Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 09:23
LA FAILLE de GREGORY HOBLIT

                     

Plus théâtrale que cinématographique, "La Faille" de Grégory Hoblit vaut principalement pour le jeu des acteurs Anthony Hopkins et Ryan Gosling et le suspense efficace qui maintient - sans faiblir - l'intérêt et la curiosité du spectateur jusqu'au final, ce qui est la preuve d'un scénario bien ficelé, dans la plus pure tradition du thriller hollywoodien. Dans le personnage de Ted Crawford,  ingénieur aéronautique riche et vicelard, Hopkins est retors à souhait. Il semble sortir, avec ses cheveux gris rasés court, du "Silence des agneaux". Comme sa femme le trompe deux fois par semaine dans un hôtel avec piscine, il commet le crime parfait, mais, ensuite, avoue sa culpabilité, afin de mettre au défi la police et un jeune procureur aux dents longues, que l'on a jeté dans ses pattes afin de le pousser jusque dans ses retranchements, de prouver qu'il est bien le coupable. Jeu pervers et machiavélique que cet homme inquiétant va mener de main de maître au point que les enquêteurs vont y perdre leur latin. Problème : c'est l'amant qui a été chargé de mener l'instruction sur la tentative d'assassinat de l'épouse infidèle et c'est un jeune procureur, pressé d'en finir, qui va jouer face à lui à qui perd gagne. Ce trio-là vaut son pesant d'or et Hopkins avec ses airs narquois, ses sourires entendus et ses silences, qui en disent long, nous la joue sur le mode tantôt insolent, tantôt cynique, en manipulateur avisé qui sait user habilement de sang-froid et de ruse.

 

 

                         Anthony Hopkins. Metropolitan FilmExport

 

 

Le bras de fer qui s'en suit est habilement conduit entre faux-semblants et ambition, mensonge et orgueil, moment que l'on savoure avec un certain plaisir. Reste ici et là des clichés dont on se serait bien passé et qui n'apportent rien au film. Dommage, car celui-ci aurait mérité mieux sur le plan du rythme et du découpage, ainsi que de la mise en scène vraiment trop convenue. Mais le film s'en sort grâce à ce duel qui nous met les nerfs à vif. L'accusé et l'accusateur, étant aussi mégalo l'un que l'autre, nous font leur cinéma avec un talent qui, à certains instants, m'a semblé un peu forcé. A voir si l'on aime les parties de poker jouées avec maestria.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

                     Ryan Gosling. Metropolitan FilmExport

 

LA FAILLE de GREGORY HOBLIT
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
11 mai 2007 5 11 /05 /mai /2007 13:03

AlloCiné 
        

Dès son premier film Diva, en 1981, Jean-Jacques Beineix prend le public au dépourvu en choisissant un scénario très banal, qu'on en juge : un facteur nommé Jules s'éprend d'une chanteuse Cynthia Hawkins qu'il vénère au point de lui voler sa robe de scène. Il se trouve ensuite - et sans le savoir - en possesssion d'une cassette qu'une femme a jetée dans la sacoche de sa mobylette avant d'être poignardée. Jules échappera à ses poursuivants, des Taïwanais qui veulent faire de cette cassette un disque, puis des flics et des voyous lancés à sa poursuite, grâce à Gorodish et Alba qui l'hébergent et le protégent. Entre deux courses éperdues, il aura tout de même trouvé le temps de séduire Cynthia qui lui pardonnera le vol de sa robe.

Pour remédier à la faiblesse évidente de cette intrigue, Beineix va l'émailler de bizarreries : ainsi Gorodish hachant des oignons avec un masque de plongée sur le visage, une femme pieds nus sur un quai de gare, la diva qui change de perruque en toute occasion, une salle de concert aux murs lépreux, un magnétophone qui descend du plafond, des musiciens de cire dans un entrepôt désert et ainsi de suite... Néanmoins, il semble que les critiques aient apprécié, puisque ce long métrage fut salué par un feu roulant d'articles élogieux, évoquant, à son sujet, des précédents prestigieux : l'hyperréalisme et le surréalisme, Magritte, l'opéra lyrique, Verdi, Raymond Chandler. Plus prosaïque, José Bescos résuma ainsi le sentiment quasi général : " Du culot, de l'audace, de l'anticonformisme, du tempérament, du talent."

Jugement partagé par l'ensemble de la profession, semble-t-il, qui lui décerna quatre Césars : celui de la première oeuvre et ceux de la photo, de la musique et du son. Quant au public, il y eut, de sa part, divergence d'appréciation : les uns portèrent aux nues ce jeune cinéaste,  le considérant comme le plus prometteur de sa génération ; les autres n'adhérèrent nullement à ce cinéma en total décalage avec la réalité. Ainsi, pour des raisons oppposées, le nouveau venu soulevait-il la controverse et, par voie de conséquence, créait-il l'événement. Plus qu'à une mode, il donnait naissance à un courant qui fut suivi par des cinéastes comme Luc Besson et Léos Carax ( Les Amants du Pont-Neuf , dont nous parlerons ), courant qui privilégie le décor, l'image, le détail, au détriment de la cohérence et s'attache davantage au pittoresque des personnages qu'à leur vraisemblance. C'est pourquoi ce cinéma fut associé, de par son style, au néo-baroque, dont le goût de l'étrange prend racine dans l'expressionisme allemand des années 20, la nostalgie et l'angoisse du quotidien dans le réalisme poétique des années 30. On sait que la carrière de Beineix fut en dents de scie et que son film suivant La Lune dans le caniveau ( 1983 ) fut un échec retentissant. Sa production ultérieure ne cessera d'alterner, selon les hésitations du cinéaste lui-même, entre succès ( 37°2 le matin - 1986 ) et échecs ( Roselyne et les lions - 1989 - et IP5 ( 1991 ), entre la fuite dans l'utopie et le retour à la réalité.
Ajoutons aux mérites insolites de ce film, celui de nous avoir révélé l'acteur  Richard Bohringer.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

