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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 09:26
Catherine Deneuve

Je dois avouer tout d'abord que Catherine Deneuve n'est pas mon actrice française préférée, mais je lui reconnais d'avoir su mener sa carrière avec beaucoup d'intelligence et d'avoir été, de par son élégance et sa beauté, une merveilleuse ambassadrice de la femme française à travers le monde. Je l'ai beaucoup aimée  dans "Benjamin ou les mémoires d'un puceau" et  "Peau d'âne"  où elle figurait la jeune femme idéale par sa blondeur et la délicatesse de ses traits. Plus tard, je l'ai appréciée dans les comédies musicales de Jacques Demy, sans doute parce que le savoir-faire du cinéaste était en mesure de révéler la grâce et le charme de l'actrice. Il lui a permis de nous toucher dans un registre empli de fantaisie, où nous ne l'attendions pas. Je l'ai aimée aussi dans des films forts comme "Le dernier métro" ou "Indochine" où elle imposait son personnage avec une véritable autorité.

 

         Collection Christophe L.    


Ne disait-elle pas : " Je suis aussi d'une lucidité épouvantable, effrayante. (...) La lucidité, pour une actrice, c'est terrible. Parce qu'il faudrait pouvoir réellement s'isoler. Parce qu'il ne faudrait pas toujours sentir certaines choses. Parce qu'il ne faudrait pas toujours voir. Il y a des moments où l'on aurait besoin de se laisser entraîner par un certain élan mais cette lucidité le rend impossible. Elle paralyse, elle empêche la spontanéité. Les gens lucides ont souvent du mal à décoller. J'ai toujours ressenti l'exigence, l'anxiété... En revanche, j'ai l'impression que la lucidité s'aggrave avec le temps ".

Réservée, pudique, introvertie, Deneuve a toujours aimé travailler avec des metteurs en scène qu'elle connaissait, si bien que cette confiance réciproque la libérait de ses blocages. Si ce climat ne parvenait pas à s'établir, elle pouvait se refermer comme une huître. Ce fut le cas, à plusieurs reprises, avec le metteur en scène Luis Bunuel dont les rôles, qu'il lui imposait, ne correspondaient pas à sa nature profonde. D'ailleurs elle était si peu le personnage de "Belle de jour" que cet opus m'apparaît aujourd'hui assez ridicule. C'est sans doute cette part d'elle-même, jalousement préservée, qui lui confère une distance imperceptible, un non-dit non révélé, qui a séduit de nombreux réalisateurs. Avec elle- disent-ils - il y a toujours quelque chose qui reste secret et permet au public d'avoir de sa personne des approches multiples. C'était aussi le cas d'une actrice comme Grace Kelly.

 

             

 

Catherine Deneuve, de son vrai nom Catherine Dorléac, est née à Paris, le 22 octobre 1943, dans une famille de comédiens : son père était doubleur à la Paramount et sa grand-mère souffleuse à l'Odéon. C'est Roger Vadim, avec lequel elle vivra et aura un fils Christian, qui lui donne sa chance dans  "Le vice et la vertu",  mais ce sont, la même année, "Les Parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy qui amorce réellement sa carrière. Elle y campe avec grâce une jeune fille amoureuse d'un soldat, contrainte d'en épouser un autre. L'année suivante, au côté de sa soeur Françoise Dorléac,  morte peu de temps après dans un accident de la route, "Les demoiselles de Rochefort" la propulse dans l'Olympe des acteurs qu'elle ne quittera plus, tant sa carrière sera menée de main de maître, avec un remarquable discernement. Après ces deux comédies charmantes, la jeune femme enchaîne avec  "Répulsion" de Roman Polanski, où elle interprète une tueuse schizophrène avant d'être dans  "Belle de jour"  ( 1966 ) de Bunuel, une femme mariée insatisfaite qui se prostitue à mi-temps. Selon moi, comme je le signalais plus haut, son rôle le plus inattendu avec celui de "Tristana", du moins celui-ci est-il supérieur au précédent par sa complexité intérieurequ'elle tournera, toujours avec Bunuel, trois ans plus tard. Suivront "La sirène du Mississippi",  "Mayerling",  "Fort Saganne", "Le Sauvage" avant qu'elle n'aborde les films de la plénitude avec des scénarios de qualité diverse comme "Indochine",  "Le dernier métro",  "Est-Ouest",  "Place Vendôme",  "8 femmes",  jusqu'au tous derniers dont les choix semblent moins évidents et où sa carrière s'embourbe un peu selon moi.

 

                  Catherine Deneuve et Daniel Mesguich. SND  Gilbert Melki et Catherine Deneuve. Pyramide Distribution

 

Du moins, ce sera-t-elle investie dans des personnages divers et composites, tour à tour costumée dans des opus dits d'époque, où elle nous est apparue en princesse, reine, aristocrate - ce fut le cas dans "Le temps retrouvé"  inspiré de "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust, dans  "Peau d'âne"  d'après le conte de Perrault, dans "Palais-Royal" d'une facture plus contestable - ou dans "Mayerling", ainsi que dans des comédies légères ou des oeuvres dramatiques. Elle reste aujourd'hui  une actrice convoitée qui a, à son actif, plus de 70 longs métrages. Il est vrai que le mystère demeure entre l'image publique, trop figée, et certains films où elle n'est pas simplement décorative ou ornementale. Si  "La chamade"  apparaît comme le sommet du film frivole, il est évident que "Le dernier métro", "Tristana",  "Les prédateurs", "Dancer in the dark"  déplacent les lignes où l'on voudrait la retenir et que la période de simple splendeur passée, une femme affirmée et plus humaine est apparue. Elle ne se contente plus d'enchanter et de séduire, elle émeut. Peut-être moins facilement, moins complètement qu'une Sandrine Bonnaire ou une Isabelle Huppert, mais elle a pris le pouvoir et, désormais, ne se laisse plus manipuler. Elle s'est investie sans perdre son côté flânerie qui lui va si bien. Aussi la regarde-t-on, de nos jours, non seulement avec plaisir mais avec intérêt et, parfois, surprise ou déception. 
 

