Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 08:55

affiche-notorious-enchaines-hitchcock.jpg       


 

 

Les Enchaînés ( Notorious ), qui datent de 1946, se situent au milieu de la carrière cinématographique d'Alfred Hitchcock qui la débuta en 1922 avec un film resté inachevé Number Thirteen et la termina en 1976 avec Complot de famille. Ce long métrage a énormément compté pour le metteur en scène qui s'y référait souvent lorsqu'il commençait un nouveau film. Il disait que sa réussite devait beaucoup à la perfection de la distribution : Cary Grant, Ingrid Bergman, Claude Rains et Léopoldine Konstantin. A ce propos, Truffaut, qui a longuement interrogé Hitchcock ( Hitchcock/Truffaut-Ed. Ramsay ), considérait Les Enchaînés comme l'un de ses films les plus aboutis, du moins de ceux tournés en noir et blanc.


" Lorsque nous avons entrepris d'écrire Notorious, disait Hitchcock, le principe du film était déjà établi : l'héroïne Ingrid Bergman devait se rendre en Amérique latine accompagnée d'un homme du FBI, Cary Grant, et elle devait pénétrer dans la maison d'un groupe de nazis et découvrir leur activité. Primitivement nous faisions entrer dans cette histoire des gens du gouvernement, des gens de la police, et des groupes de réfugiés allemands en Amérique latine qui s'entraînaient et s'armaient clandestinement dans des camps, en vue de former une armée secrète ; mais nous ne savions pas ce que nous allions faire de cette armée quand elle serait constituée, alors nous avons envoyé promener tout cela et nous avons adopté un principe plus simple, concret et visuel : un échantillon d'uranium dans une bouteille de vin. Car l'uranium peut servir à fabriquer une bombe atomique. Cela se passait en 1944, un an avant Hiroshima. Je n'avais là-dessus qu'une indication, une piste. Un écrivain de mes amis m'avait affirmé que quelque part dans le désert du Nouveau-Mexique, des savants travaillaient sur un projet secret, tellement secret que, lorsqu'ils entraient dans l'usine, ils n'en sortaient jamais."

 

Rappelons-nous, en effet, le scénario du film : Alicia est la fille d'un espion nazi qui s'est suicidé. Un agent du renseignement, interprété par Cary Grant, lui propose alors une mission qu'elle accepte et tous deux partent pour Rio. La mission d'Alicia consiste à prendre contact avec un ancien ami de son père, dont la demeure sert de repaire à des espions nazis réfugiés au Brésil. Bien que très éprise de Devlin, Alicia va accepter d'épouser Sébastian, espérant que Devlin l'en empêchera et lui déclarera son amour. Mais celui-ci se refuse à mêler business et sentiment. Alicia est désormais entrée dans le sérail et un jour s'empare d'une clé que Sébastian garde toujours sur lui, supposant que cette clé est d'une importance capitale. Or l'occasion lui est donnée, au cours d'une réception, d'inspecter la cave, grâce à cette précieuse clé, et d'y découvrir de l'uranium dissimulé dans des bouteilles de vin.
Sébastian comprend soudain, à la suite de regroupements, que sa femme travaille pour les Etats-Unis et, avec l'aide de sa redoutable mère, décide de l'empoisonner lentement afin que sa disparition puisse apparaître comme naturelle. Devlin, ne voyant plus Alicia, devine ce qui se trame, et fait en sorte de la rejoindre dans sa chambre, où elle s'éteint doucement. Il lui avoue son amour et, la soutenant dans ses bras, s'enfuit avec elle, ce, en présence de Sébastian, qui, par crainte de ses complices, ne peut rien tenter pour les retenir.

 

annex-bergman-ingrid-notorious_02.jpg


 

Pas une minute, l'intérêt du film ne faiblit. Il va croissant, grâce à une stylisation simple et ponctuelle. En général, dans un film d'espionnage, il y a de nombreux éléments de violence, alors que là tout se joue en demi-ton : le lent empoisonnement à l'arsenic qui est une façon de disposer de la vie de quelqu'un sans se faire repérer. La mise en scène est volontairement dépouillée, réduite à l'essentiel, ce qui ajoute encore à l'atmosphère oppressante et rend plus cohérente l'action psychologique des personnages.
En définitive, l'histoire des Enchaînés est le vieux conflit de l'amour et du devoir. Le cinéaste a introduit un drame psychologique dans une histoire d'espionnage. D'autre part, c'est à partir des Enchaînés qu'entre dans le cinéma du maître une part importante d'érotisme. Rien à voir avec l'érotisme hard d'aujourd'hui, mais, dès lors, les scènes d'amour sont filmées de façon plus suggestives. La critique ne se privera pas, à la sortie du film, d'user d'un slogan racoleur : le plus long baiser de l'histoire du cinéma, à propos de celui échangé par Cary Grant et Ingrid Bergman.



"Evidemment, les acteurs ont détesté faire ça", dira Hitchcock. Ils se sentaient terriblement mal à l'aise et ils souffraient de la façon dont ils devaient s'accrocher l'un à l'autre. Je leur ai dit alors - que vous soyez à l'aise ou non m'importe peu ; tout ce qui m'intéresse c'est l'effet que l'on obtiendra sur l'écran. Cette scène a été conçue pour montrer le désir qu'ils ont l'un de l'autre et il fallait éviter par-dessus tout de briser le ton, l'atmosphère dramatique. Je sentais aussi que la caméra, représentant le public, devait être admise comme une tierce personne à se joindre à cette longue embrassade. Je donnais au public le grand privilège d'embrasser Cary Grant et Ingrid Bergman ensemble. C'était une sorte de ménage à trois temporaire."

 

 

Notorious.jpg

 

 

Pour Hitchcock, les plus beaux crimes étant domestiques, il illustre cet axiome à la perfection dans Les Enchaînés, où le mari s'emploie à supprimer sa femme, devenue un témoin gênant, de façon lente et calculée. Dans l'histoire, le symbole du mal n'en reste pas moins la belle-mère, rôle interprété merveilleusement, et avec un réalisme puissant, par Léopoldine Konstantin. Si elle prend plaisir à empoisonner sa bru, c'est parce que celle-ci a capté l'amour de son fils et renié un père nazi. En une image révélatrice, Hitchcock montre Léopoldine brusquement chauve, la cigarette entre les lèvres, allongée sur le lit où elle trame ses mortels complots. Le cinéaste ne finira jamais d'explorer les rapports entre l'amour et le crime, ce qui donne à ses films une ampleur et une résonnance captivantes.



L'interprétation des Enchaînés est en tous points remarquable. Le jeu subtil d'Ingrid Bergman s'accorde parfaitement à la fine ironie de Cary Grant qui tient là un de ses meilleurs rôles. A ce couple idéal et sublime, il faut ajouter les prestations d'un Claude Rains en mari déçu et amer et d'une Léopoldine Konstantin diabolique à souhait. L'un des chefs-d'oeuvre de Hitchcock.

 

5-etoiles


Pour lire les acticles consacrés aux acteurs et actrices de Hitchcock, à Ingrid Bergman et au réalisateur lui-même, cliquer sur leurs titres :

 

HITCHCOCK ET SES STARS            INGRID BERGMAN - PORTRAIT

 


ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont la plupart des films de Hitchcock, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 
LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

notorious-2.jpg

notorious2.png 

 

   

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
5 octobre 2006 4 05 /10 /octobre /2006 10:57

 Portrait d'Alfred Hitchcock. Collection Christophe L. 

