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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 08:56
Marguerite de Xavier Giannoli

Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée, passionnée de musique et d’opéra, qui a épousé un aristocrate ( excellent André Marcon ) sans le sous. Celui-ci  vit agréablement à ses dépens et la trompe sans vergogne. Depuis des années, Marguerite, malheureuse en amour, chante  devant son cercle d’habitués, mais elle chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions par intérêt et amusement, sa générosité lui valant le triste privilège d’être encensée par ce petit monde de nantis et par ceux, moins nantis, que son argent incite à une complicité cynique. Les choses se compliquent le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public à l’Opéra.

 

 

Tandis que dans le parc de la somptueuse propriété, le paon pousse son cri particulier, à l’intérieur de la demeure, la maîtresse des lieux pousse ses vocalises gutturales capables d’écorcher les oreilles les plus sensibles et de faire rire sous cape cette galerie de mondains qui ne craint nullement d’abuser de ses largesses. Cela parce qu’elle voudrait que son mari la regarde. Marguerite est simplement une femme amoureuse et délaissée qui s’est réfugiée dans la musique comme dans un songe. Heureusement son majordome noir Madelbos (parfait Denis Mpunga) la protège, l’accompagne au piano, la photographie, et entre plus volontiers dans son rêve que lui-même a quitté le sien par nécessité pécuniaire. Et sa maîtresse n'est-elle pas comme lui sensible à tout ce qui touche au merveilleux dans une société saisie par la débauche et les plaisirs faciles ? Cette femme à qui tout se refuse, l’amour et le talent, porte néanmoins une sorte de génie de l’authenticité jusque dans son ridicule. Au milieu de ce monde de tricheurs et d’arnaqueurs, elle est la vérité sans fard, le naturel sans subterfuge, la sincérité sans ruse, qui étonne et pose sur un monde futile son interrogation. Par son jeu tout en subtilité, Catherine Frot nous bouleverse, oscillant entre la mégalomanie et la fragilité. Elle est étonnante, inoubliable. Un personnage qui me laisse songeuse – avoue-t-elle, avant de poursuivre -  il y a une notion mystique, à la fin, un sacrifice d’amour. Le film contient des paradoxes à l’infini et, en même temps, il est très simple.

 

 

Ce personnage est inspiré de la vie de Florence Foster Jenkins, une excentrique milliardaire américaine, née en Pennsylvanie en 1868. En 1909, s’étant autoproclamée chanteuse lyrique, elle mit à profit son riche héritage pour organiser des concerts suivis de dîners de gala au Ritz Carlton. Elle louera par la suite le Carnegie Hall pour donner un récital devant une salle comble et hilare. Impassible, elle subodore que ces rires sont ceux de ses rivales. Mais hélas, elle n’échappera pas aux critiques assassines que les journaux du lendemain se feront un plaisir de publier, et  mourra cinq jours plus tard d’une crise cardiaque dans un magasin de musique où elle était venue acheter de nouvelles partitions. Destin pitoyable et tragique d’une femme qui se refuse au réel pour vivre dans un songe où elle se croit enfin admirée et aimée.

 

 

Xavier Giannoli a repris cette fable cruelle et nous l’offre dans une mise en scène qui n’est pas sans rappeler celle du Max Ophuls de « Lola Montès » ou de « Madame de ». Les années folles y sont admirablement rendues dans une débauche d’images superbement baroques, royaume où les apparences sont en efflorescence dans des décors couleur sépia saisis par des éclairs de magnésium. On y voit surgir un monde que les cruautés de la guerre ont rendu ivre de plaisirs, une petite société que sollicite toutes les folies. Nous sommes en plein essor du surréalisme, du marxisme, du jazz, en ces années où les femmes prennent enfin du galon ou aspirent à en prendre. C’est le cas de Marguerite qui se veut libre mais n’en est pas moins victime de ses sentiments, de ses aspirations, de ses déboires conjugaux et de sa fraîche naïveté. Elle ne mange que du blanc, dit-elle, tant son désir de pureté est grand, oui du poulet, du riz, des poireaux, ainsi son rêve est-il paré des ailes d’un cygne. Un cygne qui navigue sur les eaux saumâtres d’une époque sans complaisance et en mourra, victime de ses chimères et de ses délires.

 

 

L’originalité du thème, la magnifique interprétation de tous les acteurs, la richesse de la mise en scène font de cet opus une rareté dans la production actuelle  trop souvent banale et complaisante. Sans doute le plus beau film français de l’année, habité par une Catherine Frot prodigieuse et divinement bien accompagnée. Une très grande réussite.

 

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Marguerite de Xavier Giannoli
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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 08:12
Cary Grant ou l'art de séduire

Il était le séducteur par excellence avec ce qu’il faut de malice dans le regard et d’élégante désinvolture pour que cela ne devienne pas insupportable. La nature l’avait gâté au-delà du possible : grand (1m87), mince, altier, il avait l’œil de velours et la fossette au menton qui le rendait irrésistible et, pour compléter ce dithyrambe, un indiscutable talent d’acteur. Oui, Cary Grant était né pour plaire et charmer. Et il le fit avec intelligence et discernement.

