait raison de tout et de tous. Ce film présente une intrigue peu habituelle.  Il ne s'agit pas seulement d'une histoire de gangster mais de l'itinéraire intérieur d'un jeune homme idéaliste qui s'est trompé de combat et que sa vie dissipée ne peut satisfaire, d'où un sentiment d'échec et de frustration qui ne cesse de saper son moral jusqu'à faire de lui un paranoïaque... si bien qu'il semble que, désormais, il n'aspire qu'à une mort libératrice et justificatrice qu'il rencontrera par procuration. Le film d'Andrew Dominik retrace les derniers mois de l'existence de Jesse James sous l'emprise de cette dépression grandissante. Nous ne sommes plus dans les grands espaces des westerns d'antan peuplés de chevauchées fantastiques, mais dans les décors enneigés du Wisconsin où la misère domine, tant matérielle que psychologique. Bien entendu, la légende du western est mise à rude épreuve, mais l'ambition de l'auteur n'était pas d'ajouter un film supplémentaire à une longue liste de bons et de moins bons films du genre, mais de réaliser une oeuvre singulière qui se déploie en empruntant des chemins de traverse, nous dépeint des scènes familiales et dont l'ascétisme prend peu à peu et, inéluctablement, un éclat funèbre et déchirant. Le metteur en scène s'attarde à creuser la psychologie des personnages et, même si la fin nous est connue, elle s'avance par des voies inattendues et mystérieuses. C'est également une ode à la solitude exprimée par la lenteur du rythme qui traduit la rencontre, comme désirée, d'une fin tragique qui  s'en vient sans bruit, à pas feutrés.

 

 

                        Brad Pitt. Warner Bros. France 

 

 

Jesse James était le second fils d'un pasteur. Né en 1847, il mourra en 1882 à l'âge de 34 ans. En 1862, lors de la guerre de Sécession, la ferme où il demeure avec sa famille est saccagée par les nordistes et le jeune homme sauvagement battu, ce qui l'incitera à rejoindre son frère aîné dans l'armée sudiste. Mais il est jugé trop jeune ( il n'a que 16 ans) pour cet engagement. Par dépit et pour venger la défaite de son camp, il rallie  la troupe du sanguinaire William Quantrill jusqu'à la capitulation des confédérés en 1865. Par la suite, il crée avec son frère sa propre bande et ensemble envisagent des attaques et des vols pour survivre en ces lendemains troublés. Mais une agence privée se lance à leurs basques et dix hommes cernent la maison familiale blessant le père, la mère et un jeune demi-frère. Cette opération  provoquera l'indignation d'une partie de l'opinion publique qui considère ces délinquants comme "des victimes de la guerre". En 1876, après l'échec d'une de leurs expéditions, Frank, l'aîné, décide de se retirer d'une actualité devenue trop dangereuse, mais Jesse ne l'entend pas de cette oreille. Il recrute de nouveaux compagnons et cette fratrie offensive va perpétrer d'innombrables forfaits, attaquant les trains, les convois, détroussant les voyageurs, si bien que les gazettes font de ces bandits de grands chemins une légende vivante...et terrifiante. Avec son caractère dur et implacable, Jesse est presque autant redouté de ses comparses que de ses victimes, si bien que l'un d'eux, qui l'admire tout autant qu'il le craint,  finira par l'abattre lâchement dans le dos, avide de renommée et appâté par la prime offerte pour la suppression de cet ennemi public. Tour à tour pitoyable, inquiétant et jovial, ce film, économe sur le plan des effets, nous sert un drame sombre et réaliste où les héros introvertis sont davantage préoccupés de leurs névroses que de leurs faits d'armes. Méditation lyrique sur un destin qui se fourvoie et se dérobe, il est interprété par un Brad Pitt tourmenté qui s'est totalement effacé derrière son personnage et réussit une performance remarquable. Maître de son jeu, il domine le film avec aisance, face à un Casey Affleck prometteur, parvenant à révéler, sous ses dehors juvéniles, une ambition qui fera de lui le bras armé de la loi. Ce duo explosif nous livre une épopée intime d'une belle et douloureuse  intensité. Original et ambitieux.