 

                 Catherine Deneuve et Elodie Bouchez. Philippe Quaisse  Catherine Deneuve. Philippe Quaisse

 

Cependant la grande actrice, qu'elle est, ne se cache pas d'être avant tout famille, famille. Elle avoue :  Ma vie personnelle  a toujours été plus importante que mon métier. Non que je sous-estime mon métier, mais j'ai toujours senti que cela ne pouvait pas être l'essentiel de ma vie, que cela n'en serait jamais le moteur. J'ai besoin de travailler, de m'exprimer professionnellement mais ma famille, mes enfants, ce n'est pas seulement un sens des valeurs, c'est primordial pour moi. J'ai des amis, les mêmes depuis vingt ans. Ce sont eux à qui je tiens vraiment. Mon métier est complémentaire.

 

Après avoir vécu avec Vadim, Catherine Deneuve épousa le photographe de mode David Bailey, puis fut la compagne de François Truffaut, de Marcello Mastroïanni dont elle a eu une fille Chiara, actrice elle aussi, comme son demi-frère Christian Vadim. La famille reste immergée dans le monde du spectacle. Catherine a reçu le César de la Meilleure Actrice pour "Le dernier métro" en 1981, un autre César pour "Indochine", la coupe Volpi de la Meilleure Actrice à Venise en 1998,  le Prix d'honneur du Festival du film de Bruxelles et l'Ours d'Or pour l'ensemble de sa carrière à Berlin. Ses dernières apparitions sont moins convaincantes, il semble que les cinéastes ne parviennent pas à saisir cette maturité avec  sensibilité et intelligence afin de magnifier cette quintessence de l'âge qui oscille entre pudeur et autorité. 

                                  

Pour lire les articles consacrés à certains de ses films, dont :

 

Benjamin  -  Les demoiselles de Rochefort  -   Peau d'âne - Le temps retrouvé - Belle de jour

Dancer in the dark  -  Le dernier métro  -  Indochine  -  Ma saison préférée -  Potiche

 

cliquer sur les liens ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS   

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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Catherine Deneuve

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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 10:15
Bernadette Lafont, le sourire de la Nouvelle Vague

Avec son sourire malicieux, son naturel inaltérable et sa voix gouailleuse,  Bernadette Lafont,  morte  à l'âge de 74 ans, incarnait l'insolence et la liberté du cinéma de la Nouvelle Vague. Chaque femme pouvait se reconnaître en elle tant elle était désarmante de naturel et pouvait se glisser dans n’importe quel personnage. "Je n'ai jamais voulu être cataloguée, ni avoir d'étiquette" - disait cette brune méditerranéenne aux traits généreux, citant Cocteau : "Les premières places ne m'intéressent pas spécialement. Ce que j'aime, c'est les places à part."

Celle qui a tourné plus de 120 films et adoré le théâtre, découvert à 40 ans, restera à jamais "La Fiancée du pirate" (1969), qui se venge de tout un village en couchant avec ses habitants sur l'air de "Moi, je m'balance" chanté par Barbara, et révèle par haut-parleur les médisances recueillies sur l'oreiller.

 

Le cinéma, elle le découvre à 17 ans. Fille de protestants qui voulaient un garçon - sa mère l'appellera toujours Bernard, elle naît le 26 octobre 1938 à Nîmes (Gard) où son père est pharmacien. Elle pratique assidûment la danse classique lorsqu'elle épouse le comédien Gérard Blain, rêvant d'être actrice à son tour. Lui s'y oppose, mais ils rencontrent l'équipe des Cahiers du cinéma. Claude Chabrol et François Truffaut veulent faire leur premier film. "Il n'y avait pas de producteur, pas d'argent. Donc, comme acteurs et actrices ils ont choisi Gérard et moi, entre autres." Ce sera "Les Mistons" (1957), tourné à Nîmes, où Truffaut la filme juchée sur sa bicyclette puis "Le Beau Serge" (1958) avec Chabrol qu'elle retrouvera à plusieurs reprises, entre autres pour "Les Bonnes femmes" (1960), "Les Godelureaux" (1961) ou "Inspecteur Lavardin" (1986). On la surnomme "la vamp villageoise". Truffaut la compare à Michel Simon pour son côté "voyou femelle" et parce qu'elle a l'air de "savoir vraiment la vérité de la vie". Il lui offrira "Une belle fille comme moi" en 1972.

 

 

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Séparée de Gérard Blain - ils resteront amis -, elle épouse à 20 ans un sculpteur hongrois, Diourka Medvecsky. Ils ont trois enfants dont Pauline, qui deviendra également actrice et mourra accidentellement en 1988 lors d'une balade en solitaire dans les Cévennes. Son corps ne sera découvert que trois mois après sa disparition. Bernadette Lafont se réfugiera dans le travail : "Le cinéma et le théâtre m'ont sauvée."

 

Elle connaît sa période "expérimentale" au début des années 1970 avec Bulle Ogier ou Jean-Pierre Kalfon dans des films dirigés par son mari, par Jacques Baratier ou Lazlo Szabo. En 1973, elle joue pour Jean Eustache dans "La maman et la putain", puis, en 1978, c'est la rencontre avec le théâtre. "Je veux bien ne jamais faire de cinéma si je peux toujours faire du théâtre", dit alors cette autodidacte. Elle joue Copi en 1981 puis Guitry, Pagnol ou "Les monologues du vagin" d'Eve Ensler (2002).

 

Parallèlement, elle continue de tourner, avec Juliet Berto ("Cap Canaille", 1983), Jean-Pierre Mocky ou Raoul Ruiz, mais également Yves Boisset ou Claude Miller ("L'Effrontée" - 1985), grâce auquel elle décroche le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Récemment encore, elle incarnait une grand-mère dealeuse de hasch dans "Paulette" de Jérôme Enrico. Le film sorti en janvier a attiré plus d'un million de spectateurs.

 

Femme à ne pas cacher son âge, elle célébrera crânement en 2007, à 68 ans, ses cinquante ans d'une carrière menée également à la télévision où elle a joué dans de nombreux téléfilms. Cette longévité ne l'a pas empêchée d'aimer les jeunes artistes et de soutenir leurs créations : "J'ai besoin que ça bouge, que ça grouille autour de moi." Un César d'honneur la récompense en 2003 pour l’ensemble de sa carrière, tandis qu'elle  est faite officier de la Légion d'honneur en 2009. Elle reçoit en 2010 la médaille de l'Ordre du mérite et de l'Ordre des arts et lettres et nous quitte le 25 juillet, sans faire de bruit, avec cette discrétion qui, finalement, la caractérisait. Adieu Bernadette.

