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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 10:35

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En Californie, à l'époque de la ruée vers l'or, Lahood Corporation, puissante société d'orpailleurs entend contrôler la ville et ses habitants. Coy Lahood est fermement décidé à expulser les quelques mineurs isolés qui tentent de lui résister et à s'approprier leurs terres. Pour Hull Barret, sa fiancée et la fille de cette dernière, une ravissante adolescente, la situation devient chaque jour plus difficile. Surgit, alors que leur camp vient d'être sauvagement attaqué par les hommes de Lahood, un mystérieux cavalier solitaire.


 

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Il semble sortir de nulle part et se dit Pasteur. Eastwood reprend ici le thème déjà traité dans L'homme des hautes plaines avec un côté biblique qui fait entrer un peu de surnaturel dans un western où la violence reste très présente. Tout y est : la musique d'ambiance, les paysages âpres et sauvages, la petite ville écrasée de poussière et de chaleur, les gueules patibulaires, la jeune fille exaltée et, enfin, le cavalier mystérieux qui entend rétablir l'ordre au prix d'une violence toute biblique.

 

Une action assez lente, des acteurs parfaitement bien ciblés et une interprétation impériale d'un Clint Eastwood, qui semble prolonger le personnage qu'il campait autrefois dans les films de Sergio Leone, font de cet opus une réalisation sobre et convaincante. Le rôle de la jeune fille amoureuse du bel inconnu est quelque peu superflu et aurait pu être évité, tant le film vaut par la rigueur des scènes où s'affrontent, sans concession et avec une sauvagerie inouïe, l'homme chargé de rétablir la justice à n'importe quel prix et ces cavaliers de l'apocalypse uniformisés comme les forces du mal sortant de l'enfer du profit malhonnête et se livrant à une lutte sans merci. Une scène d'une froideur implacable qui donne au film sa force et prouve l'indéniable talent de Clint à traiter un scénario sous forme de parabole.  


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Pour consulter l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer sur le lien ci-dessous 


CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 09:21
GATSBY LE MAGNIFIQUE de BAZ LUHRMANN

                           

Printemps 1922. L'époque est propice au relâchement des mœurs, à l'essor du jazz et à l'enrichissement des contrebandiers d'alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s'installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d'un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby, qui s'étourdit en fêtes mondaines en compagnie de sa cousine Daisy et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. C'est ainsi que Nick se retrouve au cœur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges. Témoin privilégié de son temps, il se met à écrire une histoire où se mêlent des amours impossibles, des rêves d'absolu et des tragédies ravageuses et, chemin faisant, nous tend un miroir où se reflètent notre époque moderne et ses combats.

 

Voilà une nouvelle variante du chef-d'oeuvre de Fitzgerald qui dispense le chaud et le froid, vous fait passer, surtout lors de la première demi-heure, de l'agacement à la complicité lorsque enfin vous quittez les excès d'une époque mouvementée et de scènes d'un goût douteux pour entrer dans le mystère qui, tout entier, reste celui du personnage de Gatsby et qu'on l'aperçoit seul, au bout d'une jetée, regardant clignoter une petite lumière verte. Oui, nous sommes bien dans le roman de Francis Scott Fitzgerald revisité par un metteur en scène qui a pour les effets spéciaux, les décors, les costumes, les couleurs, la main lourde, mais ne manque ni d'intelligence, ni de sensibilité malgré sa propension à l'outrance. Peut-être cette outrance est-elle la bienvenue ici, si l'on considère que  cette version de Gatsby n'appartient à aucune époque précise, peut-être même davantage à la nôtre qu'à celle des années folles...C'est ce qui, en quelque sorte, en fait l'intérêt et l'originalité, tant les facteurs de décadence sont proches : goût démesuré du plaisir, course irrépressible vers l'abime, attrait pour l'argent et le luxe tapageur et déclin des valeurs essentielles. Installé à Long Island, Gatsby a fait construire un château baroque et démesuré - celui du film est particulièrement kitch - où il donne des fêtes fastueuses pour les gens chics et moins chics qui se pressent à venir boire ses cocktails, à danser sur ses pelouses et à plonger dans sa piscine. Mais lui n'a qu'une obsession : retrouver Daisy, son amour de jeunesse, dont la maison se trouve juste en face de la sienne, de l'autre côté du lac.

 

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Il est certain que les excès de décorum nuisent au personnage de Gatsby dont la fêlure secrète avait été si subtilement évoquée par l'écrivain et qui est ici absente, gâchée par une surcharge d'images et un style qui dispense plus de poudre aux yeux que de vérités. Mais, l'interprétation de Leonardo DiCaprio parvient à donner au héros sa stature et sa mélancolie et à faire basculer l'histoire dans la réalité du récit littéraire. Il y a même de très belles scènes dont celle de la visite de Daisy dans la demeure de son soupirant qui est probablement la plus réussie du film. Dans l'ensemble les acteurs s'en tirent bien : Nick Carraway est interprété par un Tobey Maguire assez effacé mais crédible, Daisy par Carey Mulligan, charmante, mais loin de valoir la délicieuse Mia Farrow dans la plus classique version de Jack Clayton, et Tom Buchanan par Joël Edgerton qui s'en tire plutôt bien. N'en reste pas moins que le film repose essentiellement sur les épaules de Leonardo DiCaprio dont la sensibilité à fleur de peau, de lèvre, de sourire et de regard fait merveille. Il est moins évanescent que Robert Redford,  solide et fragile en même temps, et je pense que sa prestation aurait touché Scott Fitzgerald tant elle est intériorisée. DiCaprio s'affirme une fois de plus comme l'un des grands du cinéma international, un acteur qui peut tout jouer. 