                                                                                              Pyramide Distribution

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 13:09

                        Ulrich Mühe. Océan Films   VIDEO

 

" Les horreurs sont supportables tant qu'on se contente de baisser la tête, mais elles tuent quand on y réfléchit".  Erich Maria REMARQUE

 

Film admirable que La Vie des autres de Florian Henckel, dans lequel on entre d'emblée et qui installe la tension dès les premières images de l'interrogatoire d'un jeune détenu auquel un officier sinistre demande de livrer à la Stasi l'un de ses amis, de se faire délateur pour le bien de l'Etat. Nous sommes en 1984 dans l'ex RDA qui signifie, non sans humour noir - République démocratique allemande - du camarade Erich Honecker, à l'apogée de l'effroyable système totalitaire marxiste imposé à l'Allemagne de l'Est par l'URSS, à la suite de la dernière guerre, faisant passer cette partie du territoire allemand du régime nazi au régime communiste et montrant ce que l'oppression a d'universel lorsqu'elle s'érige en un système de gouvernement reposant sur la terreur collective, la suspicion et la dénonciation.
Ce long métrage, qui est tout ensemble un film politique et d'amour, un documentaire, un thriller, prouve qu'il n'est nul besoin de trafiquer l'histoire pour construire un scénario sensé susciter l'intérêt, mais qu'il est préférable, comme c'est le cas ici, de cerner la vérité au plus près et de la restituer dans son oppressant climat. Et cette vérité quelle est-elle ? Celle d'un régime inhumain qui a tenté cette expérience terrifiante d'instrumentaliser l'homme de telle façon qu'il ne soit plus qu'un exécutant au service d'une idéologie mortifère. La Vie des autres revisite donc notre histoire quasi contemporaine ( puisque des régimes marxistes existent encore ) sans tabous et témoigne d'une prise de conscience enfin objective des conséquences du marxisme. Après l'ouvrage Le livre noir du communisme, ce film dépeint un univers kafkaïen, fantomatique, qui fut pour de nombreuses populations une descente aux enfers et un enfermement dans des pays qui devenaient soudain des camps retranchés derrière des murs de la honte et mettait ainsi une partie du monde hors de toute information extérieure et de toute légitimité. Nous sommes affrontés à une philosophie qui conteste l'homme en tant que personne, qui le prive de sa liberté, de son autonomie, de son libre arbitre, de sa créativité ; en quelque sorte de son âme, mot compromettant auprès des instances marxistes. L'homme n'a pas à être, il a à se conformer, ou plutôt à être conforme aux critères imposés, qui ne sont autres que ceux d'un communautarisme à outrance.

Qui est Wiesler, cet officier de la Stasi - l'égale de la Securitate roumaine ou du KGB soviétique - qui est chargé de surveiller l'écrivain et auteur dramatique Georg Dreyman et sa compagne, la belle actrice Crista-Maria Sieland ? Il n'est ni plus ni moins qu'une sorte de robot au masque glacial, aux gestes mécaniques, une machine bien huilée formée à l'école de la Stasi pour dé-construire l'homme et, principalement, l'artiste, cet insupportable cavalier seul... Et il va s'y employer avec zèle 24 heures sur 24, l'espionnant ou le faisant espionner, ayant criblé son appartement d'un réseau d'écoutes, scrutant chacun de ses actes, de ses mots, de ses silences, jusqu'à vivre une vie par procuration, puisque lui-même n'en a pas... C'est alors que l'on entre dans la fiction magnifique de ce film et que Wiesler va commencer à s'humaniser au contact de l'amour et de l'art, que son coeur va s'éveiller grâce à la musique de Beethoven et à la lecture de Bretch, que le masque va peu à peu se fissurer.

                     Sebastian Koch et Martina Gedeck. Océan Films

Selon Hubertus Knab, si le personnage de Wiesler est conforme à la réalité au début du film, son humanisation aurait été impossible du temps de la RDA pour la raison que la Stasi surveillait chacun de ses agents, dont la moindre trahison était punie de mort. En définitive, la fonction des opérateurs était strictement cloisonnée, de manière à ce qu'aucun dérapage ne soit envisageable. Celui qui écoutait un suspect et était chargé de le suivre ne savait pas qui il était, aussi se contentait-il de transmettre un rapport à son département. C'est d'ailleurs ce cloisonnement qui permit la si longue durée de ces dictatures.


