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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 08:57

 

 Portrait de Jean-Claude Brialy. Collection Christophe L.                                 


                                                          1933 - 2007

 


Il était un maître de cérémonie toujours élégant, empressé, ayant le mot aimable à l'intention de chacun. Mais derrière l'apparence policée du parfait dandy, sorti tout droit de La Recherche du temps perdu, derrière le savoir-faire et le savoir-vivre, se cachait un homme plus profond, amoureux de la belle ouvrage, de la langue française, du théâtre et du spectacle en général, à la seule condition qu'ils fussent de qualité. Les Français le connaissaient peu et l'aimaient  bien, parce qu'il avait le don rare de réussir ce qu'il entreprenait : ses rôles, ses maisons, ses restaurants, ses théâtres...Cette facilité apparente n'en cachait pas moins un travail acharné qui ne laissait aucun détail au hasard. Comme les danseurs, il exécutait ses entrechats comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

 

Il était méticuleux et précis sans être ennuyeux, ironique et critique, sans être méchant. Pour lui existait une hiérarchie des valeurs à laquelle il se conformait scrupuleusement. C'était un amateur de livres et d'objets rares, un connaisseur à n'en pas douter. Ce qu'il exécrait le plus était la vulgarité et comme on le comprend ! Nous n'avions qu'à l'écouter parler pour savoir quel amour il avait de l'excellence dans tous les domaines.

 Acteur fétiche de la Nouvelle Vague, il s'était trompé d'époque. Il eut mieux valu pour lui naître vingt ans plus tôt et faire carrière dans le cinéma français des années 30 et 40 où il aurait porté l'habit comme André Luguet ou Fernand Gravey, joué les jeunes premiers fantaisistes et donné la réplique à des actrices magnifiques  habillées en Lanvin ou Schiaparelli. Son raffinement, sa classe auraient fait merveille. Mais la vie en a décidé autrement et ce séduisant amphitryon, plein de prévenance et de magnificence, fit ses véritables débuts auprès de Bernadette Lafont dans Le beau Serge (1958) avant de poursuivre son parcours cinématographique avec Les cousins (1959). Le voilà lancé, car il joue juste et a de la présence, même si ses rôles ne correspondent pas toujours à sa nature de Rastignac flamboyant, beau, et bien disant. Il tournera successivement avec Rivette, Godard, Astruc, Vadim, de Broca, Aurel, Truffaut et Rohmer, mais également Malle, Bunuel, Téchiné, Scola et Miller. Lui-même, avec beaucoup de joliesse, comme on peint une aquarelle, réalisera plusieurs films dont Eglantine (1971) et Un bon petit diable en 1983.
Des Godelureaux ( 1960) à Les lions sont lâchés (1961), l'acteur ne manque aucun rendez-vous des nouveaux conquérants, ce qui ne l'empêche nullement d'aller faire quelques détours chez des metteurs en scène qui correspondent mieux à ses aspirations secrètes, tels que Duvivier, Cayatte et Verneuil, afin de retrouver quelque chose du mythique écran noir d'avant-guerre.
Passé la trentaine, les remous de la Nouvelle Vague calmés, Brialy va changer insensiblement de registre. Au jeune premier un peu fou qui se cherche succèdent des compositions plus sages, plus ironiques et narquoises, d'un homme mûri avant l'âge. On se souviendra de lui dans Le genou de Claire de Rohmer, l'un de ses meilleurs rôles, et on peut regretter que Marc Allégret, trop âgé, ait manqué Le Bal du comte d'Orgel ( 1970), dont il était si parfaitement le personnage.


                   Jean-Claude Brialy et Alan Bates. Les AcaciasJean-Paul Belmondo et Jean-Claude Brialy. René Chateau


Au théâtre, le rythme de ses apparitions est également soutenu, car Brialy est un avide, un curieux, un homme généreux qui aime la scène et le contact direct avec le public. C'est un être solaire, qui  se plait à séduire et à être séduit. Ses auteurs seront Krasna, Félicien Marceau, Feydeau, Hartog adapté par Colette, Françoise Dorin, Sacha Guitry, Didier Van Cauwelaert, dont il jouera Le Nègre en 1987. Cette dernière comédie inaugure la première saison de Brialy en tant que directeur des Bouffes-Parisiennes, responsabilité qu'il avait accepté d'endosser avec tous les risques que cela comporte. Dans le même temps, il n'arrête pas de présenter des émissions de télévision, de radio, des festivals, des galas. On le réclame partout, parce qu'il sait tout faire avec panache et aisance. Il est, à n'en pas douter, le plus fastueux des présentateurs. Cet aspect extraverti de sa personnalité est d'autant plus surprenant qu'il se révèle, dans le privé,  pudique et secret. Jamais d'étalage, aucune forfanterie, selon les modalités d'une exubérance bien tempérée, d'une retenue de bon aloi. Peu importe si sa filmographie- fleuve( une centaine de longs métrages ) ne comporte pas que des chefs-d'oeuvre, si tout n'est pas d'égale qualité, si certains choix nous paraissent aujourd'hui regrettables, car il nous faut admettre que le raffinement n'a pas cours tous les jours et que bien des metteurs en scène ne surent pas deviner les ressources d'un acteur tout en finesse, qui se plaisait dans les nuances, les subtilités, les paradoxes, et qui se refusa à se laisser déborder par des excès qui, assurément, caractérisent les monstres sacrés, dont il ne fut pas, par modestie et réserve...


Pour consulter les articles des films où figure l'acteur, dont Le beau Serge et Le genoux de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

                        Francoise Christophe et Jean-Claude Brialy. Les Acacias  Jean-Claude Brialy. Pathé Renn Productions

                     

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21 mars 2007 3 21 /03 /mars /2007 09:36
ANNIE GIRARDOT

                       Annie Girardot. René Chateau

                                                                   1931 - 2011                                                


                                                   

Née en 1931, Annie Girardot, après le Conservatoire dont elle était sortie avec un double prix de comédie classique et moderne et un passage à la Comédie française de 1954 à 1957, débute sa carrière cinématographique dans des films de série noire, très en vogue à la fin des années 50. Elle est remarquée auprès de Gabin dans  Le Rouge est mis  ( 1957 ) de Gilles Grangier et  Maigret tend un piège  ( 1958 ) de Jean Delannoy. A partir de 1960, elle va alterner les films français et italiens et apparaît bouleversante dans l'admirable film de Visconti  Rocco et ses frères , où elle a pour partenaires Alain Delon et son futur mari Renato Salvatori  -qui sera le grand amour de sa vie et avec lequel elle aura une fille Giula, elle-même comédienne ( Renato mourra en 1988 ). Le film de Visconti, où elle est l'inoubliable prostituée Nadia, la propulse au firmament du cinéma et fait d'elle une actrice de premier plan, incarnant idéalement la femme moderne, forte et active. Elle est, par excellence, l'actrice populaire, tour à tour drôle et pathétique, aussi à l'aise dans la bouffonnerie que dans le drame. Ses rôles sont souvent ceux d'une personnalité en pleine ascension sociale comme dans  Docteur Françoise Gailland ( 1976 ) de Jean-Louis Bertucelli, dont le rôle titre semble fait pour elle, celui d'une femme forte, indépendante dont le fils vole, la fille se retrouve enceinte et elle-même apprend qu'elle est atteinte d'un cancer. Figure canonique à caractère définitivement matriarcal, elle y est sensationnelle et les femmes des années 70 se reconnaissent volontiers en elle. Suivront dans la même veine  Il faut vivre dangereusement de Claude Makovski ou encore  Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause  ( 1969 ) de Michel Audiard qui lui concocte, comme pour Gabin, des dialogues sur mesure.

 

 

Sa filmographie est importante, puisqu'elle est présente  dans 106 longs métrages, sans compter ses nombreuses prestations sur les scènes de théâtre et à la télévision. On peut dire qu'elle a tourné avec les meilleurs metteurs en scène contemporains : Jean-Paul Le Chanois, André Hunebelle, Gilles Grangier, Marc Allégret, Jean Delannoy, Christian-Jacque, Alexandre Astruc, Luchino Visconti, Denys de la Patellière, Gérard Oury, Franco Rossi, Mario Monicelli, Marco Ferreri, Philippe de Broca, Marcel Carné, Claude Lelouch, Aleksandar Petrovic, Ugo Gregoretti, Edouard Molinaro, André Cayatte, Claude Pinoteau, Francesco Maselli, J. Louis Bertucelli, Yves Boisset, Moshe Mizrahi, Bertrand Blier, Michael Haneke... Tous auront fait appel à son talent d'actrice au-dessus et au-delà des modes, femme pressée qui ne s'embarrasse pas de vaines coquetteries et ne sera jamais ni star, ni vedette, seulement une actrice authentique à la façon de Signoret.