 

 

Archibald Alexander Leach, qui devait prendre le pseudonyme de Cary Grant, était né le 18 janvier 1904 à Bristol en Angleterre et commença sa jeune carrière, après une enfance difficile, en chantant dans des comédies musicales aux Etats-Unis où son accent britannique amusait le public et où il avait été entraîné par le « Bob Pender stage troupe » à laquelle il avait adhéré dès 1919. A la fin de cette tournée, puisque rien ne le retenait en Angleterre, ses parents s’étant séparés et croyant sa mère morte, il se fixe en Amérique et décide d’y poursuivre sa carrière scénique. Après quelques succès à Broadway, il gagne Hollywood en 1931. Après des participations et un premier rôle face à Marlène Dietrich dans « Blonde Venus », il va enfin connaître le succès          avec « Lady Lou » et « Je ne suis pas un ange » qui furent des succès financiers et auront entre autre mérite de sauver la Paramount de la banqueroute et d’assurer la notoriété de Cary. Souhaitant devenir un acteur indépendant en mesure de choisir ses réalisateurs et ses films, Cary quitte la Paramount et débute une carrière en solo qui collectionne très vite les succès : ce seront « L’impossible Monsieur Bébé » avec Katharine Hepburn, « Arsenic et vieilles dentelles » avec Priscilla Lane, « Chérie, je me sens rajeunir » avec Ginger Rogers et Marilyn Monroe, « Cette sacrée vérité » avec Irène Dunne qui vont asseoir définitivement sa réputation de charmeur et d’acteur volontiers farfelu et loufoque qu’il affectionne et endosse avec bonhommie. Ainsi Cary Grant sera-t-il une valeur sûre de l’âge d’or du cinéma américain durant plusieurs décennies.

 

 

 

Hitchcock, dont l’œil sait détecter les talents, ne pouvait laisser passer un acteur de cette trempe qu'il a rencontré sur "Soupçons" en 1941. Il saura d’ailleurs l’utiliser au mieux de ses capacités et de sa séduction dans plusieurs films, alliant à son charme viril celui tout aussi irrésistible de ses actrices préférées, Ingrid Bergman et Grace Kelly, et en lui confiant des rôles plus complexes, plus ambigus qui dévoilent des ressources insoupçonnées dont il était sans le savoir le dépositaire. D’ailleurs Hitchcock, qui avait la réputation de ne pas aimer les acteurs, confiera que Cary Grant était le seul qu’il eût aimé toute sa vie. Sous sa direction, Cary tournera dans trois chefs-d'oeuvre : "Les Enchainés" en  1946, où l'intrigue d'espionnage palpitante masque une bouleversante histoire d'amour, l'un des sommets de l'oeuvre hitchcokienne, puis "La main au collet" en 1955 et "La mort aux trousses" en 1959.

 

 

Au milieu des années 50, l’acteur crée sa propre maison de production « Grantley Productions » qui produira des opus comme « Opération jupons », tandis qu’il joue auprès d’Audrey Hepburn dans « Charade ». Cet électron libre sait contrôler chaque aspect de sa carrière et ne jamais se spécialiser dans un seul genre. Nommé deux fois aux Oscars, il n’en obtiendra aucun sinon un Oscar d’honneur en 1970 pour saluer sa carrière exceptionnelle.

 

 

Ayant su s’éloigner à temps des caméras, il acceptera un poste dans le comité de direction de Fabergé, fonction qu’il assumera pleinement, de même qu’il entreprend des tournées aux Etats-Unis appelées « Une conversation avec Cary Grant » qu’il animera avec bonne humeur, s’investissant dans les débats autour de sa carrière et de ses films. Marié à cinq reprises, il n’aura qu’une fille, Jennifer, avec la jeune actrice Dyan Cannon et sera probablement meilleur père que bon mari. Il est l’un des acteurs qui a le plus tourné et le plus souvent dans des films de qualité et de nombreux chefs-d’œuvre. Pas moins de 74 films à son actif. Cary Grant, en nous quittant en 1986 à l’âge de 82 ans, aura pleinement rempli son contrat. Il reste un acteur phare du 7e Art et brille aujourd’hui encore d’un éclat particulier dans le panthéon des stars internationales.

