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17 mai 2006 3 17 /05 /mai /2006 15:42

Collection Christophe L.   VIDEO



Ingmar Bergman,
fils d'un pasteur luthérien,
naquit à Uppsala en 1918 et fut, dès son enfance, en proie à des doutes et des préoccupations métaphysiques. La vie austère qu'il menait dans sa famille, l'éducation stricte qu'il reçut, en firent un enfant inventif et rêveur. Il éprouva très tôt une véritable fascination  pour le monde du spectacle, monde qui figurait pour lui le fantastique, le mythique, l'imaginaire, en contradiction avec la vie ordinaire, et lui permettait d'outrepasser les interdits. En compagnie de sa soeur, il montait des spectacles et prêtait aux marionnettes qu'il animait ses audaces et ses fureurs, ses désirs et ses révoltes. Ainsi envisagea-t-il l'art comme le lieu idéal de la transgression, celui où l'homme s'autorise à vivre  une vraie vie, celui où l'on franchit le seuil des tabous et des peurs. Il est vrai qu'il fût toujours en quête de l'effrayante vérité, celle qui, ne cessant  de se réfugier dans les replis ultimes de notre inconscient,  inspirera son oeuvre et l'incitera à exiger de ses acteurs et de ses actrices le paroxysme. Metteur en scène au regard implacable, il fut pour lui-même et les autres d'une exigence parfois impossible à satisfaire. Tourner sous sa direction était un honneur autant qu'une épreuve. Eric Rohmer - qui l'admirait - écrivit  à son propos :  L'art de Bergman est si franc, si neuf, que nous oublions l'art pour le problème des problèmes et son cortège infini de corollaires. Rarement le cinéma a su porter si haut et réaliser si pleinement nos ambitions.
 


Max von Sydow. Collection Christophe L.

 
 

Le Septième Sceau fut tourné en 1956 et se vit attribuer en 1957 le Grand Prix Special du Festival de Cannes, alors que le cinéaste suédois avec déjà produit quelques-uns de ses chefs- d'oeuvre :  Jeux d'été ( 1950 ), Monika ( 1953 ), La nuit des forains ( 1953 ), Sourires d'une nuit d'été ( 1955 ).

"Et lorsque l'Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit dans le ciel un silence d'environ une demi-heure".


"C'est l'ombre de la mort qui donne relief à l'existence ", disait-il et ce film, qu'est-il d'autre, sinon une longue méditation sur le sens de la vie, que la mort vient implacablement interrompre, dans sa trajectoire terrestre et humaine ? Un pessimisme fondamental, dont Kierkegaard est peut-être l'un des inspirateurs et père spirituel, mêle les thèmes du désespoir, de la révolte, de la misère d'une humanité sans amour, mais non sans Dieu, dont la présence sera ré-affirmée dans son film  La Source ( 1959 ), comme l'unique moyen de réconciliation entre les vivants.


L'histoire est la suivante : un Chevalier interprété par Max von Sydow - avec lequel Bergman tournera plusieurs longs métrages - revient des Croisades, lorsque lui apparaît -au bord de la mer - sur une grève sauvage et solitaire, la mort. Pour gagner du temps et peut-être découvrir l'ultime vérité, le Chevalier lui propose une partie d'échecs. Autour d'eux, dans la Suède du XVIe siècle, que l'usage du noir et  blanc restitue dans une sorte de dépouillement minéral, la peste sévit, fauchant les vies avec une sombre indifférence.


Je veux utiliser ce délai ( celui que lui accorde la partie d'échecs ) a quelque chose qui ait un sens.
- C'est pourquoi tu joues avec la mort ?
- C'est une habile tacticienne mais je n'ai encore perdu aucune pièce.
- Comment espères-tu la déjouer ?
- Je jouerai avec mon cheval et mon fou.
- Je veux savoir, pas croire, dit encore le Chevalier à son partenaire, la mort. Je veux que Dieu me tende la main, qu'Il me dévoile son visage et qu'Il me parle.


Collection Christophe L.

 

Mais le silence de Dieu parait être la seule réponse que reçoive l'ancien Croisé. Et ce silence est intolérable. L'obsesssion de Bergman se dévoile dans ce film avec une troublante intensité. Même si aucune figure visible de Dieu n'existe, il ne peut pas ne pas y avoir une vérité à découvrir et à comprendre. Une vérité qui se livre et ne nous condamne plus à la vision improbable de son reflet. Chacun des protagonistes du film cherche quelque chose, parfois sans le savoir, ou possède quelque chose, parfois en l'ignorant. Ainsi le jongleur, simple en esprit, sorte d'Adam avant la chute, nimbé de la grâce de l'innocence. Ou bien le jeune couple de la troupe de comédiens ambulants qui consacre le plus clair de son temps à chanter et à s'aimer.Ceux-là ne seront pas emportés dans la sinistre farandole de la mort. Ceux-là représentent une humanité, encore dans sa pureté originelle, qui n'apostrophe ni Dieu, ni Diable, et se contente de vivre, malgré la peste noire et les épreuves innombrables, avec une naïve simplicité. 


Collection Christophe L.

 

Le grand mérite de ce film est d'abord d'être simplement un film et l'un des plus beaux que l'on puisse voir, bien qu'il comporte une part importante d'abstrait et de théorie. Son point de départ n'est pas - ainsi que nous le confie l'auteur - une idée mais une image. Et nous n'avons pas de peine à le croire, tant il y fait référence aux thèmes chers aux peintres et sculpteurs du Moyen-Age. S'il y a naïveté dans ces diverses allégories, c'est parce que Bergman a su retrouver la candeur et la saveur de cet art incomparable et qu'avec sa pellicule il en a restitué l'iconographie, sans céder au décalque, et en y ajoutant, pour notre plus grand bonheur, le fruit d'une création constamment originale.