 

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Bien qu'elle pêche par manque de concision, de rigueur et de goût, cette version ne peut laisser personne indifférent. Ses défauts sont à la hauteur de ses qualités et imposent un style baroque d'une incontestable liberté de ton, d'audace et de fantaisie. Pour cela, il est intéressant de le voir, de même que pour DiCaprio bouleversant dans ce personnage partagé entre le meilleur et le pire et dont le rêve fracassé nous touche toujours autant.

 

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Pour prendre connaissance de l'article consacré à Leonardo DiCaprio, cliquer sur son titre :

 

LEONARDO DICAPRIO - PORTRAIT

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 09:52
HAPPINESS THERAPY de DAVID O. RUSSEL

     
Le film, inspiré d'un roman de Matthew Quick, commence alors que Pat Solatano, trente ans, sort de huit mois d'hôpital psychiatrique pour avoir tabassé l'amant de sa femme, un professeur d'histoire surpris avec elle sous la douche, dans sa propre maison. Ayant tout perdu, maison, travail, épouse, il revient vivre chez ses parents, tous deux assez mal lotis par le sort, son père, sans situation, se plaîsant à parier sur des matchs de foot afin de tenter de gagner un peu d'argent et d'ouvrir un restaurant, sa mère passant la plus grande partie de ses journées à préparer des petits plats pour régaler les copains de passage. Invité par des voisins, Pat va faire la connaissance de Tifany, une très jeune veuve qui vient d'être virée de sa boîte, parce qu'elle assume trop bien la part érotique de sa personnalité et a couché avec tous les hommes et femmes de son business. Ne parvenant pas à mettre Pat, dès le premier soir dans son lit, la jeune femme va tout faire pour le convaincre de participer avec elle à un concours de danse et, pour y parvenir, car le supposé partenaire se montre récalcitrant, lui proposer de le mettre en relation avec sa femme par le truchement d'une lettre qu'il lui écrirait. Appâté par cette proposition, le supposé participant va accepter le défi. Dès lors, le décor planté, le long métrage ne va pas mettre moins de deux heures pour nous livrer son message qui n'est autre que celui-ci : nous sommes tous les victimes de notre propre folie... En voilà d'une découverte !

 

 

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Dans la banlieue de Philadelphie où  il se  déroule, il est vrai qu'il ne se passe pas grand chose. En dehors du foot, des réunions entre amis pour discuter et parier sur les joueurs, les petits plats mijotés par madame Solatano, c'est la platitude absolue, un monde où chacun vit sa propre démence dans un désert psychologique et culturel total. L'opus ne fait d'ailleurs rien d'autre que de pointer du doigt ce vide abyssal et cette déchéance progressive où plonge une Nation qui ne semble plus avoir ni repère, ni ambition, ni perspective. Si bien que les troubles obsessionnels et compulsifs sont le lot de chacun. Voilà ce que ce film met deux longues heures à nous démontrer, recourant pour cela à des images banales, des dialogues creux, au cours d'une action languissante qui se contente d'alterner les crises de nerfs successives des différents protagonistes. Passionnant ! Cette soi-disant thérapie du bonheur n'a certes pas fait la mienne, ni semble-t-il celle des spectateurs qui se trouvaient hier après-midi dans la salle. Car, quel est le but du metteur en scène David O. Russel, sinon de nous faire partager sa vision négative et bien peu comique du bipolarisme dans lequel plonge l'Amérique toute entière ? Fallait-il, pour nous en convaincre, ce film affligeant d'ennui où les acteurs eux-mêmes se répètent et qui est terni par le recours aux artifices les plus éculés. Malgré une rythme plus brouillon que convaincant, même un acteur aussi exceptionnel que Robert de Niro en perd le souffle et l'inspiration... La seule à sortir son épingle du jeu est, selon moi, Jennifer Lawrence qui nous séduit lors de quelques rares moments de charme véritable, surtout à la fin où, après une si longue attente, elle nous gratifie d'un court instant de grâce.

En conclusion, beaucoup de bruit pour rien.

 

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HAPPINESS THERAPY de DAVID O. RUSSEL
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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 09:31

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Le jour où il revient de l’hôpital après une attaque cardiaque, l’avocat britannique Sir Wilfrid Robarts reçoit la visite de Leonard Vole, élégant homme sans le sou soupçonné du meurtre d’Emily French, une riche veuve brutalement assassinée quelques jours plus tôt. Quand il est révélé que Vole était l’unique bénéficiaire du testament de la victime, Sir Wilfrid cherche à contacter Christine, l’épouse du prévenu, dont le témoignage pourrait le disculper. Mais cette allemande mystérieuse, que Vole a rencontrée à Berlin, loin d’étayer le fragile alibi de son mari, se révèle être un témoin à charge.


