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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 16:51

Simone Signoret. Studio Canal       VIDEO

 

 

Simone Signoret,  pseudonyme de Simone Kaminker, choisi en l'honneur de Gabriel Signoret interprète fin et distingué du cinéma muet, naquit à Wiesbaden en Allemagne le 25 mars 1921 et vécut ensuite à Neuilly-sur-Seine. Pour ne pas mourir de faim, dans la France occupée de sa jeunesse, elle alterne les petits boulots une fois son baccalauréat en poche : sténo-dactylo, professeur d'anglais et ... figurante. C'est ainsi qu'elle débute sous la direction de  Jean Boyer dans  Le Boléro ( 1941 ) et  Le Prince charmant  ( 1942 ). La rencontre décisive, qui orientera le reste de sa vie, se produisit en 1943, lorsque sa route croise celle d'Yves Allégret. Il lui offre son premier grand rôle dans  Les Démons de l'aube  ( 1945 ).  Elle l'épouse l'année suivante et lui donne une fille : Catherine. Sous la direction de son mari, Simone enchaîne les rôles :  Dédée d'Anvers  (1947),  Manèges  (1949),  mais elle devra attendre 1951 pour entrer définitivement dans l'histoire du 7e Art, grâce à son  interprétation lumineuse, au côté de Serge Reggiani, dans  Casque d'or,  le film-culte de Jacques Becker, histoire d'une prostituée foudroyée par un amour impossible. Le film, jugé à sa sortie comme un mélo passionnel et boudé par les critiques, sera réhabilité et assurera par la suite sa renommée.

   


Signoret n'a tourné qu'une cinquantaine de films, ce qui n'est pas énorme pour une personnalité tellement médiatisée et considérée comme la plus grande actrice de sa génération, mais elle eut l'intelligence de ne choisir que les meilleurs cinéastes et de n'accepter que les personnages qui correspondaient à sa nature, si bien qu'elle bénéficie, de par cette exigence, d'une filmographie d'une rare qualité. On pourrait presque dire qu'elle n'a tourné que des chefs d'oeuvre. Parmi ses succès :  Thérèse Raquin  de Carné,  La Mort en ce jardin  de Bunuel,  Les Diaboliques  de Clouzot. Elle qui écrivait : " Un acteur a besoin d'être inventé par les autres " - connut  une courte période d'instabilité autour des années 55,  la profession lui reprochant son soutien trop affiché au Parti communiste. Mais sa carrière reprend avec  Les chemins de la Haute Ville  (1959), où elle est si étonnante qu'elle est couronnée par un Oscar à Hollywood, en même temps qu'un César à Cannes. Elle tournera également deux films avec René Clément  Le Jour et l'heure  (1962) et  Paris brûle-t-il ?  ( 1965), puis deux avec le controversé Costa -Gavras :  Compartiment tueurs  et   L'aveu  auprès d'Yves Montand, qu'elle avait épousé en 1951. Ils formèrent un couple profondément uni, non seulement par l'amour qu'ils se portaient, mais par l'admiration réciproque qu'ils se vouaient l'un à l'autre et qui fut un véritable ciment. A ce propos, Simone écrivit : "Le secret du bonheur en amour, ce n'est pas d'être aveugle, mais de savoir fermer les yeux quand il faut".


Elle sera très émouvante aussi dans  L'Armée des Ombres  de Melville ( 1969 ) en résistante prête à tous les sacrifices. Dans les années 70, ses apparitions se feront plus rares. Curieusement, ce qu'elle avait perdu en beauté, elle sut le reconvertir en force. On la verra auprès de Jean Gabin dans  Le Chat  ( 1971 ), inébranlable dans cet  incroyable huit-clos de deux monstres sacrés, ensuite dans  La Veuve Couderc  au côté d'Alain Delon qu'elle parvint à impressionner, deux films à succès de Pierre Granier-Deferre,  enfin dans   La Vie devant soi de Moshe Mizrahi ( 1977) qui lui vaudra un second César à Cannes. Minée par un cancer du pancréas, elle s'éteint le 30 novembre 1985. Elle avait 64 ans. A l'annonce de sa disparition, le public unanime saluera l'une de ses très grandes comédiennes, une femme inclassable qui avait osé faire de son vieillissement un atout, ce qui ne pouvait étonner de la part d'une battante, d'une conquérante. Contrairement à  Marilyn Monroe,  à  Greta Garbo,  elle assuma ses rides avec témérité. Plutôt que de casser le miroir, elle le défia, et prouva ainsi que l'âge enseigne non seulement la sagesse, mais procure, à ceux qui l'assument sans faiblir, un supplément de talent et de crédibilité. A sa carrière artistique s'ajoute une carrière littéraire. Simone Signoret écrivit deux ouvrages de mémoire : La nostalgie n'est plus ce qu'elle était et Le lendemain, elle était souriante. Par la suite, elle publia un roman : Adieu Volodia. On sait également l'importance qu'eurent toujours pour elle ses engagements politiques, qu'elle partageait avec Montand. Elle affronta l'opinion avec courage et fut vaillante devant l'adversité, cabocharde quand il lui arriva de se tromper. Aucune actrice, peut-être, ne m'a autant émue, à l'exception de  Giulietta Masina.  Son regard était étonnant ; on y lisait, à la fois, de la modestie et de la fierté, de la féminité et de la force, de la tendresse et de la provocation. Ce regard-là était unique. De même que sa voix sourde, un peu voilée, comme si, en elle, s'était produit une brisure. Pour moi, comme pour vous sans doute - et malgré les rôles magnifiques qu'elle interpréta par la suite,  elle reste, par delà le temps, l'inoubliable casque d'or et une femme qui incarna les combats et les risques de son époque.


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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 14:32

 

                      Studio Canal  

 

Jacques Becker ( 1906-1960 ) a été l'assistant, l'ami, le disciple de Jean Renoir, le père fondateur du cinéma moderne avec La règle du jeu  ( 1939 ), vénéré des Cahiers du Cinéma et jamais remis en cause par les jeunes loups de la Nouvelle Vague. Il s'affirme, dès ses premières réalisations Goupi Mains-Rouges (1943) et Falbalas (1944), comme un peintre des moeurs, attentif à l'évolution et aux vicissitudes de son temps. Depuis la Libération, il a tourné Antoine et Antoinette (1947), chronique de l'existence quotidienne d'un jeune ménage d'ouvriers parisiens déstabilisé par la perte d'un billet gagnant de la loterie, puis Rendez-vous de Juillet (1949), autre chronique sur la génération de l'après-guerre, éprise de jazz et fréquentant les caves de Saint-Germain-des-Prés, qui reçut le prix Louis-Delluc ; ensuite Edouard et Caroline (1950), où l'on voyait se confronter, lors d'une folle nuit, un couple bohème et un petit cercle de salonnards, enfin il y aura en 1951 le chef-d'oeuvre de Becker Casque d'or, drame d'amour chez les apaches et les filles des faubourgs dans le Paris de la Belle Epoque. La vérité humaine de cette oeuvre où Simone Signoret et Serge Reggiani se révéleront bouleversants ne fut pas bien perçue à un moment où le cinéaste était déjà installé dans un statut d'auteur  de comédies légères et divertissantes. Il faudra attendre Touchez pas au grisbi (1953) pour que, décapant la mythologie de la pègre parisienne, il rencontre enfin le succès.

