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22 août 2007 3 22 /08 /août /2007 08:41
ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT

                      FR3 Cinéma 

                                                                    
                                                          

                   

Romy Schneider, passante inoubliable, a traversé le cinéma comme un météore, y laissant une empreinte indélébile. Plus de trente ans que s'est éteint ce regard où la gaieté finissait toujours par s'embuer de mélancolie. Comme Audrey Hepburn, avant même d'être belle, Romy était le charme, la féminité et la grâce. C'est pourquoi elle nous a tant touchés, tant émus. Elle réunissait ce que la femme symbolise le mieux : la ferveur et la fragilité, l'opiniâtreté et la douceur, la tendresse et  la docilité, la simplicité et la coquetterie, le courage et l'abandon. Elle était la femme parce qu'elle savait être toutes les femmes.



Rosemarie Magdalena Albach était née le 23 septembre 1938 à Vienne d'un père et d'une mère acteurs qui, absorbés par leur carrière respective, n'eurent guère de temps à lui consacrer. Ce sont de ses années les plus tendres que date son syndrome de l'abandon qui la poursuivra sa vie entière : Romy adulée, admirée, enviée, restera toujours cette petite fille sans enfance qui craignait qu'on ne l'aimât point, une sorte de crainte irrépressible que personne ne saura apaiser. La chance va cependant lui sourire de bonne heure. Alors qu'elle n'a que quatorze ans, elle fait de courtes apparitions dans des films, chaperonnée par sa mère Magda. Son minois ravissant, qui sait accrocher la lumière, plait au public, si bien qu'elle sera choisie quelques années plus tard pour interpréter le rôle de l'impératrice d'Autriche Elisabeth, dite Sissi, dans une trilogie qui connaîtra un incroyable succès international. Projetée dans un tourbillon frénétique de bals, d'interviews, de séances de photos, elle se laisse porter un moment par cette vie dorée qui lui apparaît bientôt futile et risque, à la longue, de l'enfermer dans un carcan dont elle subodore les conséquences désastreuses. Il lui faut, sans tarder, prendre son destin en main et faire en sorte de s'évader d'un cinéma qui ne la satisfait plus. Le salut viendra avec "Christine",  une romance à crinoline qui lui donne pour partenaire Alain Delon.Sur cette jeune fille pétrie de convenances, le jeune chien fou aura une incontestable influence et l'aidera à s'extraire d'un milieu étroit et d'un cinéma dépassé et vieillot. C'est grâce à Delon qu'elle rencontre l'homme qui sera son Pygmalion : le cinéaste Luchino Visconti. Derrière la jeune fille de bonne famille, le maestro devine un vrai tempérament. Il décide alors de la mettre en scène dans "Dommage qu'elle soit une putain".Terrifiée, elle relève le défi, prend des cours de diction et de français et finit par triompher et s'imposer comme une véritable comédienne. Romy Schneider est née.     

 

                  

La suite sera sa rupture avec Delon et sa rencontre avec le metteur en scène Harry Meyer qui va la subjuguer par sa culture et son intelligence. Ensemble, ils auront un fils David qui sera le point d'ancrage de cette jeune femme fragile. Car le couple bat de l'aile, Meyer s'étant révélé un géant aux pieds d'argile, un être rongé par une névrose d'échec. Heureusement pour Romy, une opportunité se présente : Delon l'appelle pour devenir sa partenaire dans le prochain film de Jacque Deray "La piscine".  Ce film  va révéler au public une actrice de trente ans au sommet de sa beauté et de son talent. La maternité a fait d'elle une femme épanouie, resplendissante et apparemment sûre d'elle. C'est grâce à ce long métrage que Claude Sautet découvre la vedette qu'il cherche et qu'il saura utiliser comme personne dans plusieurs de ses réalisations : "Les choses de la vie""Max et les ferrailleurs", "César et Rosalie"installant Romy au panthéon des actrices françaises et l'imposant comme l'égérie radieuse des années 70. C'est lui qui élaborera son personnage définitif : une femme libre ou qui s'efforce de l'être et en qui se reflète l'évolution des moeurs. Et puis il y avait de la part de l'actrice, qui n'était pas exempte de rouerie, une authenticité qui faisait tout passer. Le moment fort de leur collaboration sera  "Une histoire simple",  qui est, par ailleurs, l'oeuvre la plus retorse de ce metteur en scène. C'est un récit sans intrigue réelle où la jeune femme sert de référence à des couples pris dans des tourments affectifs, aggravés de problèmes de statut social. L'actrice trouve là un rôle à sa mesure qui correspond à l'image que le public avait d'elle : non point celle d'une figure mythique comme Marilyn Monroe mais d'une femme qui évoquait à la fois la beauté de la maturité et une certaine liberté d'allure et de comportement qui leur semblait familière et proche.

 



                           romyschneider.jpg

                      
 

C'est probablement avec "L'important, c'est d'aimer" qu'elle ira le plus loin dans un univers crépusculaire qu'elle portait en elle et où elle incarne, sous la direction de Zulawski, une actrice sans envergure et exprime remarquablement sa solitude face à un monde déboussolé et sinistre. Puis elle tournera avec Chabrol  "Les innocents aux mains sales",  mais le courant ne passera pas entre eux et avec Robert Enrico  "Le Vieux Fusil" où, face à un Philippe Noiret remarquable, elle fait une composition d'une grâce bouleversante, avant d'être "La Banquière" de Francis Girod, un film à costumes qui retrace la montée puis la chute d'une femme d'affaires et où Romy se montre séduisante et déterminée. Elle retrouvera aussi le personnage de Sissi dans "Le Crépuscule des dieux", sous la direction de Visconti qui, plus soucieux de la réalité historique, transformera la suave Sissi en une grande dame volontaire et douloureuse.



Malheureusement, sa vie privée n'est pas au diapason de sa réussite professionnelle. Son mariage s'est peu à peu transformé en un conflit permanent où l'alcool joue un rôle maléfique. Aussi demande-t-elle le divorce et va-t-elle prendre plaisir à jouir d'une liberté qui la voit avide d'aventures. D'autant que le succès lui apporte sans cesse de nouveaux rôles qu'elle interprète avec cette flamme dont elle est habitée et qui semble jaillir du plus profond d'elle-même. Un César de la meilleure actrice, puis un second viendront récompenser le travail acharné et le professionnalisme d'une comédienne toujours inquiète de n'être pas à la hauteur de ce que son metteur en scène attend d'elle.

 


Après des années d'errance amoureuse, elle croit avoir trouvé le bonheur auprès de Daniel Biasini, qu'elle avait engagé comme secrétaire et qui deviendra son mari et le père de sa petite Sarah. Mais comme elle l'avoue elle-même : elle ne sait pas garder l'enfant en même temps que le père. Daniel et elle se sépareront peu après la naissance de l'enfant. C'est alors que le suicide du père de David rompt son fragile équilibre. Assaillie de culpabilité, l'actrice renoue avec ses vieux démons et les barbituriques dont on sait qu'ils ne font pas bon ménage avec l'alcool. Et de l'alcool, elle est tentée d'abuser...  Puis survient la mort accidentelle de David qui se perfore l'artère fémorale en escaladant la grille du jardin de ses grands-parents à Saint-Germain-en-Laye. C'est le coup fatal. A cela s'ajoute l'ablation de son rein droit atteint d'une tumeur. Elle tourne encore "La passante du Sans-Souci" avant de tirer sa révérence à l'âge de 43 ans. Moins d'un an après la mort de David... Les épreuves, les barbituriques, l'alcool auront eu raison de sa santé. Mais il nous reste ses films, une soixantaine, le souvenir de sa silhouette, de son pas vif, de son sourire des yeux, de ses larmes, de la grâce de ses gestes, de son rire délicieux et de cette mélancolie toujours présente comme un adieu éternel à la vie.