A l’origine, The Witness for the Prosecution est une nouvelle qu’Agatha Christie écrivit en 1924 et qu’elle adapta, plusieurs décennies plus tard, pour la scène : la première de la pièce eut en effet lieu en octobre 1953 à Londres, avant d’être montée à Broadway l’année suivante. Devant le succès, les producteurs hollywoodiens ne tardèrent pas à s’y intéresser, d’abord L. B. Mayer, puis Gilbert Miller et, enfin, Edward Small, lequel remporta l’affaire avec l’aide d’Arthur Hornblow Jr. Les deux hommes confièrent la réalisation du projet à Sheldon Reynolds, réalisateur de télévision, mais face à l’ampleur de ce travail, se retournèrent vers Billy Wilder, qui  en  fera la réalisation que l’on sait.


Le tournage ne commença dans les studios Goldwyn qu’en juin 1957, Wilder ayant été entre-temps très occupé par le montage de Love in the Afternoon et par l’élaboration de multiples projets, dont la plupart ne virent jamais le jour. Bien que filmant Love in the Afternoon à Paris, Wilder avait dès août 1956 commencé à tourner quelques plans extérieurs de Witness for the Prosecution , avant même que le casting ne soit définitivement établi. Concernant le casting, et alors que Wilder préférait Kirk Douglas, Small et Hornblow avaient misé sur Tyrone Power. Souffrant de dépression, tant pour sa carrière déclinante que pour sa vie personnelle agitée, celui-ci déclina l'offre. On envisagea alors, pour incarner le couple Vole, une association Ava Gardner - Jack Lemmon, mais Wilder, qui avait, dès le départ, songé à son amie Marlene Dietrich, réussit à la convaincre d’endosser le rôle de Christine. Pour des raisons financières, Small et Hornblow se mirent alors à chercher des noms moins prestigieux, et on évoqua un jeune acteur britannique du nom de Roger Moore… Finalement, celui qui avait été leur premier choix, Tyrone Power, désormais moins dépressif et finalement emballé par le sujet, revint sur sa décision et accepta - contre un salaire faramineux de 300.000 dollars et un pourcentage sur recettes - un rôle qui s’avéra finalement être son dernier, puisqu’il mourut d’une crise cardiaque quelques mois plus tard. Enfin, pour une somme beaucoup plus modeste de 75.000 dollars, le troisième rôle  fut confié à Charles Laughton, dont Billy Wilder était l’ami. Ce troisième choix ré-orientera le travail de réécriture de Wilder et de Harry Kurnitz qui trouvaient la trame de la pièce intéressante, mais les personnages trop superficiels ; indéniablement, Laughton donnera du corps au personnage de Sir Wilfrid, assez différent de celui de la pièce. En effet, l’avocat pensé par Agatha Christie était solide, autoritaire et dynamique ; tandis que le Sir Wilfrid écrit par Wilder et composé par Charles Laughton nous apparaît, dès la première scène, comme un homme âgé, d’un grand esprit mais de santé fragile, qui revient de l’hôpital à la suite d'une attaque. Bien qu’il soit tenu de réduire ses activités professionnelles, l'avocat mettra sa vie en danger pour sauver la tête de Leonard Vole.

 

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Wilder, sous le charme de la composition de son acteur Charles Laughton, ne tarira pas d’éloges, dans ses mémoires, sur la performance et l’investissement phénoménal de ce dernier :

 

« Il est le meilleur acteur avec qui j’aie jamais travaillé (…). En 1958, pendant le tournage de Witness for the Prosecution, tous les soirs à six heures nous restions un moment ensemble, nous nous demandions quelle scène nous tournerions le lendemain et nous fixions le programme. Puis Laughton venait dans mon bureau. Et tout en buvant un verre, il me disait : « la scène que nous allons tourner demain me semble particulièrement importante. J’ai ce monologue. Et il m’est venu une idée. Que diriez-vous de … ». Et il commençait à me jouer la scène. C’était brillant. Lorsqu’il avait fini, je disais : « Bon d’accord, on fait comme ça. » Et après une petite interruption, Laughton reprenait : « Je pense qu’on pourrait aussi… » Et il recommençait à jouer la scène. Dans une version toute différente cette fois, mais encore plus convaincante. Et pour finir il demandait : « Ou bien est-ce qu’on fait ça ? ». Je répondais encore :  "C’est très bien. On tournera comme ça demain." Et je n’exagère rien, cela se répétait jusqu’à ce qu’il m’eût joué vingt versions d’une même scène. Et chacune était un enrichissement, ou représentait tout au moins une variante intéressante par rapport à la précédente. Jusqu’au moment où je lui disais : « Bon, maintenant c’était vraiment la meilleure solution, et c’est comme ça que nous tournerons demain. Ne l’oublie pas ! » Le lendemain matin, peu avant le début du tournage, il venait me trouver, me prenait à l’écart et me disait : « J’ai eu une idée cette nuit. J’ai encore imaginé autre chose. Je crois que ce serait plus efficace. » Il me jouait la nouvelle version. Et il avait raison, c’était encore mieux. Laughton pouvait fouiller dans son talent comme un enfant comblé dans un coffre à jouets qui déborde. »