 

                        

 

 

Dans les années 70/80, elle est l'une des rares comédiennes dont le nom permet le montage financier d'un film. Elle entretient alors avec le public une relation privilégiée, tant elle est proche de chacun et incarne des personnages saisis dans la réalité de la vie quotidienne. André Cayatte la fait tourner dans  Mourir d'aimer  en 1971, parce que, dit-il : souffrir avec énergie lui va bien.  La zizanie  ( 1978 ) de Claude Zidi avec De Funès va clore la décennie fabuleuse d'Annie Girardot et avec elle s'éteint une forme de cinéma, en même temps qu'une certaine représentation de la femme à l'écran. Peu à peu, l'actrice tombe dans l'oubli, mais, heureusement, renoue avec le théâtre où elle sera Madame Marguerite à Paris et en province. Icône d'un être à jamais blessé, elle franchit les étapes du vieillissement avec plus ou moins de bonheur, bien qu'elle reste une grande figure du 7e Art, quelqu'un qui a su nous toucher au plus profond avec ce petit quelque chose de bancale, de déglingué, qu'elle masquait avec pudeur sous des dehors faussement déterminés et  derrière cette voix inimitable au phrasé saccadé.

 


Annie a également publié trois ouvrages : Paroles de femmes en 1984, Vivre d'aimer en 1989 et  Ma vie contre la tienne, en hommage à sa mère en 1993, puis, dernièrement, nous avons encore eu le plaisir de la voir dans  Caché   ( 2003 ) de Michael Haneke et  Je préfère qu'on reste amis  ( 2004 ) de Jean-Paul Rouve. Elle est aujourd'hui atteinte de la maladie d'Alzheimer contre laquelle elle livre son dernier combat.
Elle nous a quittés paisiblement le 28 février 2011, ayant à ses côtés sa fille et sa petite-fille.

 

Ses récompenses : Meilleure interprétation féminine en 1967 au New York Film critics Circle Awards pour le film Vivre pour vivre de Claude Lelouch.

Prix d'interprétation à la Mostra de Venise en 1965 pour le film  Trois chambres à Manhattan  de Marcel Carné.
Meilleure interprétation féminine en 1976 aux Césars pour le film Docteur Françoise Gailland de Jean-Louis Bertucelli.

Meilleure interprétation féminine en 1995 aux Césars pour le film Les Misérables de Claude Lelouch.
Prix de la meilleure interprétation féminine ( second rôle ) en 2002 aux Césars pour le film  La Pianiste  de Michael Haneke.

 

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        Les Films du Losange

 

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 14:43

                      Collection Christophe L.

Bernard Blier naquit le 11 janvier 1916 à Buenos Aires où son père, biologiste à l'Institut Pasteur, était en mission. Revenu en France, il est élève au lycée Condorcet jusqu'au baccalauréat. Ne souhaitant pas poursuivre d'études supérieures, il s'inscrit à des cours d'art dramatique où il aura pour professeurs Julien Bertheau et Raymond Rouleau. Recalé à trois reprises à l'entrée au conservatoire, il persévère, finit par intégrer la vénérable institution et entre dans la classe de Louis Jouvet , dont il saura retenir les leçons. En 1938, Carné lui confie un rôle de cocu, qui convient à son physique ingrat, dans Hôtel du Nord, mais la guerre éclate et il est fait prisonnier. Il s'évade, regagne la capitale où il retrouve des amis du métier et ne tarde pas à reprendre le chemin des studios. Clouzot en 1947 lui offre une seconde chance avec un rôle dans Quai des Orfèvres, ensuite ce sera le tour d'Yves Allégret dans Dédée d'Anvers au côté de Simone Signoret. Il est lancé ; dès lors  il ne cessera plus de tourner et va apparaître sur les écrans, de façon magistrale, durant un demi siècle.  Il participera à toutes les mouvances du cinéma, depuis le cinéma poétique du tandem Carné/Prévert d'avant-guerre, le réalisme noir d'Allégret et de Clouzot, le réalisme social de Le Chanois, Autant-Lara et Cayatte, jusqu'aux comédies policières des années 60 et aux films des réalisateurs contemporains comme Alain Corneau ( Série noire ), Alain Poirié et son fils Bertrand Blier avec lequel il tournera trois films : Si j'étais un espion ( 1967 ), Calmos ( 1976 ) et Buffet froid ( 1979 ).

   
 

Il faut admettre qu'il avait été bien formé et, qu'acteur complet, il jouait avec le même bonheur sur scène, dans des pièces comme : L'Amant de paille, Monsieur chasse et Douze hommes en colère, que devant une caméra. Mais c'est tout de même au 7eArt qu'il devra sa renommée, puisqu'il apparait dans plus de 170 films, marquant de son épaisseur, de son regard qu'il pouvait rendre étrangement fixe et de sa voix particulière, qui savait à l'occasion se faire gouailleuse, mais dont la diction était irréprochable ( le conservatoire était passé par là ), les innombrables personnages qu'il a interprétés. Seule la Nouvelle Vague l'ignorera superbement, on ne sait pourquoi  ? Peut-être cet acteur, doté d'une telle intensité de jeu, leur rappelait-il trop le cinéma dit de qualité de leurs pères, auquel ces jeunes loups entendaient tordre le cou ? Il y eut bien quelques projets avec Truffaut, Chabrol et Godard, mais aucun d'eux n'aboutit.

                     Bernard Blier et Catherine Alric. MK2 Diffusion


Dès Manèges et L'école buissonnière, il avait confirmé un talent original, parfaitement maîtrisé. Mais son physique le cantonnera longtemps dans des rôles de mari trompé ou d'amant bafoué qu'il endossait avec sérénité, jusqu'à l'âge de 50 ans où, libre de lui-même, il s'aventurera avec succès dans des rôles très divers, voire des contre-emplois.  Il disait qu'il aimait à observer et qu'ainsi il fit son miel. Et il est vrai que l'éventail de ses possibilités ne cessa de s'élargir : il fut successivement un lâche, un dur, un tendre, un désemparé, un déserteur, un pauvre type et, cela, en respectant le ton, en maintenant la note, en usant de subtilité et, étonnamment, de force et de puissance, tant il apportait à ses personnages une incontestable crédibilité, au point que les cinéastes français, et bientôt italiens, se l'arrachèrent. On aimait la rondeur bon enfant et les ambiguïtés de cet acteur capable de se montrer aussi convaincant dans le régistre comique que tragique.  Il fut désopilant dans Les tontons flingueurs et Les barbouzes de Lautner auprès de Lino Ventura, imprévisible et drôle dans les dialogues que lui concoctait Michel Audiard, dont il était l'acteur fétiche, autant que magnifique de sobriété dans les films de Visconti ( L'étranger ), Corbucci ( Boccacio ), Monicelli ( Les camarades et Casanova ), Paolo Nuzzi ou encore Ettore Scola. Face à un monstre sacré comme Gabin, il faisait le poids et on ne peut oublier le duo qu'ils formèrent dans Les Grandes Familles de Denys de la Patellière ou Le Président d'Henri Verneuil. Sa filmographie est impressionnante et on comprend pourquoi il fut l'un des acteurs les plus populaires, malgré une vie discrète entièrement vouée au théâtre et au 7eArt.
Sa dernière apparition date du 4 mars 1989, quelques jours avant sa mort, sur la scène du théâtre de l'Empire où Michel Serrault, très ému, lui remettait un César d'honneur, couronnant une carrière rare de par la modestie de l'homme et l'immense talent de l'acteur, devant une salle comble qui se leva pour l'ovationner pendant de longues minutes. Il mourut trois semaines plus tard, le 29 mars à Saint-Cloud, nous laissant tant de films qu'on ne se lasse pas de voir et revoir.