 

 

Pour prendre connaissance des critiques de films où apparaît Romy, dont "César et Rosalie", "Une histoire simple", "La piscine", "Ludwig ou le crépuscule des dieux" et "Le vieux fusil", cliquer sur les liens ci-dessous : 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS    

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN   

 

 

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                                      Dean Film 

 

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ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT
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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 08:57

 

 Portrait de Jean-Claude Brialy. Collection Christophe L.                                 


                                                          1933 - 2007

 


Il était un maître de cérémonie toujours élégant, empressé, ayant le mot aimable à l'intention de chacun. Mais derrière l'apparence policée du parfait dandy, sorti tout droit de La Recherche du temps perdu, derrière le savoir-faire et le savoir-vivre, se cachait un homme plus profond, amoureux de la belle ouvrage, de la langue française, du théâtre et du spectacle en général, à la seule condition qu'ils fussent de qualité. Les Français le connaissaient peu et l'aimaient  bien, parce qu'il avait le don rare de réussir ce qu'il entreprenait : ses rôles, ses maisons, ses restaurants, ses théâtres...Cette facilité apparente n'en cachait pas moins un travail acharné qui ne laissait aucun détail au hasard. Comme les danseurs, il exécutait ses entrechats comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

 

Il était méticuleux et précis sans être ennuyeux, ironique et critique, sans être méchant. Pour lui existait une hiérarchie des valeurs à laquelle il se conformait scrupuleusement. C'était un amateur de livres et d'objets rares, un connaisseur à n'en pas douter. Ce qu'il exécrait le plus était la vulgarité et comme on le comprend ! Nous n'avions qu'à l'écouter parler pour savoir quel amour il avait de l'excellence dans tous les domaines.

 Acteur fétiche de la Nouvelle Vague, il s'était trompé d'époque. Il eut mieux valu pour lui naître vingt ans plus tôt et faire carrière dans le cinéma français des années 30 et 40 où il aurait porté l'habit comme André Luguet ou Fernand Gravey, joué les jeunes premiers fantaisistes et donné la réplique à des actrices magnifiques  habillées en Lanvin ou Schiaparelli. Son raffinement, sa classe auraient fait merveille. Mais la vie en a décidé autrement et ce séduisant amphitryon, plein de prévenance et de magnificence, fit ses véritables débuts auprès de Bernadette Lafont dans Le beau Serge (1958) avant de poursuivre son parcours cinématographique avec Les cousins (1959). Le voilà lancé, car il joue juste et a de la présence, même si ses rôles ne correspondent pas toujours à sa nature de Rastignac flamboyant, beau, et bien disant. Il tournera successivement avec Rivette, Godard, Astruc, Vadim, de Broca, Aurel, Truffaut et Rohmer, mais également Malle, Bunuel, Téchiné, Scola et Miller. Lui-même, avec beaucoup de joliesse, comme on peint une aquarelle, réalisera plusieurs films dont Eglantine (1971) et Un bon petit diable en 1983.
Des Godelureaux ( 1960) à Les lions sont lâchés (1961), l'acteur ne manque aucun rendez-vous des nouveaux conquérants, ce qui ne l'empêche nullement d'aller faire quelques détours chez des metteurs en scène qui correspondent mieux à ses aspirations secrètes, tels que Duvivier, Cayatte et Verneuil, afin de retrouver quelque chose du mythique écran noir d'avant-guerre.
Passé la trentaine, les remous de la Nouvelle Vague calmés, Brialy va changer insensiblement de registre. Au jeune premier un peu fou qui se cherche succèdent des compositions plus sages, plus ironiques et narquoises, d'un homme mûri avant l'âge. On se souviendra de lui dans Le genou de Claire de Rohmer, l'un de ses meilleurs rôles, et on peut regretter que Marc Allégret, trop âgé, ait manqué Le Bal du comte d'Orgel ( 1970), dont il était si parfaitement le personnage.


                   Jean-Claude Brialy et Alan Bates. Les AcaciasJean-Paul Belmondo et Jean-Claude Brialy. René Chateau


Au théâtre, le rythme de ses apparitions est également soutenu, car Brialy est un avide, un curieux, un homme généreux qui aime la scène et le contact direct avec le public. C'est un être solaire, qui  se plait à séduire et à être séduit. Ses auteurs seront Krasna, Félicien Marceau, Feydeau, Hartog adapté par Colette, Françoise Dorin, Sacha Guitry, Didier Van Cauwelaert, dont il jouera Le Nègre en 1987. Cette dernière comédie inaugure la première saison de Brialy en tant que directeur des Bouffes-Parisiennes, responsabilité qu'il avait accepté d'endosser avec tous les risques que cela comporte. Dans le même temps, il n'arrête pas de présenter des émissions de télévision, de radio, des festivals, des galas. On le réclame partout, parce qu'il sait tout faire avec panache et aisance. Il est, à n'en pas douter, le plus fastueux des présentateurs. Cet aspect extraverti de sa personnalité est d'autant plus surprenant qu'il se révèle, dans le privé,  pudique et secret. Jamais d'étalage, aucune forfanterie, selon les modalités d'une exubérance bien tempérée, d'une retenue de bon aloi. Peu importe si sa filmographie- fleuve( une centaine de longs métrages ) ne comporte pas que des chefs-d'oeuvre, si tout n'est pas d'égale qualité, si certains choix nous paraissent aujourd'hui regrettables, car il nous faut admettre que le raffinement n'a pas cours tous les jours et que bien des metteurs en scène ne surent pas deviner les ressources d'un acteur tout en finesse, qui se plaisait dans les nuances, les subtilités, les paradoxes, et qui se refusa à se laisser déborder par des excès qui, assurément, caractérisent les monstres sacrés, dont il ne fut pas, par modestie et réserve...


Pour consulter les articles des films où figure l'acteur, dont Le beau Serge et Le genoux de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

                        Francoise Christophe et Jean-Claude Brialy. Les Acacias  Jean-Claude Brialy. Pathé Renn Productions

                     

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21 mars 2007 3 21 /03 /mars /2007 09:36
ANNIE GIRARDOT

                       Annie Girardot. René Chateau

                                                                   1931 - 2011                                                


                                                   

Née en 1931, Annie Girardot, après le Conservatoire dont elle était sortie avec un double prix de comédie classique et moderne et un passage à la Comédie française de 1954 à 1957, débute sa carrière cinématographique dans des films de série noire, très en vogue à la fin des années 50. Elle est remarquée auprès de Gabin dans  Le Rouge est mis  ( 1957 ) de Gilles Grangier et  Maigret tend un piège  ( 1958 ) de Jean Delannoy. A partir de 1960, elle va alterner les films français et italiens et apparaît bouleversante dans l'admirable film de Visconti  Rocco et ses frères , où elle a pour partenaires Alain Delon et son futur mari Renato Salvatori  -qui sera le grand amour de sa vie et avec lequel elle aura une fille Giula, elle-même comédienne ( Renato mourra en 1988 ). Le film de Visconti, où elle est l'inoubliable prostituée Nadia, la propulse au firmament du cinéma et fait d'elle une actrice de premier plan, incarnant idéalement la femme moderne, forte et active. Elle est, par excellence, l'actrice populaire, tour à tour drôle et pathétique, aussi à l'aise dans la bouffonnerie que dans le drame. Ses rôles sont souvent ceux d'une personnalité en pleine ascension sociale comme dans  Docteur Françoise Gailland ( 1976 ) de Jean-Louis Bertucelli, dont le rôle titre semble fait pour elle, celui d'une femme forte, indépendante dont le fils vole, la fille se retrouve enceinte et elle-même apprend qu'elle est atteinte d'un cancer. Figure canonique à caractère définitivement matriarcal, elle y est sensationnelle et les femmes des années 70 se reconnaissent volontiers en elle. Suivront dans la même veine  Il faut vivre dangereusement de Claude Makovski ou encore  Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause  ( 1969 ) de Michel Audiard qui lui concocte, comme pour Gabin, des dialogues sur mesure.