 

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Il est indéniable que Charles Laughton compose un admirable Sir Wilfrid, mêlant la rigueur et la précision maniaque du brillant avocat à l’espièglerie du bon vivant bravant la mort avec panache. De son propre aveu, Laughton s’était inspiré d’un avocat britannique du nom de Florance Guedella (l’avocat de Dietrich) qui triturait nerveusement son monocle lors de chaque entrevue ; Laughton reprit à son compte ce tic, afin de créer une technique d’interrogation propre à son personnage, qui se plaisait à aveugler son interlocuteur  en manipulant l’objet de façon telle qu’il fasse office de loupe.



Grâce à l’indéfectible amitié entre Laughton et Wilder (ce film fut curieusement leur seule collaboration ), l’ambiance sur le tournage fut très détendue, Elsa Lanchester et Marlene Dietrich se relayant pour concocter à Laughton de nombreux petits plats, les prouesses culinaires de Dietrich faisant dire à Wilder que « les hommes ne toléraient ses jambes qu’à cause de ses talents de cuisinière. » Mais au-delà de ces anecdotes, Wilder fut frappé par la profondeur de l’investissement de Marlene Dietrich, qui se mit à jouer « comme si toute sa carrière en dépendait. » On peut comprendre que le rôle de Christine Vole ait été pour elle un défi passionnant car assez éloigné de ses rôles précédents. Ne lui offrait-il pas l’occasion de brouiller son image de froide manipulatrice en explorant des facettes plus complexes de sa personnalité. Dans un premier temps, fidèle à cet archétype de la blonde fatale, sa première réplique sera - « Je ne m’évanouis jamais car je ne suis pas certaine de tomber avec grâce, et je n’utilise jamais de sels car ils me font gonfler les yeux » - réplique qui la montre conforme à son image de femme calculatrice, distante, implacablement dépassionnée, rôle qu’elle avait peu ou prou déjà tenu pour Wilder dans La Scandaleuse de Berlin, avant que le personnage de Christine ne se fissure, nous livrant soudain une facette émotionnelle dans laquelle la comédienne apparaît plus que convaincante, extrêmement émouvante. Dietrich s’impliqua également dans la composition d’un autre rôle essentiel à l’intrigue, en cherchant à devenir une « cockney » crédible et en se modelant un faux nez avec l’aide d’Orson Welles, ou en travaillant son accent avec Charles Laughton et Noel Coward, obtenant un résultat saisissant - à tel point que certains peinent aujourd’hui encore à croire qu’il s’agit bien d’elle. L’actrice considérait cet emploi comme l’accomplissement de sa carrière, si bien qu’elle fût fort déçue qu’un concert de louanges n’ait pas lieu, le public de l’époque ayant probablement été surpris et désorienté de la voir dans la peau d’un personnage qui ne lui correspondait pas.

 

Au final, le metteur en scène nous livre un film de grande qualité, dont le suspense se maintient jusqu’au bout et que les acteurs magnifient par un jeu très concentré mais non dépourvu d’humour. Le noir et blanc ne fait qu’accentuer une atmosphère lourde et idéalement londonienne. Détail amusant : c’est la femme de Charles Laughton qui joue son infirmière dans l’opus. Bien sûr, on pense à Hitchcock dont le style est proche et on applaudit avec enthousiasme à cette variation sur le thème du mensonge et  de la mystification.

 

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 10:59
VACANCES ROMAINES de WILLIAM WYLER

    

Une jeune et charmante princesse en visite officielle à Rome, lassée du protocole et des mondanités diplomatiques qui l'assomment, cède à une irrépressible fringale de liberté et s'enfuit de l'ambassade, où elle est reçue, pour gagner les rues de la Ville Eternelle dans l'espoir d'y passer incognito quelques heures de flânerie. Mais la piqûre calmante, que son médecin lui a administrée pour la détendre, produit son effet et elle s'endort sur un banc jusqu'à ce qu'un certain Joe, journaliste de son état, ne la découvre et ne l'emmène chez lui finir la nuit.

 

A son réveil, la princesse Anne se fait passer pour une pensionnaire fugueuse, mais Joe a eu le temps de l'identifier et profite de cette occasion pour proposer à son journal une interview exlusive qu'il illustrera des clichés de son photographe attitré. Anne va donc vivre une journée exceptionnelle grâce au journaliste américain qui s'offre avec enthousiasme à lui faire visiter la capitale italienne. Nous sommes donc dans un film qui respecte et l'unité de lieu et l'unité de temps, puisque tout se déroule dans Rome que nous découvrons ou redécouvrons avec émerveillement, grâce à la caméra de William Wyler  - et en une seule journée, celle des trop courtes vacances romaines de la princesse.