Jacques Becker s'est attaché dans la plupart de ses films à mettre en scène des gens simples, paysans, artisans, ouvriers, jouant sur le clavier des ressorts dramatiques traditionnels avec beaucoup d'aisance, de même qu'il fût un directeurs d'acteurs hors pair. C'est ainsi qu'il lança bon nombre d'entre eux, dont Simone Signoret, Serge Reggiani, Lino Ventura, et qu'il remit en selle Jean Gabin qui venait de traverser une période difficile.

 

 

                         

 

Casque d'or, devenu aujourd'hui un film-culte s'ouvre, comme un tableau de Renoir, sur un bal dans une guinguette des bords de Seine, aux alentours de 1900. Les hommes de Leca, une bande d'Apaches ( petits truands dans le vocabulaire de l'époque ), sont venus retrouver leurs amies habituelles pour boire et danser. L'égérie du groupe est la belle Marie ( Simone Signoret ), une rousse flamboyante que l'on a surnommée casque d'or. Pour narguer son protecteur, Marie va flirter avec Manda ( Serge Reggiani ), un ouvrier charpentier, mais ce flirt, commencé dans l'euphorie collective, va virer au drame et un combat à la loyale s'organiser dans l'arrière-salle d'un café de Belleville où la bande a ses habitudes. Après ce pugilat, Manda est tenu de fuir et de se cacher, bientôt rejoint par Marie. Mais Leca ne veut pas en rester là. Aussi dénonce-t-il le meilleur ami de Manda, Raymond le boulanger, espérant ainsi faire sortir ce dernier de sa tanière. C'est en effet ce qui se produit, mais Manda, au lieu de rejoindre Leca, le tue. Rattrapé par la justice, jugé et condamné pour meurtre avec préméditation, il sera conduit à l'échafaud sous les yeux désespérés de Marie. 

Casque d'or a réellement existé et le point de départ de ce scénario n'a d'autre source que la chronique judiciaire de la Belle Epoque. La jeune femme était une reine du trottoir chantée par Xanroff. Et Manda et Leca avaient bien chacun leur bande et leur territoire. Leurs rivalités constantes causaient d'irréparables dégâts. Bien sûr, Becker a idéalisé les personnages du petit truand et de la prostituée, donnant à son film une dimension mythique et faisant de cette histoire d'amour une tragédie où se confrontent le désir, l'amour et la mort.

                                                                    

Touchez pas au grisbi en 1953, tourné en noir et blanc, va réhabiliter le mythe Gabin et offrir à l'acteur, dans un rôle de ganster vieilli et désabusé, un personnage susceptible de le faire repartir en flèche dans le box-office cinématographique. Ce sera le cas. Ce long métrage décrit le baroud d'honneur de deux fameux truands  qui, aspirant à se retirer de la scène du banditisme avec suffisamment d'oseille pour  leur garantir une retraite confortable, viennent de faire un dernier gros coup : 50 briques en lingots d'or,  capables de leur assurer des lendemains qui chantent. Mais voilà : Riton ( René Dary ) est trop bavard et, afin d'épater sa belle, lâche le morceau,  que celle-ci  va s'empresse d'aller raconter à son amant, un loup aux dents longues. Ce loup sans scrupule, mis en appétit par le magot, enlève Riton et le séquestre. A partir de là, les choses vont se compliquer. Max ( Jean Gabin ) serait disposé à abandonner son compère au milieu du gué, à condition de récupérer l'argent...Mais l'amant n'est pas facile à manoeuvrer et tente de le rouler, ce qui n'est pas du goût de ce dernier. Tout cela finira mal comme il se doit dans ce genre d'histoire, sobrement contée et filmée avec une économie de moyens et des clairs-obscurs qui ajoutent à la gravité morbide et au climat délétère. Le thème musical, qui a dû faire maintes fois le tour de la terre, contribue admirablement à créer l'atmosphère de suspense et de tension qui règne pendant tout le film.

 

L'inspiration de Jacques Becker se fera plus sombre encore avec Montparnasse 19 ( 1957 ), biographie romancée du peintre maudit Modigliani, dont Gérard Philipe donnera une composition trop appuyée dans les scènes d'ivresse et de désarroi. Puis viendra Le Trou (1959), qui décrit dans le détail les préparatifs d'évasion de plusieurs prisonniers depuis une cellule de la Santé ( d'après un roman de José Giovanni ) et témoigne d'une simplicité réaliste et d'une rigueur étonnante. Becker était à un tournant. Comment allait-il évoluer ? Nous ne le saurons jamais, car il meurt prématurément en 1960, juste avant la sortie de ce film et au moment où les cinéastes de la Nouvelle Vague montaient à l'assaut, assaut dont il n'aura pas à souffrir. Réalisateur exigeant et minutieux, il atteignait, avec cet ultime long métrage d'une scrupuleuse exactitude et d'une grandeur tragique, le sommet de sa perfection après les inoubliables Casque d'or et Touchez pas au grisbi. Truffaut lui rendra hommage en écrivant dans Les Cahiers du Cinéma : "Je ne dis pas que le grisbi soit meilleur que Casque d'or, mais encore plus difficile. Il est bien de faire en 1954 des films impensables en 1950. Pour nous qui avons vingt ans ou guère plus, l'exemple de Becker est un enseignement et tout à la fois un encouragement ; nous n'avons connu Renoir que génial ; nous avons découvert le cinéma lorsque Becker y débutait ; nous avons assisté à ses tâtonnements, à ses essais ; nous avons vu une oeuvre se faire. Et la réussite de Jacques Becker est celle d'un homme qui ne concevait pas d'autre voie que celle choisie par lui, et dont l'amour qu'il portait au cinéma a été payé de retour".


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26 février 2007 1 26 /02 /février /2007 11:04

                

 

 

Il est certain que sur le plan de l'innovation, Je crois que je l'aime  de Pierre Jolivet ne peut entrer en compétition avec les modèles du genre, mais s'il séduit et charme, les raisons en sont que les acteurs, Bonnaire, Lindon et Berléand sont irrésistibles et que les dialogues pétillent comme du champagne. Pas de vulgarité, une finesse et une élégance de bon aloi, du rythme, du savoir-faire, une légèreté appréciable en ces temps de tensions... Aussi ne boudons pas notre plaisir, ce film est une réussite, sans falbalas, sans prétention, grâce à un scénario aimablement troussé. Bonne humeur assurée à la sortie. Anti-dépresseur à laisser dans le sac durant les heures qui suivent.

 


L'histoire est tout au plus divertissante, mais la manière, dont elle est traitée, réjouit à coup sûr. Imaginez un riche industriel, un brin paranoïaque, qui s'éprend d'une jeune et jolie céramiste engagée pour créer une fresque dans son entreprise. Craignant d'être une fois encore pris au piège de ses sentiments, après une précédente liaison catastrophique, il charge un détective privé d'enquêter sur le passé de la jeune personne dont il s'inquiète que, pourvue d'un physique aussi avantageux, elle soit toujours célibataire. Le détective ( François Berléand ) va s'exécuter avec zèle et prendre la belle en filature. Je ne vous dévoilerai pas la fin, mais la façon dont Jolivet ridiculise les pulsions d'espionnage de notre société, son mal-être, ses suspicions, sa crainte des engagements est un régal. D'autant qu'on ne relève pas de fausse note dans ce long métrage qui, s'il ne réserve aucune surprise particulière, n'innove pas davantage, nous enchante et nous détend, ce qui est déjà une prouesse. Du vrai cinéma... de loisir.