Le Septième Sceau se déroule comme une longue fresque médiévale qui n'est pas sans évoquer les peintures du Hollandais Jérôme Bosch aux composantes mystiques et symboliques et  les danses macabres, fréquentes alors, sur les murs des cathédrales. L'époque est évoquée avec un réalisme sans outrance, mais volontairement détaché, qui ajoute à l'esthétisme de ce film bien séquencé. C'est, à mon avis, l'un des plus aboutis de Bergman. Grâce à lui, il connut d'ailleurs une renommée mondiale et se révéla comme l'un des maîtres incontesté de l'art cinématographique. D'autant qu'il  replace l'humain et le questionnement métaphysique au centre de nos préoccupations ;  ce, avec une écriture sobre et des images qui cernent l'essentiel au plus près. Les acteurs, conduits de main de maître, sont tous excellents. Leurs visages, saisis avec précision dans leur nudité la plus émouvante,  nous rendent étonnamment sensible le drame dans lequel le metteur en scène les immerge. Un film qui fait date et a le mérite de nous remettre en phase avec les problèmes fondamentaux de notre destinée.


Pour lire l'article que j'ai consacré au cinéaste, cliquer sur son titre :  
 

 

INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  


LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

                        

 

 

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13 mai 2006 6 13 /05 /mai /2006 20:30

     VIDEO


Orson Welles,  né le 6 mai 1915 à Kenosha dans le Wisconsin, avait 25 ans lorsqu'il réalisa Citizen Kane. Formé, en tant qu'acteur de théâtre, à la Todd School de Woodstock, il commence par adapter et filmer des pièces pour la radio et le cinéma avec sa troupe, la " Mercury Théâtre ". Dès son jeune âge, il apparait comme un meneur, épris de nouveauté et doté du sens de la dérision, d'autant que la mort de ses parents l'oblige trop vite à se prendre en charge et à se débrouiller seul. La solitude va marquer sa vie et celle de ses héros.


Orson Welles. Carlotta Films   Orson Welles

 

Citizen Kane  nous conte l'existence compliquée et conflictuelle d'un magnat de la presse ( il s'est inspiré de William Hearst ), sur laquelle pèse une énigme, que le cinéaste va amplifier et aggraver à plaisir, mais avec quel talent !. Que signifiait, en effet, ce mot " rosebud " que Kane avait prononcé juste avant de mourir ? La vie du personnage est  retracée d'après l'enquête conduite scrupuleusement par un journaliste, à l'aide de flashbacks, qui sont utilisés, pour l'occasion, de façon inhabituelle, autorisant le cinéaste à des variations qui s'appliquent toutes à déconstruire le temps.Chacun de ceux qui ont côtoyé Kane donne de lui une version différente, si bien que les récits s'entrecroisent, brouillent les pistes et accroissent le sentiment de mystère qui nimbe la personnalité du héros.

 

Ainsi Welles introduisait-il, dans le jeune cinéma américain, des innovations que ses successeurs utiliseront avec plus ou moins de bonheur.  Mais, à moins de trente ans, il  venait de marquer d'une empreinte indélébile le cinéma international, son influence ayant  tôt fait de déborder les frontières de l'Amérique. Ainsi a-t-il  eu recours à la "profondeur du champ", comme si les scènes se superposaient ou s'entrechoquaient, dilatant l'espace, ainsi que le flashback avait déconstruit le temps, et offrant à l'art cinématographique des possibilités encore insoupçonnées.

 

Malgré les trouvailles techniques, esthétiques, narratives, le film fut un échec commercial. La firme RKO retira même à son auteur le droit de superviser ses films suivants. Ainsi en va-t-il trop souvent des novateurs, rarement reconnus de leur vivant. Le génie hors norme de Welles et son goût du subversif en faisaient un homme à part, qui ne parvenait pas à s'adapter à la cuisine des grands studios hollywoodiens. Il aimait trop l'outrance des personnages grandioses et monstrueux. En amour, il ne fut guère plus heureux, mais il laisse derrière lui une filmographie remarquable, où voisinnent Othello et Macbeth, auxquels il devait s'identifier. Citizen Kane, son film de jeunesse, le place aux côtés d'un Eisenstein ou d'un Dreyer. Oeuvre personnelle s'il en est,  réflexion désabusée sur le sens de la vie et le tragique du destin humain, il y révèle son savoir-faire, son habileté et sa formidable originalité de créateur.

 


Pour lire l'article consacré à Orson Welles, cliquer sur son titre :

ORSON WELLES OU LA DEMESURE

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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11 mai 2006 4 11 /05 /mai /2006 10:14

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr      


Sergheï Mikhailovitch Eisenstein est né à Riga en Lettonie le 23 janvier 1898. Après de brillantes études -  il était un dessinateur prolifique et un personnage très cultivé, dont les écrits extra-cinématographiques sont malheureusement peu connus - il s'engage dans l'Armée Rouge. Démobilisé en 1920, il se destine alors à une carrière de metteur en scène et de décorateur de théâtre. Quatre ans plus tard, il réalise son premier long métrage  La Grève et  l'année suivante  Le Cuirassé Potemkine, film qui a beaucoup contribué à sa célébrité et dont la scène fameuse de la poussette dévalant un escalier reste un des grands moments du cinéma. En 1931, il part au Mexique tourner Que viva Mexico, projet qui n'aboutira pas davantage que son premier film parlant " Le Pré de Béjine" d'après une nouvelle de Tourgueniev.
 

        

C'est en 1941 qu'il entreprend son film  Ivan le Terrible, dont l'action se situe en l'an 1547, lorsque le Grand Duc de Moscovie est couronné tsar de toutes les Russies. Le film se déroule dans l'atmosphère oppressante des complots : ceux des Boyards qui craignent pour leurs privilèges et ceux de ses proches qui jalousent son pouvoir grandissant. Ivan a heureusement l'appui du peuple dans son effort pour faire de la Russie féodale un puissant Etat centralisé.


En effet, Ivan IV doit faire face, non seulement aux intrigues de la cour, mais à l'opposition de sa propre tante Euphrosina. En public, toutes les marques de respect lui sont prodiguées, alors qu'en privé il est insulté et outragé. Après son mariage, il réussit à prendre Kazan, la ville de ses ennemis, les Tatars, qui lui contestaient le titre de tsar. De retour à Moscou, il tombe malade, empoisonné par ses opposants. Une fois rétabli, il fait part de son désir de gouverner pour le bien du peuple. Son grand discours sur la place Rouge est acclamé. Fort de cette ferveur populaire, Ivan entreprend alors une terrible vengeance.

 

Ivan le terrible concentre son action sur la personnalité du premier tsar de toutes les Russies en privilégiant, par ailleurs, une méditation sur la violence du pouvoir ( d'où le mécontentement de Staline probablement ), cela à travers des séquences d'une grande beauté plastique. Ce film révèle un artiste en recherche permanente pour qui le 7e Art était d'abord un discours esthétique. Ainsi a-t-il réussi une fresque grandiose aux dimensions inégalées. Comme à son habitude, et malgré l'ampleur de l'enjeu, Eisenstein  y poursuit ses vertigineuses expériences. A la fois lyrique, monumental et dramatique, le film est l'aboutissement de ses recherches de cinéaste. Les audaces stylistiques, le montage polyphonique en font son oeuvre la plus aboutie, bien que le second volet ne sera rendu public qu'en 1958, dix ans après sa disparition.

 

Son influence n'en fut pas moins immense, particulièrement sur la génération " nouvelle vague" et sur des cinéastes comme Resnais, Bresson et Godard. Si l'oeuvre reste inachevée, du fait de la mort d'Eisenstein survenue à l'âge de 50 ans, ce dernier opus correspond, dans l'ensemble de son oeuvre, au passage du conflit collectif au drame personnel, de l'intérêt qu'il portait à une foule sans visage à celle qu'il accorde soudain au héros solitaire, entre l'image pleine de compassion qu'il se faisait du petit peuple grouillant et celle grandiose et inhumaine du monarque.

 

Il n'est pas incongru de supposer qu'Ivan était une projection de Staline, devenu un tyran et qui aspirait à changer la Vieille Russie. Cette supposition affleura certainement dans l'esprit du dictateur, puisque le film ne put être projeté dans les salles qu'après sa mort et celle de son auteur, par la même occasion. "Il n'est pas d'art sans conflit" - écrivait Eisenstein et il nous le démontre superbement en nous faisant vivre le combat singulier de son héros aux prises avec les événements qui le conduiront à son déclin, à sa chute et à son anéantissement. Outrepassant l'ancienne distinction entre le contenu et la forme, il déclarait que si le contenu était un principe d'organisation, le principe d'organisation de la pensée constituait, en réalité, le véritable " contenu" de l'oeuvre.

 

Quoi qu'il en soit, Ivan le Terrible reste une film magistral, où Eisenstein tire toutes les ressources esthétiques que permet l'alliance de l'image et de la musique - en la circonstance celle admirable de Prokofiev - ainsi que du montage comme construction plastique, ce qui était une véritable innovation à l'époque. Cette originalité et cette intuition qu'il avait de ce que le cinéma était en mesure de révolutionner dans l'art, ont placé au rang des maîtres celui que les étudiants de la cinémathèque nommaient volontiers, à cause de ses initiales "Sa Majesté Eisenstein".


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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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IVAN LE TERRIBLE de S.M. EISENSTEIN
IVAN LE TERRIBLE de S.M. EISENSTEIN
IVAN LE TERRIBLE de S.M. EISENSTEIN
IVAN LE TERRIBLE de S.M. EISENSTEIN
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9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 13:38

2779__jour_de_colere__09.jpg                                     

 

" Au théâtre, vous avez des mots. Et les mots emplissent l'espace, restent dans l'air. On peut les écouter, les sentir, éprouver leur poids. Mais au cinéma, les mots sont très vite relégués dans un arrière-plan qui les absorbe".Carl Th. Dreyer 1965

