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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 11:32

Ad Vitam         VIDEO                 


Je n'avais pas vu la version cinématographique couronnée par le César du Meilleur film en février 2007, ainsi que celui de la meilleure interprétation féminine pour la charmante et lumineuse Marina Hands, aussi ce fut une vraie découverte d'assister, sur Arte, à la projection de la version télévisée plus longue de cette Lady Chatterley et l'homme des bois en deux épisodes de 1h40 chacun.  C'est bien entendu la même histoire, mais plus ample, plus détaillée, plus fidèle aussi au roman que David Herbert Lawrence rédigea en 1927, moins de trois ans avant sa mort.

Par ailleurs, cette version longue nous permet d'entrer davantage dans les méandres de la pensée de Constance Chatterley et d'assister plus intimement à sa métamorphose. Car c'est de cela qu'il s'agit : la lente transformation d'une jeune lady anglaise qui avait  cru bon de renoncer à la vie parce que sa condition sociale l'exigeait et qu'elle n'avait pas encore trouvé l'occasion capable de lui inspirer l'impulsion salvatrice. L'événement déclencheur sera sa rencontre avec le garde-chasse du domaine de son époux.

 

                         Marina Hands. Ad Vitam

Je dirai tout d'abord que ce film se singularise par sa  féminité et que c'est l'expression même de celle-ci, dans ses délicatesses et ses nuances subtiles, qui m'a touchée. Si ce n'est pas le chef-d'oeuvre que l'on a proclamé ici et là, ce n'est pas non plus le navet que quelques-uns se sont plus à caricaturer outrageusement. Non, nous assistons là à un long métrage qui prouve, si besoin était, la maîtrise, le sens du rythme, de la direction d'acteurs et de la mise en scène de son auteur. Excessivement soigné, peut-être trop au goût de certains, il se déroule avec une lenteur calculée qui allie la fraîcheur et la solennité, sans une once de vulgarité, et bénéficie de l'interprétation empreinte de charme et de grâce de Marina Hands, qui sait rendre pleinement crédible son apprentissage de l'amour. Fête des sens, il mêle complicité et tendresse, sensualité et passion ; ode à la vie d'une jeune femme frustrée par l'infirmité de son mari, il s'accompagne d'une célébration lyrique des beautés de la nature. L'une des scènes les plus réussies n'est-elle pas celle où les amants nus courent et se poursuivent sous la pluie dans le parc de Wragby ?

                         Jean-Louis Coulloc'h et Marina Hands. Ad Vitam


Pascale Ferran, fidèle à l'esprit du livre, a fait de son garde-chasse un homme plus tendre que rustre, sinon l'attachement prolongé de la jeune aristocrate aurait pu paraître incompréhensible, bien que cela ait été au départ le souci initial de l'auteur. Ce qui la lie à son amant est, au-delà du plaisir sensuel, celui d'une proximité immédiate dans l'ordre de la sensibilité. Tous deux sont d'autant plus proches qu'ils partagent le goût des choses simples, naturelles, authentiques. S'il y a des naïvetés et si la fin est décevante, les presque trois heures de la version télévisée ne m'ont pas semblé fastidieuses, car il y a dans cette projection une fluidité, une harmonie, une volupté auxquelles il est difficile de résister. La plus grande faiblesse réside dans les concessions accordées par la cinéaste au discours social, abordé de façon simpliste et conventionnelle, comme si Pascale Ferran voulait s'en sortir d'une pirouette et se donner ainsi bonne conscience à propos d'un sujet périlleux. En définitive, le personnage du mari infirme, homme sans corps et sans vie charnelle, campé remarquablement par Hippolyte Girardot m'est apparu davantage comme une victime qui n'a guère que son statut social pour tenter d'exister face à une jeune épouse qu'il aime et qui, irrémédiablement, lui échappe. Les critiques ont passé un peu vite sur le rôle de cet homme figé dans sa douleur plus que dans son arrogance, dans son orgueil blessé plus que dans son mépris. C'est peut-être là que s'exprime le mieux le génie féminin de l'auteur qui parvient à doser avec légèreté et justesse la part toujours fluctuante des sentiments.

 

                        Marina Hands et Jean-Louis Coulloc'h. Ad Vitam

Quant au jeu des deux principaux personnages, il mérite d'être souligné. Marina Hands est simplement délicieuse de naturel, de spontanéité, de force et de naïveté touchante face à Jean-Louis Coulloc'h qui parvient très bien par ses silences à nous suggérer ses doutes, ses appréhensions, ses joies. Plus qu'elle, il est conscient de l'abîme qui les sépare et conserve sa dignité malgré la passion qui le submerge. Le film doit beaucoup à ce casting réussi.

 

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 09:43

                          Emmanuelle Béart. Mars Distribution

 

 ou les souffrances du créateur


Jacques Rivette est l'homme des défis : entre autres défis, ceux de la dramaturgie et des codes traditionnels de l'écran. Chacun de ses films se présente comme une énigme à déchiffrer, dont il n'est pas sûr que lui-même en détienne la clef. On dirait que le cinéaste se plaise à épier les signes, à mettre en route des choses et des événements qu'il ne maîtrise pas forcément, mais dont le déroulement, quand bien même qu'il le déborde, excite son imagination. Aussi ne peut-on rêver création plus ouverte, plus ludique, plus expérimentale.

La Belle Noiseuse ( 1990 ) ne déroge pas à la règle des films qui la précédèrent ; la version intégrale était de 4 heures, comme L'amour fou de 4h12 ou Céline et Julie de 3h10. Mais Rivette envisagea un traitement allégé qui la réduisit à 2 heures et, par la même occasion, la priva d'une grande part de son intérêt.