 

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25 février 2007 7 25 /02 /février /2007 16:02
JEAN GABIN

 Paris FilmParis Film

 

 

Jean Gabin, pseudonyme d'Alexis Moncorgé, est né le 17 mai 1904 dans la banlieue parisienne. Il était le fils d'un petit acteur de café-concert et commença par être ouvrier, après avoir abandonné ses études de bonne heure, avant de participer à des spectacles de music-hall et d'opérette, sans vocation particulière, poussé par la volonté paternelle. Ses vrais débuts au cinéma datent de 1935 avec La Bandera de Julien Duvivier, suivi en 1936 par Pépé-le-Moko, toujours de Duvivier. La Grande illusion de Jean Renoir en 1937, Gueule d'amour de Grémillon la même année et Quai des brumes de Carné en 1938 contribuent à faire de lui l'un des très grands acteurs du cinéma français. Il faut dire que Gabin, dès ses premières apparitions, frappe le spectateur par son charisme, sa gueule, sa présence et sa voix, forte, virile, impérieuse. Il s'impose d'emblée à l'écran, si bien que les metteurs en scène ne seront pas long à comprendre qu'ils tiennent là une nature, aussi les rôles s'enchaînent-ils, tantôt celui de jeune ouvrier sympathique, tantôt celui de criminel. Il passe de l'un à l'autre avec le même pouvoir de persuasion et un instinct tel qu'il donne chair à ses divers personnages et les rend crédibles. Il fera battre le coeur d'une génération avec ses yeux bleus et son genre voyou au bon coeur, homme souvent traqué, oscillant entre danger et passion. C'est sa grande époque, celle de La Bête humaine de Renoir, de  Le Jour se lève de Carné et de Remorques de Grémillon, tournés juste avant que l'Occupation ne l'incite à partir aux Etas-Unis, comme le fera Michèle Morgan. Là-bas, il ne se produira que dans des films médiocres, mal employé par des cinéastes qui ne surent pas utiliser sa personnalité trop française et sans doute inexportable. Il faut dire que le caractère est corsé : un mélange de gaulliste, de patriote, de french lover, comme l'affirmera Marlène Dietrich qui partagea sa vie.

 

Lorqu'il rentre en France, il a vieilli, il n'a plus cette gueule d'amour de ses films d'avant-guerre et doit changer de registre, s'embourgeoiser sans doute, travailler son personnage différemment. Mais l'étonnant dans l'histoire est que, tout en passant dans une tranche d'âge supérieure, il reste Gabin, un peu plus ronchonnant, plus épais, plus lourd, mais irrésistiblement Gabin, improvisant ses répliques quand cela correspond mieux à l'idée qu'il se fait de son héros. Difficile à diriger, sans nul doute, mais toujours à l'heure, toujours rigoureux, irréprochable dès qu'il s'agit de son travail. On sait l'influence qu'il eût sur de jeunes acteurs comme Belmondo et Delon. Il était le modèle, le maître. Gabin en imposait et s'imposait. 

 

 

                                                      René Chateau  René Chateau

 

 

Les films vont se succéder à nouveau, ce seront : Touchez pas au grisbi de Becker en 1953, French-Cancan de Renoir en 1955, La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara en 1956, Les Misérables de Le Chanois en 1957, En cas de malheur d'Autant-Lara en 1958, Les Grandes Familles de Denis de la Patellière en 1959, Un Singe en hiver de Henri Verneuil en 1962, période faste où il ne cesse de se renouveler dans des rôles d'homme mûr et où il fait preuve de maîtrise et d'autorité. Ainsi son incroyable présence physique et morale domine-t-elle ces années 50/60 du cinéma français. Souvent, et alors qu'il est parvenu au faîte de la gloire, il est  tenté d'arrêter. Lucide, il craint de se répéter, de gabaniser, ce que certains ne manqueront pas de lui reprocher en temps utile. Et lui bougonnait déjà : " Cette fois, c'est fini ; plus de cinéma pour moi. J'ai d'autres occupations qui m'intéressent bien davantage". Il est certain que la vie de fermier lui plaisait autrement. Il avait épousé un mannequin de chez Lanvin Dominique Fournier avec laquelle il aura trois enfants, acheté des terres en Normandie et des chevaux. Cette vie au grand air et en famille lui convenait, mais on venait sans cesse le rechercher sous le prétexte qu'aucun acteur n'était en mesure de tenir tel rôle ou tel autre et Gabin finissait par céder et par revenir devant la caméra. Sans illusion. Modeste, il considérait qu'il n'était vraiment fier que d'une dizaine de films, les autres, avouait-il, c'était le gagne-pain.  Ce n'était pas quelqu'un qui avait le culte de lui-même, il avait trop les pieds dans la bonne terre de la campagne pour cela...

 

 

   René Chateau

 

 

Dans ces derniers films, on le voit peu à peu se transformer en vedette de polar à la française, dont les scénaristes Michel Audiard, Pascal Jardin, Alphonse Boudard ou José Giovanni exploitent la verve avec une indiscutable complaisance. Le Chat de Granier-Deferre en 1971, au côté de Simone Signoret, reste sans doute, dans les mémoires, le film où il retrouva l'éclat pathétique de ses jeunes années dans un huit-clos implacable. Son der des ders sera  L'année Sainte de Jean Girault, mis en boîte quelques mois avant sa mort, survenue le 15 novembre 1976 ; il a 72 ans. A son palmarès 95 films et la coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise en 1951 pour La Nuit est mon royaume, de nouveau la coupe Volpi à Venise en 1954 pour L'air de Paris, l'Ours d'argent à Berlin en 1959 pour Archimède et le clochard, un second Ours d'argent en 1971 pour Le Chat et un César d'honneur à titre posthume en 1987 à Cannes. Gabin, chevalier de la Légion d'honneur, avait servi dans un corps d'élite : les fusiliers marins. C'est la raison pour laquelle, selon ses volontés, ses cendres furent répandues en mer, au large de la Bretagne. Ainsi disparaissait l'un de nos derniers monstres sacrés puisque, à notre époque, cette appellation n'est plus guère utilisée. D'ailleurs avons-nous encore des monstres sacrés ?

 

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                                                         René Chateau     René Chateau

 

 

 

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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 07:48

                    Gaumont     Les Films Raoul Ploquin

 

 

Robert Bresson, né en septembre 1907, fut d'abord peintre et photographe avant de réaliser son premier long métrage Les Anges du péché ( 1943 ), sorte de symphonie blanche aux facettes brillantes qui fera l'effet d'une bombe. Le cinéaste est en train de poser la première pierre d'une oeuvre atypique, solitaire, d'une extrême exigence, à l'aide d'une caméra qui, selon lui, ne doit ni fixer, ni reproduire, mais créer. Bresson prône un cinéma libéré des codes narratifs. Ce que je cherche, disait-il, ce n'est pas tant l'expression par les gestes, la parole, la mimique, mais c'est l'expression par le rythme et la composition des images, par la position, la  relation et le nombre. La valeur d'une image doit être avant tout une valeur d'échange. (...) Ainsi il y a une image, puis une autre qui ont des valeurs de rapport, c'est-à-dire que ces images sont neutres et que, tout à coup, mises en présence l'une de l'autre, elles vibrent, la vie fait irruption et ce n'est pas tellement la vie de l'histoire, des personnages, c'est la vie du film.

