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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 09:32

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                                                                           VIDEO


Julie Christie, l'inoubliable Lara du Docteur Jivago, est née à Chukua aux Indes le 14 avril 1941, d'un père qui possédait une plantation de thé et d'une mère au foyer. Elle effectuera sa scolarité en Angleterre et en France avant de rejoindre la Central School of Music and Drama de Londres. Elle n'a que 16 ans lorsqu'elle débute dans une troupe de théâtre et 20 ans lorsqu'elle décroche le rôle-titre à la télévision dans la série A for Andromeda. Remarquée pour la finesse de son jeu et sa grâce très scandinave, elle ne tarde pas à tourner pour le metteur en scène John Schlesinger et apparaît successivement dans deux de ses films : Billy le menteur en 1963 et Darling en 1965 pour lequel elle recevra l'Oscar de la meilleure actrice. Sa carrière est lancée.


   

 

Et si bien lancée que la même année David Lean lui offre le rôle magnifique de l'héroïne si émouvante du chef d'oeuvre de Boris Pasternak, Lara, auprès d'Omar Sharif et de Géraldine Chaplin, qui sera un succès mondial. Il y est parfaite de sensibilité et forme avec l'acteur égyptien le couple cinématographique de la décennie. D'ailleurs comment décrire cette actrice discrète mais d'une étonnante présence à l'écran, qu'elle doit principalement à l'intensité de son regard et à quelque chose de voilé et de caressé dans ses gestes et ses attitudes. L'année qui suit Jivago, Truffaut la demande pour son film  Fahrenheit 451 qu'elle tourne en France avant d'enchaîner avec  Le messager  de Joseph Losey en 1970,  John Mc Cabe  de Robert Altman en 1971, un thriller en 1973  Ne vous retournez pas  de Nicolas Roeg, une comédie dramatique  Nashville encore avec Altman en 1975, ou des comédies légères comme Le ciel peut attendre  en 1978 de Warren Beatty. Elle sera en quelque sorte une des actrices phares des années 70.


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En 1980, sa carrière ralentit car, actrice exigeante, Julie Christie entend n'apparaître que dans des métrages qui correspondent à sa nature et à ses convictions comme Chaleur et poussière de James Ivory en 1982,  Les coulisses du pouvoir  de Sidney Lumet en 1986 et  Hamlet  de Kenneth Branagh en 1996. Son retour sur le devant de l'écran en 2006 dans  Loin d'elle,  où on retrouve sa grâce et sa présence lumineuse en femme atteinte de la maladie d'Alzheimer, lui vaut une nouvelle nomination aux Oscars de la Meilleure actrice, Oscar qui sera finalement attribué  à Marion Cotillard pour sa prestation dans La Môme. Et cette même année, Julie Christie épouse, à la surprise générale, le journaliste Duncan Campbell, son compagnon de vie depuis 28 ans.


Pour lire ma critique de  Loin d'elle, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 


La Fabrique de Films

 

 

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 08:48

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Jean-Pierre Cassel, mort à74 ans le 19 avril 2007,  ne se contentait pas d'être un comédien apprécié, il y ajoutait des talents de chanteur et de danseur de claquettes qui firent de lui l'interprète idéal des comédies musicales de Philippe de Broca, dont il fut l'un des acteurs fétiche ( Les jeux de l'amour ). Il avait d'ailleurs été découvert par Gene Kelly qui avait su déceler ses qualités de danseur, mesurer l'impact de son élégance et de son charme qui, bientôt, feraient merveille à la scène comme à l'écran. Il faut se rappeler que l'acteur a tourné dans une centaine de longs métrages et participé à une cinquantaine de pièces de théâtre durant sa  brillante carrière. On le vit dans des films de Renoir  ( Le caporal épinglé ), de Bunuel, Chabrol, René Clair, Losey, Melville, Altman et bien sûr Broca. Il fut l'un de ceux qui a compté dans le cinéma français des années 60 à 80, période féconde s'il en fut et qu'il sut marquer de sa présence dans des oeuvres comme  L'armée des ombres  de Melville,  Le charme discret de la bourgeoisie de Bunuel ou  Les fêtes Galantes  de René Clair. Plus tard, il fera merveille dans des films comme  L'enfer  et  La cérémonie  de Claude Chabrol.

 

 

                      Denise Grey, Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Cassel. René Chateau

                                                  

                                                            Avec Belmondo à ses débuts

 

Fils d'un médecin et d'une chanteuse d'opéra, Cassel était né le 27 octobre 1932 et avait très vite été attiré par la danse et le chant. Son modèle ne fut autre que Fred Astaire auquel il consacra en 1994 un spectacle intitulé : " Jean-Pierre Cassel chante et danse Fred Astaire". Il  partageait avec le fabuleux danseur américain un charme désinvolte et une élégance naturelle qui s'imposèrent sans tarder. A partir des années 90, il s'éloigna du cinéma, lui préférant la scène, qui le mettait plus intimement en contact avec le public.  Mêlant l'ironie à la séduction, il était le type accompli du séducteudr français, d'autant plus que sa simplicité et son naturel le rendaient immédiatement sympathique. Cassel ne posait pas, il était la légèreté même. Il aimait le spectacle et cela se sentait. Il manque beaucoup au cinéma français d'aujourd'hui. Il nous reste heureusement ses films, dont le dernier est Contre-enquête de Franck Mancuso ( 1996 ). Son fils Vincent a cédé à son tour aux chants des sirènes cinématographiques, mais dans un registre différent. Ce qui ne l'empêcha nullement de se montrer convaincant en professeur de danse dans " Black Swan".