 

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Cary Grant ou l'art de séduire
Cary Grant ou l'art de séduire
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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 13:35

 

 

TALONS AIGUILLES de PEDRO ALMODOVAR

 

LA LECON DE PIANO de JANE CAMPION

 

LION de GARTH DAVIS

 

MOI, DANIEL BLAKE de KENNETH LOACH

 

FRANTZ de FRANCOIS OZON

 

LOVE & FRIENSHIP de WHIT STILLMAN

 

TESS de ROMAN POLANSKI

 

THE LADY IN THE VAN de NICHOLAS HYTNER

 

LE CONCERT de RADU MIHAILEANU

 

LE TROISIEME HOMME de CAROL REED

 

MY OLD LADY d'ISRAËL HOROVITZ

 

LOIN DE LA FOULE DECHAINEE de THOMAS VINTERBERG

 

TAXI TEHERAN de JAFAR PANAHI


UNE BELLE FIN DE UBERTO PASOLINI

 

INDIAN PALACE - SUITE ROYALE de JOHN MADDEN

 

KINGSMAN de MATTHEW VAUGHN

 

THE THEORY OF EVERYTHING de JAMES MARSH

 

LETTRE D'UNE INCONNUE de MAX OPHULS

 

NATURE de PATRICK MORRIS & NEIL NIGHTINGALE

 

TIMBUKTU d'ABDERRAHMANE SISSAKO

 

L'HOMME DU PEUPLE d'ANDRZEJ WAJDA

 

MELANCHOLIA de LARS von TRIER

 

UN HOMME  TRES RECHERCHE de ANTON CORBIJN

 

PORTRAIT DE FEMME de JANE CAMPION

 

DEUX JOURS, UNE NUIT de JEAN-PIERRE ET LUC DARDENNE

 

LE PASSE de ASGHAR FARHADI

 

LA SEPARATION de ASGHAR FARHADI

 

PHILOMENA de STEPHEN FREARS

 

LES AMANTS PASSAGERS de PEDRO ALMODOVAR

 

RAISON ET SENTIMENTS de ANG LEE

 

LES LIAISONS DANGEREUSES de STEPHEN FREARS  

 

ROYAL AFFAIR de NIKOLAJ ARCEL 

 

IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE de SERGIO LEONE

 

ANNA KARENINE de JOE WRIGHT

 

BARBARA de CHRISTIAN PETZOLD

 

VIOLENCE ET PASSION de LUCHINO VISCONTI

 

LA DAME de FER de PHYLLIDA LLOYD            

 

LA TAUPE de TOMAS ALFREDSON  

 

ET SI ON VIVAIT TOUS ENSEMBLE ? de STEPHANE ROBELIN

 

LE TEMPS RETROUVE de RAOUL RUIZ           

 

LE DISCOURS D'UN ROI de TOM HOOPER

 

TAMARA DREWE de STEPHEN FREARS          

 

LAWRENCE D'ARABIE, DE LA REALITE A LA LEGENDE    

 

 TSAR de PAVEL LOUNGUINE



VOLVER de PEDRO ALMODOVAR       

 

THE READER de STEPHEN DALDRY     

       

DIVORCE A L'ITALIENNE de PIETRO GERMI           

 

ETREINTES BRISEES de PEDRO ALMODOVAR   

 

UN MARIAGE DE REVE de STEPHAN ELLIOT         

 

CHERI de STEPHEN FREARS

 

LE PONT DE LA RIVIERE KWAI de DAVID LEAN



VALSE AVEC BACHIR de ARI FOLMAN               

 

PARFUM DE FEMME de DINO RISI



LOLA MONTES de MAX OPHULS        

 

THE DUCHESS de SAUL DIBB



 

 

 

 

     

 

 

LUDWIG de LUCHINO VISCONTI        

 

 AMARCORD de FELLINI   

 

RETOUR A HOWARDS END de JAMES IVORY      

 

 MAURICE de JAMES IVORY  

 

LES VESTIGES DU JOUR de JAMES IVORY

 



QUAND PASSENT LES CIGOGNES de MIKHAIL KALATOZOV



LES FRAISES SAUVAGES d'INGMAR BERGMAN          

 

REC ET LE CINEMA IBERIQUE D'AUJOUR'HUI



MONGOL de SERGEI BODROV        BELLE DE JOUR de LUIS BUNUEL



LA STRADA de FEDERICO FELLINI   

 

POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS de SERGIO LEONE   

 

LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND de SERGIO LEONE

 

IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST de SERGIO LEONE



4 MINUTES de CHRIS KRAUS OU LA NOUVELLE VAGUE ALLEMANDE



REVIENS-MOI de JOE WRIGHT       ACTRICES de VALERIA BRUNI TEDESCHI



M LE MAUDIT DE FRITZ LANG         LE PIANISTE de ROMAN POLANSKI



BARRY LYNDON de STANLEY KUBRICK       CARAMEL de NADINE LABAKI



LE JARDIN DES FINZI CONTINI de VITTORIO DE SICA   

 

PERSEPOLIS de MARJANE SATRAPI          



LA VIE DES AUTRES de FLORIAN HENCKEL             

 

LA VIE EST BELLE de ROBERTO BENIGNI



CINEMA PARADISO DE GIUSEPPE TORNATORE           

 

 LA MESSE EST FINIE DE NANNI MORETTI



1900 de BERNARDO BERTOLUCCI             

 

NOUS NOUS SOMMES TANT AIMES d' ETTORE SCOLA



THEOREME de Pier Paolo PASOLINI            

 

LE GUEPARD DE LUCHINO VISCONTI  

 

L'AVVENTURA DE MICHELANGELO ANTONIONI          

 