 

 

Sa filmographie est importante, puisqu'elle est présente  dans 106 longs métrages, sans compter ses nombreuses prestations sur les scènes de théâtre et à la télévision. On peut dire qu'elle a tourné avec les meilleurs metteurs en scène contemporains : Jean-Paul Le Chanois, André Hunebelle, Gilles Grangier, Marc Allégret, Jean Delannoy, Christian-Jacque, Alexandre Astruc, Luchino Visconti, Denys de la Patellière, Gérard Oury, Franco Rossi, Mario Monicelli, Marco Ferreri, Philippe de Broca, Marcel Carné, Claude Lelouch, Aleksandar Petrovic, Ugo Gregoretti, Edouard Molinaro, André Cayatte, Claude Pinoteau, Francesco Maselli, J. Louis Bertucelli, Yves Boisset, Moshe Mizrahi, Bertrand Blier, Michael Haneke... Tous auront fait appel à son talent d'actrice au-dessus et au-delà des modes, femme pressée qui ne s'embarrasse pas de vaines coquetteries et ne sera jamais ni star, ni vedette, seulement une actrice authentique à la façon de Signoret.


 

                        

 

 

Dans les années 70/80, elle est l'une des rares comédiennes dont le nom permet le montage financier d'un film. Elle entretient alors avec le public une relation privilégiée, tant elle est proche de chacun et incarne des personnages saisis dans la réalité de la vie quotidienne. André Cayatte la fait tourner dans  Mourir d'aimer  en 1971, parce que, dit-il : souffrir avec énergie lui va bien.  La zizanie  ( 1978 ) de Claude Zidi avec De Funès va clore la décennie fabuleuse d'Annie Girardot et avec elle s'éteint une forme de cinéma, en même temps qu'une certaine représentation de la femme à l'écran. Peu à peu, l'actrice tombe dans l'oubli, mais, heureusement, renoue avec le théâtre où elle sera Madame Marguerite à Paris et en province. Icône d'un être à jamais blessé, elle franchit les étapes du vieillissement avec plus ou moins de bonheur, bien qu'elle reste une grande figure du 7e Art, quelqu'un qui a su nous toucher au plus profond avec ce petit quelque chose de bancale, de déglingué, qu'elle masquait avec pudeur sous des dehors faussement déterminés et  derrière cette voix inimitable au phrasé saccadé.

 


Annie a également publié trois ouvrages : Paroles de femmes en 1984, Vivre d'aimer en 1989 et  Ma vie contre la tienne, en hommage à sa mère en 1993, puis, dernièrement, nous avons encore eu le plaisir de la voir dans  Caché   ( 2003 ) de Michael Haneke et  Je préfère qu'on reste amis  ( 2004 ) de Jean-Paul Rouve. Elle est aujourd'hui atteinte de la maladie d'Alzheimer contre laquelle elle livre son dernier combat.
Elle nous a quittés paisiblement le 28 février 2011, ayant à ses côtés sa fille et sa petite-fille.

 

Ses récompenses : Meilleure interprétation féminine en 1967 au New York Film critics Circle Awards pour le film Vivre pour vivre de Claude Lelouch.

Prix d'interprétation à la Mostra de Venise en 1965 pour le film  Trois chambres à Manhattan  de Marcel Carné.
Meilleure interprétation féminine en 1976 aux Césars pour le film Docteur Françoise Gailland de Jean-Louis Bertucelli.

Meilleure interprétation féminine en 1995 aux Césars pour le film Les Misérables de Claude Lelouch.
Prix de la meilleure interprétation féminine ( second rôle ) en 2002 aux Césars pour le film  La Pianiste  de Michael Haneke.

 

Pour consulter les articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer  ICI

 

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        Les Films du Losange

 

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 14:43

                      Collection Christophe L.

Bernard Blier naquit le 11 janvier 1916 à Buenos Aires où son père, biologiste à l'Institut Pasteur, était en mission. Revenu en France, il est élève au lycée Condorcet jusqu'au baccalauréat. Ne souhaitant pas poursuivre d'études supérieures, il s'inscrit à des cours d'art dramatique où il aura pour professeurs Julien Bertheau et Raymond Rouleau. Recalé à trois reprises à l'entrée au conservatoire, il persévère, finit par intégrer la vénérable institution et entre dans la classe de Louis Jouvet , dont il saura retenir les leçons. En 1938, Carné lui confie un rôle de cocu, qui convient à son physique ingrat, dans Hôtel du Nord, mais la guerre éclate et il est fait prisonnier. Il s'évade, regagne la capitale où il retrouve des amis du métier et ne tarde pas à reprendre le chemin des studios. Clouzot en 1947 lui offre une seconde chance avec un rôle dans Quai des Orfèvres, ensuite ce sera le tour d'Yves Allégret dans Dédée d'Anvers au côté de Simone Signoret. Il est lancé ; dès lors  il ne cessera plus de tourner et va apparaître sur les écrans, de façon magistrale, durant un demi siècle.  Il participera à toutes les mouvances du cinéma, depuis le cinéma poétique du tandem Carné/Prévert d'avant-guerre, le réalisme noir d'Allégret et de Clouzot, le réalisme social de Le Chanois, Autant-Lara et Cayatte, jusqu'aux comédies policières des années 60 et aux films des réalisateurs contemporains comme Alain Corneau ( Série noire ), Alain Poirié et son fils Bertrand Blier avec lequel il tournera trois films : Si j'étais un espion ( 1967 ), Calmos ( 1976 ) et Buffet froid ( 1979 ).

   
 

Il faut admettre qu'il avait été bien formé et, qu'acteur complet, il jouait avec le même bonheur sur scène, dans des pièces comme : L'Amant de paille, Monsieur chasse et Douze hommes en colère, que devant une caméra. Mais c'est tout de même au 7eArt qu'il devra sa renommée, puisqu'il apparait dans plus de 170 films, marquant de son épaisseur, de son regard qu'il pouvait rendre étrangement fixe et de sa voix particulière, qui savait à l'occasion se faire gouailleuse, mais dont la diction était irréprochable ( le conservatoire était passé par là ), les innombrables personnages qu'il a interprétés. Seule la Nouvelle Vague l'ignorera superbement, on ne sait pourquoi  ? Peut-être cet acteur, doté d'une telle intensité de jeu, leur rappelait-il trop le cinéma dit de qualité de leurs pères, auquel ces jeunes loups entendaient tordre le cou ? Il y eut bien quelques projets avec Truffaut, Chabrol et Godard, mais aucun d'eux n'aboutit.

                     Bernard Blier et Catherine Alric. MK2 Diffusion


Dès Manèges et L'école buissonnière, il avait confirmé un talent original, parfaitement maîtrisé. Mais son physique le cantonnera longtemps dans des rôles de mari trompé ou d'amant bafoué qu'il endossait avec sérénité, jusqu'à l'âge de 50 ans où, libre de lui-même, il s'aventurera avec succès dans des rôles très divers, voire des contre-emplois.  Il disait qu'il aimait à observer et qu'ainsi il fit son miel. Et il est vrai que l'éventail de ses possibilités ne cessa de s'élargir : il fut successivement un lâche, un dur, un tendre, un désemparé, un déserteur, un pauvre type et, cela, en respectant le ton, en maintenant la note, en usant de subtilité et, étonnamment, de force et de puissance, tant il apportait à ses personnages une incontestable crédibilité, au point que les cinéastes français, et bientôt italiens, se l'arrachèrent. On aimait la rondeur bon enfant et les ambiguïtés de cet acteur capable de se montrer aussi convaincant dans le régistre comique que tragique.  Il fut désopilant dans Les tontons flingueurs et Les barbouzes de Lautner auprès de Lino Ventura, imprévisible et drôle dans les dialogues que lui concoctait Michel Audiard, dont il était l'acteur fétiche, autant que magnifique de sobriété dans les films de Visconti ( L'étranger ), Corbucci ( Boccacio ), Monicelli ( Les camarades et Casanova ), Paolo Nuzzi ou encore Ettore Scola. Face à un monstre sacré comme Gabin, il faisait le poids et on ne peut oublier le duo qu'ils formèrent dans Les Grandes Familles de Denys de la Patellière ou Le Président d'Henri Verneuil. Sa filmographie est impressionnante et on comprend pourquoi il fut l'un des acteurs les plus populaires, malgré une vie discrète entièrement vouée au théâtre et au 7eArt.
Sa dernière apparition date du 4 mars 1989, quelques jours avant sa mort, sur la scène du théâtre de l'Empire où Michel Serrault, très ému, lui remettait un César d'honneur, couronnant une carrière rare de par la modestie de l'homme et l'immense talent de l'acteur, devant une salle comble qui se leva pour l'ovationner pendant de longues minutes. Il mourut trois semaines plus tard, le 29 mars à Saint-Cloud, nous laissant tant de films qu'on ne se lasse pas de voir et revoir.