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - ACTEURS DU 7e ART

 

 

                          Gérard Jugnot, Jean-Noël Brouté, Valérie Lemercier, Roland Marchisio et Jean-Pierre Cassel. Ciby 2000

 

 

                      

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 09:23

Penélope Cruz. Future Films Ltd.    VIDEO

 

Penélope Cruz a déjà un joli palmarès à son actif : 4 films avec Almodovar, un avec Woody Allen, un Oscar du meilleur second rôle l'an dernier à Hollywood. Comment douter après cela  que sa carrière d'actrice ne s'affirme avec éclat et que la belle n'ait nullement l'intention d'en rester là ! A l'évidence, elle a du ressort et des atouts indiscutables, ne serait-ce qu'un tempérament de feu et un goût prononcé pour les rôles flamboyants. Si je la comparais à une actrice du passé, ce serait sans nul doute à Anna Magnani, dont elle a le charisme, la flamme, le panache, la ferveur latine. Elle doit ses rôles les plus étonnants à soeur Maria Rosa Sanz dans  Tout sur ma mère,  à Raimunda, la mère courage de Volver,  à Lena, la petite standardiste qui rêve d'un destin d'actrice dans  Etreintes brisées.  "Dans ce dernier film, il y a d'ailleurs trois personnages en cette Lena" - analyse-t-elle. "La vraie Lena, celle qui affronte la mort de son père et son amour pour le metteur en scène Mateo Blanco. La Lena comédienne de sa propre vie, capable de manipuler Ernesto Martel, son protecteur. Et Pina, le personnage qu'elle interprète dans Filles et valises, le film tourné par Mateo et produit par Martel. M'identifier à une héroïne ne m'intéresse pas. Il me suffit de comprendre son point de vue. La fatigue de Lena m'inspirait de la compassion. D'ailleurs, dès que nous avons commencé à répéter, une immense tristesse m'a envahie : la sienne. Elle m'a harcelée un bon bout de temps après que le film fut fini, et puis elle s'est évanouie".

 

Pour incarner la terrienne de Volver, Almodovar avait demandé à Penélope de déplacer le poids de son corps vers le bassin et de porter un faux-cul. Pour Etreintes brisées, il a contraint ses gestes. " Je suis très expressive, je parle avec les mains, je ne suis pas latine pour rien " - soupire Penélope. Pedro m'a donc poussée à un travail de contention : se tenir, se brider, ronger son frein. Je lui obéis. Il sait tout du jeu et de la vie. J'ai parfois pu faire valoir mon droit de voir les choses différemment sur d'autres plateaux. Pas avec lui. Entre nous, la confiance règne. L'Almodovar metteur en scène, qui me juge digne d'un quatrième rôle, ne me ment jamais. L'ami, auquel j'écris sans arrêt, encore moins. Pedro a donné de la voix dès les années movida. Il a contribué à changer la société espagnole. C'est un maître. Mon maître".

 


Penélope Cruz. Sony Pictures Classics


Penélope Cruz a fait ses classes sur le tas et appris les ficelles de la comédie en observant les clientes du salon de coiffure de sa maman Encarna : " J'y regardais les clientes défiler et conservais leur image dans un coin de ma tête. " Ensuite, elle étudia la danse, fut mannequin durant un temps et apparut dans un certain nombre de navets indigestes." J'apprenais " - dit-elle.  A 17 ans, en effet, Penélope, qui a assisté à la projection de   Attache-moi  dans une salle madrilène, décide de tenter sa chance au cinéma et postule pour un petit rôle auprès d'Alamodovar qui la trouve trop jeune mais lui promet de penser à elle. Et il tiendra promesse en lui offrant, en 1997, de tourner dans En chair et en os, une scène où elle accouche dans un autobus le jour où Franco déclare l'état d'exception. Ce rôle minuscule va lui ouvrir les portes du 7e Art et lui permettre d'enchaîner avec  Jambon Jambon, une farce de Bigas Luna. Sa carrière est lancée...

 
Le New York Times a clamé, non sans perfidie, qu'elle avait insufflé de la vitalité à Woody Allen en manque d'inspiration en jouant une artiste volcanique suicidaire dans Vicky Cristina Barcelona et en mettant le feu à la pellicule. Mais c'est ce qu'elle ne cesse jamais de faire, même si Almodovar lui propose des personnages plus nuancés, faisant appel à ses ressources de vraie comédienne. Ainsi dans Volver, en appelait-il à une Sophia Loren ou une Anna Magnani, dans Etreintes brisées à Catherine Deneuve et à la Séverine de Belle de jour. Et l'actrice se plie à ses exigences avec le désir, dit-elle, de s'améliorer. Il est vrai qu'elle est aujourd'hui une comédienne sur laquelle on peut compter, qui sait nous surprendre à chacune de ses prestations. Son prochain film sera un remake musical de Huit et demi signé Rob Marshall. Elle y jouera la maîtresse de Guido Contini ( Daniel Day-Lewis ), y chantera et y dansera, renouant avec ses premières amours. "Je me tiens constamment sur les montagnes russes qui sont miennes entre " peut mieux faire " et " tu vas y arriver "- confesse-t-elle. Cette quête de l'excellence l'honore et il semble qu'elle n'ait pas fini de nous étonner. Depuis la liste de ses films s'est encore allongée et Penélope peut s'honorer de faire une carrière internationale sans avoir rien perdu de son authenticité méditerranéenne.

 

Pour lire les critiques des films interprétés par Penélope Cruz, dont  VolverVicky, Cristina, Barcelona et  Etreintes brisées, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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Penélope Cruz. Lolafilms

   

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 09:43

Michelle Pfeiffer. Pathé Distribution

                                                     
                                                           

 

Elle est de ces rares femmes qui semblent avoir été créées pour faire rêver la pellicule. A peine apparaissent-elles sur l'écran que quelque chose se passe d'ineffable et de magique. Elles possèdent cette grâce particulière, ce charme incomparable de définir une féminité idéale, de transcender la nature humaine au point de la rendre immatérielle. Michelle Pfeiffer appartient à ce cercle restreint d'actrices qui, de Greta Garbo à elle, en passant par Danielle Darrieux ( rappelez-vous "La ronde" ou "Madame de"... ) Gene Tierney si fragile et évanescente dans "L'aventure de Mme Muir", Grace Kelly et Audrey Hepburn, ensorcellent les salles obscures.


Parce qu'elle semble intemporelle, Michelle Pfeiffer peut tout jouer et principalement les films en costumes, nous donnant à voir des femmes du passé qui finissent par nous paraître contemporaines, parce qu'elle leur apporte ce frémissement de vie, ce relief de tempérament et de caractère qui exaltent et ne figent pas. Car l'actrice est tout sauf fade. Terriblement vivante et présente, souvent drôle, fantasque, originale, inattendue, malicieuse, elle s'empare de la pellicule comme la lumière de l'ombre. Elle a le geste élégant mais vif, le visage fin mais mobile, la sensualité délicate mais intense. Excellente actrice, elle sait se couler dans la peau de personnages très différents, leur insuffler une énergie, leur conférer un relief, leur accorder une authenticité qui emportent l'adhésion.