Pour consulter l'article consacré aux acteurs du la Nouvelle Vague, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE

 

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Bernadette Lafont, le sourire de la Nouvelle Vague

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20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 08:50

                 Emma Thompson. Merchant-Ivory Productions

 

                                                                              
Cette actrice inclassable, parmi les interprètes les plus douées et les plus subtiles de sa génération, est née à Londres le 15 avril 1959 d'un père producteur et metteur en scène et d'une mère actrice de théâtre. Enfant de la balle, bercée dès son plus jeune âge dans le monde du spectacle, elle fait preuve d'une vocation précoce et suit l'exemple parental en jouant à l'université dans la troupe de théâtre de Cambridge Footligts. Sa première expérience à la télévision se fait aux côtés de deux membres de sa troupe : Stephen Fry et Hugh Laurie, ce dernier ayant été l'un de ses " boy friend ".


Emma enchaîne ensuite sur les planches avec la comédie musicale Me an My girl, où elle donne la réplique à Robert Lindsay. En 1988, son travail dans Tutti Frutti et Fortunes of war est récompensé par un British Academy Award et lui offre l'occasion de rencontrer le réalisateur Kenneth Branagh. En 1989, ce dernier lui propose d'être la reine Catherine de France dans une adaptation de Shakespeare et peu après le couple se marie. Emma, désormais, participe plus activement aux tournages de son mari ( 3 films en 3 ans ) et apparaît en parallèle à la télévision dans la série Cheers auprès de Ted Danson. C'est dans "Retour à Howards End"   (1991) - qui lui vaudra l'Oscar de la meilleure actrice -  et "Les vestiges du jour" ((1994), deux longs métrages de James Ivory avec pour partenaire Anthony Hopkins, qu'elle peut montrer toute l'étendue de son talent. Elle s'y impose comme l'actrice phare du cinéma britannique.
 

               Anthony Hopkins et Emma Thompson. Merchant-Ivory Productions


En 1995, Ang Lee lui demande d'incarner le personnage d'Elénor Dashwood dans la comédie romantique "Raison et sentiments", adaptée d'un roman de Jane Austeen avec pour partenaire Hugh Grant, où elle campe une fois encore une femme amoureuse et fière avec justesse et sensibilité. Rôle très différent en 1998 dans "Primary Colors" où elle est l'épouse d'un candidat aux dents longues auprès de John Travolta  et affiche un caractère bien trempé, à l'opposé de son interprétation précédente.


    

 

Séparée de son mari Kenneth Branagh, elle épouse en secondes noces l'acteur Greg Wise avec lequel elle aura une fille Gaia Romilly, née le 4 décembre 1999. On la verra en 2003 dans une nouvelle comédie romantique "Love Actually" de Richard Curtis auprès de Hugh Grant puis, la même année, dans la série de Mike Nichols "Angels in America" qui relate le difficile "coming out" des homosexuels atteints du sida durant les années 80, série de 6 épisodes à laquelle participent également Al Pacino et Meryl Streep. En 2007, elle endosse le rôle de l'excentrique professeur Trelawney de Harry Potter et l'ordre du phénix et en 2007, elle est présente dans  "Je suis une légende", film de science fiction où elle est le Dr Alice Kriffin, une spécialiste de la santé, rescapée du cancer.

A cette filmographie variée, il faut ajouter une comédie charmante au côté de Dustin Hoffman,  "Last chance for love" qui  prouve, si besoin était, les ressources d'une actrice aussi complète qu'Emma Thompson qui peut, tour à tour, jouer comédie ou tragédie  avec un égal pouvoir de conviction et une semblable aisance. Et sans compter avec sa remarquable interprétation d'une femme juriste dans "My Lady"  (2017)  de Richard Eyre  et  son personnage au réalisme vigoureux dans "Late Night" (2019) de Nisha Ganatra. Elle est avec Meryl Streep et Catherine Frot, ma préférée parmi les actrices d'aujourd'hui.

 

Pour prendre connaissance de la liste des films de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer  ICI

 

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EMMA THOMPSON
EMMA THOMPSON

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 09:07
1932 - 2018

1932 - 2018

                                                           
Une de nos actrices les plus talentueuses, Stéphane Audran, qui vient de s'éteindre à l'âge de 85 ans, n'a jamais fait parler d'elle, sinon pour nous convaincre par son jeu sensible qu'elle était la digne continuatrice des grandes comédiennes d'avant-guerre.

 

Née le  8 novembre 1932 à Versailles d'un père médecin et d'une mère enseignante, Stéphane Audran, qui s'appelait encore Colette Suzanne Dacheville, une fois ses études secondaires achevées, devient l'élève de Charles Dullin, de Tania Balachova et de Michel Vitold, avant d'être découverte par Claude Chabrol qu'elle épousera en secondes noces, après son divorce d'avec Jean-Louis Trintignant. Sa carrière débute par un petit rôle dans Les Cousins (1959) que Chabrol, en découvreur de talent averti, lui confie avant de la révéler dans Les Bonnes Femmes (1960), puis de l'imposer en vedette dans une quinzaine de ses films ; on retiendra, tout particulièrement, ses prestations dans Les Biches (1968), La Femme infidèle (1969), Le Boucher (1969), Les Noces rouges (1973), Violette Nozière (1978), Le Sang des autres (1983), Poulet au vinaigre (1984) ou Betty (1992) où, grâce à la qualité de son jeu fait d'intelligence, d'une séduction un peu froide et d'une classe évidente, elle séduit  le public et devient une comédienne incontournable des années 60/80.  Elle obtiendra le César de la meilleure actrice en 1978 pour Violette Nozière où, curieusement, apparaît la nouvelle égérie de Chabrol : Isabelle Huppert. Le couple va se séparer en 1980 et la carrière de Stéphane Audran en souffrira fatalement. On la verra encore dans Le soleil en face (1980 ) de Kast, Coup de torchon ( 1981 ) de Tavernier,  dans l'inoubliable rôle de Babette dans Le Festin de Babette ( 1987 ) de Gabriel Axel qui est sans nul doute sa prestation la plus éblouissante, et, dernièrement,  dans La fille de Monaco ( 2008 ) auprès de Fabrice Luchini.

 

Michel Bouquet et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

 

Dans La femme infidèle face à Michel Bouquet, dans Le boucher  face à Jean Yanne, dans Coup de torchon, et, davantage encore, dans son rôle de Babette, on se rappelle de la finesse, de l'élégance, de la subtilité de ses interprétations qui, toutes, frappent par l'intensité des expressions et une silencieuse et indiscutable présence. Pas d'effets, mais une interrogation permanente, quelque chose d'indicible et de pathétique dans le regard, une délicatesse dans les gestes, une économie étonnement efficace. Je compte cette merveilleuse actrice, qui avait su se retirer sans faire de vagues, parmi mes préférées.

 

Pour consulter les critiques de films intérprétés par l'actrice, dont La femme infidèle et Le festin de Babette, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS        

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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STEPHANE AUDRAN
STEPHANE AUDRAN
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6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 09:33
Julia Roberts- Portrait

Son sourire radieux, sa gaieté communicative et sa parfaite anatomie l’ont révélée avec éclat dans « Pretty Woman » en 1990. Ce succès populaire la propulse d’emblée comme la nouvelle star hollywoodienne et la vedette la mieux payée du cinéma. Née le 28 octobre 1967 à Atlanta, elle débute dans des téléfilms et en 1888 se fait remarquer dans la comédie dramatique « Mystic Pizza » de Donald Petrie et sera bientôt citée aux Oscars et gratifiée d’un Golden Globe. Puis sa carrière se stabilise définitivement grâce à « Pretty Woman » où elle forme avec Richard Gere un couple quasi mythique. Si bien qu’elle enchaîne les films qui, tous, ne lui mériteront pas une critique unanime mais confortent sa popularité au box-office.

 

En 1993, elle parvient de nouveau à s’imposer comme une valeur sûre, dont la célébrité ne repose pas sur son seul physique, en interprétant le premier rôle féminin du thriller politique « L’affaire Pélican » de Alan J. Pakula. En 1997, elle renoue avec son genre de prédilection, la comédie romantique grâce à « Le mariage de mon meilleur ami » de P.J. Hogan en compagnie de Cameron Diaz et Rupert Everett. Puis, « Coup de foudre à Notting Hill » de Roger Michell où elle joue son personnage de star tombant sous le charme d’un libraire londonien interprété par le séduisant Hugh Grant, avant de retrouver Garry Marshall et Richard Gere dans « Just married  ou presque » une fausse suite de leur succès passé qui sera accueillie fraîchement par le public.

 

Les années 2000 vont renouveler son habituel répertoire avec « Erin Brockovich, seule contre tous » où elle se livre à une véritable performance et crève l’écran par son naturel et son humour. Une performance saluée par l’Oscar de la Meilleure actrice, une dizaine d’années après sa première nomination. En 2001, elle est la partenaire de Brad Pitt dans « Le Mexicain » de Gore Verbinski, enfin George Clooney lui confie un rôle dans « Confession d’un homme dangereux » qui lui conserve sa place dans le peloton de tête des valeurs sûres du 7e Art. Enfin, pour compléter son assise, elle devient l’égérie des parfums Lancôme en 2008.

 

Les années 2010 sont moins brillantes, bien que « Mange, prie, aime » soit un succès commercial et qu’elle donne la réplique à Meryl Streep dans un film honorable « Un été à Osage County » de John Wells qui lui vaut une nouvelle nomination à l’Oscar dans la catégorie « Meilleur Second rôle ». C’est lors du Festival de Cannes 2016 qu’elle montera pour la première fois les marches du Palais du Festival de Cannes lors de la présentation du film de Jodie Foster  "Money Monster", au côté de George Clooney. Mariée depuis 2002 au directeur de la photographie Daniel Moder, elle est mère de trois enfants et semble traverser les âges avec une égale sérénité, icône souriante et majestueuse du cinéma d’aujourd’hui.

 

Pour consulter la rubrique "ACTEURS DU 7e ART", cliquer   ICI

 

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Julia Roberts- Portrait
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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 10:37

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Visage taillé à la serpe, chevelure blanche, l'acteur Harvey Keitel, l'inoubliable interprète de " Mean Streets " de Scorsese (1973), de " La leçon de piano " de Jane Campion (1993) ) et de " Pulp Fiction " de Quentin Tarantino (1994) n'hésite pas à dire ce qu'il pense du 7e Art de son pays, lui qui fut tour à tour acteur et producteur : " Il s'infantilise - avoue-t-il - et sur une grande échelle. La culture s'effondre et c'est un phénomène mondial qui s'est développé pour toutes sortes de raison : politiques, économiques, religieuses. Et surtout par avidité et cupidité. Quand l'argent parle, c'est la culture qui déguste ! L'esprit d'aventure, de découverte ne souffle plus dans ce business. Autrefois, les jeunes n'avaient pas de budget, ils tournaient les week-ends parce qu'il fallait bien travailler durant la semaine pour payer le loyer ! A l'époque, on se rencontrait dans la rue ; j'ai connu Martin Scorsese alors qu'il était étudiant. J'étais moi-même sténo au tribunal de Manhattan. Plus tard, j'ai fait la connaissance de Quentin Tarantino par l'intermédiaire d'une amie de l'Actors Studio. Lorsque j'ai lu le scénario de " Réservoir dogs ", j'ai vu tout de suite l'étendue de son talent et j'ai co-produit le film, en même temps que j'entrais dans la peau de l'implacable M. White.

Alors aujourd'hui, à l'exception de quelques-uns comme Spielberg, on dicte ce que l'on veut faire. Les enjeux économiques interfèrent dangereusement avec l'art. Et les séries télévisées ne valent pas mieux. Certaines comme " Mad Men " sont épatantes. Mais le reste du temps, je les trouve pathétiques. J'en sais quelque chose ! J'ai joué dans " Life on Mars " avec des équipes talentueuses, malheusement dirigées par des gens guidés par le profit. Mon parcours a été effectué comme un long cheminement, souvent difficile, parsemé de chutes et de moments de grâce. Avec une étape marquante, l'Actors Studio, où j'ai eu le privilège d'apprendre auprès des plus grands comme Elia Kazan. Je n'oublie pas non plus une autre expérience fondamentale : mon engagement dans les marines à 17 ans. Je suis issu d'un milieu pauvre et je voulais être le héros de ma propre vie. J'ai bourlingué pendant trois ans pour finalement rentrer au bercail parce que ma mère me manquait. C'est chez les marines que j'ai lu mon premier livre "Dear and glorious physician " de Taylor Caldwell !