 

Alfred Hitchcock, né à Londres le 13 août 1899, mort à Los Angeles le 29 avril 1980, est sans nul doute l'un des cinéastes les plus importants du 7e Art. Pour nous en persuader, il suffit de se souvenir de l'admiration que lui portèrent des cinéastes comme Rohmer et Truffaut, qui ont permis de révéler la profondeur fantastique de cet univers, de même que l'on ne peut nier, en revisionnant sa filmographie, son envergure et son originalité sans pareilles et l'influence considérable qu'il n'a cessé d'exercer sur les différentes générations  jusqu'à aujourd'hui. Hitchcock a créé une oeuvre unique, d'abord parce qu'il fît preuve d'un style inimitable et qu'il sût de façon très habile se servir de tous les moyens mis à sa disposition par un art  qui s'exprime en premier lieu de manière visuelle. La volonté de faire en sorte de retenir coûte que coûte l'attention du spectateur et de susciter, puis de préserver l'émotion, afin de maintenir la tension jusqu'au final, a régi chacune de ses productions. Hitchcock usa de son emprise et de sa domination non seulement sur les moments forts de l'histoire, mais sur les scènes d'exposition, de transition, et sur celles même considérées comme ingrates dans les films. Comment ? Simplement parce qu'il excellait à saisir les rapports les plus subtils entre les êtres et qu'il se refusait à avoir recours aux dialogues explicatifs, filmant directement les sentiments tels le soupçon, la jalousie, l'envie, le désir, ce qui donne aux scènes une remarquable efficacité. Il est peut-être le seul héritier de ce que le cinéma muet a su inaugurer dans la technique de la suggestion effective, tant il maîtrisa les problèmes de construction du scénario, du montage et de la photographie. Il contrôla ces diverses étapes et imposa à chacun de ces stades ses idées personnelles, d'où ce style qui nous permet de l'identifier immédiatement.  Pas seulement dans les scènes de suspense, mais parce que la qualité dramatique du cadrage, le jeu complexe des regards, les silences, qui prêtent à chaque film un tempo étrange et le sentiment donné au public que l'un des personnages l'emporte sur l'autre, enfin dans  l'art de conduire une émotion au gré de sa propre sensibilité, font que nous reconnaissons le style hitchcockien d'emblée.

 

On m'a souvent demandé, pourquoi j'avais une prédilection pour le crime, -  racontait Hitchcock. Et j'ai toujours répondu : Parce qu'il s'agit d'une occupation typiquement anglaise. Cette boutade est à prendre au pied de la lettre. La peur, la crainte ont tissé la personnalité de cet homme  depuis l'enfance. On peut, en effet, classer le cinéaste parmi les artistes inquiets comme le furent Kafka, Dostoïevski, Poe. S'ils n'ont pas la faculté de nous aider à vivre, puisqu'eux-mêmes vivent difficilement, leur mission est de nous faire partager leurs hantises et, par voie de conséquence, de nous faire mieux connaître les nôtres. Cependant Hitchcock n'est pas à proprement parler un artiste maudit ou incompris. Le succès, la popularité lui ont été familiers. Certes, il n'est pas difficile de gagner l'adhésion du public quand on rit des mêmes choses. Mais ne fut-il pas malgré tout un homme spécial de par son apparence, sa morale, ses craintes, ses appréhensions ? Dès l'adolescence, il était conscient que son physique ingrat le tenait à l'écart ; aussi s'est-il retiré dans son art pour mieux observer le monde. Et avec quel regard, parfois quelle sévérité ! L'oeil de quelqu'un qui regarde sans participer... C'est pourquoi l'image hitchcockienne est, par excellence, celle de l'homme innocent qu'on prend pour un autre, qui porte sur lui la culpabilité, la faute inexpiable de ne pas être celui que l'on croit.

 

  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Collection Christophe L. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Collection Christophe L.


 

Après une longue collaboration avec David O. Selznick, qui sera tendue mais fructueuse,  Hitchcock met sur pied sa propre maison de production, ses films étant distribués par la Warner Bros. Cette nouvelle association produira entre autres : Les amants du Capricorne ( 1949 ) qui fut un échec commercial et L'inconnu du Nord-express  ( 1951 ) qui fut un succès. Plus tard, avec la Paramount, le cinéaste bénéficiera d'une liberté d'action sans égale et, en l'espace de quelques années, au sommet de sa créativité, il réalisera ses films les plus importants. Parmi la cinquantaine qui compose sa filmographie, on peut citer :  Les enchaînés ( 1946 )  - Le crime était presque parfait ( 1954 ) - Fenêtre sur cour ( 1954 ) - La main au collet ( 1955 ) - Mais qui a tué Harry ?  ( 1955 ) - Sueurs froides ( 1958 ) - La mort aux trousses  ( 1959 ) - Psychose ( 1960 ) - Les oiseaux ( 1963 ) - Pas de printemps pour Marnie ( 1964 ), films dont je vous propose l'analyse sur ce blog, pour la bonne raison, qu'ils sont tous d'incontestables chefs-d'oeuvre.

 

Lorsque le cinéma a été inventé, il a d'abord été utilisé aux fins d'enregistrer la vie, de n'être qu'une extension de la photographie. Il est devenu un art à part entière lorsqu'il a cessé de se cantonner au documentaire. Alfred Hitchcock a souvent déploré le recul qui s'était produit au moment du passage du muet ( qui avait tout inventé ) au parlant qui, trop souvent, se limitait à visualiser des histoires bavardes confiées à des metteurs en scène de théâtre, qui ne faisaient que de les imprimer sur pellicule. Hitchcock fait partie, avec quelques autres comme Chaplin, Stroheim, Lubitsch, de ces artistes qui ne se contentèrent pas de pratiquer leur art mais firent en sorte de l'approfondir, d'en dégager des lois, tout aussi strictes que celles qui régissent le roman. Ainsi, se faisant, ont-ils donné au 7e Art ses lettres de noblesse.  

 

Pour lire l'article consacré aux actrices et acteurs du réalisateur, cliquer sur son titre :

 
HITCHCOCK ET SES STARS

 

Et pour consulter ses films, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

LES OISEAUX d'ALFRED HITCHCOCK           LA MORT AUX TROUSSES d'Alfred HITCHCOCK

 

SUEURS FROIDES d'Alfred HITCHCOCK        MAIS QUI A TUE HARRY ? d'Alfred HITCHCOCK

 

LA MAIN AU COLLET d'ALFRED HITCHCOCK        FENETRE SUR COUR d'Alfred HITCHCOCK

 

LE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT d'Alfred HITCHCOCK

 

L'INCONNU DU NORD-EXPRESS d'Alfred HITCHCOCK

 

LES ENCHAINES d'ALFRED HITCHCOCK        REBECCA d'ALFRED HITCHCOCK

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 
 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
19 septembre 2006 2 19 /09 /septembre /2006 09:16

  Pyramide Distribution  Bertrand Tavernier. Little Bear     


Cinéphile éclairé et talentueux, Bertrand Tavernier a, en une dizaine d'années, pris place parmi les meilleurs cinéastes contemporains et compte au moins deux chefs-d'oeuvre à son actif. Pour moi, le plus évident est sans nul doute Un dimanche à la campagne, qui renoue avec une tradition oubliée du cinéma français, celle que compose la méditation toute en nuance et en délicatesse sur le temps qui passe de ce film où les passions ne sont exprimées qu'à mots couverts et où l'essentiel reste comme calfeutré dans un univers proche de sa fin. Inattendu de la part de l'auteur du Coup de torchon, ce film a été une surprise et le reste, sorte de lueur automnale dans une filmographie habituellement plus provocante et éclatante de santé. Mais là, il apparaît que le cinéaste a été pris d'une émotion subite pour un monde qui vit ses derniers jours et auquel il a voulu dédier cette oeuvre  poignante de douceur.

 

Né à Lyon en 1941, ce fils de l'écrivain René Tavernier tient de son père son goût passionné pour la littérature. Mais le cinéma l'attire également et bientôt prend le pas sur des tentatives inabouties dans le domaine des lettres. Melville, l'ayant choisi comme assistant pour Léon Morin, prêtre - l'amateur contemplatif devient actif et participe peu de temps après à la réalisation de deux films à sketches : Les baisers  ( 1963 ) et La chance et l'amour ( 1964 ), expérience peut-être prématurée pour déboucher sur des lendemains immédiats. Tavernier ne revient au cinéma qu'en 1973, grâce à Philippe Noiret, et adapte alors un roman de Georges Siménon  : L'horloger de Saint-Paul. Le succès sera au rendez-vous et le film remportera le prix convoité Louis Delluc.