Le film est donc une fiction, mais quelle fiction admirable ! car elle rend avec réalisme l'atmosphère de ces villes ternes, sans couleur, dépersonnalisées, ces décors austères, uniformes, désespérants, cités concentrationnaires aux rues sordides, où aucune vie de voisinage n'existait et où chacun s'empressait de regagner son HLM qui lui assurait un semblant d'intimité. Une fiction qui répond à ce besoin fondamental qu'éprouve tout homme de bonne volonté de refuser une réalité sans espoir et de croire possible que même au plus profond du mal il existe une possibilité pour le bien.
Ainsi va-t-on assister à la lente rédemption de Wiesler, sauvant la vie de celui qu'il était chargé de compromettre. La fin est bouleversante : la mort de Christa-Maria, l'actrice, qui préfère se suicider, comme tant d'allemands de l'Est, parce qu'elle a eu un moment de peur et de faiblesse et dénoncé celui qu'elle aimait ; Dreyman découvrant plus tard aux archives le nom de son protecteur auquel il dédicacera son prochain ouvrage et Wiesler, devenu simple facteur, apercevant dans la vitrine d'une librairie le roman de l'homme qu'il a sauvé au prix de sa carrière et répondant au vendeur qui le questionne : c'est pour moi - acte de son autonomie retrouvée.

D'autre part, ce très beau film est scandé par des scènes qui donnent à l'oeuvre sa saveur douce-amère, particulièrement celle de l'enfant et de son ballon ou encore de la cantine, digne d'un suspense à la Hitchcock. Tout est remarquable dans ce premier long métrage de Florian Henckel : la construction solide du scénario, les séquences sans effets mélodramatiques qui évitent de forcer l'émotion et l'interprétation d'acteurs excellentissimes, que ce soit Sebastian Koch, Martina Gedeck et Ulrich Mühe, qui rend si convaincante sa métamorphose d'un homme peu à peu rejoint par son humanité. Un chef-d'oeuvre.
L'acteur Ulrich Mühe est décédé un an après la sortie du film des suites d'un cancer.

Pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN


Ulrich Mühe. Océan Films 
Ulrich Mühe

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article
4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 10:37

                       Julie Christie et Gordon Pinsent. La Fabrique de Films    VIDEO  

                                      

 

Le film  Loin d'elle, d'une jeune réalisatrice canadienne, nous révèle un talent prometteur qui mérite de retenir l'attention des cinéphiles, tant ce premier essai, sur un sujet pourtant difficile, est un coup de maître. Sarah Polley, tel est son nom, y démontre une maîtrise époustouflante pour une si jeune femme ( 28 ans ). Car, bigre ! que le thème choisi est délicat ! Traiter de la maladie d'Alzheimer sans sombrer dans le mélo et sans frôler l'impudeur est suffisamment remarquable pour être souligné. Ce film est certes mélancolique, mais jamais désespéré, tant l'amour et le respect prennent sans cesse le pas sur les conséquences inéluctables de la maladie. L'héroïne s'éloigne à jamais dans les brumes de l'absence et un environnement d'une beauté poignante que la blancheur immaculée de la neige garde intact dans son profond et admirable silence. La jeune cinéaste ne s'est pas cachée d'être fascinée par l'exploration de la mémoire, par les règles de ce "je"aux multiples facettes, par les longues relations entre deux personnes lorsqu'elles s'effilochent, et comment les choses dont on se souvient peuvent être aussi douloureuses que celles que l'on oublie. Et je désirais tellement, a-t-elle dit lors d'une interview, que Julie Christie tienne ce rôle, que j'ai commencé à écrire en pensant à elle. Ce scénario s'inspire d'une nouvelle d'Alice Munro qui bouleversa à tel point la jeune femme qu'elle eût aussitôt le désir de la porter à l'écran et, par la même occasion, de se lancer dans la mise en scène.
L'histoire est celle de Fiona et Grant ( Gordon Pinsent ), mariés depuis 45 ans, et dont l'existence va être totalement déstabilisée lorqu'ils apprennent que Fiona est atteinte de la maladie d'Alzheimer. A cette annonce, la malade accepte d'entrer dans une maison de santé spécialisée, ce qui va profondément perturber son époux, rongé par la culpabilité et torturé par sa mémoire qui ne cessera plus, dès lors, de lui rappeler les heures de bonheur d'antan, alors même que son épouse prend ses distances avec un passé qui les avait vus si proches. Et cette douleur s'aggravera encore lorsque Fiona s'éprendra d'un des pensionnaires de la maison de santé.
La mémoire s'est retirée de l'esprit de cette femme, laissant derrière elle une page vierge, comme le sable à marée basse, comme la neige qui a recouvert le paysage environnant en le faisant apparaître différent. Fiona est soudain livrée à la vie, sans plus de racines, sans plus de souvenirs, avec une sensibilité intacte mais pas d'amarres pour la fixer au quai, pas de barre pour la gouverner. Ainsi est-elle pareille à une jonque égarée dans l'immensité inconnue, ainsi les sentiments se fracassent-ils comme une banquise, car bientôt Fiona ne reconnaîtra plus son compagnon de vie. La tendresse et la force s'allient dans ce film qui sait montrer,  juste comme il faut, la fragilité des êtres et la persistance des liens.