 

Avec Les dames du bois de Boulogne ( 1944 ), son second film, Bresson aborde le thème du mystère de l'être. Sur le visage impassible de ses personnages, rien de voulu, seulement l'énigme particulière à tout être vivant. Le film manifeste le combat d'une volonté humaine, celle d'Hélène qui, devinant que son amant est sur le point de la quitter, propose à Agnès, la fille d'une de ses anciennes amies, de le séduire. Mais Jean tombe si sincèrement amoureux de la jeune femme, qu'il lui demande de l'épouser. C'est alors qu'Hélène tient sa vengeance et lui révèle qu'Agnès n'est autre qu'une ancienne danseuse de cabaret. Mais toute la force de rancune qui habite Hélène, interprétée de façon terrifiante par une Maria Casarès glaciale, ne parviendra à séparer le couple... Inspiré de Jacques le fataliste de Diderot et sur des dialogues de Jean Cocteau, ce film marque d'emblée, et au burin,  le style du cinéaste, maître de l'épure et du dépouillement, dominé par un souci de rigueur janséniste, où la perfection formelle, le goût du détail, la chaleur ardente couvant sous une cendre fine, s'expriment de la manière la plus innovante.

 

Le film suivant  Le Journal d'un curé de campagne ( 1950 ), d'après le roman de Georges Bernanos, va faire rebondir une fois encore le débat sur le cinéma d'auteur. Une adaptation écrite par Aurenche et Bost avait été refusée par l'écrivain, aussi Bresson en prépara-t-il une autre, dépouillée à l'extrême, et donnant la préférence à des décors naturels. Il ne put la soumettre à Bernanos, mort en juillet 48, mais reçut l'aval du critique Albert Béguin et de l'abbé Pézeril, exécuteurs testamentaires du romancier. Le film fut tourné dans un petit village de l'Artois avec, dans le rôle du curé d'Ambricourt, un comédien presque inconnu Claude Laydu et des interprètes débutants, Bresson ne voulant pas renouveler l'expérience tentée avec Maria Casarès qui avait trop marqué son oeuvre précédente de son jeu personnel. Avec ce film, le cinéaste amorce un tournant décisif et va, désormais, poursuivre une quête, qui s'avèrera permanente, dans ses réalisations ultérieures : celle du dépassement de soi.

 

 

Corbis Sygma          

 


Grâce à ce sujet emprunté à Bernanos, Bresson se consacre à retracer l'itinéraire tragique d'un jeune prêtre, incompris de tous, cheminant vers  la sainteté, à l'aide d'images burinées en noir et blanc, au point de rendre sensible la présence de l'invisible et l'intensité des luttes de la vie spirituelle. Son style, qui s'oppose par sa rigueur à celui bouillonnant et fiévreux du romancier catholique, offre le paradoxe d'avoir su, avec une approche différente, coïncider au plus juste à l'oeuvre littéraire. Ce qui dénote son savoir-faire et son sens aigu de la mise en scène. Par la suite, Bresson poussera plus loin encore ses recherches et ses exigences, afin de réaliser un idéal qu'il a résumé ainsi :
Le film est le type de l'oeuvre qui réclame un style et ce style il est bon de l'affirmer jusqu'à la manie. Il faut un auteur, une écriture. L'auteur écrit sur l'écran, s'exprime au moyen de plans photographiques de durées variables, d'angles de prises de vue variables. Un choix s'impose, dicté par les calculs ou l'instinct, et non par le hasard.

    

Le journal d'un curé de campagne ne marque pas moins une étape importante dans sa conception de la mise en scène et le rapport entre l'écriture filmique et l'écriture romanesque. Les jurés le reconnurent qui lui attribuèrent le Prix Louis-Delluc, couronnant la modernité, l'originalité dont témoignait cette adaptation d'un grand livre nourri d'une foi profonde, toute intérieure et condensée en la personne de ce jeune curé. Mais la foi est-elle donnée ? La question était du moins posée avec une ferveur peu commune. 

Six ans plus tard, Bresson tourne Un condamné à mort s'est échappé ( 1956 ), d'après une histoire réelle, celle d'un résistant arrêté par la gestapo en 1943, enfermé au Fort de Montluc dont il parvient à s'échapper. Le cinéaste s'attarde à montrer la réalité quotidienne d'une prison sous l'Occupation allemande et le combat solitaire et spirituel d'un homme, parvenant à surmonter sa détresse et à sortir triomphant des circonstances matérielles et humaines les plus cruelles, grâce à sa force intérieure. Les images, relayées par un monologue prononcé d'une voix blanche, nous mettent en présence intime du héros, admirablement habité par un étudiant en philosophie François Leterrier, qui assume le personnage avec une conviction bouleversante. Ce film reçut le prix de la meilleure mise en scène au Festival de Cannes 1957. Il connut un grand succès dû, pour une part, à son sujet et aux souvenirs encore très présents, chez les Français, de l'Occupation et de la Résistance. Mais aussi pour l'art personnel du cinéaste qui, dans un décor aussi neutre, rythmant l'écoulement du temps par le commentaire intérieur, parvint à recréer l'atmosphère d'une époque. 


Curieusement, cette économie choisie par l'auteur ne nuit nullement à l'émotion suscitée par sa filmographie, qui place l'homme et son drame personnel au centre de ses réalisations, et dont les préoccupations religieuses ne sont pas absentes, mais dont l'humanisme et l'attention à l'autre sont si profondément sincères que l'on ne peut, en aucun cas, mettre en doute leur authenticité. Bressson a abordé d'une façon quasi universelle le problème du bien et du mal, la puissance de l'amour, le don de soi, ce qui semblerait un retour  vers le passé et l'est probablement. Mais c'est bien ainsi que Bresson s'est posé comme un artiste de son temps.

 

Viendront des films comme  Le Vent souffle où il veut (1956), Pickpocket  (1959), Le procès de Jeanne d'Arc  (1962),  Au hasard Balthazar  (1966), Mouchette  (1967), et en 1969  Une femme douce  avec, à nouveau, une débutante Dominique Sanda, puis  Les quatre nuits d'un rêveur  (1971) qui transpose, dans le Paris contemporain, une nouvelle de Dostoïevski. Avec Lancelot du lac  (1974), Bresson reprend le thème des Chevaliers de la Table ronde, mais l'épopée est empreinte de nostalgie, car Lancelot échoue dans sa quête du Graal. Avec Le diable probablement (1977), le cinéaste aborde les problèmes les plus actuels, ceux de la pollution, de la drogue et ce qu'il estime être le vertige suicidaire de notre civilisation, la perte de toute foi. Bien qu'octogénaire, il rééditera cette sorte de réquisitoire en produisant en 1982 un dernier long métrage qui semble résumer l'ensemble d'une oeuvre visionnaire, en présentant à Cannes  L'Argent,  film qui stigmatise " cette civilisation de masse où bientôt l'individu n'existera plus, cette immense entreprise de démolition où nous périrons par où nous avons cru vivre".

