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26 juillet 2007 4 26 /07 /juillet /2007 17:17

                         Sabine Azéma et Pierre Arditi. Thierry Valletoux

 

 

SMOKING  : un village du Yorkshire, Celia Teasdale, l'épouse du directeur de l'école, fait son ménage. Elle prend une cigarette... Arrive le jardinier auquel elle se confie : Toby, son mari, boit et la délaisse. Cinq jours plus tard, elle a bien envie de le quitter. Cinq semaines après, un ami l'en dissuade. Cinq années plus tard, le jardinier a épousé la soubrette des Teasdale et Celia s'est fait une raison, alors qu'elle aurait pu refaire sa vie, Toby l'abandonner, ou bien encore la soubrette rendre son tablier et ne pas épouser Lionel, ou bien ou bien...

 

NO SMOKING - Celia Teasdale fait son ménage dans sa maison du Yorkshire. Elle aimerait bien prendre une cigarette mais s'abstient. Arrive Miles, un ami de son mari, et, ensemble, ils se mettent à parler des vices de ce dernier qui boit trop et néglige son travail d'instituteur.. Cinq jours plus tard, lors d'un dîner en tête à tête avec Celia, c'est au tour de cet ami de se plaindre de sa femme Rowena qui le trompe. Cinq semaines après, les deux couples se retrouvent au golf et chacun campe sur ses positions. Cinq ans plus tard, Toby est mort et Miles, l'ami, est parti refaire sa vie en Australie. Mais cela aurait pu se passer autrement : Toby aurait pu rompre avec sa femme, ou bien Miles se tuer lors d'une excursion, ou bien, ou bien...

 

 

Smoking/No smoking ( 1993 ),  films jumeaux, films gigognes en forme de puzzle dont les pièces s'emboîtent à volonté, part d'une idée simple : tout dans notre vie aurait pu se passer différemment, car elle n'est autre que le produit d'une myriade de possibles, auquel  le jeu du hasard s'emploie à participer allégrement. "Elle ressemble toujours - nous dit Alain Resnais - à une esquisse, à un tableau qui ne sera jamais achevé". Pour développer ce schéma assez banal, le cinéaste décortique huit pièces d'un dramaturge anglais, Alan Ayckbourn, bien connu pour ses expériences de manipulation de la durée. Huit pièces, dont chacune comporte deux fins probables, soit seize combinaisons au total, donnant lieu à de diaboliques échafaudages. Alors même que Resnais ne parvient à l'écran  qu'à nous donner à voir un aimable divertissement avec deux acteurs en face à face - Sabine Azéma et Pierre Arditi - qui endossent à eux seuls tous les personnages. Pour l'une, ce sera tour à tour l'épouse coquette, la mère vénérable, la soubrette astucieuse, l'institutrice à cheval sur les principes. Pour l'autre, le mari intempérant, l'ami empressé, le jardinier énamouré, le père cacochyme. Cela produit une succession de scènes aux bifurcations multiples, dont l'humour n'est pas absent, mais qui reste dans le cadre de la démonstration un peu vaine. Dommage, car Resnais est un cinéaste de grand talent, un amoureux de la belle ouvrage, auquel le jeu des miroirs, avec ses infinités de combinaisons, plait beaucoup. Lecteur assidu de Proust, de Wells et de Borges, il conçoit le travail filmique comme une variation sur le phénomène du temps et les méandres insoupçonnés de la mémoire. Ce qui l'incite à user des théories de Bergson, selon lesquelles l'espace ne serait qu'une projection de notre cerveau qui mémoriserait nos perceptions afin de les adapter aux besoins de l'action. Si bien que le diptyque Smoking/No smoking n'est, en quelque sorte, que l'illustration exemplaire de cette double démarche : théâtralisation des situations et démantèlement de la chronologie.



L'adaptation de cette pièce n'en reste pas moins un défi dans la filmographie de Resnais qui, il est vrai, n'a jamais opté pour la facilité et toujours aimé les sujets difficiles, la réflexion sur des thèmes comme le hasard, le déterminisme, le libre arbitre, qu'il semble traiter ici avec un particulier souci d'équité. En une phrase, nous pouvons la résumer ainsi : un geste banal, ne serait-ce que celui de prendre ou ne pas prendre une cigarette, peut, en cinq secondes, faire basculer une vie dans un sens ou dans un autre. La vie, nos vies sont en permanence ouvertes à tous les possibles et nous jouons continûment aux dés avec notre destin. Ces ramifications entre ce qui pourrait être et ne pas être, aussi complexes et fragmentées soient-elles, donnent lieu à une comédie de moeurs où le marivaudage ne se conçoit qu'à deux personnages, dans un huit-clos finalement trop théâtral. Je regrette que le cinéma, en l'occurrence, n'apporte pas l'ouverture et le renouvellement espéré. Ou bien, c'est du théâtre à part entière, ou bien du cinéma muet, ou bien un livre que l'on ouvre et referme à volonté sur ces deux volets offerts dans l'ordre ou le désordre, ou bien je n'ai pas tout saisi et assimilé, ou bien la composition discontinue a un peu lassé ma bonne volonté, mais, certes, cette réalisation d'un metteur en scène que j'admire n'a pas su pleinement me séduire...