Dans le rôle de Fiona, composé en pensant à elle, Julie Christie, qui fut l'inoubliable Lara du Docteur Jivago,nous bouleverse une fois encore par l'intensité qu'elle  insuffle à son personnage. Elle joue de cette fragilité qui émane d'elle, de cette ferveur des yeux qui la caractérise, de cet effacement qu'elle sait nuancer selon les scènes, de ses étonnements, ses étourderies et elle est tout simplement admirable. Elle ajoute au film, aux côtés d'un Gordon Pinsent également émouvant, une dimension quasi spirituelle, comme une lumière qui irradie ainsi que la neige d'alentour.  Le non-dit de ce film est plus important que le dit, car l'essentiel est suspendu dans les regards qui s'échangent, les chagrins qui se voilent, les tendresses qui s'avouent. Si la nostalgie est bien présente, Sarah Polley ne s'en contente pas et ose aborder d'autres thèmes que celui de la maladie dévastatrice. Elle évoque avec tact la sexualité des seniors, la mort "sociale", sans perdre son fil conducteur : celui de cet amour évanescent. Film grave d'une jeune actrice talentueuse passée derrière la caméra, il porte en germe toutes les promesses et prouve, une fois encore, que la valeur n'attend pas le nombre des années.

Julie Christie a reçu un Golden Globe en 2008 pour son interprétation dans ce film.


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

loin_d_elle.jpg

 

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
28 avril 2007 6 28 /04 /avril /2007 09:37

    

 

Rien de plus éloigné d'India Song de Marguerite Duras que le film Les Bronzés ( 1978 ) de Patrice Leconte. Le premier se situe dans le cercle étroit du cinéma expérimental jugé parfois trop cérébral et ennuyeux, l'autre est un divertissement hilarant qui n'a pour ambition que de distraire et d'amuser, mais n'en reste pas moins une critique savoureuse et cruelle d'une tranche de la société de consommation des années 70. Pourquoi en parler ? Parce que ce film, et ceux qui suivirent, dont Les Bronzés font du ski, Le Père Noël est une ordure, furent des succès tels qu'ils méritent de retenir l'attention et parce que l'équipe du Splendid, cette troupe de joyeux drilles, qui avait fait ses classes auprès de Tsilla Chelton, imposa avec talent un cinéma proche de la formule café-théâtre, à base d'improvisations collectives et d'humour franchouillard.


                          Michel Creton, Thierry Lhermitte et Michel Blanc.

 

Le film réunissait l'équipe au complet, tandis que la réalisation était confiée à un transfuge de la bande dessinée, ayant travaillé au journal Pilote et déjà signataire d'une comédie grinçante qui révélait Coluche : Les vécés étaient fermés de l'intérieur (1975). La comédie m'a enseigné les constructions au millimètre... La publicité m'a appris l'économie du récit : en quarante-cinq secondes, il faut aller à l'essentiel . Ces propos du metteur en scène expliquaient sa réussite dans un genre mineur : minutieux réglage des gags, rapidité d'exécution, refus du comique de grimace à la de Funès au profit d'une franche gaieté à l'italienne. Autre originalité : le comique n'était plus l'affaire d'un seul à la façon d'un Buster Keaton ou d'un Jacques Tati, mais d'une troupe d'acteurs où chacun figurait un personnage bien ciblé de l'échantillonnage humain : le malchanceux, l'arriviste, le paumé, le drageur, le parvenu, la snobinarde, l'écervelée... Le tout pimenté d'une bonne dose d'observation sociologique qui raillait le comportement du touriste moyen en mal de potion miracle contre la solitude et nous dévoilait un échiquier farfelu où les uns et les autres poussaient leur pion à l'aveuglette. Il en résultait un comique insolite, amer et pittoresque, que le cinéaste affinera, par la suite, dans des réalisations plus ambitieuses telles que Tandem ( 1986 ), Le mari de la coiffeuse ( 1990 ) et Le parfum d'Yvonne ( 1994 ).

 

                             Michel Blanc.

    

Avec Les Bronzés, Leconte et la troupe du Splendid se trouvaient en phase avec la réalité de l'époque, si bien que le film est un documentaire inénarrable de ce que fut alors l'homo vacancus, en même temps qu'une peinture réjouissante de beaufs et parvenus étalant leur argent et leur mauvais goût, de snobinards allergiques aux bouseux et d'inclassables énergumènes ne parvenant à s'intégrer nulle part. Les gags s'enchaînaient avec brio et le rythme ne se relâchait à aucun moment. C'était un feu d'artifice de scènes mémorables menées à un train d'enfer par de jeunes acteurs talentueux qui, visiblement, s'amusaient autant que nous.  Il est vrai aussi que nous avions dans ces années-là un Président de la République qui se souciait beaucoup du bonheur des Français et que le club Med sut profiter à fond de cette formidable aubaine des séjours "clé en main" et dépaysants, qui assuraient à ses gentils membres, grâce à la présence de ses gentils organisateurs, des semaines de rêve, au long de plages bordées de cocotiers, où leurs loisirs, leur habitat, leur couvert, leurs flirts, leurs souhaits, leurs phantasmes étaient aimablement satisfaits. Ils n'avaient plus qu'à se laisser porter par cette vague euphorisante et se couler dans le moule que l'on proposait à leur psychisme stressé. Le sujet était trop beau pour ne pas être exploité avec toute la dérision requise.