 

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                         Casey Affleck et Brad Pitt. Warner Bros. France         

 

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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 09:09

                      

 

                                                                        BANDE SONORE


Libre adaptation d'un roman de Marie Desplechin, Sans moi d'Olivier Panchot est un film maitrisé et sensible dans le meilleurs sens du terme. Sans jamais verser dans le mélodrame et sans maladresse, le cinéaste nous dresse le portrait de deux femmes à l'opposé l'une de l'autre que la vie va réunir dans une étonnante intimité psychologique. Alors qu'Anna est prête à aider Lise à stabiliser sa vie, les circonstances vont soudain la confronter à ses propres failles. Le choix des actrices a été particulièrement judicieux, tant elles parviennent à exprimer, avec justesse et finesse, ce qui les sépare. L'une est assurément une paumée, mais une paumée qui a de l'entregent et du panache et que la jeune Clémence Poésy intreprète avec une vitalité débordante et une force de conviction qui l'imposent dès les premières scènes. Face à elle, Yaël Abecassis  joue le rôle d'Anna avec grâce et élégance. Cette jeune mère, qui semble parfaitement s'assumer, contrôler chaque aspect de son existence au point de se sentir en mesure d'aider sa jeune baby-sitter à consolider la sienne, va brusquement découvrir, comme si la jeune femme lui servait de miroir, ses  fragilités, ses zones d'ombre, ses faiblesses. Divorcée, Anna a engagé Lise pour s'occuper de ses deux enfants. Or, celle-ci, a un passé chargé et fait entrer, en même temps qu'elle, dans le monde bien organisé d'Anna, une part de violence et de corruption. Elle va, en quelque sorte, brouiller les repères de celle qui l'héberge. Ainsi le film, comme l'avait fait le livre, décrit-il la confrontation de deux modes de vie, de deux morales, entremêlant respect, apprentissage, entraide, dans un climat délicat de pudeur et de tendresse. Mais, contrairement au roman, le cinéaste s'est attaché davantage au personnage d'Anna, pour la raison qu'il souhaitait se décharger du poids de l'ouvrage littéraire et proposer une perspective radicalement différente. " J'ai décidé très vite - a-t-il dit - d'inverser la proposition du roman : il fallait réinventer la fiction secrète de cette femme. Libre à moi de m'approprier l'intimité du personnage et de la mettre en scène".

 

                      Clémence Poésy et Yaël Abecassis. Haut et Court 

 


Même si les personnages principaux sont des femmes, Olivier Panchot se défend d'avoir réalisé un film féministe ; ce qui comptait, selon lui, était l'authenticité des personnages, l'acuité du regard que l'on posait sur eux.  Je pense - a-t-il dit - aux films de Truffaut, en particulier  "L'histoire d'Adèle H " ou encore " Persona " de Bergman. Je pense aussi à " La leçon de piano " de Jane Campion. Voilà trois trajets de femme d'une force et d'une justesse incroyable. Parmi ces trois films, y aurait-il un film plus féminin ou plus masculin que les autres ?


L'action se situe au coeur d'un Paris que le réalisateur, là encore, a souhaité en symbiose avec ses personnages : " J'ai voulu recomposer un Paris singulier autour de l'appartement d'Anna. Il fallait que la perception des lieux soit en phase avec son état psychique. Nous avons fait en sorte de pouvoir tourner dans des rues étrangement désertées, comme en retrait du monde, tout en étant situées à proximité du parc. Il s'impose alors comme un élément perturbateur, un peu sauvage. Le parc des Buttes Chaumont échappe à la rigueur géométrique des jardins à la française, il est plus accidenté, la végétation semble ici plus libre, moins domestiquée".
Quant à la mise en scène, elle mérite tous nos éloges pour sa fluidité, sa luminosité, ses cadrages subtils, sa chorégraphie, nous offrant des images soignées sans jamais sombrer dans un esthétisme trop conventionnel. Le visage, les attitudes des actrices, quelles que soient les scènes douces ou violentes, sont sublimés et Olivier Panchot sait, à chaque instant, tirer le meilleur parti de leurs mouvements et de leurs expressions. Si bien que l'ensemble de ces qualités fait de ce long métrage une oeuvre attachante, un film ouvragé comme une dentelle, sans être précieux pour autant. 