U
ne femme, accusée de magie noire dans un village du Danemark en l'an 1623, maudit les notables qui l'ont condamnée au bûcher. Cette petite société, écrasée dans son conformisme et ses peurs, se voit soudain mise en face de ses responsabilités. L'atmosphère morbide et étouffante qui règne dans ce petit coin de la province scandinave est décrite par le cinéaste Carl Th. Dreyer avec un réalisme sans complaisance. Admirablement traité, avec les ressources du clair obscur, que permettaient les pellicules en noir et blanc d'alors, Jour de colère ( Dies irae ) tourné en 1943, est d'une austérité qui sert à la perfection ce sujet difficile. J'avais vu le film jeune étudiante à la cinémathèque et n'ai pu l'oublier. Un poème plein de silence. Du vrai cinéma de par la force des images et l'économie du verbe. Un cinéma de l'écriture contre le spectacle et le théâtre du texte et du discours, c'est sans doute ce qui a motivé l'oeuvre cinématographique de Carl Dreyer qui a conçu son art comme un artisan. En 1933, dans un article intitulé 'Le vrai cinéma parlant", il laisse éclater son indignation à l'égard du théâtre et des décors fabriqués. Et déclare que le cinéma doit retourner à la rue, entrer dans de vraies maisons. Qu'on puisse construire des décors, reconstituer des tronçons de rue, les jardins d'une villa sont pour lui des projets révoltants. Quelques pages plus bas, il ajoute : " Je réserve mon jugement définitif jusqu'à ce que j'aie fait un film cent pour cent en studio ".La réponse viendra trente ans plus tard, frappée du sceau de la sérénité. Le film s'appelle Gertrud.

Dreyer a toujours écrit. Sa vie est sillonnée de projets qui dépassent de beaucoup le continent immergé de ses films. D'ailleurs le réalisateur est venu au cinéma par l'écrit, en exerçant conjointement les métiers de journaliste et de scénariste. Il sera un moment chroniqueur judiciaire pour un quotidien et rédigera plus de mille articles. Sa trajectoire cinématographique couvre à elle seule la plus grande partie du siècle dernier et un film comme Gertrudtombe comme un météore en pleine Nouvelle Vague, déconcertant une époque qui, peu à peu, retourne à la rue comme l'avait prophétisé le danois dès 1933. Si Dreyer apparaît comme un cinéaste différent, singulier, dérangeant, c'est pour la raison qu'il est resté secrètement marqué par le muet. Dans le muet, il y a un temps pour l'image et un temps pour le texte, un temps pour voir et un temps pour lire. Alors que le théâtre est l'art du faux. Il semble bien alors que la détermination secrète de l'auteur soit une quête de vérité. Il ira même jusqu'à poser les préceptes d'un "cinéma-vérité". Il écrira à ce propos : " Le véritable film parlant doit donner l'impression qu'un homme, équipé d'une caméra et d'un micro, s'est glissé dans un des foyers de la ville ".La caméra, selon lui, sera transgressive. Contrairement au théâtre qui voile, elle dévoile, elle révèle, le vieillard doit être un vrai vieillard, les gémissements de la femme dans Ordet sont ceux d'une femme qui accouche réellement, de même que le maquillage est éliminé. La force du cinéma, c'est de montrer les choses et les êtres tels qu'ils sont.

 Dreyer a trop la passion de l'authentique pour supporter les masques de la pantomime théâtrale. Ceux qui ajoutent le faux au faux procèdent par addition et superposent les masques à l'infini au point de les vouer au néant. Alors que ceux qui agissent par soustraction finissent par faire rendre au faux sa vérité ultime. Dénuder pour mieux dévoiler, aller à l'extrême de la personne et au-delà du corps chercher l'esprit. Telle est sa politique de cinéaste. Dreyer n'a-t-il pas écrit : Dans tout art, c'est l'homme qui est déterminant. Dans un film, oeuvre d'art, ce sont les hommes que nous voulons voir et ce sont leurs expériences spirituelles, psychologiques que nous voulons vivre. Nous désirons que le cinéma nous entrouvre une porte sur le monde de l'inexplicable".

Une telle perspective est bien celle de Jour de colère, où la tension est moins le résultat d'une action extérieure que celui des conflits de l'âme. N'est-il pas vrai, d'ailleurs, que les grands drames se jouent dans le secret ? Les hommes cachent leurs sentiments et évitent de laisser voir sur leur visage les tempêtes qui sévissent dans leur esprit. La tension est souterraine et ne se déclenche que le jour où la catastrophe arrive. C'est cette tension latente, ce malaise couvant  sous l'apparence banale de la famille du pasteur - a dit le cinéaste à propos de ce film -  qu'il m'a toujours semblé important de faire apparaître. Il y a certainement des gens qui eussent préféré un développement plus violent.  Mais regardez autour de vous et remarquez comme les plus grandes tragédies se passent d'une manière très ordinaire et très peu dramatique. Peut- être est-ce ce qu'il y a de plus tragique dans les tragédies ? Ce qui a lieu sur l'écran n'est pas la réalité et ne doit pas l'être, car si cela était, ce ne serait pas de l'art. Nous avons cherché - a poursuivi Carl Dreyer - mes acteurs et moi, à jouer vrai pour créer des hommes vivants et authentiques. J'ai mis en garde les uns et les autres contre le faux et l'extérieur. J'ai tâché, autant que possible, d'être impartial. Il est vrai que le prêtre condamne la bonne vieille sorcière mais ce n'est pas parce qu'il est méchant et cruel. Il ne fait que refléter les préjugés et les idées religieuses du temps. Lorsqu'il tourmente sa victime pour lui arracher des aveux, c'est que l'aveu assurait aux accusés la vie éternelle.
D'une façon générale, le metteur en scène doit être libre de transformer la réalité afin qu'elle s'identifie à la simplicité de l'image qu'il a envisagée. Tout créateur est confronté au même problème : il doit s'inspirer de la réalité, puis s'en détacher, afin de couler son oeuvre dans le moule de son inspiration. Ce dépouillement, cette simplicité si caractéristiques du cinéma de Dreyer sont assurément l'art suprême et ont contribué à rendre ses films indémodables. Curieusement, en jouant avec le minimum de moyens, il est parvenu à dire le maximum de choses et à atteindre l'essentiel. On retrouve cela dans quelques toiles de grands peintres : une paire de galoches, une chaise vide, une fleur oubliée suggèrent davantage qu'un assemblage hétéroclite d'objets. Là où la surabondance disperse et embrouille, le dénuement rassemble et éclaire et la leçon vaut dans tous les cas.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN   

 



                        Thorkild Roose.