LA DOLCE VITA de FEDERICO FELLINI



SENSO de LUCHINO VISCONTI             

 

VOYAGE EN ITALIE de Roberto ROSSELLINI



RIZ AMER de GIUSEPPE DE SANTIS            

 

LE VOLEUR DE BICYCLETTE de VITTORIO DE SICA



LE FESTIN DE BABETTE de GABRIEL AXEL              

 

CARMEN de FRANCESCO ROSI



DANCER IN THE DARK de LARS VON TRIER 2000              

 

ORFEU NEGRO de MARCEL CAMUS



LE DERNIER EMPEREUR de BERTOLUCCI            

 

MORT A VENISE de LUCHINO VISCONTI



L'INCOMPRIS de LUIGI COMENCINI          

 

LE SEPTIEME SCEAU d'INGMAR BERGMAN



IVAN LE TERRIBLE de S.M. EISENSTEIN             

 

JOUR DE COLERE de CARL DREYER

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 09:35
Maggie Smith - portrait

S'il fallait conserver une seule scène dans un film où elle apparaît, ce serait toujours celle où figure cette comédienne hors pair qui pourrait vous réciter le bottin sans vous ennuyer une seconde, tant ses expressions si variées, si pleines d'un panache idéalement aristocratique sont un régal à contempler. Aujourd'hui, âgée de 82 ans, sa carrière s'inscrit dans la durée et a fait d'elle, au fil des jours, une légende vivante et l'une des plus grandes actrices de tous les temps.

 

Certains disent que si elle était un animal, elle serait un hibou dont elle a les gros yeux outrés et la dignité emplumée. Il est vrai que l'on a rarement vu un regard aussi chargé d'une telle dérision et d'une telle malice impertinente. Sa mère, une presbytérienne froide comme un glaçon, avait, parait-il, l'habitude de lui répéter qu'elle n'irait pas bien loin avec une tête pareille. Cette tête-là a pourtant fait des miracles d'audience depuis plus de 60 ans ! L'auteur Julian Fellowes a écrit pour elle le rôle de Violet, comtesse douairière de la série télévisée "Downton Abbey", un monument de panache aristocratique et d'humour décapant. Violet, c'est l'acidité du citron plongée dans une tasse de Darjeeling, un hommage caustique et ému à la vieille Angleterre qui vous scotche devant le petit écran...

 

Née le 28 décembre 1934, Maggie ploie sous le nombre d'Oscars et de multiples récompenses dont ses carrières théâtrale et cinématographique ont été abondamment pourvues, jusqu'à son anoblissement par la reine, comme il se doit pour une actrice de cette envergure, qui a porté à un sommet l'art dramatique et la comédie, Maggie Smitch ayant su panacher sa carrière de films, de pièces et de séries télévisées, usant avec intelligence des ressources  que la scène, les écrans petit et grand offraient à son talent. 

 

Elle débute au théâtre avec Laurence Olivier qui constituait alors la fameuse troupe du "Royal National Theatre" et joue sur la scène "Hay Ferver" de Noël Coward ou "Beaucoup de bruit pour rien" de Shakespeare et bien d'autres encore, s'imposant très vite comme une des meilleures comédiennes. Au cinéma, elle fait ses débuts en 1958 et travaille avec les metteurs en scène les plus prestigieux comme Mankiewicz, George Cukor, Zeffirelli, Robert Altman, allant jusqu'à incarner le professeur Minerva McGonagall dans "Harry Potter à l'école des sorciers" en 2001.

 

A la télévision, elle apparaît plus tard dans plusieurs productions et accepte le rôle de Violet Crawley, comtesse douairière de Grantham, dans la série "Downton Abbey", saluée à juste titre par une critique enthousiaste, où elle est, une fois encore, prodigieuse. Comédienne unique, il semble qu'elle soit totalement intemporelle, jouant des ressorts les plus subtils de la nature humaine et saupoudrant d'un piment supplémentaire chacun de ses rôles. Auprès d'elle, redoutable dans tous les registres, il faut énormément d'énergie et de constance pour exister, d'autant qu'on lui sait un caractère entier et exigeant. Mariée à l'acteur Robert Stephens dont elle a eu deux enfants, elle se remarie ensuite avec le scénariste Beverley Cross, décédé en 1998. Maggie a  secrètement souffert d'un cancer et de la maladie de Basadow à laquelle elle doit un regard à jamais inoubliable.

 

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Maggie Smith - portrait
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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 10:38
OMAR SHARIF - HOMMAGE

 

On se souviendra de lui arrivant au galop de son étalon noir dans le désert rouge du Wadi Rum, beau et fier en prince oriental venant défier le colonel Lawrence  dont le rêve rejoignait le sien. On l’appréciera tout autant dans le rôle du docteur Jivago auprès de la belle Julie Christie, chassé de son domaine par les milices communistes  lors des premiers pas de l’URSS soviétique. Ce qui frappait chez lui, c’était probablement son regard, sa prestance, son romantisme, cette allure altière qui savait se faire proche, tendre et humaine. David Lean avait tout de suite mesuré son potentiel de séduction et lui confiera  deux rôles légendaires qui ont fait de lui un mythe, l’un de ses acteurs voués aux galaxies les plus  hautes et les plus inaccessibles.