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

                   Clémence Poésy. Haut et Court    Yaël Abecassis. Haut et Court

 

 

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8 octobre 2007 1 08 /10 /octobre /2007 18:14

Les Grands Films Classiques    VIDEO
          

La poursuite infernale ou My darling Clémentine ( 1946 ) de John Ford compte parmi les westerns les plus célèbres et, ce, à juste titre. Wyatt Earp ( Henry Fonda ) et ses trois frères Virgil, Morgan et James transhument avec leur troupeau dans les somptueux paysages de Monument Valley. Mais alors qu'ils font halte près de Tombstone, James est tué et le troupeau volé. Pour être sûr de venger son frère, Wyatt accepte le poste de shérif de Tombstone qu'on lui propose et choisit pour adjoints ses propres frères. Cette région vit sous la dictature que fait régner un certain Johnny Ringo, lui-même allié à la bande du vieux Clanton considéré par beaucoup comme l'assassin de James Earp. C'est d'ailleurs Virgil qui réglera son compte à Billy Clanton avant d'être lui même abattu par le vieux Clanton. Un ultime réglement de compte opposera Wyatt, Morgan et Doc Holliday ( Victor Mature ), le fiancé de Clémentine, au vieux Clanton et à ses fils où, au final, la bande des Clanton et Doc trouveront la mort. Wyatt repartira avec Morgan, mais reviendra peut-être à Tombstone pour épouser Clémentine dont il est tombé amoureux.


                   Henry Fonda et Cathy Downs. Les Grands Films Classiques    John Ireland et Linda Darnell. Les Grands Films Classiques

 

Patriarche violent et intraitable, le vieux Clanton représente la dureté des premiers colons, prêts à se battre pour arracher et conserver le moindre lopin de terre. Son habitude de frapper ses fils avec le fouet dont il ne se sépare jamais ou d'abattre ses adversaires dans le dos traduisent bien ce comportement despotique, déjà anachronique et appartenant à un Far West révolu, où chacun dictait sa loi selon ses convenances. Doc Holliday incarne, au contraire, un style de vie plus moderne mais tout aussi dangereux. Un homme peut suivre la trace d'un autre homme de tombe en tombe - dit de lui Wyatt Earp. Toujours à la limite du crime et de la légitime défense, Doc, un ancien chirurgien déchu et alcoolique, qui a connu la vie tumultueuse de Denver et a renoncé à son cabinet pour se consacrer au jeu, n'a guère plus de scrupules qu'un Clanton, mais il y met plus de formes et vit sur le fil du rasoir avec une ambiguïté troublante ; ce personnage étant intreprété par un Victor Mature impressionnant qui sait lui prêter toute l'équivoque nécessaire. Fiancé à Clémentine mais amant de la belle Chihuahua ( Linda Darnell ), il habite le film de son regard d'acier et de ses attitudes empreintes de défiance et de ruse. Face à lui et à Clanton,  Henry Fonda  ( Wyatt ) symbolise la loi et l'ordre. Choisi par Ford avec qui il était lié par une longue amitié et deux films Young Mr Lincoln et Les raisins de la colère, il est pleinement ce personnage soucieux de faire régner la justice et d'utiliser, à ces fins, des méthodes plus humaines.                            