 

 

 

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4 mars 2007 7 04 /03 /mars /2007 18:33

                    René ChateauRené Chateau

André Raimbourg, dit  Bourvil, est né le 27 juillet 1917 à Pétrot-Vicquemare en Seine-Maritime. Il ne connaîtra jamais son père, mort au front. Sa mère, devenue veuve, revient habiter dans son village natal en Normandie et se remarie peu de temps après, si bien que le petit André passe son enfance à Bourville, d'où son pseudonyme. Aimant la musique, il s'initie à l'accordéon et au cornet à piston mais, pour satisfaire le souhait maternel, se destine au métier de boulanger et entre très tôt en apprentissage. La musique le rattrape au service militaire, qu'il accomplit dans la fanfare du 24e régiment d'infanterie de Paris. Démobilisé en 1940, il s'essaie au cabaret en se composant le personnage d'un paysan benêt, bégayant des monologues et des chansons d'une voix de fausset. De crochets radiophoniques en salles de patronage, Bourvil fait des débuts si peu glorieux au music-hall qu'ils ne peuvent, en aucun cas, laisser présager qu'il sera un jour l'un des acteurs comiques les plus célèbres de France, avec Fernandel et Louis de Funès. Pour l'instant, il ne tourne encore que d'aimables divertissements, ce sont : Pas si bêtes  (1946), Le Coeur sur la main  (1949) et Le Trou normand  (1952), mais parvient ainsi à se faire connaître et apprécier, car il est drôle, toujours un peu décalé et ahuri. Par la suite, viendront les rôles de valet débrouillard dans Les Trois Mousquetaires ( 1953 ), Le Bossu  ( 1959 ) et  Le Capitan  ( 1960 ) tous trois d'André Hunebelle. Il enchaînera avec celui de chanteur dans Le Chanteur de Mexico  ( 1956 ) de Richard Pottier et de trouillard opportuniste dans La Traversée de Paris  de Autant-Lara, pour lequel il se voit attribuer le prix d'interprétation à la Mostra de Venise. Désormais Bourvil s'écrit avec un B majuscule et l'acteur est considéré comme l'une des têtes d'affiche que l'on s'arrache.

 Brigitte Bardot et Bourvil. René Chateau Bourvil. René Chateau


Le public n'a-t-il pas reconnu en lui un homme authentique, un acteur sensible qui peut, avec la même aisance, le faire rire et le faire pleurer ? Et  plus particulièrement l'attendrir ? Chacun se retrouve dans les maladresses, les doutes, les faiblesses, les modesties, les désillusions, les audaces et les indignations de cet homme gauche et vrai. Il est le français moyen par excellence, malin, débrouillard, matois, mais toujours disposé à défendre les bonnes causes. La fin de sa carrière, brisée trop tôt par le cancer - il meurt en 1970, à l'âge de 53 ans - sera éblouissante.

    

Il apparaîtra successivement dans Le miroir à deux faces  (1958) de Cayatte, très émouvant auprès de Michèle Morgan transformée par une opération de chirurgie esthétique, au point de devenir subitement une autre, trop belle pour lui,  Fortunat (1960) d'Alex Joffé, Un drôle de paroissien  (1963) de Jean-Pierre Mocky, La cuisine au beurre  (1963) de Gilles Grangier au côté de l'idole de sa jeunesse Fernandel,  puis Le Corniaud  (1964) et La grande vadrouille  ( 1966) de Gérard Oury, où il formera, à deux reprises, avec son complice Louis de Funès le plus fameux duo du cinéma français. Il y aura également  La grande frousse  (1964), La grande lessive  (1968) et L'Etalon  (1969) de Jean-Pierre Mocky, Les grandes gueules  (1965) de Robert Enrico et enfin, le dernier, qu'il tourna malgré sa fatigue et ses souffrances l'année de sa mort  : Le Cercle rouge  de Jean-Pierre Melville, où il interprétait, à contre-emploi, le rôle d'un inspecteur implacable, ce qui nous permet de mesurer le chemin parcouru...

             René Chateau  Mocky Delicious Products


Populaire et généreux, modeste et bonhomme, il a été, à sa façon, un artiste unique et irremplaçable, campant, avec un talent qui ne cessait de s'approfondir, le personnage d'un naïf, d'une finesse tout paysanne. Juste de ton, toujours en intelligence avec ses rôles, il est l'un des rares comédiens à avoir su mêler aussi harmonieusement la tendresse et l'humour.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

  Bourvil. René ChateauMichèle Morgan et Bourvil. René Chateau

 

 

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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 10:37
SIMONE SIGNORET, entre ombre et lumière

       

Simone Signoret,  pseudonyme de Simone Kaminker, choisi en l'honneur de Gabriel Signoret interprète fin et distingué du cinéma muet, naquit à Wiesbaden en Allemagne le 25 mars 1921 et vécut ensuite à Neuilly-sur-Seine. Pour ne pas mourir de faim, dans la France occupée de sa jeunesse, elle alterne les petits boulots une fois son baccalauréat en poche : sténo-dactylo, professeur d'anglais et ... figurante. C'est ainsi qu'elle débute sous la direction de  Jean Boyer dans  Le Boléro ( 1941 ) et  Le Prince charmant  ( 1942 ). La rencontre décisive, qui orientera le reste de sa vie, se produisit en 1943, lorsque sa route croise celle d'Yves Allégret. Il lui offre son premier grand rôle dans  Les Démons de l'aube  ( 1945 ).  Elle l'épouse l'année suivante et lui donne une fille : Catherine. Sous la direction de son mari, Simone enchaîne les rôles :  Dédée d'Anvers  (1947),  Manèges  (1949),  mais elle devra attendre 1951 pour entrer définitivement dans l'histoire du 7e Art, grâce à son  interprétation lumineuse, au côté de Serge Reggiani, dans  Casque d'or,  le film-culte de Jacques Becker, histoire d'une prostituée foudroyée par un amour impossible. Le film, jugé à sa sortie comme un mélo passionnel et boudé par les critiques, sera réhabilité et assurera par la suite sa renommée.
 

   


Signoret n'a tourné qu'une cinquantaine de films, ce qui n'est pas énorme pour une personnalité tellement médiatisée et considérée comme la plus grande actrice de sa génération, mais elle eut l'intelligence de ne choisir que les meilleurs cinéastes et de n'accepter que les personnages qui correspondaient à sa nature, si bien qu'elle bénéficie, de par cette exigence, d'une filmographie d'une rare qualité. On pourrait presque dire qu'elle n'a tourné que des chefs d'oeuvre. Parmi ses succès :  "Thérèse Raquin"  de Carné,  "La Mort en ce jardin"  de Bunuel,  "Les Diaboliques"  de Clouzot. Elle qui écrivait : " Un acteur a besoin d'être inventé par les autres " - connut  une courte période d'instabilité autour des années 55,  la profession lui reprochant son soutien trop affiché au Parti communiste. Mais sa carrière reprend avec  "Les chemins de la Haute Ville"  (1959), où elle est si étonnante qu'elle est couronnée par un Oscar à Hollywood, en même temps qu'un César à Cannes. Elle tournera également deux films avec René Clément  "Le Jour et l'heure"  (1962) et  "Paris brûle-t-il ?"  ( 1965), puis deux avec le controversé Costa -Gavras :  "Compartiment tueurs"  et "L'aveu"  auprès d'Yves Montand, qu'elle avait épousé en 1951. Ils formèrent un couple profondément uni, non seulement par l'amour qu'ils se portaient mais par l'admiration réciproque qu'ils se vouaient l'un à l'autre et qui fut un véritable ciment. A ce propos, Simone écrivit : "Le secret du bonheur en amour, ce n'est pas d'être aveugle, mais de savoir fermer les yeux quand il faut".