 

La Nouvelle Vague se réclamera de ce cinéaste inspiré et Marguerite Duras lui rendra hommage en assurant : " Pickpocket, Au hasard Balthazar pourraient être à eux seuls le cinéma en entier". En effet, Bresson fait partie du petit nombre de ceux qui ont apporté au cinéma une dimension essentielle, " une méthode où la maîtrise de toutes les étapes du film n'empêche jamais le metteur en scène de rester à l'écoute du hasard, de l'aléa qui seul pourra doter le film de sa part de réel" - dira le critique Philippe Arnaud. En treize films et en quarante ans de métier, Bresson n'aura, en définitive, tourné qu'un seul et même sujet, comme la plupart des grands créateurs : la quête de notre dimension supérieure. Sa passion de l'âme n'aura eu d'égale que celle du caractère dont tous ses personnages font preuve, embarqués qu'ils sont les uns et les autres, au sens pascalien, entre le pari et la Providence. D'où la tension et l'enjeu qui en résultent : comment communiquer ce qui relève de l'esprit par ce qui  relève de la perception, questionnera l'une de ses interprète  Florence Delay ? En ne filmant que ce dont on a absolument besoin...

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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 10:31
DANIELLE DARRIEUX

                   

 

Alors qu'elle étudiait le violoncelle au conservatoire, Danielle Darrieux, née en 1917, est remarquée et retenue pour tenir le rôle principal dans  Le Bal de Wilhelm Thiele. Elle a 14 ans et n'a encore suivi aucun cours d'art dramatique. Qu'à cela ne tienne ! Sa fraîcheur, son charme, sa spontanéité en font la plus délicieuse ingénue et on parle d'elle comme d'une révélation, si bien qu'elle tourne successivement  La crise est finie et Dédé ( 1934) de Guissart,  L'or dans la rue ( 1934 ) de Kurt Bernhardt,  Quelle drôle de gosse ( 1935 ) de Léo Joannon, si bien qu'à 18 ans elle n'a pas moins de quinze films à son actif.



En 1935, Anatole Litvak lui offre un premier rôle dramatique, celui de la tendre et fragile baronne Vetsera dans Mayerling, au côté de Charles Boyer, où elle va se révéler une vraie comédienne, capable non seulement de séduire mais d'émouvoir et, sans forcer son jeu, de traduire des sentiments complexes et douloureux. Au début de l'Occupation, elle remporte un triomphe avec Premier Rendez-vous (1941) de Henri Decoin qu'elle a épousé. Suivront quelques films sans grand intérêt, avant qu'elle ne renoue avec des personnages plus consistants et trouve un second souffle avec Occupe-toi d'Amélie (1949) de Claude Autant-Lara ou La Ronde de Max Ophuls. Ophuls, qui a découvert en elle son interprète idéale - il dira à son propos " Regardez ce tendre mouvement de l'épaule et ce sourire qui ne sourit pas mais qui pleure. Ou qui fait pleurer " -  lui confie le rôle principal dans  Madame de...où elle est inoubliable dans le personnage d'une femme coquette, prise au piège d'un grand amour. Affectueusement surnommée D.D., un critique de l'époque écrira  : " Elle a incarné comme Gabin, autant que lui et de façon légère, l'insouciance des années 1930 et la gravité des années 1950".

 

A propos d'Ophüls, on parle de la trilogie qui réunit les trois films les plus importants : La ronde, Le plaisir et Madame de. L'actrice y donnera la pleine mesure de son talent et surprendra son public en lui découvrant des ressources insoupçonnées : ainsi sera-t-elle tour à tour une bourgeoise, une fille publique et une aristocrate. Dans La Ronde, elle incarne avec délicatesse et humour Emma Breitkopf, femme mariée, victime d'une panne de son jeune amant ( Daniel Gélin ), avant de se retrouver auprès de son mari ( Fernand Gravey ) dans la chambre conjugale aux lits jumeaux. Elle est ensuite la Madame Rosa du Plaisir, une des pensionnaires de la maison Tellier qui recouvre un peu sa dignité de femme devant les excuses que lui adresse le menuisier de la campagne normande ( Jean Gabin ) et, pour finir, sera l'interprète insurpassable d'une femme saisie d'une violente passion, oiseau qui se croyait volage et se découvre captif, dans Madame de... L'actrice légère, apparemment lisse pouvait, bien conduite, se révéler admirable tragédienne. Le génie d'Ophüls eut, entre autre mérite, celui de tirer d'elle les sons d'un stradivarius.



A partir de ces années 50, elle sera considérée comme l'une des meilleures actrices françaises avec Michèle Morgan et Micheline Presle, sensible, touchante, parfaite dans des rôles aussi divers que celui de Madame de Rénal dans Le Rouge et le Noir de Autant-Lara, dans La Maison Bonnadieu de Carlo Rim ( 1952), Pot-Bouille de Duvivier (1957). Elle prêtera également ses traits et son talent à des personnages comme Lady Chatterley de Max Allégret (1955), la Montespan dans Si Versailles m'était conté de Sacha Guitry et à des femmes contrastées comme Agnès Sorel, favorite de Charles VII, et Marie-Octobre, une résistante de la dernière guerre. Tant et si bien que la Nouvelle Vague n'hésitera pas à faire appel à une actrice aussi accomplie et qu'elle tournera avec Chabrol dans Landru (1962), Jacques Demy dans Les demoiselles de Rochefort (1966) et Une chambre en ville (1982), avec Dominique Delouche dans Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1967) et Divine (1975), Philippe de Broca dans Le Cavaleur (1978) et André Téchiné dans Le lieu du crime (1985) ; ces cinéastes contemporains n'ayant pas hésité à lui confier des rôles de femme mûre ou même d'adorable grand-mère. Au théâtre, sa carrière n'en est pas moins brillante. Ses plus grands succès seront : Les jeux dangereux en 1937, La robe mauve de Valentine en 1963 et Harold et Maud en 1995. 

 

        Haut et Court        

 

En 2005, à 88 ans, elle tourne  "Nouvelle Chance" d'Anne Fontaine. Un record pour une actrice qui a débuté sa carrière à 14 ans et n'a pas moins d'une centaine de films à son palmarès. Cette longévité, elle la doit à une incroyable jeunesse de caractère, d'autant qu'elle n'a pas dit son dernier mot et qu'elle a participé récemment, auprès de Laura Smet et de Chiara Mastroianni, à la dernière production de Pascal Thomas :  Mon petit doigt m'a dit. Ainsi a-t-elle tout joué et tout interprété sans éprouver la moindre lassitude et conservé, malgré les épreuves et les chagrins, une formidable joie de vivre. Ce qui a fait dire à son metteur en scène Anne Fontaine : J'ai été complètement charmée par sa personnalité, son énergie, le mélange de joie, de gaieté et de mélancolie totalement surmontée. Danielle est entièrement tournée vers l'avenir, elle a un rapport unique avec le temps.


 

                                            Danielle Darrieux. Haut et Court 

 

Cette grande actrice s'est vu couronnée par le prix de la meilleure interprétation féminine à Berlin en 2002 pour Huit femmes de François Ozon, d'un César d'honneur à Cannes en 1985 et d'un Molière d'honneur en 1993. Toujours débordante d'activité alors qu'elle a passé le cap des 90 ans, elle avoue : " J'ai du mal à me voir vieillir. Du coup, je regarde mes anciens films. Mes deux petits liftings sont ridicules à côté de ceux qu'on voit aujourd'hui ! Le secret, c'est d'aimer la vie, de se poser des questions et de ne pas avoir d'oeillères. La comédie, c'est la vie. La seule chose qui m'emmerde, c'est de devoir mourir ".