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8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 18:17

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                                          VIDEO 
 

 

Charles Chaplin est né à Londres le 16 avril 1889 de parents pauvres qui travaillaient dans le music-hall. La vie familiale fut pertubée par un père alcoolique et une mère sujette à de fréquentes crises de folie. L'enfance du petit Charles sera misérable, mais elle fit de lui un observateur attentif du monde grouillant des quartiers populaires de Londres. Après une tournée de music-hall, il va se fixer aux Etats-Unis, où il produira une soixantaine de films avec des firmes différentes, dont quelques inoubliables chefs-d'oeuvre. Il crée, avec d'autres grands noms, la compagnie United Artist ( artistes associés ), mais soupçonné de sympathie avec le parti communiste par la Commission des activités anti-américaines, Chaplin quitte les Etats-Unis en 1952 avec sa dernière épouse Oona O'Neill, fille du dramaturge américain Eugène O'Neill, et se fixe dans un superbe manoir en Suisse, sur les rives du lac Léman. Il tournera encore plusieurs films dont  Limelight en 1952 et  Un roi à New-York  en 1957. Il est fait Chevalier par la reine Elisabeth d'Angleterre et meurt à Vevey le 15 décembre 1977.


les-lumières-de-la-ville-charlie-chaplin 

 

Les Lumières de la ville  ( 1931 ) est son dernier film muet. S'il n'est pas le plus accompli, il est sûrement le plus touchant, un vrai miracle de fraîcheur et de nostalgie. Chaplin savait qu'ensuite il lui faudrait franchir le pas et entrer dans le mode  "parlant" qu'il redoutait, lui, qui, mieux que personne, savait utiliser les silences et se passer des mots, tout dire sans rien dire. Pour Chaplin, le seul intérêt du son était la musique qu'il composait lui-même, orchestrait et adaptait à l'image au millimètre près.

Dans le rôle de l'aveugle, la délicieuse Virginia Cherrill - dont ce fut le seul grand rôle - fut la partenaire idéale, bien que, dans le privé, Charlie et elle ne se supportaient pas et que le cinéaste fût tenté de prendre une autre partenaire. Conçu dans le doute et la douleur, ce film remporta un immense succès. La caméra est déjà habilement utilisée et le découpage des scènes envisagé avec une extrême rigueur pour mieux servir le scénario, qui sait faire mouche à tous moments, balance entre le drame et la farce, le rire et les larmes, le burlesque et l'émouvant. Chaplin nous donne ici un échantillonnage des travers de la société, sans oublier les incursions dans les profondeurs du coeur humain, et c'est tout bonnement stupéfiant.


Contrairement aux films précédents qui se déployaient dans le sens où la réalité décevante inspirait l'illusion, celui-ci part de l'illusion pour se heurter à la réalité, ce qui est chez Chaplin une étape innovante de son inspiration. De toute sa filmographie, Les lumières de la ville est sans doute sa réalisation la plus pure, faisant de son auteur un artiste à part, inclassable, insurpassable dans une forme de comique très personnelle qui permet aux personnages de passer d'un sentiment à l'autre instantanément. Grâce à ce long métrage, véritable chant d'adieu au muet, l'auteur atteint des sommets, tant il est persuadé de la pérennité d'une expression qu'il considère comme parfaite en soi, celle du geste, de la mimique, langage éloquent du silence. La plus belle scène d'une oeuvre, qui en contient beaucoup, est celle où la jeune fleuriste, ayant retrouvé la vue, reconnaît le vagabond qui l'a sauvée, en touchant ses mains. La retenue de Charlot, l'émotion qu'il exprime est un des instants les plus bouleversants du 7e Art.

 5-etoiles


 Pour lire l'article consacré à Charlie Chaplin, cliquer sur son titre :  

 
CHARLIE CHAPLIN, LE VAGABOND DE GENIE   

 

Et pour prendre connaissance de la critique d'un autre film de Chaplin, cliquer sur le lien ci-dessous  :

LES TEMPS MODERNES de CHARLIE CHAPLIN

                          

 
Les-Lumieres-de-la-ville scale 762 366 

 

 

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30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 10:53

Fred Astaire. Editions Montparnasse  

 


En ces temps de vacances, un peu de champagne, un peu de joie, un peu de fête. C'est ce que nous propose ce film qui n'a pas pris une ride et que je vous invite à visionner lors d'une douce soirée entre amis, avant de partir danser à votre tour...

 

Ginger Rogers et Fred Astaire. Editions Montparnasse

                                                      

 

Entrons dans la danse est l'un de ceux qui ont contribué à assurer la renommée du couple Astaire/ Rogers, de même qu'il  nous révèle cet art de la danse qu'ils ont servi avec un talent inégalé. Danseurs-nés tous deux, leur rencontre à Hollywood en 1930 fut un merveilleux hasard. Elle leur permit, dès l'année suivante, de tourner leur premier film : La joyeuse divorcée. La firme RKO avait immédiatement deviné que leur association était vouée au succès et, en effet, celui-ci fut présent au rendez-vous. Ce premier galop d'essai réussi, ils vont enchaîner film sur film avec le même brio et cinq nominations aux Oscars les feront bientôt entrer dans la légende de Hollywood. Il est vrai qu'ils avaient tout pour séduire : la grâce, la légèreté, l'élégance et une technique, une virtuosité insurpassables. Alors ne boudons pas notre plaisir, vite à nos DVD si c'est possible...