La production cinématographique des années 70/80, éclectique à souhait, manifestait ainsi sa bonne santé, puisqu'elle pouvait offrir des longs métrages aussi différents que Le chagrin et la pitié de Marcel Ophuls ( 1970 ), La maman et la putain de Jean Eustache ( 1973 ) et ces bronzés  qui recensaient les ridicules d'une société de consommation n'aspirant qu'à jouir, sans trop se poser de questions, des opportunités qui s'offraient à elle. Le film, sous ses dehors simplistes, était une charge impitoyable contre les dangers du décervelage qui guettait chacun de nous, pris que nous étions dans l'engrenage du plaisir à tout prix et de la satisfaction immédiate. Dans ce sens, Les Bronzés ont été salutaires. Les Français acceptèrent avec bonne humeur cette parodie d'eux-mêmes, mais nombreux furent ceux qui en tirèrent la leçon et organisèrent leurs vacances de manière plus personnelle. Le Club Med eut aussi à en pâtir et dut réviser ses formules de vacances en les déclinant  sur un mode plus raffiné, plus élaboré, ajoutant au potage quelques ingrédients soft.

En conclusion, ce film aura été un triomphe et se voit rediffusé presque chaque année sur une chaîne de télévision avec le même succès d'audience. C'est dire que la troupe et son cinéaste avaient  visé juste. Les Français ont une qualité qu'il faut leur reconnaître : ils se plaisent à rire à leurs dépens. C'est bon signe. L'auto-critique est excellente pour la santé morale. Bien entendu, la tentation était grande de rééditer l'exploit. Il y eut, en effet l'année suivante Les Bronzés font du ski qui était encore de bonne facture, mais, hélas ! le dernier en date, ces bronzés number 3 fut un four total...Les miracles n'ont lieu qu'une fois...


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 08:16

                      Delphine Seyrig et Sami Frey. Mission

                                                                             Delphine Seyrig

 

L'oeuvre de Marguerite Duras a suscité et suscite encore de nombreuses polémiques entre encensement et sarcasmes. Ce n'est pas étonnant si l'on considère la personnalité provocatrice de cet écrivain atypique et la nature de ses écrits. Marguerite Duras a abordé avec le même enthousiasme le roman, le théâtre et le cinéma, sans obtenir les mêmes succès car le stylo n'est pas la caméra, ni l'écriture l'image, et il semble bien, à travers India Song, que l'auteur se soit quelque peu égarée dans une discipline qu'elle maîtrisait mal.

Laissons- lui la parole pour nous expliquer le scénario de ce film qui date de 1975 et est hanté par la mélopée d'une mendiante, que l'on ne voit jamais, chargée d'exprimer aux abords de l'Ambassade de France  la douleur d'un pays miné par la misère. " Il s'agit -  écrit Duras - de l'évocation, d'abord par deux voix féminines, d'une passion amoureuse dont l'héroïne, aujourd'hui disparue, est Anne-Marie Stretter, épouse de l'ambassadeur de France en Inde. Cette passion a eu lieu dans les années trente, dans une ville du bord du Gange. Deux jours de cette histoire sont évoqués. Cette nuit-là, au bal de l'Ambassade, Anne-Marie Stretter passe de l'un à l'autre mais refuse l'amour du vice-consul. Il s'en va dans la nuit et crie " son nom de Venise dans Calcutta désert" , car Anne-Marie est originaire de la ville des Doges. Le lendemain, Anne-Marie, sans doute touchée par cette passion, disparaît à son tour".

C'est la bande son qui est chargée, dans ce long métrage étrange et non dénué d'intérêt, d'introduire les informations sur le temps et l'espace, de définir le thème, de relater l'intrigue, d'instaurer le climat. Ces voix - toutes off - construisent le scénario par bribes. Certaines balbutient un passé dont le souvenir précis se dérobe ; d'autres, celles des principaux protagonistes, échangent des dialogues asynchrones avec les images, comme si rien ne pouvait et ne devait coïncider. D'autres enfin apportent quelques précisions narratives et psychologiques, susceptibles d'éclairer les zones d'ombre du tissu dramatique. A cette polyphonie verbale se superpose un univers sonore plus réaliste : cris d'oiseaux, bruits de voix, flux et reflux des vagues, alors que se poursuit la mélopée de la mendiante dont j'ai parlé plus haut, de même que les mélodies nostalgiques d'India Song sur lesquelles dansent les hôtes de l'Ambassade de France.

Quant au pays lui-même, on le devine plus qu'on ne le voit : c'est l'Inde imaginée, supposée, comme tout l'est dans ce film qui semble rôder autour des êtres et des choses, les évoquer, les suggérer, dans une inexistence qui finit par lasser, tant nous sommes dans le nommé et non le montré, dans le dit et non  le vu. Aux voix qui racontent l'Inde répondent soixante-douze plans - souvent longs et fixes - sans réelle correspondance avec les mots, un comble ! Des plans traversés de personnages qui entrent et sortent du cadre avec solennité, voire s'immobilisent comme pour justifier la remarque de l'auteur : " Cette chaleur, comment voulez-vous ? Le seul remède, l'immobilité, la lenteur, ralentir le sang ". Des personnages sans consistance, sans vie, alors que les narrateurs nous les dépeignent au paroxysme de la passion. Le dernier plan du film parcourt une carte de l'Asie du sud-est et la caméra y détaille des tracés, des reliefs, des noms, mais sans nous donner à voir les territoires, sans jamais nous les faire découvrir, comme si cette Inde, dont l'auteur souligne qu'elle est celle de la misère, de la lèpre et de la mort, devait rester à l'état de concept.