Elle sera très émouvante aussi dans "L'Armée des Ombres" de Melville ( 1969 ) en résistante prête à tous les sacrifices. Dans les années 70, ses apparitions se feront plus rares. Curieusement, ce qu'elle avait perdu en beauté, elle sut le reconvertir en force. On la verra auprès de Jean Gabin dans  "Le Chat"  ( 1971 ), inébranlable dans cet  incroyable huit-clos de deux monstres sacrés, ensuite dans "La Veuve Couderc"  au côté d'Alain Delon qu'elle parvint à impressionner, deux films à succès de Pierre Granier-Deferre,  enfin dans  "La Vie devant soi" de Moshe Mizrahi ( 1977) qui lui vaudra un second César à Cannes. Minée par un cancer du pancréas, elle s'éteint le 30 novembre 1985. Elle avait 64 ans. A l'annonce de sa disparition, le public unanime saluera l'une de ses très grandes comédiennes, une femme inclassable qui avait osé faire de son vieillissement un atout, ce qui ne pouvait étonner de la part d'une battante, d'une conquérante. Contrairement à  Marilyn Monroe,  à  Greta Garbo,  elle assuma ses rides avec témérité. Plutôt que de casser le miroir, elle le défia, et prouva ainsi que l'âge enseigne non seulement la sagesse, mais procure, à ceux qui l'assument sans faiblir, un supplément de talent et de crédibilité. A sa carrière artistique s'ajoute une carrière littéraire. Simone Signoret écrivit deux ouvrages de mémoire : "La nostalgie n'est plus ce qu'elle était" et "Le lendemain", elle était souriante. Par la suite, elle publia un roman : "Adieu Volodia". On sait également l'importance qu'eurent toujours pour elle ses engagements politiques, qu'elle partageait avec Montand. Elle affronta l'opinion avec courage et fut vaillante devant l'adversité, cabocharde quand il lui arriva de se tromper. Aucune actrice, peut-être, ne m'a autant émue, à l'exception de  Giulietta Masina.  Son regard était étonnant ; on y lisait, à la fois, de la modestie et de la fierté, de la féminité et de la force, de la tendresse et de la provocation. Ce regard-là était unique. De même que sa voix sourde, un peu voilée, comme si, en elle, s'était produit une brisure. Pour moi, comme pour vous sans doute - et malgré les rôles magnifiques qu'elle interpréta par la suite,  elle reste, par delà le temps, l'inoubliable casque d'or et une femme qui incarna les combats, les erreurs et les risques de son époque.


Vous pouvez prendre connaissance des articles des films où figure l'actrice en cliquant sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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                         Vera Films 

 

SIMONE SIGNORET, entre ombre et lumière
SIMONE SIGNORET, entre ombre et lumière
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25 février 2007 7 25 /02 /février /2007 09:23
JEAN GABIN

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Jean Gabin, pseudonyme d'Alexis Moncorgé, est né le 17 mai 1904 dans la banlieue parisienne. Il était le fils d'un petit acteur de café-concert et commença par être ouvrier, après avoir abandonné ses études de bonne heure, avant de participer à des spectacles de music-hall et d'opérette, sans vocation particulière, poussé par la volonté paternelle. Ses vrais débuts au cinéma datent de 1935 avec "La Bandera" de Julien Duvivier, suivi en 1936 par "Pépé-le-Moko", toujours de Duvivier. "La Grande illusion" de Jean Renoir en 1937, "Gueule d'amour" de Grémillon la même année et "Quai des brumes" de Carné en 1938 contribuent à faire de lui l'un des très grands acteurs du cinéma français. Il faut dire que Gabin, dès ses premières apparitions, frappe le spectateur par son charisme, sa gueule, sa présence et sa voix forte, virile, impérieuse. Il s'impose d'emblée à l'écran, si bien que les metteurs en scène ne seront pas long à comprendre qu'ils tiennent là une nature, aussi les rôles s'enchaînent-ils, tantôt celui de jeune ouvrier sympathique, tantôt celui de criminel. Il passe de l'un à l'autre avec le même pouvoir de persuasion et un instinct tel qu'il donne chair à ses divers personnages et les rend crédibles. Il fera battre le coeur d'une génération avec ses yeux bleus et son genre voyou au bon coeur, homme souvent traqué, oscillant entre danger et passion. C'est sa grande époque, celle de "La Bête humaine" de Renoir, de  "Le Jour se lève" de Carné et de "Remorques" de Grémillon, tournés juste avant que l'Occupation ne l'incite à partir aux Etats-Unis, comme le fera Michèle Morgan. Là-bas, il ne se produira que dans des films médiocres, mal employé par des cinéastes qui ne surent pas utiliser sa personnalité trop française et sans doute inexportable. Il faut dire que le caractère est corsé : un mélange de gaulliste, de patriote, de french lover, comme l'affirmera Marlène Dietrich qui partagera sa vie.

 

Lorqu'il rentre en France, il a vieilli, il n'a plus cette gueule d'amour de ses films d'avant-guerre et doit changer de registre, s'embourgeoiser sans doute, travailler son personnage différemment. Mais l'étonnant dans l'histoire est que, tout en passant dans une tranche d'âge supérieure, il reste Gabin, un peu plus ronchonnant, plus épais, plus lourd, mais irrésistiblement Gabin, improvisant ses répliques quand cela correspond mieux à l'idée qu'il se fait de son héros. Difficile à diriger, sans nul doute, mais toujours à l'heure, toujours rigoureux, irréprochable dès qu'il s'agit de son travail. On sait l'influence qu'il eût sur de jeunes acteurs comme Belmondo et Delon. Il était le modèle, le maître. Gabin en imposait et s'imposait. 

 

 

                                                      René Chateau  René Chateau

 

 

Les films vont se succéder à nouveau, ce seront : "Touchez pas au grisbi" de Becker en 1953, "French-Cancan" de Renoir en 1955, "La Traversée de Paris" de Claude Autant-Lara en 1956, "Les Misérables" de Le Chanois en 1957, "En cas de malheur" d'Autant-Lara en 1958, "Les Grandes Familles" de Denis de la Patellière en 1959, "Un Singe en hiver" de Henri Verneuil en 1962, période faste où il ne cesse de se renouveler dans des rôles d'homme mûr et où il fait preuve de maîtrise et d'autorité. Ainsi son incroyable présence physique et morale domine-t-elle ces années 50/60 du cinéma français. Souvent, et alors qu'il est parvenu au faîte de la gloire, il est  tenté d'arrêter. Lucide, il craint de se répéter, de gabiniser, ce que certains ne manqueront pas de lui reprocher en temps utile. Et lui bougonnait déjà : " Cette fois, c'est fini ; plus de cinéma pour moi. J'ai d'autres occupations qui m'intéressent bien davantage". Il est certain que la vie de fermier lui plaisait autrement. Il avait épousé un mannequin de chez Lanvin Dominique Fournier avec laquelle il aura trois enfants, acheté des terres en Normandie et des chevaux. Cette vie au grand air et en famille lui convenait, mais on venait sans cesse le rechercher sous le prétexte qu'aucun acteur n'était en mesure de tenir tel rôle ou tel autre et Gabin finissait par céder et par revenir devant la caméra. Sans illusion. Modeste, il considérait qu'il n'était vraiment fier que d'une dizaine de films, les autres, avouait-il, c'était le gagne-pain.  Ce n'était pas quelqu'un qui avait le culte de lui-même, il avait trop les pieds dans la bonne terre de la campagne pour cela...

 

 

   René Chateau

 

 

Dans ces derniers films, on le voit peu à peu se transformer en vedette de polar à la française, dont les scénaristes Michel Audiard, Pascal Jardin, Alphonse Boudard ou José Giovanni exploitent la verve avec une indiscutable complaisance. "Le Chat" de Granier-Deferre en 1971, au côté de Simone Signoret, reste sans doute, dans les mémoires, le film où il retrouva l'éclat pathétique de ses jeunes années dans un huit-clos implacable. Son der des ders sera  "L'année Sainte" de Jean Girault, mis en boîte quelques mois avant sa mort survenue le 15 novembre 1976 ; il a 72 ans. A son palmarès 95 films et la coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise en 1951 pour "La Nuit est mon royaume", de nouveau la coupe Volpi à Venise en 1954 pour "L'air de Paris", l'Ours d'argent à Berlin en 1959 pour "Archimède et le clochard", un second Ours d'argent en 1971 pour "Le Chat "et un César d'honneur à titre posthume en 1987 à Cannes. Gabin, chevalier de la Légion d'honneur, avait servi dans un corps d'élite : les fusiliers marins. C'est la raison pour laquelle, selon ses volontés, ses cendres furent répandues en mer, au large de la Bretagne. Ainsi disparaissait l'un de nos derniers monstres sacrés puisque, à notre époque, cette appellation n'est plus guère utilisée. D'ailleurs avons-nous encore des monstres sacrés ?