Ford aimait sa démarche. Il aurait pu regarder Fonda marcher pendant des heures. Le style de l'acteur s'accordait totalement au sien. La manière dont celui-ci se déplaçait avec une lenteur calculée, se balancait d'un pied sur l'autre et dansait nous propose quelques images inoubliables. Dès le début du film, Ford choisit de cadrer Wyatt en contre plongée pour renforcer l'importance qu'il entendait donner à son héros.


Henry-Fonda.jpg      Henry Fonda

Bien entendu, Ford désirait rendre la bataille d'O.K. Corral telle qu'elle s'était déroulée dans la réalité ; c'est la raison pour laquelle il avait soigné chaque détail et choisi, en conséquence, ses interprètes, tant il est vrai que ce réglement de compte qui date du 26 octobre 1881 appartient à l'histoire légendaire de l'Ouest américain. Malgré cela, La poursuite infernale n'est pas d'une rigueur absolue et quelques aspects du film s'éloignent de la réalité, ainsi le vieux Clanton était déjà mort lors de l'affrontement final. Mais, peu importe qu'il y ait ici ou là un léger décalage entre la vérité et sa représentation cinématographique, car le film est beaucoup plus qu'un banal documentaire sur un haut fait du Far West. Son ambition va au-delà d'un rendu romanesque : il décrit le passage de la nature à la civilisation. La première est évoquée par les paysages grandioses qui défilent devant nos yeux dans leur âpreté sauvage ; la seconde, par cette ville de Tombstone qui s'édifie peu à peu. L'un des plus beaux moments est l'inauguration de la cloche de l'église et la séquence de la danse qui témoigne de la transition entre l'Ouest primitif et une Amérique en mutation. Les personnages se chargeant, par ailleurs, d'incarner cette évolution. 


                  Henry Fonda et Victor Mature. Les Grands Films Classiques

Pour conclure, l'un des plus grands mérites de ce film est de balancer entre la légende, ses figures héroïques, sa violence, ses archétypes et la peinture de la vie quotidienne, ses lenteurs, sa banalité et sa poésie. John Ford anime son intrigue par la peinture de personnages secondaires, saisis sur le vif, qui procurent à l'oeuvre son identité propre. Initialement, le film devait durer plus de deux heures, mais Darryl F. Zanuck, le producteur, exigea les coupes qu'il jugeait indispensable pour clarifier la narration. On peut le regretter aujourd'hui, mais, à l'époque, les films n'outrepassaient que rarement l'heure et demie. Bien qu'il n'obtint pas, à sa sortie, la totale adhésion des critiques ( par contre le public lui fera un triomphe ), il apparait de nos jours comme l'une des oeuvres magistrales de John Ford et l'un des plus beaux rôles d'Henri Fonda, tandis qu'il force l'admiration par l'alliance de la puissance et de la subtilité.

 

4-e-toiles


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LES GRANDS MAITRES DU WESTERN          HENRY FONDA - PORTRAIT

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

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6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 08:49

           Bac Films              

 

QUAND LA TRAGEDIE RENCONTRE LE BURLESQUE ET LA POESIE.

 

Parmi les films qui continuent à attirer les Italiens dans les salles obscures, il faut signaler la survie d'un cinéma comique peu connu hors des frontières de la péninsule parce qu'il n'y obtient pas, transplanté à l'étranger, le même succès que dans son pays d'origine. Roberto Benigni est la personnalité la plus connue de cette tendance marquée, à la manière d'un Woody Allen, par la synthèse cinéaste-comédien. Révélé en 1977 avec Berlinguer ti voglio bene  de Bertolucci, Benigni passe à son tour à la réalisation et obtient un énorme succès avec Il piccolo diavolo ( 1988 ), Johnny Stecchino ( 1991 ) et Il mostro ( 1994 ) qui parviennent à dominer au box-office les produits hollywoodiens, tel que Le roi lion des studios Walt Disney. La mise en scène ne l'empêche nullement de poursuivre sa carrière d'acteur où son physique lunaire, son humour poético-burlesque lui confèrent des airs chaplinesques et concourent beaucoup à sa renommée. Mais il accède véritablement à la gloire internationale en 1997 avec un film qui va lui mériter, tout à la fois, le Grand prix du jury à Cannes ainsi que l'Oscar du Meilleur film étranger et du Meilleur acteur à Hollywood en 1998 : La vie est belle, l'histoire d'un père qui tente de protéger son fils de la réalité des camps de concentration nazis en lui faisant croire que tout cela n'est qu'un jeu. Derrière et devant la caméra, Benigni, qui n'est pas seulement le réalisateur et le scénariste mais l'interprète de ce film, réussit un doublé d'excellence stupéfiant, poignant, qui met en valeur les notions de courage, de liberté, d'amour, d'humanité en passant - comme le faisait Chaplin - de la tragédie à la comédie, du rire aux larmes.