 

Né en avril 1932 à Alexandrie dans une famille d'origine libanaise, Michel Dimitri  Chalhoub est le fils de Joseph Chalhoub, marchand  de bois précieux, et de Claire Saada. Élevé dans le rite grec catholique, il se convertit à l’islam pour pouvoir épouser l'actrice égyptienne Faten Hamama, dont il a plus tard divorcé et dont il aura un fils Tarek.

 

Après de bonnes études au Collège britannique Victoria d’Alexandrie où il étudie les mathématiques et la physique ainsi que plusieurs langues dont le français, le grec, l’italien, l’anglais et le turc, il travaille quelques années dans l’entreprise de bois précieux de son père avant d’aller parfaire son métier d’acteur, pour lequel il se sent une vocation, à la prestigieuse Royal Académie of Dramatic Art de Londres. De retour en Egypte, il est découvert par son compatriote, le cinéaste Youssef Chahine qui le fait débuter dans « Le démon du désert », puis le fera jouer dans « Les eaux noires » auprès de la star égyptienne de l’époque Faten Hamama qu’il épousera en 1954. Devenu une vedette en Egypte, il y tournera 26 films sous le pseudonyme de Omar El Sharif qui, tous, ne seront pas des chefs-d’œuvre.

 

En 1962, il est remarqué et engagé par David Lean pour être le prince Ali Ibn Kharish dans son premier film occidental et international « Lawrence d’Arabie », au côté de Peter O’Toole, film pour lequel il prend son pseudonyme définitif d’Omar Sharif et qui  lui méritera une célébrité mondiale et un Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle, ainsi qu’une nomination pour l’Oscar du Meilleur Second Rôle 1963. C’est alors qu’il divorce, malgré des sentiments partagés  pour « incompatibilité de la vie de couple avec la vie d’acteur international »  et s’installe avec son fils à Hollywood, ayant signé un contrat de sept ans avec les studios « Colombia Pictures ».

 

En 1965, il récidive avec un triomphe mondial dans « Le docteur Jivago », une autre réalisation du cinéaste britannique David Lean pour lequel il obtiendra le Golden Globe du meilleur Acteur, consécration d’une carrière exceptionnelle. Par la suite, il jouera dans une soixantaine de films américains et français dont « Mayerling » de Terence Young,  auprès de Catherine Deneuve en 1968, « Funny Girl » de William Wyler en 1968 avec Barbra Streisand avec laquelle il aura une liaison, « Le Rendez-vous » de Sidney Lumet en 1969, « La case » d’Henri Verneuil en 1971,  « 588 rue Paradis » d’Henri Verneuil en 1992 auprès de Claudia Cardinale. En 2003, son rôle d’épicier philosophe dans « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » de François Dupeyron lui permet d’être récompensé par le César du meilleur acteur 2004.

 

Dans la vie, cet amateur de bridge et de chevaux se partage entre Le Caire et Deauville et mène une vie dilettante où il consacre  de nombreuses heures à hanter les  hippodromes et les salles de jeux. Il est l’un des joueurs de bridge les plus réputés du monde et sera vice- champion du monde en 1971 face à Pierre Jaïs et vice-champion d’Europe seniors en 1999 à Malte.

   

Atteint de la maladie d’Alzheimer, il entre dans une clinique privée au Caire où il meurt en ce mois de juillet 2015 d’une crise cardiaque. 

 

 

Pour prendre connaissance du film sur Lawrence d'Arabie ,ciquer sur son titre :

 

Lawrence d'Arabie, de la réalité à la légende

 

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 09:55
MY OLD LADY d'ISRAËL HOROVITZ

Mathias, la cinquantaine, un new-yorkais divorcé et sans ressources, débarque à Paris pour vendre la maison qu’il a héritée de son père. Il découvre alors que ce magnifique hôtel particulier du Marais est habité par une vieille dame de 92 ans, Mathilde et par sa fille Chloé. Un hôtel particulier que Mathilde avait cédé autrefois en viager à son père, coutume typiquement française que ne comprend évidemment pas cet Américain pragmatique, qui, non seulement se retrouve dans l’obligation de devoir payer une rente mais dans l’impossibilité de vendre son bien. L’argument de cette pièce du dramaturge Israël Horovitz est excellent mais le traduire ensuite, et pour son premier coup d’essai derrière une caméra, en film, est une autre affaire. Le résultat est un opus bavard et passablement ennuyeux que trois excellents comédiens ne parviennent pas à rendre vraiment ni attractif, ni émouvant.