 

 


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Libre de ses mouvements, cette dernière apparaît d'un naturel joyeux et les scènes se succèdent sur un rythme endiablé : scènes délicieuses où elle se fait couper les cheveux, parcourt la ville en scooter avec Joe, se baigne dans le Tibre, se bat contre des kidnappeurs, après qu'elle ait été reconnue par un membre de l'ambassade, enfin la scène où elle et le séduisant américain s'aperçoivent qu'ils se plaisent, avant même que, comme Cendrillon, elle ne soit obligée de le quitter à la hâte pour regagner l'ambassade et ses obligations royales. Bien entendu, Joe renoncera à publier son article et les innombrables photos prises en secret par son associé durant cette folle équipée. Le film s'achève alors que le jeune fille reçoit les représentants de la presse qui ont eu la charge d'assurer les reportages de son séjour dans la péninsule. A sa grande surprise, Joe se tient parmi eux. Ce sera leur dernière entrevue. Joe lui remettra les clichés d'Irving Radovitch, afin qu'elle garde un beau souvenir de leurs moments partagés dans l'allégresse.

 

William Wyler n'a jamais caché que son scénario s'inspirait des démêlés que la princesse Margaret d'Angleterre connaissaient alors avec le beau Peter Towsend. Le sujet initial avait d'ailleurs été écrit par un certain Dalton Trumpo et les droits achetés par Frank Capra dans la perspective d'en faire un film avec pour vedettes Elisabeth Taylor et Gary Grant. Mais le projet étant tombé à l'eau, la Paramount racheta les droits et chargea William Wyler de sa réalisation. Celui-ci envisageait pour interprète principale Jean Simmons, mais la jeune femme étant retenue ailleurs, Wyler finit par jeter son dévolu sur une presque inconnue : Audrey Hepburn. Il lui fit passer un test à Londres et fut aussitôt convaincu qu'il tenait là son héroine. Quant à Grégory Peck, il accepta d'emblée d'assurer le rôle de Joe et insista pour que le nom d'Audrey figure sur le générique avec les mêmes caractères que le sien.

 

Quant au film, il fut entièrement tourné à Rome et non dans les studios de la Paramount. Cela nous vaut de visiter ou revisiter la ville de façon plaisante, le film étant en quelque sorte un reportage inestimable sur la Rome des années 50. Certes, le scénario n'est jamais qu'une bluette, mais il a, entre autre mérite, celui de nous révéler une actrice de premier plan. Audrey, alors âgée de 24 ans, n'était pas encore l'égérie de Givenchy, mais correspondait, de par sa grâce naturelle et sa distinction, à ce personnage d'aristocrate libéré du carcan d'un protocole étouffant qui s'abandonne aux joies de la découverte avec une désarmante spontanéité. Son interprétation lui vaudra l'Oscar de la meilleure actrice et la propulsera d'emblée parmi les célébrités les plus en vue. On sait la carrière éblouissante qui sera la sienne par la suite.

 


Gregory Peck et Audrey Hepburn sur le tournage de Vacances romaines. Collection Christophe L.
 

 

Tourné durant l'été 1952, ce film a également le mérite de nous donner un avant-goût des années 60 toutes proches, avec la vogue des copains, des vespas et scooters, du be-bop, celui même dansé par Audrey au pied du château Saint-Ange, de ce petit quelque chose de désinvolte mêlé de sentiments délicats et d'un soupçon de mélancolie, lors des dernières scènes, qui furent l'apanage des sixties. Cet ensemble de qualités fait de "Vacances romaines" un film savoureux et romantique, un divertissement agréable, joué avec talent par un couple inoubliable. Il apparaît dans l'impressionnante filmographie de William Wyler comme une récréation enjouée, une comédie composée habilement et tournée avec autant de virtuosité que de bonne humeur. Le succès fut immense et immédiat et le film dix fois nominé aux Oscars, record qui n'avait été remporté que par "Eve" de Joseph L. Markiewicz en 1950.


Pour lire l'article que j'ai consacré à Audrey Hepburn, cliquer sur son titre :   

 

 AUDREY HEPBURN - PORTRAIT

 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 09:51

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Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M ( Judy Dench ) est obligée de re-localiser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…

 

Le film s'ouvre sur une course poursuite bluffante qui nous met d'emblée dans l'ambiance de cette vingt-troisième édition de l'indémodable et incontournable OO7 qui, avec ce dernier opus, renaît de ses cendres après que Quantum of Solace ait quasiment signé sa disparition définitive. Mais le James Bond de Skyfall, sous les traits d'un Daniel Craig plus déterminé que jamais, a changé et ne cache plus ses failles et ses faiblesses. Il a vieilli, mais surtout mûri et, avec cette nouvelle aventure, se refait une santé psychologique en même temps qu'il prend  davantage d'épaisseur. Mis en scène et en images de façon particulièrement esthétique et efficace, le film est une prouesse technique qui relègue les autres films du genre aux oubliettes. Tout est fait pour qu'à aucun moment l'attention du spectateur ne se relâche, aussi Sam Mendes n'a-t-il lésiné sur aucun moyen de parvenir à son but, servi par une bande son de Thomas Newman aussi percutante que les images. Jusqu'alors la mort avait toujours épargné Bond, mais cette fois elle l'atteint de plein fouet et s'il remonte à la surface des eaux qui l'ont englouti, c'est en homme nouveau plus sombre et tourmenté mais, au final, plus pugnace encore. Tout n'est-il pas à recommencer après que les services secrets l'ait remisé parmi les disparus et ce flirt avec la mort n'est-il pas le meilleur moyen de réanimer un mythe devenu chancelant ?  C'est là l'intelligence de Sam Mendes d'être revenu aux sources et aux fondamentaux et de se montrer plus fidèle que ses prédécesseurs à la création romanesque de ce personnage par Ian Fleming.  