 



Pour lire l'article consacré à Alain Resnais, cliquer sur son titre :

 

ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE

 

Et pour consulter les critiques des autres films de ce réalisateur, cliquer sur leurs titres :

 

L'année dernière à Marienbad

 

Les herbes folles

 

Vous n'avez encore rien vu

 

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                                        Pyramide Distribution  Mars Distribution

 

SMOKING/NO SMOKING d'ALAIN RESNAIS
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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 08:47

                      Ad Vitam

                                                                                    
 
Le jardin des Finzi Contini, l'un des derniers films produit par le cinéaste et acteur Vittorio de Sica, peut-être le plus beau, le plus abouti de l'auteur de quelques-uns des longs métrages les plus marquants du néo-réalisme italien, après avoir fait l'objet d'une remise en circuit dans la diffusion cinématographique, a été récemment, et pour notre plus grand plaisir,enregistré sur DVD. Avec ce long métrage d'une force et d'une grâce bouleversantes,  De Sica s'est haussé à un niveau supérieur, faisant de cette oeuvre ( tirée du roman éponyme de Giorgio Bassani ) une sorte de symphonie douloureuse et immensément belle. Tout au long de la pellicule, le cinéaste nous dépeint la sombre période de l'histoire italienne où, à la suite du rapprochement entre les idéologies fasciste et nazie, la population juive de la péninsule se vit pourchassée, puis emportée dans des rafles dont on sait comment elle s'achevèrent.



A Ferrare, en 1938, une jeune bande d'amis aime à se rejoindre, dès qu'elle en a l'occasion, dans les magnifiques jardins et sur les courts de tennis du palais des Finzi Contini,  aristocrates juifs d'un niveau social élevé et fort bien intégrés dans la société de cette ville du nord de l'Italie. Les mesures antijuives se multiplient, en effet, et les clubs sportifs sont bientôt interdits aux membres non aryens. Cependant la famille ne peut croire à cette menace voilée, tant elle se sent en osmose totale avec cette terre sur laquelle elle vit, travaille, naît et meurt depuis des générations et dont elle a fait, à tout jamais, son pays d'adoption. C'est ainsi que les jeunes gens se plaisent à se retrouver dans le parc - qui semble à l'abri des risques comme un paradis clos - et où Giorgio, le voisin des Finzi Contini, rencontre la belle Micol dont il est amoureux. Peu à peu, l'ombre du malheur s'intensifie, se fait plus oppressante au coeur de ce lieu idyllique où les choses paraîssent s'être agencées naturellement pour le seul plaisir des sens, la seule sérénité de l'esprit. On assiste, dès lors, à une progression dramatique qui s'organise autour de l'évolution des états d'âme des principaux personnages que les événements ne peuvent manquer d'influencer.

 

 

                       Dominique Sanda et Lino Capolicchio. Ad Vitam

 

 

Pour cette démonstration magistrale, De Sica use d'une lumière excessivement travaillée, afin de placer ses héros dans un halo qui rehausse encore leur beauté et leur séduction, les idéalisant à l'extrême, de façon à les faire ressembler aux dieux d'une olympe fatalement inaccessible au commun des mortels et qui, malgré cela, seront emportés et anéantis par les tourments meurtriers de l'Histoire. A travers ces images enchanteresses, le message est clair : ce qui était apparu jusqu'alors comme un microcosme social quasi irréel, comme protégé du malheur par l'invisible puissance d'un privilège exceptionnel,  la seule magie de l'élégance et de la richesse, oui, la fatalité le broiera, à l'égal des autres et peut-être plus impitoyablement que les autres, dans son étau infernal. Oui, la beauté d'un monde fait d'agrément, de charme et d'harmonie est désormais menacée...

 


Nous assistons ainsi à la montée de l'antisémitisme et voyons s'actualiser ce qui, dès le début, s'annonçait comme la fin inévitable, la mort programmée de cette jeunesse trop belle et insouciante qui échangeait des balles sur un court de tennis cerné de toutes parts par un jardin faussement édénique. Fin d'un monde, fin d'un temps, fin d'une société qui sombrent dans l'horreur et l'inhumanité, sacrifiant une jeunesse qui n'aura jamais été qu'un fruit vert, qu'un blé en herbe.  Lors de la dernière scène, la famille s'avance sur le perron de la demeure tout de noir vêtue, après qu'elle l'ait été de blanc dans la plénitude de son bonheur. Puis s'éloignent dans un fondu mordoré le palais, les arbres du parc et le parc lui-même. Les Finzi Contini, chassés de leur paradis, font planer sur l'assistance un muet désespoir et naître chez chacun des spectateurs une nostalgie prégnante, longue à évacuer. Quelques trente -cinq ans après sa sortie, la copie restaurée de ce chef-d'oeuvre est disponible pour enrichir nos vidéothèques et nous assurer de la même émotion inspirée par la vision tragique de cette page de notre histoire, par les douleurs provoquées et la mélancolie que suscite immanquablement l'impossible amour de Micol et de Giorgio. Inoubliable.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

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                    Lino Capolicchio et Marcella Gentile. Ad Vitam

 

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18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 08:33

Diaphana Films Diaphana Films Diaphana Films Diaphana Films      

 