On s'est demandé, à propos de ce film, contesté par certains, s'il était permis de rire de tout, c'est-à-dire des sujets les plus dramatiques comme celui de la Shoah et des camps d'extermination, mais Benigni n'a pas cherché à faire oeuvre sur la Shoah, ce que d'autres ont réalisé en respectant scrupuleusement l'Histoire ; non, il a tenté de montrer que la seule arme capable de venir à bout de l'horreur était l'amour.  Son mérite est de n'être tombé dans aucun des clichés qui le guettaient et de n'avoir eu recours à aucun artifice mélodramatique. Ce qui comptait pour lui - a-t-il dit - était de montrer le versant irréel et amusant des choses, car la vie conserve, en toutes circonstances, un prix inestimable, une saveur si forte qu'elle permet de résister aux pires sévices. Ce camp, ajoutait-il, qui a servi de décor au film, n'est pas une réplique de ceux de l'Allemagne nazie, ce n'est qu'une idée, au sens quasi platonicien, l'idée d'un antre du Mal, d'un antre de monstre, comme dans les contes pour enfants. Il n'y a rien de plus terrible à exprimer que la terreur, car l'horreur est en soi incommensurable. C'est même si inconcevable qu'il apparaît presque facile à Guido, le père, de laisser croire à l'enfant que cela est un jeu, car fuir le réalisme n'est pas trahir la réalité. L'artiste opère toujours une trahison quand il écrit ou filme. On pense à cette phrase de Keats : "quand une chose est belle, elle devient réelle". Alors, poursuit Bénigni, si mon film est réussi, et je l'espère, le camp que je dépeins devient vrai. Pour le personnage de Giosuè, j'ai choisi l'âge que l'écrivain Conrad définissait comme celui de la ligne d'ombre de l'enfance, l'âge où l'on comprend mais aussi celui on l'on peut croire qu'il s'agit d'un jeu. Et Giosuè a probablement tout compris...

 

    Pathé Distribution   Nicoletta Braschi. Pathé Distribution   Roberto Benigni et Giorgio Cantarini. Bac Films 

 

Le film commence comme une comédie facétieuse, afin d'introduire un climat de conte de fées, où l'on voit un modeste serveur de restaurant employer toutes les ressources de son imagination pour conquérir la femme qu'il aime ( Nicoletta Braschi ) et l'enlever au nez et à la barbe de sa famille et de son fiancé, un fonctionnaire fasciste. De cette union va naître un enfant Giosuè que, cinq ans plus tard, deux policiers en civil vont enlever avec son père et envoyer dans un camp de concentration allemand. Dora, qui n'est pas juive, exigera de les accompagner. Mais elle est séparée de son mari et de son fils et le film devrait sombrer dans le pire cauchemar. Au contraire, le talent de conteur du père va  transformer cette réalité en rêve et persuader le petit garçon qu'il est au coeur d'un jeu gigantesque dont le trophée final, s'il suit bien les recommandations paternelles, sera un char d'assaut. Et, en effet, l'enfant aura son char d'assaut et retrouvera sa mère, mais le père sera tué alors qu'il tentait de rejoindre sa femme et lui criait son amour  à l'aide d'un haut-parleur du camp. Cette scène d'une beauté bouleversante introduit dans ce climat carcéral le sentiment le plus vif et le plus pur qui soit et, pour quelques instants, éclaire ces lieux sordides, d'une lumière surnaturelle, ce qui prouve que l'art peut être mieux que la vie et la ré-écrire en la transformant. Tout est dans le regard de l'artiste qui a en charge de rendre à cette inhumanité les couleurs de l'espérance. Mission accomplie par un Roberto Benigni inspiré, émouvant dans ce duo intemporel avec l'enfant où, grâce à son imagination, il ré-invente un univers supportable, le fait exister et nous le donne à voir sans céder à des facilités narratives. Le cinéaste a réussi le pari difficile de transposer le rêve dans la réalité la plus abjecte. La qualité de son interprétation, qui oscille entre le grave et le loufoque, ainsi que celle admirable de l'enfant, et la poésie qui s'en dégage, y sont pour beaucoup. Cette fable est un chef-d'oeuvre qui prouve, si besoin était, que le cinéma italien a encore de beaux jours devant lui.
  