Michelle Pfeiffer. Universal Pictures


Née en Californie le 29 avril 1958, son premier long métrage sera un téléfilm, suivi immédiatement par "Falling in love again" en 1979. Dès lors, elle n'arrêtera plus de tourner - sauf pendant quelques années où elle se retire pour élever ses enfants - avec les meilleurs réalisateurs et partenaires de la mecque hollywoodienne. La qualité de son jeu, l'émotion que suscite sa présence, sa capacité à rendre crédible n'importe quel personnage pour lequel elle éprouve des affinités auront vite fait d'elle l'une des stars les plus en vue du cinéma américain. Mais son exigence n'en est pas moins grande et l'incite à renoncer à ceux pour lesquels elle ne se sent pas en phase. C'est ainsi, qu'à la suite de ses refus, Sharon Stone récupérera à son profit les rôles titres dans  "Basic instinct"  et  "Casino" et se verra, à son tour, propulsée sur le devant de l'écran. 

 

Michelle Pfeiffer. Collection Christophe L.

 

Parmi les plus belles interprétations de Michelle Pfeiffer, il y a celle de Madame de Tourvel dans " Les liaisons dangereuses"  de Stephen Frears en 1988, qu'elle retrouve aujourd'hui avec "Chéri", et sa présence dans "Le temps de l'innocence"  ( 1993 ) de Martin Scorsese, où elle campe une Ellen Olenska bouleversante face à Daniel Day-Lewis. A son actif une trentaine de longs métrages qui en ont fait l'une des meilleures actrices de sa génération, capable de rebondir, de se renouveler à chacune de ses apparitions. Ainsi "Chéri", dernier opus de Stephen Frears, où elle nous surprend une fois encore par sa classe, sa présence, sa beauté et nous séduit dans le personnage d'une courtisane qui se vante de n'être jamais tombée amoureuse jusqu'au jour où une ancienne cocotte la charge de déniaiser son fils.
Et cependant l'actrice dit d'elle-même qu'elle est le contraire d'une éthérée. " Moi je me sens masculine dans ma façon d'être, et je suis toujours surprise de cette féminité exacerbée qu'on veut me prêter. Jeune, j'étais un garçon manqué, assez massive, du reste. Les sensations de l'enfance vous poursuivent toute votre vie : moi je me vois toujours comme ça, masculine ".

Pas nous !


Quant à Stephen Frears, qui la connaît pour l'avoir dirigée à deux reprises, il avoue :  "Le temps n'a pas de prise sur elle, mais comme c'est une actrice imaginative, elle use de son imagination."
Et il est bien qu'il en soit ainsi, que l'actrice puise dans son imaginaire les ressources nécessaire  pour nous restituer des êtres à jamais disparus ou simplement fictifs. Puisque l'âge n'a pas de prise sur elle, espérons que nombreux seront les metteurs en scène qui feront encore appel à son talent.

 

Pour consulter les critiques des films dont Le temps de l'innocence et Chéri, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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Metropolitan FilmExport Universal Pictures Collection Christophe L. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 09:14
PHILIPPE NOIRET - PORTRAIT

                 Philippe Noiret et Gisele Preville. Mocky Delicious Products    Michel Bouquet et Philippe Noiret. EuropaCorp Distribution

                  Lorant Deutsch et Philippe Noiret. Gaumont Buena Vista International (GBVI)  Philippe Noiret et Isabelle Huppert. Studio Canal

                                                                       
                                                   VIDEO HOMMAGE


 

1930 - 2006

 

Philippe Noiret, qui nous a quittés le 23  novembre 2006  à l'âge de 76 ans des suites d'un cancer, a laissé un vide immense dans le cinéma français. Cet acteur, par son talent, son élégance, son naturel et sa simplicité, avait su, mieux qu'aucun autre, gagner l'estime et l'affection du public et interpréter les rôles les plus divers avec le même bonheur, la même humanité, sachant être tour à tour flic, truand, amoureux transi, bourgeois râleur ou débonnaire rigolard. Bien qu'il soit venu assez tard au cinéma, sa filmographie est impressionnante. Environ 125 films avec les plus grands metteurs en scène français et italiens, dont voici quelques titres parmi les plus marquants :  "La Grande bouffe" - "Alexandre le bienheureux" - "La vie de château" - "Thérèse Desqueyroux" - "L'Attentat" - "Que la fête commence" - "Un taxi mauve" - "Tendre poulet"- "Le vieux fusil" - "Les Ripoux" - "Coup de torchon" - "Cinema paradiso" - "La vie et rien d'autre" , qui, à eux seuls,  prouvent, si besoin est, le souci constant de l'acteur de ne donner son accord qu'à des oeuvres de qualité.

 

 

             Gaumont Buena Vista International (GBVI)

 

 

Né le 1er octobre 1930, Philippe Noiret, après des études classiques dans un collège d'oratoriens, débuta en 1950 une carrière au cabaret avec Jean-Pierre Darras, puis au Théâtre National Populaire avec Jean Vilar.  Il y interprétera de nombreuses pièces dont "La nuit des rois",  "Lorenzaccio" et "Le Cid", expérience fondatrice qui lui apprit la rigueur et l'exigence et lui prêta pour partenaires des comédiens comme Gérard Philipe, Maria Casarès et Monique Chaumette, qu'il épousa par la suite. Cela lui vaudra également une diction parfaite et une modulation de la voix qui conférera un attrait supplémentaire à son jeu d'acteur. Son premier rôle au cinéma lui est proposé par Agnès Varda dans  "La pointe courte"  en 1956, mais il lui faut attendre quatre ans avant de jouer à nouveau dans  "Zazie dans le métro"  de Louis Malle et d'imposer au petit écran sa stature, son visage clément et ce quelque chose de très français qu'il savait teinter d'une pointe d'élégance tout britannique. Après "Zazie", il enchaîne film sur film pendant près de 50 ans, marquant l'écran de sa présence chaleureuse et de sa prodigieuse aptitude à jouer les contre-emplois. Grâce à ce prodigieux pouvoir de métamorphose, il se fera une spécialité des personnages de composition, auxquels il communiquera, tour à tour, sa bonhomie ou sa gravité, son humour ou sa tendresse, sa jovialité ou sa bougonerie. Il entre vraiment en popularité grâce au film d'Yves Robert  "Alexandre le bienheureux"  ( 1967 ),  sorte de dithyrambe de la paresse, qui lui sied à merveille. Ainsi va-t-il, au long d'une filmographie d'une rare qualité, imposer un personnage peu commun, malgré un physique banal, qui, au gré des circonstances, fera preuve d'équilibre, de bonté, de drôlerie, mais également d'un lymphatisme qui pouvait aller jusqu'à la lâcheté, d'une sensualité qui frôlait parfois le vice et d'un laxisme qui, à l'occasion, s'apparenterait à de l'impudence. C'est probablement Bertrand Tavernier qui a su le mieux utiliser cette formidable ambiguïté et dégager ce qu'il pouvait y avoir d'inquiétant et de perverti dans son image la plus rassurante, en lui confiant le rôle du policier dans son film "Coup de torchon". C'est ainsi que pour les besoins d'un rôle, cet  acteur pouvait osciller entre la rigidité bourgeoise et la tentation anarchiste. De fait, il excella dans tous les rôles et sut mettre de l'émotion jusque dans sa façon de s'effacer discrètement.