 

 

 

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4 mars 2007 7 04 /03 /mars /2007 18:33

                    René ChateauRené Chateau

André Raimbourg, dit  Bourvil, est né le 27 juillet 1917 à Pétrot-Vicquemare en Seine-Maritime. Il ne connaîtra jamais son père, mort au front. Sa mère, devenue veuve, revient habiter dans son village natal en Normandie et se remarie peu de temps après, si bien que le petit André passe son enfance à Bourville, d'où son pseudonyme. Aimant la musique, il s'initie à l'accordéon et au cornet à piston mais, pour satisfaire le souhait maternel, se destine au métier de boulanger et entre très tôt en apprentissage. La musique le rattrape au service militaire, qu'il accomplit dans la fanfare du 24e régiment d'infanterie de Paris. Démobilisé en 1940, il s'essaie au cabaret en se composant le personnage d'un paysan benêt, bégayant des monologues et des chansons d'une voix de fausset. De crochets radiophoniques en salles de patronage, Bourvil fait des débuts si peu glorieux au music-hall qu'ils ne peuvent, en aucun cas, laisser présager qu'il sera un jour l'un des acteurs comiques les plus célèbres de France, avec Fernandel et Louis de Funès. Pour l'instant, il ne tourne encore que d'aimables divertissements, ce sont : Pas si bêtes  (1946), Le Coeur sur la main  (1949) et Le Trou normand  (1952), mais parvient ainsi à se faire connaître et apprécier, car il est drôle, toujours un peu décalé et ahuri. Par la suite, viendront les rôles de valet débrouillard dans Les Trois Mousquetaires ( 1953 ), Le Bossu  ( 1959 ) et  Le Capitan  ( 1960 ) tous trois d'André Hunebelle. Il enchaînera avec celui de chanteur dans Le Chanteur de Mexico  ( 1956 ) de Richard Pottier et de trouillard opportuniste dans La Traversée de Paris  de Autant-Lara, pour lequel il se voit attribuer le prix d'interprétation à la Mostra de Venise. Désormais Bourvil s'écrit avec un B majuscule et l'acteur est considéré comme l'une des têtes d'affiche que l'on s'arrache.

 Brigitte Bardot et Bourvil. René Chateau Bourvil. René Chateau


Le public n'a-t-il pas reconnu en lui un homme authentique, un acteur sensible qui peut, avec la même aisance, le faire rire et le faire pleurer ? Et  plus particulièrement l'attendrir ? Chacun se retrouve dans les maladresses, les doutes, les faiblesses, les modesties, les désillusions, les audaces et les indignations de cet homme gauche et vrai. Il est le français moyen par excellence, malin, débrouillard, matois, mais toujours disposé à défendre les bonnes causes. La fin de sa carrière, brisée trop tôt par le cancer - il meurt en 1970, à l'âge de 53 ans - sera éblouissante.

    

Il apparaîtra successivement dans Le miroir à deux faces  (1958) de Cayatte, très émouvant auprès de Michèle Morgan transformée par une opération de chirurgie esthétique, au point de devenir subitement une autre, trop belle pour lui,  Fortunat (1960) d'Alex Joffé, Un drôle de paroissien  (1963) de Jean-Pierre Mocky, La cuisine au beurre  (1963) de Gilles Grangier au côté de l'idole de sa jeunesse Fernandel,  puis Le Corniaud  (1964) et La grande vadrouille  ( 1966) de Gérard Oury, où il formera, à deux reprises, avec son complice Louis de Funès le plus fameux duo du cinéma français. Il y aura également  La grande frousse  (1964), La grande lessive  (1968) et L'Etalon  (1969) de Jean-Pierre Mocky, Les grandes gueules  (1965) de Robert Enrico et enfin, le dernier, qu'il tourna malgré sa fatigue et ses souffrances l'année de sa mort  : Le Cercle rouge  de Jean-Pierre Melville, où il interprétait, à contre-emploi, le rôle d'un inspecteur implacable, ce qui nous permet de mesurer le chemin parcouru...

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Populaire et généreux, modeste et bonhomme, il a été, à sa façon, un artiste unique et irremplaçable, campant, avec un talent qui ne cessait de s'approfondir, le personnage d'un naïf, d'une finesse tout paysanne. Juste de ton, toujours en intelligence avec ses rôles, il est l'un des rares comédiens à avoir su mêler aussi harmonieusement la tendresse et l'humour.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

  Bourvil. René ChateauMichèle Morgan et Bourvil. René Chateau

 

 

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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 16:51

Simone Signoret. Studio Canal       VIDEO

 

 

Simone Signoret,  pseudonyme de Simone Kaminker, choisi en l'honneur de Gabriel Signoret interprète fin et distingué du cinéma muet, naquit à Wiesbaden en Allemagne le 25 mars 1921 et vécut ensuite à Neuilly-sur-Seine. Pour ne pas mourir de faim, dans la France occupée de sa jeunesse, elle alterne les petits boulots une fois son baccalauréat en poche : sténo-dactylo, professeur d'anglais et ... figurante. C'est ainsi qu'elle débute sous la direction de  Jean Boyer dans  Le Boléro ( 1941 ) et  Le Prince charmant  ( 1942 ). La rencontre décisive, qui orientera le reste de sa vie, se produisit en 1943, lorsque sa route croise celle d'Yves Allégret. Il lui offre son premier grand rôle dans  Les Démons de l'aube  ( 1945 ).  Elle l'épouse l'année suivante et lui donne une fille : Catherine. Sous la direction de son mari, Simone enchaîne les rôles :  Dédée d'Anvers  (1947),  Manèges  (1949),  mais elle devra attendre 1951 pour entrer définitivement dans l'histoire du 7e Art, grâce à son  interprétation lumineuse, au côté de Serge Reggiani, dans  Casque d'or,  le film-culte de Jacques Becker, histoire d'une prostituée foudroyée par un amour impossible. Le film, jugé à sa sortie comme un mélo passionnel et boudé par les critiques, sera réhabilité et assurera par la suite sa renommée.

   


Signoret n'a tourné qu'une cinquantaine de films, ce qui n'est pas énorme pour une personnalité tellement médiatisée et considérée comme la plus grande actrice de sa génération, mais elle eut l'intelligence de ne choisir que les meilleurs cinéastes et de n'accepter que les personnages qui correspondaient à sa nature, si bien qu'elle bénéficie, de par cette exigence, d'une filmographie d'une rare qualité. On pourrait presque dire qu'elle n'a tourné que des chefs d'oeuvre. Parmi ses succès :  Thérèse Raquin  de Carné,  La Mort en ce jardin  de Bunuel,  Les Diaboliques  de Clouzot. Elle qui écrivait : " Un acteur a besoin d'être inventé par les autres " - connut  une courte période d'instabilité autour des années 55,  la profession lui reprochant son soutien trop affiché au Parti communiste. Mais sa carrière reprend avec  Les chemins de la Haute Ville  (1959), où elle est si étonnante qu'elle est couronnée par un Oscar à Hollywood, en même temps qu'un César à Cannes. Elle tournera également deux films avec René Clément  Le Jour et l'heure  (1962) et  Paris brûle-t-il ?  ( 1965), puis deux avec le controversé Costa -Gavras :  Compartiment tueurs  et   L'aveu  auprès d'Yves Montand, qu'elle avait épousé en 1951. Ils formèrent un couple profondément uni, non seulement par l'amour qu'ils se portaient, mais par l'admiration réciproque qu'ils se vouaient l'un à l'autre et qui fut un véritable ciment. A ce propos, Simone écrivit : "Le secret du bonheur en amour, ce n'est pas d'être aveugle, mais de savoir fermer les yeux quand il faut".