Voilà un film qui, malgré ses qualités, n'est pas parvenu à gagner pleinement mon adhésion, aussi pour être la plus honnête possible envers une oeuvre qui ne manque ni d'intérêt, ni d'intelligence, vais-je tout d'abord vous faire part de mes réticences avant de conclure sur les éléments qui m'ont séduite. Commençons par ce qui m'a bloquée dès le départ : la discordance entre le son et l'image. A cause de l'extrême simplicité du graphisme en noir et blanc, les voix des actrices ( Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni et Danielle Darrieux ) semblent venir d'ailleurs et ne pas coïncider avec les petits personnages qu'elles sont sensées animer et,  je l'avoue, cela m'a agacée. D'autre part, ce qui aurait pu donner un vrai relief à cette odyssée se noie dans un conformisme qui finit par enlever au film une part de son originalité, d'autant que la succession des sketchs et flash-back n'ont d'autre fil conducteur que la chronologie des événements, sans que cela donne lieu à une réflexion particulière sur leurs conséquences. Les faits s'enchaînent de manière très linéaire et on se lasse assez vite de ce narratif composé d'une imagerie trop plate. Il en est de même des personnages qui, eux aussi,  manquent de relief et restent, à mon goût, trop conventionnels, ne donnant pas suffisamment d'impact aux paradoxes d'une époque troublée. 

 

                     

                      Diaphana Films   Diaphana Films 

 

 

Néanmoins, le caractère volontairement naïf des dessins n'est pas sans émouvoir, ni la réalité des faits sans nous toucher infiniment, même si la leçon qui s'en dégage reste d'un retentissement limité. Mais il faut souligner qu'il s'agit là de l'histoire vue par une enfant, puis une adolescente, et que nous devons relativiser et séparer le politique de l'intime. L'auteure ( qui est déjà celle des quatre albums de bande dessinée dont ce long métrage s'inspire ) a choisi de nous narrer le destin de l'Iran contemporain en partant de son histoire personnelle, supposant - sans doute à juste raison - que le spectateur s'identifierait plus facilement à l'héroïne et ses proches qu'à un peuple en général et qu'il parviendrait ainsi à mieux intérioriser ce vécu particulier. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé : le film ayant un succès constant auprès du public depuis le Festival de Cannes, où il fut ovationné et  primé. En conclusion, cette oeuvre d'animation auto-biographique mérite d'être vue en famille  pour son charme, sa poésie, son hymne à la liberté et parce qu'elle est une page de l'Histoire saisie, dans son implacable dureté, par le regard d'une jeune fille rebelle qui, au milieu des pires épreuves, n'a perdu ni le sens de l'humour, ni celui  du bien et du mal,  ni l'espérance.

 

 

3-e-toiles

 

 

Pour prendre connaissance de deux articles en relation avec ce film, cliquer sur leurs titres :

 

L'IRAN ET LE 7e ART               LES REALISATRICES PRENNENT LE POUVOIR

 

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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                        Diaphana Films. Diaphana Films  Diaphana Films

 

 

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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 13:34

               Philippe Quaisse Guy Ferrandis

 

 

Antoine aime sa soeur Emilie qui l'aime en retour. Exclusif, cet amour ne suscite, en apparence, aucune équivoque : leurs rapports demeurent fraternels. Cependant Emilie craint que la chasteté ne soit qu'une étape de leur amour, la dernière avant l'inceste. Pour conjurer cette fatalité, elle se donne à un inconnu, croyant ainsi creuser un abîme infranchissable entre elle et son frère. Celui-ci tente de se suicider mais échoue. Alors, au terme d'un repas familial, comme pour mettre un point d'orgue apaisé et replacer chacun dans la direction qui est sensée être la sienne,  Emilie offre à Antoine cet émouvant poème : " Mais où est donc l'ami que partout je cherche. Dès le jour naissant mon désir ne fait que croître et quand la nuit s'efface, c'est en vain que j'appelle. Je vois ses traces, je sens qu'il est présent partout où la sève monte de la terre, où embaume une fleur et où s'incline le blé doré. Je le sens dans l'air léger dont le souffle me caresse et que je respire avec délice. Et j'entends sa voix qui se mêle au chant d'été ".


Car la mort et l'amour cheminent aux côtés des vivants et s'emparent de leur existence sans crier gare. Rien n'est assuré, tout est précaire dans les sentiments qui se saisissent des coeurs et les malmènent. Le cinéma d'André Téchiné sait admirablement témoigner de cette précarité, de cette tension entre le possible et l'impossible, entre l'amour et la haine. " J'aime filmer les sentiments en action " dit-il volontiers. Et il est vrai qu'il confère une intensité maximum à ces instants où tout peut basculer ; où un regard, un mot sont en mesure de changer le cours d'une vie. Réunis autour de leur mère mourante, Emilie et Antoine n'ont pas seulement à faire front à cette disparition prochaine, qui les met en présence de tant de souvenirs partagés, mais également à la nature de leur amour réciproque que leurs retrouvailles se plaisent à aggraver. L'oeuvre du cinéaste, angoissée jusqu'alors, semble néanmoins aboutir avec Ma saison préférée  ( 1993 ) a une conclusion plus sereine, et s'ouvrir sur un été où les personnages finissent par puiser en eux les raisons de leur survie et de leur épanouissement.