On ne peut nier toutefois que ce film, expérimental et singulier,  ne suscite autant d'agacement que de curiosité et qu'il nous laisse sur une insatisfaction qui était peut-être le souhait de l'écrivain qui se plaisait à déranger, à bousculer les habitudes : nous faire ruminer un pays imaginaire que nous n'avons pu atteindre, nous inviter à un voyage que nous n'avons pu faire...
Delphine Seyrig est, comme à l'habitude, magnifique dans ce type de personnage mystérieux et inaccessible, auprès de Michael Lonsdale et Mathieu Carrière, tous deux mûrés dans leur impossible désir. Dans India Song, auquel on peut assister les yeux fermés, certains y ont vu le comble du cinéma. D'autres critiques ont rappelé qu'Alain Resnais dans Hiroshima mon amour ( 1959 ), avait su, en cinéaste professionnel de grand talent, marier le texte de Marguerite Duras et ses propres images et de cette fusion faire un grand film. Ce qui n'est pas vraiment le cas d'India Song.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

                     Michael Lonsdale. Gémini Films   
                                                                       
Michael Lonsdale

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 09:09

                        Romy Schneider et Claude Sautet. Les Grands Films Classiques

   

" Mes films ne sont pas déprimants et ne débouchent pas sur le désespoir. (...) J'essaie toujours de trouver dans les personnages que je décris cette vitalité biologique qui les amène à s'en sortir".  

 

Comme Doillon,  Claude Sautet est le cinéaste de la vie des autres, de ces gens simples que l'on croise, rencontre, oublie. Il aime surprendre sur les visages les expressions familières, les regards fugitifs, les interrogations inquiètes. Dans la foule anonyme des grandes villes, son objectif semble isoler, par hasard, seuls ou en groupe, César et Rosalie ( 1972 ), Vincent, François, Paul et les autres ( 1974 ), Anna, Gabrielle, Marie ( Une histoire simple ), échantillons humains qui illustrent si bien les élans du coeur et les blessures de l'âme et nuancent à l'infini la perception des choses de la vie. Tel un sculpteur, Sautet travaille cette matière brute du réel, ces êtres dont il tente de saisir, d'approcher l'identité, de sonder les coeurs et les reins. Qui sont-ils ? Les maîtres de leur avenir ou les esclaves de mille contraintes ? Ainsi, au fil des bobines, le cinéaste brosse-t-il le tableau impressionniste d'une société qui, dix ans après mai 68, est en pleine mutation, destin particulier des individus inséparable de celui de la collectivité. Rien n'échappe à son oeil attentif et scrutateur : ni le spectacle de la rue colorée, ni celui du cercle familial en fête ou dans la peine, ni le monde du travail entre éclatement et solidarité, ni la fratrie angoissée des hommes, ni l'univers féminin  autour duquel tout gravite. Histoires simples que celles de ces vies que l'on surprend dans leur décor journalier, autour des tables festives, dans le brouhaha des bistrots ou encore dans leur univers professionnel où se tissent les ambitions, les jalousies, les suspicions.  
  

                     Claude Sautet. Les Grands Films Classiques

   

 

Une histoire simple ( 1978 ) est celle de Marie qui rompt avec Serge et décide de ne pas garder l'enfant qu'elle attend de lui, le cinéaste abordant ici le délicat et douloureux problème de l'avortement qui après la promulgation de la loi Veil commençait à se banaliser et prouvait l'évolution rapide d'une société qui n'entendait plus supporter d'entraves à sa liberté. Sautet donne à voir mais ne juge pas ; il se tient en retrait, se contente d'être un peintre des moeurs, un témoin. Cinéaste, c'est-à-dire homme de l'image, il se garde de se montrer partisan. Et on doit l'en remercier, car son cinéma, de belle facture, dans la lignée d'un Renoir et d'un Becker, ne retient sur sa pellicule ultra sensible que les expressions fugitives, les douleurs soudaines, les chuchotements de l'indicible, les aveux sussurés au creux des longs silences, les amours qui se nouent et se dénouent, de ceux qui ne savent pas attendre ou ne peuvent pas finir...

 

 


                   

 

 

Marie, l'héroïne d'une histoire simple, interprétée par la merveilleuse Romy Schneider, après avoir quitté Serge, son amant ( Claude Brasseur ), renoue avec Georges son ex-mari ( Bruno Cremer ) et retrouve en maintes occasions la bande d'amis avec laquelle elle partage ses loisirs, ses soucis et ses joies. Chacun, à l'intérieur de l'histoire, vit son histoire propre, les unes et les autres se mêlant et s'entremêlant dans ce microcosme qui montre combien la solitude peut être plus grande encore au milieu des autres. Familles recomposées, divorce, tentative de suicide, amours déclinantes, notre lot quotidien est dépeint en une fresque intimiste, délicatement chatoyée, sans agressivité, dans les dégradés pastels, avec une humanité empreinte de tendresse. C'est l'art de Sautet d'être ainsi proche de ses personnages, au point de nous les rendre incroyablement accessibles. Celui-ci n'est-il pas notre voisin, celui-là notre confrère, notre associé, voire notre parent ? Cette proximité, par ailleurs, n'est pas dépouvue de piquant et de piment, ce,  grâce aux dialogues aimablement ciselés par Jean-Loup Dabadie.

