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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 13:34

               Philippe Quaisse Guy Ferrandis

 

 

Antoine aime sa soeur Emilie qui l'aime en retour. Exclusif, cet amour ne suscite, en apparence, aucune équivoque : leurs rapports demeurent fraternels. Cependant Emilie craint que la chasteté ne soit qu'une étape de leur amour, la dernière avant l'inceste. Pour conjurer cette fatalité, elle se donne à un inconnu, croyant ainsi creuser un abîme infranchissable entre elle et son frère. Celui-ci tente de se suicider mais échoue. Alors, au terme d'un repas familial, comme pour mettre un point d'orgue apaisé et replacer chacun dans la direction qui est sensée être la sienne,  Emilie offre à Antoine cet émouvant poème : " Mais où est donc l'ami que partout je cherche. Dès le jour naissant mon désir ne fait que croître et quand la nuit s'efface, c'est en vain que j'appelle. Je vois ses traces, je sens qu'il est présent partout où la sève monte de la terre, où embaume une fleur et où s'incline le blé doré. Je le sens dans l'air léger dont le souffle me caresse et que je respire avec délice. Et j'entends sa voix qui se mêle au chant d'été ".


Car la mort et l'amour cheminent aux côtés des vivants et s'emparent de leur existence sans crier gare. Rien n'est assuré, tout est précaire dans les sentiments qui se saisissent des coeurs et les malmènent. Le cinéma d'André Téchiné sait admirablement témoigner de cette précarité, de cette tension entre le possible et l'impossible, entre l'amour et la haine. " J'aime filmer les sentiments en action " dit-il volontiers. Et il est vrai qu'il confère une intensité maximum à ces instants où tout peut basculer ; où un regard, un mot sont en mesure de changer le cours d'une vie. Réunis autour de leur mère mourante, Emilie et Antoine n'ont pas seulement à faire front à cette disparition prochaine, qui les met en présence de tant de souvenirs partagés, mais également à la nature de leur amour réciproque que leurs retrouvailles se plaisent à aggraver. L'oeuvre du cinéaste, angoissée jusqu'alors, semble néanmoins aboutir avec Ma saison préférée  ( 1993 ) a une conclusion plus sereine, et s'ouvrir sur un été où les personnages finissent par puiser en eux les raisons de leur survie et de leur épanouissement.



Belle méditation sur la vieillesse et la mort ( celle de Berthe la mère ), le film développe une tension psychologique de chaque instant et ajoute, à une écriture fluide,   une réalisation discrète et d'une extrême pudeur. Les dialogues sont mis en valeur par une interprétation sans faille : celles de Catherine Deneuve et Daniel Auteuil qui donnent à leurs personnages la gravité et la profondeur requises. Quant à Marthe Villalonga, elle dévoile ici une facette trop méconnue de son immense talent. D'une chaude densité dramatique, le film s'impose comme l'un des meilleurs de Téchiné, à l'instar des Roseaux sauvages  ( 1994 ), chronique d'une adolescence bouleversée par la guerre d'Algérie, traumatisme récurrent dans ses films. Voici résumé  l'oeuvre lyrique et fragile d'un sédentaire inquiet.

 

Pour lire l'article consacré à Catherine Deneuve, cliquer sur son titre :   CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT



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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 11:04

                

 

 

Une plantation de caoutchouc en Indochine dans les années trente. Sa direction est entre les mains d'Eliane Devries ( Catherine Deneuve ), une femme mûre aux idées libérales, menant de main de maître sa plantation d'hévéas, autoritaire et forte, cassante mais blessée et qui, pour toutes sortes de raisons, a choisi de rester célibataire. Son existence, déjà très perturbée par la montée du nationalisme, va être bouleversée par l'arrivée d'un officier Jean-Baptiste Le Guen ( Vincent Perez ), dont elle tombe amoureuse, ainsi que Camille sa fille adoptive, une petite princesse annamite. Camille ( Linh Dan Phan ) va s'enfuir avec lui, traverser le pays en proie à la guerre civile et accoucher d'un bébé dans des conditions difficiles. L'enfant sera récupéré par l'armée française et confié à Eliane, tandis que sa mère opte pour la lutte clandestine. Dix-huit ans plus tard, à Genève, siège de la conférence de la paix, Eliane raconte cette histoire à l'enfant eurasien qui a grandi. Sa mère fait partie de la délégation vietnamienne mais il ne la rencontrera pas...
 


Cette vaste fresque, couvrant plus de vingt ans de l'histoire coloniale de 1930 aux accords de Genève, à travers les destinées d'une poignée de personnages pris dans la tourmente d'un pays déchiré, est certainement le film le plus accompli qui ait été tourné sur le sujet dans les limites de l'imagerie, car il y eut, entre autres, celui très documenté sur le corps expéditionnaire français au Viêt-nam  La 317e Section de Pierre Schoendoerffer. La cheville ouvrière de l'entreprise a été le co-scénariste Erik Orsenna, prix Goncourt 1988 pour son roman L'exposition coloniale, auquel le producteur Eric Heumann souhaitait tout d'abord confier les rênes de la réalisation du film, mais qui échurent au metteur en scène Régis Wargnier, déjà connu pour deux bons mélodrames :  La femme de ma vie et Je suis le seigneur du château.