 

Tavernier, d'emblée, prend ses distances avec la Nouvelle Vague et fait appel à Aurenche et Bost pour le scénario, ce qui est une revanche, certes tardive, mais néanmoins délectable pour ceux qui avaient été tellement moqués par les lions de la N.V. Pour sa seconde réalisation Que la fête commence, le cinéaste choisit un sujet historique, avec costumes et musique d'époque, aux antipodes de ceux habituellement traités par des Godard et Truffaut, ce qui prouve que l'art est le lieu privilégié des éternels retours. Mais quelques maladresses de construction et une mise en scène un peu hésitante feront que le film sera moins apprécié que le précédent. Heureusement Le juge et l'assassin, avec Noiret et Galabru,  atteste que Tavernier a tous les moyens de surprendre, voire même d'éblouir, et l'étape suivante sera décisive pour l'avenir de sa carrière.

 

Coup sur coup, il va produire deux films totalement différents mais qui font date et où il affirme sa formidable présence dans le cinéma français. Loin, Du coup de Torchon, d'une sève acide et d'une écriture truculente, Un dimanche à la campagne développe une tonalité unie, sans fausse note, et révèle une finesse, une subtilité, dont beaucoup ne croyaient pas le cinéaste capable. C'est le mérite des gens de talent de surprendre au moment où l'on s'y attend le moins.

 

Un dimanche de l'été 1912, Monsieur Ladmiral est seul dans sa vaste demeure de campagne. Seul avec sa vieille servante Mercédès, ses souvenirs et ses regrets. Entre autre regret, celui de ne pas avoir su ou pu saisir l'opportunité du mouvement impressionniste et d'être resté ainsi un peintre mineur. Mais en cette journée estivale, il s'apprête à recevoir son fils, sa belle-fille et ses trois petits-enfants et il s'en réjouit. Réunion de famille ordinaire sans doute, mais qui met un peu de diversion dans son existence monotone. Tout se passerait comme à l'accoutumée, si sa fille Irène ne survenait à l'improviste et ne bouleversait par sa fantaisie, sa modernité, son dynamisme, sa gaieté, une assemblée trop confite et compasssée dans ses habitudes. Admirablement interprété par Sabine Azéma et Louis Ducreux, ce long métrage est centré sur ces deux personnages, tête à tête tendu et émouvant d'un père et de sa fille aussi dissemblables que possible, mais comme auréolés d'une tendresse déchirante. Deux mondes se font face dans leur solitude sans s'affronter, ni se blesser, comme saisis de vertige devant l'ampleur du fossé qui les sépare. C'est un adieu en forme de poème, le poème des regards qui se cherchent, se donnent, puis se voilent et sont à l'origine de ravissants moments de comédie. Sabine Azéma atteint parfois des accents sublimes lors de ces dialogues pétris d'affection et de nostalgie. Mais un coup de téléphone va rompre le charme : l'amour l'appelle loin de ce père qui ne peut plus participer à sa vie de jeune  femme active. Elle repart et Monsieur Ladmiral se sent ce soir-là encore un peu plus seul, un peu plus âgé. Il retourne à ses tableaux et probablement à ce qui sera sa dernière composition.  Avec ce film, qui n'exprime guère que les mouvements du coeur, Tavernier se détache et fait cavalier seul, confirmant que, bien inspiré, il peut écrire l'une des pages les plus émouvantes et les plus personnelles de notre cinéma.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


                       

UN DIMANCHE A LA CAMPAGNE de BERTRAND TAVERNIER
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
16 septembre 2006 6 16 /09 /septembre /2006 10:07
LE CRABE-TAMBOUR de PIERRE SCHOENDOERFFER

   Pathé Distribution  UFD Corbis Sygma Pathé Distribution 

 

Depuis "La grande illusion" de Jean Renoir en 1937, Pierre Schoendoerffer est pratiquement le seul cinéaste français à avoir traité, sous un jour véridique, la guerre et l'armée, trop souvent caricaturées par un cinéma soucieux de son confort intellectuel. Or les films de Schoendoerffer ont le mérite d'avoir été nourris par une expérience personnelle irréfutable. Après une jeunesse vagabonde, le cinéaste, né en 1928, s'engage comme volontaire pour l'Indochine et devient photographe puis cameraman du service cinéma-presse du corps expéditionnaire français. Nous sommes en 1952, il a 24 ans. Pendant trois années, il va filmer à bout portant les opérations et les combats jusqu'à la chute de Diên Biên Phu, où il est fait prisonnier par le Viêt-minh. Démobilisé, il restera en Indochine - devenue le Viêt-nam - comme correspondant de guerre du journal Life. A Hong Kong, il rencontre Joseph Kessel et avec lui élabore le scénario de "La Passe du diable" .Ce film sera tourné en Afghanistan, au milieu de grandes difficultés, et recevra le prix de la ville de Berlin et un succès suffisamment estimable pour que le cinéaste puisse poursuivre son travail. Ce seront ensuite deux films d'après des romans de Pierre Loti : "Ramuntcho" ( 1958 ) et "Pêcheur d'Islande"  ( 1959 ). Ces réalisations d'un autre âge furent un fiasco retentissant à une époque où sortaient des longs métrages comme "Les 400 coups" et "A bout de souffle", que les fringants  mousquetaires de la Nouvelle Vague réussissaient à imposer à un public déjà gagné à leur cause. Cet échec allait avoir pour conséquence d'éloigner pendant quelques années Schoendoerffer du cinéma, l'incitant à renouer avec son métier de reporter-photographe de grands magazines, travaillant entre autre pour la télévision ( Cinq colonnes à la Une ).

 

Egalement tenté par l'écriture, il publie "La 317e Section", récit inspiré de ses souvenirs d'Indochine et transforme l'année suivante le roman en un film magnifique, peut-être l'un des plus représentatifs sur la guerre jamais tourné en France, qui obtient le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes en 1965. A partir de là, Schoendoerffer est considéré comme un cinéaste de grand talent et cette réputation ne se démentira pas. Il est vrai que ces histoires de baroudeurs lui conviennent mieux que les romans désuets de Pierre Loti. En 1967 avec "La Section Anderson", filmée sur le vif, le cinéaste décroche une moisson de récompenses, dont un Oscar à Hollywood et le prix Italia. Malgré cela, il attendra dix ans pour produire son neuvième film, se consacrant à l'écriture, où il rencontre le même succès. Influencé par des écrivains comme Conrad et Kipling, il publie un très beau livre "L'adieu au roi", couronné en 1969 par le prix Interallié. Il réitère en 1976 avec un roman puissant et original  "Le Crabe-Tambour" qui obtint, quant à lui, le grand prix du roman de l'Académie française. Ce sera l'adaptation cinématographique de ce livre à succès qui occasionnera le retour de Schoendoerffer derrière la caméra.

 

"Le Crabe-Tambour" est avec "La 317e Section" son film le plus abouti. Le sujet nous ramène aux guerres coloniales, à l'Indochine et à l'Algérie, aux officiers perdus, aux serments non tenus et aux vies brisées par respect de la parole donnée, le goût de l'honneur et du devoir, toutes valeurs tombées en désuétude en ce XXe siècle finissant. Cette fois, Schoendoerffer ne se contente pas de relater les actions de guerre, les actes de courage et la fureur des combats, il a désormais l'ambition de fouiller plus profond, de faire référence à la mémoire, au sens de la vie, au tête à tête avec soi-même et avec la mort.