5-etoiles 

 

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LA VIE EST BELLE de ROBERTO BENIGNI
LA VIE EST BELLE de ROBERTO BENIGNI
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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 10:02

                       Swashbuckler Films

 

Distribuée aux Etats-Unis quinze jours avant l'attaque de Pearl Harbour, La charge fantastique ( 1941 ) de Raoul Walsh est le symbole d'une Amérique qui croit encore en ses héros. Contrairement à Arthur Penn, qui a présenté l'homme de l'Ouest comme un tueur d'indiens mégalomane, Raoul Walsh fait du général George Armstrong Custer un cavalier intrépide, forgé dans la plus pure légende westernienne et persuadé qu'il travaille pour une noble cause : celle de conquérir des terres immenses et inutilisées pour les donner à des peuples qui sauront les cultiver et les exploiter. Custer va trouver en Errol Flynn un interprète idéal, dont la fougue, la prestance et l'indéniable séduction feront merveille à l'écran. Celui qui avait déjà été Robin des Bois et le capitaine Blood était dirigé ici pour la première fois par un metteur en scène avec lequel il tournerait encore sept autres films, tant le courant passait bien entre eux deux.
Revue par Walsh, l'histoire du général Custer va devenir une suite de pages glorieuses et particulièrement photogéniques depuis West Point, où le héros apparait sanglé dans son uniforme comme un héros de légende, jusqu'à Little Big Horn où il trouvera la mort, sans oublier les charges de cavalerie qu'il mène avec audace et brio en jeune officier auquel rien ne semble devoir résister.

                    Errol Flynn. Swashbuckler Films  Errol Flynn. Swashbuckler Films

" Je suis prêt à jouer s'il le faut mon argent, mon épée et même ma vie, mais jamais le nom que je porte " - déclarera-t-il fièrement aux politiciens et aux affairistes qui tenteront de l'associer à leurs louches combines. Par ailleurs, Walsh aura le mérite de dénoncer avec lucidité le drame des guerres indiennes et de nous montrer, à travers le personnage du chef  indien Crazy Horse, une figure pleine de noblesse, victime des trafiquants blancs et de l'Histoire. Crazy Horse n'y apparait pas comme un sauvage à peau rouge mais comme un homme d'un immense courage qui défend son territoire au prix de sa vie. L'ultime rencontre de Custer et de Crazy Horse à Little Big Horn se révèle être davantage une étape irréversible qu'un affrontement personnel. D'ailleurs, bien que vainqueurs, le chef indien et ses guerriers ne sont jamais que des morts en sursis. Ce rôle est admirablement campé par le formidable acteur qu'était Anthony Quinn, dur, intraitable, vaillant, d'un courage égal à celui du chef qui lui fait face dans une charge lyrique qui est un très grand moment de cinéma.
Evitant tout ce qui aurait pu faire de son film une parabole belliciste, Walsh s'attache à décrire la personnalité de ses héros, principalement celle de général Custer, bien sûr, dont on suit le parcours avec un intérêt croissant. " La gloire - disait-il - a un avantage sur l'argent. On l'emporte avec soi en mourant ". D'autre part, ce film ajoute à l'épopée héroïque, des scènes plus sentimentales d'une grande tendresse, où Olivia de Havilland est l'épouse du général et forme avec Errol Flynn un couple inoubliable, déjà réuni en 1939 dans Les conquérants de Michael Curtiz.  La scène des adieux, filmée de façon juste et sobre, est parmi les plus émouvantes et donne à ce long métrage une touche sensible, sans mièvrerie aucune. Enfin, il serait regrettable de ne pas mentionner la chanson irlandaise qui devint l'hymne du 7th Cavalry et l'évocation réussie de l'Amérique de la seconde moitié du XIXe siècle, bouleversée par la guerre de Sécession, les guerres indiennes, la ruée vers l'or dans les Black Hills, ce qui contribue à faire de ce film une fresque passionnante et grandiose de l'histoire du Nouveau Monde.