Belle méditation sur la vieillesse et la mort ( celle de Berthe la mère ), le film développe une tension psychologique de chaque instant et ajoute, à une écriture fluide,   une réalisation discrète et d'une extrême pudeur. Les dialogues sont mis en valeur par une interprétation sans faille : celles de Catherine Deneuve et Daniel Auteuil qui donnent à leurs personnages la gravité et la profondeur requises. Quant à Marthe Villalonga, elle dévoile ici une facette trop méconnue de son immense talent. D'une chaude densité dramatique, le film s'impose comme l'un des meilleurs de Téchiné, à l'instar des Roseaux sauvages  ( 1994 ), chronique d'une adolescence bouleversée par la guerre d'Algérie, traumatisme récurrent dans ses films. Voici résumé  l'oeuvre lyrique et fragile d'un sédentaire inquiet.

 

Pour lire l'article consacré à Catherine Deneuve, cliquer sur son titre :   CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT



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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 11:04

                

 

 

Une plantation de caoutchouc en Indochine dans les années trente. Sa direction est entre les mains d'Eliane Devries ( Catherine Deneuve ), une femme mûre aux idées libérales, menant de main de maître sa plantation d'hévéas, autoritaire et forte, cassante mais blessée et qui, pour toutes sortes de raisons, a choisi de rester célibataire. Son existence, déjà très perturbée par la montée du nationalisme, va être bouleversée par l'arrivée d'un officier Jean-Baptiste Le Guen ( Vincent Perez ), dont elle tombe amoureuse, ainsi que Camille sa fille adoptive, une petite princesse annamite. Camille ( Linh Dan Phan ) va s'enfuir avec lui, traverser le pays en proie à la guerre civile et accoucher d'un bébé dans des conditions difficiles. L'enfant sera récupéré par l'armée française et confié à Eliane, tandis que sa mère opte pour la lutte clandestine. Dix-huit ans plus tard, à Genève, siège de la conférence de la paix, Eliane raconte cette histoire à l'enfant eurasien qui a grandi. Sa mère fait partie de la délégation vietnamienne mais il ne la rencontrera pas...
 


Cette vaste fresque, couvrant plus de vingt ans de l'histoire coloniale de 1930 aux accords de Genève, à travers les destinées d'une poignée de personnages pris dans la tourmente d'un pays déchiré, est certainement le film le plus accompli qui ait été tourné sur le sujet dans les limites de l'imagerie, car il y eut, entre autres, celui très documenté sur le corps expéditionnaire français au Viêt-nam  La 317e Section de Pierre Schoendoerffer. La cheville ouvrière de l'entreprise a été le co-scénariste Erik Orsenna, prix Goncourt 1988 pour son roman L'exposition coloniale, auquel le producteur Eric Heumann souhaitait tout d'abord confier les rênes de la réalisation du film, mais qui échurent au metteur en scène Régis Wargnier, déjà connu pour deux bons mélodrames :  La femme de ma vie et Je suis le seigneur du château.

 

 Avec Indochine , qui date de 1992, le réalisateur va accompagner le narratif de l'écrivain - fasciné par le côté impérial de la civilisation indochinoise - de l'omniprésence des admirables paysages de l'Extrême-Orient, depuis l'île du Dragon à la baie d'Along, qui servent de toile de fond grandiose à cette histoire de violence et de passion, comme le cinéma français en compte finalement assez peu - l'équivalent pour la guerre d'Indochine à ce que fut, pour la guerre de Sécession  Autant en emporte le vent , toutes proportions gardées.



Orsenna, sympathisant modéré de la cause révolutionnaire qui a écrit le scénario en participation avec Louis Gardel et Catherine Cohen, a voulu rendre hommage au courage d'un peuple humilié en cadrant ce récit autour d'un personnage phare, celui interprété par Catherine Deneuve dans le rôle en or de la femme colon attachée à sa terre. Autour d'elle, figure de proue tutélaire, tourne la ronde des amours contrariés, des conflits raciaux, des trafics d'influence, des guet-apens successifs, des trahisons et des fidélités, monde grouillant que domine également le personnage truculent d'Asselin pour qui seul le profit compte et que campe admirablement le regretté Jean Yanne. Un roman-fleuve exotique, aux partis pris affichés, soit !  mais qui charrie quelques belles pépites. D'ailleurs le public lui fit un accueil triomphal, concrétisé par l'Oscar du meilleur film étranger en 1993 et par cinq Césars la même année. Catherine Deneuve dans le rôle d'Eliane Devries, auquel elle sut prêter une grande autorité, fut nominée pour celui de la meilleure actrice à Hollywood. N'oublions pas Dominique Blanc, merveilleuse actrice qui n'a ici qu'un second rôle, celui d'Yvette, et la touchante Linh Dan Phan en princesse annamite.