 

 Avec Indochine , qui date de 1992, le réalisateur va accompagner le narratif de l'écrivain - fasciné par le côté impérial de la civilisation indochinoise - de l'omniprésence des admirables paysages de l'Extrême-Orient, depuis l'île du Dragon à la baie d'Along, qui servent de toile de fond grandiose à cette histoire de violence et de passion, comme le cinéma français en compte finalement assez peu - l'équivalent pour la guerre d'Indochine à ce que fut, pour la guerre de Sécession  Autant en emporte le vent , toutes proportions gardées.



Orsenna, sympathisant modéré de la cause révolutionnaire qui a écrit le scénario en participation avec Louis Gardel et Catherine Cohen, a voulu rendre hommage au courage d'un peuple humilié en cadrant ce récit autour d'un personnage phare, celui interprété par Catherine Deneuve dans le rôle en or de la femme colon attachée à sa terre. Autour d'elle, figure de proue tutélaire, tourne la ronde des amours contrariés, des conflits raciaux, des trafics d'influence, des guet-apens successifs, des trahisons et des fidélités, monde grouillant que domine également le personnage truculent d'Asselin pour qui seul le profit compte et que campe admirablement le regretté Jean Yanne. Un roman-fleuve exotique, aux partis pris affichés, soit !  mais qui charrie quelques belles pépites. D'ailleurs le public lui fit un accueil triomphal, concrétisé par l'Oscar du meilleur film étranger en 1993 et par cinq Césars la même année. Catherine Deneuve dans le rôle d'Eliane Devries, auquel elle sut prêter une grande autorité, fut nominée pour celui de la meilleure actrice à Hollywood. N'oublions pas Dominique Blanc, merveilleuse actrice qui n'a ici qu'un second rôle, celui d'Yvette, et la touchante Linh Dan Phan en princesse annamite.

 

Pour lire l'article consacré à Catherine Deneuve, cliquer sur son titre :   

 

CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT

 

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 09:00
VAN GOGH de MAURICE PIALAT

                        

Maurice Pialat, né en 1925, rêvait depuis de longues années de tourner une vie de Vincent Van Gogh, ce qui avait été fait bien des fois avant lui, mais d'une façon qui ne semblait pas correspondre à la vision personnelle qu'il avait du peintre. Ancien élève des Arts décoratifs, peintre à ses heures ( c'est sa main qui double celle de Jacques Dutronc dans le film ), Pialat réalise enfin son projet en 1991, en adoptant la voie qui lui sied le mieux : celle du dépouillement et de la rigueur, à l'égard d'un personnage qui disait " chercher quelque chose de paisible et de plaisant, réaliste et pourtant peint avec émotion, quelque chose de bref, de synthétique, de simplifié et de concentré, consolant comme une musique". 

 

Le cinéaste relate dans son film les derniers jours de Van Gogh à Auvers-sur-Oise, où il est recueilli par le docteur Paul Gachet, à qui l'a recommandé son frère Théo. Il a alors 37 ans et mène une existence misérable qui a durement endommagé sa santé. Son tempérament ardent l'a toujours entraîné à fréquenter les prostituées, à boire plus qu'il ne faudrait en compagnie de pochards, à tenir tête à son frère, si dévoué et admirable, au seul prétexte qu'il était trop bourgeois à son gré. Il va même trouver le moyen d'embarquer dans cette débauche la fille de son hôte, la jeune et jolie Marguerite (Alexandra London). Mais malgré son goût des filles, de la boisson, cet être en perdition n'a qu'une seule vraie passion : la peinture. Il s'y consume dans la lumière  poudrée de l'Ile-de-France, jusqu'à ce qu'un jour de juillet 1890, au comble du désespoir, il se tire une balle dans le ventre.



Pour le centième anniversaire de cette mort tragique, on comprend qu'un cinéaste comme Pialat ait eu envie, en 1990, de nous redire l'homme plus encore que le génie dans ses doutes et sa misère, ceux d'un créateur pris au piège de sa création, d'un amoureux de la lumière aux prises avec ses ténèbres intérieures et d'un pragmatique en peine de son rêve. Car, certes, Van Gogh, vu par Pialat, n'est guère conforme à sa légende. Refusant l'hagiographie, le réalisateur opte pour le portrait d'un artiste à la dérive, d'une tête brûlée qui n'est pas sans similitude avec lui-même. Le peintre refoulé, qu'il est, se retrouve volontiers en cet homme qui croit davantage en la peinture qu'en son talent, qui ne cesse de se heurter aux obligations de la vie, qui ne s'aime pas davantage qu'il n'aime les autres et semble résumer en son seul destin les ambiguïtés et les tragédies de tout créateur. Si bien qu'à travers ce film, Pialat se raconte un peu. N'est-il pas comme son héros un marginal, un révolté, un incompris? Ce qui le captive au premier chef, "est l'éternel combat entre la force de la vie, irruptive, désordonnée, incontrôlable, et la tentation du doute, de l'abandon, de la déchéance" - écrira Serge Toubiana à propos de ce Van Gogh de Pialat. Convergence de vue frappante, si l'on se souvient de la conception du 7e Art que Pialat résumait ainsi : "  Il n'y a de réalisme que celui du moment où l'on tourne. Il faut s'approcher le plus près possible de la vérité de l'instant, faite de sentiments très simples. Pour moi, c'est cela la musique d'un film". Ce qui fait l'intérêt particulier de ce long métrage est qu'il ne se contente pas d'être une évocation plus ou moins exacte de la vie du peintre, mais se présente comme une interprétation, par un artiste, du mystère qui entoure la création d'un autre artiste dont il se sent proche à maints égards.