 

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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 11:12
INGRID BERGMAN - PORTRAIT

            

                                                                                                                             

                                                         1915 - 1982

                                                

Ingrid Bergman est peut-être l'actrice qui me touche le plus, non seulement par son incandescente féminité mais par la qualité de son jeu, cette façon de rendre l'émotion palpable, de vibrer, au point qu'elle me fait penser à un stradivarius. Oui, elle est à mes yeux l'une des comédiennes les plus accomplies et je ne connais pas un seul de ses films où elle ne contribue à conférer à ses personnages une dimension inoubliable. Pensons à ses interprétations dans Sonate d'automne, Elena et les hommes, Jeanne au bûcher, Hantise de George Cukor ou encore Casablanca de Michael Curtiz. A chacun de ses rôles, elle a prêté sa sensibilité et sa détermination, sa tendresse et sa passion, elle a irradié l'écran, non seulement de sa beauté et de son élégance, mais d'une ferveur qui lui était personnelle.

 

Orpheline à l'âge de deux ans, Ingrid Bergman, née à Stockholm le 29 août 1915, étudie l'art dramatique dès son adolescence et obtient très vite un petit rôle dans Munkbrogreven, grâce à son aisance et à son naturel. Après une dizaine de films tournés en Suède, David O. Selznick la remarque et l'engage pour jouer un remake d'Intermezzo qui aura un énorme succès et va  définitivement orienter la carrière de la jeune comédienne. Elle s'installe à Hollywood, qu'elle ne va pas tarder à conquérir, en étant l'héroïne du film Casablanca ( 1942 ) au côté de Humphrey Bogart, puis de  Pour qui sonne le glas ( 1943 ) de Sam Wood auprès de Gary Cooper, où elle se montre si convaincante qu'elle sera nominée pour l'Oscar de la meilleure actrice, Oscar qu'elle ne recevra que l'année suivante avec le film  Hantise ( 1944 ) de George Cukor et honneur qui lui méritera d'être propulsée dans l'olympe des stars hollywoodiennes.

                          


Elle devient alors la vedette fétiche d'Alfred Hitchcock, qui ne lui pardonnera jamais de lui avoir préféré Rossellini, et tourne avec lui  La maison du docteur EdwardesLes Enchaînés ( Notorious ) et Les Amants du Capricorne ( 1949 ), trois longs métrages où elle s'impose comme une grande comédienne et fait preuve d'une formidable présence.                               


C'est en 1949 que la jeune femme, bouleversée par la projection de Rome ville ouverte, écrit au metteur en scène pour lui proposer de jouer dans l'un de ses films et, qu'à la suite de son invitation, elle se rend à Rome. La passion que le réalisateur et l'actrice vont éprouver l'un pour l'autre sera telle qu'Ingrid quitte mari et enfant et, devant le scandale provoqué par cet abandon familial, se voit obligée de s'éloigner momentanément des Etas-Unis pour s'installer dans la ville éternelle. Elle et Rossellini vivront sept années d'un amour tumultueux, auront trois enfants dont l'actrice mannequin Isabella Rossellini et tourneront six films dont Stromboli ( 1950 ), Le voyage en Italie ( 1953 ), La Peur ( 1954 ) et Jeanne au bûcher. Ils divorcent en 1957. 

 

                        Collection Christophe L.

 

Revenue à Hollywood, qui lui a pardonné son escapade italienne, elle gagne d'emblée un second Oscar dans le rôle d'Anastasia produit par Anatole Litvak, tourne une douzaine d'autres films dont Aimez-vous Brahms où elle est merveilleuse de charme et de séduction auprès d'Yves Montand et d'Anthony Perkins, puis Le crime de l'Orient-Express( 1974 ) de Sidney Lumet, avant de rencontrer son homonyme et concitoyen Ingmar Bergman, rencontre qui  marque une date importante dans sa carrière. Elle joue sous sa direction Sonate d'automne ( 1978 ), huit-clos d'une force sidérante baigné par les couleurs flamboyantes de l'automne suédois, face à Liv Ullmann. Elle y est une mère qui a négligé sa fille au profit de sa vie de concertiste. Ses retrouvailles avec elle l'obligeront à revisiter un passé mal cicatrisé et à faire amende honorable d'une existence trop entièrement consacrée à sa propre satisfaction de musicienne et d'interprète. Dans ce rôle difficile, intériorisé, d'une gravité contenue, Ingrid Bergman donne  la mesure de son talent, ce qui sera confirmé par sa dernière apparition sur un écran de télévision dans celui de Golda Meir, femme politique israélienne, qui fut le premier ministre de son pays de 1969 à 1974, et dont elle parviendra à faire une composition saisissante. Elle meurt d'un cancer le 13 août 1982. Une partie de ses cendres seront dispersées dans la mer, l'autre inhumées à Stockholm, sa ville natale.


Pour prendre connaissance des critiques de films où apparaît Ingrid Bergman dont  Casablanca, Les enchaînés, Voyage en Italie et Sonate d'automne, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

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INGRID BERGMAN - PORTRAIT
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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 09:54

Collection Christophe L.

                     

                       VIDEO      et       VIDEO


Gérard Philipe fut, sans contexte, le plus grand comédien français de l'après-guerre, interprète mythique à la scène et à l'écran, compagnon de Jean Vilar au TNP, il bénéficia d'une exceptionnelle popularité, en particulier pour ses créations dans Le diable au corps Fanfan la Tulipe Les grandes manoeuvres,  et la brieveté de sa vie ne fit qu'ajouter à sa légende, déjà bien établie de son vivant. Par sa présence lumineuse, sa grâce, son élégance, il incarna les aspirations de toute une génération bousculée par l'histoire, qui voyait s'ouvrir devant elle une vie culturelle nouvelle. Sa première prestation sera celle du prince Mychkine dans une adaptation sans éclat, L'idiot  ( 1946 ) de Dostoïevski de Georges Lampin. Mais sa véritable consécration lui vint, peu de temps après, grâce à Autant-Lara, qui fit de lui le héros de Raymond Radiguet dans Le diable au corps. Sa composition lui permit de retrouver l'apparence du naturel et de l'expression de l'adolescent. Le film provoquera un scandale et battra des records de recettes, ceci étant la cause de cela. Plus tard, sa rencontre avec René Clair, dont il fut l'ami proche, orientera sa vie de comédien de façon décisive. Certes  La beauté du diable  ( 1949 ) ne compte pas parmi les grandes réussites du cinéaste, mais Philipe tirera brillamment son épingle, face à Michel Simon, de cette parabole laborieuse. Toujours sous la direction de Clair, il sera le jeune professeur de musique, séduit et accaparé par ses rêves, dans un divertissement ravissant où René Clair s'amuse à faire du René Clair : Les belles de nuit.  Il  sera, par la suite, le lieutenant Armand de la Verne, pris au piège d'un pari fâcheux, au côté de Michèle Morgan dans Les grandes manoeuvres ( 1955 ), actrice qu'il aura de nouveau pour partenaire dans Les Orgueilleux de Marc Allégret.

 

 

Si bien qu'au théâtre comme au cinéma, on ne cesse plus de lui proposer des rôles de premier plan, où il se révèle toujours en parfaite adéquation avec ses personnages, au point de les marquer à tout jamais. Au théâtre, il est successivement Le Cid de Corneille, Le Prince de Hombourg de Von Kleist, Ruy Blas de Hugo, Richard II de Shakespeare, ainsi que les héros des Caprices de Marianne, de Lorenzaccio et de On ne badine pas avec l'amour de Musset. En 17 ans de carrière, il participera à vingt pièces de théâtre. Pour le seul TNP, il sera apparu dans 605 représentations du Cid et de On ne badine pas avec l'amour. Au point qu'apprenant sa mort, le poète Aragon s'écrira : " Non Perdican n'est pas mort. Simplement il avait trop joué, il se repose ". 


 

Collection Christophe L.


 

 

Quant au cinéma, il tournera dans 29 films, dont  La Chartreuse de Parme  de Christian-Jaque ( 1948 ),  Une si jolie petite plage  d'Yves Allégret ( 1948 ),  La beauté du Diable  de René Clair ( 1949 ), Juliette ou la clé des songes  de Marcel Carné ( 1950 ),  Fanfan la Tulipe  de Christian-Jaque ( 1952 ),  Monsieur Ripois  de René Clément ( 1953 ),  Le Rouge et le Noir  d'Autant-Lara ( 1954 ),   La Meilleure Part  d'Yves Allégret ( 1955 ),  Montparnasse  de Jacques Becker ( 1957 ),  Pot-Bouille  de Duvivier ( 1957 ), et  La fièvre monte à El Pao  de Bunuel ( 1959 ). Avec Monsieur Ripois, l'acteur se libère du personnage de Fanfan la tulipe qui commençait à trop lui coller à la peau et réussit l'une de ses plus fameuses interprétations au cinéma dans le rôle de ce personnage ambigu qui se montre tour à tour misérable et brillant, veule et charmant, mesquin et séducteur, dans une oeuvre cynique, ironique et enlevée :  - un Gérard Philipe de soie et d'acier  - écrira Jacques Audiberi.  