Elle sera très émouvante aussi dans  L'Armée des Ombres  de Melville ( 1969 ) en résistante prête à tous les sacrifices. Dans les années 70, ses apparitions se feront plus rares. Curieusement, ce qu'elle avait perdu en beauté, elle sut le reconvertir en force. On la verra auprès de Jean Gabin dans  Le Chat  ( 1971 ), inébranlable dans cet  incroyable huit-clos de deux monstres sacrés, ensuite dans  La Veuve Couderc  au côté d'Alain Delon qu'elle parvint à impressionner, deux films à succès de Pierre Granier-Deferre,  enfin dans   La Vie devant soi de Moshe Mizrahi ( 1977) qui lui vaudra un second César à Cannes. Minée par un cancer du pancréas, elle s'éteint le 30 novembre 1985. Elle avait 64 ans. A l'annonce de sa disparition, le public unanime saluera l'une de ses très grandes comédiennes, une femme inclassable qui avait osé faire de son vieillissement un atout, ce qui ne pouvait étonner de la part d'une battante, d'une conquérante. Contrairement à  Marilyn Monroe,  à  Greta Garbo,  elle assuma ses rides avec témérité. Plutôt que de casser le miroir, elle le défia, et prouva ainsi que l'âge enseigne non seulement la sagesse, mais procure, à ceux qui l'assument sans faiblir, un supplément de talent et de crédibilité. A sa carrière artistique s'ajoute une carrière littéraire. Simone Signoret écrivit deux ouvrages de mémoire : La nostalgie n'est plus ce qu'elle était et Le lendemain, elle était souriante. Par la suite, elle publia un roman : Adieu Volodia. On sait également l'importance qu'eurent toujours pour elle ses engagements politiques, qu'elle partageait avec Montand. Elle affronta l'opinion avec courage et fut vaillante devant l'adversité, cabocharde quand il lui arriva de se tromper. Aucune actrice, peut-être, ne m'a autant émue, à l'exception de  Giulietta Masina.  Son regard était étonnant ; on y lisait, à la fois, de la modestie et de la fierté, de la féminité et de la force, de la tendresse et de la provocation. Ce regard-là était unique. De même que sa voix sourde, un peu voilée, comme si, en elle, s'était produit une brisure. Pour moi, comme pour vous sans doute - et malgré les rôles magnifiques qu'elle interpréta par la suite,  elle reste, par delà le temps, l'inoubliable casque d'or et une femme qui incarna les combats et les risques de son époque.


Vous pouvez prendre connaissance des articles des films où figure l'actrice en cliquant sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


 

 

                         Vera Films 

 

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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 10:51

                   VIDEO

Alors qu'elle étudiait le violoncelle au conservatoire, Danielle Darrieux, née en 1917, est remarquée et retenue pour tenir le rôle principal dans  Le Bal de Wilhelm Thiele. Elle a 14 ans et n'a encore suivi aucun cours d'art dramatique. Qu'à cela ne tienne ! Sa fraîcheur, son charme, sa spontanéité en font la plus délicieuse ingénue et on parle d'elle comme d'une révélation, si bien qu'elle tourne successivement  La crise est finie et Dédé ( 1934) de Guissart,  L'or dans la rue ( 1934 ) de Kurt Bernhardt,  Quelle drôle de gosse ( 1935 ) de Léo Joannon et qu'à 18 ans elle n'a pas moins de quinze films à son actif.

En 1935, Anatole Litvak lui offre un premier rôle dramatique, celui de la tendre et fragile baronne Vetsera dans Mayerling, au côté de Charles Boyer, où elle va se révéler une vraie comédienne, capable non seulement de séduire mais d'émouvoir et, sans forcer son jeu, de traduire des sentiments complexes et douloureux. Au début de l'Occupation, elle remporte un triomphe avec Premier Rendez-vous (1941) de Henri Decoin qu'elle a épousé. Suivront quelques films sans grand intérêt, avant qu'elle ne renoue avec des personnages plus consistants et trouve un second souffle avec Occupe-toi d'Amélie (1949) de Claude Autant-Lara ou La Ronde de Max Ophuls. Ophuls, qui a découvert en elle son interprète idéale - il dira à son propos " Regardez ce tendre mouvement de l'épaule et ce sourire qui ne sourit pas mais qui pleure. Ou qui fait pleurer " -  lui confie le rôle principal dans  Madame de...où elle est inoubliable dans le personnage d'une femme coquette, prise au piège d'un grand amour. Affectueusement surnommée D.D., un critique de l'époque écrira  : " Elle a incarné comme Gabin, autant que lui et de façon légère, l'insouciance des années 1930 et la gravité des années 1950".

A propos d'Ophüls, on parle de la trilogie qui réunit les trois films les plus importants : La ronde, Le plaisir et Madame de. L'actrice y donnera la pleine mesure de son talent et surprendra son public en lui découvrant des ressources insoupçonnées : ainsi sera-t-elle tour à tour une bourgeoise, une fille publique et une aristocrate. Dans La Ronde, elle incarne avec délicatesse et humour Emma Breitkopf, femme mariée, victime d'une panne de son jeune amant ( Daniel Gélin ), avant de se retrouver auprès de son mari ( Fernand Gravey ) dans la chambre conjugale aux lits jumeaux. Elle est ensuite la Madame Rosa du Plaisir, une des pensionnaires de la maison Tellier qui recouvre un peu sa dignité de femme devant les excuses que lui adresse le menuisier de la campagne normande ( Jean Gabin ) et, pour finir, sera l'interprète insurpassable d'une femme saisie d'une violente passion, oiseau qui se croyait volage et se découvre captif, dans Madame de... L'actrice légère, apparemment lisse pouvait, bien conduite, se révéler admirable tragédienne. Le génie d'Ophüls eut, entre autre mérite, celui de tirer d'elle les sons d'un stradivarius.

A partir de ces années 50, elle sera considérée comme l'une des meilleures actrices françaises avec Michèle Morgan et Micheline Presle, sensible, touchante, parfaite dans des rôles aussi divers que celui de Madame de Rénal dans Le Rouge et le Noir de Autant-Lara, dans La Maison Bonnadieu de Carlo Rim ( 1952), Pot-Bouille de Duvivier (1957). Elle prêtera également ses traits et son talent à des personnages comme Lady Chatterley de Max Allégret (1955), la Montespan dans Si Versailles m'était conté de Sacha Guitry et à des femmes contrastées comme Agnès Sorel, favorite de Charles VII, et Marie-Octobre, une résistante de la dernière guerre. Tant et si bien que la Nouvelle Vague n'hésitera pas à faire appel à une actrice aussi accomplie et qu'elle tournera avec Chabrol dans Landru (1962), Jacques Demy dans Les demoiselles de Rochefort (1966) et Une chambre en ville (1982), avec Dominique Delouche dans Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1967) et Divine (1975), Philippe de Broca dans Le Cavaleur (1978) et André Téchiné dans Le lieu du crime (1985) ; ces cinéastes contemporains n'ayant pas hésité à lui confier des rôles de femmes mûres ou même d'adorables grands-mères. A
u théâtre, sa carrière n'en est pas moins brillante. Ses plus grands succès seront : Les jeux dangereux en 1937, La robe mauve de Valentine en 1963 et Harold et Maud en 1995. 