 

Le Paris décrit est celui d’un touriste lambda sans grande imagination et surtout le scénario manque de rebondissements et se déroule selon un narratif trop linéaire qui aurait mérité quelques  flash-backs pour y gagner un sursaut d’animation. Là, il s’agit simplement d’une pièce filmée, d’un quasi huis clos où chacun des protagonistes dévoile ses douleurs secrètes, ses ratages, son mal de vivre et ses désillusions. Et cela est long, assez terne dans le narratif. On y voit, pour nous convaincre de sa douleur, un Kevin Kline monologuant une bouteille de vin rouge à la main pendant d'interminables tirades qui sont trop banales pour susciter une véritable adhésion. Cependant, les trois acteurs ne manquent pas de talent et sauvent le film du désastre grâce à la finesse de leurs expressions, à une sorte de dévoilement qui parfois se teinte d’une lichette d’ironie. Il y a Kristin Scott Thomas, coincée entre une enfance triste et une maturité bancale, sans éclat et sans passion, une Maggie Smith comme toujours merveilleuse de présence et d’expressivité, surtout lorsqu'elle laisse deviner qu'elle est en train de dire le contraire de ce qu'elle pense - et qui, nous lisant le code pénal, parviendrait encore à nous faire sourire et à nous séduire, et Kevin Kline, dans le rôle de Mathias, qui se débat dans une suite de situations où il prend simplement la mesure de lui-même et de ses échecs, résultat d’une enfance désastreuse où il a vu sa mère, délaissée par un mari volage, faire plusieurs tentatives de suicide jusqu’à ce que la dernière l’emporte définitivement ad patres. Mais ces longs monologues, bien que non dénués d’intérêt tant ils expriment la douleur des enfants face aux  inconséquences de leurs parents, à leur inconscience et à leur égoïsme, méritaient d’être illustrés par des images, n’est-ce pas la vocation du cinéma d’imager un propos, et c’est bien pourquoi le bât blesse : Horovitz filme sa pièce sans l’adapter aux exigences du 7e Art.

 

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 09:46
LOIN DE LA FOULE DECHAINEE de THOMAS VINTERBERG

Dans une Angleterre rurale et victorienne vit Bathsheba Everdene (Carey Mulligan), une orpheline sans le sou, mais non sans éducation, ni beauté. Décidée à préserver sa liberté, elle méprise les jeunes femmes éblouies par la première moustache conquérante. Un héritage fait d’elle la propriétaire d’une ferme qui assure son indépendance et qu’elle dirige avec autorité. Trois soupirants gravitent cependant autour d’elle: le fidèle Gabriel Oak (Matthias  Schoenaerts), berger de son état qui deviendra son régisseur et a renoncé à toute prétention sur elle, le pathétique M. Boldwood ( Michael Sheen ), un riche fermier voisin, et le séduisant Sergent Frank Troy (Tom Sturridge). Libre de toute obligation, Bathsheba va mener sa propre éducation sentimentale, semée d’innombrables coups du sort, et perdre parfois force et clairvoyance.

 

 

Cette adaptation du roman de Thomas Hardy, à laquelle certains critiques ont reproché son académisme, offre, selon moi, un romanesque à l’ancienne plein de charme, délicieusement classique, certes, mais superbement filmé dans les décors naturels des paysages britanniques. Michael Sheen est parfait dans son rôle de soupirant douloureux dont les événements vont contrarier les aspirations, tandis que Tom Sturridge interprète le parfait séducteur, sûr de lui et hypocrite à souhait. Voilà un film délicat et attrayant qui renoue avec la tradition des films d’époque et les suites de tableaux d’amours malheureux et d’impératifs de vie qui mettent en danger les sentiments les plus authentiques. On voit aussi combien les conditions sociales peuvent laisser une forte  empreinte au plus profond des cœurs. En effet, rien ne se résoudra comme on le souhaiterait, tant la société et ses impératifs conditionnent trop souvent la vie amoureuse. Cet opus a pour autre mérite de composer un beau portrait de femme, femme de caractère parfaitement campée par Carey Mulligan qui lui prête sa grâce, sa fragilité et sa détermination, confirmant le jeu à fleur de peau d’une comédienne de tout premier plan.

 

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 09:29
Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin

Voici le dénommé Paul Dédalus (patronyme que l’on ne croise pas pour la première fois dans la filmographie de Desplechin), anthropologue, interprété, dans sa maturité, par un Mathieu Amalric au regard toujours aussi fixe. Ayant vécu loin de France pendant près de vingt ans, il s’apprête à quitter le Tadjikistan pour retrouver sa terre natale et y prendre un poste dans un ministère. À sa descente d’avion, des policiers l’attendent et lui demandent de les suivre. Le voilà bientôt devant un enquêteur des services secrets (André Dussolier), qui doute de sa véritable identité et lui révèle qu’un autre Paul Dédalus, né au même endroit et le même jour que lui, demeure en Australie. Qui est le vrai? Le spectateur est ainsi embarqué sur une piste qui, finalement, va le conduire à une actualité tout autre et, la parenthèse fermée, lui conter une histoire d’amour bancale mais très attachante.