 

 

        

 

 

Acteur engagé, il sera l'un des premiers, en 1950, à signer la pétition contre les armes nucléaires en pleine guerre froide et se montrera un Président énergique et apprécié à la direction du Syndicat français des acteurs. Le 25 novembre 1959, alors qu'il est atteint d'un cancer du foie, il succombe soudainement à une crise cardiaque ; il n'a que 37 ans. Selon ses dernières volontés, on l'ensevelit au cimetière de Ramatuelle, près de Saint-Tropez, dans le costume du Cid, qu'il avait tant de fois revêtu sur scène. En mourant si jeune, en pleine gloire, il a laissé l'image la plus belle, celle que le temps n'a pu écorner. Avec lui disparaissait le dernier des romantiques, un acteur unique par son charisme et le don qu'il possédait de porter à leur paroxysme de complexité et d'expression chacun de ses rôles.

 

 

Pour ses détracteurs, et il y en aura, son jeu très construit et composé était à l'opposé du jeu instinctif et improvisé de l'acteur de la Nouvelle Vague, N.V. qui entendait jeter aux oubliettes le cinéma de papa, dénoncé par les "jeunes turcs" dans Les Cahiers du cinéma. Mais, il n'en reste pas moins que sa voix, sa présence illuminent la pellicule et, mieux encore, l'ensorcellent et confèrent une étrangeté et une singularité inoubliables à son jeu.  

 

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  Collection Christophe L.

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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 12:34

   Corbis Sygma     Mars Distribution     Les Films du Losange

 

 

Après les actrices italiennes, il était normal de consacrer un article aux acteurs italiens qui, eux aussi, ont grandement contribué au rayonnement du cinéma de leur pays et dont certains ne se contentèrent pas d'être des interprètes mais s'aventurèrent, avec succès, derrière la caméra, en devenant réalisateurs et metteurs en scène. J'ai choisi six acteurs, parmi les plus représentatifs, les voici :

 

Fils de magistrats, napolitain d'origine, Vittorio De Sica, né en 1902, ne fut pas seulement un grand metteur en scène, celui du Voleur de bicyclette, de Miracle à Milan, de Sciusca, mais un immense acteur qui sut, auprès du public, incarner le personnage idéal du séducteur italien élégant et charmeur. On le vit dans des films comme Pain, amour et fantaisie ( 1953 ) et Pain, amour et jalousie ( 1954 ) de Luigi Comencini,  désinvolte et empressé maréchal Antonio Carotenuto, plus soucieux de courir les filles que de faire régner l'ordre, auprès d'une Gina Lollobrigida éclatante de gaieté et provocante à souhait. Ce furent ensuite Casino de Paris ( 1957 ) d'André Hunebelle, General della Rovere ( 1959 ) de Roberto Rossellini, Austerlitz ( 1960 ) d'Abel Gance, Caroline chérie ( 1968 ) de Denys de La Patellière, pour ne citer que quelques-unes de ses apparitions les plus marquantes sur le grand écran. De Sica dirigea également  une troupe théâtrale et joua lui-même des auteurs comme Pirandello. Cet homme avait le cinéma et le théâtre dans le sang et fut un modèle pour toute une génération de réalisateurs et d'acteurs. Il mourut à Paris le 13 novembre 1974.
 

Vittorio Gassman, l'un des plus grands acteurs du cinéma italien, naquit à Gênes en 1922 et débuta à 24 ans dans Preludio d'amore  de Giovanni Paolucci. Grâce à son physique de jeune premier sportif et séduisant, il enchaîne très vite les rôles et on le voit successivement dans Trahison ( 1951 ) de Riccardo Freda, Riz amer (1948 ) de De Santis, Anna ( 1951 ) de Lattuada, La traite des blanches ( 1952 ) de Comencini. La facilité avec laquelle il passe du séducteur cynique au clochard ou au président directeur général intéresse Hollywood qui lui fait des propositions. Il y tournera plusieurs films qui n'ont pas marqué sa carrière. Revenu en Italie, il obtient un succès personnel avec Le pigeon, comédie burlesque, où il révèle une nouvelle facette de son talent, interprétant un petit voleur minable avec un brio tel et une telle drôlerie que cette prestation va  lui permettre d'accéder, désormais, à des rôles importants auprès de grands réalisateurs. Avec Dino Risi, il tournera une dizaine de longs métrages dont L'homme à la ferrari ( 1967 ) et Parfum de femme ( 1974 ). En 1978, il apparait dans deux films de Robert Altman et tient le rôle titre dans Benvenuta ( 1983 ) d'André Delvaux, puis dans La vie est un roman ( 1982 ) d'Alain Resnais. Pour autant, il n'abandonne pas le théâtre et fonde en 1952 sa propre compagnie théâtrale. Il a également adapté au cinéma le Kean de Jean-Paul Sartre, avec Rossi, et n'a pas hésité à passer derrière la caméra pour réaliser deux films : Sans famille et Di padre in figlio. Le lion d'or de la Mostra de Venise lui sera attribué en 1995  pour l'ensemble de sa carrière. Il meurt à Rome le 29 juin 2000.
 

C'est lors de l'annonce de la mort de Marcello Mastroianni, survenue à Paris le 19 décembre 1996, que l'on a mesuré l'affection qu'il avait inspirée au public. Catherine Deneuve, qui fut sa compagne et avec laquelle il y eut  une fille Chiara en 1972, a dit à un journaliste peu de jours après sa disparition : " Les gens l'aimaient à un point inimaginable. Il déclenchait une tendresse auprès du grand public. Il faisait partie du paysage italien et il était l'une des premières personnes à qui l'on pensait quand on parlait de l'Italie". Oui, Mastroianni est certainement l'acteur qui est resté le plus proche du coeur des italiens et fut le plus vénéré et le plus pleuré. Peut-être parce qu'il avait conquis sa notoriété sans faire de vagues, contrairement à certains acteurs de sa génération, qu'il était en quelque sorte l'homme de tous les temps, exprimant une humanité profonde et authentique et dont l'intelligence du coeur, la générosité lui méritaient une sympathie immédiate.

 

               Marcello Mastroianni. Les Grands Films Classiques    Marcello Mastroianni et Jacques Perrin. Les Grands Films Classiques


Né le 28 septembre 1924, il s'inscrivit en 1945 au Centre Universitaire du théâtre mais n'obtint pendant très longtemps que des rôles secondaires qui lui permirent tout juste de vivre. Il lui fallut attendre 1955 pour décoller avec Jours d'amour de De Santis et Savona. Sa renommée commença à s'affirmer avec Nuits blanches ( 1957 ) de Visconti, d'après le roman de Dostoïevski. Puis en 1960, Fellini lui proposa le rôle de Marcello Rubini dans La dolce vita, qui se révèlera être un film culte et, à la suite duquel, sa réputaion de latin lover ne se démentira pas. Désormais, il ne va plus cesser d'alterner entre les comédies et les films d'auteur, entre les réalisateurs italiens et étrangers. Ainsi on le verra devant les caméras italiennes de Pietro Germi, De Sica, Antonioni et Fellini, Scola, Risi, Bolognini, mais également devant la russo-italienne de Mikhalkov pour Les yeux noirs avec sa fille Chiara, celles françaises de Bertrand Blier et Agnès Varda, grecque d' Angelopoulos, espagnole de Raoul Ruiz et sa carrière sera couronnée des plus hautes distinctions qui puissent récompenser un acteur : prix d'interprétation au Festival de Cannes, meilleure interprétation au Festival de San Sebastian pour Casanova, Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Mais ce n'est pas ce que nous retiendrons de cet acteur incomparable ; rappelons-nous plutôt sa simplicité, son naturel, sa façon d'exercer son métier comme un artisan soucieux du " bien faire "et son regard qui avait conservé sa formidable capacité d'émerveillement.