 

Pour lire l'article consacré à Catherine Deneuve, cliquer sur son titre :   

 

CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT

 

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 09:00
VAN GOGH de MAURICE PIALAT

                        

Maurice Pialat, né en 1925, rêvait depuis de longues années de tourner une vie de Vincent Van Gogh, ce qui avait été fait bien des fois avant lui, mais d'une façon qui ne semblait pas correspondre à la vision personnelle qu'il avait du peintre. Ancien élève des Arts décoratifs, peintre à ses heures ( c'est sa main qui double celle de Jacques Dutronc dans le film ), Pialat réalise enfin son projet en 1991, en adoptant la voie qui lui sied le mieux : celle du dépouillement et de la rigueur, à l'égard d'un personnage qui disait " chercher quelque chose de paisible et de plaisant, réaliste et pourtant peint avec émotion, quelque chose de bref, de synthétique, de simplifié et de concentré, consolant comme une musique". 

 

Le cinéaste relate dans son film les derniers jours de Van Gogh à Auvers-sur-Oise, où il est recueilli par le docteur Paul Gachet, à qui l'a recommandé son frère Théo. Il a alors 37 ans et mène une existence misérable qui a durement endommagé sa santé. Son tempérament ardent l'a toujours entraîné à fréquenter les prostituées, à boire plus qu'il ne faudrait en compagnie de pochards, à tenir tête à son frère, si dévoué et admirable, au seul prétexte qu'il était trop bourgeois à son gré. Il va même trouver le moyen d'embarquer dans cette débauche la fille de son hôte, la jeune et jolie Marguerite (Alexandra London). Mais malgré son goût des filles, de la boisson, cet être en perdition n'a qu'une seule vraie passion : la peinture. Il s'y consume dans la lumière  poudrée de l'Ile-de-France, jusqu'à ce qu'un jour de juillet 1890, au comble du désespoir, il se tire une balle dans le ventre.



Pour le centième anniversaire de cette mort tragique, on comprend qu'un cinéaste comme Pialat ait eu envie, en 1990, de nous redire l'homme plus encore que le génie dans ses doutes et sa misère, ceux d'un créateur pris au piège de sa création, d'un amoureux de la lumière aux prises avec ses ténèbres intérieures et d'un pragmatique en peine de son rêve. Car, certes, Van Gogh, vu par Pialat, n'est guère conforme à sa légende. Refusant l'hagiographie, le réalisateur opte pour le portrait d'un artiste à la dérive, d'une tête brûlée qui n'est pas sans similitude avec lui-même. Le peintre refoulé, qu'il est, se retrouve volontiers en cet homme qui croit davantage en la peinture qu'en son talent, qui ne cesse de se heurter aux obligations de la vie, qui ne s'aime pas davantage qu'il n'aime les autres et semble résumer en son seul destin les ambiguïtés et les tragédies de tout créateur. Si bien qu'à travers ce film, Pialat se raconte un peu. N'est-il pas comme son héros un marginal, un révolté, un incompris? Ce qui le captive au premier chef, "est l'éternel combat entre la force de la vie, irruptive, désordonnée, incontrôlable, et la tentation du doute, de l'abandon, de la déchéance" - écrira Serge Toubiana à propos de ce Van Gogh de Pialat. Convergence de vue frappante, si l'on se souvient de la conception du 7e Art que Pialat résumait ainsi : "  Il n'y a de réalisme que celui du moment où l'on tourne. Il faut s'approcher le plus près possible de la vérité de l'instant, faite de sentiments très simples. Pour moi, c'est cela la musique d'un film". Ce qui fait l'intérêt particulier de ce long métrage est qu'il ne se contente pas d'être une évocation plus ou moins exacte de la vie du peintre, mais se présente comme une interprétation, par un artiste, du mystère qui entoure la création d'un autre artiste dont il se sent proche à maints égards.

 

Heureusement quelques scènes réjouissantes viennent égayer cette oeuvre sombre et bouleversante, marquée du sceau de la fatalité - par exemple, l'imitation hilarante de Lautrec par Van Gogh, ou une flânerie dans une guinguette au bord de l'Oise, ou encore un quadrille dans un beuglant. Cette leçon des ténèbres vous prend à la gorge, d'autant que le choix de l'acteur-chanteur Jacques Dutronc pour tenir le rôle de Van Gogh se révèle particulièrement judicieuse. Ce dernier donne au peintre maudit une force, une vérité à couper le souffle. Il est Vincent comme aucun autre acteur ne l'avait été avant lui, le visage creusé, l'air hagard, puis éclatant brusquement dans une gaieté enfantine qui exprime tellement bien, tour à tour, sa part de robustesse et sa part de fragilité ; Pialat nous redessinant de sa caméra-pinceau le visage tourmenté de l'artiste, au point que son image nous hante bien des heures après la projection. Un film dur, âpre, comme le cinéaste les aimait, un film qui laisse longtemps une trace dans la mémoire.