 

 

À la suite de cette brève entrée en matière, Arnaud Desplechin nous entraîne dans une quête vertigineuse de l’identité, ce qu’avait probablement pour objectif le préambule rocambolesque et qui, désormais, constitue le tissus sensible de cet opus. Car la singularité d’une existence est-elle affaire de date, de nom, de lieu ou d’expériences? Procède-t-elle  d’une somme de moments successifs et souvent disparates ou, plus précisément, de la mémoire que l’on en conserve? Devant lenquêteur dubitatif, Paul Dédalus évoque un voyage effectué en Ukraine avec sa classe de lycée, où, pour aider un camarade engagé dans le soutien aux Juifs dEurope de l’Est, il avait pris de gros coups de poing dans la figure, au propre et au figuré.

 

 

Puis d’autres souvenirs s’égrènent: familiaux la plupart, entre crises de folie de la mère, (que l’on s’explique mal, c’est le seul point obscur de ce film délicat), violence incompréhensible du fils aîné, solitude du père devenu veuf, mysticisme du fils cadet mal dans sa  peau et l'idylle en dents de scie de Paul avec Esther, grande passion jamais oubliée. Une jeunesse à Roubaix – où le cinéaste est  né en 1960 –, puis à Paris, avec les études d’anthropologie auprès d’un professeur qu’il admire, l’ouverture au monde et la distance qui sépare Esther de Paul, et  Paul d’Esther…Une liaison constamment entrecoupée de séparations qui est, parmi cette succession d’évocations, la plus prégnante.

 

 

Narrés avec une certaine distance, un ton décalé, un ton souvent désabusé, mais aussi un sens certain du lyrique et du tragique, ces Souvenirs… sont portés avec  naturel  par deux jeunes acteurs : Quentin Dolmaire (Paul Dédalus jeune), repéré au Cours  Simon, et Lou Roy-Lecollinet (Esther), tout droit venue de sa classe de terminale, option théâtre. Ces deux novices, très prometteurs, s’épanouissent sous l’œil de la caméra d’Arnaud Desplechin, qui n’a pas son pareil pour puiser chez ses acteurs la matière la plus sensible, la plus frémissante de son film. Il signe avec eux un voyage romanesque vers la jeunesse telle qu’on la vit aujourd’hui avec ses excès et ses dépendances. Et, toujours, sans retour possible…

 

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Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin
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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 10:16
LA MAISON AU TOIT ROUGE de YOJI YAMADA

Nous sommes au Japon en 1936. Taki quitte sa campagne natale pour travailler comme bonne dans une petite maison bourgeoise en banlieue de Tokyo. C’est le paisible foyer de Tokiko, son mari Masaki et leur fils de 6 ans. Mais quand Ikatura, le nouveau collègue de Masaki qui travaille dans l'industrie du jouet, entre dans leurs vies, Tokiko est irrésistiblement attirée par ce jeune homme beau, sentimental et délicat, et Taki devient le témoin de leur amour clandestin. Alors que la guerre éclate, elle devra prendre une terrible décision. Soixante ans plus tard, à la mort de Taki, son petit neveu Takeshi, qui l'a incitée à rédiger ses mémoires,  trouve dans ses affaires une enveloppe scellée qui contient une lettre. Il découvre alors la vérité sur ce secret si longtemps gardé. 


 

Avec son style épuré, principalement composé de plans fixes et de flash-backs, « La Maison au toit rouge » dépeint avec intelligence et sensibilité une tranche de vie au travers des affres de l’Histoire avec un grand H et instaure une merveilleuse atmosphère intimiste. Le choix de la couleur rouge n’est pas neutre pour la simple raison qu’elle tranche volontairement sur le décor monochrome si courant dans les années 1930 et symbolise la transgression que s’apprête à vivre une famille classique dans le Japon d’alors. D’autre part, au cœur de cette société figée dans ses codes sociaux et familiaux immuables, le rouge écarlate se démarque par sa connotation de richesse, d’abondance et exprime la passion soudaine qui s’empare d’une jeune femme d’une grande beauté tenue dans les étroites frontières du domicile conjugal et de la vie domestique. Enfin le rouge est là pour marquer les effroyables événements qui se préparent : la guerre et les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, enfin les bombardements de Tokyo durant lesquels la famille disparaîtra. C’est donc la couleur du sang et de  la mort après celle de la passion.

 


Le réalisateur, Yoji Yamada (La Servante et le samouraï),  filme cette vie familiale discrète d’une caméra délicate et avec une grande justesse de ton, privilégiant le hors champ afin de souligner l’adultère et l’expression physique des sentiments. Grâce à ce procédé, le voyeurisme de la servante s’exprime avec la pudeur nécessaire sans que rien ne soit gommé de son intensité de témoin confiné dans l’ombre. Cette construction narrative est en parfaite adéquation avec le sujet : une vie close sur elle-même et déjà ouverte aux affres d’un monde en pleine mutation, à la croisée des chemins entre passé et avenir. Et ce n’est pas tellement l’histoire d’amour d’un artiste en sursis de guerre et d’une jeune épouse insatisfaite que nous conte le réalisateur, mais tout autant celle d’une servante qui devient adulte et de témoin passif s’immisce dans l’histoire interdite qui se déroule sous ses yeux, au point de s’opposer à sa conclusion.