 

        Haut et Court        VIDEO

 

En 2005, à 88 ans, elle tourne  "Nouvelle Chance" d'Anne Fontaine. Un record pour une actrice qui a débuté sa carrière à 14 ans et n'a pas moins d'une centaine de films à son palmarès. Cette longévité, elle la doit à une incroyable jeunesse de caractère, d'autant qu'elle n'a pas dit son dernier mot et qu'elle a participé récemment, auprès de Laura Smet et de Chiara Mastroianni, à la dernière production de Pascal Thomas :  Mon petit doigt m'a dit. Ainsi a-t-elle tout joué et tout interprété sans éprouver la moindre lassitude et conservé, malgré les épreuves et les chagrins, une formidable joie de vivre. Ce qui a fait dire à son metteur en scène Anne Fontaine : J'ai été complètement charmée par sa personnalité, son énergie, le mélange de joie, de gaieté et de mélancolie totalement surmontée. Danielle est entièrement tournée vers l'avenir, elle a un rapport unique avec le temps.

                                            Danielle Darrieux. Haut et Court 

Cette grande actrice s'est vu couronnée par le prix de la meilleure interprétation féminine à Berlin en 2002 pour Huit femmes de François Ozon, d'un César d'honneur à Cannes en 1985 et d'un Molière d'honneur en 1993. Toujours débordante d'activité à 93 ans, elle avoue : " J'ai du mal à me voir vieillir. Du coup, je regarde mes anciens films. Mes deux petits liftings sont ridicules à côté de ceux qu'on voit aujourd'hui ! Le secret, c'est d'aimer la vie, de se poser des questions et de ne pas avoir d'oeillères. La comédie, c'est la vie. La seule chose qui m'emmerde, c'est de devoir mourir ".



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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 10:51
INGRID BERGMAN - PORTRAIT

                 

                                                                                                                             

                                                         1915 - 1982

 

 

                                                   VIDEO - HOMMAGE

 

Ingrid Bergman est peut-être l'actrice qui me touche le plus, non seulement par son incandescente féminité mais par la qualité de son jeu, cette façon de rendre l'émotion palpable, de vibrer, au point qu'elle me fait penser à un stradivarius. Oui, elle est à mes yeux l'une des comédiennes les plus accomplies et je ne connais pas un seul de ses films où elle ne contribue à conférer à ses personnages une dimension inoubliable. Pensons à ses interprétations dans Sonate d'automne, Elena et les hommes, Jeanne au bûcher, Hantise de George Cukor ou encore Casablanca de Michael Curtiz. A chacun de ses rôles, elle a prêté sa sensibilité et sa détermination, sa tendresse et sa passion, elle a irradié l'écran, non seulement de sa beauté et de son élégance, mais d'une ferveur qui lui était personnelle.

 

Orpheline à l'âge de deux ans, Ingrid Bergman, née à Stockholm le 29 août 1915, étudie l'art dramatique dès son adolescence et obtient très vite un petit rôle dans Munkbrogreven, grâce à son aisance et à son naturel. Après une dizaine de films tournés en Suède, David O. Selznick la remarque et l'engage pour jouer un remake d'Intermezzo qui aura un énorme succès et va  définitivement orienter la carrière de la jeune comédienne. Elle s'installe à Hollywood, qu'elle ne va pas tarder à conquérir, en étant l'héroïne du film Casablanca ( 1942 ) au côté de Humphrey Bogart, puis de  Pour qui sonne le glas ( 1943 ) de Sam Wood auprès de Gary Cooper, où elle se montre si convaincante qu'elle sera nominée pour l'Oscar de la meilleure actrice, Oscar qu'elle ne recevra que l'année suivante avec le film  Hantise ( 1944 ) de George Cukor et honneur qui lui méritera d'être propulsée dans l'olympe des stars hollywoodiennes.

                          


Elle devient alors la vedette fétiche d'Alfred Hitchcock, qui ne lui pardonnera jamais de lui avoir préféré Rossellini, et tourne avec lui  La maison du docteur EdwardesLes Enchaînés ( Notorious ) et Les Amants du Capricorne ( 1949 ), trois longs métrages où elle s'impose comme une grande comédienne et fait preuve d'une formidable présence.                               


C'est en 1949 que la jeune femme, bouleversée par la projection de Rome ville ouverte, écrit au metteur en scène pour lui proposer de jouer dans l'un de ses films et, qu'à la suite de son invitation, elle se rend à Rome. La passion que le réalisateur et l'actrice vont éprouver l'un pour l'autre sera telle qu'Ingrid quitte mari et enfant et, devant le scandale provoqué par cet abandon familial, se voit obligée de s'éloigner momentanément des Etas-Unis pour s'installer dans la ville éternelle. Elle et Rossellini vivront sept années d'un amour tumultueux, auront trois enfants dont l'actrice mannequin Isabella Rossellini et tourneront six films dont Stromboli ( 1950 ), Le voyage en Italie ( 1953 ), La Peur ( 1954 ) et Jeanne au bûcher. Ils divorcent en 1957. 

 

                        Collection Christophe L.

 

Revenue à Hollywood, qui lui a pardonné son escapade italienne, elle gagne d'emblée un second Oscar dans le rôle d'Anastasia produit par Anatole Litvak, tourne une douzaine d'autres films dont Aimez-vous Brahms où elle est merveilleuse de charme et de séduction auprès d'Yves Montand et d'Anthony Perkins, puis Le crime de l'Orient-Express( 1974 ) de Sidney Lumet, avant de rencontrer son homonyme et concitoyen Ingmar Bergman, rencontre qui  marque une date importante dans sa carrière. Elle joue sous sa direction Sonate d'automne ( 1978 ), huit-clos d'une force sidérante baigné par les couleurs flamboyantes de l'automne suédois, face à Liv Ullmann. Elle y est une mère qui a négligé sa fille au profit de sa vie de concertiste. Ses retrouvailles avec elle l'obligeront à revisiter un passé mal cicatrisé et à faire amende honorable d'une existence trop entièrement consacrée à sa propre satisfaction de musicienne et d'interprète. Dans ce rôle difficile, intériorisé, d'une gravité contenue, Ingrid Bergman donne  la mesure de son talent, ce qui sera confirmé par sa dernière apparition sur un écran de télévision dans celui de Golda Meir, femme politique israélienne, qui fut le premier ministre de son pays de 1969 à 1974, et dont elle parviendra à faire une composition saisissante. Elle meurt d'un cancer le 13 août 1982. Une partie de ses cendres seront dispersées dans la mer, l'autre inhumées à Stockholm, sa ville natale.


Pour prendre connaissance des critiques de films où apparaît Ingrid Bergman dont  Casablanca, Les enchaînés, Voyage en Italie et Sonate d'automne, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN    

   

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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 Ingrid-Bergman92.jpg

 

INGRID BERGMAN - PORTRAIT
INGRID BERGMAN - PORTRAIT
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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 09:54

Collection Christophe L.

                     

                       VIDEO      et       VIDEO


Gérard Philipe fut, sans contexte, le plus grand comédien français de l'après-guerre, interprète mythique à la scène et à l'écran, compagnon de Jean Vilar au TNP, il bénéficia d'une exceptionnelle popularité, en particulier pour ses créations dans Le diable au corps Fanfan la Tulipe Les grandes manoeuvres,  et la brieveté de sa vie ne fit qu'ajouter à sa légende, déjà bien établie de son vivant. Par sa présence lumineuse, sa grâce, son élégance, il incarna les aspirations de toute une génération bousculée par l'histoire, qui voyait s'ouvrir devant elle une vie culturelle nouvelle. Sa première prestation sera celle du prince Mychkine dans une adaptation sans éclat, L'idiot  ( 1946 ) de Dostoïevski de Georges Lampin. Mais sa véritable consécration lui vint, peu de temps après, grâce à Autant-Lara, qui fit de lui le héros de Raymond Radiguet dans Le diable au corps. Sa composition lui permit de retrouver l'apparence du naturel et de l'expression de l'adolescent. Le film provoquera un scandale et battra des records de recettes, ceci étant la cause de cela. Plus tard, sa rencontre avec René Clair, dont il fut l'ami proche, orientera sa vie de comédien de façon décisive. Certes  La beauté du diable  ( 1949 ) ne compte pas parmi les grandes réussites du cinéaste, mais Philipe tirera brillamment son épingle, face à Michel Simon, de cette parabole laborieuse. Toujours sous la direction de Clair, il sera le jeune professeur de musique, séduit et accaparé par ses rêves, dans un divertissement ravissant où René Clair s'amuse à faire du René Clair : Les belles de nuit.  Il  sera, par la suite, le lieutenant Armand de la Verne, pris au piège d'un pari fâcheux, au côté de Michèle Morgan dans Les grandes manoeuvres ( 1955 ), actrice qu'il aura de nouveau pour partenaire dans Les Orgueilleux de Marc Allégret.