 

Heureusement quelques scènes réjouissantes viennent égayer cette oeuvre sombre et bouleversante, marquée du sceau de la fatalité - par exemple, l'imitation hilarante de Lautrec par Van Gogh, ou une flânerie dans une guinguette au bord de l'Oise, ou encore un quadrille dans un beuglant. Cette leçon des ténèbres vous prend à la gorge, d'autant que le choix de l'acteur-chanteur Jacques Dutronc pour tenir le rôle de Van Gogh se révèle particulièrement judicieuse. Ce dernier donne au peintre maudit une force, une vérité à couper le souffle. Il est Vincent comme aucun autre acteur ne l'avait été avant lui, le visage creusé, l'air hagard, puis éclatant brusquement dans une gaieté enfantine qui exprime tellement bien, tour à tour, sa part de robustesse et sa part de fragilité ; Pialat nous redessinant de sa caméra-pinceau le visage tourmenté de l'artiste, au point que son image nous hante bien des heures après la projection. Un film dur, âpre, comme le cinéaste les aimait, un film qui laisse longtemps une trace dans la mémoire.

 


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VAN GOGH de MAURICE PIALAT
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5 juillet 2007 4 05 /07 /juillet /2007 09:09
RAISONS d'ETAT de ROBERT DE NIRO

 

Etudiant à l'Université de Yale en 1939 et issu d'un milieu privilégié, Edward Wilson est recruté pour travailler au sein de l'OSS, l'Office of Strategic Services durant la Seconde Guerre mondiale. Cette nomination va changer le cours de l'Histoire car Wilson et plusieurs de ses collègues vont créer l'agence la plus puissante du monde, la CIA, soit la Central Intelligence Agency. Pour s'initier à ce monde très fermé, l'acteur et cinéaste Robert de Niro s'est adjoint le concours d'un vétéran de la CIA, Milt Bearden qui fut 30 ans au service de la célèbre Society américaine. En sa compagnie, le réalisateur s'est immergé dans le monde du renseignement et a chargé Eric Roth de rédiger le scénario d'un film consacré à décrire cette période trouble qui se situe entre la seconde guerre et le désastre de la Baie des Cochons ( 1961 ). L' affrontement Est-Ouest, le KGB, la CIA sont les thèmes passionnants qui nous plongent dans la paranoïa de la guerre froide. Imposant ses propres méthodes, Wilson, interprété par Matt Damon, impressionnant de sobriété, devient l'un des piliers de l'Agence, tout en combattant son homologue du KGB dans un jeu d'échecs redoutable et planétaire.



Avec ce film  "Raisons d'Etat", Robert de Niro signe son retour derrière la caméra après treize années d'absence où il s'est consacré à son métier d'acteur. Il est vrai que depuis "Il était une fois le Bronx" ( 1993 ), il cherchait un sujet qui concerne l'époque de la guerre froide durant laquelle il avait grandi. C'est avec le scénariste de "Forrest Gump", qu'il souhaitait travailler et celui-ci eut la bonne idée de s'emballer pour le projet et d'en écrire le synopsis. De Niro avoue volontiers qu'il a toujours été passionné par les mondes souterrains, les histoires d'espionnage et tout ce qui s'y rapporte. "Et lorsque j'ai vu d'autres films sur le sujet - poursuit-il - à part ceux inspirés par John Le Carré, je suis toujours resté sur ma faim. C'était de bons films mais ils n'étaient pas assez réalistes à mon goût." Voilà pourquoi De Niro s'est lancé, pour la seconde fois, dans l'aventure de la mise en scène et de la réalisation avec ce film palpitant qui dresse le portrait de l'Amérique de l'entre-deux-guerres au plus fort de la guerre froide, à travers l'essor de ses services secrets et de la toute puissante CIA.

                         

Le cinéaste signe ici une oeuvre ambitieuse et implacable où il s'est donné pour rôle celui du général Sullivan qui, à l'écran, incarne le père fondateur des services secrets américains. "Ce n'est pas parce que j'aime particulièrement me diriger, mais mon salaire d'acteur m'a permis de renflouer les caisses !" - a-t-il confié aux journalistes. Ajoutant qu'il aspirait à réaliser deux autres films qui se dérouleront de 1961 à 1989 avec la chute du Mur de Berlin et de 1989 à nos jours. Il semble donc que De Niro ait pris goût à ce nouvel emploi de metteur en scène et qu'il se focalise désormais sur des personnages comme celui d'Edward Wilson, un homme déterminé à se forger un destin, serait-ce au prix d'y perdre son âme et d'y sacrifier son mariage avec une belle héritière, superbement jouée par Angelina Jolie. Car la réussite du film réside également dans le casting qui voit se bousculer les seconds rôles prestigieux, de William Hurt à John Turturro en passant par De Niro et son vieux complice Joe Pesci. Malgré sa durée - deux heures quarante-cinq -, cette saga politico-économique de haute volée s'avère captivante de bout en bout.

 

Pour prendre connaissance de l'article consacré à Robert de Niro, cliquer sur son titre :

  

ROBERT de NIRO - PORTRAIT

  

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                     Matt Damon. Studio Canal 

 

RAISONS d'ETAT de ROBERT DE NIRO
RAISONS d'ETAT de ROBERT DE NIRO
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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 10:11

                                         

 

                                                                          VIDEO

 

Marin Marais, compositeur en vogue à la cour de Louis XIV, se souvient de son vieux maître, Monsieur de Sainte Colombe virtuose de la viole de gambe, auquel il doit sa science de l'archet. Soucieux de perfection jusqu'à tout lui sacrifier, Sainte Colombe a mené une existence ascétique et élevé ses deux filles, surtout après la disparition de leur mère, selon des préceptes sévères. Dans ce film Tous les matins du monde, tiré du roman éponyme de Pascal Quignard, le cinéaste nous raconte la vie de ce dernier qui, retiré du monde,  ne semble plus trouver de consolation que dans la musique. A cette fin, il s'isole dans une cabane forestière afin de s'adonner au plaisir de la composition et joue des heures durant, éconduisant les importuns qui risqueraient de troubler sa sombre rêverie. Marin Marais sera le seul à parvenir à cette prouesse : franchir le seuil de la cabane et se faire accepter, allant même jusqu'à séduire l'une des deux filles, Madeleine ( Anne Brochet ), qui deviendra sa maîtresse, de façon à percer plus complètement les secrets de la science instrumentale de l'ermite. Puis il s'en retournera à Versailles connaître le succès, abandonnant sa jeune amante, qui se suicidera de désespoir. C'est alors que, frappé à son tour par le chagrin, comme l'avait été son vieux maître par la mort de sa femme, il parviendra à tirer de son archet les notes en mesure de le faite accéder à la notoriété.

         VIOLE

 

Le choix fait par Alain Corneau d'une fiction historique retraçant les parcours très différents, voire opposés, de deux compositeurs du XVIIe siècle avait de quoi étonner. Comment ce spécialiste du film noir allait-il s'y prendre pour évoquer l'art de la viole à l'époque de Lully et de Couperin et, ce, dans une forme volontairement sobre, à l'encontre de son style habituel ? Gageure superbement tenue par cet amateur de musique qui n'a nullement reculé devant les difficultés et réalisé un film d'une mélancolique beauté, riche en clairs-obscurs qui ne sont pas sans rappeler les toiles de l'école flamande.

Selon Corneau, la musique baroque, par son rejet du sentimentalisme, sa liberté de composition, sa parenté avec l'éthique janséniste, témoigne d'une inventivité et d'une profondeur qui valaient bien ce détour. La présence de la musique donne son unité à l'oeuvre : elle est la pierre angulaire sur laquelle elle s'édifie et elle est l'âme du film. Rien à voir avec le foisonnement romanesque de l'Amadeus de Milos Forman ; nous sommes là dans un dépouillement plus proche d'un Jean-Marie Straub ou d'un Carl Dreyer. S'y ajoute l'ambiguïté des rapports d'un vieux misanthrope puritain ( admirablement interprété par Jean-Pierre Marielle ) et de son turbulent épigone. Ce dernier a pris les traits de Guillaume Depardieu, qui possède, semble-t-il, un vrai tempérament d'acteur et exprime clairement le fossé creusé par les générations, dont l'une est encore  tournée vers le passé et l'autre impétueusement orientée vers une modernité qui annonce le siècle des Lumières. 

Le récit est scandé par la voix off de Gérard Depardieu , sensé être Marin Marais en son âge mûr, précédant les images qui illustrent les évocations successives de la vie de Sainte Colombe. Le jeu de ces deux musiciens est également très dissemblable. Alors que celui du vieux maître est douloureux, émouvant, noyé de larmes, celui du jeune homme est rapide, enjoué, étincelant, comme s'il quêtait l'approbation d'un auditoire qu'il entendait tenir sous son charme. Il est vrai que pour le benjamin, l'instrument n'est autre que le moyen d'obtenir une revanche sur le sort qui lui a fait perdre sa voix de baryton et que pour le grand aîné, elle est une consolation aux épreuves de la vie, un apaisement aux douleurs engendrées par l'absente...Par ailleurs, le film sait dissocier l'immobilisme du maître aux mouvements et à l'animation constante et parfois brouillonne du disciple ; de même qu'il oppose l'austérité des vêtements de l'un à l'éblouissant chatoiement de ceux de l'autre. Tout est dit dans ces infimes détails qui composent une atmosphère propice au déroulement lent et grave du film : approche de la genèse de la musique, des affres de la composition et du génie des artiste aux prises avec eux-mêmes.  Tel Orphée, ne font-ils pas renaître, à l'aurore de chaque nouveau matin du monde, ce qui ne s'était que momentanément enseveli dans la nuit : les amours perdus, les oeuvres inachevées.