L'intrigue se place sous le patronage du Chef-d'oeuvre inconnu de Balzac, l'écrivain préféré de Rivette vers lequel il se plait à revenir, tout récemment encore avec Ne touchez pas la hache. Elle illustre parfaitement le propos du vieux peintre à son épigone : " La beauté est une chose sévère et difficile qui ne se laisse point aisément atteindre ; il faut attendre des heures, la presser et l'enlacer étroitement pour la forcer à se rendre... Ce n'est qu'après de longs combats qu'on peut la contraindre à se montrer sous son véritable aspect".
Ainsi procède le peintre Frenhofer ( admirablement interprété par Michel Piccoli ), cloîtré dans son atelier, pareil à une forteresse, pressant son jeune et beau modèle, nu et soumis, à livrer le mystère de sa torturante séduction.Le public assiste fasciné à cette ascèse esthétique qui ne se prive pas d'exigence et n'est pas moins dénuée de tyrannie.
                           

                           Les Visiteurs du soir  Filbox Producoes  Diaphana Films

Dans le midi de la France, le peintre Frenhofer s'est retiré avec sa femme Liz ( Jane Birkin ), qui fut longtemps son inspiratrice. Arrive Porbus ( Gilles Arbona ), un amateur d'art, en compagnie d'un jeune peintre Nicolas et de sa compagne Marianne ( Emmanuelle Béart ). Depuis 10 ans, Frenhofer avoue à Porbus qu'il n'a plus touché un pinceau, laissant inachevée La belle Noiseuse, un portrait de sa femme, tableau qui devait être tout ensemble son dernier ouvrage et son chef-d'oeuvre. Porbus l'encourage à reprendre ce travail avec pour modèle la jeune et belle Marianne. Cinq journées de pause harassantes seront nécessaires pour concrétiser le projet que vont vivre avec difficulté les deux couples, dans un climat de tensions et de jalousies. Alors que le vieux ménage se ressoudera dans l'épreuve, le jeune s'y consumera et le tableau, remisé à l'écart, conservera son secret.
La main d'un peintre de métier se substitue à celle de l'acteur dans les plans rapprochés. Il s'agit de celle de Bernard Dufour qui a exposé au Centre Pompidou et à la Biennale de Venise. Pour autant sa technique de composition picturale ne saurait constituer le motif principal du film. Rien à voir avec Clouzot traquant le geste de Picasso dans Le mystère Picasso ( 1956 ), pas davantage avec Pialat montrant Van Gogh à son chevalet. Rivette envisage le travail d'un peintre anonyme comme pur et simple prolongement de son itinéraire de cinéaste et le processus utilisé nous renvoie inlassablement à ses propres méthodes de tournage. La recherche présumée d'une forme sur la toile est symétrique de la sienne sur l'écran et c'est véritablement là que réside l'attrait essentiel du film.

Ce qu'il raconte, par ailleurs, est l'histoire d'un couple d'âge mûr qui sent la jeunesse lui échapper pendant qu'un autre couple, pas assez mûr, se défait sous ses yeux. A l'expérience de l'un s'oppose l'immaturité de l'autre et toujours l'impossibilité d'aboutir à l'harmonie et la plénitude. C'est donc à une leçon sur les possessions impossibles que le cinéaste nous convie, prenant soin de ne point offrir une quelconque conclusion à son film, à ne rien clôre et à laisser place à la réflexion sur la création toujours en train de se créer. Rien n'aboutit, tout reste en suspens, en état d'accomplissement permanent. De même que l'amoureux se trompe en croyant posséder celle qui est l'objet de son amour, que le peintre s'illusionne lorsqu'il croît s'emparer des secrets intimes de son modèle, l'artiste se fourvoie en pensant qu'il a terminé l'oeuvre de sa vie. Passionnant document sur le travail de réalisateur et tentative intelligente et originale qui illustre l'axiome que Rivette, lorsqu'il était critique aux Cahiers du cinéma, avait posé au sujet de la vocation de celui-ci à se faire l'élément constitutif de son propre tournage. Il y réussit avec ce film exemplaire qui permet à la caméra de capter les liens invisibles que les êtres parviennent à tisser entre eux, sans jamais atteindre une solution satisfaisante, puisque l'on sait que le travail de Rivette n'a d'autre but que de nous décrire, par le menu, l'élaboration des actes et la gestation des oeuvres.

 

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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 08:40

                              

                                                                    

 

En 1327, alors que la chrétienté est divisée entre l'autorité papale de Jean XXII et celle de l'empereur Louis IV du Saint-Empire, le moine franciscain Guillaume de Baskerville et le novice Adso von Melk enquêtent sur des morts suspectes qui ont eu lieu dans une abbaye bénédictine. Malgré les silences de l'abbé et du vénérable Jorge, Guillaume pressent que la clé du mystère se trouve dans la bibliothèque. Un inquisiteur, accouru pour remettre de l'ordre dans ce monastère, qui semble en proie à l'hérésie, condamne au bûcher deux moines et la jeune paysanne qui se prête volontiers à assouvir les désirs les moins purs des ressortissants. Finalement Guillaume parvient à résoudre l'énigme. C'est Jorge, en empoisonnant les pages d'un livre sacré et interdit, qui a entraîné la mort de moines trop curieux...