 


Et puis Claude Sautet sait tirer le meilleur de ses interprètes. S'il donne beaucoup, il reçoit en retour. On sait que Romy Schneider fut l'une de ses actrices fétiche et travailla avec lui dans Les choses de la vie, César et Rosalie, Max et les Ferrailleurs, Mado et cette histoire simple où elle est la femme icône d'une modernité encore hésitante.   "Romy est une actrice qui dépasse le quotidien, qui prend une dimension solaire. Elle est la synthèse de toutes les femmes, leur chant profond qui donne un sens à leur vie. Elle a une sorte de propreté morale qui irradie d'elle-même et la rend absolue" - écrivait le cinéaste de son actrice. C'est dire combien il la comprenait et, à travers elle, toutes les femmes. Car ce cinéaste sut toujours rester à hauteur d'homme et poser sur ses semblables un regard fraternel.  

 

Pour lire les articles consacrés à Claude Sautet, Romy Schneider et Bruno Cremer, cliquer sur leurs titres :

 

CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE      

ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT      

BRUNO CREMER  

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont César et Rosalie, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS   


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 10:51

Corbis Sygma     

 

Dès son second film Les doigts dans la tête (1974)  - le précédent n'était autre que L'An 1 (1972), sorte de tract soixante-huitard - Jacques Doillon, s'inspirant d'un fait divers, la grève de la faim de deux apprentis boulangers, choisit, comme il le fera dans la plupart de ses films ultérieurs, une mince anecdote comme prétexte à l'éternelle tragi-comédie de l'amour, jalonné par les déceptions et les jalousies qui finiront par avoir raison de lui et le feront sombrer dans la haine, pire l'indifférence. Doillon se plait, par ailleurs, à confiner ses héros dans des huit-clos qui favorisent l'éclosion des passions, dominées, dans ce long métrage, par la fraîcheur et l'innocence du vert paradis des amours enfantines.

Chris ( Christophe Soto ), le mitron, habite avec sa petite amie Rosette ( Roselyne Vuillaumé ) dans une mansarde au-dessus de la boulangerie. Bientôt, une jeune suédoise Liv ( Ann Zacharias ) va prendre la place de Rosette dans le coeur de Chris et s'installer avec lui. Mais ce dernier, à la suite d'un retard, est licencié par son patron. Le jeune homme décide alors de résister et de faire valoir ses droits en se réfugiant dans la mansarde comme dans un camp retranché, rejoint peu après par son copain Léon ( Olivier Bousquet ), mécano de son métier, par François le nouveau mitron et Liv et Rosette qui épaulent de leur présence le groupe des résistants.

Avec ce film, Doillon définit déjà son style et sa manière d'envisager le 7e Art et semble être, selon la formule de Claude Beylie, " en délicatesse et en passion le frère d'un Eustache ou d'un Cassavetes, grâce à une attention scrupuleuse aux manifestations les plus secrètes de la sensibilité à l'âge où le coeur est à fleur de peau, autant qu'à l'attention portée à la justesse des mots, l'intensité des regards, la pertinence des gestes. Art surtout de dévoiler, au terme d'un travail acharné qui exclut tout recours à l'improvisation, la vérité cachée de chaque être, la juste réalité des sentiments encore en bourgeons qui ne demandent qu'un peu de patience pour fleurir.

De ce film, François Truffaut devait écrire qu'il était simple comme bonjour. C'était peut-être le plus beau compliment que l'on pouvait faire à un réalisateur dont on sait, depuis lors, qu'il n'a plus cessé d'être en souci constant de la complexité de la nature humaine.

Autres films importants du réalisateur : La femme qui pleure (1978), La drôlesse (1978) , Le petit criminel (1990), La vengeance d'une femme (1990).

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

                        AMLF  Renn Productions 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 11:54

                     Les Films du Losange


"Histoire des Treize ", ce titre regroupe trois romans d'Honoré de Balzac : Ferragus, La duchesse de Langeais et La fille aux yeux d'or. Une première version avait été publiée dans " L'écho de la Jeune France " sous le titre : "Ne touchez pas la hache", qui le resta jusqu'en 1839. Les Treize sont, selon Balzac lui-même, les membres d'une étrange franc-maçonnerie assez forts pour se mettre au-dessus des lois, assez hardis pour tout risquer et entreprendre et assez heureux pour avoir presque toujours réussi dans leurs desseins. La duchesse de Langeais, dédiée à Franz Liszt met en scène le général de Montriveau et la duchesse, née Antoinette de Novarreins, jeune femme adulée du faubourg Saint-Germain, à laquelle l'ombrageux et conquérant militaire, follement épris, va faire une cour assidue sans parvenir à la séduire. Elle l'enflammera sans lui céder. Balzac s'inspirait là de la marquise de Castries qu'il avait désespérément aimée et qui l'avait fait beaucoup souffrir. Ce roman était la revanche de l'écrivain sur la femme du monde insoucieuse et coquette. Dans le roman, la jeune femme va toucher la hache, c'est-à-dire se prêter au châtiment qui interviendra et la conduira à se retirer dans un couvent et à y mourir.