 

Pour lire l'article consacré à Alain Corneau, cliquer sur son titre :   ALAIN CORNEAU

 

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                         Warner Bros. France  Océan Films  Mars Distribution

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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 09:51

                       

 

 

L'oeil a plus de ressource qu'on ne le croit. Non seulement il épie, il surprend, il caresse, il photographie, mais il accommode sa vision selon ce qui l'arrange et ce qu'il désire. Dans Mortelle Randonnée de Claude Miller ( 1982 ), l'Oeil ( interprété par Michel Serrault ), sobriquet donné à un détective privé, se lance à la poursuite d'une meutrière ( Isabelle Adjani ) qu'il croit être sa fille, perdue de vue depuis vingt ans, à la suite de son divorce, et dont il n'a conservé qu'une petite photo d'écolière. Après l'avoir harcelée, il va tenter de la protéger, éliminant ceux qui l'approchent, principalement l'aveugle ( Sami Frey ) qui souhaite l'épouser. Catherine, tel est le nom de la jeune meutrière qui assassine ses amants en leur chantant " La Paloma", va tenter de tuer l'Oeil afin de s'en délivrer, mais celui-ci a recours à un leurre et Catherine va réaliser trop tard qu'elle est découverte et, prise de panique, se jeter avec sa voiture du haut d'un parking. Ce n'est que plus tard que l'Oeil apprendra que sa fille - qui s'appelait Marie - est morte depuis longtemps...


Le thème de l'oeil abusé, aveuglé, structure l'oeuvre de Miller. Il aime comme dans L'Effrontée (1985), La Petite Voleuse (1988), L'Accompagnatrice (1992) broder des variations sur la fascination : généralement celle d'une adolescente subjuguée par son alter ego qui est, selon les circonstances, une pianiste, une chanteuse, une star, et qu'un regard a suffi à parer de toutes les qualités dont la jeune personne se croit dépourvue. Sur une intrigue, tirée d'un roman de Marc Behm, Jacques et Michel Audiard ont bâti un scénario solide et élaboré un thriller envoûtant qui, mal reçu à sa sortie, fut vite réhabilité et est considéré aujourd'hui comme l'une des meilleures réalisations de Miller, ne serait-ce que pour l'interprétation des acteurs tous excellents et le message proposé par ce polar intelligent d'envisager les choses autrement qu'elles ne sont.


Dans le film, l'unique personnage qui soit épris de celle que l'Oeil s'obstine à prendre pour sa fille Marie, est aveugle. Son amour ne doit donc rien à la vision de son objet et tout à l'intuition de ses qualités secrètes qu'il est le seul à percevoir. Jaloux et possessif, l'Oeil éliminera ce rival, mû par la logique de son propre aveuglement et poussera Catherine, qui comprend qu'elle est irrémédiablement traquée, à se réfugier dans le suicide. Ainsi la passion est-elle aussi meutrière qu'aveugle ! Déjà dans Dites-lui que je l'aime (1977), un amoureux transi tuait celle qu'il aimait après l'avoir revêtue de la robe de mariée qu'il espérait lui voir porter. De film en film, Miller invite le spectateur à ne pas suivre, ni subir, le regard de ses héros, à ne pas être manipulé à son insu et à refuser le regard hâtif des premières impressions, lui suggérant d'avoir recours à son discernement pour se forger une opinion personnelle. Il cherche, en quelque sorte, à réhabiliter le regard intérieur...

 

                    Isabelle Adjani. Collection Christophe L.

C'est sans doute dans le rôle de ce détective minable, malheureux et tourmenté, en quête de son enfant perdu, que Michel Serrault a trouvé son plus bel emploi, alors qu'Isabelle Adjani, en icône vénéneuse et en tueuse psychotique, nous surprend par son jeu aux multiples facettes et son personnages aux multiples travestissements. Elle est étonnante au côté d'un Sami Frey égal à lui-même et d'une distribution à tous égards remarquable qui réunit Geneviève Page, Stéphane Audran, Macha Méryl et Guy Marchand.

 

 

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 11:39

                       Daniel Auteuil et Jean-Pierre Darroussin. Studio Canal  

 

Ce film de Jean Becker a le mérite de remettre quelques bonnes vérités en place, ne serait-ce qu'en offrant de la vie d'un un rat des villes et d'un rat des champs une vision juste et une morale salutaire. Entre un peintre et un jardinier qui se retrouvent après avoir partagé, jadis, les 400 coups de l'enfance, s'instaure un dialogue savoureux où le bon sens sort triomphant et l'amitié confortée . Un vrai bain de jouvence que la dernière partie du film ternit un peu. Dommage !

Un peintre lassé des aléas de la vie parisienne s'en retourne vivre dans sa province d'origine au coeur de la France profonde, ce qui est l'occasion pour lui de renouveler ses thèmes d'inspiration et de remettre en question son style de vie. D'autant que le jardinier, auquel il a recours pour cultiver son potager, n'est autre qu'un ami de jeunesse qui, après avoir été cheminot, s'est reconverti dans le jardinage par goût personnel. Rencontre entre deux cultures, deux vocations, celle de la terre et celle de l'art, entre deux modes d'existence.


Tandis que l'un a été victime de pas mal de revers et de déboires, l'autre a su se protéger et vivre des jours lumineux et simples en offrant aux autres ce qu'il avait cultivé avec humilité. Aussi le peintre, en rupture d'illusion, s'émerveille-t-il du regard empli de sagesse et de lucidité que cet ancien complice de la communale pose sur le monde. Nulle aigreur, nulle jalousie ne viennent fausser son jugement qui frappe par son bon sens, l'unique critère auquel il se réfère en toutes occasions.