 

 

A l'opposé des mises en scène fastueuses des productions hollywoodiennes ou des aventures exotiques, Jean-Jacques Annaud a préféré, pour ce film cosmopolite,  le huit-clos d'un monastère perdu dans les terres désertes de l'Italie septentrionale et le spectacle d'idées au spectacle tout court. L'environnement âpre et sauvage sert de toile de fond aux génériques du début et de la fin ; son immensité se prête à évoquer un ailleurs dont la découverte est l'un des thèmes du film. Mais l'essentiel se déroule à l'intérieur même de l'abbaye, dans les salles communes, la chapelle, la bibliothèque, le réfectoire et les étroites cellules des moines. Là, plongée dans un clair-obscur savamment dosé, la vie ne conserve pas moins une intensité que le confinement rend encore plus inquiétante ; les cloîtrés réprimant leurs désirs ou les assouvissant honteusement et partageant leur temps entre l'étude et la prière.

 

 

Rien apparemment ne saurait précipiter le cours tranquille de ces existences, sinon l'irruption de l'étranger indésirable et, de surcroît, hérétique. Situé au coeur d'une période mouvementée, le film se développe sur un rythme de plus en plus soutenu avec pour objectif le combat des hommes contre l'obscurantisme et l'opposition entre raison et surnaturel . C'est, par ailleurs, un plaidoyer en faveur de la liberté de conscience. Si la plupart des moines sont considérés comme des illuminés et des hypocrites, les personnages interprétés par Sean Connery et Christian Slater semblent s'interroger réellement sur le mystère de la foi et de l'amour de Dieu.

 

Sans effets spéciaux, ni déploiement de foule, aux antipodes du bruit et de la fureur, Le Nom de la rose a suscité l'engouement du public lors de sa sortie en 1986 et bénéficié d'un succès international. Or si le film apparait aussi spectaculaire que ceux des maîtres américains, n'est-ce pas simplement parce que le cinéaste a choisi de prendre le contre-pied des règles et artifices du genre ? Il n'a point tenté d'adapter le roman philosophique de l'écrivain italien Umberto Eco, mais en a réalisé un palimpseste. C'est ainsi - expliquait-il à l'époque - qu'on appelle les vieux parchemins qui ont été grattés pour pouvoir être réutilisés, mais sous lesquels apparaissent, par fragments, les textes d'époque. Donc le livre va sûrement transparaître dans le film, mais j'ai voulu filmer ma vision de ce livre qui peut être lu à plusieurs niveaux. Et Eco, qui l'a très bien compris, m'y a d'ailleurs encouragé".

 

Ainsi, en imposant à son récit, à sa dramaturgie et aux personnages de se plier aux impératifs du réalisme, Annaud est-il parvenu à imposer une vérité historique et un climat qui permettent d'adhérer pleinement à cette aventure humaine hors du commun, aventure qui explore d'autres horizons que ceux de l'imagination pure et aborde avec pertinence l'histoire et son héritage, le savoir et sa transmission, la religion et son pouvoir, l'homme et sa dualité esprit/matière. Ainsi les horizons infinis de la pensée et du destin d'une civilisation élargissent-ils la fiction policière et moyenâgeuse de l'intrigue aux dimensions d'une fresque métaphysique.



Avec cette oeuvre réussie et passionnante, Annaud s'est imposé comme le précurseur d'un cinéma européen ambitieux qui ose s'attaquer à des sujets difficiles sans rien perdre de son attraction populaire. Un défi gagné et un long métrage devenu un classique. Et l'une des plus belles prestations de l'acteur Sean Connery.


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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 17:22

temps-retrouve-raoul-ruiz-L-1           

  

                            VIDEO

  
Atteint de tuberculose dès sa petite enfance, Raoul Ruiz, né à Santiago du Chili en 1941, est tôt nourri de littérature. C'est un lecteur avide de beaux textes qui s'orientera à l'adolescence vers des études de droit et de théologie, tout en dirigeant le ciné-club de l'université et en commençant à rédiger ses premières pièces de théâtre : il en écrira plus d'une centaine.

Installé à Paris en 1973, il tourne Dialogues d'exilé que lui inspire son expérience de réfugié politique. Amoureux de toutes les formes d'art et proche du surréalisme, il consacre un film à la peinture : L'hypothèse du tableau volé mais il lui faudra attendre Trois vies et une seule mort en 1996 pour accéder à la notoriété. En 1998, il relève le défi d'adapter Le temps retrouvé de Marcel Proust ce qu'avait tenté de faire Visconti, projet auquel il renonça finalement -  film qui connut un succès mérité par sa mise en scène superbe, sa savante écriture et une interprétation de qualité.

En début de projection, nous voyons l'écrivain sur son lit, feuilletant les images de son passé et se remémorant les heures les plus marquantes d'une vie bouleversée par l'irruption de la Grande Guerre. Or cette vie quelle est-elle, sinon celle de son oeuvre ?  Dans le film, les personnages du roman et ceux de la réalité se croisent et viennent  hanter la mémoire d'un Proust parvenu au seuil de la mort, comme s'ils se refusaient à quitter celui qui leur avait donné vie une seconde fois, vie que la littérature perpétue au-delà du temps, faisant du temps perdu un temps retrouvé.