Le film de Charles Walters est entièrement consacré à  la danse et c'est tant mieux. Dans le genre, c'est une réussite parfaite, un enchantement pour l'oeil et l'oreille, une suite de ballets  étincelants, de duos inoubliables, où Fred et Ginger donnent le meilleur d'eux-mêmes et nous envoûtent. L'histoire est celle d'un couple de danseurs célèbres Josh et Dinah tenté un moment par une carrière d'acteurs dramatiques, mais qui s'empresse de revenir à ses premières amours - a été taillée à leurs mesures. Ils peuvent ainsi donner libre cours à leurs improvisations, à ces pas de deux époustouflants qui s'enchaînent au rythme des claquettes. Les toilettes de Ginger Rogers sont ravissantes, sa beauté et sa souplesse font merveille auprès d'un Fred Astaire d'une sobre élégance. Le film est joyeux, enlevé, les décors se succèdent comme les ballets, selon une synchronisation qui ne laisse rien au hasard. Il y a entre ces deux admirables danseurs  une magie qui nous atteint et nous subjugue. Comment faire mieux ? La perfection est réellement atteinte. On est là au sommet de ce que Hollywood a pu et su accomplir pour notre plus grand bonheur.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 09:04
FEDERICO FELLINI

       Connaissance du Cinéma Action Cinémas / Théâtre du Temple Carlotta Films

 

" Les ombres meurent-elles ? " demandait le cinéaste pour souligner le caractère immanent du clown dans les formes du spectacle contemporain. Et c'est précisément cette poésie de l'inutile et du superflu qui habite l'art de  Federico Fellini  : un univers fantasmé qui se reflète dans la vie, un monde où ne cessent de cohabiter le vraisemblable et l'artifice. Auteur singulier, insaisissable, magicien de la lumière, la présence de ce réalisateur inclassable dépasse de beaucoup le domaine du 7e Art, auquel il a pourtant donné une âme, un coeur et des images inoubliables. Car il est de ceux qui non contents d'animer des personnages, de donner existence à des récits et à des contes, ont influencé un langage en libérant l'imagination onirique et en devenant les géographes de mondes inexplorés. Il est également de ceux qui se sont fait les chantres de la mémoire, du faux et du vrai, et dont chaque oeuvre ouvre des perspectives inédites. Chez lui, face à l'angoisse du présent, le retour aux rives bienheureuses de l'enfance, du souvenir, était une tentative pour échapper à l'emprise du réel, pour reculer désespérément le crépuscule d'un monde qu'il savait inexorablement perdu.

 


Federico était né à Rimini le 20 janvier 1920. Il héritera de ses parents une sensibilité peu commune qu'il considère ainsi : " Certains pleurent dans leur for intérieur. D'autres rient. Moi, j'ai toujours eu tendance à protéger l'intimité de mes émotions. J'étais content de partager ma joie et mes rires, mais je ne voulais pas que l'on sache que j'étais triste ou que j'avais peur. Ce que je sais - ajoutait-il - c'est que mes souvenirs m'appartiennent et qu'ils seront miens tant que je vivrai." 
On comprend déjà à cette façon simple et compliqué de s'expliquer, l'alchimie secrète dont il saura user, cet apanage des grands qui ne craignent pas d'assumer leurs extravagances et leurs désirs  et donnent raison à la phrase de Shakespeare dans La Tempête : " Nous sommes faits de la même matière que nos songes ". Il ne craignait pas davantage le chaos et se plaisait à le provoquer afin de reconstruire mieux et de manière autre, plus proche de son idéal.

 

       Carlotta Films Pathé Renn Productions Les Acacias Cineriz


Deux thèmes vont dominer son art : l'amour et le voyage. Jeune, il aimait s'évader et la fugue, qui le marquera le plus profondément, sera celle qu'il fera avec un cirque, où les personnages de clowns le frapperont à un point tel qu'ils feront partie à tout jamais de son univers. Il affirmera d'ailleurs après sa rencontre avec le clown Pierino : " Je compris que lui et moi n'étions qu'un seul et même être. Je ressentis une affinité immédiate avec son manque de respect. Il y avait quelque chose dans sa négligence soigneusement pensée, quelque chose d'amusant et de tragique." Il ira jusqu'à laver un zèbre déprimé, épisode dont il se souviendra toujours.

 

 
Bien que la légende veuille qu'il ait été un cancre et un vaurien, il faut croire que l'enfant Federico avait des dons assez exceptionnels et une intelligence assez vive pour avoir su tirer de cette jeunesse agitée et instable une manne capable de nourrir toute sa vie d'artiste et de créateur. Il ira même jusqu'à dire : " J'ai passé ma vie à tâcher d'oublier mon éducation ", mais il le fera de façon à n'offenser personne, à ne causer de souffrances à quiconque, comme à son habitude. Ainsi il s'éloignera peu à peu d'une école peu stimulante, d'une mère mélancolique, d'une éducation répressive, d'une province fermée, afin de devenir pleinement lui-même, un homme qui chérit la fantaisie, l'improvisation et se plaît dans un monde imaginaire qu'il peut édifier selon ses aspirations. Excellent dessinateur, il commence à monnayer ses premiers dessins et à 17 ans justifie la bonne raison qui l'incite à quitter le domicile paternel : il vient d'être engagé par une revue satirique de Florence. Il y résidera quatre mois et se fixera ensuite à Rome où il s'inscrit, de façon à rassurer sa famille, à la faculté de droit. " Dès que je suis arrivé à Rome  -avouera-t-il - j'ai eu l'impression d'être chez moi. Rome est devenue ma maison dès que je l'ai vue. C'est à cet instant-là que je suis né ".