 

                     Jean-Pierre Darroussin et Daniel Auteuil. Studio Canal

 

L'auteur des Enfants du Marais a adapté pour l'écran un roman d'Henri Cueco, dont le jardinier-philosophe était le héros principal, dispensant au fil des pages et des dialogues une belle leçon de vie. Jean Becker, pour l'occasion, a voulu amplifier, face à lui, le rôle du peintre en vogue revenu des déceptions causées par une existence trop superficielle et mondaine et qui, ayant passé le cap de la cinquantaine, s'interroge sur son art et sur sa carrière.


Il a apporté également un soin particulier au traitement de l'image et de la lumière. Les paysages sont très présents, non seulement pour activer la mémoire et favoriser l'inspiration, mais pour redonner à la vie du peintre les couleurs qu'elle semble avoir perdues. C'est par ailleurs dans les dialogues eux-mêmes, qui font écho au décor champêtre, que réside la part la plus intéressante du film, dont le scénario reste conventionnel et les personnages secondaires peu consistants. Néanmoins, cette douceur de vivre suffit-elle à nous convaincre qu'elle peut à elle seule redonner au peintre le goût de lui-même et ré-orienter sa carrière d'artiste ? Sans doute non, mais il n'empêche que le film distille une fraîcheur revigorante, que les diverses scènes sont amenées avec délicatesse et que le cinéaste procède habilement par touches légères, feuilletant devant nos yeux un plaisant catalogue de peintures impressionnistes. Un bon moment qui nous propose un regard ragaillardi sur les choses.

 

3-e-toiles

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                    Jean-Pierre Darroussin. Studio Canal


 

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 11:32

Ad Vitam         VIDEO                 


Je n'avais pas vu la version cinématographique couronnée par le César du Meilleur film en février 2007, ainsi que celui de la meilleure interprétation féminine pour la charmante et lumineuse Marina Hands, aussi ce fut une vraie découverte d'assister, sur Arte, à la projection de la version télévisée plus longue de cette Lady Chatterley et l'homme des bois en deux épisodes de 1h40 chacun.  C'est bien entendu la même histoire, mais plus ample, plus détaillée, plus fidèle aussi au roman que David Herbert Lawrence rédigea en 1927, moins de trois ans avant sa mort.

Par ailleurs, cette version longue nous permet d'entrer davantage dans les méandres de la pensée de Constance Chatterley et d'assister plus intimement à sa métamorphose. Car c'est de cela qu'il s'agit : la lente transformation d'une jeune lady anglaise qui avait  cru bon de renoncer à la vie parce que sa condition sociale l'exigeait et qu'elle n'avait pas encore trouvé l'occasion capable de lui inspirer l'impulsion salvatrice. L'événement déclencheur sera sa rencontre avec le garde-chasse du domaine de son époux.

 

                         Marina Hands. Ad Vitam

Je dirai tout d'abord que ce film se singularise par sa  féminité et que c'est l'expression même de celle-ci, dans ses délicatesses et ses nuances subtiles, qui m'a touchée. Si ce n'est pas le chef-d'oeuvre que l'on a proclamé ici et là, ce n'est pas non plus le navet que quelques-uns se sont plus à caricaturer outrageusement. Non, nous assistons là à un long métrage qui prouve, si besoin était, la maîtrise, le sens du rythme, de la direction d'acteurs et de la mise en scène de son auteur. Excessivement soigné, peut-être trop au goût de certains, il se déroule avec une lenteur calculée qui allie la fraîcheur et la solennité, sans une once de vulgarité, et bénéficie de l'interprétation empreinte de charme et de grâce de Marina Hands, qui sait rendre pleinement crédible son apprentissage de l'amour. Fête des sens, il mêle complicité et tendresse, sensualité et passion ; ode à la vie d'une jeune femme frustrée par l'infirmité de son mari, il s'accompagne d'une célébration lyrique des beautés de la nature. L'une des scènes les plus réussies n'est-elle pas celle où les amants nus courent et se poursuivent sous la pluie dans le parc de Wragby ?

                         Jean-Louis Coulloc'h et Marina Hands. Ad Vitam


Pascale Ferran, fidèle à l'esprit du livre, a fait de son garde-chasse un homme plus tendre que rustre, sinon l'attachement prolongé de la jeune aristocrate aurait pu paraître incompréhensible, bien que cela ait été au départ le souci initial de l'auteur. Ce qui la lie à son amant est, au-delà du plaisir sensuel, celui d'une proximité immédiate dans l'ordre de la sensibilité. Tous deux sont d'autant plus proches qu'ils partagent le goût des choses simples, naturelles, authentiques. S'il y a des naïvetés et si la fin est décevante, les presque trois heures de la version télévisée ne m'ont pas semblé fastidieuses, car il y a dans cette projection une fluidité, une harmonie, une volupté auxquelles il est difficile de résister. La plus grande faiblesse réside dans les concessions accordées par la cinéaste au discours social, abordé de façon simpliste et conventionnelle, comme si Pascale Ferran voulait s'en sortir d'une pirouette et se donner ainsi bonne conscience à propos d'un sujet périlleux. En définitive, le personnage du mari infirme, homme sans corps et sans vie charnelle, campé remarquablement par Hippolyte Girardot m'est apparu davantage comme une victime qui n'a guère que son statut social pour tenter d'exister face à une jeune épouse qu'il aime et qui, irrémédiablement, lui échappe. Les critiques ont passé un peu vite sur le rôle de cet homme figé dans sa douleur plus que dans son arrogance, dans son orgueil blessé plus que dans son mépris. C'est peut-être là que s'exprime le mieux le génie féminin de l'auteur qui parvient à doser avec légèreté et justesse la part toujours fluctuante des sentiments.