 

                Collection Christophe L.     Bac Films     Pathé Distribution

 

D'origine paysanne, Nino Manfredi, né en 1921, suivit à Rome, dès son jeune âge, des cours à l'Académie nationale d'art dramatique, dont il sortit diplômé en 1947. Ses débuts sur scène se firent sous la direction de Vittorio Gassman, parallèlement à ceux qu'il entreprit à la radio et au music-hall dans des numéros fantaisistes qui lui valurent quelques succès. Au cinéma, il devra attendre le rôle d'un coiffeur timide et gauche dans Les amoureux de Mauro Bolognini ( 1955 ) pour que sa veine comique, ses qualités d'acteur, son goût des personnages dramatiques sur fond de satire finissent par le rendre populaire. Principalement du public italien car, contrairement à Mastroianni, il a peu travaillé avec les réalisateurs étrangers.  On le vit dans plusieurs films de Dino Risi dont Opération San Gennaro ( 1966 ) et Une poule, un train et quelques monstres ( 1969 ). Il fut, par ailleurs, le Gepetto des Aventures de Pinocchio ( 1972 ) de Comencini, l'émigré de Pain et chocolat ( 1974 ) de Brusati et le juge progressiste de Au nom du pape roi ( 1977 ) de Luigi Magni. Non content d'avoir été un acteur de grand talent, il fut tenté, durant les années 70, par la mise en scène et signa un film d'inspiration autobiographique qui séduisit pour sa maîtrise et son lyrisme : Miracle à l'italienne. Il mourut à Rome le 4 juin 2004.
 

Nanni Moretti, né en août 1953, conjugue depuis ses débuts les fonctions de metteur en scène et d'interprète. Avec Je suis un autarcique ( 1976 ), il apparait derrière et devant la caméra avec, pour personnage, ce Michele Apicella qui est au centre d'une action et réflexion qui donnent sens à une oeuvre non seulement engagée mais cohérente. A ce propos, il ne craint pas d'user d'un humour corrosif afin d'exprimer ses sentiments sur la gauche italienne, le cinéma traditionnel et l'incompétence de la critique. Les dès sont jetés et le metteur en scène/acteur ne se prive pas de recourir au grave et au dérisoire, au canular et à la réflexion philosophique afin de faire passer son message. Ses expériences personnelles ont nourri ses films et donné à ses personnages une épaisseur et une humanité auxquelles le public ne peut rester insensible, d'autant que le jeu de Moretti ne cède jamais à un sentimentalisme complaisant et facile. Il y a chez lui, de part et d'autre de la caméra, une grande exigence. Il arrive, certes, que le metteur en scène, le scénariste, le producteur fassent oublier l'importance de l'acteur dont le jeu, tout en concentration, apparait différent de celui des autres acteurs italiens plus exubérants, et c'est dommage, car Moretti s'exprime avec une sorte de détachement ou, plus précisément, de distance, mais tout est dit et bien dit dans le regard. Je dirai que son jeu est celui d'une présence insaisissable jointe à un regard qui ne cesse de solliciter, de forcer l'attention et l'interrogation. Du bel art.
 

Roberto Benigni, né en 1952, est d'abord entré au séminaire avec le désir de devenir prêtre, s'est ensuite engagé dans une carrière de chanteur et de musicien, avant de s'orienter définitivement vers l'art dramatique. Il crée à la télévision le personnage de Cioni, paysan toscan ingénu et exubérant dans des émissions réalisées par Giuseppe Bertolucci qui vont susciter, par une impertinence excessive et regrettable, l'intervention de la censure. C'est alors qu'il se tourne vers le cinéma et se voit confier par Fellini le rôle du protagoniste dans La voce della luna (1989 ). A la suite de cette interprétation, il va tâter à son tour de la mise en scène avec Johny Stecchino, une parodie des films de gangsters. Par la suite, il ne cessera d'alterner ses prestations dans les films de Blake Edwards, de Claude Zidi et ses propres productions où il intervient devant et derrière la caméra. Ce seront l'inoubliable chef-d'oeuvre La vie est belle, Pinocchio, un film moins réussi, et récemment Le tigre et la neige. Dans la tradition de la Comedia dell'Arte, Benigni renoue avec le mime : il est le bouffon éternel, le trublion sautillant, l'amoureux transi, endossant tous les rôles, aussi bien Pierrot lunaire, Polichinelle burlesque, Arlequin joyeux, cet homme du travestissement, fanfaron, couard, ingénu, ingénieux, maladroit, malicieux, loquace, irrévérencieux, incorrigible aura eu un parcours aussi surprenant que rare et décalé de la réalité. Aujourd'hui, c'est une figure marquante du cinéma international qui, tout ensemble, assume ses racines, sa culture et sa singularité et sur laquelle nous refermons avec admiration cette fenêtre ouverte sur le cinéma italien.

 

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              Roberto Benigni.      Roberto Benigni.

              Jean Reno, Nicoletta Braschi et Roberto Benigni. Pathé Distribution   Nicoletta Braschi. Pathé Distribution

   

 

 

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10 janvier 2007 3 10 /01 /janvier /2007 17:50

buona-sera-mrs-campbell-gina-lollobrigida-1968.jpg   18893906.jpg   Universal Pictures    

Gina Lollogrigida                                             Anna Magnani                            Sophia Loren 

                                                               

Que serait le cinéma sans les actrices ? Certaines par leur beauté, leur présence, leur charme ont illuminé la pellicule de films, parfois quelconques, mais dont nous nous souvenons grâce à elles.  Leur importance est donc capitale et les merveilleuses actrices qui ont illustré le 7e Art de la Péninsule, en participant activement à son rayonnement, sont là pour nous le confirmer. Commençons par la grande aînée, Anna Magnani qui, par son magnétisme, son tempérament volcanique, contribua au succès d'un grand nombre de chefs-d'oeuvre. Née à Rome en 1908, elle débuta au cinéma en 1934, après avoir fait du théâtre et du cabaret, dans un film muet L'aveugle de Sorrente. Mais le film qui la révèlera sera Teresa Venerdi de son grand ami Vittorio De Sica en 1941, où elle a l'occasion de donner libre cours à sa nature explosive. Avec Rome, ville ouverte de Rossellini en 1945, elle émeut le monde entier en criant derrière le véhicule nazi qui emporte son fiancé : Alfredo ! Alfredo ! avant de tomber sous les balles ennemies. Anna Magnai, sans être belle, était - à la manière de Simone Signoret - une gueule, une actrice à part qui crevait l'écran par sa présence et sa force. Sa filmographie est impressionnante. Des metteurs en scène étrangers firent appel à elle, ainsi Renoir en 1952 pour Le carrosse d'or, Autant-Lara, Sidney Lumet, George Cukor et elle tourna avec les plus grands maîtres du cinéma italien : De Sica, Rossellini, Camerini, Rossi, Visconti, Pasolini, Monicelli. Elle mourut à Rome le 26 septembre 1973.
 

Gina Lollobrigida, née en 1927, est un monument du 7e Art. Elle débuta sa carrière par un concours de beauté avant de travailler avec de nombreux cinéastes de toutes nationalités dont René Clair pour Belles de nuit et Christian-Jaque pour Fanfan la Tulipe, où elle eut les deux fois Gérard Philipe pour partenaire. Elle fut également l'inoubliable Esméralda de Jean Delannoy dans Notre-Dame de Paris ( 1956 ) et la belle italienne des faubourgs dans Pain, amour et fantaisie et Pain, amour et Jalousie de Comencini. Elle tourna, par ailleurs, avec King Vidor, John Sturges, Robert Mulligan et Frank Tashlin et s'horore d'une filmographie abondante et internationale, où ses formes généreuses, son tempérament, son talent de comédienne firent sa renommée. Très aimée du public, son seul nom servait à la promotion d'un film. Elle se consacra également avec succès à la photographie et s'impliqua même, un moment, dans la politique. Sa dernière apparition sur le grand écran date de 1995 pour un hommage à Agnès Varda Les cent et une nuits, au côté du regretté Marcello Mastroianni qu'elle avait eu, quarante ans plus tôt, pour partenaire dans La Loi de Jules Dassin.