 

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DANIELLE DARRIEUX
DANIELLE DARRIEUX
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19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 12:07

                       Marion Cotillard. TFM Distribution    

                                              

La vie d'Edith Piaf était trop belle pour ne pas tenter un metteur en scène, mais le danger était grand pour celui-ci de se fourvoyer dans une évocation approximative, et plus grand encore pour l'actrice qui accepterait d'endosser le rôle d'une chanteuse qui reste à jamais un mythe dans la mémoire collective. Marion Cotillard risquait gros et le pari était d'ampleur pour une jeune femme qui n'a aucun des traits de la môme, ce qui supposait un maquillage, une gestuelle, un comportement à puiser en soi, bien davantage qu'à mimer ou imiter. Le résultat est confondant et cette actrice, que je n'avais encore jamais vue à l'écran, mérite les plus grands éloges. Elle s'est appropriée Piaf sans la trahir, sans la dénaturer, en l'intériorisant avec quelque chose d'une modestie, d'un naturel qui dénote un vrai talent de comédienne. Et puis elle semble donner tout d'elle-même dans son interprétation, ainsi que la chanteuse donnait tout à la chanson, comme si la vie, l'avenir en dépendaient. Cette  mise en danger donne au film La môme une dimension supplémentaire.

 

             Sylvie Testud et Marion Cotillard. TFM Distribution   Gérard Depardieu, Marion Cotillard et Sylvie Testud. TFM Distribution

 

D'autant que cette vie chahutée est un formidable hymne à la foi : foi en soi, foi en l'art, foi en Dieu et Sainte Thérèse, tout se mêle chez cette gamine qui avait toutes les chances que la chance ne lui sourît jamais : pas d'instruction, pas de santé, pas d'appuis, pas d'argent et même pas de beauté... seulement une voix et une indomptable énergie. A partir de ce presque rien, elle bâtira un mythe universel et portera la chanson populaire sur les marches les plus hautes du temple de l'Art.

               Marion Cotillard. TFM Distribution    Jean-Pierre Martins et Marion Cotillard. TFM Distribution

 

Après une enfance épouvantable, où elle est ballottée d'une maison close à un champ de foire, d'un bistrot au trottoir, la môme commence à chanter dans les rues avec une ferveur telle et tant de conviction qu'elle se fait bientôt remarquer. Un certain Louis Leplée ( Gérard Depardieu ) lui offre sa première chance et lui ouvre les portes de son cabaret. Mais il est assassiné, crime crapuleux, bien sûr, et tout est à recommencer. Heureusement la môme n'a pas le découragement facile. Elle repart à l'assaut des rues, accompagnée de Momone, la copine de bohème, et fait une nouvelle rencontre, décisive cette fois, celle de Raymond Asso. Le compositeur, conscient de ses dons, va se consacrer à la former, à lui constituer un répertoire personnel et à la présenter à des gens de métier. La môme Piaf s'efface pour laisser place à Edith Piaf. On connaît la suite : les amours, les deuils, les maladies, la conquête de l'Amérique, les mariages, les heures radieuses et les heures noires ; le film d'Olivier Dahan nous livre, sur un rythme rapide, les images d'une biographie qui ne s'encombre pas d'une chronologie linéaire, mais procède par flash-back, nous brossant un portrait plus intimiste, reconstituant la tessiture de la femme en même temps qu'elle nous rend, par le son, la tessiture de sa voix.  C'est donc à larges traits que le film nous dépeint cette existence brève mais intense, où l'ascension prodigieuse débouche sur un final pathétique. Tout Piaf est là en ces deux heures d'un spectacle qui oscille entre conte de fée et tragédie, entre succès et défaites, entre splendeur et misère. Et surtout Piaf est toute entière ressuscitée par Marion  : son sourire, ses expressions, ses regards, elle est présente, elle nous empoigne au coeur, à l'estomac, elle nous émeut, nous envoûte, nous bouleverse... magnifique Cotillard, inoubliable PIAF.

Marion Cotillard a été sacrée meilleure actrice par les Golden Globes et a reçu le César et l'Oscar de la meilleure actrice 2008.

 

 

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                         Marion Cotillard (au centre). TFM Distribution

 

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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 10:30

                Action Cinémas / Théâtre du Temple  Les films du Jeudi

 

 

La personnalité de Max Ophüls, juif sarrois né le 6 mai 1902, éternel exilé, passant d'Allemagne en France, puis de France aux Etats-Unis, pour venir se fixer en France en 1950, correspond aux principes de la politique des auteurs. Il portait en lui la culture et la sensibilité de l'Europe centrale, cet esprit viennois un rien morbide qui ne se limite pas aux valses de Vienne et au beau Danube bleu, mais se réfère à ce courant d'idées communément appelé l'apocalypse joyeuse. On décèle, dès ses premières réalisations, son goût romantique et nostalgique pour ce qui est en train de disparaître, de s'évanouir, de se perdre. Ce seront Libelei en 1932, La tendre ennemie en 1935, Le roman de Werther en 1938 et De Mayerling à Sarajevo en 1940. S'inspirant lui aussi d'oeuvres littéraires, entre autres de Goethe pour son Werther et de Stefan Zweig pour le très beau Lettre d'une inconnue ( 1948 ) avec Joan Fontaine et Louis Jourdan, Max Ophüls peut donner, selon Truffaut, des adaptations valables et empreintes d'un vrai souci de recherche.


En 1950, le cinéaste entame une nouvelle carrière en France avec La Ronde, pièce d'Arthur Schnitzler sur la tristesse de l'amour qui s'abîme dans le mensonge et les incessants périls. Anton Walbrook fait tourner le manège des personnages, changeant de partenaires à chaque tour de valse, au son d'une romance nostalgique et dans une vision impressionniste des herbages normands. Il y avait dans ce film une distribution éblouissante, tout ce que le cinéma d'alors comptait de stars en vue : Simone Signoret, Simone Simon, Danielle Darrieux, Odette Joyeux, Gérard Philipe, Fernand Gravey, Daniel Gélin, Serge Reggiani, Jean-Louis Barrault, personnages qui animaient une méditation crépusculaire, pleine de poésie, à un moment où un certain monde était occupé à ensevelir ses ultimes fastes. Les grands mouvements d'appareil caractérisaient un cinéaste virtuose à qui ne déplaisait pas de promener sa caméra dans des décors d'artifices et de faux-semblants, une luxuriance décorative et qui, mieux que personne, savait saisir un acte dans sa finalité, une époque dans sa décadence, le bonheur toujours réduit à des instants éphémères.