 

 

Chez lui, jamais d'amertume, mais une bienveillance inlassable, un souci constant de donner le meilleur de soi, d'insuffler à ses personnages, du plus sombre au plus caustique, une épaisseur humaine. Il ne se considéra jamais comme une star, dont il n'avait ni les caprices, ni les éclats, mais comme un artisan, désireux de se renouveler et de s'enrichir au quotidien, enclin à toujours mieux faire. Menant une brillante carrière internationale sous la direction des plus grands : Cukor, Hitchcock, Rosi, Noiret alterne intelligemment  les films destinés au grand public et les oeuvres plus personnelles et originales, sans jamais donner sa caution à n'importe quelle entreprise. Même lorsqu'il échoue avec un film comme "Le Grand Carnaval"  ( 1984 ) d'Alexandre Arcady, il ne semble jamais compromis auprès d'un public qui se sent proche de cet homme courtois et modeste. C'est la raison pour laquelle le comédien put enchaîner en cette même année 1984  le rôle de l'officier colonial de  "Fort Saganne" d'Alain Corneau et celui du flic des "Ripoux" de Claude Zidi, qu'il illumine de son cynisme jovial car, mieux qu'une vedette, Noiret était une nature. Il joua mille et une variations sur le thème de la bonhomie, n'excluant ni les crises d'autorité, ni les fourberies. Un critique écrira de lui : " Noiret est le seul qui puisse faire rire et pleurer dans le même instant, danser le french-cancan, pousser la chansonnette, jouer Racine ou Ionesco, être grossier et subtil avec le même raffinement des acteurs de vieille race". Le public le savait et l'appréciait, devinant en lui les qualités de l'honnête homme dans le sens plein du mot. N'étant pas de nature à se plier au conformisme ambiant, il eut parfois quelques coups de gueule mémorables, entre autre celui poussé à propos du Paris-Dakar qu'il désapprouvait : " Si on ne voit pas que le Paris-Dakar est un crachat sur la beauté du désert et une offense aux populations africaines, il n'y a plus qu'à tirer l'échelle" - disait-il.
 

 

 

         Thierry Lhermitte, Lorant Deutsch et Philippe Noiret. Gaumont Buena Vista International (GBVI)                 Philippe Noiret et Guy Marchand. Studio Canal

 

Noiret fut couronné du César du meilleur acteur à deux reprises : pour "Le vieux fusil" de Robert Enrico et  "La vie et rien d'autre"  de Bertrand Tavernier.

Pour  prendre connaissance de mes critiques sur les films où apparaît l'acteur, dont  "Cinéma Paradisio", "Coup de torchon"  et  "Le vieux fusil", cliquer sur les liens ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS     

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

ACTEURS DU 7e  ART

 

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PHILIPPE NOIRET - PORTRAIT
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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 11:19

Gaumont Columbia Tristar Films Warner Bros. France  Affiche américaine. Walden Media 

                                                                 

 

Sa rencontre avec Emma Thompson

 

« Emma et moi nous nous sommes rencontrés sur L'incroyable destin de Harold Crick. Avant les deux scènes que nous avions à jouer ensemble, on ne s'était jamais vus. Et il s'est passé quelque chose d'intéressant. Peut-être parce qu'on vient de milieux différents. Elle est de cette soi-disant école anglaise du jeu. Moi, je suis très Américain. Pourtant, on n'a eu aucun problème à se comprendre.

Entre nous, s'est créée une sorte d'intimité sentimentale.

Elle m'a dit que cela ne s'était produit qu'une seule fois auparavant dans toute sa carrière. Et ce avec Anthony Hopkins.

Ce sont des choses qui arrivent parfois. Vous allez dans une fête, le lendemain vous dites « Tiens, j'ai rencontré quelqu'un. On s'est compris, on s'est vite entendus ». Mystère ! Vous êtes incapable d'expliquer précisément pourquoi.

Avec Emma, on s'est dit qu'un jour peut-être on ferait un film entier ensemble. L'année d'après, elle m'appelle. Me dit qu'elle connaît un scénariste et réalisateur, Joel Hopkins, qui a une idée d'une structure simple. Deux personnages se rencontrent. Ils se promènent et quelque chose se passe entre eux en l'espace de 72 heures.

Emma et moi, on en discute afin de savoir comment aborder ce sujet. On se rend compte qu'on a passé beaucoup de temps - au fil de notre carrière - à se maquiller, à se costumer, à se métamorphoser.

Elle n'est pas d'une beauté conventionnelle. Moi je ne suis pas particulièrement beau gosse. On n'a jamais été énormément demandé pour des premiers rôles. On décide, cette fois-ci, d'essayer d'être aussi proche de nous-mêmes que possible. On se met d'accord là-dessus.