 

Parmi ceux-ci, apparaissent les personnages clés de La Recherche : Charlus, Odette, Morel, Saint-Loup, Gilberte, Madame Verdurin ; Swann et Albertine ne feront que de courtes apparitions, le cinéaste n'abordant dans son film que le dernier volume de l'ouvrage, ce qui  est, à l'évidence, une approche réductrice d'une oeuvre riche de 3000 pages. Il faut cependant reconnaître à Raoul Ruiz le mérite d'avoir restitué l'élégance de l'univers proustien et l'atmosphère d'une époque qui vivait ses dernières moments, puisque l'on sait que la guerre de 14 a enseveli dans ses tranchées un XIX ème siècle qui n'en finissait pas de mourir. Le film pourrait se contenter d'être un beau livre que l'on compulse avec plaisir, un  album du temps passé nous présentant une société raffinée, des femmes coquettes, des demeures fastueuses, un Paris du début du siècle restitué dans ses moindres détails, mais il est plus que cela.

Le temps Retrouvé est avant tout un film sur le temps et la mort, saisi par le regard d'un cinéaste habile et intelligent qui tente d'établir entre l'oeuvre du romancier et son propre travail des liens étroits, de façon à créer une ambiance singulière, ce, par le biais d'un film volontairement non-narratif. Ruiz, en effet, a souhaité épouser les desseins de Proust, parce qu'ils étaient proches des siens, et les a reformulés en termes cinématographiques. De même qu'il poursuit sa réflexion sur la création artistique. La force du film tient à cette volonté de s'approcher au plus près du processus d'écriture. Une extrême complexité d'élaboration l'a contraint à conjuguer une suite subtile de correspondances auditives et visuelles, véritables équivalences que mènent de conserve deux approches de la pensée poétique - celle de la plume et celle de la caméra.

 

Cette tentative est intéressante à plus d'un titre, même si elle ne comble ni le néophyte - qui ne dispose pas de suffisamment de points de repère, ni l'amateur éclairé qui s'agace de cette adaptation trop restrictive et imparfaite. Mais il faut admettre que Ruiz a osé une expérience originale. Il le dit lui-même : " Il me fallait créer un labyrinthe cinématographique qui soit l'équivalent de cette phrase proustienne, qui égare le spectateur - de façon plaisante. Or la méthode que je cherchais était une forme de liberté d'écriture qui correspondait à des passages dans le temps, des allers et venues entre un épisode et un autre. Ces portraits variaient en fonction d'un moment et ainsi on retrouvait ce fameux temps circulaire " - qui n'est autre que celui envisagé par l'écrivain.

Les principales faiblesse de cette expérience concernent le recours quasi systématique au flash-back, à la multiplicité des personnages qui finit par égarer le spectateur, tandis que certaines figures de style oniriques rendent l'oeuvre inaccessible aux non initiés. En définitive, cette galerie de personnages surgie de la mémoire d'un Proust mourant se contente de défiler sous notre regard, les protagonistes du roman de se croiser, se chercher, s'épier, une fois transposés sur la pellicule, sans parvenir à nous convaincre du rôle qu'ils ont réellement tenu dans la vie de l'auteur. Si l'époque et les lieux sont restitués, l'essentiel s'est évaporé et l'admirable roman n'est plus qu'une belle enveloppe vide.

Car, ce qui est possible en littérature ne l'est pas forcément sur le plan cinématographique et le flou de nombreuses scènes ajoute à la difficulté de lisibilité du film. Celui-ci, après le tournage, durait quatre heures mais, pour les nécessités de la diffusion, fut ramené à deux heures quarante. Cette amputation a probablement desservi l'adaptation audacieuse de Ruiz d'une grande part de son intérêt. Hélas !

Proust aurait-il aimé le film ? Certainement pas, ne serait-ce que parce que la littérature se suffit à elle-même, qu'elle est un art total comme le souhaitait et le désirait l'écrivain, invitant chacun de ses lecteurs à entrer en recherche avec lui. L'adaptation de Raoul Ruiz lui serait apparue comme faisant offense à l'imaginaire de chacun,  imposant une vision unilatérale de l'oeuvre, alors que la lecture, contrairement au cinéma, laisse une grande part de liberté dans l'interprétation. Le lecteur n'est jamais passif, il apporte au livre sa propre vision . La relation que Proust entendait établir avec son lecteur était trop étroite, trop intime, pour souffrir autre chose que le murmure des mots.

 

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temps-retrouve-raoul-ruiz-L-2.jpg

 

 

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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 08:40
Mon oncle de Jacques Tati
Mon oncle de Jacques Tati

 

"Mon Oncle" de Jacques Tati fut tourné en couleur en 1958. Hulot habite alors une maison tarabiscotée dans la banlieue parisienne en pleine rénovation, envahie de grues et de pelleteuses, dans un bruit assourdissant. Célibataire, il est très attaché à son neveu qui demeure avec ses parents dans une coquette villa d'un quartier résidentiel pourvue des derniers équipements et gadgets à la mode. Hulot vient souvent lui rendre visite et l'emmène se promener et se distraire. Il en profite pour lui faire découvrir un monde inhabituel, celui des terrains vagues, des jeux, où entre une grande part d'imagination. Pour l'enfant, c'est la soudaine découverte d'un univers surprenant où l'on s'accorde quelques privautés et d'où l'on revient les mains sales et les genoux écorchés, au grand dam des adultes.

 

En 1958, la France est à l'orée de ce que l'on appellera la société de consommation. Aussi, pour créer un habitat conforme aux normes exigées par la vie moderne, commence-t-on à raser les immeubles insalubres. "Mon oncle" a été tourné à Saint-Maur et son comique naît principalement du contraste entre le quartier huppé des nouveaux riches et celui des quartiers anciens, faits de bric et de broc, mais qui ont conservé leur chaleur villageoise. L'utilisation remarquable des sons, du langage, des gags empruntés à la réalité la plus immédiate font de ce film un chef-d'oeuvre où se tissent étroitement satire du présent et nostalgie du passé.Le cinéaste défendait ainsi une certaine idée du bonheur paisible, fondé sur des relations humaines harmonieuses et faisait, pour nous en convaincre, l'apologie d'un univers accordé au rythme naturel du pas de l'homme.