 

Il y a aussi le rôle de l’enfant qui tient une place importante dans cette construction, puisqu’à la fin il sera le dépositaire d’un secret qui a hanté toute la vie de la servante Taki. Je n’en dirai pas plus, mais ce film est un chant douloureux et pudique d’une tranche d’histoire très joliment traduite en images, cela avec sobriété et une lenteur qui fixe les traits de chacun des personnages de façon captivante.

 

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LA MAISON AU TOIT ROUGE de YOJI YAMADA
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 09:34
TAXI TEHERAN de JAFAR PANAHI

Installé au volant de son taxi, Jafar Panahi sillonne les rues animées de Téhéran mais endeuillées par ces femmes en noir et voilées que l’on croise à chaque instant. Au gré des passagers qui se succèdent et se confient à lui, le réalisateur nous offre un témoignage de l’état de la société iranienne d’aujourd’hui, saisie sur le vif et dans un contexte lucide et sans détours.


Depuis qu’il lui a été interdit d’exercer son métier de cinéaste en 2010 – et ce, après un emprisonnement lié à sa participation à une manifestation contre la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad –, Jafar Panahi n’a cessé de réaliser des films. Dont deux tournés dans son appartement : « Ceci n’est pas un film » (2011) et « Closed Curtain » (Ours d’argent à Berlin en 2013). Empêché de sortir d’Iran pendant vingt ans, il n’a pu répondre à l’invitation d’être juré au Festival de Cannes. 


« Taxi Téhéran », ( Ours d’argent en 2015 ), c’est d’abord un vieux véhicule et une caméra cachée qui déambulent, dès les premières heures du jour, dans un Téhéran grouillant de vie. Premier arrêt : un homme monte près du chauffeur et raconte une anecdote évoquant un vol de roues de voiture et appelant à en pendre les auteurs. La femme, qui est déjà assise à l’arrière, intervient pour exprimer son désaccord. L’homme loue alors les lois de la charia, la femme lui rétorque que la seule conséquence de son application est de placer l’Iran au second rang, après la Chine, des pays qui ont le plus recours à la peine capitale. L’homme, exaspéré par les idées progressistes de cette enseignante, sort du taxi en clamant qu’il est un voleur à la tire… Monte alors une femme éplorée, qui accompagne son mari blessé à l’hôpital, mais semble surtout préoccupée qu’il lui laisse un testament qui la mette à l’abri du besoin et de l’âpreté de ses beaux-frères, ce qu’il accepte de faire sur le portable du chauffeur. Ce sera ensuite un homme qui vend des DVD et CD car, en Iran, tout ce qui a trait à la culture, sensée émanciper la population, se joue sous le manteau, bien entendu.


Mais le moment le plus intéressant est celui où le taximan va chercher sa nièce à l’école. Cette petite fille, pleine de verve, nous délivre une vraie leçon de cinéma selon les codes transmis par son institutrice, car elle est chargée, par cette dernière, de faire un court métrage transmissible, c’est-à-dire en mesure d’éduquer les Iraniens selon les exigences du Coran, ce qui oblige la fillette à proposer un travail en phase avec les consignes officielles.


Embarquent enfin un ancien voisin du réalisateur qui lui confie avoir été victime d’une agression, et une amie avocate, Nasrin Sotoumek, qui sort de trois années d’emprisonnement pour avoir défendu une jeune femme, elle-même sous les verrous, à la suite d'un match de volley-ball masculin auquel elle avait assisté. Depuis, Nasrin Sotoumek s’est vu signifier l’interdiction d’exercer son métier et de sortir du pays pendant vingt ans. Ainsi, le cinéaste nous propose-t-il un échantillonnage éloquent des interdits qui s’appliquent dans un pays placé sous le joug tout puissant des mollahs.


De ces péripéties diverses, nous retiendrons le voyage, à défaut de la destination, tant celle-ci reste du domaine du rêve et de l’utopie, dans le quotidien du peuple iranien. Un voyage réalisé avec une simple caméra orientable, une voiture pour décor unique, quelques personnages qui discutent, un film réalisé avec rien d’autre que des témoignages, des instants d’existence plus bancals et cocasses les uns que les autres. Une prouesse dont le principal mérite est d’avoir, à travers ces rencontres, ces arrêts, ces courses, dressé un portrait à la fois drôle, tendre, terrifiant et lucide de la société iranienne. Et ceci, avec beaucoup de sensibilité et de compassion, sans omettre une pincée d’humour.


Passager de sa propre aventure, Jafar Panahi nous délivre un manifeste aussi bien politique que cinématographique. C’est assurément un hymne à la liberté que de filmer en bravant les interdits dans une société qui n’est faite que de cela. On sort de la projection de « Taxi Téhéran »  comme si nous venions d’être les témoins d’un moment de vie dans une capitale cadenassée.

 

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TAXI TEHERAN de JAFAR PANAHI
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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