 

Moi, j'avais vu  Love Actually  et cette scène extraordinaire - incroyablement émouvante - entre son personnage et son mari infidèle. C'était tellement proche de sa vie privée. Elle était tellement courageuse d'exposer sa moelle à l'écran. Je lui dis que c'est peut-être comme ça qu'il faut aborder notre film. Improvisons, nous connaissons nos répliques par coeur et modifions-les, avec l'accord du réalisateur, pour les rendre plus personnelles. Ensuite, sur le tournage, tout peut arriver ! Faisons en sorte que ce soit le plus proche de ce qu'on a vécu et partagé lors de notre première rencontre. Au départ, elle était assez réticente. Elle a essayé et elle a été magnifique. Parce qu'elle est aussi une auteure et qu'elle est capable de concilier les deux. »

 

  Son Hollywood

 

« Quand on travaille depuis aussi longtemps que moi - quarante ans -, vous entendez des histoires qui n'arrivent pas aux oreilles du public.

Un exemple, Johnny Depp, qui passe sa vie à essayer d'être un artiste. J'ai toujours dit à ma femme que j'espère pouvoir travailler un jour avec lui parce qu'il fait tout ce qu'il peut pour ne pas être une star et fuir le star-system. Cela se sent dans ses choix de rôles, ses interprétations. Il est toujours un peu border-line, anti-Hollywood, anticonformiste. Exemple cette anecdote qu'il m'a racontée sur le tournage de  Neverland  que j’ai accepté parce que j'avais deux scènes avec lui.

 

Il arrive donc sur le tournage de Pirates des Caraïbes, maquillé, un peu efféminé, déguisé en Keith Richards. Le producteur et le réalisateur sont très choqués. Ils ne savent pas quoi dire, quoi faire. Après trois jours de tournage, ils arrêtent tout. Un des plus gros producteurs d'Hollywood (Jerry Bruckheimer ndlr) demande de tout refaire en disant qu'ils ont embauché un Douglas Fairbanks, un Errol Flynn, pas ce mec-là. Johnny Depp leur dit « Au revoir. Vous m'avez embauché moi, voilà ce que je veux faire du personnage ! Il n'a pas cédé et c'est pour ça que le film a marché.

Hollywood est remplie d'histoires de ce type. 

Jamais je n'aurais pu jouer aussi « laid-back » (en retrait : ndlr) si Last Chance For Love avait été une production hollywoodienne.»


Dustin Hoffman. Gaumont Columbia Tristar Films 

 

Sa carrière

« J'ai eu beaucoup de chance. J'ai débarrassé des tables et fait serveur jusque l'âge de 30 ans. Tous les castings, c'était non merci. Soudainement,  Le Lauréat  m'est tombé dessus et ma vie s'en est trouvée bouleversée. A partir de ce moment-là, j'ai eu le choix des meilleurs scripts, des meilleurs réalisateurs. J'ai travaillé avec Mike Nichols, John Schlesinger, Sam Peckinpah, Bob Fosse, Alan J. Pakula. Pour moi, c'est comme un rêve. Et ça n'a jamais arrêté.

Sauf Coppola et Scorsese - Parce qu'ils ont De Niro.

Et moi je suis gourmand et envieux ! »

 

Sa cinéphilie

 

« Quand on vieillit, on ne veut pas tomber dans le piège de ces parents qui ont toujours tendance à se référer au bon vieux temps. Tout a changé, tout serait plus superficiel que dans le temps.

Quand j'ai commencé à étudier, il y avait Truffaut, Godard, Fellini, Antonioni, Bergman, De Sica, leurs films ne passaient que dans un seul cinéma, à New York. Les seules personnes que l'on rencontrait dans ces salles étaient des acteurs, des écrivains. A cette époque, les Américains ne supportaient pas les sous-titres. Et maintenant, je vous retourne la question. Qui a pris la relève ? Il y a encore de bons réalisateurs chez vous mais pas du calibre de Truffaut.

J'adore le cinéma et je cherche toujours à me cultiver. La semaine dernière j'ai vu "Madame de" de Max Ophuls, avec Charles Boyer et Danielle Darrieux. C'est aussi moderne aujourd'hui qu'à l'époque. Les acteurs sont incroyablement subtils. Je viens de revoir également La Nuit américaine, le meilleur film jamais fait sur le cinéma. Avec Huit et demie.

Ça y est, je parle comme mon père ! »

 
Ses trophées

 

« Nous sommes tous des comédiens. C'est ce dont on se rend compte quand on étudie le jeu d'acteur. On passe la plupart de notre vie à jouer. Ça commence le matin dès que quelqu'un vous demande si ça va. Et c'est parti, vous commencez à dire une connerie. Il y a tout un monde, tout un tas de trucs qui se passent en vous et que vous gardez pour vous. Comme lors de ces moments extraordinaires de la vie - les mariages, les obsèques - tous ces événement traumatiques, trop bouleversants. Recevoir des récompenses - un césar, un oscar - pour moi c'est la même chose !

Tout le monde est ému, excité à l'idée de remporter un prix mais après toutes ces années à observer tout ça et à en gagner quelques uns, le plus important dans la vie pour moi ce n'est pas tellement gagner, c'est de ne pas perdre !

On a toujours l'impression d'être en sursis. Dieu merci, ce n'est pas un Razzie !

Donc, c'est un honneur, cela me touche mais en même temps ça n'a rien à voir avec l'émotion que vous ressentez à l'énoncé d'une seule mauvaise critique. Vous avez passé deux ans à travailler sur quelque chose, vous lisez une mauvaise critique et ça vous met en lambeaux. Vous le prenez comme un couteau dans le ventre. Et ça malheureusement, vous le ressentirez toujours plus fort que la plus belle, la plus grande des récompenses... »



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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 18:37

Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic      VIDEO


C'est ainsi qu'il restera dans ma mémoire avec son galurin penché sur l'oeil et son mégot au coin des lèvres, tel qu'en lui-même on le découvrait dans A bout de souffle, l'un des films qui intronisait la Nouvelle Vague et le cinéma des jeunes turcs. Belmondo, une gueule à la Gabin, une démarche un peu chaloupée, un regard qui savait se faire pesant, insistant, moqueur, et l'air éternellement gavroche d'un dandy à la mode des années 60. La notoriété, elle lui était venue avec la Nouvelle Vague et le film manifeste de Jean-Luc Godard. Il devint grâce au rôle de Michel Poiccard le symbole masculin, voyou, séducteur, désinvolte et romantique, de la génération des sixties. Par la suite, il se transformera en figure mythique du héros moderne, ivre de liberté et d'amour, capable de s'affronter à la réalité criminelle de l'argent à travers un autre personnage de Godard : Pierrot le fou ( 1969 ) 