 

                        Marina Hands et Jean-Louis Coulloc'h. Ad Vitam

Quant au jeu des deux principaux personnages, il mérite d'être souligné. Marina Hands est simplement délicieuse de naturel, de spontanéité, de force et de naïveté touchante face à Jean-Louis Coulloc'h qui parvient très bien par ses silences à nous suggérer ses doutes, ses appréhensions, ses joies. Plus qu'elle, il est conscient de l'abîme qui les sépare et conserve sa dignité malgré la passion qui le submerge. Le film doit beaucoup à ce casting réussi.

 

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 09:43

                          Emmanuelle Béart. Mars Distribution

 

 ou les souffrances du créateur


Jacques Rivette est l'homme des défis : entre autres défis, ceux de la dramaturgie et des codes traditionnels de l'écran. Chacun de ses films se présente comme une énigme à déchiffrer, dont il n'est pas sûr que lui-même en détienne la clef. On dirait que le cinéaste se plaise à épier les signes, à mettre en route des choses et des événements qu'il ne maîtrise pas forcément, mais dont le déroulement, quand bien même qu'il le déborde, excite son imagination. Aussi ne peut-on rêver création plus ouverte, plus ludique, plus expérimentale.

La Belle Noiseuse ( 1990 ) ne déroge pas à la règle des films qui la précédèrent ; la version intégrale était de 4 heures, comme L'amour fou de 4h12 ou Céline et Julie de 3h10. Mais Rivette envisagea un traitement allégé qui la réduisit à 2 heures et, par la même occasion, la priva d'une grande part de son intérêt.

L'intrigue se place sous le patronage du Chef-d'oeuvre inconnu de Balzac, l'écrivain préféré de Rivette vers lequel il se plait à revenir, tout récemment encore avec Ne touchez pas la hache. Elle illustre parfaitement le propos du vieux peintre à son épigone : " La beauté est une chose sévère et difficile qui ne se laisse point aisément atteindre ; il faut attendre des heures, la presser et l'enlacer étroitement pour la forcer à se rendre... Ce n'est qu'après de longs combats qu'on peut la contraindre à se montrer sous son véritable aspect".
Ainsi procède le peintre Frenhofer ( admirablement interprété par Michel Piccoli ), cloîtré dans son atelier, pareil à une forteresse, pressant son jeune et beau modèle, nu et soumis, à livrer le mystère de sa torturante séduction.Le public assiste fasciné à cette ascèse esthétique qui ne se prive pas d'exigence et n'est pas moins dénuée de tyrannie.
                           

                           Les Visiteurs du soir  Filbox Producoes  Diaphana Films

Dans le midi de la France, le peintre Frenhofer s'est retiré avec sa femme Liz ( Jane Birkin ), qui fut longtemps son inspiratrice. Arrive Porbus ( Gilles Arbona ), un amateur d'art, en compagnie d'un jeune peintre Nicolas et de sa compagne Marianne ( Emmanuelle Béart ). Depuis 10 ans, Frenhofer avoue à Porbus qu'il n'a plus touché un pinceau, laissant inachevée La belle Noiseuse, un portrait de sa femme, tableau qui devait être tout ensemble son dernier ouvrage et son chef-d'oeuvre. Porbus l'encourage à reprendre ce travail avec pour modèle la jeune et belle Marianne. Cinq journées de pause harassantes seront nécessaires pour concrétiser le projet que vont vivre avec difficulté les deux couples, dans un climat de tensions et de jalousies. Alors que le vieux ménage se ressoudera dans l'épreuve, le jeune s'y consumera et le tableau, remisé à l'écart, conservera son secret.
La main d'un peintre de métier se substitue à celle de l'acteur dans les plans rapprochés. Il s'agit de celle de Bernard Dufour qui a exposé au Centre Pompidou et à la Biennale de Venise. Pour autant sa technique de composition picturale ne saurait constituer le motif principal du film. Rien à voir avec Clouzot traquant le geste de Picasso dans Le mystère Picasso ( 1956 ), pas davantage avec Pialat montrant Van Gogh à son chevalet. Rivette envisage le travail d'un peintre anonyme comme pur et simple prolongement de son itinéraire de cinéaste et le processus utilisé nous renvoie inlassablement à ses propres méthodes de tournage. La recherche présumée d'une forme sur la toile est symétrique de la sienne sur l'écran et c'est véritablement là que réside l'attrait essentiel du film.