 

 

 

                      Jeanne Balibar. Les Films du Losange  Guillaume Depardieu. Les Films du Losange

Jacques Rivette, cinéaste bien connu de la Nouvelle Vague, auquel nous devons entre autres La belle noiseuse, a choisi, pour son dernier long métrage, de faire cette adaptation du roman balzacien selon une trame quasi linéaire et en respectant scrupuleusement le texte de l'auteur, les dialogues étant principalement ceux du livre. Cela nous vaut un film intéressant, un peu long, parfois un rien scolaire, mais éclairé de lueurs brillantes, de moments privilégiés et surtout valorisé par le découpage subtil et ludique du temps, grâce au savoir-faire de Nicole Lubtchansky. En ne cessant d'attiser son désir tout en se refusant à lui, au prétexte de la bienséance et de la vertu, Antoinette de Langeais pousse Armand de Montriveau à contester la supériorité morale de l'autorité aristocratique et à bouleverser l'ordre en place. Il faut donc voir le film sous son angle subversif, la fracture que la confrérie secrète des Treize voudrait infliger à la société d'alors - et sous celui de la hantise d'un amour toujours remis en cause. C'est d'ailleurs cet amour malheureux qui conduit Montriveau à agir, comme un conquérant assuré de son impunité, depuis sa première visite à la duchesse s'apprêtant à rejoindre Dieu, jusqu'au constat de sa mort.
Jeanne Balibar, assez peu convaincante dans le premier tiers du film, finit peu à peu par s'imposer par sa grâce, sa fragilité et cette fêlure que la vie lui inflige et qu'elle laisse sourdre avec sensibilité, face à un Guillaume Depardieu, dont le jeu manque de sobriété parfois ou qui agace par une tendance au cabotinage. Par contre, les seconds rôles tenus par Bulle Ogier et Piccoli sont savoureux et tous deux s'en donnent à coeur joie avec autant de drôlerie que d'insolence. Un film qui n'emporte pas totalement l'adhésion, mais vous donne envie de replonger dans le chef-d'oeuvre balzacien.

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont La belle noiseuse, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

 

 

                      Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu. Les Films du Losange

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 17:54

                                     

     

Zhang Yang, né en Chine en 1965, prend une place de plus en plus importante parmi les metteurs en scène chinois et a déjà obtenu un nombre important de prix dans les festivals internationaux. Entre autres : le Prix de la Critique à Toronto, celui du Meilleur Réalisateur à San Sebastian, le Prix du Public à Thessalonique en 1999 et, ce, pour Shower, un film qui rendait avec humour et tendresse un hommage aux coutumes ancestrales de la Chine, particulièrement à celles qui entourent le rituel du bain. Enfin le cinéaste fut récompensé du Prix du Meilleur Réalisateur à Seattle et du Prix du Public à Rotterdam en 2000.

                    

 

Zhang Yang débuta avec Aiqing mala tang ( Spicy Love Soup ) qui sera un immense succès et lui permettra de produire ensuite un second film Shower, qui en sera un plus grand encore, puis en 2004 Xiangrikui ( Sunflower ). Avec Shower, il nous narrait l'histoire d'un des derniers établissements de bains de Pékin avec la nostalgie que l'on devine et que l'on retrouve dans sa dernière production présentée à Deauville cet après-midi en sa présence : Getting home. Ce film retrace l'histoire de deux copains de chantier qui travaillent l'un près de l'autre depuis des années et aiment prendre une bonne cuite en fin de journée. Mais Liu va mourir soudainement usé par l'alcool et  Zhao, qui pensait mourir avant lui, fera ce qu'il avait demandé à son ami de faire pour lui, au cas où il décéderait sur les lieux de leur travail : le ramener dans sa terre natale pour y être inhumé et ne pas devenir, pour l'éternité, un fantôme errant. Ce retour va l'obliger à parcourir, le plus souvent à pied, des milliers de kilomètres à travers la Chine et revêtir le caractère d'une épopée pleine d'émotion, de drôlerie et de rebondissements, qui nous brosse, par la même occasion, un portrait subtil et savoureux de la Chine d'aujourd'hui. Il faut souligner que ce film plein de qualité, sait admirablement doser le pittoresque et le sensible, le tendre et l'ironique et bénéficie du jeu touchant d'un merveilleux acteur Zhao Benshan dans le rôle de Zhao. Il n'a pas cessé de me faire penser à Marcello Mastroianni par son naturel, son épaisseur humaine, la finesse de son jeu tout en demi-teinte. Cet acteur est infiniment bouleversant, sincère, chaleureux dans ce rôle d'un homme bon plongé dans un monde qui ne l'est pas, car qu'est-ce que ce film, sinon un regard nostalgique adressé à une humanité en train de s'anéantir dans le bruit, la confusion d'une société moderne prise dans une accélération un peu folle et qui ne sait plus guère respecter ses traditions, ses usages, ses valeurs et ses devoirs à l'égard des autres ? On pourrait rapprocher Getting home du  Mariage de Tuya, tant la vision de ces deux auteurs est proche et respectueuse de la sagesse, de la droiture de nos anciens, ce quelque chose qui n'est déjà plus que de l'ordre de la mémoire. A entendre les applaudissements et les bravos du public lorsque la lumière est revenue dans la salle, je crois ne pas avoir été la seule à être touchée par ce beau film.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE


                     

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche