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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 09:47

Affiche teaser américaine. Warner Bros.     

      

Je ne suis pas sûre que je serais allée voir ce long métrage de deux heures trente, si je n'y avais pas été entraînée par des amis, mais je ne le regrette pas. Film d'aventures détonnant, il a pour objectif de nous sensibiliser ( au premier degré seulement ) sur le trafic meurtrier des pierres précieuses, exploitation illégale qui sert au financement d'armes dans les conflits et prête à ces pierres le qualificatif de diamants de guerre ou diamants de sang. Ces diamants ont financé, entre autres,  les guerres en République Démocratique du Congo, en Angola, au Liberia, en Sierra Leone et récemment en Côte d'Ivoire.

 

                Leonardo DiCaprio et Djimon Hounsou. Warner Bros. France    Leonardo DiCaprio et Djimon Hounsou. Warner Bros. France


 

L'action du film se déroule d'ailleurs en Sierra Leone durant les années 90, où le pays fut ravagé par une effroyable guerre civile. Blood Diamond  mélange habilement l'histoire de ce chaos africain et celle de trois personnages : un pêcheur Salomon Vandry, un mercenaire/trafiquant natif d'Afrique du Sud Danny Archer et une jeune reporter new-yorkaise Maddy Bowen, sans compter le quatrième personnage, ce pays livré à ses troubles dans un climat de violence torride.

 

Alors qu'il purge une peine de prison, Archer ( Léonardo DiCaprio ) rencontre un pêcheur d'origine mende ( Djimon Hounsou )  qui s'est vu contraint, pour survivre, de travailler dans des mines diamantifères et a réussi à dissimuler une pierre d'une extrême valeur. Accompagnés de la journaliste Maddy ( Jennifer Connelly ), qui se trouve sur les lieux pour tenter le scoop du siècle, les deux hommes vont effectuer un voyage dangereux en territoire rebelle, l'un pour retrouver sa famille et son fils enrôlé de force dans une armée d'enfants-soldats, l'autre pour récupérer le diamant qui lui permettra de fuir ce bourbier et d'assurer ses vieux jours.

 

Habilement maîtrisé, ce film à gros budget, au casting irréprochable, conserve le juste milieu entre le documentaire sur un conflit sanglant et le récit d'aventures. Car l'exercice était complexe de faire cohabiter l'histoire avec un film de fiction sans tomber dans des clichés conventionnels et en évitant le piège du happy end. Certes  Edward Zwick ne les esquive pas totalement, malgré un scénario efficace ; il y a ici et là des ambiguïtés. Au milieu de ces scènes de fureur, on n'échappe pas au politiquement correct et aux stéréotypes habituels à propos des deux héros, dont l'un représente la conscience maudite de l'Occident voulant expier les péchés du post-colonialisme et l'autre sensé éveiller la conscience coupable d'un Occident maintenu dans l'ignorance et le mensonge. Cette réserve faite, le film nous brosse à traits vifs et sanglants le portrait d'une Afrique meurtrie par les seigneurs de la guerre et scandaleusement exploitée par la cupidité des trafiquants de tous poils. Et c'est déjà cela. D'autant que l'on est pris dans une action telle, que l'on ne reprend pas souffle et que le rythme du film ne faiblit pas un instant.

 

 

              AlloCiné      DreamWorks Pictures   Touchstone Pictures

 

 

Mais je garde pour la fin, le meilleur qui est, à l'évidence, l'étonnante et magistrale interprétation de Léonardo DiCaprio. L'acteur s'est à ce point immergé dans son sujet, qu'il a poussé la conscience professionnelle jusqu'à vivre plusieurs semaines auprès des soldats des représentants d'ONG, ainsi que des autochtones, afin d'apprendre quelques bribes du dialecte local. Et le résultat est étincelant. Le jeune acteur est  fantastique et tellement crédible dans ce rôle d'homme désabusé et cynique qui, peu à peu, progresse vers une sorte de rédemption, qu'il nous faut saluer avec admiration cette performance. A lui seul, il mérite que l'on aille voir ce Blood Diamond. Quant à Djimon Hounsou et Jennifer Connelly, ils sont à la hauteur de leurs personnages qu'ils savent rendre vraisemblables et attachants. A voir si l'on ne craint pas les scènes brutales, particulièrement celles où l'on voit des enfants formés à tuer de sang-froid, images d'un monde qui, à force de trafiquer avec l'argent, trafique avec l'inhumain.

 

3-e-toiles


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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 10:05
HENRI-GEORGES CLOUZOT ET LE SUSPENSE DIABOLIQUE

                

Henri-Georges Clouzot, né à Niort en 1907, avait d'abord ambitionné une carrière d'officier de marine mais dut y renoncer pour des raisons de santé et s'inscrivit à l'école des Sciences politiques avec le projet de devenir diplomate. Chroniqueur au journal Paris-Midi, sa rencontre avec Henri Jeanson sera déterminante et l'engagera définitivement sur la voie du cinéma où il affirmera, avec l'éclat que l'on sait, sa forte personnalité. En 1931  il réalise  son premier court métrage La terreur des Batignolles  et travaille avec Victor Tourjansky, Carmine Gallone et Jacques de Baroncelli. Puis il quitte la France pour rejoindre les studios Babelsberg à Berlin. C'est l'âge d'or du cinéma allemand et, pour le jeune homme ébloui, l'occasion inespérée de découvrir et d'approcher l'oeuvre de Fritz Lang , dont l' influence sera bienfaisante. Après quatre années de sanatorium, il revient à Paris en 1938 et en 1941 signe le scénario des Inconnus dans la maison d'après Simenon. L'année suivante, il réalise enfin son premier long métrage :  L'assassin habite au 21 et en 1943  Le corbeau  avec la collaboration du scénariste  Louis Chavance. Malgré ses qualités, ce film s'attire les foudres de la censure des épurateurs de la Libération et le réalisateur se voit exclu temporairement de la profession. Remis de cette navrante affaire, il fait une rentrée fracassante en 1947 avec Quai des orfèvres, couronné par le Grand Prix international de la mise en scène à la Mostra de Venise.

                   

Sur le conseil d'un producteur, il avait choisi de réaliser une histoire visible pour tous, c'est-à-dire une intrigue librement adaptée d'un roman de Steeman, auteur belge auquel il avait déjà emprunté le thème de la fiction de : L' assassin habite au 21. En définitive, l'intrigue n'est qu'un prétexte à l'étude de plusieurs milieux parisiens : celui du music-hall où une chanteuse ambitieuse interprétée par Suzy Delair ( la femme de Clouzot à l'époque ) cherche à se faire remarquer ; le milieu du quartiers des halls où vont habiter l'accompagnateur de cette chanteuse et la photographe amoureuse d'elle ( Simone Renant ), enfin celui du quai des Orfèvres où se trouvent les bureaux de la police. Ces milieux vont être reliés les uns aux autres grâce à l'enquête que mène, avec une froideur impressionnante, l'inspecteur Antoine, magistralement campé par un Louis Jouvet au sommet de son talent. Pour Clouzot, et on le sait depuis Le corbeau, il n'existe pas de frontière précise entre le bien et le mal ; la nature humaine est une brillante et confondante représentation d'un univers ténébreux, un peu à la façon d'un Zola, où les caractères des personnages participent des remous occasionnés par la vie sociale, selon le réalisme propre aux comportements, aux désirs, aux refoulements, aux obsessions et aux passions. Jouvet, en flic cynique et désabusé, semble vider les poubelles d'une société névrotique. Avec ce film, Clouzot se pose en rival d'un Hitchcock comme maître du suspense, avec son sens plastique et sa formidable capacité à arracher à ses acteurs tout ce qu'ils peuvent donner, fût-ce au prix d'une exigence qui pouvait frôler la tyrannie.


Après le succès éclatant de Quai des orfèvres, Clouzot, désormais considéré comme un des grands du cinéma, s'attaque à une adaptation modernisée de Manon Lescaut, roman de moeurs du XVIIIè, que nous devons à la plume de l'abbé Prévost. Dans un contexte historique et social défini et ré-actualisé, celui de la guerre de 39/45,  Manon est aussi l'histoire d'un passion charnelle et fatale qui conduira les amants à fuir en Palestine à bord d'un cargo qui transporte clandestinement des juifs. Ce film qui révéla Cécile Aubry ( partenaire de Serge Reggiani ) fut diversement accueilli et il fallut attendre Le salaire de la peur en 1952 pour que Clouzot revienne triomphalement sur le devant de l'écran. Du moins ses films ont-ils eu le mérite de créer  l'événement, et s'ils ne furent pas toujours bien compris dans leur contenu, ils gagnèrent l'estime et l'admiration du public pour  leurs qualités artistiques et leur climat fiévreux et inquiétant. Dès les premières images, le ton Clouzot s'impose et c'est celui d'un authentique créateur et auteur.   

 

Le salaire de la peur, film d'hommes et d'aventuriers, se déroule au Guatemala, et nous racontre l'histoire de deux  personnages, magnifiquement interprétés par Charles Vanel et Yves Montand, unis par une troublante amitié. Leur travail consiste à conduire, sur des pistes presque impraticables, des camions chargés de nitroglycérine, épopée dérisoire et terrifiante qui provoque un suspense impitoyable et joue, en permanence, sur les nerfs du public. Rapports sado-masochistes, réalisme noir proche de celui dans lequel se complaisait Yves Allégret, composent une vision très sombre de l'humanité. Le film reçut un accueil  favorable et peut être considéré comme le second chef-d'oeuvre du cinéaste.

 

La sortie des Diaboliques en 1954 , troisième  chef-d'oeuvre, sera précédée d'une vaste campagne publicitaire. Pour ce long métrage, Clouzot s'est inspiré d'un roman de Boileau-Narcejac mais a inversé la situation initiale : ce sont deux femmes criminelles ( l'une interprétée par son épouse d'alors Véra Clouzot et l'autre par Simone Signoret ) qui se trouvent aux prises avec Paul Meurisse dans une situation que le metteur en scène décrit avec une précision démoniaque. Nous sommes là au coeur d'un bouillonnement  de haines et de rivalités, dans le cadre d'une institution pour jeunes gens : professeurs minables, élèves mal nourris, directeur sadique envers son épouse et sa maîtresse ; les ingrédients sont réunis pour amener ce milieu étroit et obsédé au crime, conséquence inévitable d'un déréglement psychologique.  Le jeu des interprètes, l'atmosphère irrespirable, la pression qui ne cesse de s'intensifier font du  film une incontestable réussite, à la hauteur des meilleurs Hitchcock. La distribution est éblouissante : Pierre Larquey, Michel Serrault à ses débuts, Véra Clouzot, belle et énigmatique, Simone Signoret d'un complaisant cynisme et un Paul Meurisse qui trouve là l'un de ses meilleurs rôles au cinéma. Le succès fut, une fois encore, au rendez-vous. 

 

En 1955, Clouzot quitte la fiction - momentanément -  pour un documentaire sur Picasso :  Le mystère Picasso, centré sur la démarche créatrice du peintre, dessinant et peignant sous le regard introspectif de la caméra et produisant sur le spectateur une sensation étonnante, celle d'un univers pictural en train de se fermer sur lui-même. Clouzot rejoint la conception de René Clément sur l'enfermement de la condition humaine, de même que dans son réalisme noir, il n'a cessé d'être le compagnon de route d'Yves Allégret, dont le propos fut de nous dévoiler la nature de l'homme sous son angle le plus tragique. Certains le lui reprochèrent d'ailleurs, comme ils le reprochèrent à Allégret.  Après Les espions  ( 1957 ) et  La vérité  avec Brigitte Bardot, Sami Frey et Paul Meurisse, de facture plus conventionnelle, ses problèmes de santé ne lui laissent pas le loisir de mener à bien L'enfer ( 1964 ), qui devait être son testament et dont le scénario sera repris, trente ans plus tard, par l'un de ses fils spirituels : Claude Chabrol. Il s'éteint à Paris le 12 janvier 1970. Le metteur en scène, dont l'oeuvre prend place dans le réalisme noir de l'après-guerre, n'en occupe pas moins une situation à part dans le cinéma français : celle d'un réalisateur d'une rare exigence qui fouillait le coeur humain jusqu'au tréfonds et nous le révélait avec l'atroce rigueur du médecin légiste.

Pour lire la critique consacrée à L'assassin  habite au 21, cliquer sur son titre : 

 

 

 L'ASSASSIN HABITE AU 21 d'HENRI-GEORGES CLOUZOT

 

                                     

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HENRI-GEORGES CLOUZOT ET LE SUSPENSE DIABOLIQUE
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24 janvier 2007 3 24 /01 /janvier /2007 10:22

                StudioCanal   Collection Christophe L.

 

 

Yves Allégret, né en 1907, fut d'abord l'assistant de son frère aîné Marc sur le tournage des Amours de minuit, puis celui d'Alberto Cavalcanti et de Jean Renoir. Il fut également le scénariste de L'émigrante (1939 ) de Léo Joannon. En 1941, il réalise en zone libre son premier film personnel Tobie est un ange, avec Pierre Brasseur, mais la pellicule sera détruite par un incendie. A la libération commence sa vraie carrière d'auteur en collaboration avec le scénariste Jacques Sigurd. Ensemble ils signent  Dédée d'Anvers ( 1948 ) qui verra les débuts de Simone Signoret,  au côté de Bernard Blier, puis  Une si jolie petite plage (1949 ) avec Gérard Philipe et Madeleine Robinson et Manèges ( 1950 ) de nouveau avec Signoret/Blier.

 

 

  
 Noirs et amers, ces trois films sont les plus représentatifs du travail d'Yves Allégret, dont l'oeuvre se caractérise par un profond pessimisme à l'égard d'une société dont il considère que le pouvoir de l'argent ne sert qu'à maintenir les masses dans leur pauvreté. Par la suite, il tournera de nombreux films d'une facture plus facile dont Les orgueilleux, adapté de Typhon de Jean-Paul Sartre, composant pour la première  fois à l'écran le couple Gérard Philipe/ Michèle Morgan. Le philosophe critiquera d'ailleurs cette adaptation, pour la raison qu'on y relève des intentions spirituelles qu'il n'avait certainement pas prévues. Suivront deux autres longs métrages : Mam'zelle Nitouche (1954) avec Fernandel et Germinal ( 1962 ) avec Bernard Blier. L'ascension de la Nouvelle Vague contribuera à son déclin et le cinéaste se consacrera, ultérieurement, à des réalisations plus spécifiquement commerciales. C'est pourquoi nous nous attacherons à l'analyse de la trilogie noire composée par Dédée d'Anvers, Une si jolie petite plage et Manèges.

   

      

 

Dédée d'Anvers est l'adaptation d'un roman du détective Ashelbé, l'histoire d'une prostituée qui, dans les bas-fonds du port belge et une atmosphère lourde et glauque où se croisent  filles de joie, souteneurs,  mauvais garçons et  patrons de bordels, tombe amoureuse d'un marin de passage, mais n'arrive pas, pour autant, à se sortir du milieu où elle est engluée. Ce sera le premier grand rôle de Simone Signoret, femme du réalisateur, avec laquelle il aura une fille : Catherine Allégret. L'actrice impose d'emblée à l'écran sa présence, l'intensité de son jeu très intériorisé et d'une incomparable densité humaine. Sous les éclairages de Jean Bourgoin et dans une atmosphère nauséeuse, le metteur en scène nous décrit un monde à la dérive, peuplé d'êtres louches évoluant dans des paysages urbains noyés de cafard et de fatalité.

 

 Le pessimisme ira en s'aggravant  avec Une si jolie petite plage, que baigne le ressac  d'un désespoir total. Gérard Philipe, dépouillé de son auréole romantique, est un ancien enfant de l'Assistance publique qui rôde l'hiver dans une station balnéaire du nord de la France où il a vécu. C'est là que son destin a pris un tournant tragique, à cause d'une chanteuse aimée, puis assassinée. En dehors de Madeleine Robinson, qui joue une sorte de Samaritaine, servante compréhensive et compatissante, les personnages féminins sont tracés à coup de burin, sans complaisance aucune. L'histoire, narrée de façon linéaire en l'absence de flash-back,  élabore sa vérité, peu à peu, comme un puzzle de paroles et de silences. Avec le concours de l'opérateur Henri Alekan, Yves Allégret nous plonge une fois de plus dans un univers oppressant, fait de brume et de brouillard, à l'image d'une conception totalement désespérée de l'existence. Pas une lueur d'espoir n'apparaît à l'horizon, alors que Gérard Philipe hante la pellicule de sa nostalgie et de sa fragile pâleur.

 

 

Collection Christophe L.     

 

 Il est admirable dans ce rôle d'homme, victime d'un destin implacable, devenu une part de cette brume qui se propage, puis se dilue, ainsi que le fait cet être sans désir. Il s'éloigne de nous, pareil à un fantôme, une ombre qui se dissout dans sa propre inconsistance.

La conception de Manèges est plus complexe : la même histoire comprend deux narrations, sous deux angles différents et selon deux points de vue opposés, d'où son intérêt particulier et original. Bernard Blier, propriétaire d'un manège d'équitation, s'est épris d'une petite bourgeoise qu'il prend pour une femme convenable et épouse. Avec l'aide de sa mère, entremetteuse habile et sans scrupule, elle va progressivement le tromper, le gruger et le ruiner. Simone Signoret et Jane Marken incarnent, avec un réalisme stupéfiant, ces deux femmes redoutables qui seront naturellement punies, lorsque l'homme désillusionné, écoeuré, les abandonnera à leur sort. Il semble que, par l'entremise de cette trilogie, le cinéaste règle ses comptes avec le beau sexe qu'il nous montre sous un jour particulièrement sombre. On peut parler ici d'une vision du monde et d'un style d'auteur, à la fois brutal et accablant, car frappé d'un sceau apocalyptique.

 

Le noir et blanc sied au metteur en scène qui l'utilise au mieux, se complaisant dans un climat crépusculaire, des paysages désertés, des situations tragiques. Il  rend l'angoisse, la tristesse, la cruauté palpables, nous invitant à partager ce chant funèbre adressé à un monde qu'il se plait à s'enrouler dans son suaire.

Ses acteurs servent sa cause avec un talent jamais pris à défaut. Gérard Philipe prêtera son visage à ses héros malheureux, ange déchu parmi les anges et, Signoret, sa féminité frémissante, sa force ramassée, son intensité dramatique. Blier sera, quant à lui, un être partagé entre brutalité et lâcheté, jouant sur un registre plus dissonant, homme vulnérable ou veule. Leurs interprétations respectives, dans cette trilogie d'un réalisme noir, participeront au succès de ces oeuvres, qui ont marqué de façon indélébile le cinéma français de l'après-guerre.

Pour lire les articles consacrés à Michelle Morgan, Bernard Blier, Simone Signoret, Gérard Philipe et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :

 


SIMONE SIGNORET     MICHELE MORGAN      BERNARD BLIER      GERARD PHILIPE  

 


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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 12:34

   Corbis Sygma     Mars Distribution     Les Films du Losange

 

 

Après les actrices italiennes, il était normal de consacrer un article aux acteurs italiens qui, eux aussi, ont grandement contribué au rayonnement du cinéma de leur pays et dont certains ne se contentèrent pas d'être des interprètes mais s'aventurèrent, avec succès, derrière la caméra, en devenant réalisateurs et metteurs en scène. J'ai choisi six acteurs, parmi les plus représentatifs, les voici :

 

Fils de magistrats, napolitain d'origine, Vittorio De Sica, né en 1902, ne fut pas seulement un grand metteur en scène, celui du Voleur de bicyclette, de Miracle à Milan, de Sciusca, mais un immense acteur qui sut, auprès du public, incarner le personnage idéal du séducteur italien élégant et charmeur. On le vit dans des films comme Pain, amour et fantaisie ( 1953 ) et Pain, amour et jalousie ( 1954 ) de Luigi Comencini,  désinvolte et empressé maréchal Antonio Carotenuto, plus soucieux de courir les filles que de faire régner l'ordre, auprès d'une Gina Lollobrigida éclatante de gaieté et provocante à souhait. Ce furent ensuite Casino de Paris ( 1957 ) d'André Hunebelle, General della Rovere ( 1959 ) de Roberto Rossellini, Austerlitz ( 1960 ) d'Abel Gance, Caroline chérie ( 1968 ) de Denys de La Patellière, pour ne citer que quelques-unes de ses apparitions les plus marquantes sur le grand écran. De Sica dirigea également  une troupe théâtrale et joua lui-même des auteurs comme Pirandello. Cet homme avait le cinéma et le théâtre dans le sang et fut un modèle pour toute une génération de réalisateurs et d'acteurs. Il mourut à Paris le 13 novembre 1974.
 

Vittorio Gassman, l'un des plus grands acteurs du cinéma italien, naquit à Gênes en 1922 et débuta à 24 ans dans Preludio d'amore  de Giovanni Paolucci. Grâce à son physique de jeune premier sportif et séduisant, il enchaîne très vite les rôles et on le voit successivement dans Trahison ( 1951 ) de Riccardo Freda, Riz amer (1948 ) de De Santis, Anna ( 1951 ) de Lattuada, La traite des blanches ( 1952 ) de Comencini. La facilité avec laquelle il passe du séducteur cynique au clochard ou au président directeur général intéresse Hollywood qui lui fait des propositions. Il y tournera plusieurs films qui n'ont pas marqué sa carrière. Revenu en Italie, il obtient un succès personnel avec Le pigeon, comédie burlesque, où il révèle une nouvelle facette de son talent, interprétant un petit voleur minable avec un brio tel et une telle drôlerie que cette prestation va  lui permettre d'accéder, désormais, à des rôles importants auprès de grands réalisateurs. Avec Dino Risi, il tournera une dizaine de longs métrages dont L'homme à la ferrari ( 1967 ) et Parfum de femme ( 1974 ). En 1978, il apparait dans deux films de Robert Altman et tient le rôle titre dans Benvenuta ( 1983 ) d'André Delvaux, puis dans La vie est un roman ( 1982 ) d'Alain Resnais. Pour autant, il n'abandonne pas le théâtre et fonde en 1952 sa propre compagnie théâtrale. Il a également adapté au cinéma le Kean de Jean-Paul Sartre, avec Rossi, et n'a pas hésité à passer derrière la caméra pour réaliser deux films : Sans famille et Di padre in figlio. Le lion d'or de la Mostra de Venise lui sera attribué en 1995  pour l'ensemble de sa carrière. Il meurt à Rome le 29 juin 2000.
 

C'est lors de l'annonce de la mort de Marcello Mastroianni, survenue à Paris le 19 décembre 1996, que l'on a mesuré l'affection qu'il avait inspirée au public. Catherine Deneuve, qui fut sa compagne et avec laquelle il y eut  une fille Chiara en 1972, a dit à un journaliste peu de jours après sa disparition : " Les gens l'aimaient à un point inimaginable. Il déclenchait une tendresse auprès du grand public. Il faisait partie du paysage italien et il était l'une des premières personnes à qui l'on pensait quand on parlait de l'Italie". Oui, Mastroianni est certainement l'acteur qui est resté le plus proche du coeur des italiens et fut le plus vénéré et le plus pleuré. Peut-être parce qu'il avait conquis sa notoriété sans faire de vagues, contrairement à certains acteurs de sa génération, qu'il était en quelque sorte l'homme de tous les temps, exprimant une humanité profonde et authentique et dont l'intelligence du coeur, la générosité lui méritaient une sympathie immédiate.

 

               Marcello Mastroianni. Les Grands Films Classiques    Marcello Mastroianni et Jacques Perrin. Les Grands Films Classiques


Né le 28 septembre 1924, il s'inscrivit en 1945 au Centre Universitaire du théâtre mais n'obtint pendant très longtemps que des rôles secondaires qui lui permirent tout juste de vivre. Il lui fallut attendre 1955 pour décoller avec Jours d'amour de De Santis et Savona. Sa renommée commença à s'affirmer avec Nuits blanches ( 1957 ) de Visconti, d'après le roman de Dostoïevski. Puis en 1960, Fellini lui proposa le rôle de Marcello Rubini dans La dolce vita, qui se révèlera être un film culte et, à la suite duquel, sa réputaion de latin lover ne se démentira pas. Désormais, il ne va plus cesser d'alterner entre les comédies et les films d'auteur, entre les réalisateurs italiens et étrangers. Ainsi on le verra devant les caméras italiennes de Pietro Germi, De Sica, Antonioni et Fellini, Scola, Risi, Bolognini, mais également devant la russo-italienne de Mikhalkov pour Les yeux noirs avec sa fille Chiara, celles françaises de Bertrand Blier et Agnès Varda, grecque d' Angelopoulos, espagnole de Raoul Ruiz et sa carrière sera couronnée des plus hautes distinctions qui puissent récompenser un acteur : prix d'interprétation au Festival de Cannes, meilleure interprétation au Festival de San Sebastian pour Casanova, Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Mais ce n'est pas ce que nous retiendrons de cet acteur incomparable ; rappelons-nous plutôt sa simplicité, son naturel, sa façon d'exercer son métier comme un artisan soucieux du " bien faire "et son regard qui avait conservé sa formidable capacité d'émerveillement.

 

                Collection Christophe L.     Bac Films     Pathé Distribution

 

D'origine paysanne, Nino Manfredi, né en 1921, suivit à Rome, dès son jeune âge, des cours à l'Académie nationale d'art dramatique, dont il sortit diplômé en 1947. Ses débuts sur scène se firent sous la direction de Vittorio Gassman, parallèlement à ceux qu'il entreprit à la radio et au music-hall dans des numéros fantaisistes qui lui valurent quelques succès. Au cinéma, il devra attendre le rôle d'un coiffeur timide et gauche dans Les amoureux de Mauro Bolognini ( 1955 ) pour que sa veine comique, ses qualités d'acteur, son goût des personnages dramatiques sur fond de satire finissent par le rendre populaire. Principalement du public italien car, contrairement à Mastroianni, il a peu travaillé avec les réalisateurs étrangers.  On le vit dans plusieurs films de Dino Risi dont Opération San Gennaro ( 1966 ) et Une poule, un train et quelques monstres ( 1969 ). Il fut, par ailleurs, le Gepetto des Aventures de Pinocchio ( 1972 ) de Comencini, l'émigré de Pain et chocolat ( 1974 ) de Brusati et le juge progressiste de Au nom du pape roi ( 1977 ) de Luigi Magni. Non content d'avoir été un acteur de grand talent, il fut tenté, durant les années 70, par la mise en scène et signa un film d'inspiration autobiographique qui séduisit pour sa maîtrise et son lyrisme : Miracle à l'italienne. Il mourut à Rome le 4 juin 2004.
 

Nanni Moretti, né en août 1953, conjugue depuis ses débuts les fonctions de metteur en scène et d'interprète. Avec Je suis un autarcique ( 1976 ), il apparait derrière et devant la caméra avec, pour personnage, ce Michele Apicella qui est au centre d'une action et réflexion qui donnent sens à une oeuvre non seulement engagée mais cohérente. A ce propos, il ne craint pas d'user d'un humour corrosif afin d'exprimer ses sentiments sur la gauche italienne, le cinéma traditionnel et l'incompétence de la critique. Les dès sont jetés et le metteur en scène/acteur ne se prive pas de recourir au grave et au dérisoire, au canular et à la réflexion philosophique afin de faire passer son message. Ses expériences personnelles ont nourri ses films et donné à ses personnages une épaisseur et une humanité auxquelles le public ne peut rester insensible, d'autant que le jeu de Moretti ne cède jamais à un sentimentalisme complaisant et facile. Il y a chez lui, de part et d'autre de la caméra, une grande exigence. Il arrive, certes, que le metteur en scène, le scénariste, le producteur fassent oublier l'importance de l'acteur dont le jeu, tout en concentration, apparait différent de celui des autres acteurs italiens plus exubérants, et c'est dommage, car Moretti s'exprime avec une sorte de détachement ou, plus précisément, de distance, mais tout est dit et bien dit dans le regard. Je dirai que son jeu est celui d'une présence insaisissable jointe à un regard qui ne cesse de solliciter, de forcer l'attention et l'interrogation. Du bel art.
 

Roberto Benigni, né en 1952, est d'abord entré au séminaire avec le désir de devenir prêtre, s'est ensuite engagé dans une carrière de chanteur et de musicien, avant de s'orienter définitivement vers l'art dramatique. Il crée à la télévision le personnage de Cioni, paysan toscan ingénu et exubérant dans des émissions réalisées par Giuseppe Bertolucci qui vont susciter, par une impertinence excessive et regrettable, l'intervention de la censure. C'est alors qu'il se tourne vers le cinéma et se voit confier par Fellini le rôle du protagoniste dans La voce della luna (1989 ). A la suite de cette interprétation, il va tâter à son tour de la mise en scène avec Johny Stecchino, une parodie des films de gangsters. Par la suite, il ne cessera d'alterner ses prestations dans les films de Blake Edwards, de Claude Zidi et ses propres productions où il intervient devant et derrière la caméra. Ce seront l'inoubliable chef-d'oeuvre La vie est belle, Pinocchio, un film moins réussi, et récemment Le tigre et la neige. Dans la tradition de la Comedia dell'Arte, Benigni renoue avec le mime : il est le bouffon éternel, le trublion sautillant, l'amoureux transi, endossant tous les rôles, aussi bien Pierrot lunaire, Polichinelle burlesque, Arlequin joyeux, cet homme du travestissement, fanfaron, couard, ingénu, ingénieux, maladroit, malicieux, loquace, irrévérencieux, incorrigible aura eu un parcours aussi surprenant que rare et décalé de la réalité. Aujourd'hui, c'est une figure marquante du cinéma international qui, tout ensemble, assume ses racines, sa culture et sa singularité et sur laquelle nous refermons avec admiration cette fenêtre ouverte sur le cinéma italien.

 

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LES ACTRICES DU CINEMA ITALIEN

 

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LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

 

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              Roberto Benigni.      Roberto Benigni.

              Jean Reno, Nicoletta Braschi et Roberto Benigni. Pathé Distribution   Nicoletta Braschi. Pathé Distribution

   

 

 

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11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 10:04

Brigitte Fossey et René Clément. Collection Christophe L. 

 

 

Au début de 1946, la production cinématographique avait repris un cours normal après les années de guerre et on ne recensait pas moins de 96 films à son actif, si bien que les studios se trouvaient être déjà trop peu nombreux et exigus. C'est durant les mois qui suivirent la Libération que se révéla René Clément. Le metteur en scène venait à peine de dépasser la trentaine et de réaliser La bataille du rail, que lui avait commandé la Coopérative du film français. Les images de Clément apparurent, dès les premiers visionnages, d'une qualité telle, qu'il fût décidé de transformer le court métrage en film avec l'appui de la SNCF et l'aide de la Commission militaire nationale. La maîtrise technique et la rigueur de style de l'auteur permirent à cette oeuvre de s'imposer comme l'une des meilleures sur la Résistance française, nous montrant l'héroïsme et les sacrifices individuels des gens du rail, en même temps que la lutte des cheminots dans sa globalité, sans idéologie claironnante. Certes, le film n'égalait pas Paisa de Robert Rossellini sur la Résistance italienne, mais il bénéficiait d'une incontestable ampleur épique et prouvait que son metteur en scène possédait le sens du montage et des détails saisissants.

 

Le film suivant Au-delà des grilles ( 1948 ) avec Jean Gabin ne reçut pas l'accueil qu'il pouvait espérer et il fallut attendre Jeux interdits ( 1951 ) pour que René Clément donne vraiment la mesure de son talent. Jeux interdits, Lion d'or au Festival de Venise en 1952 et Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1953, doit son impact à l'évocation du drame de l'exode et à l'histoire bouleversante de deux enfants qui tentent de sauvegarder une part de leur innocence face aux jeux absurdes de la guerre et à l'incompréhension et froideur du monde adulte. "La prison, l'aliénation commencent dès l'enfance" - dira René Clément, s'accordant sur ce point avec Luigi Comencini, qui traitera ce thème tout au long de sa carrière. Le sujet était difficile et le mérite de Clément est d'avoir évité un sentimentalisme larmoyant et donné une vision juste et émouvante de l'univers poétique de l'enfance aux prises avec les horreurs de la guerre, servi par la guitare de Narciso Yepes.


On y découvre une petite fille de cinq ans qui, sur les routes encombrées de l'exode, voit son père, sa mère et son petit chien mourir à ses côtés, tués par les raids aériens allemands. Alors qu'elle erre seule dans la campagne, son chien mort dans les bras, elle rencontre un garçon de onze ans, Michel, dont la famille accepte de la recueillir momentanément. Avec Michel, son complice, elle va enterrer son chien et créer un cimetière pour les animaux morts, jeu macabre au cours duquel les deux enfants essaient d'apprivoiser la mort et de lui prêter une dimension plus humaine. Jusqu'au jour où des gendarmes viendront chercher la petite Paulette et la conduiront au centre des réfugiés, la perdant une fois encore parmi les autres, séparée à jamais de son compagnon de jeux.

 

Le film suscita une immense émotion, probablement parce qu'il n'y avait pas de façon plus frappante que de montrer la guerre, et ce qu'elle engendre, à travers des regards d'enfants. L'interprétation de Brigitte Fossey, dont c'était la première apparition à l'écran, y est pour beaucoup. Son naturel, sa sensibilité, sa sincérité touchante prouvent à quel point elle fut admirablement dirigée par son metteur en scène. La direction d'acteurs n'était d'ailleurs pas une des moindres qualités de René Clément.


Née à Tourcoing en 1946, elle fut choisie parmi beaucoup d'autres enfants de son âge pour incarner le rôle de Paulette. Son jeu intense et dramatique impressionna le public et la critique et il vrai qu'elle porte le film de façon extraordinaire pour une si petite fille. Eloignée des studios le reste de son enfance et durant son adolescence par ses parents, elle renoua avec le cinéma en 1966 en acceptant le rôle romantique d'Yvonne de Galais dans Le grand Meaulnes de Jean-Gabriel Albicocco, inspiré du roman d'Alain-Fournier,  ensuite sa carrière ne cessa de s'approfondir au cinéma comme à la télévision  ( Le château des oliviers )  et au théâtre.

 

             Brigitte Fossey. Collection Christophe L.     Jacques Perrin & Brigitte Fossey. Collection Christophe L.

 

Quant à Georges Poujouly, qui interprétait avec une gravité étonnante le petit Michel de Jeux interdits, il naquit à Garches en 1940 et mourut d'un cancer en octobre 2000. Remarqué par René Clément lors d'un casting, il obtint, par la suite, des rôles assez secondaires dans  Nous sommes tous des assassins de Cayatte et  Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle et fit des apparitions à la télévision dans divers feuilletons, dont Par quatre chemins ( 1967 ), aux côtés de Marlène Jobert.

 

Mais revenons à René Clément. Après Jeux interdits, il réitéra trois ans plus tard avec un second chef-d'oeuvre : Monsieur Ripois ( 1954 ), inspiré d'un roman de Louis Hémon, dont le sujet est l'étude du mensonge et de la mythomanie chez un jeune français exilé dans la capitale anglaise et qui, marié à une femme riche, veut en séduire une autre. Gérard Philipe y sera un Monsieur Ripois séduisant et veule, instinctif et calculateur, l'un de ses meilleurs rôles au cinéma. Ce film ambigu et original, où l'on ne sait jamais très bien quand le héros dit vrai et quand il ment,  nous peint de façon sobre et détachée l'univers de prédilection de René Clément, secret caché sous la vérité ou mensonge des apparences, homme prisonnier de lui-même, travaillé inéluctablement par les forces de son propre destin. Il y a des barreaux partout... Sur cette idée fondamentale d'un déterminisme humain, Clément rejoint Yves Allégret et Henri-Georges Clouzot, ses contemporains. A la suite de ce film, il y aura encore Gervaise  ( 1956 ) inspiré de l'Assommoir de Zola, où les personnages du Second Empire, plongés dans l'enfer de la condition ouvrière et de l'alcoolisme, souffrent du même empêchement que Monsieur Ripois et les enfants de Jeux interdits, puis  Barrage contre le Pacifique ( 1958 ) d'après le roman de Marguerite Duras, où une famille de petits colons est prisonnière de l'océan, de l'espace et de ce qu'elle croit être sa liberté - enfin Plein soleil ( 1960 ), Les félins ( 1963 ) avec Alain Delon et Jane Fonda et  Paris brûle-t-il  ( 1965 ). Bien que souvent controversé et considéré par certains comme un excellent technicien et un médiocre artiste, René Clément tient une place importante dans l'histoire du cinéma français et se révéla être un découvreur de talents, choisissant ses interprètes, ses scénaristes, avec un instinct infaillible. On lui doit quelques grands moments de cinéma et notre reconnaissance pour avoir été l'un des fondateurs de l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques ( IDHEC ). Il mourut à Monte-Carlo en mars 1996. 

 

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JEAN GABIN       GERARD PHILIPE       

 

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 Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr     

 

RENE CLEMENT ET LE CINEMA D'APRES-GUERRE
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10 janvier 2007 3 10 /01 /janvier /2007 17:50

buona-sera-mrs-campbell-gina-lollobrigida-1968.jpg   18893906.jpg   Universal Pictures    

Gina Lollogrigida                                             Anna Magnani                            Sophia Loren 

                                                               

Que serait le cinéma sans les actrices ? Certaines par leur beauté, leur présence, leur charme ont illuminé la pellicule de films, parfois quelconques, mais dont nous nous souvenons grâce à elles.  Leur importance est donc capitale et les merveilleuses actrices qui ont illustré le 7e Art de la Péninsule, en participant activement à son rayonnement, sont là pour nous le confirmer. Commençons par la grande aînée, Anna Magnani qui, par son magnétisme, son tempérament volcanique, contribua au succès d'un grand nombre de chefs-d'oeuvre. Née à Rome en 1908, elle débuta au cinéma en 1934, après avoir fait du théâtre et du cabaret, dans un film muet L'aveugle de Sorrente. Mais le film qui la révèlera sera Teresa Venerdi de son grand ami Vittorio De Sica en 1941, où elle a l'occasion de donner libre cours à sa nature explosive. Avec Rome, ville ouverte de Rossellini en 1945, elle émeut le monde entier en criant derrière le véhicule nazi qui emporte son fiancé : Alfredo ! Alfredo ! avant de tomber sous les balles ennemies. Anna Magnai, sans être belle, était - à la manière de Simone Signoret - une gueule, une actrice à part qui crevait l'écran par sa présence et sa force. Sa filmographie est impressionnante. Des metteurs en scène étrangers firent appel à elle, ainsi Renoir en 1952 pour Le carrosse d'or, Autant-Lara, Sidney Lumet, George Cukor et elle tourna avec les plus grands maîtres du cinéma italien : De Sica, Rossellini, Camerini, Rossi, Visconti, Pasolini, Monicelli. Elle mourut à Rome le 26 septembre 1973.
 

Gina Lollobrigida, née en 1927, est un monument du 7e Art. Elle débuta sa carrière par un concours de beauté avant de travailler avec de nombreux cinéastes de toutes nationalités dont René Clair pour Belles de nuit et Christian-Jaque pour Fanfan la Tulipe, où elle eut les deux fois Gérard Philipe pour partenaire. Elle fut également l'inoubliable Esméralda de Jean Delannoy dans Notre-Dame de Paris ( 1956 ) et la belle italienne des faubourgs dans Pain, amour et fantaisie et Pain, amour et Jalousie de Comencini. Elle tourna, par ailleurs, avec King Vidor, John Sturges, Robert Mulligan et Frank Tashlin et s'horore d'une filmographie abondante et internationale, où ses formes généreuses, son tempérament, son talent de comédienne firent sa renommée. Très aimée du public, son seul nom servait à la promotion d'un film. Elle se consacra également avec succès à la photographie et s'impliqua même, un moment, dans la politique. Sa dernière apparition sur le grand écran date de 1995 pour un hommage à Agnès Varda Les cent et une nuits, au côté du regretté Marcello Mastroianni qu'elle avait eu, quarante ans plus tôt, pour partenaire dans La Loi de Jules Dassin.

 

Sophia Loren, de son vrai nom Scicolone, bien que née à Rome en 1934, est d'origine napolitaine. Elle passa toute sa jeunesse à Naples et se fit remarquer lors du concours de Miss Italie ( comme Lollobrigida ) en 1950. Après avoir posé pour des romans-photos, elle est embauchée comme figurante dans Quo Vadis en 1951. En 1952, dans La traite des blanches de Comencini, sa silhouette et sa classe attirent l'attention de Carlo Ponti, son futur époux, aussi s'empresse-t-elle de gravir les échelons de la notoriété. En 1954, Vittorio De Sica lui taille un personnage sur mesure dans L'or de Naples, si bien que devenue star en peu de temps, elle ne cesse d'enchaîner film sur film. Ce seront La Ciociara ( 1960 ) de De Sica, Orgueil et passion de Stanley Kramer, Mariage à l'italienne (1964 ) toujours de De Sica, Une journée particulière d'Ettore Scola. Elle apparaîtra  dans six films de De Sica et sera la partenaire privilégiée  de Marcello Mastroianni. Sophia Loren eut l'intelligence de pas asseoir sa réputation sur ses seuls atouts physiques qui étaient grands, mais de travailler sa voix et de tirer le meilleur parti de son tempérament et de sa personnalité. Elle eut pour metteurs en scène quelques-uns des plus grands, dont De Sica, bien sûr, Scola mais également Dino Risi, Rossi, Lattuada, Cukor, Monicelli et même Charlie Chaplin dans La comtesse de Hong-Kong. Son dernier film date de 1996 : Soleil avec Roger Hanin.

 

      Corbis Sygma   MK2 Diffusion  2

         Alida Valli                     Monica Vitti                        Sylvana Mangano  

 

Silvana Mangano, née à Rome en 1930, fut l'épouse du producteur Dino De Laurentiis ( dont elle eut quatre enfants ) et l'inoubliable interprète de Riz Amer de Giuseppe de Santis en 1949 qui la fit remarquer. Dotée d'un physique superbe, elle enchaîne ensuite les rôles de sauvageonne qui conviennent à son style de beauté et sait utiliser ses talents de danseuse. Anna en 1953 d'Alberto Lattuada confirme sa notoriété. Son numéro de chant et de danse au début du film compte parmi les morceaux d'anthologie du cinéma. Elle tournera ensuite en péplum dans Ulysse ( 1954 ) et Barrabas ( 1962 ). Mais exigeante et toujours en quête d'oeuvres de qualité, elle se produira peu et n'acceptera que les rôles proposés par des amis comme Visconti et Pasolini. Ainsi la voit-on successivement dans Mort à Venise ( 1971 ), Ludwig ou le crépuscule des dieux (1972 ) et Violence et passion ( 1974 ) de Visconti, ainsi que dans Oedipe roi ( 1967 ) et Le décaméron ( 1970 ) de Pasolini. Après sa séparation d'avec Dino De Laurentiis, elle quitte Hollywood pour l'Europe. Elle joue encore dans Dune ( 1984 ) de David Lynch et dans Les yeux noirs ( 1987 ) de Mikahlkov. Elle meurt d'un cancer de la gorge à Madrid en 1989.

 

Alida Altenburger, née à Pola en Italie en 1921, change son nom en celui d' Alida Valli lors de son second film  Il feroce Saladino de Mario Bonnard. Elle se spécialise ensuite dans les comédies et mélodrames italiens de l'ère fasciste, aussi le néoréalisme de l'après-guerre la boude-t-il parce qu'elle représente le cinéma de l'ancien régime. Elle débute alors une seconde carrière à Hollywood et tourne pour Hitchcock et Irving Pichel avant de regagner l'Italie et de participer à des productions franco-italiennes comme Les miracles n'arrivent qu'une fois ( 1950 ) d'Yves Allégret et Barrage contre le Pacifique de René Clément. En 1954, Visconti lui offre son plus beau rôle dans Senso, où elle apparait admirable de beauté et de passion. Par la suite, elle ne tournera plus que des rôles secondaires, dont un dans La chair de l'orchidée ( 1974 ) de Patrice Chéreau. Elle meurt à Rome le 22 avril 2006. 

 

Monica Vitti est née en 1933 à Rome et a partagé un temps la vie du metteur en scène Michelangelo Antonioni pour lequel elle tourne L'Avventura en 1960. Cette interprétation remarquée lui permet d'accéder au rang des plus grandes actrices italiennes et de poursuivre avec son compagnon sa collaboration dans des films comme L'éclipse ( 1961 ) et Le désert rouge ( 1964 ). Les films suivants, tournés avec d'autres cinéastes, ne lui apportent pas le même bonheur. Elle apparaît dans  Château en Suède de Roger Vadim, Les quatre vérités d'Alessandro Blasetti, puis s'oriente vers la comédie. Elle obtient un grand succès auprès de Mastroianni dans Dramma della gelosia d'Ettore Scola. Autre film marquant : Fantôme de la liberté de Luis Bunuel en 1974. Elle poursuit en parralèle une carrière au théâtre et est devenue réalisatrice avec un premier film Scandalo secreto ( 199O ), dont elle est également l'interprète. A obtenu le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise en 1995.

 

stefania-sandrelli-ieri2.jpg    Stéfania Sandrelli

 

Stéfania Sandrelli, née en 1946, commence à se faire remarquer comme modèle et attire ainsi les cinéastes en quête de nouveaux visages. Après avoir débuté dans Gioventu di notte ( 1961 ) de Mario Sequi, au côté de Samy Frey, elle décroche dans la foulée l'un des rôles principaux dans Divorce à l'italienne de Pietro Germi. Actrice très demandée en France, elle tourne notamment sous la direction de Jean Becker dans Tendre Voyou en 1966 et d'Alain Corneau dans Police Python en 1975. En Italie, Antonio Pietrangeli lui permet d'élargir son jeu avec Je le connaissais bien ( 1965 ) où elle incarne une femme victime de la société de consommation, tandis que Germi lui confie des rôles plus matures dans Beaucoup trop pour un seul homme ( 1967 ) et Alfredo Alfredo ( 1972 ). Son talent, tout en nuances, l'autorise à jouer pour les plus grands : ainsi Bertolucci dans Partner ( 1968 ), Comencini dans Le grand embouteillage ( 1978 ), Ettore Scola dans Nous nous sommes tant aimés  (1974 ) et La Terrasse ( 1979 ). Actrice éclectique, elle peut aussi bien et, avec une égale conviction, apparaître en femme bafouée dans La Famille ( 1986 ) de Scola qu'en épouse sulfureuse dans La clé ( 1983 ) de Tinto Brass. A 60 ans, sa filmographie est riche de 89 longs métrages. Il lui est arrivée de tourner jusqu'à quatre films par an. Elle fut couronnée du Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise.

 

        Claudia Cardinale. Gémini Films                    Claudia Cardinale et Marcello Mastroianni. Action Cinémas / Théâtre du Temple  

                                                     Claudia Cardinale
 

Claudia Cardinale est née à Tunis en 1939. Elue la plus belle italienne de sa ville natale, elle gagne un voyage à Venise où plusieurs producteurs la remarquent. Elle tourne quelques comédies avant de se lier par contrat au producteur Francesco de la Vidès qui lance la belle jeune femme à la voix rauque en lui obtenant le rôle de Ginetta dans Le pigeon  ( 1958 ) de Monicelli. La suite sera époustouflante : Rocco et ses frères de Visconti, Cartouche de Philippe de Broca, Huit et demi de Fellini, Le guépard de Visconti qui officialisera sa consécration internationale et où elle apparait éclatante sous les traits de la sicilienne Angélina auprès de Burt Lancaster et d'Alain Delon. Suivront  Il était une fois dans l'ouest de Sergio Leone ( 1968 ), Les pétroleuses de Christian-Jaque avec Brigitte Bardot, Un homme amoureux de Diane Kurys ( 1986 ), Le ruffian de José Giovanni avec Lino Ventura ( 1982 ), La Storia de Comencini ( 1986 ), Mayrig d'Henri Verneuil aux côtés d'Omar Sharif ( 1991 ). Sans oublier ses apparitions à la télévision dont Noso di cane ( 1986 ) de Pasquale Squitieri, son second mari. L'actrice se partage désormais entre la France et l'Italie et manque rarement d'éclairer de sa présence le Festival du film américain de Deauville. Elle reçut en 1993, le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise et en 2002 un hommage au Festival de Berlin. Très populaire dans notre pays, elle compte certainement parmi les actrices les plus appréciées des cinéphiles français.

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4 janvier 2007 4 04 /01 /janvier /2007 15:37

           Audrey Tautou et Gad Elmaleh. TFM Distribution        Gad Elmaleh et Audrey Tautou. TFM Distribution

 

On peut envisager le film de Pierre Salvadori sous deux angles différents ou, mieux, en faire deux lectures contrastées. Au premier degré, c'est une comédie distrayante, bien rythmée, bien interprétée, filmée par une caméra attentive et précise qui sert le scénario en tirant un profit judicieux du comique visuel et qui, de l'hôtel du Palais à Biarritz à celui de Paris à Monaco, en passant par Cannes et St Tropez, nous promène dans des décors étincelants de luxe et de raffinement. Et on s'arrêterait là : un film somme toute réussi, maîtrisé, qui nous brosse un portrait réjouissant d'une société frelatée, surprise dans son plus simple appareil, par un cinéaste qui sait manier l'ironie et la dérision. 

Mais ce serait réduire le film à son plus petit dénominateur, car celui-ci ne se contente pas de saisir sur le vif un cercle restreint de richissimes oisifs, il nous peint sans complaisance une nouvelle caste cosmopolite, celle qui a pris une ampleur considérable depuis la chute du Mur de Berlin, enrichie à bon compte et rapidement de trafics douteux et qui, ne se référant à aucune morale, n'ayant ni foi, ni loi, attire autour de son trompeur éclat, une multitude de papillons de nuit qui auront tôt fait de se brûler les ailes. En moins de cent ans, ces palaces de réputation internationale ont changé de clientèle : de l'aristocratie russe d'antan qui se plaisait à venir en famille passer l'hiver sur la côte, loin des frimas des plaines de Sibérie et de l'Oural, ou des propriétaires, artistes et écrivains américains du Nord comme du Sud qui s'égayaient l'esprit au contact d'une vieille Europe civilisée à l'extrême et décadente, Hors de prix nous dévoile un milieu autrement déprimant où l'homme n'est plus rien pour l'homme, sinon une denrée marchande dont on peut user et abuser à condition d'y mettre le prix... Milieu étroit qui nage dans le luxe comme d'autres dans la mouise, où on s'en repaît, s'en gave, s'en enivre, s'en rassasie et dans lequel on finit de perdre sa fortune à défaut de son âme ( perdue depuis longtemps ), en même temps qu'on y dispense son ennui et sa fatuité.

 

            Gad Elmaleh et Audrey Tautou. TFM Distribution           Gad Elmaleh et Audrey Tautou. TFM Distribution 

 

L'histoire est celle de Jean, barman dans un palace, qui, par erreur, est pris pour un milliardaire au regard d'une jeune aventurière sans scrupule. Lorsqu'elle apprend qu'il n'est autre qu'un employé de l'hôtel, elle le plaque pour se mettre, sans plus tarder, en chasse d'un rentier en mesure de lui assurer la vie fastueuse que sa jeunesse, sa beauté et son immoralité totale et entière l'autorisent à ambitionner. Mais Jean, amoureux déjà transi, ne l'entend pas de cette oreille et va la poursuivre de ses assiduités, n'hésitant pas, pour accéder à ses coûteux caprices, de vider son modeste compte en banque. Ayant ainsi perdu, et son emploi et son épargne, il va se trouver dans l'obligation d'avoir recours aux mêmes stratagèmes s'il entend rester dans le circuit. Piquée à ce jeu, Irène commence à s'intéresser à lui, d'autant que, désormais, ils pêchent dans le même vivier. Elle n'hésite pas d'ailleurs à lui communiquer des recettes susceptibles de lui obtenir les bonnes grâces et les bonnes fortunes de quelques rombières désoeuvrées. Et les moyens produisant les effets souhaités, Jean se fait lui aussi entretenir sur un grand train, jusqu'à ce qu'Irène, comprenant enfin qu'elle éprouve pour lui, mais oui ! des sentiments...abandonne ses acquis et ses conquêtes pour le suivre vers un avenir dont l'unique luxe sera l'amour.

 

                  Audrey Tautou et Gad Elmaleh. TFM Distribution

Ouf ! nous sommes sauvés, nous sortons ragaillardis de cette projection où, durant presque deux heures, nous avons été mis en présence d'une gente hautement représentative de ce que l'homme, privé de coeur, de sentiment, de vie intérieure, peut devenir, pris dans la nasse où seuls l'argent et la jouissance immédiate sont d'actualité. A voir leurs figures, sur lesquelles s'attarde sans complaisance une caméra aussi incisive qu'un scalpel, nous réalisons à quel degré de détresse et de désenchantement sont parvenus ces individus ; ayant tourné le dos à toute référence morale, ils ne sont plus  que des pantins qui n'ont d'humain que l'apparence. Constat désolant d'une société cruelle, cynique et finalement misérable, plus misérable que le plus pauvre des hommes. Car tellement plus profonde est cette misère spirituelle qui les a contaminés comme une lèpre et dont le spectacle qu'elle offre ne suscite même pas notre compassion et notre sympathie.
Audrey Tautou, en abordant un régistre inhabituel, nous surprend agréablement dans ce rôle de séductrice insupportable, assoiffée de luxe et de frivolité. Quant à Gad Elmaleh, drôle, attendrissant dans le seul personnage attachant du film qu'il traverse avec un visage empreint d'une naïveté désarmante, il est l'élément positif qui éclaire d'une lueur d'espérance ce monde désabusé et sinistre. 

 

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2 janvier 2007 2 02 /01 /janvier /2007 10:55

                             

                                                                                    

 

Avec "Cinéma Paradiso", le cinéaste d'origine sicilienne Giuseppe Tornatore signait son second long métrage après "Il camorrista" (1985 ). Ce film sortait dans les salles alors que le cinéma italien traversait une crise grave occasionnée par deux phénomènes : d'une part, le manque de renouvellement des cinéastes après la disparition des grands maîtres ; d'autre part, l'omniprésence d'une télévision racoleuse qui détournait le public du grand écran. Un cinéma, qui avait pu, à un moment donné, aligner des noms aussi prestigieux que ceux d'Antonioni, Bolognini, De Sica, Fellini, Lattuada, Pasolini, Rossellini, Scola, les frères Taviani, Visconti, Bertolucci, plongeait dans une période douloureuse d'incertitude créative. Peu à peu s'installait l'idée d'une cinématographie affaiblie, si bien que Cinéma paradiso tombait à point nommé pour focaliser la nostalgie du cinéma d'antan, d'un "cinéma perdu ", qui s'était emparée des cinéphiles italiens.

 


Giuseppe Tornatore, né à Bagheria le 27 mai 1956, s'était découvert très tôt une passion pour le jeu et la réalisation et avait débuté, dès l'âge de 16 ans, en mettant en scène des pièces de théâtre signées Pirandello et De Filippo. En 1984, il intègre une équipe de réalisateurs pour le film "Cent jours à Palerme" de Giuseppe Ferrara avant de signer de son nom "Il camorrista", qui fut bien accueilli par la critique. Mais c'est "Cinéma Paradiso" qui le révèle au grand public et lui vaut, non seulement le Grand Prix du Jury à Cannes en 1989, mais l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1990. Le succès remporté par ce long métrage est phénoménal, malgré une critique partagée : les uns criant au chef-d'oeuvre, les autres déplorant que le cinéaste ait cédé à un sentimentalisme très roman-photo et encombré son oeuvre de clichés et de lieux communs.

 


N'en déplaise aux esprits chagrins, ce film est une réussite, une merveille de sensibilité et de tendresse, une oeuvre attachante comme il en est peu, interprétée de façon magistrale, éblouissante, par un Philippe Noiret pour lequel le rôle d'Alfredo semble avoir été taillé sur mesure, lui permettant de jouer en virtuose de son pouvoir d'alterner, sans transition, la bougonnerie et l'émotion. Ce, face au petit Salvatore Cascio, confondant de naturel et de fraîcheur naïve. Le duo entre l'homme et l'enfant est un grand moment de cinéma, la transmission d'un héritage inaliénable dans un contexte nostalgique qui naît du décalage entre le souvenir et la réalité, nostalgie du cinéma perdu, et du rapport du cinéma avec la vie.

 



Le film commence, alors que Salvatore, cinéaste de renommée internationale installé à Rome, apprend par sa mère le décès d'Alfredo, le projectionniste du cinéma paroissial de son enfance, qui lui a légué le goût du 7e Art et ainsi, sans le vouloir, a suscité sa vocation. Pour assister à ses obsèques, Salvatore se rend dans son village sicilien de Giancaldo qu'il n'a plus revu depuis trente ans. C'est pour lui, la remontée du temps jusqu'à l'époque où, petit garçon, il allait rejoindre son ami dans la cabine de projection. Un jour, alors qu'Alfredo avait improvisé une séance en plein air, la cabine prend feu et Alfredo est sauvé de justesse par Salvatore, mais reste aveugle, si bien que, lorsque la reconstruction du nouveau cinéma Paradiso est achevée, est-ce Toto - c'est ainsi qu'on l'appelait durant son enfance - qui est chargé d'assurer la projection.

 


A son retour du service militaire, Salvatore, conseillé en cela par Alfredo, s'expatrie à Rome où il est assuré d'avoir plus de débouchés. Tornatore met l'accent sur le déracinement, si courant dans nos générations, d'une jeunesse qui, en proie au chômage, déserte les campagnes pour la ville. En revenant dans son village, le cinéaste constate avec mélancolie que le cinéma Paradiso est à l'abandon, condamné par le maire à être remplacé par un parking. Rien n'a changé en apparence et, cependant, plus rien n'est pareil. Salvatore repart pour Rome en emportant un ultime souvenir : une pellicule qu'Alfredo avait mise de côté à son intention, montage de petits morceaux de films censurés par le brave curé qui pensait de son devoir d'éviter à ses paroissiens des scènes trop troublantes ... Si bien que cette bande est une suite d'étreintes amoureuses et que le film s'achève sur des baisers ardents, certes, mais virtuels.

 



Bien davantage qu'un film sur la nostalgie à l'égard d'un type de spectacle en voie de disparition, ce long métrage renoue avec la tradition d'un passé qui l'a nourri et ce retour vers la terre natale s'enrichit d'une expérience qui oriente différemment l'existence de Salvatore et l'ouvre à d'autres vies possibles. L'image est faite de couches superposées de temps, au point que dans le 7e Art, auquel le film rend un vibrant hommage, le cinéma et la vie ne se séparent plus. Le phénomène de la re-souvenance les a mêlés si intimement qu'il n'est plus de frontière et que nous sommes sans cesse en osmose avec un monde qui se laisse connaître et transformer par l'homme, selon les schèmes de ses aspirations et de ses rêves. Ce retour aux sources permet à Salvatore de changer son passé en présent, jetant entre les rives du réel et de l'imaginé un pont qui n'est autre que celui du 7e Art.

 


La nostalgie n'est donc par contre-productive ; elle est, au contraire, infiniment créatrice, établissant entre les êtres un lieu collectif irremplaçable et une étrange homogénéité entre les stars qui défilent sur l'écran et les gens d'un village qui paraissent s'être appropriés naturellement cette mémoire. Par ailleurs, pour nous prouver à quel point la télévision a anéanti la convivialité des émotions éprouvées devant le grand écran par un public provincial bruyant et enthousiaste, Tornatore a volontairement mis l'accent sur l'aptitude du 7e Art à unir le public en une véritable communion qui leur permet de partager des émotions fortes et donne raison à cette réflexion de Serge Daney : " Si la télévision véhicule de la culture, le cinéma lui nous fait passer par des expériences et remplace nos vies ; tandis que la télévision accompagne nos vies sans les remplacer ".

 



Afin raccourcir le film, dont la durée initiale était de 157 minutes, le personnage d'Eléna adulte, interprété par Brigitte Fossey, a disparu dans les versions exploitées à partir de 1989. C'est regrettable, car le film est ainsi amputé d'une part de sa féerie. Mais tel quel, il reste heureusement et toujours une de ces oeuvres inoubliables qui subsistent en nos mémoires comme un peu de notre vie, tant il est vrai que l'irréalité de la mémoire n'est autre que celle qui féconde la réalité du cinéma et de la littérature.

 

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30 décembre 2006 6 30 /12 /décembre /2006 10:10

  
                
Avec La messe est finie, Nanni Moretti signait son cinquième film, une oeuvre tout à la fois comique et tragique. Fils d'enseignants, le cinéaste fut, dès son enfance, passionné par le 7è Art et décida de devenir réalisateur à la fin de son adolescence.  En possession d'une caméra super- 8, il commença de tourner des courts métrages et, ainsi que ce le sera pour la plupart de ses film ultérieurs, à les interpréter lui-même et à y mêler les questionnements intimes et les interrogations politiques. Il produit son premier long métrage en 1976 "Je suis un autarcique", regard amusé sur le gauchisme à travers le portrait d'une troupe de théâtre avant-gardiste. En 1978, Ecce Bombo évoque les difficiles rapports d'un étudiant avec son entourage familial. Le film est présenté en Sélection au Festival de Cannes, dont le cinéaste sera, par la suite, un habitué. Puis viennent Sogni d'oro et Bianca qui, l'un et l'autre, confirment une démarche éthique autour d'un personnage unique proposé ainsi de film en film : Michele Apicella.  Don Giulio de La messe est finie n'est que le nom de prêtre d'un individu toujours égal à lui-même. " Après avoir été étudiant, metteur en scène, professeur, il était temps que j'aborde ce personnage, celui du prêtre, qui doit institutionnellement s'occuper des problèmes d'autrui - disait-il lors d'un entretien avec Simon Mizrahi. Et il ajoutait : " La paroisse ressemble un peu au monde de mes films précédents ; mais alors qu'avant je pouvais me replier sur moi-même, ici j'ai le devoir - mais c'est aussi une exigence personnelle - de m'immiscer dans la vie des autres".

Ce Don Giulio est un jeune prêtre, qui vient de quitter l'île où il officiait, pour une paroisse de la banlieue de Rome, sa ville natale. Il y retrouve ses parents, sa soeur Valentina et ses amis de jeunesse, mais découvre  une église délabrée, abandonnée par ses fidèles. Cette désertion s'explique lorsque l'on apprend que le prêtre, en fonction précédemment, a quitté son sacerdoce pour se marier et s'installer avec femme et enfant juste en face de son ancienne église. On comprend que ses paroissiens aient pu s'en offusquer, mais, hélas ! il n'y a pas que le comportement de ce prêtre défroqué qui a tout pour surprendre Don Giulio : ses anciens amis se dévoilent jour après jour sous les traits de détraqués et de névrosés. Entre l'homosexuel  inhibé, celui qui est en prison pour actes terroristes, celui qui a tenté de mettre fin à ses jours, tous lui posent des problèmes insolubles et lorsqu'il se tourne vers sa famille, dans l'espoir d'y quérir un peu de réconfort, la situation n'est pas plus brillante : son père quitte son foyer pour vivre avec une autre femme, sa mère se suicide de désespoir et sa soeur lui annonce qu'elle entend avorter de l'enfant qu'elle porte. Devant cette accumulation de situations insupportables, Don Giulio n'arrive plus à se concentrer et à écouter ses contemporains. Leurs sempiternelles histoires de sexe et de violence lui donnent davantage l'envie de leur distribuer des coups que des absolutions. Pire, il réalise qu'il n'est plus d'aucun secours pour personne. C'est alors qu'un moine, revenu de Patagonie, lui parle de l'oeuvre des missions, si bien que Don Giulio, lors d'une célébration de mariage, annonce sa décision de consacrer désormais son existence aux populations indiennes. Il espère que dans ces contrées lointaines, il parviendra à apporter aide et secours aux souffrances et aux attentes de ses fidèles.

Moretti aborde le sujet brûlant de la communication devenue de plus en plus difficile entre l'église et les populations détournées de la vie spirituelle par l'emprise qu'exercent sur elles les médias en général et la télévision en particulier. "Moretti est de la lignée de Tati, écrit Serge Daney, dont il a d'ailleurs l'élégance froide et le burlesque ému". Si ses films ont un tel écho en Italie, c'est parce qu'il reformule, pour un public nouveau, les vieux paramètres de la comédie italienne. Ce n'est plus l'individu comme variante à l'intérieur du groupe qui est comique, c'est le groupe improbable que constitue le réseau des individus. C'est pourquoi il serait injuste de reprocher au cinéaste d'être l'interprète de la presque totalité de ses films. Le nombrilisme n'est pas, à proprement parler, un handicap quand il est intelligemment utilisé. Mieux que quiconque, Moretti sait quelles attitudes, quelles expressions sont celles de son héros, quel regard embué d'innocence, quelle voix grondante, pour la raison simple que ce héros n'est autre que lui-même. Il a un don qui ne s'invente pas, celui d'être toujours à côté. Non parce qu'il serait lunaire comme Tati, ou terrien comme Toto, mais parce qu'il voit le monde avec la netteté d'un plongeur sous-marin à qui l'on a expliqué que sous l'eau les perspectives sont truquées. Ce que confirme l'intéressé lorsqu'il confie au journaliste Jean A. Gili " qu'il était intéressé par la difficulté qu'il y a à faire quelque chose pour les autres. Il me semble qu'en fin de compte Don Giulio accepte le choix de sa soeur et de son père plus difficilement que ceux de ses amis qui ont opté pour des comportements extrêmes et radicaux. Donc il commence peut-être à comprendre que la réalité est par malheur et par chance plus compliquée que ce qu'il imaginait et que ce qu'il désirait".