                                            
En 1953, Madame de..., d'après le roman de Louise de Vilmorin, est traité dans ce même style baroque qui est devenu la marque personnelle d'Ophuls, avec pour interprète Danielle Darrieux, héroïne ophulsienne par excellence, qui vit les tourments d'une femme coquette et futile, soudain frappée par une passion qui, progressivement, la consumera. En effet, pour payer ses dettes de jeu, Madame de... vend les boucles d'oreilles en forme de coeur que son mari lui a offertes. A quelque temps de là, le baron Donati, dont elle est éprise, lui fait cadeau de ces mêmes bijoux. Cette histoire, qui aurait pu n'être qu'un plaisant vaudeville, va très vite virer au drame et les pierres précieuses devenir l'arme d'une tragédie. Le style original et poétique d'Ophüls convenait à merveille à ce tourbillon de vie mondaine et aux élans d'amour qui finissent par se briser au jeu des illusions. Aux côtés de Danielle Darrieux, délicieuse de grâce et de féminité, la rivalité masculine était assurée par deux grands acteurs : Charles Boyer et Vittorio de Sica et le miracle est que ce film ne semble pas avoir pris une ride dans sa légèreté désespérée.

   

 

Lola Montès en 1955, d'après Cécil Saint-Laurent, grand spectacle en couleurs, sera, malgré sa somptuosité et son ton halluciné proche du cauchemar, très mal reçu de la critique et subira un échec commercial cuisant. L'échec de son dernier opus affectera énormément l'auteur qui devait mourir à Hambourg en 1957.
Venu du théâtre, c'est le cinéma qui, en définitive, aimantera sa vie. Sa brillante adaptation de La fiancée vendue ( 1932 ), d'après l'opéra de Smetana, porte surtout sur les rapports du spectacle et de la vie réelle et révèle sa fascination pour le cirque. Puis, il évoque la Vienne de 1900 avec Libelei  d'après Schnitzler, dont la grâce romantique n'évacue nullement la portée morale. C'est une grande réussite artistique et commerciale, ce qui n'empêchera nullement l'Allemagne nazie de retirer son nom du générique à la suite de son exil à Paris, où il profitera de son passage pour diriger lui-même la version française. ( Une histoire d'amour )

Curieusement, c'est lors de son exil, principalement en France, en deux périodes entrecoupées d'un séjour aux Etats-Unis, qu'il fera l'essentiel de sa carrière et réalisera trois chefs-d'oeuvre incontestés dans un style où il excelle, mélange subtil de frivolité et de désespoir. Il y aura Le plaisir ( 1952 ), qui est l'adaptation de trois contes de Maupassant où l'on remarque la vivacité de ses notations sur les ruptures entre réalité et apparences, Madame de ( 1953 ) dont j'ai parlé plus haut, peut-être le plus beau rôle de Danielle Darrieux, et enfin Lola Montès ( 1955 ), premier film français en cinémascope et seul film en couleurs d'Ophüls. A travers des mises en scène somptueuses, Ophüls n'aura pas moins montré à quel point la quête du bonheur est difficile.

 

 

Martine Carol. Les films du Jeudi


En ce qui me concerne - a-t-il dit à la Radio bavaroise le 28 avril 1954 -  je n'ai pas grand-chose à expliquer mais puisque vous me le demandez, des mots tels que « organisation des images » sont déjà des termes théoriques à propos desquels j'ai beaucoup de mal à m'exprimer. Je manie la caméra d'une manière peut-être un peu inconsciente, c'est un moyen parmi tant d'autres pour amener le comédien à exprimer ce que je désire de lui à l'écran. C'est la raison pour laquelle ma caméra, et on me l'a du reste assez souvent reproché, est en mouvement, car elle s'adapte simplement au rythme de la scène. Je ne travaille pas à l'avance, le plus souvent, mais j'attends de voir comment la scène évolue en studio et je ne lâche tout bonnement pas le comédien avec mon objectif. En anglais un film se dit « movie », qui vient de « se mouvoir » ; je suis seulement transporté par le mouvement qu'il y a dans un film, non par le mouvement externe, mais par le mouvement interne. Si la scène est d'une lenteur mélancolique, je la ressens comme mélancoliquement lente ; si j'étais chef d'orchestre, je dirigerais une musique mélancolique et lente de façon mélancolique et lente et par conséquent la caméra est, elle aussi, mélancolique et lente. Une image statique, conçue devant un bureau et bien encadrée, ne correspond pas à mon tempérament nerveux, elle m'est insupportable et c'est pourquoi tout s'aère autour de moi.



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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 11:12
INGRID BERGMAN - PORTRAIT

            

                                                                                                                             

                                                         1915 - 1982

                                                

Ingrid Bergman est peut-être l'actrice qui me touche le plus, non seulement par son incandescente féminité mais par la qualité de son jeu, cette façon de rendre l'émotion palpable, de vibrer, au point qu'elle me fait penser à un stradivarius. Oui, elle est à mes yeux l'une des comédiennes les plus accomplies et je ne connais pas un seul de ses films où elle ne contribue à conférer à ses personnages une dimension inoubliable. Pensons à ses interprétations dans Sonate d'automne, Elena et les hommes, Jeanne au bûcher, Hantise de George Cukor ou encore Casablanca de Michael Curtiz. A chacun de ses rôles, elle a prêté sa sensibilité et sa détermination, sa tendresse et sa passion, elle a irradié l'écran, non seulement de sa beauté et de son élégance, mais d'une ferveur qui lui était personnelle.

 

Orpheline à l'âge de deux ans, Ingrid Bergman, née à Stockholm le 29 août 1915, étudie l'art dramatique dès son adolescence et obtient très vite un petit rôle dans Munkbrogreven, grâce à son aisance et à son naturel. Après une dizaine de films tournés en Suède, David O. Selznick la remarque et l'engage pour jouer un remake d'Intermezzo qui aura un énorme succès et va  définitivement orienter la carrière de la jeune comédienne. Elle s'installe à Hollywood, qu'elle ne va pas tarder à conquérir, en étant l'héroïne du film Casablanca ( 1942 ) au côté de Humphrey Bogart, puis de  Pour qui sonne le glas ( 1943 ) de Sam Wood auprès de Gary Cooper, où elle se montre si convaincante qu'elle sera nominée pour l'Oscar de la meilleure actrice, Oscar qu'elle ne recevra que l'année suivante avec le film  Hantise ( 1944 ) de George Cukor et honneur qui lui méritera d'être propulsée dans l'olympe des stars hollywoodiennes.

                          


Elle devient alors la vedette fétiche d'Alfred Hitchcock, qui ne lui pardonnera jamais de lui avoir préféré Rossellini, et tourne avec lui  La maison du docteur EdwardesLes Enchaînés ( Notorious ) et Les Amants du Capricorne ( 1949 ), trois longs métrages où elle s'impose comme une grande comédienne et fait preuve d'une formidable présence.                               


C'est en 1949 que la jeune femme, bouleversée par la projection de Rome ville ouverte, écrit au metteur en scène pour lui proposer de jouer dans l'un de ses films et, qu'à la suite de son invitation, elle se rend à Rome. La passion que le réalisateur et l'actrice vont éprouver l'un pour l'autre sera telle qu'Ingrid quitte mari et enfant et, devant le scandale provoqué par cet abandon familial, se voit obligée de s'éloigner momentanément des Etas-Unis pour s'installer dans la ville éternelle. Elle et Rossellini vivront sept années d'un amour tumultueux, auront trois enfants dont l'actrice mannequin Isabella Rossellini et tourneront six films dont Stromboli ( 1950 ), Le voyage en Italie ( 1953 ), La Peur ( 1954 ) et Jeanne au bûcher. Ils divorcent en 1957. 

 

                        Collection Christophe L.