 

 

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Dès le début, Ian Fleming rompt avec les figures traditionnelles de l'agent secret au service de Sa Majesté, le fonctionnaire couleur muraille ou bien le colonial désenchanté qui peuplent alors la littérature d'espionnage britannique. Pour contraster avec ces figures trop pâlottes, il entend créer un personnage flamboyant, à la fois homme du monde et justicier impitoyable, capable de déboucher une bouteille de champagne tout en abattant un ennemi d'une balle de pistolet. Au point que ce personnage frise la caricature à force d'être trop parfait, même s'il reste plus nuancé qu'au cinéma.

 

Ce que l'on sait moins, c'est qu'il fut inspiré à l'auteur par un agent double d'origine yougoslave qui intoxiqua l'Abwehr lors de la seconde Guerre mondiale et dont le nom était Dusko Popov ( 1912 - 1981 ) Cet agent finira sa vie dans une belle bastide de la campagne cannoise après être devenu un sujet de George VI et avoir été décoré de l'ordre de l'Empire britannique. Ainsi arrive-t-il à la vie de faire son cinéma...

 

Quant à nous, spectateurs de Skyfall, nous sommes loin des pirouettes de Roger Moore avec ce Bond sorti des enfers du doute et qui commence à se poser des questions sur le sens de sa vie, renouant avec son passé et revenant à son point de départ : le manoir écossais de son enfance perdu sur une lande désolée où il a donné rendez-vous à l'inquiétant Raoul Silva, l'ange noir aux cheveux blonds campé par un Javier Bardem inattendu et inquiétant. D'Istambul, en passant par un Shanghai nocturne et ses cages de verre qui ne sont pas sans rappeler un célèbre film d'Orson Welles et par Macao, sans oublier le décor fantôme d'une île perdue du Pacifique et le métro londonien, nous naviguons dans une suite de décors surréalistes et d'une grande beauté mis en scène avec une précision et un sens étonnant de la lumière. Une réalisation parfaite qui renoue avec le bel ouvrage made in USA.

 

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 11:06
ARGO de BEN AFFLECK

    


Troisième film de l'acteur Ben Affleck après "Gone baby gone" ( lire ma critique en cliquant  ICI  ) et "The Town", "Argo"  est une reconstitution très réussie d'une histoire vraie qui nous fait vivre à 100 à l'heure la mission à haut risque qui permis à la CIA, doublée par Hollywood, de sauver de la pendaison six otages américains recueillis par l'ambassade canadienne de Téhéran, lors de la révolution islamique de 1979. L'ayatollah Khomeyni venait de prendre le pouvoir après la chute du chah et avait chauffé à blanc une population bien disposée à son égard contre le grand satan américain, coupable d'avoir reçu et soigné l'abominable tyran Pahlavi, longtemps le partenaire  de l'Occident. Le film s'ouvre d'ailleurs sur une scène particulièrement réaliste, l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis par cette population urbaine aveuglée par la haine. Parmi ceux qui se trouvent à l'intérieur du bâtiment, six employés américains vont parvenir à s'enfuir et à se réfugier à l'ambassade du Canada qui leur ouvre généreusement sa porte. Reste à regagner l'Amérique, ce qui n'est pas une mince affaire en pleine insurrection iranienne. La CIA propose un projet mais celui-ci semble peu fiable, si bien qu'un spécialiste de l'exfiltration, interprété par Ben Affleck, va avoir une autre idée  : monter un scénario et faire en sorte que les six réfugiés soient affiliés à la réalisation de ce  film hollywoodien. Cela va donner lieu à des scènes cocasses parfaitement jouées et rendues plausibles par Goodman et Arkin, note d'humour appréciable dans cet opus à haute tension psychologique.  

 

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C'est Bill Clinton qui, en déclassifiant cette affaire jusqu'alors "Top secret", permit qu'elle soit portée à la connaissance des citoyens américains et puisse aujourd'hui devenir un film bien rythmé et haletant qui, sans aucun doute, va faire un malheur au box-office. Bien sûr, le patriotisme américain n'en est pas évacué, au contraire,  et ne manquera pas de séduire ou d'agacer, faisant de ce film, qui tient parfaitement la route, une machine à gagner des Oscars. Car ici Histoire et Cinéma ne font qu'un, Hollywood s'étant porté au secours de la politique avec, cerise sur le gâteau, quelques loufoqueries irrésistibles et la théâtralité assurée par les barbes et les tchadors. Ainsi, à ce film, qui ne pourrait être qu'un thriller de plus, s'ajoute un aspect sympathique et inattendu qui colle tellement bien à la personnalité de Ben Affleck, trop longtemps considéré comme un acteur de second ordre : le sauvetage par l'image et par la crédibilité supposée plus conforme du 7e Art. En affrontant les deux facettes, Affleck oeuvrant devant et derrière la caméra, se refait une santé et nous offre un film passionnant où on voit les Iraniens d'alors se faire berner par un canular monté par deux scénaristes et producteurs d'Hollywood, ce qui ne manque pas de piquant. Avec "Argo" ( titre de la mission ), le cinéaste et interprète tourne définitivement la page à des années de galère où il n'était que la face négative de son copain Matt Damon. Une belle réussite pour lui et, pour les spectateurs,  un excellent moment de suspense où la tension est telle que l'on a l'impression de faire partie intégrante des rescapés. Heureusement des touches d'humour ça et là nous permettent de décompresser. A ne pas manquer.