 

Pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à l'oeuvre de Jacques Tati, cliquer sur son titre :

 

 

JACQUES TATI OU LE BURLESQUE REVISITE 

 

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Mon oncle de Jacques Tati
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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 08:57

 

 Portrait de Jean-Claude Brialy. Collection Christophe L.                                 


                                                          1933 - 2007

 


Il était un maître de cérémonie toujours élégant, empressé, ayant le mot aimable à l'intention de chacun. Mais derrière l'apparence policée du parfait dandy, sorti tout droit de La Recherche du temps perdu, derrière le savoir-faire et le savoir-vivre, se cachait un homme plus profond, amoureux de la belle ouvrage, de la langue française, du théâtre et du spectacle en général, à la seule condition qu'ils fussent de qualité. Les Français le connaissaient peu et l'aimaient  bien, parce qu'il avait le don rare de réussir ce qu'il entreprenait : ses rôles, ses maisons, ses restaurants, ses théâtres...Cette facilité apparente n'en cachait pas moins un travail acharné qui ne laissait aucun détail au hasard. Comme les danseurs, il exécutait ses entrechats comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

 

Il était méticuleux et précis sans être ennuyeux, ironique et critique, sans être méchant. Pour lui existait une hiérarchie des valeurs à laquelle il se conformait scrupuleusement. C'était un amateur de livres et d'objets rares, un connaisseur à n'en pas douter. Ce qu'il exécrait le plus était la vulgarité et comme on le comprend ! Nous n'avions qu'à l'écouter parler pour savoir quel amour il avait de l'excellence dans tous les domaines.

 Acteur fétiche de la Nouvelle Vague, il s'était trompé d'époque. Il eut mieux valu pour lui naître vingt ans plus tôt et faire carrière dans le cinéma français des années 30 et 40 où il aurait porté l'habit comme André Luguet ou Fernand Gravey, joué les jeunes premiers fantaisistes et donné la réplique à des actrices magnifiques  habillées en Lanvin ou Schiaparelli. Son raffinement, sa classe auraient fait merveille. Mais la vie en a décidé autrement et ce séduisant amphitryon, plein de prévenance et de magnificence, fit ses véritables débuts auprès de Bernadette Lafont dans Le beau Serge (1958) avant de poursuivre son parcours cinématographique avec Les cousins (1959). Le voilà lancé, car il joue juste et a de la présence, même si ses rôles ne correspondent pas toujours à sa nature de Rastignac flamboyant, beau, et bien disant. Il tournera successivement avec Rivette, Godard, Astruc, Vadim, de Broca, Aurel, Truffaut et Rohmer, mais également Malle, Bunuel, Téchiné, Scola et Miller. Lui-même, avec beaucoup de joliesse, comme on peint une aquarelle, réalisera plusieurs films dont Eglantine (1971) et Un bon petit diable en 1983.
Des Godelureaux ( 1960) à Les lions sont lâchés (1961), l'acteur ne manque aucun rendez-vous des nouveaux conquérants, ce qui ne l'empêche nullement d'aller faire quelques détours chez des metteurs en scène qui correspondent mieux à ses aspirations secrètes, tels que Duvivier, Cayatte et Verneuil, afin de retrouver quelque chose du mythique écran noir d'avant-guerre.
Passé la trentaine, les remous de la Nouvelle Vague calmés, Brialy va changer insensiblement de registre. Au jeune premier un peu fou qui se cherche succèdent des compositions plus sages, plus ironiques et narquoises, d'un homme mûri avant l'âge. On se souviendra de lui dans Le genou de Claire de Rohmer, l'un de ses meilleurs rôles, et on peut regretter que Marc Allégret, trop âgé, ait manqué Le Bal du comte d'Orgel ( 1970), dont il était si parfaitement le personnage.


                   Jean-Claude Brialy et Alan Bates. Les AcaciasJean-Paul Belmondo et Jean-Claude Brialy. René Chateau


Au théâtre, le rythme de ses apparitions est également soutenu, car Brialy est un avide, un curieux, un homme généreux qui aime la scène et le contact direct avec le public. C'est un être solaire, qui  se plait à séduire et à être séduit. Ses auteurs seront Krasna, Félicien Marceau, Feydeau, Hartog adapté par Colette, Françoise Dorin, Sacha Guitry, Didier Van Cauwelaert, dont il jouera Le Nègre en 1987. Cette dernière comédie inaugure la première saison de Brialy en tant que directeur des Bouffes-Parisiennes, responsabilité qu'il avait accepté d'endosser avec tous les risques que cela comporte. Dans le même temps, il n'arrête pas de présenter des émissions de télévision, de radio, des festivals, des galas. On le réclame partout, parce qu'il sait tout faire avec panache et aisance. Il est, à n'en pas douter, le plus fastueux des présentateurs. Cet aspect extraverti de sa personnalité est d'autant plus surprenant qu'il se révèle, dans le privé,  pudique et secret. Jamais d'étalage, aucune forfanterie, selon les modalités d'une exubérance bien tempérée, d'une retenue de bon aloi. Peu importe si sa filmographie- fleuve( une centaine de longs métrages ) ne comporte pas que des chefs-d'oeuvre, si tout n'est pas d'égale qualité, si certains choix nous paraissent aujourd'hui regrettables, car il nous faut admettre que le raffinement n'a pas cours tous les jours et que bien des metteurs en scène ne surent pas deviner les ressources d'un acteur tout en finesse, qui se plaisait dans les nuances, les subtilités, les paradoxes, et qui se refusa à se laisser déborder par des excès qui, assurément, caractérisent les monstres sacrés, dont il ne fut pas, par modestie et réserve...