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27 septembre 2007 4 27 /09 /septembre /2007 09:36

                      Metro Goldwyn Mayer (MGM) Metro Goldwyn Mayer (MGM)

                             

Le jour des funérailles du patriarche, la famille et les amis arrivent chacun avec son lot de problèmes. Le fils aîné Daniel va s'affronter à son frère rival, Robert, qui vit de sa plume aux Etats-Unis, Martha, sa cousine, chercher à faire accepter son nouveau fiancé à son père, ce qui sera chose rendue encore plus difficile que ce dernier a avalé, par inadvertance, une pillule hallucinogène. Mais les complications s'aggravent encore, quand débarque un curieux personnage, que nul ne connait, mais qui assure, quant à lui, avoir très intimement connu le défunt et être tout disposé à révéler des choses auxquelles personne ne s'attend. Tant et si bien que Daniel et sa famille, sentant poindre le danger, vont tout tenter pour enterrer ensemble les confidences ... et le patriarche...

                   Peter Vaughan et Andy Nyman. Metro Goldwyn Mayer (MGM) Peter Dinklage et Frank Oz. Metro Goldwyn Mayer (MGM)

Anglais de naissance, Frank Oz est californien d'adoption depuis l'âge de cinq ans. En 1982, il co-réalise avec Jim Henson  Dark Cristal  qui sera un succès et lui ouvrira les portes des studios et de la réalisation en solo. Mais après deux échecs successifs The Score  en 2001  et Et l'homme créa la femme  en 2002, il tourne le dos aux grosses productions et aux stars pour se contenter de films à plus petit budget comme celui-ci où il s'essaie, par la même occasion, à un nouveau régistre : l'humour, sans parvenir totalement à nous convaincre. Je m'attendais à un film dans la veine de Quatre mariages et un enterrement, d'autant que la critique n'avait pas été mauvaise, mais l'humour de Frank Oz me reste sur l'estomac et j'avoue que ce long métrage sans finesse m'a beaucoup déçue.

                    Daisy Donovan et Alan Tudyk. Metro Goldwyn Mayer (MGM) Matthew MacFadyen. Metro Goldwyn Mayer (MGM)

Non que les acteurs ne fassent pas tout leur possible pour nous faire rire, mais c'est si souvent décalé ou si prévisible que cela tombe le plus souvent à plat et que l'on finit par s'agacer de si peu de légèreté, de subtilité, de sagacité. Rien de nouveau sur l'écran. Le film reprend à son compte, sans innover, les vieilles recettes du comique, du burlesque, du rocambolesque qui ont servi et resservi mille fois, si bien que le cinéaste ne nous propose, en définitive, qu'une suite de mets réchauffés. Aussi se prend-t-on à rêver à des oeuvres comme Arsenic et vieilles dentelles et aux meilleurs crus de l'humour anglais que, Oz, installé depuis trop longtemps en Amérique, ne sait point distiller. Hélas !

 

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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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