Après je me suis lancé dans le cinéma et parce que je ne trouvais pas de bons rôles aux Etats-Unis, j'ai beaucoup tourné avec des cinéastes européens. C'est Bertrand Tavernier qui, le premier, a cru en moi. Après avoir vu  " L'horloger de Saint Paul ", j'avais dit à ma petite amie du moment combien j'aurais aimé tourner un film avec un tel réalisateur. Trois jours après, je recevais une proposition pour jouer dans " La mort en direct ". Une incroyable coïncidence et le début d'une grande aventure internationale avec Ettore Scola, Abel Ferrara, Jane Campion et qui, à ce jour  je l'espère, n'est pas terminée.

 

De père roumain et de mère polonaise, Harvey Keitel est né à New-York le 13 mai 1939. Dès le début de sa carrière, il a su se singulariser en acceptant de s'engager avec des metteurs en scène débutants mais dont il avait deviné le potentiel de talent. C'est ainsi qu'il a tourné dans le premier film de Scorsese  "Who's that knocking at my door", ainsi qu'avec Ridley Scott et James Toback. Son jeu, tout en intensité intérieure, le place parmi les plus grands acteurs du 7e Art. Ancien marine, il est bientôt aux côtés de Scorsese et de Robert de Niro et fréquente l'Actors Studio. Ayant une idée très précise de l'art cinématographique, il lui arrive de quitter un studio pour divergence de vue. C'est ainsi qu'il fera lors du tournage d'"Apocalypse Now" du réalisateur Francis Ford Coppola et sur celui de "Eyes Wide Shut" de Stanley Kubrick. Son franc parler lui vaut d'être en disgrâce avec les studios hollywoodiens et lui donne l'occasion de tourner avec des metteurs en scène français et européen. 

En 2012, il est d'ailleurs l'invité d'honneur du 38e Festival du cinéma américain de Deauville et en 2014, il participe à une campagne publicitaire pour l'agence britannique "Direct Line" où il parodie son personnage de Winston Wolf de "Pulp Fiction". Depuis ses débuts dans les années 1970, il n'a cessé de tourner et la liste de ses apparitions sur la pellicule est impressionnante. Il compte parmi elles quelques-uns des films les plus importants du cinéma américain et européen dont "Taxi driver", "Réservoir dogs" "Les duellistes" ou "La dernière tentation du Christ". 

Sobre et juste, très exigeant, cet acteur inclassable est actuellement à l'écran dans l'opus d'Amanda Sthers "Madame" et le sera bientôt, en 2018, dans "L'île aux chiens" de Wes Anderson.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - ACTEURS DU 7e ART

 

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HARVEY KEITEL - PORTRAIT
HARVEY KEITEL - PORTRAIT

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20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 09:25
DANIELLE DARRIEUX

                   

 

Elle était la grâce et la féminité même, avec une voix de violoncelle. Elle a honoré le cinéma français par son talent ( 110 films à son actif ), son charme, son espièglerie et son élégance. Elle était de ces rares actrices qui peuvent tout jouer avec le même naturel. Elle était née un premier mai, le jour du muguet, et elle s'est éteinte comme une petite bougie à cent ans et demi au coeur d'un automne qui sait nuancer et harmoniser les couleurs. Une vie d'exception pour une femme d'exception.

 

Alors qu'elle étudiait le violoncelle au conservatoire, Danielle Darrieux, née en 1917, est remarquée et retenue pour tenir le rôle principal dans  "Le Bal" de Wilhelm Thiele. Elle a 14 ans et n'a encore suivi aucun cours d'art dramatique. Qu'à cela ne tienne ! Sa fraîcheur, sa beauté, sa spontanéité en font la plus délicieuse ingénue et on parle d'elle comme d'une révélation, si bien qu'elle tourne successivement  "La crise est finie" et "Dédé" ( 1934) de Guissart,  "L'or dans la rue" ( 1934 ) de Kurt Bernhardt et  "Quelle drôle de gosse" ( 1935 ) de Léo Joannon et, qu'âgée de seulement 18 ans, elle n'a pas moins de quinze films à son actif.



En 1935, Anatole Litvak lui offre un premier rôle dramatique, celui de la tendre et fragile baronne Vetsera dans "Mayerling" au côté de Charles Boyer, où elle va se révéler une vraie comédienne capable non seulement de séduire mais d'émouvoir et, sans forcer son jeu, de traduire des sentiments complexes et douloureux. Au début de l'Occupation, elle remporte un triomphe avec "Premier Rendez-vous" (1941) d'Henri Decoin qu'elle a épousé. Suivront quelques films sans grand intérêt, avant qu'elle ne renoue avec des personnages plus consistants et trouve un second souffle avec "Occupe-toi d'Amélie "(1949) de Claude Autant-Lara ou "La Ronde" de Max Ophuls. Ophuls, qui a découvert en elle son interprète idéale - il dira à son propos " Regardez ce tendre mouvement de l'épaule et ce sourire qui ne sourit pas mais qui pleure. Ou qui fait pleurer " -  lui confie le rôle principal dans  "Madame de" où elle est inoubliable dans le personnage d'une femme coquette prise au piège d'un grand amour. Affectueusement surnommée D.D., un critique de l'époque écrira  : " Elle a incarné comme Gabin, autant que lui et de façon légère, l'insouciance des années 1930 et la gravité des années 1950".

 

A propos d'Ophüls, on parle de la trilogie qui réunit les trois films les plus importants :" La ronde", "Le plaisir" et "Madame de". L'actrice y donnera la pleine mesure de son talent et surprendra son public en lui révélant des ressources insoupçonnées : ainsi sera-t-elle tour à tour une bourgeoise, une fille publique et une aristocrate avec la même aisance. Dans "La Ronde", elle incarne avec délicatesse et humour Emma Breitkopf, femme mariée, victime d'une panne de son jeune amant ( Daniel Gélin ), avant de se retrouver auprès de son mari (Fernand Gravey) dans la chambre conjugale aux lits jumeaux. Elle est ensuite la Madame Rosa du "Plaisir", une des pensionnaires de la maison Tellier qui recouvre un peu de sa dignité  devant les excuses que lui adresse le menuisier de la campagne normande (Jean Gabin) et, pour finir, sera l'interprète insurpassable d'une femme saisie d'une violente passion, oiseau qui se croyait volage et se découvre captif, dans "Madame de"... L'actrice légère, apparemment lisse, pouvait devenir une admirable tragédienne. Le génie d'Ophüls eut, entre autre mérite, celui de tirer d'elle les sons d'un stradivarius.