 

Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic    Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic

Entre-temps, il aura tenté une autre expérience avec Jean-Pierre Melville - afin de ne pas être catalogué trop systématiquement dans un personnage marginal - en revêtant la soutane d'un jeune ecclésiastique torturé par le doute dans Léon Morin prêtre, prouvant qu'il était un grand acteur, en mesure d'endosser des rôles aussi différents.  Et, certes, acteur, il l'était. Né à Neuilly le 9 avril 1933 d'un père d'origine italienne, sculpteur de grand talent, et d'une mère artiste-peintre, il s'était très vite orienté vers une carrière artistique après une jeunesse tumultueuse et un détour dans un sanatorium d'Auvergne à la suite d'une primo-infection. Reçu au conservatoire en même temps que Rochefort et Marielle, il était entré dans la classe de Pierre Dux où il restera 4 années à se familiarises aux arcanes du métier. Il aspire alors au Grand Prix, mais celui-ci lui échappera, les jurés s'étant rebiffés contre l'insolence débonnaire de son interprétation, tandis que le public lui faisait un triomphe. Tant et si bien que ce sera sa photo qui apparaîtra en première page sur tous les quotidiens du soir, présageant d'un avenir prometteur. Et pour lui, cet avenir ne sera pas la Comédie-Française comme il en est habituellement pour les premiers prix, mais des rôles où sa truculence, sa gouaille, sa drôlerie bondissante feront merveille et où son physique, aussi peu classique que son jeu, sera plébiscité. Par chance, grâce à un flair étonnant, des hommes comme Godard et Chabrol comprendront d'emblée qu'il est l'acteur en mesure d'exprimer leurs aspirations, de par cette spontanéité libertaire et cette insouciance qui le caractérisent et qu'il conservera aussi longtemps qu'il tournera avec des metteurs en scène comme eux et, par la suite, comme Melville, Resnais, Malle, Lelouch, voire de Broca et Sautet. Mais le succès et la facilité aidant, il sera tenté de stéréotyper son personnage et de cabotiner fatalement, devenant en quelque sorte le champion toute catégorie du cinéma commercial. Malgré des films moins bons et élaborés en fonction de lui seul, il sauvegarde son aura et son capital de sympathie qu'un public, époustouflé par ses prouesses de cascadeur et sa gouaille communicative, ne cessera jamais de lui manifester. Belmondo, c'est l'acteur français par excellence, celui avec lequel on est assuré de passer un vrai bon moment de détente. C'est ainsi qu'il aura été tour à tour, et avec la même élégante désinvolture, Stavinski, l'As des as, Borsalino, le Marginal, le Magnifique, l'homme de Rio...


Jean-Paul Belmondo. Collection Christophe L.

Après un passage à vide aux alentours des années 90, il revient à l'écran avec un film de Lelouch qui lui vaudra un César : Itinéraire d'un enfant gâté et surtout au théâtre avec un rôle qui lui sied comme un gant dans Kean, puis dans Cyrano sous la direction de Robert Hossein. Ce sera pour lui un grand bonheur de se retrouver sur les planches en contact direct avec son public qui lui fera un triomphe. Victime d'un accident vasculaire en 2001, lors d'un séjour en Corse, il sera rapatrié d'urgence et devra à une longue, patiente et douloureuse ré-éducation de récupérer en grande partie son autonomie et de revenir sur nos écrans dans un film de Francis Huster, remake du Umberto B. de Vittorio de Sica : Un homme et son chien, que je n'irai pas voir, préférant garder de si sympathique acteur, l'image de l'éternel casse-cou, séducteur et espiègle, telle que celle qui lui collait tellement à la peau de l'As des as ou de L'homme de Rio.

 

Pour prendre connaissance des articles consacrés aux films de Belmondo, dont  A bout de souffle et  Pierrot le fou, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

Jean-Paul Belmondo. Collection Christophe L.

 

 

 



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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 11:01
ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT

Isabelle Huppert. Bac Films   


Elève de Jean-Laurent Cochet et d'Antoine Vitez, Isabelle Huppert, née le 16 mars 1953 à Paris, fit sa première apparition à l'écran à l'âge de 18 ans dans "Faustine et le bel été" de Nina Companeez, à côté d'une autre débutante Isabelle Adjani. Avec son physique de petite fille et ses tâches de rousseur, elle était alors la représentante idéale de l'adolescente, dont l'allure paisible pouvait soudainement se fissurer pour donner libre cours à une violence intérieure contenue. "J'éprouvais un certain plaisir à exprimer ces sentiments, à me voir souffrir et pleurer à l'écran" - dira-t-elle. C'est ainsi qu'elle apparaît sous des personnages très divers dans "César et Rosalie"  de Claude Sautet où elle joue le petit rôle de Marité, en fille révoltée dans  "Les valseuses"  de Bertrand Blier, en démente qui cache un talent de peintre dans "Aloïse" de Liliane de Kermadec, en victime d'un beauf violeur et raciste ( Jean Carmet ) dans "Dupont la joie" d'Yves Boisset, en maîtresse d'un juge ( Philippe Noiret ) dans "Le juge et l'assassin"  de Tavernier, enfin en petite shampouineuse qui lit des romans-photos dans "La dentellière"  de Claude Goretta, où elle était stupéfiante d'intériorité et de douce modestie.

 


Isabelle Huppert & Jacques Dutronc. MK2 Diffusion  Isabelle Adjani et Isabelle Huppert. Collection Christophe L.


Avec "Violette Nozière"de Claude Chabrol, elle passe à la vitesse supérieure et s'affirme comme une actrice avec laquelle il va falloir compter, en réussissant superbement à saisir la personnalité complexe du personnage. Maîtrisant son art, elle peut désormais choisir ses metteurs en scène et va conduire sa carrière avec intelligence et ferveur. Car une flamme brûle chez cette petite bonne femme au physique plutôt banal, sur laquelle on ne se retournerait pas dans la rue. Mais à l'écran, elle sait accrocher le regard par cette intensité qu'elle confère à chacun de ses rôles. Claude Chabrol sera le premier à bénéficier de ses choix judicieux et ils tourneront ensemble à six reprises dont "Une affaire de femme" et "L'ivresse du pouvoir ".