 

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 09:56

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Une plume s'envole et atterrit aux pieds de Forrest Gump, un simple d'esprit, assis sur un banc en attendant le bus à Savannah, en Georgie. Esseulé, il va raconter sa vie  aux passants qui viendront s'asseoir à ses côtés. Et la sienne est justement à l'image de la plume que l'on aperçoit au début et à la fin du film, qui se laisse porter par le vent tout comme lui-même se laisse porter par ses aventures incroyables dans l'Amérique de la seconde moitié du XXe siècle. Entre son enfance, où il était physiquement handicapé par son dos et le moment même où il raconte son histoire, Forrest Gump sera champion de football américain, soldat au Viêt Nam ( il recevra la Medal of Honor ), champion de ping-pong dans l'équipe militaire américaine, marathonien exceptionnel  (il court sans s'arrêter pendant plus de 3 ans),  capitaine de crevettier, et même milliardaire, malgré lui.

 

Oui, un récit  qui tient de celui du héros ordinaire et de l'éternel Candide, si bien que l'histoire de l'Amérique des années 1950 à 1980 est revisitée par quelqu'un qui se contente de relater les choses sans les juger, d'où un récit  bon enfant et simpliste qui évite les écueils et ressemble à un livre d'images un peu trop consensuel à mon goût. Mais il y a Tom Hanks auquel le film doit beaucoup, tant son interprétation est époustouflante de sincérité. Il nous rend sensible un homme ingénu plongé dans son monde, avec sa vision des choses personnelle, si bien qu'on peut se demander si le réel existe bien, si c'est le monde qui passe à côté de lui ou lui à côté du monde ? En quelque sorte, une immersion dans une réalité irréaliste, un décalage si étrange que l'oeuvre nous envoûte et que cet homme naïf nous apparaît comme le témoin innocent d'un univers qui ne l'est certes pas. Mais nous, à sa ressemblance, ne sommes-nous pas victimes des événements, soit des éternels bernés, des éternels floués ? N'est-ce pas là le message du film ?

 

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Initialement le rôle de Forrest Gump  avait été proposé à John Travolta qui le refusa et dut avouer plus tard que cela avait été une grave erreur. Le spectateur n'a certes  rien perdu, car il semble bien que Tom Hanks ait été véritablement inspiré par son personnage auquel il donne une profondeur, une humanité bouleversantes. Il est littéralement habité par cet homme qui traverse sa vie sans la comprendre mais en l'acceptant, en en faisant une sorte de chef-d'oeuvre décalé  et saisissant.  Un film qui est très vite devenu culte et dont le fameux banc a été conservé dans un musée de Georgie. Tiré du roman éponyme de Winston Groom, il a su en retenir les moments les plus forts, les chapitres les plus explicites d'une vie étrange vécue durant les temps forts des Etats-Unis du XXe siècle. Tom Hanks tournera d'autres films avec Zemeckis grâce auquel il reçut l'Oscar du Meilleur acteur (le film en recevra six au total) "Seul au monde" en 2000 et "Le pôle Express" en 2004. Malgré quelques longueurs qui font perdre de la densité au film, "Forrest Gump" n'en reste pas moins une oeuvre originale et puissante, un film marginal par la poésie qu'il dégage et les invraisemblances qu'il suppose, jetant sur notre monde trop souvent aveugle de part et d'autre, un regard qui n'est pas dénué de complaisance ou, mieux,  de tendresse.

 

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FORREST GUMP de ROBERT ZEMECKIS
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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 08:52

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Mariée depuis de longues années, Kay ( Meryl Streep ) rêve de pimenter un peu son couple et de resserrer les liens avec son mari  Arnold qui se montre, dans la vie quotidienne aussi mufle que possible. Lorsqu’elle entend parler d’un gourou spécialiste des relations conjugales ( Steve Carell ) qui exerce dans la ville de Great Hope Springs, elle fait en sorte de persuader ce ronchon sceptique (Tommy Lee Jones ) de prendre l’avion avec elle pour une semaine intense de thérapie de couple et de réveil sexuel… Mais tout recommencer n’est pas évident et les protagonistes rarement au diapason l'un de l'autre...