A partir de ces années 50, elle sera considérée comme l'une des meilleures actrices françaises avec Michèle Morgan et Micheline Presle, sensible, touchante, parfaite dans des rôles aussi divers que celui de Madame de Rénal dans "Le Rouge et le Noir" de Autant-Lara, dans "La Maison Bonnadieu" de Carlo Rim ( 1952) ou "Pot-Bouille" de Duvivier (1957). Elle prêtera également ses traits et son talent à des personnages comme la "Lady Chatterley" de Max Allégret (1955), la Montespan de "L'affaire des poisons" d'Henri Decoin et, également, à des femmes contrastées comme Agnès Sorel, favorite de Charles VII ou Marie-Octobre, une résistante de la dernière guerre. Tant et si bien que la Nouvelle Vague n'hésitera pas à faire appel à une actrice aussi accomplie et qu'elle tournera avec Chabrol dans "Landru" (1962), avec Jacques Demy dans "Les demoiselles de Rochefort" (1967) - où elle sera la seule à ne pas être doublée sur le plan musical - ainsi que dans "Une chambre en ville" (1982), avec Dominique Delouche dans "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme" (1968) et "Divine" (1975), avec Philippe de Broca dans "Le Cavaleur" (1978) et avec Téchiné dans "Le lieu du crime" (1985) ; ces cinéastes contemporains n'ayant pas hésité à lui confier des rôles de femme mûre ou même d'adorable grand-mère. Au théâtre, sa carrière n'en est pas moins brillante. Ses plus grands succès seront : "Les jeux dangereux" en 1937, "La robe mauve de Valentine" en 1963 et "Harold et Maud" en 1995. 

 

        Haut et Court        

 

En 2005, à 88 ans, elle tourne  "Nouvelle Chance" d'Anne Fontaine. Un record pour une actrice qui a débuté sa carrière à 14 ans et n'a pas moins d'une centaine de films à son palmarès. Cette longévité, elle la doit à une incroyable jeunesse de caractère, d'autant qu'elle n'a pas dit son dernier mot et qu'elle a encore joué devant la caméra de Pascal Thomas  dans "L'heure zéro" en 2007 et dans "Pièce montée" de Denys Granier-Deferre en 2010.  Ainsi a-t-elle tout interprété sans éprouver la moindre lassitude et conservé, malgré les épreuves et les chagrins, une formidable joie de vivre. Ce qui a fait dire à son metteur en scène Anne Fontaine : J'ai été complètement charmée par sa personnalité, son énergie, le mélange de joie, de gaieté et de mélancolie totalement surmontée. Danielle est entièrement tournée vers l'avenir, elle a un rapport unique avec le temps.


 

                                            Danielle Darrieux. Haut et Court 

 

Cette grande actrice s'est vu couronnée par le prix de la meilleure interprétation féminine à Berlin en 2002 pour "Huit femmes" de François Ozon, d'un César d'honneur à Paris en 1985 et d'un Molière d'honneur en 1993. Toujours débordante d'activité alors qu'elle avait passé le cap des 90 ans, elle avouait : " J'ai du mal à me voir vieillir. Du coup, je regarde mes anciens films. Mes deux petits liftings sont ridicules à côté de ceux qu'on voit aujourd'hui ! Le secret, c'est d'aimer la vie, de se poser des questions et de ne pas avoir d'oeillères. La comédie, c'est la vie. La seule chose qui m'emmerde, c'est de devoir mourir ". Mais le 7e Art ne l'a-t-il pas depuis longtemps immortalisée ?

 

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DANIELLE DARRIEUX
DANIELLE DARRIEUX
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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 08:59

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Jean-Louis Trintignant fait parti de notre paysage cinématographique depuis si longtemps qu'on a l'impression de le bien connaître, alors qu'il est un homme timide et pudique dont nous ne savons que peu de choses, sinon que ses prestations au théâtre, comme au cinéma, ont toujours été de qualité et qu'il a mené sa carrière avec une étonnante lucidité. Né le 11 décembre 1930 à Piolenc (Vaucluse) dans un milieu aisé d'industriels du Sud de la France, neveu du pilote de course Maurice Trintignant, le jeune Jean-Louis fut très tôt sensible aux beaux textes en découvrant la poésie d'Apollinaire, d'Aragon et de Prévert. A 19 ans, sans doute pour plaire à sa famille, il entre à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence, mais n'y reste pas car, entre-temps, est intervenu un événement qui va l'orienter différemment : il assiste à la représentation de l'Avare de Molière dans une mise en scène de Charles Dullin. Ce choc est si déterminant que le jeune homme n'attend pas plus longtemps pour s'inscrire aux cours du célèbre acteur avec un second objectif, celui de vaincre sa terrible timidité. En 1951, la thérapie est si positive qu'il débute au théâtre dans la Compagnie Raymond Hermantier et la pièce A chacun selon sa faim. Ses débuts au cinéma seront moins heureux avec deux films Une journée bien remplie et Le maître-nageur qui seront deux échecs. Cela ne se reproduira plus.

 

En 1956, après quelques figurations, il fait ses vrais débuts à l'écran dans un film de Christian-Jaque "Si tous les gars du monde", ensuite dans le sulfureux long métrage de Roger Vadim  "Et Dieu..créa la femme". Celui-ci misait alors sur l'affolante plastique de sa femme Brigitte Bardot.  Ce film, assez médiocre, aura du moins le mérite d'assurer au jeune acteur la notoriété internationale et de lui valoir une idylle tapageuse avec la star, dont les conséquences seront de faire exploser le couple qu'elle formait très bourgeoisement avec le metteur en scène.