A bord d'un bateau de la Marine Nationale, chargé d'escorter une septième flottille de chalutiers sur les bancs de Terre-Neuve, le commandant et le médecin évoquent leur passé et le souvenir qu'ils gardent d'un compagnon d'armes, l'enseigne de vaisseau Wilsdorff dit le Crabe-tambour, héros devenu légendaire qui les a marqués irrémédiablement et qu'ils ont connu lors de circonstances différentes : l'un en Indochine, l'autre en Algérie. Tous deux semblent taraudés par un remords : le médecin parce qu'il a laissé son ami repartir seul  sur une vieille jonque avec les dangers que cela comporte ; le commandant parce qu'il a renié l'ami et le compagnon d'armes pour des divergences d'opinions. Pour ce dernier, atteint d'un cancer, le moment revêt un caractère plus tragique et émouvant. Les deux officiers ont choisi la pleine mer afin d' adresser, au-delà du temps et des lieux, cet adieu au héros lointain qui hante leur mémoire. "Le Crabe-Tambour" renoue ainsi avec le sentiment de la grandeur que Schoendoerffer est l'un des seuls à savoir évoquer avec cette force et ce dépouillement. Proche d'un  John Ford ou d'un Raoul Walsh, il utilise une mise en scène d'un rigoureux classicisme, toute au service de son objet, avec des plans à couper le souffle de par la simplicité et la sobre beauté qui les a motivés. Le cinéaste fait preuve d'une maturité souveraine qui lui méritera le grand prix du Cinéma français. Admirablement interprété par Jean Rochefort, César du meilleur acteur, Jacques Dufilho, César du meilleur second rôle, Jacques Perrin et Claude Rich, ces quatre acteurs donnent à leurs personnages respectifs et au film une intériorité intense. Ils savent exprimer les interrogations secrètes, les dilemmes, la nostalgie, le sentiment d'abandon, d'inutilité qui ont atteint ces officiers en pleine force de l'âge, figures emblématiques d'un héroïsme militaire voué à l'oubli  auquel Schoendoerffer rend ici un bouleversant hommage crépusculaire. 

 

 

Pour lire l'article consacré à Jacques Perrin, acteur, réalisateur et producteur, cliquer sur son titre :

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 
 

LE CRABE-TAMBOUR de PIERRE SCHOENDOERFFER
LE CRABE-TAMBOUR de PIERRE SCHOENDOERFFER
LE CRABE-TAMBOUR de PIERRE SCHOENDOERFFER
LE CRABE-TAMBOUR de PIERRE SCHOENDOERFFER
LE CRABE-TAMBOUR de PIERRE SCHOENDOERFFER
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
14 septembre 2006 4 14 /09 /septembre /2006 09:14

  Collection Christophe L. Collection Christophe L.

                           
 

Souvent dédaigné des critiques du 7ème Art, le cinéma dit " populaire " représente pourtant un phénomène commercial et sociologique qui mérite réflexion et qu'il serait vain de couvrir d'une chape d'indifférence, ou pire de mépris. D'autant que la frontière est souvent assez indistincte entre cinéma commercial et cinéma artistique. Tandis que des cinéastes doués et ambitieux ont souvent été contraints par des impératifs financiers à produire des films de commande sans intérêt - et nous avons vu que cela avait été le cas pour Chabrol, Rohmer et Deville - il arrive que des cinéastes réputés commerciaux fassent des films d'une qualité surprenante, révélant au public un potentiel d'invention et de fantaisie qu'il ne soupçonnait pas. Dans les années 1970- 75, Gérard Oury  apparaît comme l'un des leaders les plus habiles, les plus intelligents à faire recette avec des productions comme  Le cerveau  (1970 ),  Les aventures de Rabbi Jacob ( 1972 ),  qui venaient renforcer les succès éclatants du  Corniaud  ( 1964 ) et de  La grande vadrouille  ( 1966 ). Or que prouvent les chiffres officiels tirés des statistiques du Centre national de la cinématographie, sinon que le savoir-faire de Gérard Oury, le soin apporté à ses réalisations constituent une forme de talent, que ce talent en vaut bien d'autres, que l'on aurait tort de dédaigner un cinéma qui nous assure un divertissement d'une telle qualité et, ce, sans une once de vulgarité ? Le cinéaste s'inscrit dans une veine, celle du comique français, qui faisait déjà les beaux jours de nos parents avec des films comme Fric-Frac, et n'a cessé de se renouveler, au fil des années, avec une génération comme celle du Splendid qui explosa cinématographiquement en 1978 avec  Les bronzés. 

 

 

Nous sommes donc et demeurons dans la tradition d'un cinéma artisanal, bien fait, bien pensé, distrayant, qui sonne juste et utilise à merveille les ressources de quelques-uns de nos acteurs les plus talentueux. Cela avait été le cas autrefois avec Arletty, Michel Simon et Fernandel, ce sera ensuite  celui d'un Bourvil, d'un Louis de Funès, le tour est venu, aujourd'hui, des Jugnot, Michel Blanc, Anémone, Balasko. Le cinéma français n'a pas perdu la main en ce domaine, il semble que la relève soit assurée à condition que le niveau se maintienne et que les réalisateurs ne se laissent pas  entraîner à des remake superflus ou des films trop vite bâclés.

 

 

Mais revenons à  Gérard Oury  qui fut un maître en l'occurrence de ce cinéma comique. Chez lui la règle demeure immuable : une intrigue fondée sur un enchaînement rigoureux de quiproquos propice à l'irruption du rire, une grande liberté laissée aux comédiens et, en contrepoint, un hommage rendu à l'esprit français dont on sait qu'il est un mélange savoureux de débrouillardise,  de sautes d'humeur et de franche camaraderie. Le principe d'opposer deux caractères aux antipodes l'un de l'autre et qui, peu à peu et souvent par la force des choses, deviennent complices, est une des bases de départ utilisée de manière astucieuse par le cinéaste. Nous avons vu le couple formé par Louis de Funès et Bourvil, nous allons découvrir dans  La folie des grandeurs, celui que composent le même  Louis de Funès et  Yves Montand. Oury se plait ensuite à placer ses personnages dans une situation historique - ce sera le cas des Folies -  ou politique :  l'occupation pour La grande vadrouille et l'affaire Ben Barka pour Les aventures de Rabbi Jacob. C'est autour de ce double affrontement que l'intrigue s'élabore et qu'alternent les gags travaillés avec une précision d'horloger. Cependant Oury savait aussi laisser roue libre à ses acteurs en certaines occasions, ce dont ne s'est pas privé De Funès qui avait un tempérament explosif et indépendant. Le mérite du cinéaste réside, par ailleurs, dans son sens inné du gag. Si le point de départ est rarement original, le développement surprend et fait preuve très souvent d'une réelle invention. Il y a chez Oury des trouvailles inattendues, des roueries et facéties délicieusement baroques, des rebondissements inénarrables. Artisan scrupuleux et honnête, il limite son ambition à distraire le public sans céder à la banalité. Ce qui est déjà en soi assez remarquable.

 

 

L'histoire de La folie des grandeurs est une parodie du Ruy-Blas de Victor Hugo qui se situe dans l'Espagne du XVIIe siècle. Don Sallustre est alors ministre du roi. C'est un être fourbe, hypocrite et cupide qui détourne, à son profit, la collecte des impôts, accumulant une fortune impressionnante. Mais accusé par la reine d'avoir fait un enfant illégitime à l'une de ses dames d'honneur, il est déchu de ses fonctions et expédié dans un couvent. Fou de rage, il n'a plus qu'une idée en tête : se venger. Pour cela il entre en contact avec le brigand César, son neveu, mais celui-ci  refuse son soutien, le fait capturer pas ses sbires et envoyer comme esclave aux barbaresques. C'est alors que Sallustre se  tourne vers son valet Blaze ( Montand ) et échafaude un projet machiavélique : il fera passer ce dernier pour son neveu César. Mais Blaze est aussi malin que son maître. A peine arrivé au palais, il déjoue un attentat ourdi contre le couple royal et s'attire ses faveurs, au point de devenir ministre. A la suite d'une méprise, Blaze, qui est chargé de séduire la reine, déclare sa flamme à son acariâtre duègne ( Alice Sapritch ), dont les appétences sexuelles paraissent inépuisables...La situation se complique et les rebondissements rocambolesques ne cesseront plus de déclencher l'hilarité jusqu'à la fin. L'effeuillage de Alice Sapritch est, pour moi, le clou de ce film désopilant. Il fallait une actrice comme elle pour amener cette scène à ce point culminant du burlesque. Il est indéniable qu'Oury sut choisir ses acteurs et les employer au mieux de leurs capacités, tant il était conscient qu'une grande part du succès dépendait d'eux. Louis de Funès, qui avait mis vingt ans à imposer son type de comique, fait de constantes improvisations, trouva chez lui le metteur en scène capable d'emblée de savoir quels rôles convenaient à sa verve et à sa gestuelle.  On me donne toujours trop de texte - disait-il.  Je n'ai pas un comique de mots, mais de geste, d'attitude, de situation.