Pour consulter les articles des films où figure l'acteur, dont Le beau Serge et Le genoux de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

                        Francoise Christophe et Jean-Claude Brialy. Les Acacias  Jean-Claude Brialy. Pathé Renn Productions

                     

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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 08:21

                              

En un quart de siècle, l'art et l'industrie du film ont considérablement évolué ; la meilleure part revenant aux grosses productions qui savent séduire le public par un langage visuel simplifié à l'extrême, qui sacrifie la signification à l'effet, l'expression esthétique à l'image factice. Dans le même temps, le statut des auteurs s'est affermi, les oeuvres de recherche ont proliféré et, ce, au-delà de ce qu'avaient pu rêver les premiers adeptes de la caméra-stylo. Il nous faut donc tenir compte, lors d'une série d'articles sur la production cinématographique couvrant une ou plusieurs décennies, de cette double et paradoxale évolution, en incluant auprès des chefs-d'oeuvre, des produits de plus grande consommation, ce qu'il est convenu d'appeler des films-cultes, sur lesquels nous nous devons d'émettre les réserves qui s'imposent. Cela est justement le cas pour Le grand bleu ( 1988 ), un film qui sut ensorceler une jeunesse et transformer le spectateur en dauphin, le plongeant dans un monde de rêve et de bonheur d'où il ne voudrait jamais plus revenir. Rêve, bonheur, poésie, innocence, évasion, ne sont-ils pas l'apanage de cette réalisation parfaitement réussie sur le plan esthétique et qui rend le rôle du détracteur d'autant plus malaisé et ingrat ?


Oubliez tout ce que vous savez.. Plongez ! conseillait le metteur en scène Luc Besson. Or, c'est justement ce que refusait ceux qui répugnaient à s'anéantir comme le faisaient à l'écran Enzo et Jacques. Ces deux copains partageaient la même passion pour la plongée sous-marine et, à l'occasion d'un championnat du monde, se retrouvaient à Taormina en Sicile, bientôt rejoints par Johana, une jeune américaine follement éprise de Jacques. Ce dernier paraissait lui rendre son amour mais, en réalité, n'aspirait qu'à une chose : plonger et se mesurer, lors des compétitions, à son concurrent Enzo. Un jour, celui-ci descendit trop profond et mourut dans les bras de son ami qui, au lieu de remonter son cadavre dans le monde des hommes, préféra le confier au silence des profondeurs, avant de l'aller rejoindre peu de temps après, sourd à l'amour de Johana enceinte.

Terrible histoire que celle de ces deux sportifs qui optent pour la mort plutôt que pour la vie, car de quoi s'agit-il sinon d'un anéantissement dont le réalisateur n'hésite pas à nous fournir la clé. Et quelle est-elle ? Je résume : puisque la vie ordinaire n'est pas à la mesure de l'héroïsme auquel aspirent les jeunes gens, épris l'un et l'autre d'idéal et de fraternité virile, et puisque la femme, selon eux, signifie l'assurance d'une existence stéréotypée qui, peu ou prou, les contraindra à la stabilité : foyer, enfants, maison, automobile et, par conséquent, à une existence castratrice, mieux vaut une mort désirée que cette vie mutilée...  Si bien que l'on peut aborder le film sous l'angle d'une exaltation au dépassement de soi, ce que firent de nombreux jeunes spectateurs, qui adhérèrent d'autant plus facilement à cette intrigue, qu'elle fait la part belle à la fascination que le néant exerçe sur eux. La beauté esthétique du film donne incontestablement de la mort une image sublimée : mort proclamée comme refus de la médiocrité, de l'ordinaire de la vie, et comme possibilité de s'octroyer un destin. En somme, proposer en échange d'une vie aseptisée et d'une désolante platitude, une mort exaltante. Le film provoqua la controverse que l'on imagine sans qu'elle fût toujours bien comprise, ce qui est regrettable, car, à la suite de cette projection, des adolescents fragiles pouvaient être enclins à se laisser prendre dans cette nasse  qui les entrainait irrémédiablement dans des profondeurs insondables. L'image fascinait, mais n'en était pas moins fausse ; on sait depuis Cousteau que les grands fonds océaniques sont, dans la réalité, ténébreux et inhospitaliers. On y devient sourd et aveugle et on s'y engloutit dans un univers pour le moins terrifiant. Si la plongée sous-marine est un sport enthousiasmant, il ne l'est que dans la mesure où chacun en envisage les risques et périls. Ce film eut donc, entre autre privilège, celui de faire couler beaucoup d'encre et de susciter des discussions sans fin. Aujourd'hui, il me vient à l'idée de le comparer à un film récent, qui a obtenu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes : Le scaphandre et le papillon.  Alors que le premier est un chant funèbre bellement orchestré, le second est un hymne à la vie de la part d'un homme prisonnier d'un scaphandre, immergé dans les profondeurs douloureuses de la maladie, mais, tellement épris de la beauté du monde, que d'un battement de paupière il parvient à faire de sa pensée et de ce qui lui reste de vie...un papillon. A la pesanteur de l'eau s'oppose l'air libérateur, au refus, l'acceptation, à l'abandon, la confiance. A méditer. 