 

 Mais il lui faut faire son service militaire, d'abord en Allemagne, puis en Algérie durant trois longues années, ce qui le marquera à jamais et l'éloigne de la scène et de l'écran, alors même qu'il venait de réaliser des débuts prometteurs. A son retour, par chance on ne l'a pas totalement oublié et il retrouve la scène avec Hamlet de Shakespeare et l'écran avec ... Roger Vadim ( qui n'est guère rancunier ) et s'apprête à tourner un nouveau film, tout aussi sulfureux que le précédent, inspiré du roman de Pierre Choderlos de Laclos, "Les liaisons dangereuses", avec Gérard Philipe, Jeanne Moreau et sa nouvelle épouse Annette Vadim. En 1962, il est le partenaire de Vittorio Gassman dans "Le fanfaron" de Risi, une réussite éclatante. En 1966, ce sera la gloire internationale avec un film culte sur les amours romantiques de deux veufs : "Un homme et une femme" de Claude Lelouch qui obtiendra la Palme d'or à Cannes la même année et l'Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis. On le voit également, toujours en cette année faste, dans un film politique, à l'opposé du précédent, "Z" de Costa-Gravas au côté d'Yves Montand, film qui aura un incontestable retentissement et lui méritera le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1967.

 


Les Films 13 


Désormais, il mènera sa carrière en se partageant entre la scène et l'écran et, après avoir divorcé de Stéphane Audran, épousera l'actrice, scénariste et réalisatrice Nadine Marquand avec laquelle il tournera de nombreux films et aura trois enfants, un fils et deux filles, dont Pauline qui mourra subitement en 1966 et dont la disparition inspirera à sa mère le film "Ca n'arrive qu'aux autres" ( 1971 ), où Jean-Louis devait tenir son propre rôle auprès de Catherine Deneuve, mais il y renoncera et sera remplacé par Marcello Mastroïanni qui, lors de ce tournage, tombera amoureux de sa partenaire. Et puis, il y a Marie qui sera actrice comme lui et jouera très souvent avec son père, avant de trouver une mort tragique à la suite d'une dispute avec son compagnon. Jean-Louis sortira brisé de cette épreuve. Il disait :

 
Il ne peut y avoir que des moments de bonheur et certains peuvent être exceptionnels. Moi, je n'ai jamais été aussi heureux que quand j'étais avec Marie. Notre relation était unique.
Ma fille Marie, j'éprouve un tel bonheur quand je la vois. C'est ainsi depuis qu'elle est toute petite. Un cadeau du ciel. C'est un peu injuste, cette passion, mais l'amour vient de nous deux. Nous nous sommes connus au bon moment. Le moment où j'avais envie d'être père.

 

La filmographie de Jean-Louis Trintignant est impressionnante et prouve son discernement, car il y en a peu d'oeuvres médiocres. On le verra dans "Ma nuit chez Maud", le meilleur Eric Rohmer selon moi, dans "Le train"  de Granier-Deferre en 1973 auprès de Romy Schneider, dans "Les violons du bal" de Michel Drach en 1973, "La terrasse"  d'Ettore Scola en 1980 et dans "Passion d'amour"  toujours de Scola en 1981, dans "Vivement dimanche" de Truffaut en 1983, dans "L'été prochain" de Nadine Trintignant en 1985, dans "Merci la vie"  de Bertrand Blier en 1990 et on l'appréciera d'autre part sur scène, lors de ses récitals de poésie qui sont pour lui l'occasion de renouer avec ses amours de jeunesse.

 
Depuis 1996, il s'est retiré à Uzès et lancé dans une nouvelle aventure en achetant le domaine vinicole Rouge Garance ( un hommage à Arletty ). Il y produit 20.000 bouteilles de côtes du Rhône chaque année. Je passe mon temps dans les vignes, je veille aux assemblages - dit-il. Après une carrière exemplaire, conduite avec intelligence, et des épreuves très douloureuses, l'acteur a retrouvé la paix dans ce tête à tête avec la nature, le seul poème qui les surpasse tous. Néanmoins, il sort de cette réserve pour des récitals de poésie et pour le film "Amour" de Michael Haneke au côté d'Emmanuelle Riva qui obtint la Palme d'or du Festival de Cannes  2012. Bien qu'atteint d'un cancer et âgé de 86 ans, Jean-Louis vient encore de tourner avec Haneke "Happy End", peut-être le film de trop pensent certains critiques qui ne cessent de l'étriller, tout en reconnaissant que Trintignant parvient à tirer son épingle du jeu de cet opus affligeant.

 

Pour prendre connaissance de mes critiques sur certains films où apparaît Jean-Louis Trintignant, dont  MA NUIT CHEZ MAUD, UN HOMME ET UNE FEMME et Le FANFARON cliquer sur les liens ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS      

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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                                         entre les deux  :  une carrière

 

 

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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 09:05
JEANNE MOREAU

                          Jeanne Moreau aux César 2007. Mireille Ampilhac pour AlloCiné


                                                                                                              


Jeanne Moreau, plus de 60 ans de cinéma, un magnifique parcours qui a fait d'elle la  formidable interprète de quelques-uns des plus prestigieux metteurs en scène contemporains, nommons Louis Malle, François Truffaut, Bunuel, Antonioni, Fankenheimer, Losey, Peter Brook, sans oublier Orson Welles qui fit appel à elle à deux reprises pour Le Procès en 1962 et Falstaff en 1965 et disait, à son intention, qu'elle était "la meilleure actrice du monde". Sa carrière n'a été qu'une longue suite de succès, de coups de coeur, d'emballements et de travail, car il y a toujours, à la clé d'une telle réussite, un immense labeur et une grande exigence.