 

Sophia Loren, de son vrai nom Scicolone, bien que née à Rome en 1934, est d'origine napolitaine. Elle passa toute sa jeunesse à Naples et se fit remarquer lors du concours de Miss Italie ( comme Lollobrigida ) en 1950. Après avoir posé pour des romans-photos, elle est embauchée comme figurante dans Quo Vadis en 1951. En 1952, dans La traite des blanches de Comencini, sa silhouette et sa classe attirent l'attention de Carlo Ponti, son futur époux, aussi s'empresse-t-elle de gravir les échelons de la notoriété. En 1954, Vittorio De Sica lui taille un personnage sur mesure dans L'or de Naples, si bien que devenue star en peu de temps, elle ne cesse d'enchaîner film sur film. Ce seront La Ciociara ( 1960 ) de De Sica, Orgueil et passion de Stanley Kramer, Mariage à l'italienne (1964 ) toujours de De Sica, Une journée particulière d'Ettore Scola. Elle apparaîtra  dans six films de De Sica et sera la partenaire privilégiée  de Marcello Mastroianni. Sophia Loren eut l'intelligence de pas asseoir sa réputation sur ses seuls atouts physiques qui étaient grands, mais de travailler sa voix et de tirer le meilleur parti de son tempérament et de sa personnalité. Elle eut pour metteurs en scène quelques-uns des plus grands, dont De Sica, bien sûr, Scola mais également Dino Risi, Rossi, Lattuada, Cukor, Monicelli et même Charlie Chaplin dans La comtesse de Hong-Kong. Son dernier film date de 1996 : Soleil avec Roger Hanin.

 

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         Alida Valli                     Monica Vitti                        Sylvana Mangano  

 

Silvana Mangano, née à Rome en 1930, fut l'épouse du producteur Dino De Laurentiis ( dont elle eut quatre enfants ) et l'inoubliable interprète de Riz Amer de Giuseppe de Santis en 1949 qui la fit remarquer. Dotée d'un physique superbe, elle enchaîne ensuite les rôles de sauvageonne qui conviennent à son style de beauté et sait utiliser ses talents de danseuse. Anna en 1953 d'Alberto Lattuada confirme sa notoriété. Son numéro de chant et de danse au début du film compte parmi les morceaux d'anthologie du cinéma. Elle tournera ensuite en péplum dans Ulysse ( 1954 ) et Barrabas ( 1962 ). Mais exigeante et toujours en quête d'oeuvres de qualité, elle se produira peu et n'acceptera que les rôles proposés par des amis comme Visconti et Pasolini. Ainsi la voit-on successivement dans Mort à Venise ( 1971 ), Ludwig ou le crépuscule des dieux (1972 ) et Violence et passion ( 1974 ) de Visconti, ainsi que dans Oedipe roi ( 1967 ) et Le décaméron ( 1970 ) de Pasolini. Après sa séparation d'avec Dino De Laurentiis, elle quitte Hollywood pour l'Europe. Elle joue encore dans Dune ( 1984 ) de David Lynch et dans Les yeux noirs ( 1987 ) de Mikahlkov. Elle meurt d'un cancer de la gorge à Madrid en 1989.

 

Alida Altenburger, née à Pola en Italie en 1921, change son nom en celui d' Alida Valli lors de son second film  Il feroce Saladino de Mario Bonnard. Elle se spécialise ensuite dans les comédies et mélodrames italiens de l'ère fasciste, aussi le néoréalisme de l'après-guerre la boude-t-il parce qu'elle représente le cinéma de l'ancien régime. Elle débute alors une seconde carrière à Hollywood et tourne pour Hitchcock et Irving Pichel avant de regagner l'Italie et de participer à des productions franco-italiennes comme Les miracles n'arrivent qu'une fois ( 1950 ) d'Yves Allégret et Barrage contre le Pacifique de René Clément. En 1954, Visconti lui offre son plus beau rôle dans Senso, où elle apparait admirable de beauté et de passion. Par la suite, elle ne tournera plus que des rôles secondaires, dont un dans La chair de l'orchidée ( 1974 ) de Patrice Chéreau. Elle meurt à Rome le 22 avril 2006. 

 

Monica Vitti est née en 1933 à Rome et a partagé un temps la vie du metteur en scène Michelangelo Antonioni pour lequel elle tourne L'Avventura en 1960. Cette interprétation remarquée lui permet d'accéder au rang des plus grandes actrices italiennes et de poursuivre avec son compagnon sa collaboration dans des films comme L'éclipse ( 1961 ) et Le désert rouge ( 1964 ). Les films suivants, tournés avec d'autres cinéastes, ne lui apportent pas le même bonheur. Elle apparaît dans  Château en Suède de Roger Vadim, Les quatre vérités d'Alessandro Blasetti, puis s'oriente vers la comédie. Elle obtient un grand succès auprès de Mastroianni dans Dramma della gelosia d'Ettore Scola. Autre film marquant : Fantôme de la liberté de Luis Bunuel en 1974. Elle poursuit en parralèle une carrière au théâtre et est devenue réalisatrice avec un premier film Scandalo secreto ( 199O ), dont elle est également l'interprète. A obtenu le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise en 1995.

 

stefania-sandrelli-ieri2.jpg    Stéfania Sandrelli

 

Stéfania Sandrelli, née en 1946, commence à se faire remarquer comme modèle et attire ainsi les cinéastes en quête de nouveaux visages. Après avoir débuté dans Gioventu di notte ( 1961 ) de Mario Sequi, au côté de Samy Frey, elle décroche dans la foulée l'un des rôles principaux dans Divorce à l'italienne de Pietro Germi. Actrice très demandée en France, elle tourne notamment sous la direction de Jean Becker dans Tendre Voyou en 1966 et d'Alain Corneau dans Police Python en 1975. En Italie, Antonio Pietrangeli lui permet d'élargir son jeu avec Je le connaissais bien ( 1965 ) où elle incarne une femme victime de la société de consommation, tandis que Germi lui confie des rôles plus matures dans Beaucoup trop pour un seul homme ( 1967 ) et Alfredo Alfredo ( 1972 ). Son talent, tout en nuances, l'autorise à jouer pour les plus grands : ainsi Bertolucci dans Partner ( 1968 ), Comencini dans Le grand embouteillage ( 1978 ), Ettore Scola dans Nous nous sommes tant aimés  (1974 ) et La Terrasse ( 1979 ). Actrice éclectique, elle peut aussi bien et, avec une égale conviction, apparaître en femme bafouée dans La Famille ( 1986 ) de Scola qu'en épouse sulfureuse dans La clé ( 1983 ) de Tinto Brass. A 60 ans, sa filmographie est riche de 89 longs métrages. Il lui est arrivée de tourner jusqu'à quatre films par an. Elle fut couronnée du Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise.

 

        Claudia Cardinale. Gémini Films                    Claudia Cardinale et Marcello Mastroianni. Action Cinémas / Théâtre du Temple  

                                                     Claudia Cardinale
 

Claudia Cardinale est née à Tunis en 1939. Elue la plus belle italienne de sa ville natale, elle gagne un voyage à Venise où plusieurs producteurs la remarquent. Elle tourne quelques comédies avant de se lier par contrat au producteur Francesco de la Vidès qui lance la belle jeune femme à la voix rauque en lui obtenant le rôle de Ginetta dans Le pigeon  ( 1958 ) de Monicelli. La suite sera époustouflante : Rocco et ses frères de Visconti, Cartouche de Philippe de Broca, Huit et demi de Fellini, Le guépard de Visconti qui officialisera sa consécration internationale et où elle apparait éclatante sous les traits de la sicilienne Angélina auprès de Burt Lancaster et d'Alain Delon. Suivront  Il était une fois dans l'ouest de Sergio Leone ( 1968 ), Les pétroleuses de Christian-Jaque avec Brigitte Bardot, Un homme amoureux de Diane Kurys ( 1986 ), Le ruffian de José Giovanni avec Lino Ventura ( 1982 ), La Storia de Comencini ( 1986 ), Mayrig d'Henri Verneuil aux côtés d'Omar Sharif ( 1991 ). Sans oublier ses apparitions à la télévision dont Noso di cane ( 1986 ) de Pasquale Squitieri, son second mari. L'actrice se partage désormais entre la France et l'Italie et manque rarement d'éclairer de sa présence le Festival du film américain de Deauville. Elle reçut en 1993, le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise et en 2002 un hommage au Festival de Berlin. Très populaire dans notre pays, elle compte certainement parmi les actrices les plus appréciées des cinéphiles français.

Pour  prendre connaissance de l'article consacré aux acteurs du cinéma italien, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LES ACTEURS DU CINEMA ITALIEN

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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