Ce qu'il raconte, par ailleurs, est l'histoire d'un couple d'âge mûr qui sent la jeunesse lui échapper pendant qu'un autre couple, pas assez mûr, se défait sous ses yeux. A l'expérience de l'un s'oppose l'immaturité de l'autre et toujours l'impossibilité d'aboutir à l'harmonie et la plénitude. C'est donc à une leçon sur les possessions impossibles que le cinéaste nous convie, prenant soin de ne point offrir une quelconque conclusion à son film, à ne rien clôre et à laisser place à la réflexion sur la création toujours en train de se créer. Rien n'aboutit, tout reste en suspens, en état d'accomplissement permanent. De même que l'amoureux se trompe en croyant posséder celle qui est l'objet de son amour, que le peintre s'illusionne lorsqu'il croît s'emparer des secrets intimes de son modèle, l'artiste se fourvoie en pensant qu'il a terminé l'oeuvre de sa vie. Passionnant document sur le travail de réalisateur et tentative intelligente et originale qui illustre l'axiome que Rivette, lorsqu'il était critique aux Cahiers du cinéma, avait posé au sujet de la vocation de celui-ci à se faire l'élément constitutif de son propre tournage. Il y réussit avec ce film exemplaire qui permet à la caméra de capter les liens invisibles que les êtres parviennent à tisser entre eux, sans jamais atteindre une solution satisfaisante, puisque l'on sait que le travail de Rivette n'a d'autre but que de nous décrire, par le menu, l'élaboration des actes et la gestation des oeuvres.

 

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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 08:40

                              

                                                                    

 

En 1327, alors que la chrétienté est divisée entre l'autorité papale de Jean XXII et celle de l'empereur Louis IV du Saint-Empire, le moine franciscain Guillaume de Baskerville et le novice Adso von Melk enquêtent sur des morts suspectes qui ont eu lieu dans une abbaye bénédictine. Malgré les silences de l'abbé et du vénérable Jorge, Guillaume pressent que la clé du mystère se trouve dans la bibliothèque. Un inquisiteur, accouru pour remettre de l'ordre dans ce monastère, qui semble en proie à l'hérésie, condamne au bûcher deux moines et la jeune paysanne qui se prête volontiers à assouvir les désirs les moins purs des ressortissants. Finalement Guillaume parvient à résoudre l'énigme. C'est Jorge, en empoisonnant les pages d'un livre sacré et interdit, qui a entraîné la mort de moines trop curieux...

 

 

A l'opposé des mises en scène fastueuses des productions hollywoodiennes ou des aventures exotiques, Jean-Jacques Annaud a préféré, pour ce film cosmopolite,  le huit-clos d'un monastère perdu dans les terres désertes de l'Italie septentrionale et le spectacle d'idées au spectacle tout court. L'environnement âpre et sauvage sert de toile de fond aux génériques du début et de la fin ; son immensité se prête à évoquer un ailleurs dont la découverte est l'un des thèmes du film. Mais l'essentiel se déroule à l'intérieur même de l'abbaye, dans les salles communes, la chapelle, la bibliothèque, le réfectoire et les étroites cellules des moines. Là, plongée dans un clair-obscur savamment dosé, la vie ne conserve pas moins une intensité que le confinement rend encore plus inquiétante ; les cloîtrés réprimant leurs désirs ou les assouvissant honteusement et partageant leur temps entre l'étude et la prière.

 

 

Rien apparemment ne saurait précipiter le cours tranquille de ces existences, sinon l'irruption de l'étranger indésirable et, de surcroît, hérétique. Situé au coeur d'une période mouvementée, le film se développe sur un rythme de plus en plus soutenu avec pour objectif le combat des hommes contre l'obscurantisme et l'opposition entre raison et surnaturel . C'est, par ailleurs, un plaidoyer en faveur de la liberté de conscience. Si la plupart des moines sont considérés comme des illuminés et des hypocrites, les personnages interprétés par Sean Connery et Christian Slater semblent s'interroger réellement sur le mystère de la foi et de l'amour de Dieu.

 

Sans effets spéciaux, ni déploiement de foule, aux antipodes du bruit et de la fureur, Le Nom de la rose a suscité l'engouement du public lors de sa sortie en 1986 et bénéficié d'un succès international. Or si le film apparait aussi spectaculaire que ceux des maîtres américains, n'est-ce pas simplement parce que le cinéaste a choisi de prendre le contre-pied des règles et artifices du genre ? Il n'a point tenté d'adapter le roman philosophique de l'écrivain italien Umberto Eco, mais en a réalisé un palimpseste. C'est ainsi - expliquait-il à l'époque - qu'on appelle les vieux parchemins qui ont été grattés pour pouvoir être réutilisés, mais sous lesquels apparaissent, par fragments, les textes d'époque. Donc le livre va sûrement transparaître dans le film, mais j'ai voulu filmer ma vision de ce livre qui peut être lu à plusieurs niveaux. Et Eco, qui l'a très bien compris, m'y a d'ailleurs encouragé".

 

Ainsi, en imposant à son récit, à sa dramaturgie et aux personnages de se plier aux impératifs du réalisme, Annaud est-il parvenu à imposer une vérité historique et un climat qui permettent d'adhérer pleinement à cette aventure humaine hors du commun, aventure qui explore d'autres horizons que ceux de l'imagination pure et aborde avec pertinence l'histoire et son héritage, le savoir et sa transmission, la religion et son pouvoir, l'homme et sa dualité esprit/matière. Ainsi les horizons infinis de la pensée et du destin d'une civilisation élargissent-ils la fiction policière et moyenâgeuse de l'intrigue aux dimensions d'une fresque métaphysique.



Avec cette oeuvre réussie et passionnante, Annaud s'est imposé comme le précurseur d'un cinéma européen ambitieux qui ose s'attaquer à des sujets difficiles sans rien perdre de son attraction populaire. Un défi gagné et un long métrage devenu un classique. Et l'une des plus belles prestations de l'acteur Sean Connery.


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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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