 

Revenue à Hollywood, qui lui a pardonné son escapade italienne, elle gagne d'emblée un second Oscar dans le rôle d'Anastasia produit par Anatole Litvak, tourne une douzaine d'autres films dont Aimez-vous Brahms où elle est merveilleuse de charme et de séduction auprès d'Yves Montand et d'Anthony Perkins, puis Le crime de l'Orient-Express( 1974 ) de Sidney Lumet, avant de rencontrer son homonyme et concitoyen Ingmar Bergman, rencontre qui  marque une date importante dans sa carrière. Elle joue sous sa direction Sonate d'automne ( 1978 ), huit-clos d'une force sidérante baigné par les couleurs flamboyantes de l'automne suédois, face à Liv Ullmann. Elle y est une mère qui a négligé sa fille au profit de sa vie de concertiste. Ses retrouvailles avec elle l'obligeront à revisiter un passé mal cicatrisé et à faire amende honorable d'une existence trop entièrement consacrée à sa propre satisfaction de musicienne et d'interprète. Dans ce rôle difficile, intériorisé, d'une gravité contenue, Ingrid Bergman donne  la mesure de son talent, ce qui sera confirmé par sa dernière apparition sur un écran de télévision dans celui de Golda Meir, femme politique israélienne, qui fut le premier ministre de son pays de 1969 à 1974, et dont elle parviendra à faire une composition saisissante. Elle meurt d'un cancer le 13 août 1982. Une partie de ses cendres seront dispersées dans la mer, l'autre inhumées à Stockholm, sa ville natale.


Pour prendre connaissance des critiques de films où apparaît Ingrid Bergman dont  Casablanca, Les enchaînés, Voyage en Italie et Sonate d'automne, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

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 Ingrid-Bergman92.jpg

 

INGRID BERGMAN - PORTRAIT
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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 09:54

Collection Christophe L.

                     

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Gérard Philipe fut, sans contexte, le plus grand comédien français de l'après-guerre, interprète mythique à la scène et à l'écran, compagnon de Jean Vilar au TNP, il bénéficia d'une exceptionnelle popularité, en particulier pour ses créations dans Le diable au corps Fanfan la Tulipe Les grandes manoeuvres,  et la brieveté de sa vie ne fit qu'ajouter à sa légende, déjà bien établie de son vivant. Par sa présence lumineuse, sa grâce, son élégance, il incarna les aspirations de toute une génération bousculée par l'histoire, qui voyait s'ouvrir devant elle une vie culturelle nouvelle. Sa première prestation sera celle du prince Mychkine dans une adaptation sans éclat, L'idiot  ( 1946 ) de Dostoïevski de Georges Lampin. Mais sa véritable consécration lui vint, peu de temps après, grâce à Autant-Lara, qui fit de lui le héros de Raymond Radiguet dans Le diable au corps. Sa composition lui permit de retrouver l'apparence du naturel et de l'expression de l'adolescent. Le film provoquera un scandale et battra des records de recettes, ceci étant la cause de cela. Plus tard, sa rencontre avec René Clair, dont il fut l'ami proche, orientera sa vie de comédien de façon décisive. Certes  La beauté du diable  ( 1949 ) ne compte pas parmi les grandes réussites du cinéaste, mais Philipe tirera brillamment son épingle, face à Michel Simon, de cette parabole laborieuse. Toujours sous la direction de Clair, il sera le jeune professeur de musique, séduit et accaparé par ses rêves, dans un divertissement ravissant où René Clair s'amuse à faire du René Clair : Les belles de nuit.  Il  sera, par la suite, le lieutenant Armand de la Verne, pris au piège d'un pari fâcheux, au côté de Michèle Morgan dans Les grandes manoeuvres ( 1955 ), actrice qu'il aura de nouveau pour partenaire dans Les Orgueilleux de Marc Allégret.

 

 

Si bien qu'au théâtre comme au cinéma, on ne cesse plus de lui proposer des rôles de premier plan, où il se révèle toujours en parfaite adéquation avec ses personnages, au point de les marquer à tout jamais. Au théâtre, il est successivement Le Cid de Corneille, Le Prince de Hombourg de Von Kleist, Ruy Blas de Hugo, Richard II de Shakespeare, ainsi que les héros des Caprices de Marianne, de Lorenzaccio et de On ne badine pas avec l'amour de Musset. En 17 ans de carrière, il participera à vingt pièces de théâtre. Pour le seul TNP, il sera apparu dans 605 représentations du Cid et de On ne badine pas avec l'amour. Au point qu'apprenant sa mort, le poète Aragon s'écrira : " Non Perdican n'est pas mort. Simplement il avait trop joué, il se repose ". 


 

Collection Christophe L.


 

 

Quant au cinéma, il tournera dans 29 films, dont  La Chartreuse de Parme  de Christian-Jaque ( 1948 ),  Une si jolie petite plage  d'Yves Allégret ( 1948 ),  La beauté du Diable  de René Clair ( 1949 ), Juliette ou la clé des songes  de Marcel Carné ( 1950 ),  Fanfan la Tulipe  de Christian-Jaque ( 1952 ),  Monsieur Ripois  de René Clément ( 1953 ),  Le Rouge et le Noir  d'Autant-Lara ( 1954 ),   La Meilleure Part  d'Yves Allégret ( 1955 ),  Montparnasse  de Jacques Becker ( 1957 ),  Pot-Bouille  de Duvivier ( 1957 ), et  La fièvre monte à El Pao  de Bunuel ( 1959 ). Avec Monsieur Ripois, l'acteur se libère du personnage de Fanfan la tulipe qui commençait à trop lui coller à la peau et réussit l'une de ses plus fameuses interprétations au cinéma dans le rôle de ce personnage ambigu qui se montre tour à tour misérable et brillant, veule et charmant, mesquin et séducteur, dans une oeuvre cynique, ironique et enlevée :  - un Gérard Philipe de soie et d'acier  - écrira Jacques Audiberi.  

 

 

        

 

 

Acteur engagé, il sera l'un des premiers, en 1950, à signer la pétition contre les armes nucléaires en pleine guerre froide et se montrera un Président énergique et apprécié à la direction du Syndicat français des acteurs. Le 25 novembre 1959, alors qu'il est atteint d'un cancer du foie, il succombe soudainement à une crise cardiaque ; il n'a que 37 ans. Selon ses dernières volontés, on l'ensevelit au cimetière de Ramatuelle, près de Saint-Tropez, dans le costume du Cid, qu'il avait tant de fois revêtu sur scène. En mourant si jeune, en pleine gloire, il a laissé l'image la plus belle, celle que le temps n'a pu écorner. Avec lui disparaissait le dernier des romantiques, un acteur unique par son charisme et le don qu'il possédait de porter à leur paroxysme de complexité et d'expression chacun de ses rôles.

 

 

Pour ses détracteurs, et il y en aura, son jeu très construit et composé était à l'opposé du jeu instinctif et improvisé de l'acteur de la Nouvelle Vague, N.V. qui entendait jeter aux oubliettes le cinéma de papa, dénoncé par les "jeunes turcs" dans Les Cahiers du cinéma. Mais, il n'en reste pas moins que sa voix, sa présence illuminent la pellicule et, mieux encore, l'ensorcellent et confèrent une étrangeté et une singularité inoubliables à son jeu.  

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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