 

Fille d'une danseuse anglaise de music-hall et d'un père hôtelier français, elle est née à Paris le 23 janvier 1928. Après avoir vécu une partie de sa jeunesse à Vichy, elle poursuit des études secondaires à Paris et commence, sans en rien dire à ses parents, à suivre des cours de théâtre auprès de Denis d'Inès. Ses premiers pas sur les planches auront lieu au Festival d'Avignon en 1947 dans "La terrasse de midi". Six mois plus tard, elle intègre le Conservatoire, ce qui la conduira en 1960 à débuter à la Comédie Française dans " Les caves du Vatican " d'André Gide, mise en scène de Jean Meyer, où elle tient le rôle d'une prostituée. Elle y est déjà si remarquable qu'elle fait (elle, la débutante) la couverture de Paris-Match et reçoit les félicitations d'un écrivain, pourtant peu enclin aux louanges, Paul Léautaud, celui-ci ayant été frappé par son insolence et son indépendance d'esprit. Ainsi s'annonce une carrière qui fera d'elle l'une des muses de la Nouvelle Vague et l'égérie du monde des Lettres et des Arts. Car nul doute, cette amoureuse des livres et des beaux textes fut l'amie de nombreux écrivains. Parmi ceux-ci et celles-là, il y eut Tennessee Williams l'américain, Blaise Cendrars le poète, Paul Morand l'homme pressé, Nimier le jeune hussard et, enfin, deux femmes : Anaïs Nin et Marguerite Duras. Et n'oublions pas ses liens avec des personnalités comme Jean Vilar qu'elle suivra au TNP en quittant la Comédie-Française et sa rencontre avec Louis Malle qui lui ouvrira les portes de la renommée avec deux films où elle s'impose  comme l'une des grandes, dans le sillage d'une Simone Signoret : Ascenseur pour l'échafaud  (1957) et  Les Amants  (1958). Puis viendront Jules et Jim de Truffaut où elle chante une romance qui fera le tour du monde et quelques 130 films dont Le journal d'une femme de chambre de Bunuel et La Notte d'Antonioni qui, de toutes ses interprétations, sont celles que je préfère.

 

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Elle a également collectionné les récompenses les plus prestigieuses dont le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1960, le British Academy Award de la meilleure actrice étrangère pour La vieille qui marchait dans la mer (1991) de Laurent Heynemann, enfin elle a été élue membre de l'Académie des Beaux-Arts le 29 mars 2000, première femme à être gratifiée de cet honneur. Son entrée dans cette estimable assemblée fut justement saluée par le discours de réception de l'un de ses proches : l'impérial Pierre Cardin. La seule chose que je regrette de la part d'une femme aussi intelligente : qu'elle ait participé au remake des Rois Maudits, événement télévisuel que je me suis empressée d'oublier... Malgré son âge, elle avait conservé une activité étonnante, puisque dans le cadre des Atelier d'Angers, qu'elle pilotait de main de maître, elle avait aidé sept jeunes réalisateurs à se lancer dans l'aventure du long métrage, ce qui prouve qu'elle n'avait rien perdu de son enthousiasme et de sa passion pour le 7e Art. D'ailleurs, n'avait-elle pas assuré à maintes reprises -  le cinéma, c'est à la vie, à la mort. Aussi comment  la mort pouvait-elle menacer une immortelle ?

 

Retirée progressivement de la vie publique par le grand âge, elle avouait avoir vécu dans ses rôles des passions extraordinaires : " On dit toujours qu'en vieillissant les gens deviennent plus renfermés sur eux-mêmes, plus durs. Moi, plus le temps passe, plus ma peau devient fine, fine ... Je ressensee tout, je vois tout." L'âge ne l'avait pas privé de sa vigilance. Elle sortait peu mais suivait l'actualité. C'est son aide ménagère qui la trouvera endormie pour toujours au matin du 31 juillet 2017. Adieu Jeanne.

 

Pour consulter ma critique d'Ascenseur pour l'échafaud et Jules et Jim, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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JEANNE MOREAU
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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 09:45
Claude Rich ou la légèreté faite art

Il était la légèreté incarnée et a conservé toute sa vie son étonnante juvénilité, de même que cette grâce qui l’apparentait à un elfe et le rendait insaisissable, comme absorbé en permanence par une rêverie, ce qui ne l’empêchait nullement d’habiter et d’habiller ses rôles nombreux et divers d'un dosage savant de puissance et de fantaisie. Rappelons-nous qu’il fût au théâtre un Talleyrand extraordinaire de rouerie et de préciosité aristocratique. En réalité, il pouvait tout jouer à la scène comme à l’écran, tant ce stradivarius savait unir ironie et intelligence, malice et perspicacité. Son air juvénile cachait une connaissance de l’être humain nourrie par l’expérience et le recul qu’il savait prendre à l’égard des réalités de la vie. Claude Rich s’empressait de se moquer d’elle avant qu’elle ait eu le temps de se moquer de lui, semble-t-il. Cet homme, qui fuyait les mondanités, savait se ressourcer auprès de sa femme (comédienne elle aussi) dans leur maison de campagne, loin des intrigues et des modes volatiles, afin de nourrir ses rêveries, mûrir ses rôles, écrire - il fut l’auteur de trois pièces -  et s’évader vers des lointains imaginaires.

 

Né à Strasbourg le 8 février 1929, Claude Rich, orphelin tout enfant, éprouva très tôt le goût des beaux textes et de la scène et s’inscrivit au Conservatoire d’art dramatique de Paris où il se liera d’amitié avec Girardot, Belmondo, Marielle, Rochefort, Crémer, de joyeux drilles avec lesquels il saluera l’existence avec optimisme. Apte à tout interpréter et entièrement donné à son art, il est vite remarqué par les metteurs en scène et son palmarès sera aussi impressionnant par sa qualité que par sa diversité. Au théâtre, il jouera du Shakespeare comme du Sagan, du Musset comme du Vitrac, du Guitry comme du Brisville. Au cinéma, il débutera très fort avec « Les tontons flingueurs » et sera présent sur la pellicule d’un René Clair, d’un Renoir, d’un Deville, d’un Duvivier, d’un Chabrol, d’un Mocky, d’un Molinaro, d’un Truffaut, d’un Resnais, sachant inculquer à chacun de ses personnages son petit grain de folie, son élégance faussement désinvolte.

 

« Ce qui m’amuse » - disait-il - « c’est qu’on ne sache plus très bien si le personnage que j’interprète est gai ou triste, idiot ou intelligent, tendre ou moqueur, malade ou en pleine forme. (…) Je veux qu’on s’interroge, que le public se pose des questions, qu’il joue avec moi tandis que je joue avec mes partenaires. Le jeu doit être perpétuel. »

 

Aujourd’hui, Claude Rich est parti vers d’autres cieux avec cette légèreté qui savait se faire précise et nuancée, inoubliable et nécessaire. Il était le seul à la conjuguer ainsi sous toutes ses formes, sur toutes les octaves, à la rendre inoubliable et captivante. Bon vent pour cette nouvelle traversée des apparences, cher Claude Rich. Vous allez nous manquer…

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Claude Rich ou la légèreté faite art
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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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