 


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VAN GOGH de MAURICE PIALAT
VAN GOGH de MAURICE PIALAT
VAN GOGH de MAURICE PIALAT
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5 juillet 2007 4 05 /07 /juillet /2007 09:09
RAISONS d'ETAT de ROBERT DE NIRO

 

Etudiant à l'Université de Yale en 1939 et issu d'un milieu privilégié, Edward Wilson est recruté pour travailler au sein de l'OSS, l'Office of Strategic Services durant la Seconde Guerre mondiale. Cette nomination va changer le cours de l'Histoire car Wilson et plusieurs de ses collègues vont créer l'agence la plus puissante du monde, la CIA, soit la Central Intelligence Agency. Pour s'initier à ce monde très fermé, l'acteur et cinéaste Robert de Niro s'est adjoint le concours d'un vétéran de la CIA, Milt Bearden qui fut 30 ans au service de la célèbre Society américaine. En sa compagnie, le réalisateur s'est immergé dans le monde du renseignement et a chargé Eric Roth de rédiger le scénario d'un film consacré à décrire cette période trouble qui se situe entre la seconde guerre et le désastre de la Baie des Cochons ( 1961 ). L' affrontement Est-Ouest, le KGB, la CIA sont les thèmes passionnants qui nous plongent dans la paranoïa de la guerre froide. Imposant ses propres méthodes, Wilson, interprété par Matt Damon, impressionnant de sobriété, devient l'un des piliers de l'Agence, tout en combattant son homologue du KGB dans un jeu d'échecs redoutable et planétaire.



Avec ce film  "Raisons d'Etat", Robert de Niro signe son retour derrière la caméra après treize années d'absence où il s'est consacré à son métier d'acteur. Il est vrai que depuis "Il était une fois le Bronx" ( 1993 ), il cherchait un sujet qui concerne l'époque de la guerre froide durant laquelle il avait grandi. C'est avec le scénariste de "Forrest Gump", qu'il souhaitait travailler et celui-ci eut la bonne idée de s'emballer pour le projet et d'en écrire le synopsis. De Niro avoue volontiers qu'il a toujours été passionné par les mondes souterrains, les histoires d'espionnage et tout ce qui s'y rapporte. "Et lorsque j'ai vu d'autres films sur le sujet - poursuit-il - à part ceux inspirés par John Le Carré, je suis toujours resté sur ma faim. C'était de bons films mais ils n'étaient pas assez réalistes à mon goût." Voilà pourquoi De Niro s'est lancé, pour la seconde fois, dans l'aventure de la mise en scène et de la réalisation avec ce film palpitant qui dresse le portrait de l'Amérique de l'entre-deux-guerres au plus fort de la guerre froide, à travers l'essor de ses services secrets et de la toute puissante CIA.

                         

Le cinéaste signe ici une oeuvre ambitieuse et implacable où il s'est donné pour rôle celui du général Sullivan qui, à l'écran, incarne le père fondateur des services secrets américains. "Ce n'est pas parce que j'aime particulièrement me diriger, mais mon salaire d'acteur m'a permis de renflouer les caisses !" - a-t-il confié aux journalistes. Ajoutant qu'il aspirait à réaliser deux autres films qui se dérouleront de 1961 à 1989 avec la chute du Mur de Berlin et de 1989 à nos jours. Il semble donc que De Niro ait pris goût à ce nouvel emploi de metteur en scène et qu'il se focalise désormais sur des personnages comme celui d'Edward Wilson, un homme déterminé à se forger un destin, serait-ce au prix d'y perdre son âme et d'y sacrifier son mariage avec une belle héritière, superbement jouée par Angelina Jolie. Car la réussite du film réside également dans le casting qui voit se bousculer les seconds rôles prestigieux, de William Hurt à John Turturro en passant par De Niro et son vieux complice Joe Pesci. Malgré sa durée - deux heures quarante-cinq -, cette saga politico-économique de haute volée s'avère captivante de bout en bout.

 

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ROBERT de NIRO - PORTRAIT

  

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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                     Matt Damon. Studio Canal 

 

RAISONS d'ETAT de ROBERT DE NIRO
RAISONS d'ETAT de ROBERT DE NIRO
RAISONS d'ETAT de ROBERT DE NIRO
RAISONS d'ETAT de ROBERT DE NIRO
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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 10:11

                                         

 

                                                                          VIDEO

 

Marin Marais, compositeur en vogue à la cour de Louis XIV, se souvient de son vieux maître, Monsieur de Sainte Colombe virtuose de la viole de gambe, auquel il doit sa science de l'archet. Soucieux de perfection jusqu'à tout lui sacrifier, Sainte Colombe a mené une existence ascétique et élevé ses deux filles, surtout après la disparition de leur mère, selon des préceptes sévères. Dans ce film Tous les matins du monde, tiré du roman éponyme de Pascal Quignard, le cinéaste nous raconte la vie de ce dernier qui, retiré du monde,  ne semble plus trouver de consolation que dans la musique. A cette fin, il s'isole dans une cabane forestière afin de s'adonner au plaisir de la composition et joue des heures durant, éconduisant les importuns qui risqueraient de troubler sa sombre rêverie. Marin Marais sera le seul à parvenir à cette prouesse : franchir le seuil de la cabane et se faire accepter, allant même jusqu'à séduire l'une des deux filles, Madeleine ( Anne Brochet ), qui deviendra sa maîtresse, de façon à percer plus complètement les secrets de la science instrumentale de l'ermite. Puis il s'en retournera à Versailles connaître le succès, abandonnant sa jeune amante, qui se suicidera de désespoir. C'est alors que, frappé à son tour par le chagrin, comme l'avait été son vieux maître par la mort de sa femme, il parviendra à tirer de son archet les notes en mesure de le faite accéder à la notoriété.