 

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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 09:44

                 

 

Louise, stagiaire dans une agence de décoration, occupe avec Rémi, urbaniste, un appartement à Marnes-la-Vallée. Mais Louise est coquette, aime sortir, s'amuser, alors que Rémi, casanier, préfère la tranquillité d'une vie un peu à l'écart des autres. Un soir Louise fait la connaissance de Bastien qu'elle invite dans le studio parisien qu'elle est en train d'aménager. C'est une nuit de pleine lune... Cependant cette existence dissipée commence à la lasser et elle décide de retourner vivre sagement auprès de Rémi. Mais il est trop tard, une autre femme a pris sa place.

Avec ce quatrième film de la série "Comédies et Proverbes", Eric Rohmer illustre la formule suivante : "Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison". Une fois encore, l'auteur fait preuve d'une grande liberté de ton et vise à saisir, en peintre autant qu'en moraliste, avec une attention minutieuse, les petits riens de la vie quotidienne qu'il considère comme significatifs de l'air du temps. Son art, comme on l'a dit, mêle une certaine forme de modernité picturale et de tradition classique qui s'applique à inscrire un itinéraire dans un périmètre délimité et ouvre, par la même occasion, une réflexion en profondeur sur l'architecture d'aujourd'hui, la tristesse des banlieues, la jungle des villes, les nuisances de tous ordres et le cocon familial sécuritaire. Cela témoigne d'une extrême sensibilité à l'environnement et nous convie dans des lieux précis qui s'inscrivent dans une chronologie rigoureuse : la gare de Marnes-la-Vallée, le parc du Mandinet, le carrefour Saint-Michel, la place des Victoires, la rue Poncelet... Cette attention portée au cadre de vie est inséparable d'un souci complémentaire de la décoration intérieure. Rohmer l'a confié à son interprète Pascale Ogier qui s'identifie idéalement au personnage de Louise, oiseau volage en quête d'un nid à ajuster à ses mesures. Comme toutes les créatures du cinéaste, elle entend marquer son territoire avec pour seul critère un certain goût de la beauté. Auprès d'elle, l'excellent Fabrice Luchini, qui apporte la seule note drôle et légère de ce film, sans doute le plus décalé, le plus abrupte de Rohmer, se fait le porte-parole du climat habituel rohmérien, lorsqu'il s'écrie : " J'ai besoin de me sentir au centre". Au centre d'un pays, d'une ville qui serait presque le centre du monde.

                   Fabrice Luchini et Pascale Ogier. Les Films du Losange Fabrice Luchini et Pascale Ogier. Les Films du Losange

Faut-il pour autant considérer le metteur en scène comme un ironique ethnographe, un dilettante à l'affût des minauderies de  ses contemporains, ayant une prédilection pour les personnages exagérément nombrilistes. Il s'en défend et ne se veut que le peintre des moeurs de son époque comme son ami et confrère Claude Chabrol. C'est la raison pour laquelle il fascine et irrite à la fois,  ne laissant jamais indifférent, tant son public finit par se reconnaître dans ce tableau qu'il brosse d'eux avec une grâce et une habileté indiscutables. Il pratique un humour au second degré, pas toujours perceptible il est vrai. Si on le questionne sur ses préférences littéraires, le cinéaste cite aussi bien Balzac que la Comtesse de Ségur et se plait à brouiller les pistes. Dans l'entreprise que je fais - a-t-il coutume de dire - il est bon d'être secret. Son oeuvre est néanmoins d'une rare transparence. Elle s'ordonne, on le sait, en cycles : les contes moraux, les comédies et proverbes, dont le fleuron est sans nul doute "Les nuits de la pleine lune" ( 1984 ), où l'on voit l'importance de cet astre sur le comportement des personnages, sur leur humeur, leurs amours. Le sujet se focalise, comme beaucoup d'autres réalisations de Rohmer, autour des sentiments, des états d'âme de garçons et de filles qui échouent à accorder leurs actes et leurs désirs. D'un prétexte aussi ténu, Rohmer va broder tant et si bien qu'il réactualise le thème bien connu des deux pigeons dont l'un s'ennuyait tant au logis qu'il prît son envol jusqu'au jour où il le réintégrera, mais trop tard pour sauver la mise. Servi par des dialogues étincelants, le film nous renseigne avec brio sur les complications incertaines du coeur, le jeu des apparences, les rendez-vous manqués. Les acteurs servent cette intrigue avec finesse, par leur naturel et leur spontanéité . Et le revoir est d'autant plus émouvant que son interprète féminine Pascale Ogier ( la fille de Bulle Ogier ) devait mourir peu de temps après, des suites d'une attaque cérébrale. Elle reçut à titre posthume le prix d'interprétation au Festival de Venise 1984. Un film subtil et attachant qui nous restitue parfaitement le climat des années 80.