" Les plus grands livres et les plus grands films sont ceux qui mêlent distance et émotion" - confiera-t-elle. Et c'est ce que j'ai envie de restituer comme actrice, intuitivement. C'est d'ailleurs pour cette raison que je me suis trouvée à l'aise dans les films de Chabrol : ils conçoit aussi l'alliage entre le romantisme et la distance critique".

 

Collection Christophe L.       Isabelle Huppert. Collection Christophe L.


Isabelle Huppert se distingue de ses contemporaines par son goût du risque, de la provocation, et les rôles  les plus difficiles l'exaltent d'autant plus qu'elle se plaît, en tant qu'actrice, à se mettre en danger. Aussi ira-t-elle naturellement vers des auteurs exigeants qui ne font  l'impasse sur aucune audace : elle tournera successivement avec Olivier Assayas, Patrice Chereau, Jacques Doillon, Jean-Luc Godard, Maurice Pialat, Raoul Ruiz, Bertrand Tavernier pour la France ; Michael Cimino, Marco Ferreri, Michael Haneke, Andrzej Wajda en ce qui concerne les réalisateurs étrangers. Tout en respectant scrupuleusement les contraintes techniques et le style propre à chacun, l'actrice apporte son imaginaire et sa vision du personnage : " Les metteurs en scène essaient de vous soumettre à leur loi et moi j'essaie de les soumettre à la mienne" - ne craint-elle pas d'affirmer. Et elle poursuit : " Parce qu'en fait il s'agit d'une communication très souterraine qui ne passe pas par des ordres ".

Aussi a-t-on volontiers qualifié l'actrice "d'intellectuelle". A tort, car il s'agit chez elle d'une interprétation très intuitive, voire sensitive. A ce propos, Franck Garbarz et Yann Tobin ont écrit : " Isabelle Huppert endosse des rôles organiques qui font appel autant à son intelligence qu'à sa pure présence physique. Interprète au sens quasi musical du terme, elle épouse avec souplesse le regard des cinéastes qui projettent en elle leurs fantasmes et leur vision du monde. Loin de se cacher derrière un masque de star, elle est sans répit dans le don d'elle-même, tout en gardant le sens du jeu".



Bel hommage à l'une de nos actrices les plus talentueuses et les plus insaisissables. Pensons à ses rôles dans  "La pianiste" de Michael Haneke ( 2000 ) ou "Merci pour le chocolat" de Claude Chabrol ( 2000 ), où elle allait au bout d'elle-même avec une force, un abandon, une violence qui ont marqué profondément les spectateurs. Elle a renoué avec Haneke pour "Amour" où elle interprète la fille de ce couple âgé dont la femme est en fin de vie. Un rôle plus modeste mais qu'elle tient avec cette justesse de ton qui la caractérise. Dernièrement, elle a à nouveau endossé le rôle d'un personnage ambigu et sulfureux, comme elle les aime, dans "Elle",  que chacun appréciera selon sa sensibilité.

 


 Les Films du Losange Pan Européenne Edition Gaumont


 

ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT
ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT
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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 11:39

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Une de nos actrices les plus talentueuses, Stéphane Audran, discrète et pudique, n'a jamais fait parler d'elle, sinon pour nous convaincre par son jeu sensible qu'elle était la digne continuatrice des grandes comédiennes d'avant-guerre.

Née le  8 novembre 1932 à Versailles d'un père médecin et d'une mère enseignante, Stéphane Audran, qui s'appelait encore Colette Suzanne Dacheville, une fois ses études secondaires achevées, devient l'élève de Charles Dullin, de Tania Balachova et de Michel Vitold, avant d'être découverte par Claude Chabrol qu'elle épousera en secondes noces, après son divorce d'avec Jean-Louis Trintignant. Sa carrière débute par un petit rôle dans Les Cousins (1959) que Chabrol, en découvreur de talent averti, lui confie avant de la révéler dans Les Bonnes Femmes (1960), puis de l'imposer en vedette dans une quinzaine de ses films ; on retiendra, tout particulièrement, ses prestations dans Les Biches (1968), La Femme infidèle (1969), Le Boucher (1969), Les Noces rouges (1973), Violette Nozière (1978), Le Sang des autres (1983), Poulet au vinaigre (1984) ou Betty (1992) où, grâce à la qualité de son jeu fait d'intelligence, d'une séduction un peu froide et d'une classe évidente, elle séduit  le public et devient une comédienne incontournable des années 60/80.  Elle obtiendra le César de la meilleure actrice en 1978 pour Violette Nozière où, curieusement, apparaît la nouvelle égérie de Chabrol : Isabelle Huppert. Le couple va se séparer en 1980 et la carrière de Stéphane Audran en souffrira fatalement. On la verra encore dans Le soleil en face ( 1980 ) de Kast, Coup de torchon ( 1981 ) de Tavernier,  dans l'inoubliable rôle de Babette dans Le Festin de Babette ( 1987 ) de Gabriel Axel qui est sans nul doute sa prestation la plus éblouissante, et, dernièrement,  dans La fille de Monaco ( 2008 ) auprès de Fabrice Lucchini.


Michel Bouquet et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

 

Dans La femme infidèle face à Michel Bouquet, dans Le boucher  face à Jean Yanne, dans Coup de torchon, et, davantage encore, dans son rôle de Babette, on se rappelle de la finesse, de l'élégance, de la subtilité de ses interprétations qui, toutes,  frappent par l'intensité des expressions et une silencieuse et indiscutable présence. Pas d'effets, mais une interrogation permanente, quelque chose d'indicible et de pathétique dans le regard, une délicatesse dans les gestes, une économie étonnement efficace. Je compte cette merveilleuse actrice, qui a su se retirer sans faire de vagues,  parmi mes préférées.