         VIOLE

 

Le choix fait par Alain Corneau d'une fiction historique retraçant les parcours très différents, voire opposés, de deux compositeurs du XVIIe siècle avait de quoi étonner. Comment ce spécialiste du film noir allait-il s'y prendre pour évoquer l'art de la viole à l'époque de Lully et de Couperin et, ce, dans une forme volontairement sobre, à l'encontre de son style habituel ? Gageure superbement tenue par cet amateur de musique qui n'a nullement reculé devant les difficultés et réalisé un film d'une mélancolique beauté, riche en clairs-obscurs qui ne sont pas sans rappeler les toiles de l'école flamande.

Selon Corneau, la musique baroque, par son rejet du sentimentalisme, sa liberté de composition, sa parenté avec l'éthique janséniste, témoigne d'une inventivité et d'une profondeur qui valaient bien ce détour. La présence de la musique donne son unité à l'oeuvre : elle est la pierre angulaire sur laquelle elle s'édifie et elle est l'âme du film. Rien à voir avec le foisonnement romanesque de l'Amadeus de Milos Forman ; nous sommes là dans un dépouillement plus proche d'un Jean-Marie Straub ou d'un Carl Dreyer. S'y ajoute l'ambiguïté des rapports d'un vieux misanthrope puritain ( admirablement interprété par Jean-Pierre Marielle ) et de son turbulent épigone. Ce dernier a pris les traits de Guillaume Depardieu, qui possède, semble-t-il, un vrai tempérament d'acteur et exprime clairement le fossé creusé par les générations, dont l'une est encore  tournée vers le passé et l'autre impétueusement orientée vers une modernité qui annonce le siècle des Lumières. 

Le récit est scandé par la voix off de Gérard Depardieu , sensé être Marin Marais en son âge mûr, précédant les images qui illustrent les évocations successives de la vie de Sainte Colombe. Le jeu de ces deux musiciens est également très dissemblable. Alors que celui du vieux maître est douloureux, émouvant, noyé de larmes, celui du jeune homme est rapide, enjoué, étincelant, comme s'il quêtait l'approbation d'un auditoire qu'il entendait tenir sous son charme. Il est vrai que pour le benjamin, l'instrument n'est autre que le moyen d'obtenir une revanche sur le sort qui lui a fait perdre sa voix de baryton et que pour le grand aîné, elle est une consolation aux épreuves de la vie, un apaisement aux douleurs engendrées par l'absente...Par ailleurs, le film sait dissocier l'immobilisme du maître aux mouvements et à l'animation constante et parfois brouillonne du disciple ; de même qu'il oppose l'austérité des vêtements de l'un à l'éblouissant chatoiement de ceux de l'autre. Tout est dit dans ces infimes détails qui composent une atmosphère propice au déroulement lent et grave du film : approche de la genèse de la musique, des affres de la composition et du génie des artiste aux prises avec eux-mêmes.  Tel Orphée, ne font-ils pas renaître, à l'aurore de chaque nouveau matin du monde, ce qui ne s'était que momentanément enseveli dans la nuit : les amours perdus, les oeuvres inachevées.

 

Pour lire l'article consacré à Alain Corneau, cliquer sur son titre :   ALAIN CORNEAU

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

                         Warner Bros. France  Océan Films  Mars Distribution

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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 09:51

                       

 

 

L'oeil a plus de ressource qu'on ne le croit. Non seulement il épie, il surprend, il caresse, il photographie, mais il accommode sa vision selon ce qui l'arrange et ce qu'il désire. Dans Mortelle Randonnée de Claude Miller ( 1982 ), l'Oeil ( interprété par Michel Serrault ), sobriquet donné à un détective privé, se lance à la poursuite d'une meutrière ( Isabelle Adjani ) qu'il croit être sa fille, perdue de vue depuis vingt ans, à la suite de son divorce, et dont il n'a conservé qu'une petite photo d'écolière. Après l'avoir harcelée, il va tenter de la protéger, éliminant ceux qui l'approchent, principalement l'aveugle ( Sami Frey ) qui souhaite l'épouser. Catherine, tel est le nom de la jeune meutrière qui assassine ses amants en leur chantant " La Paloma", va tenter de tuer l'Oeil afin de s'en délivrer, mais celui-ci a recours à un leurre et Catherine va réaliser trop tard qu'elle est découverte et, prise de panique, se jeter avec sa voiture du haut d'un parking. Ce n'est que plus tard que l'Oeil apprendra que sa fille - qui s'appelait Marie - est morte depuis longtemps...


Le thème de l'oeil abusé, aveuglé, structure l'oeuvre de Miller. Il aime comme dans L'Effrontée (1985), La Petite Voleuse (1988), L'Accompagnatrice (1992) broder des variations sur la fascination : généralement celle d'une adolescente subjuguée par son alter ego qui est, selon les circonstances, une pianiste, une chanteuse, une star, et qu'un regard a suffi à parer de toutes les qualités dont la jeune personne se croit dépourvue. Sur une intrigue, tirée d'un roman de Marc Behm, Jacques et Michel Audiard ont bâti un scénario solide et élaboré un thriller envoûtant qui, mal reçu à sa sortie, fut vite réhabilité et est considéré aujourd'hui comme l'une des meilleures réalisations de Miller, ne serait-ce que pour l'interprétation des acteurs tous excellents et le message proposé par ce polar intelligent d'envisager les choses autrement qu'elles ne sont.