 

Sur cette trame légère, David Frankel essaie de nous concocter un plat qui, pour le moins, manque de sel et de piment. Tout est très plat/plat dans cet opus, de la banalité des propos à la mise en scène tout aussi insipide. Certes on sourit à de rares moments, certes Meryl Streep mal fringuée et mal coiffée nous convainc sans peine qu'elle est  une épouse aussi peu branchée que possible, mais la mayonnaise ne prend pas et la fin, qui se joue dans un optimisme  béat, ne parvient pas à combler les lacunes d'un petit film sans ambition, comme l'était déjà le précédent du réalisateur  : Le diable s'habille en Prada. L'inspiration est visiblement ce qui manque le plus à David Frankel, ce dernier  se contentant d'aligner les lieux communs, sans doute persuadé qu'il touchera le public le plus large. Est-ce vrai ? Peut-être, puisque notre époque a perdu beaucoup de l'exigence de nos ancêtres, pour notre plus grand malheur.

 

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La question que je me pose - et c'est bien la seule que suscite la projection de Tous les espoirs sont permis - c'est ce qui a bien pu motiver des acteurs comme Meryl Streep et Tommy Lee Jones  à s'embarquer dans cette galère sans éclat ou leur talent sauve le peu qui peut être sauvé. Qu'avaient-ils à y gagner après les carrières qui ont été les leurs. Rien à l'évidence, et je souffrais un peu pour Meryl de la voir, dans une salle de cinéma, se mettre à genou au pied de son mari afin de lui accorder une petite gâterie. Misérable et aussi peu drôle que possible. Toutes ces gesticulations plombent davantage encore un sujet qui, en des mains expertes, auraient pu être empreint de fantaisie, de légèreté et d'humour. Là, il n'en est rien, c'est lourd, parfois vulgaire, le plus souvent ridicule. On sort de la salle ... navré.

 

 

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 10:16

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Bachir Lazhar, un Algérien de 50 ans, apprend dans le Journal de Montréal qu’une institutrice de sixième année s’est pendue dans sa classe, le soir après les cours. Aussi s'en vient-il offrir ses services de remplaçant à la directrice de l’école. Il dit avoir été instituteur à Alger et disponible sur le champ. Bachir fait alors la rencontre d’un groupe d’enfants ébranlés par le terrible événement. Le fossé entre lui, professeur à l'ancienne, et ses jeunes élèves va apparaître, dès le premier jour, abyssal,  alors qu'il leur propose une dictée hors de leur portée, tirée de Honoré de Balzac. Personnage énigmatique, qui pénètre dans un monde de femmes et de réformes pédagogiques, Bachir s’attache peu à peu à Alice et Simon, deux élèves qui se démarquent par leur charisme et croient être un peu responsables de  la mort de leur professeur, l'une cherchant des issues avec une maturité stupéfiante, l'autre s'enfermant dans sa supposée culpabilité. Quant à Bachir, personne à l’école ne connaît sa vie algérienne et le risque qu'il encourt d'être expulsé manu militari.

 

Tiré d'une pièce de  Evelyne de la Chenelière, le film de  Philippe Falardeau s'articule autour de deux thèmes  : celui de l'exil qui frappe cet algérien obligé de fuir son pays où sa femme a été assassinée ainsi que sa famille à la suite de la publication d'un ouvrage mettant en cause le gouvernement, et celui des difficultés liées à l'enseignement et à la transmission du savoir à une époque où toutes les valeurs, et les plus essentielles, sont remises en cause. Bachir sera lui-même obligé à des concessions pour garder son emploi, mis en péril permanent du fait qu'il est un réfugié, en dissidence avec son pays d'origine.

 

Ces deux thèmes, tellement actuels,  traités sans lourdeur, avec infiniment de tact et de sensibilité, nous offrent un film accompli et très prenant, admirablement porté par le charisme de l'acteur principal  Mohammed Fellag, qui n'en est pas à son premier essai, mais donne ici la pleine mesure de son talent, fait d'intériorité et de douceur. Et, ce, face à une pléïade de jeunes acteurs prodigieusement naturels, justes et convaincants. Cela n'en était pas moins un exercice difficile que de nous entretenir de sujets aussi délicats que le suicide et la fuite hors frontière d'un  opposant au régime de son pays, sujets qui risquaient à tout moment de sombrer dans le mélo mais que l'auteur accomplit avec maitrise, nous donnant  à entendre, charme supplémentaire, l'accent québecois et haut en couleur des jeunes élèves. Si je n'ai pas tout compris, j'avoue que cela ajoute un piment  et une note de gaieté à un opus circonscrit dans le tragique, dont la disparition de Martine, la jeune enseignante qui choisit de se pendre dans sa propre salle de classe - ce que Bachir considère comme une faute grave  - et la situation illégale de ce dernier. L'école est avant tout un lieu de vie, non un lieu de mort - dira-t-il, déculpabilisant avec les mots justes la  mauvaise conscience de certains élèves, se gardant bien, quant à lui,  d'aborder ses soucis personnels.

 

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Riche de tels atouts, Monsieur Lazhar, qui figurait dans la liste des Oscars pour le meilleur film étranger, oeuvre sobre, sans épanchement inutile, sans faute de goût et sans excès oratoires, compte parmi les bonnes surprises de l'année 2012 et émeut par l'humanisme de bon aloi qu'il dégage.

 

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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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