 



Oury le comprit mieux que personne et utilisa cette gestuelle délirante de façon appropriée. Face à cette envahissante présence, Yves Montand résiste bien et intelligemment avec son physique de latino frimeur et conquérant, ses sourires entendus et flatteurs, ses étonnements faussement naïfs, ses bouffées de vanité ; il est surprenant et d'une irrésistible efficacité. Quant à Alice Sapritch, elle est simplement époustouflante dans ses outrances, virant de l'irascible duègne à la walkyrie aguichante et boulimique. Le film est également servi par la musique de Polnareff et les excellents dialogues de Danièle Thompson.
Une grande réussite. A voir et revoir pour la folie du rire...

 

4-e-toiles

 

Pour prendre connaissance des articles consacrés à Gérard Oury et à Louis de Funès, cliquer sur leurs titres :

 

GERARD OURY, LE MAGICIEN DU RIRE                 LOUIS DE FUNES

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

RETOUR A LA PAGE d'ACCUEIL

 

 

Karin Schubert. Collection Christophe L.


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 09:30

Corbis Sygma 

Révélé par des comédies sentimentales délicates, Michel Deville occupe une place à part dans le cinéma de la Nouvelle Vague, ayant ouvert des pistes peu habituelles grâce à un style d'une étonnante originalité. Il est vrai que la sortie de son premier long métrage en novembre 196O Ce soir ou jamais avait été saluée par une critique enthousiaste et unanime qui voyait en ce jeune metteur en scène quelqu'un qui, tout en rompant avec l'académisme de la production traditionnelle, ne cédait pas aux provocations désordonnées et souvent faciles de la plupart de ses confrères.

Ce premier film nous mettait d'emblée en présence d'un cinéaste authentique qui savait manier la caméra avec souplesse et précision, diriger ses acteurs avec élégance et habileté, offrant au public un cinéma tout aussi plaisant qu'intelligent et raffiné. Cette passion pour le 7ème Art, Michel Deville, né en 1931, l'avait éprouvée très tôt. Alors qu'il était élève au lycée de Saint-Cloud, il avait réalisé un film en 8mm " Gastonnades". Par la suite, renoncant à poursuivre des études universitaires, il devient  l'assistant de Henri Decoin et le conseiller de Jean Meyer pour les productions filmées de la Comédie-Française. En 1960, il rencontre Nina Companeez , avec laquelle il écrira une douzaine de films. Leur association sera une réussite et leur complémentarité exemplaire ; l'écriture brillante et rapide de Nina s'accommodant à merveille de la fraîcheur d'une mise en scène apte à exprimer les plus fines sensations de ce monde féminin, terrain de prédilection où Deville sait toucher juste, un peu à la manière d'un Max Ophuls ou d'un George Cukor.

Toutefois, après l'échec commercial de A cause, à cause d'une femme, le cinéaste, endetté, se voit dans l'obligation de réaliser des films de commande, cela avec une réussite inégale. Ce seront : L'appartement des filles ( 1963 ), On a volé la Joconde (1965 ), ou  Martin soldat ( 1966 ), qui n'ont nullement la grâce et la fantaisie d' Adorable menteuse  ( 1961 ). Remis de ses déboires financiers, Michel Deville s'attaque alors à une oeuvre plus ambitieuse Benjamin ou les mémoires d'un puceau, produite par Mag Bodard. Cette chronique ironique et galante est l'un des films le plus parfaitement réussi de ce metteur en scène et sera d'ailleurs couronné par le prix Louis Delluc. Le succès fut considérable et permit à Deville de poursuivre avec éclat la troisième phase de sa carrière, toujours en  collaboration avec Nina Companeez, en produisant des films qui ont incontestablement marqué le cinéma français : Bye,bye Barbara (1968), L'ours et la poupée (1969) et Raphaël ou le débauché (1970). Plus tard Deville rompra avec cette légèreté pour prouver qu'il n'était pas seulement le peintre des fêtes galantes et des écarts amoureux, mais quelqu'un capable de prendre des risques importants, en procédant à une démarche quasi expérimentale dans cette voie de l'indépendance, à travers des films comme La femme en bleu (1972), Le dossier 51 (1978), plus tard  Le voyage en douce (1979) et Eaux profondes  ( 1981).

Mais revenons à Benjamin, où il atteint la perfection dans le style d'un marivaudage libertin et gracieux, filmant les femmes comme rarement elles l'ont été, dans un décor où tout est ravissement pour l'oeil, de même que les dialogues ne manquent jamais d'esprit, mettant en relief la vérité des sentiments et la finesse des attitudes.
L'histoire est celle d'un jeune garçon élevé à l'écart du monde par son précepteur Camille. Jusqu'à ce que l'argent venant à manquer, Benjamin soit envoyé chez sa tante, la comtesse de Valandry, femme mondaine et affranchie. Dans cette demeure fastueuse, où se joue une fête permanente, il va ouvrir des yeux étonnés sur un univers aux antipodes de celui, austère, dans lequel il vivait : une société de jolies femmes et de galants hommes qui se livre sans réticences aux jeux de l'amour... 

Servi par une prestigieuse distribution, le film nous plonge dans le XVIIIème siècle français avec une écriture enjouée, délicate et précieuse. Pierre Clémenti interprétait avec une naïveté charmante ce puceau que tout ravit et étonne, face à un vétéran du plaisir campé par un Michel Piccoli plus vrai que nature, tous deux entourés d'actrices ravissantes, dont Catherine Deneuve dans la candeur de sa toute jeunesse et Michèle Morgan dans la plénitude de sa quarantaine. Ce film a écrit l'une des pages de la comédie à la française la plus réjouissante et la plus séduisante qui soit. Interrogée sur son travail de scénariste et de dialoguiste, Nina Companeez  a évoqué, dans sa réponse, le climat qui a prévalu à la réalisation de ce petit chef-d'oeuvre : " Chacun a ses obsessions ou ses intérêts. Je suis évidemment mille fois plus fascinée par le battement d'un cil, le frémissement d'une main, que par une grève ou une révolution. Rien ne me parait plus important, plus fascinant que d'observer le mystère de la vie, du temps, de la mort, notre mystère enfin. Je n'essaye pas de faire de la philosophie, ni de comprendre vraiment. Simplement je suis fascinée, et j'ai envie de regarder. Je regarde comment on bouge, comment on respire, comment on souffre, comment on est heureux, et je m'émerveille et j'ai peur, et je n'ai pas envie de regarder autre chose."
Avec Benjamin ou les mémoires d'un puceau, c'est un monde élégant qui bouge, parait tour à tour heureux et mélancolique, distrait et amoureux, et communique aux spectateurs cette légèreté des choses que parfois il revêt... le temps d'un battement de cil.


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS  

 



Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
9 septembre 2006 6 09 /09 /septembre /2006 10:38
CESAR ET ROSALIE de CLAUDE SAUTET

                                                                    

Claude Sautet représente, dans le courant de la Nouvelle Vague, un cinéma sans prétention particulière, proche de ces choses de la vie qui concernent chacun de nous, tranches d'existence finement observées par un cinéaste qui parait aimer sincèrement les gens dont il rend si bien, par l'image et le dialogue, les joies et les peines quotidiennes.