Dans le film, l'unique personnage qui soit épris de celle que l'Oeil s'obstine à prendre pour sa fille Marie, est aveugle. Son amour ne doit donc rien à la vision de son objet et tout à l'intuition de ses qualités secrètes qu'il est le seul à percevoir. Jaloux et possessif, l'Oeil éliminera ce rival, mû par la logique de son propre aveuglement et poussera Catherine, qui comprend qu'elle est irrémédiablement traquée, à se réfugier dans le suicide. Ainsi la passion est-elle aussi meutrière qu'aveugle ! Déjà dans Dites-lui que je l'aime (1977), un amoureux transi tuait celle qu'il aimait après l'avoir revêtue de la robe de mariée qu'il espérait lui voir porter. De film en film, Miller invite le spectateur à ne pas suivre, ni subir, le regard de ses héros, à ne pas être manipulé à son insu et à refuser le regard hâtif des premières impressions, lui suggérant d'avoir recours à son discernement pour se forger une opinion personnelle. Il cherche, en quelque sorte, à réhabiliter le regard intérieur...

 

                    Isabelle Adjani. Collection Christophe L.

C'est sans doute dans le rôle de ce détective minable, malheureux et tourmenté, en quête de son enfant perdu, que Michel Serrault a trouvé son plus bel emploi, alors qu'Isabelle Adjani, en icône vénéneuse et en tueuse psychotique, nous surprend par son jeu aux multiples facettes et son personnages aux multiples travestissements. Elle est étonnante au côté d'un Sami Frey égal à lui-même et d'une distribution à tous égards remarquable qui réunit Geneviève Page, Stéphane Audran, Macha Méryl et Guy Marchand.

 

 

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 11:39

                       Daniel Auteuil et Jean-Pierre Darroussin. Studio Canal  

 

Ce film de Jean Becker a le mérite de remettre quelques bonnes vérités en place, ne serait-ce qu'en offrant de la vie d'un un rat des villes et d'un rat des champs une vision juste et une morale salutaire. Entre un peintre et un jardinier qui se retrouvent après avoir partagé, jadis, les 400 coups de l'enfance, s'instaure un dialogue savoureux où le bon sens sort triomphant et l'amitié confortée . Un vrai bain de jouvence que la dernière partie du film ternit un peu. Dommage !

Un peintre lassé des aléas de la vie parisienne s'en retourne vivre dans sa province d'origine au coeur de la France profonde, ce qui est l'occasion pour lui de renouveler ses thèmes d'inspiration et de remettre en question son style de vie. D'autant que le jardinier, auquel il a recours pour cultiver son potager, n'est autre qu'un ami de jeunesse qui, après avoir été cheminot, s'est reconverti dans le jardinage par goût personnel. Rencontre entre deux cultures, deux vocations, celle de la terre et celle de l'art, entre deux modes d'existence.


Tandis que l'un a été victime de pas mal de revers et de déboires, l'autre a su se protéger et vivre des jours lumineux et simples en offrant aux autres ce qu'il avait cultivé avec humilité. Aussi le peintre, en rupture d'illusion, s'émerveille-t-il du regard empli de sagesse et de lucidité que cet ancien complice de la communale pose sur le monde. Nulle aigreur, nulle jalousie ne viennent fausser son jugement qui frappe par son bon sens, l'unique critère auquel il se réfère en toutes occasions.

 

                     Jean-Pierre Darroussin et Daniel Auteuil. Studio Canal

 

L'auteur des Enfants du Marais a adapté pour l'écran un roman d'Henri Cueco, dont le jardinier-philosophe était le héros principal, dispensant au fil des pages et des dialogues une belle leçon de vie. Jean Becker, pour l'occasion, a voulu amplifier, face à lui, le rôle du peintre en vogue revenu des déceptions causées par une existence trop superficielle et mondaine et qui, ayant passé le cap de la cinquantaine, s'interroge sur son art et sur sa carrière.


Il a apporté également un soin particulier au traitement de l'image et de la lumière. Les paysages sont très présents, non seulement pour activer la mémoire et favoriser l'inspiration, mais pour redonner à la vie du peintre les couleurs qu'elle semble avoir perdues. C'est par ailleurs dans les dialogues eux-mêmes, qui font écho au décor champêtre, que réside la part la plus intéressante du film, dont le scénario reste conventionnel et les personnages secondaires peu consistants. Néanmoins, cette douceur de vivre suffit-elle à nous convaincre qu'elle peut à elle seule redonner au peintre le goût de lui-même et ré-orienter sa carrière d'artiste ? Sans doute non, mais il n'empêche que le film distille une fraîcheur revigorante, que les diverses scènes sont amenées avec délicatesse et que le cinéaste procède habilement par touches légères, feuilletant devant nos yeux un plaisant catalogue de peintures impressionnistes. Un bon moment qui nous propose un regard ragaillardi sur les choses.

 

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                    Jean-Pierre Darroussin. Studio Canal


 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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