 

Pour consulter les critiques de films intérprétés par l'actrice, dont La femme infidèle et Le festin de Babette, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS         LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN



Jean Yanne et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

    

    

 

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 10:53

         Collection Christophe L.   Les Acacias  Théâtre du Temple  Columbia Pictures Corporation

                                                                      

                                                                    VIDEO

 

En 1962, alors qu'il était au faîte de sa gloire, Hitchcock ne cachait pas sa nostalgie : il regrettait la disparition des stars. James Stewart était devenu trop âgé pour être à nouveau la vedette d'un de ses films, Cary Grant se retirait après le succès de  La mort aux trousses,  afin de quitter le public sur une image séduisante. Mais plus grave encore était le problème féminin, puisque derrière l'oeuvre de Hitchcock personne n'ignore le slogan qui coure :  cherchez la femme .
S'il avait eu beaucoup de peine à pardonner à Ingrid Bergman de l'avoir quitté pour Rossellini, Hitchcock espérait encore récupérer sa chère Grace Kelly, désormais princesse de Monaco, pour tenir le rôle de Marnie dans Pas de printemps pour Marnie, adaptation d'un roman de Winston Graham, dont il avait acheté les droits spécialement pour elle. L'arrangement était à deux doigts de se conclure, lorsque le général de Gaulle, irrité des avantages fiscaux consentis à la Principauté, lança une attaque afin de remettre en cause ce statut privilégié. Le prince Rainier - pour ne pas briser ses liens avec la France - se vit dans l'obligation de composer et Grace renonça définitivement au cinéma pour rester aux côtés de son mari dans cette période difficile.

 

                     Théâtre du Temple   Cine-Classic   

Un film amoureusement conçu pour une actrice et tourné par une autre, cela ne nous évoque-t-il pas quelque chose ? Oui, bien sûr et la coïncidence ne parait pas fortuite. Dans Sueurs froides, l'actrice que nous voyons sur l'écran est une remplaçante. Alors que le rôle avait été taillé sur mesure pour Vera Miles, c'est Kim Novak qui se voyait chargée de l'interpréter après que la star, enceinte, se soit désistée et, curieusement, le thème de la substitution constitue le sujet du film : un homme toujours épris d'une femme qu'il croit morte, s'efforce, lorsque le hasard le remet en présence de son sosie, de recréer la première image. N'est-ce pas comparable au metteur en scène qui, par personnage interposé, oblige une actrice de remplacement à imiter l'actrice initialement choisie ? Il y a de cela ...

 

 

       James Stewart et Kim Novak. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr  Stewart et Kim Novak

    Collection Christophe L.  tippi_hedrenBW.jpg   Cary Grant & Tippi Hedren

 

Oui, les stars manquaient cruellement à Hitchcock en ces années 60/70. Il les avait côtoyées jusqu'alors avec amour, leur avait confié des rôles magnifiques, leur avait permis d'exprimer les nuances les plus subtiles et contibué à magnifier leur talent. Pratiquant un cinéma de situations qui nécessitait, pour être crédible, des natures fortes, le maître, plus qu'aucun autre metteur en scène, avait besoin d'elles. Il avait en horreur les scènes inutiles, les surcharges. Il n'était pas l'homme des digressions et des petits détails ; il entendait que la personnalité de l'acteur soit suffisamment convaincante pour qu'il n'ait pas l'obligation d'alourdir sa narration de gestes superflus.

Pour autant, il ne parvint pas toujours à avoir les interprètes qu'il souhaitait. En Angleterre, le rôle titre  de son film Agent secret, ayant été refusé par Robert Donat, il  dut se rabattre sur John Loder. A Hollywood, il se vit imposer des comédiennes assez médiocres comme Priscilla Lane. Mais il sut également renverser la vapeur et tirer profit de certaines défections. Pour Le procès Paradine, quand Alida Valli remplaça Greta Garbo, qui ne tenait nullement à faire son come-back sous les traits d'une meurtrière, il employa au mieux la beauté et l'intelligence de la vedette italienne. Pour Marnie, après le refus de la princesse Grace, il donna sa chance à Tippi Hedren. Il l'avait remarquée dans un spot publicitaire et il entreprit de faire de ce mannequin une véritable actrice. Il en fut assez satisfait pour lui confier, à deux reprises,  le rôle principal dans  Les Oiseaux  ( 1963 ) et  Pas de printemps pour Marnie  ( 1964 ) . Si bien qu'à la fin de sa carrière, il réalisa pleinement sa vocation de Pygmalion.

 

        Corbis Sygma  Columbia TriStar Films  Gaumont Buena Vista International (GBVI)  Action Gitanes

Ce qui intéressait Hitchcock dans ses personnages féminins était en tout premier lieu la métamorphose. L'héroïne hitchcockienne, tout au long d'un film, avait le devoir de se révéler à elle-même, à son partenaire, aux spectateurs. Le metteur en scène attendait de son interprète qu'elle lui montre des émotions qu'elle possédait sans le savoir, mais qu'il avait su discerner avant elle. Dans le cas de Joan Fontaine, qu'il avait choisie pour être Mme de Winter auprès de Laurence Olivier dans Rebecca, il cherchait à utiliser le charme maladroit de la débutante de 21 ans qu'elle était alors. Il avait le souci que l'être coïncide au plus près à son modèle. Il aspirait à ce que l'interprète projette sur l'écran un type humain, réunissant à un haut degré des caractères distinctifs, que l'être et l'image ne fassent qu'un.

Pour conclure, j'ajouterai que de 1925 à 1976, les films de Sir Alfred ne furent pas seulement des oeuvres de pur divertissement qui échapperaient aux turbulences et aux drames de leur époque, comme pourrait le laisser penser une approche trop succinte. Les positions politiques du cinéaste se sont manifestées au long de cette filmographie remarquable, celui-ci n'ayant jamais dissimulé ses convictions personnelles. Anti-nazi dès les années trente, interventionniste pendant la guerre, anti-communiste dans les années soixante/soixante-dix, Hitchcock, anglais naturalisé américain, était un libéral humaniste dont les certitudes ne varièrent point. A travers ses films, c'est le jeu des appartenances indécises, des exclusions sociales qui apparait sous les masques successifs de ces familles déchues, de ces espions mondains évoluant dans des pays totalitaires, où il se plaisait à situer l'action, et pour cause ! C'était là des lieux privilégiés où s'entrechoquaient les influences et les perversions les plus  séditieuses. Avant de se livrer sur le terrain métaphysique, l'aventure hitchcockienne s'enracine d'abord dans l'histoire de son temps et comme les personnages ambigus et complexes sont ceux qui retinrent en priorité l'attention du réalisateur, il arriva que Sir Alfred souffrit de l'incompréhension de ses contemporains. Il en est presque toujours ainsi des novateurs.

 

Pour accéder à mon article consacré à Alfred Hitchcock, cliquer  sur le lien ci-dessous :

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 


  Ingrid Bergman92 images-copie-1

 

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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