Né le 23 février 1924 à Montrouge, Claude Sautet se destinait d'abord à la peinture et à la sculpture avant d'entrer à l'IDHEC en 1946 et de faire ses premiers pas dans le monde cinématographique comme assistant de Carlo Rim, Yves Robert et Georges Franju. Scénariste et adaptateur prolixe, il participe à de nombreux films dont  Les yeux sans visage  de Franju, Borsalino de Deray,  Le voleur  de Louis Malle et  Le soleil des voyous  de Jean Delannoy. Après une oeuvrette oubliée, il débute en tant que réalisateur à part entière en 1960 avec un policier interprété par Lino Ventura et Jean-Claude Belmondo  Classe tous risques,  où il ne se distingue par aucun trait original ou provocateur, sinon comme un bon artisan du film d'action, sobre et précis dans sa mise en scène. Le second film sera de la même veine, toujours interprété par Lino Ventura L'arme à gauche,  dont l'action se déroule presque entièrement sur un bateau et où Sautet confirme ses qualités de directeur d'acteurs et de metteur en scène habile et efficace.

 


cesar-et-rosalie-3-1.jpg

       

Avec  Les choses de la vie  en 1970, il change subitement de registre. La critique se montrera enthousiaste de cette tragédie actuelle à la construction parfaitement maîtrisée, inspirée d'un roman de Paul Guimard , qui collaborera à l'adaptation avec Jean-Loup Dabadie, et nous convie aux errances du coeur.  Dans ses films suivants, Sautet ne va plus s'éloigner de ce genre qui semble lui convenir et où il s'affirme comme un portraitiste avisé d'une société contemporaine en pleine mutation.  César et Rosalie,  tourné en 1972, décrit les difficultés d'un couple, celui de César, vendeur en métaux de récupération, confronté à une situation délicate : la réapparition d'un ancien amant de Rosalie, David, qu'elle parait aimer encore. Plutôt que de la perdre, le mari préfèrera inviter l'indésirable à venir vivre auprès d'eux, ce qui sera l'occasion d'une comédie riche en rebondissements et révélations sur les sentiments véritables de ce ménage à trois. 

 

Bien écrit et subtilement dirigé, ce film obtiendra un immense succès auprès du public qui se reconnaît dans les personnages, cheminant plus ou moins douloureusement entre leurs échecs affectifs et professionnels, leurs aventures sentimentales et leurs évasions dominicales dans la maison de famille. L'analyse de Sautet touche juste. Traitée avec grâce et limpidité, cette chronique sait dévoiler les faiblesses, les hésitations, les perplexités, les rodomontades, les déceptions de ses héros et nous offre un panel des problèmes de la vie quotidienne. Tout est dit d'un trait vif, d'un regard, d'une expression, d'un mot, d'une répartie, en se jouant habilement du ralenti et du flash -back. Il faut souligner également le souci de Sautet à choisir, comme interprètes, des acteurs de premier plan qui collent parfaitement à leur rôle. C'est le cas d'Yves Montand  dans celui de César. Il est merveilleux en amoureux inquiet, violent, jaloux, excessif, vantard, désemparé et sincère. Il nous révèle la gamme des sentiments que peut éprouver un mari délaissé. Hâbleur et désarmé, il se livre à un festival éblouissant qui friserait parfois le cabotinage si l'art du metteur en scène n'était là pour le contenir, tandis que  Sami Frey,  ironique, désinvolte, sûr de lui, goguenard, lui fait face en déclinant la gamme des sentiments opposés.  C'est soigné, drôle et émouvant. Un régal.


Je garde pour la fin,  Romy Schneider  dans le rôle de Rosalie, toute en charme dans la séduction de sa jeunesse.  Elle nous enchante et trouve là un rôle qui correspond à l'image que le public se faisait d'elle : femme moderne, indépendante mais vulnérable, délicieuse et néanmoins nimbée d'une indicible tristesse.  Inoubliable Romy...

 

Vous pouvez lire les articles consacrés au metteur en scène et à l'actrice en cliquant sur leurs titres :

 

CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE              

 

ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des artciles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Une histoire simple, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Cesar-et-Rosalie-1-christophel_reference.jpg 

 

 

CESAR ET ROSALIE de CLAUDE SAUTET
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
7 septembre 2006 4 07 /09 /septembre /2006 15:38

                               Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian. Les Films du Losange

                                                                 VIDEO

 

Plus âgé que Truffaut et Godard auxquels on le rattache volontiers, Eric Rohmer, de son vrai nom Maurice Schérer, est né à Nancy en 1920. Il débute sa carrière, au lendemain de la guerre, dans la critique de cinéma, écrivant dans La revue du cinéma , Les temps modernes, La gazette du cinéma et Les cahiers du cinéma, dont il sera le rédacteur en chef à la mort d'André Bazin de 1958 à 1963. Son oeuvre critique, réunie en un volume sous le titre" Le goût de la beauté", est l'une de celle qui a eu le plus d'influence pour définir la pensée cinématographique à partir des années 50. Plus profond et moins tapageur que Godard, il eut à coeur de défendre Renoir et Rossellini alors très attaqués, et sut se battre pour l'émergence d'un cinéma méritant pleinement sa place de 7e Art.  Il commença par réaliser des courts métrages dont Véronique et son cancre en 1958, où l'on trouve déjà l'essentiel des qualités d'humour, d'intelligence, d'ironie qui le distingueront et auquel s'ajoute un savoir-faire indiscutable.

 

Ce fut en 1963 qu'il signe son premier long métrage Le signe du lion, produit par son ami Chabrol. Ce film n'eut hélas aucun succès auprès du public, d'autant qu'il avait été tourné avec des acteurs peu connus ; néanmoins quelques connaisseurs  le considéreront d'emblée comme une promesse d'avenir. Ennemi de la provocation et de la facilité, Rohmer amorce avec ce premier film une démarche personnelle, faite de rigueur et d'un souci évident d'esthétique, ce qui n'était pas toujours le fait des débutants de l'époque. Cet échec l'obligea à travailler un certain temps pour la télévision. Après cette période, où il se consacre à des films scolaires et, dans un ensemble d'émissions sur les cinéastes de notre temps, à une étude sur Carl Dreyer, il reprend le long métrage avec un projet ambitieux, celui des Six contes moraux.

C'est avec La collectionneuse en 1967 que l'on découvre enfin l'ampleur de son talent, sa qualité d'écriture, la beauté de ses images, avant qu'il ne s'impose de façon éclatante avec ce que je considère comme son chef-d'oeuvre : Ma nuit chez Maud. Ce film ralliera à Rohmer les derniers hésitants qu'avait désorientés un moment  la diversité brouillonne de ses propos. Avec Ma nuit chez Maud, il impose un ton, un dépouillement quasi janséniste. Bien qu'appartenant à la série des Six contes moraux, ce film s'en détache par sa gravité particulière. Elle réside dans le sujet lui-même et un grand nombre de dialogues. Bien que non dénué d'humour et même de drôlerie, principalement lors du tête à tête embarrassé de Maud et du narrateur, le film, de par sa structure, relève davantage du récit classique que de la comédie et ceci davantage encore qu'il est raconté à la première personne et au présent, ce qui est une prouesse qui n'avait  jamais été tentée à l'écran et démontre l'audace et l'esprit d'innovation du cinéaste. C'est ainsi dans une sorte de présent-passé que se déroule le film et l'effet de décalage, qui en résulte, contribue à créer un climat d'étrangeté ; de même que l'histoire s'accompagne de son propre commentaire, initiative supplémentaire de la part de Rohmer.

 


                           Marie-Christine Barrault et Jean-Louis Trintignant. Les Films du Losange

 

 

Les héros sont des intellectuels et, d'ailleurs, s'expriment comme tels. Les entretiens sur Pascal et son défi, sur la probabilité et la grâce sont ceux d'un auteur à part entière. Rohmer n'élude aucune difficulté et va jusqu'au bout de sa démonstration comme un artiste complet, associant la valeur du texte à celle de l'image, sans être jamais ni ennuyeux, ni pédant. Pour une fois, un cinéaste intellectuel ose faire un film qui lui ressemble et l'on découvre que le résultat est tout simplement passionnant. En cela, Rohmer se rappoche d'un Renoir et d'un Rossellini qui avaient tenté l'expérience sans aller aussi loin, car Ma nuit chez Maud réussit une synthèse encore plus aboutie que celle envisagée dans Le Fleuve ( 195O ) et Le voyage en Italie ( 1954 ).