   

Après avoir connu les petits boulots, il est embauché par le journal " Marc'Aurélia ", authentique fourmilière de cerveaux humoristiques qui lui donnera l'occasion de réaliser de nombreuses illustrations, d'écrire environ 700 pièces et lui méritera la sympathie d'un public jeune. L' autobiographie et l'auto-ironie seront le moteur de ces rubriques et le secret de son succès. C'est à cette époque qu'il rencontre Giulietta Masina, une jeune actrice qui prête sa voix à l'un de ses personnages lors d'un enregistrement radiophonique. Fellini commence alors à fréquenter le milieu du music-hall qui l'inspire pour ses productions et fait, entre autre, la connaissance de Fabrizi pour lequel il rédige des dialogues. Ils se sépareront mais ces heures d'échanges et d'amitié suggéreront à Fellini certains de ses dialogues ultérieurs. Ce monde du music-hall le conduit à composer deux revues ; ses rapports avec  Giulietta Masina  se concrétisent par un mariage ; enfin on lui propose d'écrire son premier scénario. Mais Rome en cette année 1943 est occupée par les Allemands et la vie n'y est pas facile. On fait du cinéma en cachette et le public se rend au théâtre comme à une manifestation, afin de persuader l'occupant que la vie continue bon gré mal gré. Avec l'arrivée des alliés, les acteurs et metteurs en scène vont être pris d'une vraie fringale de réalisations. Il y a tellement à dire et à montrer, d'autant qu'on sait l'épreuve stimulante. C'est à cette époque que Fellini croise Rossellini, rencontre déterminante qui va lui permettre de travailler à l'élaboration du scénario de Païsa ( 1946 ) et même d'en être, lors du tournage, l'assistant-réalisateur. C'est grâce à Rossellini  - dira Fellini  -que m'est venue l'idée du film comme voyage, aventure, odyssée. Il fut un maître et un ami sans pareil.
Fellini vient de faire son entrée dans le 7e Art qui sera désormais son moyen d'expression privilégié. Il poursuivra un moment son apprentissage technique auprès de Lattuada avant de prendre son destin en main avec Courrier du coeur ou Le Cheikh blanc.



Suivront plus d'une vingtaine de films dont presque autant de chefs-d'oeuvre. " Je fais des films car je ne sais rien faire d'autre et j'ai l'impression que les choses se sont mises en place très rapidement, de façon spontanée, naturelle, pour favoriser cette inéluctabilité. (...) Je n'aurais jamais pensé devenir metteur en scène, mais dès l'instant où j'ai crié pour la première fois : "Moteur !  Coupez ! ", j'ai eu l'impression de l'avoir toujours fait, et je n'aurais pas pu faire autre chose, c'était moi, c'était ma vie. En faisant des films, je n'ai donc pas d'autres intentions que de suivre un penchant naturel, c'est-à-dire raconter en images des histoires qui me sont proches et que j'aime raconter dans un mélange inextricable de sincérité et d'invention avec l'envie d'étonner, de me confesser, d'absoudre, de prendre effrontément du plaisir, d'intéresser, de faire la morale, le clown, d'être prophète, témoin...de faire rire et d'émouvoir."

 


Le contrat aura été parfaitement rempli par ce réalisateur inspiré, l'un des plus grands maîtres du cinéma qui a su nous toucher si essentiellement et durablement par son don d'invention, son imprévisibilité. Mieux que personne, il savait que la mort n'existe pas, que ce n'est là qu'un accident de  la vie normale, toujours vaincue par la puissance de l'imagination. De sa boite magique, il a fait sortir les personnages les plus incroyables, les métaphores les plus inattendues, opposer à la médiocrité journalière les défis les plus délirants, jouer de l'étrange, du désarmant, de l'outrancier, surprendre toujours, décevoir rarement mais choquer parfois ceux qui n'avaient pas encore pris le temps de le rejoindre. 

 

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AMARCORD de FELLINI          LA STRADA de FEDERICO FELLINI      


 LA DOLCE VITA de FEDERICO FELLINI 

 

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27 février 2006 1 27 /02 /février /2006 11:19

 Universal Pictures New Line Cinema    

 

 Dans la lignée des très grands films dont  Martin Scorsese  reconnaît devoir des éléments d'inspiration et de réflexion, tels que Le Guépard, Senso ou Le portrait de Dorian Gray, Le Temps de l'innocence s'inspire d'une oeuvre littéraire, celle d'Edith Wharton, prix Pulitzer 1921 - dont le cinéaste va adopter fidèlement les thèmes, tout en proposant les siens propres, sans qu'il y ait une quelconque incompatibilité. On pouvait, à priori, être étonné de voir ce cinéaste s'égarer dans un film " à costumes ", dont on sait qu'ils ont en général mauvaise presse, mais Scorsese ne tombera dans aucun des pièges qui le guettaient : jeu théâtral des comédiens, ambiance convenue, dialogues emphatiques ; il empoigne ces clichés pour n'en retenir aucun. Bien qu'il n'ait pas été facile d'adapter à l'écran ce roman-culte, le cinéaste d'origine italienne l'osera avec succès, franchissant les obstacles et signant là l'une de ses plus belles réalisations.