 

 

Si bien qu'au théâtre comme au cinéma, on ne cesse plus de lui proposer des rôles de premier plan, où il se révèle toujours en parfaite adéquation avec ses personnages, au point de les marquer à tout jamais. Au théâtre, il est successivement Le Cid de Corneille, Le Prince de Hombourg de Von Kleist, Ruy Blas de Hugo, Richard II de Shakespeare, ainsi que les héros des Caprices de Marianne, de Lorenzaccio et de On ne badine pas avec l'amour de Musset. En 17 ans de carrière, il participera à vingt pièces de théâtre. Pour le seul TNP, il sera apparu dans 605 représentations du Cid et de On ne badine pas avec l'amour. Au point qu'apprenant sa mort, le poète Aragon s'écrira : " Non Perdican n'est pas mort. Simplement il avait trop joué, il se repose ". 


 

Collection Christophe L.


 

 

Quant au cinéma, il tournera dans 29 films, dont  La Chartreuse de Parme  de Christian-Jaque ( 1948 ),  Une si jolie petite plage  d'Yves Allégret ( 1948 ),  La beauté du Diable  de René Clair ( 1949 ), Juliette ou la clé des songes  de Marcel Carné ( 1950 ),  Fanfan la Tulipe  de Christian-Jaque ( 1952 ),  Monsieur Ripois  de René Clément ( 1953 ),  Le Rouge et le Noir  d'Autant-Lara ( 1954 ),   La Meilleure Part  d'Yves Allégret ( 1955 ),  Montparnasse  de Jacques Becker ( 1957 ),  Pot-Bouille  de Duvivier ( 1957 ), et  La fièvre monte à El Pao  de Bunuel ( 1959 ). Avec Monsieur Ripois, l'acteur se libère du personnage de Fanfan la tulipe qui commençait à trop lui coller à la peau et réussit l'une de ses plus fameuses interprétations au cinéma dans le rôle de ce personnage ambigu qui se montre tour à tour misérable et brillant, veule et charmant, mesquin et séducteur, dans une oeuvre cynique, ironique et enlevée :  - un Gérard Philipe de soie et d'acier  - écrira Jacques Audiberi.  

 

 

        

 

 

Acteur engagé, il sera l'un des premiers, en 1950, à signer la pétition contre les armes nucléaires en pleine guerre froide et se montrera un Président énergique et apprécié à la direction du Syndicat français des acteurs. Le 25 novembre 1959, alors qu'il est atteint d'un cancer du foie, il succombe soudainement à une crise cardiaque ; il n'a que 37 ans. Selon ses dernières volontés, on l'ensevelit au cimetière de Ramatuelle, près de Saint-Tropez, dans le costume du Cid, qu'il avait tant de fois revêtu sur scène. En mourant si jeune, en pleine gloire, il a laissé l'image la plus belle, celle que le temps n'a pu écorner. Avec lui disparaissait le dernier des romantiques, un acteur unique par son charisme et le don qu'il possédait de porter à leur paroxysme de complexité et d'expression chacun de ses rôles.

 

 

Pour ses détracteurs, et il y en aura, son jeu très construit et composé était à l'opposé du jeu instinctif et improvisé de l'acteur de la Nouvelle Vague, N.V. qui entendait jeter aux oubliettes le cinéma de papa, dénoncé par les "jeunes turcs" dans Les Cahiers du cinéma. Mais, il n'en reste pas moins que sa voix, sa présence illuminent la pellicule et, mieux encore, l'ensorcellent et confèrent une étrangeté et une singularité inoubliables à son jeu.  

 

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  Collection Christophe L.

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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 12:34

   Corbis Sygma     Mars Distribution     Les Films du Losange

 

 

Après les actrices italiennes, il était normal de consacrer un article aux acteurs italiens qui, eux aussi, ont grandement contribué au rayonnement du cinéma de leur pays et dont certains ne se contentèrent pas d'être des interprètes mais s'aventurèrent, avec succès, derrière la caméra, en devenant réalisateurs et metteurs en scène. J'ai choisi six acteurs, parmi les plus représentatifs, les voici :

 

Fils de magistrats, napolitain d'origine, Vittorio De Sica, né en 1902, ne fut pas seulement un grand metteur en scène, celui du Voleur de bicyclette, de Miracle à Milan, de Sciusca, mais un immense acteur qui sut, auprès du public, incarner le personnage idéal du séducteur italien élégant et charmeur. On le vit dans des films comme Pain, amour et fantaisie ( 1953 ) et Pain, amour et jalousie ( 1954 ) de Luigi Comencini,  désinvolte et empressé maréchal Antonio Carotenuto, plus soucieux de courir les filles que de faire régner l'ordre, auprès d'une Gina Lollobrigida éclatante de gaieté et provocante à souhait. Ce furent ensuite Casino de Paris ( 1957 ) d'André Hunebelle, General della Rovere ( 1959 ) de Roberto Rossellini, Austerlitz ( 1960 ) d'Abel Gance, Caroline chérie ( 1968 ) de Denys de La Patellière, pour ne citer que quelques-unes de ses apparitions les plus marquantes sur le grand écran. De Sica dirigea également  une troupe théâtrale et joua lui-même des auteurs comme Pirandello. Cet homme avait le cinéma et le théâtre dans le sang et fut un modèle pour toute une génération de réalisateurs et d'acteurs. Il mourut à Paris le 13 novembre 1974.
 

Vittorio Gassman, l'un des plus grands acteurs du cinéma italien, naquit à Gênes en 1922 et débuta à 24 ans dans Preludio d'amore  de Giovanni Paolucci. Grâce à son physique de jeune premier sportif et séduisant, il enchaîne très vite les rôles et on le voit successivement dans Trahison ( 1951 ) de Riccardo Freda, Riz amer (1948 ) de De Santis, Anna ( 1951 ) de Lattuada, La traite des blanches ( 1952 ) de Comencini. La facilité avec laquelle il passe du séducteur cynique au clochard ou au président directeur général intéresse Hollywood qui lui fait des propositions. Il y tournera plusieurs films qui n'ont pas marqué sa carrière. Revenu en Italie, il obtient un succès personnel avec Le pigeon, comédie burlesque, où il révèle une nouvelle facette de son talent, interprétant un petit voleur minable avec un brio tel et une telle drôlerie que cette prestation va  lui permettre d'accéder, désormais, à des rôles importants auprès de grands réalisateurs. Avec Dino Risi, il tournera une dizaine de longs métrages dont L'homme à la ferrari ( 1967 ) et Parfum de femme ( 1974 ). En 1978, il apparait dans deux films de Robert Altman et tient le rôle titre dans Benvenuta ( 1983 ) d'André Delvaux, puis dans La vie est un roman ( 1982 ) d'Alain Resnais. Pour autant, il n'abandonne pas le théâtre et fonde en 1952 sa propre compagnie théâtrale. Il a également adapté au cinéma le Kean de Jean-Paul Sartre, avec Rossi, et n'a pas hésité à passer derrière la caméra pour réaliser deux films : Sans famille et Di padre in figlio. Le lion d'or de la Mostra de Venise lui sera attribué en 1995  pour l'ensemble de sa carrière. Il meurt à Rome le 29 juin 2000.
 