 Moretti a fort bien perçu les problèmes de son époque et il nous les renvoie grâce au miroir grossissant de l'image travaillée en ce sens, qui ne fait ni l'économie du comique ni celle du tragique. Le prêtre se trouve ainsi confronté à des individus psychiquement démolis, détruits, en morceaux et ce religieux, qui  ramasse les morceaux, sent bien qu'il est dans le même état, mais que personne ne viendra l'aider et le secourir. Si bien qu'il oscille entre un activisme sans effet et une routine sans conviction. Il se heurte, en permanence, à l'indifférence, plus encore à l'agressivité, la violence, non parce qu'il est inefficace ( il ne l'est pas ) mais parce qu'au sacré qu'il représente, les gens lui préfère le profane, et au prêtre, le psychiatre. Ont-ils peur d'être ? La question se pose, même si le film l'effleure sans le préciser, et préfère jouer d'une réalité désespérante avec humour que de se livrer à une réflexion philosophique. Quand l'homme ne parvient plus à communiquer, à transmettre un message, à comprendre l'autre et à être compris de lui, rien ne vaut plus rien. L'être s'absente fatalement. Il est possible que Moretti ait cette inquiétude, mais qu'il veuille la conserver à distance et qu'il rebondisse, face à l'inéluctable, par une infinité de gags burlesques, émouvants, souvent poétiques. Sa présence envahit l'écran car il semble aussi doué pour la mise en scène que pour l'interprétation. Aussi ce jeune cinéaste est-il de ceux - plutôt rares - qui ont redonné au cinéma italien, en perte de vitesse durant les années 85/90, le goût de lui-même. 

Ce film fut récompensé par l'Ours d'argent au Festival de Berlin.

 

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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 12:00

         Universal Pictures    ARP Sélection

 

Bertolucci est né à Parme en 1941 et fut, dès sa tendre enfance, influencé par son père professeur, poète et critique cinématographique. Il écrit ses premiers poèmes à l'âge de six ans et fréquente très tôt les salles de cinéma. Pour ses quinze ans, son père lui offre une caméra de 16mm avec laquelle il va réaliser son premier film : Morte di un malale. Poursuivant des études littéraires à l'Université de Rome, il rencontre Pasolini qui lui propose d'être son assistant pour Accatone. Peu après, Pasolini, dans l'impossibilité de mener à bien le projet d'un film dont il a eu l'idée, mais dont il a confié l'élaboration du scénario à Bertolucci, charge celui-ci de le tourner. Ce sera La commare secca qui est présenté au festival de Venise. Mais le premier film qui le révélera au grand public sera Le dernier tango à Paris, avec  Marlon Brando, long métrage sulfureux qui fit scandale, mais suscita une vive curiosité. Ce succè international lui permit alors de mettre sur pied 1900 , son cinquième film, fresque foisonnante sur le monde paysan, qui brosse quatre décennies de l'histoire de l'Italie à travers le destin de deux enfants et de leur famille.

Au milieu de l'été 1900, deux garçons viennent au monde le même jour sur les terres des Berlinghien, en Emilie : Alfredo, le petit-fils du propriètaire et Olmo celui du métayer. Les enfants se lient d'une amitié sincère et grandissent ensemble. La mort de leurs grands-pères respectifs à l'aube d'une ère tragique, dont les prémices sont déjà perceptibles, vont les éloigner l'un de l'autre. A la veille de la première guerre mondiale, les mouvements sociaux dans les campagnes provoquent une importante grève. La paix revenue, Olmo va se marier à une ardente militante communiste, Anita. Lorsqu'Alfredo, après un grave différend familial, revient pour prendre la direction du domaine, les relations entre les jeunes gens se distendent car les nouvelles responsabilités d'Alfredo accentuent les antagonistes de classe. Olmo s'engage toujours davantage dans les mouvements communistes et participe à la résistance, lors de la seconde guerre. Le jour de la libération de l'Italie, le 25 avril 1945, Olmo est à la tête de l'insurrection paysanne, tandis qu'Alfredo est soumis à un procès improvisé : il ne sera épargné que grâce à l'intervention d'Olmo. Mais l'arrivée du Comité national des résistants oblige les paysans à rendre les armes et met fin à leur désir de partager les terres. Le temps passe : Olmo et Alfredo ont vieilli dans les tourmentes de ce XXè siècle qui a tant divisé les hommes. Alfredo, sous le regard d'Olmo, s'allonge sur une voie ferrée, tandis qu'au loin un train arrive couvert de drapeaux rouges...

Construction monumentale qui embrasse un demi-siècle d'histoire, le film de Bertolucci est l'une des constructions les plus ambitieuses de toute l'histoire du cinéma italien. Néanmoins, le cinéaste ne parvient que difficilement à faire converger dans cette oeuvre des positions antinomiques. Il l'a reconnu lui-même lors d'un entretien avec Jean A. Gili : " Je me suis rendu compte pendant que je tournais le film et surtout pendant que j'étais en train de le monter, que Novecento est construit sur le principe des contradictions, la contradiction entre les dollars américains et le discours politique et idéologique du film, la contradiction entre Olmo et Alfredo, entre les paysans et les patrons, entre les acteurs d'Hollywood et les paysans authentiques de l'Emilie, entre la fiction et le documentaire, entre la préparation la plus soigneuse et l'improvisation déchaînée, entre la culture archaïque et paysanne et une culture vraiment très bourgeoise. ( ...) Novecento est né d'un sentiment de culpabilité, la culpabilité d'être originaire d'une bougeoisie campagnarde, d'une bourgeoisie de cette campagne-là. C'est peut-être pour cela que dans le film je regarde apparemment avec plus d'amour les paysans que les bourgeois. Je dis apparemment parce qu'il me semble que je les aime tous".

1900,
dans ses excès et sa démesure, demeure l'exemple parfait du film dont l'ambition se heurte au risque de l'incompréhension, le cinéaste cédant à un parti pris évident qui lui attira curieusement autant les foudres de la gauche que de la droite ( Bertolucci était un militant actif du parti communiste italien ). Michel Ciment l'a bien souligné lors de la présentation du film au festival de Cannes 1976 : " Le danger devant une oeuvre comme Novecento, devenue mythique par la publicité qui l'a entourée et les dimensions même de son projet, est de la juger à priori. Entre ceux qui lui refusent toute valeur et lui reprochent assez stupidement de s'être laissé récupérer et d'autres qui y voient - selon le journal L'Humanité
- comme l'exemple le plus grandiose jusqu'à présent en Occident d'un grand film politique, d'une grande fresque épique et populaire - n'est-il pas possible de la considérer comme une tentative inaboutie d'un cinéaste à qui ont manqué rigueur et fermeté ? "


Mais laissons de côté les idées politiques qui ne font nullement la grandeur du film ( surtout avec le recul d'aujourd'hui et ce que l'on sait des tenants et des aboutissants du communisme ), car l'objectivité, les ambiguïtés, les simplifications et les zones d'ombre y sont nombreuses, mais soulignons, pour éviter le danger de la shématisation, que Bernardo Bertolucci a pris soin d'inscrire son épopée dans un paysage précis, qu'il l'a enracinée dans une terre qui est la sienne et dont il sait mieux que personne saisir, d'une caméra qui s'accorde à merveille au rythme des saisons, la fraîcheur du printemps et les brumes glacées de l'hiver, la rudesse de la vie paysanne et les détails infimes qui en font la saveur et la poésie. Cette caméra est un pinceau qui agit  par touches violentes, amples et incisives et se veut tantôt brutale, pathétique, exaltée dans son efficace structure dramatique.

Quant à l'interprétation, je regrette personnellement que Bertolucci ait fait appel à des acteurs étrangers, alors qu'il y en a de si excellents dans son pays, que l'italien est, de par sa nature, un comédien- né. Cela nous aurait valu une version originale dans cette langue italienne colorée et chantante et assurait le film d'une plus grande authenticité. J'avoue que personnellement j'ai eu du mal à me laisser convaincre par l'acteur des Valseuses endossant les habits d'un paysan de l'Emilie, pas plus que je n'aie adhéré à l'interprétation de 
Robert de Niro dans le rôle d'Alfredo et de Dominique Sanda dans celui d'Ada, mais c'était probablement le prix à payer pour parvenir à cette super-production ... C'est regrettable, si bien, qu'à mon avis, le film, malgré ses qualités esthétiques évidentes, le souffle puissant qui l'anime, n'atteint pas son but. Il faudra que Bertolucci attende encore dix ans avant de produire, ce que je considère comme son chef- d'oeuvre : Le dernier empereur.  


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, dont Le dernier empereur, cliquer sur le lien ci-dessous :

 
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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