 

     

 

Comme dans Les Affranchis et Casino, et à la manière d'un documentaire, il accompagne le déroulement de la pellicule d'une voix off ( Joanne Woodward ), qui donne au film un ton particulier et permet d'entrer plus aisément dans l'intimité des personnages. Le Temps de l'innocence ( 1993 ) est une fresque sensible sur une société en apparence paisible, mais qui s'avère être, derrière sa façade trompeuse, aussi perfide et cruelle que celle des mafieux que Scorcese nous présentait dans plusieurs de ses films précédents. Dans cette société américaine oubliée des années 1870, assez proche du monde proustien de La Recherche, les émotions, les sentiments se doivent d'être cachés, voire refoulés, comme le sont les amours insatisfaites et les désirs inavoués des deux héros du film. Ne nous y trompons pas ; sous ses dehors policés, Le Temps de l'innocence est une histoire violente, où quelques êtres isolés et en rupture s'opposent à la puissance d'une riche famille, selon  "un rituel tribal ", d'après les propres mots du cinéaste. " Si les victimes ne sont pas abattues d'un coup de pistolet, elles sont en revanche éliminées. La pire chose n'est pas la mort, mais l'éradication."Cette seule phrase explique le film et lui donne sens.  En effet, moins volontaire que les héros habituels de Scorcese, Newland Archer ( Daniel Day-Lewis )sera vaincu par la force des traditions et des conventions qui est l'apanage de cette société new-yorkaise des dernières décennies du XIXe siècle. Il n'aura pas le courage de tout sacrifier à son amour pour la comtesse Ellen Olenska et l'homme vieilli, que nous voyons lors de la dernière scène, ne sera même pas assez résolu  pour rencontrer une dernière fois la femme qu'il a tant aimée...Curieusement, dans ce monde régi par les hommes, ce sont les femmes Ellen et May - la jeune fille que Newland finit par épouser - qui se révèlent être les véritables moteurs de l'intrigue, Newland subissant les événements davantage qu'il ne les provoque. S'il conteste les règles établies dans le privé, il n'ose s'insurger en public, par peur de se faire expulser.

 

 

 

 

L'histoire se déroule à New-York dans les années 1870. L'avocat Newland Archer doit épouser May, la fille d'une puissante famille, les Mingott, alors que de retour d'Europe, la belle comtesse Olenska, cousine de May, éveille chez lui une subite passion. La comtesse semble mener une vie assez libre, loin de son mari retenu en France, jusqu'à ce que celui-ci, craignant que son épouse ne finisse par demander le divorce, ne la rappelle à Paris. Redoutant le scandale, elle accepte, mais Newland vient chez elle pour lui avouer son amour et la supplier de rester. Parce qu'elle se refuse à blesser sa cousine fraîchement fiancée, Ellen décide de partir afin que le mariage ait lieu.
Dix-huit mois plus tard, toujours obsédé par son souvenir, Archer apprend qu'elle se trouve en résidence à Boston. Il s'y rend et finalement lui et Ellen deviennent amants. Mais apprenant que May attend un heureux événement, Ellen va repartir en Europe rejoindre son mari.Des années plus tard, après la mort de May, Archer, âgé de cinquante-sept ans, accompagne son fils Ted en voyage d'affaires à Paris. Arrivé au bas de l'immeuble d'Ellen, et alors que plus rien ne s'oppose à leur rencontre, il prend la fuite, incapable de se retrouver confronté à une passion qu'il n'a ni su, ni pu assumer... 

 

Martin Scorsese a choisi de pousser à la perfection la reconstitution de la vie de l'époque et mis une attention pointilleuse à soigner les décors, les costumes, les objets, l'étiquette, en s'inspirant de la façon dont son maître Visconti avait usé avant lui. Michelle Pfeiffer déclara à ce propos : " J'ai appris que je ne pouvais pas toucher mon verre de vin blanc parce qu'il était frappé, mais, qu'en revanche, je pouvais caresser mon verre de vin rouge parce qu'il était chambré." 
Alors que le superviseur artistique Dante Ferretti cherche, tel un peintre, à donner une dominante aux décors et s'inspire des toiles de James Tissot, Scorsese veille à ne pas succomber sous le poids de l'exactitude historique et prend ses distances à bon escient. Ce, et en partie, grâce au montage audacieux de Thelma Schoonmaker qui saura apporter au  film une étincelante modernité, se refusant à des ralentis inopportuns et à toute complaisance esthétique.


Daniel Day-Lewis, en dandy brimé, se livre, quant à lui, à une époustouflante performance dans le rôle de l'avocat Newland Archer. D'une sensibilité à fleur de peau, il interprète l'un des personnages les plus complexes du cinéma de ces dernières années. A ses côtés, la délicieuse Michelle Pfeiffer - dont les toilettes s'accordent si bien à sa finesse et à sa grâce, qu'elle semble être née pour les porter - lui donne la réplique avec intelligence et sensibilité. C'est sûrement le rôle le plus intéressant qui lui ait été confié dans son encore jeune carrière. Rarement roman ne fut à l'origine d'un si beau film qui, comme Le Guépard,  ne se contente pas d'être une adaptation réussie, mais se veut une oeuvre à part entière. Et quelle oeuvre !

 

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Pour lire les articles consacrés à Scorsese et Michelle Pfeiffer, cliquer sur leurs titres :

 


MARTIN SCORSESE - PORTRAIT            MICHELLE PFEIFFER - PORTRAIT

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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