C'est lors de l'annonce de la mort de Marcello Mastroianni, survenue à Paris le 19 décembre 1996, que l'on a mesuré l'affection qu'il avait inspirée au public. Catherine Deneuve, qui fut sa compagne et avec laquelle il y eut  une fille Chiara en 1972, a dit à un journaliste peu de jours après sa disparition : " Les gens l'aimaient à un point inimaginable. Il déclenchait une tendresse auprès du grand public. Il faisait partie du paysage italien et il était l'une des premières personnes à qui l'on pensait quand on parlait de l'Italie". Oui, Mastroianni est certainement l'acteur qui est resté le plus proche du coeur des italiens et fut le plus vénéré et le plus pleuré. Peut-être parce qu'il avait conquis sa notoriété sans faire de vagues, contrairement à certains acteurs de sa génération, qu'il était en quelque sorte l'homme de tous les temps, exprimant une humanité profonde et authentique et dont l'intelligence du coeur, la générosité lui méritaient une sympathie immédiate.

 

               Marcello Mastroianni. Les Grands Films Classiques    Marcello Mastroianni et Jacques Perrin. Les Grands Films Classiques


Né le 28 septembre 1924, il s'inscrivit en 1945 au Centre Universitaire du théâtre mais n'obtint pendant très longtemps que des rôles secondaires qui lui permirent tout juste de vivre. Il lui fallut attendre 1955 pour décoller avec Jours d'amour de De Santis et Savona. Sa renommée commença à s'affirmer avec Nuits blanches ( 1957 ) de Visconti, d'après le roman de Dostoïevski. Puis en 1960, Fellini lui proposa le rôle de Marcello Rubini dans La dolce vita, qui se révèlera être un film culte et, à la suite duquel, sa réputaion de latin lover ne se démentira pas. Désormais, il ne va plus cesser d'alterner entre les comédies et les films d'auteur, entre les réalisateurs italiens et étrangers. Ainsi on le verra devant les caméras italiennes de Pietro Germi, De Sica, Antonioni et Fellini, Scola, Risi, Bolognini, mais également devant la russo-italienne de Mikhalkov pour Les yeux noirs avec sa fille Chiara, celles françaises de Bertrand Blier et Agnès Varda, grecque d' Angelopoulos, espagnole de Raoul Ruiz et sa carrière sera couronnée des plus hautes distinctions qui puissent récompenser un acteur : prix d'interprétation au Festival de Cannes, meilleure interprétation au Festival de San Sebastian pour Casanova, Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Mais ce n'est pas ce que nous retiendrons de cet acteur incomparable ; rappelons-nous plutôt sa simplicité, son naturel, sa façon d'exercer son métier comme un artisan soucieux du " bien faire "et son regard qui avait conservé sa formidable capacité d'émerveillement.

 

                Collection Christophe L.     Bac Films     Pathé Distribution

 

D'origine paysanne, Nino Manfredi, né en 1921, suivit à Rome, dès son jeune âge, des cours à l'Académie nationale d'art dramatique, dont il sortit diplômé en 1947. Ses débuts sur scène se firent sous la direction de Vittorio Gassman, parallèlement à ceux qu'il entreprit à la radio et au music-hall dans des numéros fantaisistes qui lui valurent quelques succès. Au cinéma, il devra attendre le rôle d'un coiffeur timide et gauche dans Les amoureux de Mauro Bolognini ( 1955 ) pour que sa veine comique, ses qualités d'acteur, son goût des personnages dramatiques sur fond de satire finissent par le rendre populaire. Principalement du public italien car, contrairement à Mastroianni, il a peu travaillé avec les réalisateurs étrangers.  On le vit dans plusieurs films de Dino Risi dont Opération San Gennaro ( 1966 ) et Une poule, un train et quelques monstres ( 1969 ). Il fut, par ailleurs, le Gepetto des Aventures de Pinocchio ( 1972 ) de Comencini, l'émigré de Pain et chocolat ( 1974 ) de Brusati et le juge progressiste de Au nom du pape roi ( 1977 ) de Luigi Magni. Non content d'avoir été un acteur de grand talent, il fut tenté, durant les années 70, par la mise en scène et signa un film d'inspiration autobiographique qui séduisit pour sa maîtrise et son lyrisme : Miracle à l'italienne. Il mourut à Rome le 4 juin 2004.
 

Nanni Moretti, né en août 1953, conjugue depuis ses débuts les fonctions de metteur en scène et d'interprète. Avec Je suis un autarcique ( 1976 ), il apparait derrière et devant la caméra avec, pour personnage, ce Michele Apicella qui est au centre d'une action et réflexion qui donnent sens à une oeuvre non seulement engagée mais cohérente. A ce propos, il ne craint pas d'user d'un humour corrosif afin d'exprimer ses sentiments sur la gauche italienne, le cinéma traditionnel et l'incompétence de la critique. Les dès sont jetés et le metteur en scène/acteur ne se prive pas de recourir au grave et au dérisoire, au canular et à la réflexion philosophique afin de faire passer son message. Ses expériences personnelles ont nourri ses films et donné à ses personnages une épaisseur et une humanité auxquelles le public ne peut rester insensible, d'autant que le jeu de Moretti ne cède jamais à un sentimentalisme complaisant et facile. Il y a chez lui, de part et d'autre de la caméra, une grande exigence. Il arrive, certes, que le metteur en scène, le scénariste, le producteur fassent oublier l'importance de l'acteur dont le jeu, tout en concentration, apparait différent de celui des autres acteurs italiens plus exubérants, et c'est dommage, car Moretti s'exprime avec une sorte de détachement ou, plus précisément, de distance, mais tout est dit et bien dit dans le regard. Je dirai que son jeu est celui d'une présence insaisissable jointe à un regard qui ne cesse de solliciter, de forcer l'attention et l'interrogation. Du bel art.
 

Roberto Benigni, né en 1952, est d'abord entré au séminaire avec le désir de devenir prêtre, s'est ensuite engagé dans une carrière de chanteur et de musicien, avant de s'orienter définitivement vers l'art dramatique. Il crée à la télévision le personnage de Cioni, paysan toscan ingénu et exubérant dans des émissions réalisées par Giuseppe Bertolucci qui vont susciter, par une impertinence excessive et regrettable, l'intervention de la censure. C'est alors qu'il se tourne vers le cinéma et se voit confier par Fellini le rôle du protagoniste dans La voce della luna (1989 ). A la suite de cette interprétation, il va tâter à son tour de la mise en scène avec Johny Stecchino, une parodie des films de gangsters. Par la suite, il ne cessera d'alterner ses prestations dans les films de Blake Edwards, de Claude Zidi et ses propres productions où il intervient devant et derrière la caméra. Ce seront l'inoubliable chef-d'oeuvre La vie est belle, Pinocchio, un film moins réussi, et récemment Le tigre et la neige. Dans la tradition de la Comedia dell'Arte, Benigni renoue avec le mime : il est le bouffon éternel, le trublion sautillant, l'amoureux transi, endossant tous les rôles, aussi bien Pierrot lunaire, Polichinelle burlesque, Arlequin joyeux, cet homme du travestissement, fanfaron, couard, ingénu, ingénieux, maladroit, malicieux, loquace, irrévérencieux, incorrigible aura eu un parcours aussi surprenant que rare et décalé de la réalité. Aujourd'hui, c'est une figure marquante du cinéma international qui, tout ensemble, assume ses racines, sa culture et sa singularité et sur laquelle nous refermons avec admiration cette fenêtre ouverte sur le cinéma italien.

 

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              Roberto Benigni.      Roberto Benigni.

              Jean Reno, Nicoletta Braschi et Roberto Benigni. Pathé Distribution   Nicoletta Braschi. Pathé Distribution

   

 

 

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