 

Pour lire l'article consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

 

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                   Pascale Ogier. Les Films du Losange

 

 

 

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19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 09:23
LA FAILLE de GREGORY HOBLIT

                     

Plus théâtrale que cinématographique, "La Faille" de Grégory Hoblit vaut principalement pour le jeu des acteurs Anthony Hopkins et Ryan Gosling et le suspense efficace qui maintient - sans faiblir - l'intérêt et la curiosité du spectateur jusqu'au final, ce qui est la preuve d'un scénario bien ficelé, dans la plus pure tradition du thriller hollywoodien. Dans le personnage de Ted Crawford,  ingénieur aéronautique riche et vicelard, Hopkins est retors à souhait. Il semble sortir, avec ses cheveux gris rasés court, du "Silence des agneaux". Comme sa femme le trompe deux fois par semaine dans un hôtel avec piscine, il commet le crime parfait, mais, ensuite, avoue sa culpabilité, afin de mettre au défi la police et un jeune procureur aux dents longues, que l'on a jeté dans ses pattes afin de le pousser jusque dans ses retranchements, de prouver qu'il est bien le coupable. Jeu pervers et machiavélique que cet homme inquiétant va mener de main de maître au point que les enquêteurs vont y perdre leur latin. Problème : c'est l'amant qui a été chargé de mener l'instruction sur la tentative d'assassinat de l'épouse infidèle et c'est un jeune procureur, pressé d'en finir, qui va jouer face à lui à qui perd gagne. Ce trio-là vaut son pesant d'or et Hopkins avec ses airs narquois, ses sourires entendus et ses silences, qui en disent long, nous la joue sur le mode tantôt insolent, tantôt cynique, en manipulateur avisé qui sait user habilement de sang-froid et de ruse.

 

 

                         Anthony Hopkins. Metropolitan FilmExport

 

 

Le bras de fer qui s'en suit est habilement conduit entre faux-semblants et ambition, mensonge et orgueil, moment que l'on savoure avec un certain plaisir. Reste ici et là des clichés dont on se serait bien passé et qui n'apportent rien au film. Dommage, car celui-ci aurait mérité mieux sur le plan du rythme et du découpage, ainsi que de la mise en scène vraiment trop convenue. Mais le film s'en sort grâce à ce duel qui nous met les nerfs à vif. L'accusé et l'accusateur, étant aussi mégalo l'un que l'autre, nous font leur cinéma avec un talent qui, à certains instants, m'a semblé un peu forcé. A voir si l'on aime les parties de poker jouées avec maestria.

 

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                     Ryan Gosling. Metropolitan FilmExport

 

LA FAILLE de GREGORY HOBLIT
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11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 13:03

AlloCiné 
        

Dès son premier film Diva, en 1981, Jean-Jacques Beineix prend le public au dépourvu en choisissant un scénario très banal, qu'on en juge : un facteur nommé Jules s'éprend d'une chanteuse Cynthia Hawkins qu'il vénère au point de lui voler sa robe de scène. Il se trouve ensuite - et sans le savoir - en possesssion d'une cassette qu'une femme a jetée dans la sacoche de sa mobylette avant d'être poignardée. Jules échappera à ses poursuivants, des Taïwanais qui veulent faire de cette cassette un disque, puis des flics et des voyous lancés à sa poursuite, grâce à Gorodish et Alba qui l'hébergent et le protégent. Entre deux courses éperdues, il aura tout de même trouvé le temps de séduire Cynthia qui lui pardonnera le vol de sa robe.

Pour remédier à la faiblesse évidente de cette intrigue, Beineix va l'émailler de bizarreries : ainsi Gorodish hachant des oignons avec un masque de plongée sur le visage, une femme pieds nus sur un quai de gare, la diva qui change de perruque en toute occasion, une salle de concert aux murs lépreux, un magnétophone qui descend du plafond, des musiciens de cire dans un entrepôt désert et ainsi de suite... Néanmoins, il semble que les critiques aient apprécié, puisque ce long métrage fut salué par un feu roulant d'articles élogieux, évoquant, à son sujet, des précédents prestigieux : l'hyperréalisme et le surréalisme, Magritte, l'opéra lyrique, Verdi, Raymond Chandler. Plus prosaïque, José Bescos résuma ainsi le sentiment quasi général : " Du culot, de l'audace, de l'anticonformisme, du tempérament, du talent."

Jugement partagé par l'ensemble de la profession, semble-t-il, qui lui décerna quatre Césars : celui de la première oeuvre et ceux de la photo, de la musique et du son. Quant au public, il y eut, de sa part, divergence d'appréciation : les uns portèrent aux nues ce jeune cinéaste,  le considérant comme le plus prometteur de sa génération ; les autres n'adhérèrent nullement à ce cinéma en total décalage avec la réalité. Ainsi, pour des raisons oppposées, le nouveau venu soulevait-il la controverse et, par voie de conséquence, créait-il l'événement. Plus qu'à une mode, il donnait naissance à un courant qui fut suivi par des cinéastes comme Luc Besson et Léos Carax ( Les Amants du Pont-Neuf , dont nous parlerons ), courant qui privilégie le décor, l'image, le détail, au détriment de la cohérence et s'attache davantage au pittoresque des personnages qu'à leur vraisemblance. C'est pourquoi ce cinéma fut associé, de par son style, au néo-baroque, dont le goût de l'étrange prend racine dans l'expressionisme allemand des années 20, la nostalgie et l'angoisse du quotidien dans le réalisme poétique des années 30. On sait que la carrière de Beineix fut en dents de scie et que son film suivant La Lune dans le caniveau ( 1983 ) fut un échec retentissant. Sa production ultérieure ne cessera d'alterner, selon les hésitations du cinéaste lui-même, entre succès ( 37°2 le matin - 1986 ) et échecs ( Roselyne et les lions - 1989 - et IP5 ( 1991 ), entre la fuite dans l'utopie et le retour à la réalité.
Ajoutons aux mérites insolites de ce film, celui de nous avoir révélé l'acteur  Richard Bohringer.

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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