Comme chez ces deux cinéastes auxquels il se rallie avec cette oeuvre, Rohmer soigne sa mise en scène qui, à force de maîtrise, devient transparente et toute entière consacrée au contenu, car ce qui compte est l'écriture serrée du scénario, la pertinence des dialogues et le caractère des personnages. A ces derniers, le cinéaste confère un degré d'existence rare, que le choix des interprètes porte à un paroxysme d'excellence. Jamais Trintignant n'a été meilleur que dans le rôle de l'ingénieur catholique qui cache ses tourments sous une assurance factice ; plus convaincante Marie-Christine Barrault, dont le visage rayonnant dissimule ses secrets et ses ombres ; plus séduisante Françoise Fabian en femme épanouie, maîtresse d'elle-même et d'une classe folle et, plus efficace et horripilant, un Antoine Vitez en parfait intellectuel de gauche, dialecticien agile et passablement verbeux.

Film très " milieu du siècle " comme Rohmer le dit lui-même, qui utilise pleinement les ressources du noir et blanc, Ma nuit chez Maud  illustre à la perfection le monde poétique de son auteur. " Quand je filme - a confié Rohmer lors d'un entretien avec Les Cahiers du cinéma - je réfléchis sur l'histoire, sur le sujet, sur la façon d'être des personnages. Mais la technique du cinéma, les moyens employés me sont dictés par le désir de montrer quelque chose." Sur ce plan, il a parfaitement atteint son but, réalisant en un seul film une impressionnante synthèse sur les questions essentielles qui se posent à l'homme d'aujourd'hui. Mauriac n'est pas si loin...

 

 

Pour prendre connaissance des articles consacrés à Eric Rohmer et Jean-Louis Trintignant, cliquer sur leurs titres :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE               JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Le genou de Claire, clmiquer sur le lien ci-dessous :

 
LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 


                             Françoise Fabian et Antoine Vitez. Les Films du Losange


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
4 septembre 2006 1 04 /09 /septembre /2006 13:46
UN HOMME ET UNE FEMME de CLAUDE LELOUCH

                          Collection Christophe L.  

                                                                         

 

Ce serait réduire Deauville que de la considérer seulement comme une station balnéaire, certes luxueuse, mais qui ne devrait son attrait qu'à la seule alliance de la mer et de la campagne. Située à l'embouchure de la Touques, sur la côte basse et marécageuse qui fait suite aux falaises des Roches-Noires, elle a très vite séduit une élite parisienne par son goût marqué pour les innovations les plus avant-gardes : rallyes automobiles, régates nautiques, meetings d'aviation et d'hydravion, si bien que l'on peut parler d'elle à plus d'un titre, capitale du cheval, site privilégié du nautisme et, aujourd'hui, vitrine flatteuse pour la promotion des films américains et asiatiques, avec ses deux Festivals qui voient accourir du monde entier professionnels et amateurs.

Grâce à un film comme "Un homme et une femme", réalisé en 1966, Claude Lelouch faisait office de précurseur et devançait de peu l'engouement pour le grand écran qui allait se saisir de la ville. C'est en 1975 que le couple d'Ornano crée la première édition du festival du film américain, ouvrant ses salles obscures, son casino, ses grands hôtels aux stars venues d'Outre-Atlantique. Elles allaient bientôt avoir leurs suites dans les palaces, leurs places réservées dans les meilleurs restaurants, leurs habitudes dans les bars et les boutiques, et apprécier le charme incomparable d'une campagne où vallons, coteaux, collines se déclinent avec élégance dans un décor de manoirs, de haras, d'églises romanes et d'abbayes familier aux peintres et aux écrivains. Peu d'endroit qui ait en main pareils atouts et sache les abattre avec autant d'opportunité. Faisant suite à l'août musical, aux tournois de polo, aux courses de plat, aux ventes de yearlings, le Festival du film américain clôt en apothéose, chaque mois de septembre, la saison estivale.

 

En 1966, il est certain que Deauville n'avait pas retrouvé les fastes de l'avant-guerre et que le film venait à point nommé  rappeler au public combien pouvaient être beaux les espaces liquides que sont ensemble, à certaines heures du soir, le ciel et les sables dénudés par la mer. Le goût pour les week-ends d'hiver, où il fait si bon marcher des heures à l'orée des flots, dans une nature solitaire avec la seule compagnie des oiseaux marins, allait tenter à nouveau les parisiens qui s'apercevaient que Deauville-Trouville n'était jamais qu'à une encablure de la capitale. Le film n'est certes pas un chef d'oeuvre, mais il a le mérite de rendre attrayante une nature hivernale comme recueillie, en même temps qu'il rend palpable les sentiments émouvants que peuvent éprouver deux veufs mis subitement en présence d'un nouvel amour. Cette romance simple, mais délicate, qui se joue sur fond de mer, conjuguant sa gamme infinie de gris, sut plaire. Et plaire au point que le film obtint le grand prix du Festival de Cannes 1966.

Avec peu de moyen et de l'imagination, afin de minimiser le coût de production, Claude Lelouch a réalisé un long métrage qui, malgré le temps, a conservé son actualité et son charme. Depuis ses débuts, dans les années 60, le cinéaste a traversé les époques et les modes et navigué entre les grosses productions et les films plus intimistes, comme celui-ci. Son cinéma, à la fois populaire et d'auteur, a fédéré un public qui lui est resté fidèle, malgré les attaques réitérées de la critique qui ne l'a pas épargné et lui a reproché vigoureusement  un certain amateurisme. Il est vrai que Lelouch aime à filmer ses acteurs au dépourvu, en ne leur donnant leur texte qu'au dernier moment, de façon à favoriser l'impression d'improvisation. Son cinéma est ainsi le contraire de celui d'un Eric Rohmer si travaillé. Mais n'a-t-on pas jugé Rohmer trop intellectuel ? Heureusement que, faisant fi des propos des uns et des autres, ces deux artistes ont continué à mener leur carrière avec ténacité.


Voici ce que Lelouch devait déclarer à Deauville, lorsque la cité balnéaire jugea opportun de donner son nom à l'une de ses rues. Elle lui devait bien cela...

" C'était à une époque où j'étais au bord du trou. Mon dernier film ne trouvait pas de distributeur et m'avait endetté jusqu'au cou, au point que j'envisageais de vendre ma société Les Films 13. Une nuit du printemps 1965, désespéré, j'ai pris ma voiture, direction autoroute de l'Ouest, un peu au hasard. J'ai atterri à Deauville vers 2/3 h du matin, me suis garé sur les Planches et me suis endormi.
Un lever de soleil sublime m'a réveillé, une lumière comme seule la côte normande peut en générer. La plage était déserte, sauf un point qui bougeait au loin. Je suis sorti de l'auto et me suis dirigé vers ce point qui s'avéra en être trois qui se précisaient au fur et à mesure qu'ils grossissaient dans mon champ de vision. Une femme se promenait sur la plage à 6 h du matin en compagnie d'un enfant et d'un chien. Que fait-elle à cette heure-là ? Quelque chose alors s'est déclenché en moi : je me suis surpris à imaginer sa vie, ce qui l'avait poussée à se balader seule ou presque à l'aube.
Un scénario se mettait en place tout seul dans ma tête. Arrivé à 500 mètres de l'inconnue (qui l'est restée à jamais), j'ai rebroussé chemin et je suis remonté en voiture, direction Paris. A la gare, il y avait un café déjà ouvert, j'ai demandé de quoi écrire et j'ai jeté les bases de ce qui deviendrait 9 mois plus tard Un homme et une femme. Une palme d'or, deux Oscars, 47 récompenses internationales, le miracle... Et maintenant une place à mon nom !"

 

L'universalité du thème, la tendresse voilée et les amours mélancoliques et photogéniques de Jean-Louis Trintignant et d'Anouk Aimée, la musique de Francis Laï avec le fameux chabadabada  qui fit le tour du monde, y sont pour beaucoup. Le film exalte joliment la nostalgie des choses qui finissent et se figent un moment, comme la nature s'immobilise dans son hiver, avant de se remettre dans le mouvement du temps et s'achever sur une note d'espérance. Jean-Louis Duroc, coureur automobile, et Anne Gauthier, qui se sont rencontrés par hasard, se sont rapprochés et éloignés, parce qu'il leur semblait que le passé était encore trop présent, ne manqueront pas le rendez-vous de la dernière chance, où l'on voit Trintignant  attendre sur un quai de la gare St Lazare celle avec qui il souhaite recommencer sa vie.

 

Pour lire l'article consacré à Jean-Louis Trintignant, cliquer sur son titre :   JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

                  Jean-Louis Trintignant. Les Films 13

 

 

 

UN HOMME ET UNE FEMME de CLAUDE LELOUCH
UN HOMME ET UNE FEMME de CLAUDE LELOUCH
UN HOMME ET UNE FEMME de CLAUDE LELOUCH
UN HOMME ET UNE FEMME de CLAUDE LELOUCH
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
2 septembre 2006 6 02 /09 /septembre /2006 11:40

208_24207.jpg

Enigmatique, indépendante, solitaire, telle apparait l'oeuvre de Jean-Pierre Melville mort en 1973 à l'âge de 56 ans, dont les films cherchent quel sens donner à l'humain et échappent à la classification traditionnelle. Le cinéaste, lui-même, ne se livrait qu'à de rares confidences et restait d'une discrétion remarquable lorsqu'on l'interrogeait sur la signification de ses films, qui frappent par leur beauté crépusculaire et glacée. Il a cependant accordé un long entretien à Rui Nogueira où il rapporte ceci qui nous éclaire sur le langage cinématographique qui fut le sien :

" Le créateur idéal est celui qui a forgé une oeuvre exemplaire, une oeuvre qui sert d'exemple. Non pas d'exemple de vertu ou seulement de qualité, non pas dans le sens où l'on dit quelqu'un d'exemplaire parce que tout ce qu'il a fait est admirable, mais dans ce sens où ce qui est exemplaire, pour un créateur, c'est que tout ce qu'il a conçu soit condensable en dix lignes, de vingt-cinq mots chacune, qui suffisent à expliquer ce qu'il a fait et ce qu'il était."
Melville donne ici une définition parfaite de ce que devrait être l'art cinématographique - un art narratif par l'image, non par le discours.

Né le 20 octobre 1917 à Paris, Melville, de son vrai nom Jean-Pierre Grumbach, n'a que sept ans lorsqu'on lui offre, à l'occasion d'une fête, une Pathé Baby avec laquelle il commence à filmer tout ce qui passe à portée de son objectif. Cela suffira pour qu'il noue avec le cinéma une passion qui ne le quittera plus. Dès qu'il est en mesure de voler de ses propres ailes, il ne manque aucune sortie de films et contracte avec le "milieu" des relations qui inspireront nombre de ses réalisations futures. Mais des événements graves vont bientôt changer sa vie. En 1940, témoin de la défaite militaire, il s'engage dans la France Libre, prend le pseudonyme de Melville et rejoint le général de Gaulle à Londres. Il participera à la campagne d'Italie et reviendra à la vie civile après une guerre exemplaire. C'est alors qu'il embrasse la carrière de cinéaste avec une détermination dont rien ne pourra le détourner. Ainsi réalise-t-il un court métrage avec de la pellicule allemande passablement défraîchie : Vingt-Quatre heures de la vie d'un clown. Il a déjà en tête le projet de porter à l'écran le chef-d'oeuvre de Vercors, Le silence de la mer  qui avait été publié en 1942 par les Ed. de Minuit, maison clandestine créée par le Comité National des Ecrivains. Encore lui faut-il obtenir l'accord de l'auteur, ce qui ne sera pas aisé, mais Vercors finira par accepter à la seule condition que le film recueille l'aval d'un jury constitué de personnalités de la Résistance.

Le cinéaste, qui fait figure de précurseur de la Nouvelle Vague, en devançant les préoccupations de ses futurs adeptes d'imprimer à un film son style personnel, débute le tournage dans des conditions extravagantes : absence d'autorisations officielles, moyens techniques réduits, dix-neuf types différents de pellicule. Rien, néanmoins, ne parviendra à le décourager et il mènera sa difficile entreprise à son terme, obtenant même l'autorisation de tourner dans la maison qui avait inspiré l'écrivain. Ce film est, sans aucun doute, celui qui exprime le mieux l'esprit de résistance, en particulier grâce à l'interprétation de Howard Vernon qui offre ici un portrait d'officier érudit et musicien, tout en finesse et retenue.

Le succès fut immédiat et le film obtint l'unanimité des résistants, à l'exception des communistes, qui ne pardonnèrent jamais à Melville d'avoir tourné en marge d'un système professionnel dominé par la C.G.T. et sans l'accord du CNS. C'était la première fois que l'on tentait d'ébranler les structures syndicales omniprésentes et dictatoriales de la production française. Avec ce long métrage sobre et maîtrisé et d'une grande pureté d'écriture, on peut déjà reconnaître la puissance et l'originalité du style du cinéaste de Un flic et du Samouraï : mise en scène rigoureuse et volontairement distante, direction d'acteurs précise, dépouillement visuel qui ne s'embarrasse d'aucun élément superflu, ce qui n'était pas habituel dans un cinéma français encombré par l'anecdotique.

Avec ce film à huit-clos, qui se déroule presque entièrement dans une pièce, le salon, créant une concentration propice au confinement des personnages et jouant admirablement des ressources du clair-obscur, Melville amorce, de façon éclatante, une filmographie qui se distinguera par son savoir-faire et son intelligence. Ainsi les profils des trois personnages sont-ils saisis en un savant contre-jour, ce qui permet de cacher les yeux. C'est une habileté qui autorise le cinéaste à rendre plus intense ensuite le regard de la jeune fille et à atteindre un paroxysme de tension entre elle et l'officier allemand, lors de leur ultime rencontre, où le gros-plan s'attarde sur ses yeux et révèle, avec une force inouie, le sentiment inavoué qu'elle éprouve pour l'étranger. Il y a donc une progression, tout autant dans l'importance du regard, que dans celui du silence qui s'épaissit et procure à ce drame intime sa puissance et son retentissement.

Le silence est le seul moyen dont disposent le vieil oncle et sa nièce de manifester leur hostilité à l'officier allemand installé dans leur maison. Cependant, cet hôte indésirable est un homme délicat, cultivé, amoureux de la France et qui, chaque soir, leur rend visite pour les entretenir de ses diverses réflexions, se voyant opposer un silence glacial. Un jour, il part visiter Paris, le rêve de sa vie, mais revient bouleversé par le spectacle que lui ont offert les occupants en poste dans la capitale et la prise de conscience qu'il a été amené à faire de la réalité atroce de l'idéologie nazie. Ebranlé dans ses convictions humanistes, il demande sa mutation dans une unité combattante où il trouvera la mort, une mort héroïque. Il quitte la maison et ses hôtes sans qu'un  mot  n'ait été échangé, mais le regard, presque insoutenable, que lui adresse la jeune fille, l'assure de l'essentiel : son sentiment a été partagé. Cette magnifique ode au silence montre à quel point le non-dit parvient à être plus éloquent que le dit. L'oeuvre de Vercors sort magnifiée par la splendeur du film, réussite exceptionnelle et correspondance sans égale entre un romancier et un cinéaste. S'ajoute à cette réalisation de tout premier ordre un message d'espérance qui sut être entendu, quelques années plus tard, par des hommes comme de Gaulle et Adenauer. Tous deux avaient compris qu'il était préférable, pour leurs peuples, de joindre leurs compétences que d'additionner leurs faiblesses.
L'un des plus beaux films du cinéma français.

 

Afin de prendre connaissance de l'article consacré au cinéaste, cliquer sur son titre :

 

JEAN-PIERRE MELVILLE OU L'OEUVRE AU NOIR


Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

protectedimage.jpg

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche