Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 09:56
LES CHEMINS DE LA LIBERTE de PETER WEIR

        

En 1940, une petite troupe de prisonniers décide de s'évader du camp de travail 105, où le vrai geôlier est la nature ; sur des milliers de kilomètres une toundra vide et glacée où sévissent les loups. Pour ces hommes, venus de tous les horizons, un jeune polonais que sous la torture sa femme a dénoncé, un ingénieur américain, qui a participé à la construction du métro de Moscou et a été suspecté de trahison par le régime, un loubard qui s'est fait tatouer sur la poitrine le portrait de Staline, un garçon que les privations ont rendu quasi aveugle et un prêtre vont parvenir à s'échapper de l'enfer du goulag, ce qui  ne sera que le début de l'aventure... avec ce credo en tête : "Nous ne survivrons pas tous, mais nous mourrons libres". Ensemble, ils vont parcourir plus de 10 000 kilomètres, traversant les plaines de Mongolie, les fournaises du désert de Gobi puis les sommets de l'Himalaya,  franchir la Grande Muraille de Chine et parvenir au Tibet que n'occupent ni nazis, ni soviétiques. Certains s'arrêteront en chemin, d'autres ne survivront pas aux épreuves. L'Inde - alors sous contrôle anglais - est le but ultime. Mais la route est longue, les rencontres risquées, les conditions physiques épouvantables...Peter Weir adapte avec passion le récit de Slavomir Rawicz qui avait été présenté, dans un premier temps, comme l'authentique expérience de son auteur. Or, celui-ci, décédé en Angleterre en 2004, ne s'est jamais évadé du goulag et fut amnistié. Le périple qu'il relate dans son roman n'en reste pas moins inspiré de faits réels, tiré de témoignages d'anciens prisonniers qu'il a pu recueillir pendant qu'il servait sous le drapeau soviétique. En 2004, l'écrivain aventurier Sylvain Tesson refit ce parcours qu'il relate dans un très beau livre " L'axe du loup " édité par Robert Laffont, dont je vous reparlerai.

 

Metropolitan FilmExport

 

Quasiment toutes les histoires de Peter Weir, cinéaste rare, mettent en scène un périple, que ce soit Gallipoli, L'année de tous les dangers, Mosquito Coast ou le flamboyant Master and Commander ; le voyage intérieur ou le parcours initiatique y compte autant, sinon plus, que les miles parcourus. Il n'y a donc rien de surprenant qu'il ait été inspiré par la lecture de  A marche forcée, récit extraordinaire d'un groupe de prisonniers politiques, qui s'échappèrent du goulag et parcoururent plusieurs milliers de kilomètres à pied, à travers l'Asie, pour fuir le régime marxiste.


L'histoire originale, que l'on doit au polonais Slawomir Rawicz (rebaptisé Janusz pour l'occasion et interprété par l'acteur anglais Jim Sturgess), contenait tous les ingrédients pour donner matière à un film où la nature est réellement présente : péripéties rocambolesques, grands espaces, aventure humaine où chacun doit dépasser ses limites pour arriver au bout du voyage. Janusz et ses compagnons subiront toutes les épreuves et seront exposés à tous les extrêmes, depuis les neiges éreintantes des montagnes sibériennes jusqu'à la sécheresse mortifère du désert de Gobi.

 

Ici pas d'effets spéciaux, mais une toundra gelée, des lacs pris par les glaces, des horizons qui se perdent à l'infini et des déserts chauffés à blanc. Ces décors splendides sont  filmés en panoramique avec une violence lissée.  Le budget, qu'on imagine colossal, se retrouve à l'écran, jusque dans les soins d'une reconstitution parfaitement crédible. On en viendrait presque à se demander depuis combien de temps ne s'est pas vu, sur les écrans, un film d'aventures de ce genre, où efficacité et divertissement riment avec qualité.


Comme dans Master & Commander, qui délaissait souvent les batailles navales et l'action pure au profit d'à-côtés intimistes et naturalistes, Peter Weir n'oublie pas de donner de la chair à son histoire et du réalisme à sa fresque. Dans un souci qu'on pourrait qualifier "d'artisanal", le film s'attache aux gestes quotidiens et aux petits mécanismes que ces hommes se forgent, progressivement, dans leur course à la survie : ruses de chasseur pour se nourrir, confection de masques ou d'accessoires pratiques pour affronter un soleil de plomb, cabanons de fortune... rien n'est laissé au hasard dans cette reconstitution grandiose où ces quelques hommes vont parvenir à se surpasser.  

 

Saoirse Ronan. Metropolitan FilmExport


La Nature, théâtre majestueux où se joue ce drame humain, est le plus souvent mystique chez Weir : animée d'une force propre, elle pousse les personnages dans leurs retranchements, aux confins de la bestialité ( la séquence où le groupe chasse les loups avant de devenir loups eux-mêmes) ou de la folie (les hallucinations et autres mirages  favorisés par la fatigue et la peur). Impitoyable, cette logique aura raison des plus fragiles - car la mort frappe plus d’une fois au cours du voyage, y compris contre les êtres les plus attachants.


Les personnages évitent l'archétype grâce à leur épaisseur humaine et au réalisme des situations, ainsi  Ed. Harris est-il impérial en américain inflexible et, très touchante, la belle Saoirse Ronan (révélée par Lovely Bones, de Peter Jackson) dans le seul rôle féminin du film. Quant à Colin Farrell,  il en fait trop à mon goût dans un rôle de loubard qui lui va pourtant comme un gant, il sur-signifie chaque situation et chaque dialogue, et c'est dommage ; alors que Jim Sturgess n'en fait pas assez et n'a certes pas la flamme que l'on s'attendrait à trouver de la part d'un idéaliste et du leader désigné. Ceci mis à part, voilà du bel ouvrage, un film qui se déploie comme une symphonie épique, dans des décors à couper le souffle, où le "chacun pour soi" devient, au fil des kilomètres parcourus, le " rien sans l'autre", donnant sens et existence à la solidarité et au partage. Et nous rappelle, à bon escient, ce que furent les camps de la mort du monde communiste.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

LES CHEMINS DE LA LIBERTE de PETER WEIR
LES CHEMINS DE LA LIBERTE de PETER WEIR
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 11:28

                VIDEO


Au-delà est l'histoire de trois personnages hantés par la mort et les interrogations qu'elle soulève. George est un Américain d'origine modeste, affecté d'un "don" de voyance qui pèse sur lui comme une malédiction. Marie, journaliste française, est confrontée à une expérience de mort imminente, et en a été durablement bouleversée, quant à Marcus, un jeune garçon de Londres, il perd l'être qui lui était le plus cher et le plus indispensable, son jumeau, et se met désespérément en quête de réponses à ses interrogations. George, Marie et Marcus sont guidés par le même besoin de savoir et la même quête, si bien que leurs destinées vont finir par se croiser dans cette tentative qui les anime de répondre, autant que faire se peut, au mystère de l'Au-delà.


Cécile de France. Warner Bros. France



Nous aurions tant aimé nous enthousiasmer de l'audace de Clint à s'aventurer dans un nouvelle voie, mais voilà c'est raté, le film se perdant dans les dédales d'une quête ésotérique insuffisamment crédible et un narratif flou qui perd pied et finit, comme le tsunami, magnifiquement filmé au tout début, par noyer les personnages, leurs propos et, par voie de conséquence, le spectateur. Nous sommes loin de ces opus si réussis que furent Sur la route de Madison ou Gran Torino, où Clint, très à l'aise à traiter des sujets qui lui correspondaient, et pour lesquels il avait longuement mûri sa réflexion, nous avait offert des ouvrages cousus main et d'une grande force suggestive. Là, il semble bien qu'il se soit attaqué à gravir une montagne dont il ignorait les secrets et dont les sommets inaccessibles restent cachés dans les brumes. Oui, Eastwood a surestimé ses capacités et ne nous offre qu'un film long, ennuyeux, et aussi peu convaincant que possible. Tout le monde ne s'appelle pas Carl Dreyer, Ingmar Bergman ou Robert Bresson qui savaient, avec un art consommé de la suggestion, aborder les conflits de l'âme face aux questions primordiales : d'où venons-nous et où allons-nous ?  Il faut, pour ce faire, user des moyens minimums, du plus grand dépouillement et de la plus extrême simplicité, afin de parvenir à exprimer le maximum de choses et atteindre l'essentiel. Le contraire des effets recherchés ici par le réalisateur qui emploie les techniques les plus pointues et les ressources les plus sophistiquées de la cinématographie. Oui, les thèmes qui touchent de près ou de loin au monde invisible doivent être abordés avec infiniment de prudence, de façon à éviter d'argumenter dans le vide et de tenter de démontrer ce qui est indémontrable, en se limitant à approcher le mystère et à poser l'interrogation. Cela ne relève que de la foi ou de l'espérance intérieure, démarche totalement opposée à celle de Clint qui s'échine à réduire à quelques arguments pseudo-scientifiques une vie après la mort, supposée inscrite d'ores et déjà dans nos gênes. Dommage ! Il y a de sa part  une tentation d'orgueil et une maladresse à employer les moyens les plus contraires à ce genre de sujet et à s'embourber dans un démonstratif qui va à l'encontre de ce que l'on veut démontrer.


Cécile de France, Lisa Griffiths, Jessica Griffiths. Warner Bros. France

 


Preuve en est que les personnages ne parviennent pas à être le moins du monde probants. Même Matt Damon, pourtant excellent acteur, et Cécile de France semblent se demander ce qu'ils ont à prouver et bavardent là où il serait infiniment préférable de se taire. C'est par l'image que le 7e Art se doit de convaincre, non par les mots qui eux relèvent de la littérature ou de l'art dramatique. Et c'est d'autant plus fâcheux, que Clint connait parfaitement l'art de la mise en scène, que son ouverture avec l'irruption du tsunami est parfaitement réussie ; de même qu'il sait mieux que quiconque brosser des tableaux évocateurs et qu'il lui aurait été plus facile de convaincre s'il s'était contenté de suggérer au lieu de dogmatiser un tant soit peu sur ce qui n'est pas vérifiable. On ne peut néanmoins en vouloir à un homme aussi talentueux de se tromper. Ce film a le mérite de nous rassurer sur sa curiosité d'esprit, son souci de s'engager sur les pistes les plus hasardeuses, de sonder la mort avec les yeux d'un vivant et de fouiller avec sa caméra au-delà du dicible..

 

2-e-toiles

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

Et pour consulter l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer également sur le lien ci-dessous :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT


Clint Eastwood & Cécile de France. Warner Bros. France

Matt Damon. Warner Bros. France



Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 09:56

Warner Bros. France        VIDEO


Un film de Woody Allen est toujours un bon moment de cinéma. Même si  "Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu" ( un titre trop long et pas vraiment accrocheur ) n'est pas un chef-d'oeuvre, cette chronique douce amère et faussement désinvolte de la vie quotidienne est écrite de main de maître avec des dialogues savoureux et une interprétation qui l'est tout autant. Bien sûr, rien de nouveau par rapport aux opus précédents et un scénario qui reprend les thèmes favoris de leur auteur, soit la trilogie qui mène le monde depuis son commencement : le désir, l'amour et la mort, mais reproche-t-on à un écrivain d'écrire toujours le même livre ou à un compositeur de revenir sans cesse à la même configuration chromatique ? Woody Allen a toujours excellé à traiter des conflits familiaux, à pointer du doigt les ridicules humains et à dévoiler nos faiblesses, nos lâchetés et cet irrépressible besoin que nous éprouvons tous à nous illusionner sur nous-même. Une fois encore la sauce prend, tant les ingrédients ( s'ils ne sont pas nouveaux ) sont subtilement dosés. Je ne me souviens pas d'ailleurs d'être sortie d'une projection d'un de ses films, déçue ou dépitée. Ainsi que l'on se rend dans un restaurant pour goûter une cuisine dont on apprécié la saveur, j'entre avec appétit dans une salle de spectacle pour déguster un woody allen, sachant d'avance que le met ne manquera ni de caractère, ni de finesse, ni de piment... Et j'ajouterai, puisqu'il s'agit du 7e Art, de style. Ce qui fera toujours la différence entre un grand cinéaste et un fabricant de pellicule, c'est lui, le style, un style unique, inimitable, que l'on reconnaît d'emblée et qui est la signature des grands.


Josh Brolin et Naomi Watts. Warner Bros. France


L'histoire est d'autant plus plaisante et bien rythmée que l'on suit le parcours de plusieurs personnages,  attachants et bien campés, qui cherchent à donner sens à leur existence au milieu des aléas qu'ils rencontrent : ici un écrivain en panne de talent, là une cinquantenaire délaissée par son mari et qui devient accro d'une extra-lucide, ou encore une jeune femme qui aimerait tant que son boss s'intéresse à elle parce que l'on croit toujours que les rêves nous décevront moins que la réalité, enfin un mari pris de panique devant l'inéluctable vieillesse qui le guette et se trouve aux prises avec le démon de midi. Tout cela n'est certes pas follement original mais c'est follement bien ficelé, avec ce qu'il faut d'humour, de dérision et de cynisme, et des acteurs qui donnent à leurs personnages un ton si juste, une vibration si vraie, qu'ils ont vite fait de nous convaincre de la sincérité de leurs propos. Une mention spéciale pour la délicieuse Naomie Watts et pour Anthony Hopkins formidable dans le rôle d'Alfy.
Voilà un film qui ne révolutionnera pas le monde cinématographique mais qui a l'avantage d'être du cousu main, sans faux pli, et satisfera ceux qui aiment la belle ouvrage.

 

Pour lire les articles consacrés à Woody Allen et Naomi Watts, cliquer sur leurs titres :
WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT          NAOMI WATTS - PORTRAIT

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN



Anthony Hopkins et Naomi Watts. Warner Bros. France

Naomi Watts, Gemma Jones et Roger Ashton-Griffiths. Warner Bros. France



Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 08:54
INCEPTION de CHRISTOPHER NOLANINCEPTION de CHRISTOPHER NOLAN

       
Dom Cobb est un voleur confirmé, le meilleur dans l'art périlleux de l'extraction. L'extraction consiste à s'approprier les secrets précieux d'une personne, enfouis au plus profond de l'inconscient pendant qu'elle rêve et que l'esprit est le plus vulnérable. Le milieu de l'espionnage industriel convoite Cobb pour ses talents.
Dom Cobb est alors un fugitif recherché parce qu'on croit qu'il a assassiné sa femme. Une ultime mission pourrait lui permettre de retrouver sa vie antérieure et de revenir chez lui, auprès de sa famille. Sa tache, et celle de son équipe, serait, non de subtiliser une idée, mais d'en implanter une dans l'esprit d'un jeune industriel dont le père vient de mourir et dont la concurrence souhaiterait qu'il détruise l'empire. Si Cobb parvenait au but fixé par le magnat japonais, qui a recours à ses services, il serait parvenu au crime parfait. Soit un crime exécuté par la victime elle-même. D'autant que Cobb a déjà réalisé cette prouesse sur sa propre femme, en la persuadant que ce qu'elle vit est irréel. Cette idée d'existence virtuelle rongera la jeune femme au point qu'elle se jettera par la fenêtre, peut-être pour tenter de se réveiller...Concept séduisant et très à la mode dans notre monde moderne, où nombre de personnes se croient manipulées par l'opinion et les pouvoirs en place. Cependant, aucune stratégie n'a pu préparer Cobb et son équipe à un ennemi aussi dangereux, qui semble avoir toujours une mesure d'avance.

 

Marion Cotillard. Warner Bros. France


Certes, l'idée était intéressante, encore qu'il soit difficile de transcrire l'abstrait en images. Pour y parvenir, il aurait fallu la traiter de façon plus lisible, plus sobre, plus simple. Ici la technique et les effets spéciaux sont à ce point envahissants que l'émotion et l'envoûtement sont quasi impossibles, même lorsque le cinéaste nous révèle le talon d'Achille de son héros : le suicide de sa femme et l'éloignement de ses enfants. Ces quelques scènes réussies, grâce à l'interprétation de Leonardo DiCaprio, sont malheureusement noyées sous un déluge de bruit, de scènes désordonnées et sans suite qui nuisent à la compréhension et à l'adhésion du spectateur. On a le sentiment, non d'évoluer dans un songe,  mais de se débattre dans un cauchemar violent et fatalement incohérent. Est-ce là le rêve supposé du XXIe siècle ? Et dire que quelques critiques parlent déjà de chef-d'oeuvre. Christopher Nolan serait-il arrivé à leur implanter dans le cerveau qu'il est l'auteur du film le plus intelligent et audacieux jamais réalisé ? Serions-nous en pleine confusion et quelques scènes originales suffisent-elles à sauver cet opus de son impact désespérément brouillon et pompeux, dont les personnages n'ont aucune chair, aucune crédibilité, aucune réalité ? Et que sont allés faire dans ce foutoir l'excellent acteur DiCaprio et la charmante Marion Cotillard qui ne sont pas parvenus à atténuer la désillusion provoquée en moi par cette projection ? C'était le début de l'après-midi, il pleuvait... J'aurais mieux fait d'aller marcher sous la pluie en compagnie des mouettes et des goélands.
 

Leonardo DiCaprio. Warner Bros. France

 

Car nous sommes confrontés en permanence à un délire onirique où plusieurs rêves, à divers stades de profondeur, s'emboîtent les uns dans les autres. Pour nous convaincre du bien-fondé de sa démonstration, Christopher Nolan ne lésine pas sur les effets spéciaux, les combats en apesanteur, les constructions virtuelles qui s'écroulent et tous les truquages possibles et imaginables que la technique est désormais capable de concrétiser, cela redondants et apocalyptiques à souhait. Sans compter avec la musique tout aussi redondante et appuyée qui est sensée accompagner notre plongée en apnée dans ce labyrinthe assourdissant et ubuesque. Oui la musique agresse autant nos oreilles que les images embrouillent notre esprit. Les spectateurs français se laisseront-ils séduire par ce déluge de technologie qui a nécessité des sommes colossales et bénéficié d'une médiatisation incroyable - je dirai d'une propagande - et dont la mission n'est autre que de nous en jeter plein la vue. D'autant plus qu'une technologie envahissante nuit à l'émotion.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

INCEPTION de CHRISTOPHER NOLAN
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 08:48

             

 

 

En 1932, l'Amérique ne s'est toujours pas remise du krach de 1929 et s'enfonce dans la dépression économique. Pour gagner quelques centaines de dollars, les couples se rendent en masse dans les "marathons de danse" où les candidats doivent danser six jours durant avec seulement dix minutes de pause toutes les heures. Parmi les concurrents, Gloria, une femme qui apprendra à ses dépens qu'il convient de ne se fier à personne en temps de crise... Cette femme est interprétée par Jane Fonda , dans son rôle le plus pathétique. N'ayant plus rien à perdre que la vie, elle va tenter le tout pour le tout jusqu'à la limite extrême de ses forces, car il n'y a que dans l'extrême qu'elle peut encore se supporter. Elle va former un couple occasionnel avec Robert ( Michael Sarrazin ), jeune homme épris de liberté qui lui aussi met sa vie en péril par défi et on verra jusqu'où iront ce défi et ce péril. Mais je me garderai bien de dévoiler le final à ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion d'assister à la projection de cet opus, aussi n'en dirai-je pas davantage sur ces héros cyniques et pitoyables. Il y a également, parmi les couples de danseurs réunis dans ce huit-clos ou mieux dans cette arène des nouveaux jeux du cirque, Sailor le marin et sa partenaire Shirley, de même qu'une jeune femme enceinte et son compagnon. Tous voudraient gagner la prime qui leur permettrait de sortir de leur condition ou de redevenir simplement des humains. Mais est-ce encore possible ? 

 

 

Quand il tourne "On achève bien les chevaux" en 1969 (d'après le roman de Horace McCoy), Sydney Pollack poursuit un double objectif : dépeindre la déréliction sociale de l'Amérique des années 30 et témoigner des dégâts engendrés par l'univers du spectacle, en premier lieu par Hollywood. Témoignage saisissant de ce que l'homme est capable d'envisager pour échapper à sa misère, c'est là l'une des oeuvres les plus attachantes de Sydney Pollack dont on sait qu'il mît autant de tendresse dans la direction de ses acteurs que d'humanisme dans les messages de ses films. Parabole tragique, oppressante, d'un monde sans repères, où la détresse est aussi présente chez les spectateurs que chez les participants qui n'ont plus à partager que la misère et le mal. 

 

 

Si certains aspects de la parabole peuvent paraître aujourd'hui un peu simplistes, le film n'en conserve pas moins sa puissance évocatrice. Sydney Pollack met en scène le ballet dérisoire de ses personnages avec une inspiration constante et offre  à Jane Fonda son plus beau rôle. La comédienne, malgré une nomination, ne fut pas récompensée par un Oscar. Cette année-là, la statuette couronnera Maggie Smith pour sa prestation dans "Les Belles Années de Miss Brodie". Mais par souci d'honnêteté, l'histoire du cinéma retiendra autant  l'une que l'autre...

 

Pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Sydney Pollack, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

SYDNEY POLLACK

 

Et pour consulter la liste complète des films de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur celui-ci :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


Jane Fonda et Michael Sarrazin. Walt Disney Pictures


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 09:02

Swashbuckler Films         

 

  
A Londres, une série d'assassinats sur des jeunes femmes sordidement étranglées, après avoir été violées, jette la panique, alors qu'un pauvre bougre ( ancien pilote qui a sombré dans l'alcoolisme ) vient de perdre son boulot de serveur de bar. L'idée d'aller revoir sa femme, dont il est divorcé depuis cinq ans et qui tient une agence matrimoniale, lui sera fatale, car un nombre consternant d'indices imprévus va le signaler comme l'accusé parfait. Hitchcock nous brosse dans cet avant dernier opus de sa filmographie l'exemple même de l'erreur judiciaire avec une suite de rebondissements inattendus et de clins d'oeil à ses oeuvres précédentes. Petit détail qui ne manque pas de piquant : le sadique utilisait toujours l'une de ses cravates pour étrangler ses victimes mais, sur la dernière d'entre elles, il oubliera de retirer son épingle et, en voulant la récupérer, laissera suffisamment de traces pour être confondu. Réglé comme une machine bien huilé au service d'une mise en scène stylisée,  Frenzy  ne nous laisse pas souffler une seconde et entremêle les scènes avec juste ce qu'il faut de cynisme, d'horreur et d'humour. Nul mieux qu'Hitchcock ne savait pimenter ses films des ingrédients les plus relevés ;  je crois vraiment que dans le genre on n'a jamais fait mieux. 

 


Après un long séjour aux Etats-Unis et la mise en scène de deux films d'espionnage moins réussis  ( Le rideau déchiré en 1966 et L'étau en 1969 ), le maître revient au début des années 70 dans son pays natal : l'Angleterre. Tandis qu'il retrouve les lieux de son enfance, ainsi que les studios qu'il a arpentés au début de sa carrière, le cinéaste semble reprendre plaisir à filmer avec ce Frenzy des personnages traversés par des ambivalences infinies et piégés par des relations ambiguës avec autrui... Si "Complot de famille"  n'est pas dénué d'intérêt, on peut considérer Frenzy comme le véritable testament cinématographique de ce génie du 7e Art.

 

 


A partir d'un script efficace d'Anthony Schaffer, Hitchcock met tout son savoir-faire technique et son expérience au service de cette énième histoire de meurtre. Jetant un oeil amusé sur une société un rien guindée, le maître anglais semble s'auto-parodier avec un grand sens de la jubilation. Baignant dans un réalisme noir, Frenzy nous fait frémir à coup sûr, mais également sourire grâce à des dialogues savoureux et des situations à la lisière de l'absurde. Ainsi, le tueur à la cravate, incarné avec conviction par Barry Foster, est-il à la fois inquiétant et ridicule. Par ailleurs, le cinéaste ne se prive pas, au passage, d'égratigner la police britannique. Tel un adolescent irrévérencieux, le vieil Alfred semble gagné par une seconde jeunesse et signe un film uniquement fondé sur le plaisir qu'il a à renouer avec son passé. Grâce au brio de sa réalisation - on n'est pas prêt d'oublier son magnifique plan séquence dans l'escalier - il nous entraîne dans cette histoire, certes classique, mais constamment dynamitée par des notations originales et très british. Le cinéaste nous prouve qu'il n'avait rien perdu de l'esprit de la digne et perfide Albion. 

 

4-e-toiles

 

 Frenzy-001.jpg

 

Vous pouvez consulter dans la rubrique LES REALISATEURS DU 7e ART, l'article que j'ai consacré à Hitchcock :

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, dont les films d'Hitchcock, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

frenzy-1972-03-g.jpeg

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 10:01

arton9855.jpg 2956496534.jpg         

                                                VIDEO

 

 

Dans l'Angleterre du début du XIX e siècle, le récit des destinées sentimentales de trois soeurs qui vont vivre des amours contrariées dont certaines finiront bien, dans une campagne solitaire où elles demeurent avec leur mère après la mort de leur père, dont toute le fortune est revenue à son fils, né d'un précédent mariage. A la suite de ce douloureux événement et à la conduite de la belle fille, une peste qui leur rend la vie dure, mère et filles décident de partir poursuivre une existence plus digne, mais fatalement plus restreinte financièrement, dans une demeure du Devonshire. Mais l'éloignement de la ville et leur modeste train de vie font craindre à la mère que ses filles ne puissent trouver un mari digne de leur rang social.

 S'inspirant du roman éponyme de Jane Austen,  Emma Thompson  a bâti un scénario solide, admirablement mis en scène par  Ang Lee,  qui a ciselé un film délicat, servi par des décors et costumes raffinés. On assiste, tout au long de cet ouvrage, cousu à petits points, au duo formé par les deux soeurs aînées, Elinor interprétée par la merveilleuse Emma Thompson qui n'est jamais si belle que lorsqu'elle cherche à s'enlaidir, et Marianne, la cadette, campée par  Kate Winslet  tout aussi juste, la première privilégiant la raison, la seconde se laissant emporter par son romantisme passionné. 

 

_1_1_-1.JPG



Adaptation si réussie du roman de Jane Austen qu'elle a collectionné les récompenses en 1996, au moment de sa sortie en salles, notamment l'Ours d'Or de Berlin, le Golden Globe du meilleur scénario et l'Oscar de la meilleure adaptation. Ces prix mettent l'accent sur le remarquable travail d'Emma Thompson qui a su adapter le roman en trouvant le bon équilibre entre texte et transposition cinématographique. On perçoit le regard ironique que la romancière posait sur ses contemporains, la vivacité et la fraîcheur des sentiments exprimés admirablement par le jeu des acteurs.  Hugh Grant  trouve dans le personnage d'Edouard, soupirant maladroit et confiné dans une position difficile, l'un de ses plus beaux rôles. D'autre part, l'élégance très classique de la mise en scène et la subtilité des situations nous assurent un grand moment de cinéma.

 
4-e-toiles 

 

Pour lire l'article consacré à l'actrice Emma Thompson, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

EMMA THOMPSON

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

1809148894.jpg

raison-et-sentiments-06-g.jpg

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 10:41

Pathé Distribution       

 

Jane Campion, on le sait, est une cinéaste de talent qui a le don de varier ses thèmes et de nous surprendre par des narratifs aussi opposés que l'est son dernier opus Bright Star consacré aux amours du poète John Keats et de sa jeune voisine Fanny Brawne, par rapport à son précédent  ( 2003 ) In the cut, film d'horreur au coeur de la vie urbaine. Projeté au tout début du Festival de Cannes 2009,  Bright Star,  peu en phase avec une compétition dominée par des oeuvres résolument contemporaines et souvent violentes, reçut un accueil mitigé, voire dédaigneux, d'autant qu'il était, au regard d'un public avide de modernité innovante, desservi par son apparent classicisme et son récit des amours platoniques de deux jeunes gens au coeur de l'Angleterre pré-victorienne des années 1920. Néanmoins, le public avait tort de ne lui accorder qu'une attention  distraite, car ses qualités en font une oeuvre attachante pour la beauté de ses images, sa communion avec la nature, la fluidité de sa mise en scène, l'excellence de son interprétation, et parce qu'elle donne à entendre des textes d'un  poète d'une profondeur saisissante, ce John Keats décédé de la tuberculose à l'âge de 25 ans dans la plus totale indifférence et qui compte, de nos jours, de par ses poèmes au souffle immense, parmi les meilleurs poètes du monde anglo-saxon. D'ailleurs le titre du film Bright Star ( Etoile brillante ) est le titre de l'un d'entre eux.


Ben Whishaw et Abbie Cornish. Laurie Sparham


La réalisatrice a su éviter de figer les images dans des décors surchargés par les exigences de la restitution d'époque et d'exalter au contraire la beauté naturelle des extérieurs, captés au fil des saisons par une caméra aussi voluptueuse et caressante qu'un pinceau. Entre les deux héros, admirablement campés par  Abbie Cornish ( Fanny ) et  Ben Whishaw  ( John Keats ) s'esquisse une relation qui va très vite devenir passionnelle, vécue en secret jusqu'à ce que la maladie ne vienne arracher les amants l'un à l'autre. Bien que Jane Campion se soit refusée à céder à des scènes torrides et contentée d'un chaste baiser, le film est empreint d'une ferveur et intensité si bien intériorisées, qu'elles sont plus crédibles que ne le seraient les débordements affectifs et sexuels qui affligent souvent l'ensemble de la production actuelle. Entre les deux protagonistes s'installent une grâce, une émotion qui vont crescendo et on devine, bien sûr, que cet amour, encore au stade de l'émerveillement et de la retenue, est condamné d'avance à rester suspendu dans le temps... incantatoire et immortel comme les poèmes qui l'inspirent. Ainsi, au fil des quelques saisons qu'ils partagent, Fanny et John déclinent-ils une romance contrariée par les différences de classes sociales et la maladie. Ne cédant à aucun académisme, Bright Star s'impose à la manière d'un poème raffiné, servi par des acteurs inspirés et porté par une intensité déchirante.


Ben Whishaw et Abbie Cornish. Laurie Sparham


On s'explique facilement que Jane Campion ait été séduite par la vie brève et ardente de ce jeune poète britannique ( 1795 - 1821 ) qui se réfugiait volontiers dans le monde idéal de la Beauté, beauté qu'il s'était plu à exprimer dans Hypérion et Les Odes. Son pessimisme était compensé par cette ardente foi dans toutes les formes de beautés que l'art est en mesure de rendre et de transcender et seules capables de survivre à l'homme lui-même - disait-il. Lui qui écrivait : " Oh qu'on me donne une vie de sensation plutôt qu'une vie de pensée "  - semble avoir été exaucé et ce film, d'un charme envoûtant, qui la sollicite à chaque instant, lui rend en quelque sorte hommage.

 

 4-e-toiles

 

Pour consulter la liste complète des critiques de films de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN 

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Jane Campion, cliquer sur son titre :

 

JANE CAMPION, UN CINEMA AU FEMININ

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


Ben Whishaw. Laurie Sparham

Abbie Cornish. Laurie Sparham

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 10:04

          VIDEO

 

 

L'Afrique en 1915. Charles Allmut, un américain, transporte sur son bateau ( davantage radeau que bateau d'ailleurs ) toutes sortes de marchandises qu'il distribue dans les villages congolais. Il profite de son passage dans l'un d'entre eux pour prévenir le révérend Sawyer et sa soeur Rose, tous deux sujets britanniques, de l'approche des troupes allemandes. Mais trop tard, car le Révérend va trouver la mort lors de l'irruption des allemands dans leur village. Revenant sur les lieux le lendemain, le marinier embarque sur son rafiot Rose afin de la mettre en sécurité en la déposant dans un territoire neutre. Contrairement à ce qu'il suppose d'elle, celle-ci ne l'entend pas de cette oreille et va l'obliger  à braver les rapides pour rejoindre les troupes anglaises et couler le navire de guerre allemand qui contrôle le lac voisin.

The African Queen réalisé en 1951 par John Huston est un chef-d'oeuvre et conserve, malgré les années,  un charme inaltérable qui fait et fera encore et longtemps le régal des cinéphiles. Tourné en extérieur durant 8 semaines, il nous fait découvrir des paysages exceptionnels. John Huston tenait à un film en couleurs, ce qui n'était pas sans augmenter les difficultés, et à un tournage en Afrique par souci de réalisme et le réalisme est au rendez-vous, ce qui donne à ce long métrage une véracité et une authenticité captivantes.
 
« En studio, vous truquez les choses, mais en Afrique, au contraire, vous n'avez pas besoin d'imaginer qu'il fait chaud. (...) Il fait si chaud que les vêtements collent à la peau. Et lorsque les gens transpirent, ce n'est pas à l'aide d'un maquilleur. L'Afrique était le seul endroit pour obtenir ce que je cherchais ». - disait-il à juste titre.

Au-delà d'un scénario fort bien troussé par James Agee d'après le roman de  C.S Forester, l'intérêt principal de cet opus n'en réside pas moins dans ce huit-clos d'aventures où s'affrontent deux comédiens hors pair : Katharine Hepburn dans le rôle de Rose et Humphrey Bogart dans celui de Charles Allmut ; l'une en vieille fille pieuse qui, au fil de cette odyssée africaine, va se muer en mauvais garçon qui ne demande qu'à être attendri, et l'autre en ivrogne solitaire et mal embouché qui découvre peu à peu l'amour. Ils forment un duo magistral comme on en a rarement vu. Bogart est étonnant dans ce rôle à contre-emploi qui lui valut le seul Oscar de sa carrière et Hepburn irrésistible de ténacité et de naturel. De tourbillons périlleux en marécages infestés de crocodiles, le périple fera de ces êtres dissemblables d'inséparables complices.
Le tournage fut cependant épique. Tous les membres de l'équipe souffrirent de dysenterie. Sauf Bogart et Huston qui ne buvaient que du whisky.

 

Pour prendre connaissance de la liste complète des films de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer  sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN   

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 08:36

Carlotta Films Carlotta Films        


"Douze hommes en colère"  ( 1957 ), premier long métrage et coup d'essai de  Sidney Lumet,  produit par Henry Fonda très attaché à ce projet, se révélera être un coup de maître, une adaptation réussie d'une pièce de théâtre écrite par Réginald Rose ( qui participera bien entendu à l'élaboration du scénario ), couronné par l'Ours d'Or du Festival de Berlin la même année. Dans la chambre de délibération d'un tribunal new-yorkais, par une journée de grosse chaleur qui rend l'atmosphère écrasante, 12 hommes, 12 jurés sont chargés de statuer sur le sort d'un jeune  hispano-américain de 18 ans, accusé d'avoir tué son père d'un coup de couteau en plein coeur. Pour 11 d'entre eux, la culpabilité de l'adolescent est incontestable et ils votent " coupable" au premier tour de table, alors que pour le douzième, le numéro 8, un architecte admirablement campé par Henry Fonda confondant de dignité et de détermination, trop de points restent obscurs et laissent planer un doute, aussi se refuse-t-il à voter " coupable" avant qu'une délibération approfondie n'ait eu lieu. La force et l'originalité de ce film résident dans l'optique choisie de faire du spectateur le juge de ces 12 jurés, dont le comportement va nous éclairer sur les facettes multiples et les infinies complexités de la nature humaine. Nous sommes là en présence de gens ordinaires, de milieux divers, mais sans relief particulier, à l'exception de cet architecte qui est le seul conscient de sa responsabilité morale. Au moment d'envoyer un gamin à la chaise électrique, il semble que les autres ne mesurent pas la gravité terrible de leur verdict, occupés qu'ils sont par leurs soucis personnels, leurs engagements sportifs, leurs désirs immédiats. Nous découvrons alors, à travers leurs échanges, leurs lâchetés, leurs faiblesses, leur inconséquence, leurs aveuglements, leur irréflexion, leurs légèreté, leurs étourderies. Et c'est accablant. Chaque juré est en effet représentatif d'un type de comportement, en même temps qu'il est la victime de ses préjugés. Tous sont probablement des gens honnêtes mais aveuglés par leurs préoccupations, leurs routines de pensée et d'action. La remise en cause de leurs certitudes va les ébranler à tour de rôle et la confrontation osciller entre banalité, amusement, ironie, voire même colère, en quelque sorte balancer entre abattement et délivrance.

 


Henry Fonda. Carlotta Films


 

Le juré n° 8, l'architecte, va user des arguments dont il dispose avec conviction et lucidité, car l'accusation ne repose, en définitive, que sur deux témoignages sujets à être remis en question pour diverses raisons. Pour l'un d'eux, un homme âgé et handicapé, ce sera le facteur temps, pour une femme qui aurait assisté au meurtre à travers les vitres de plusieurs wagons de métro en marche, le facteur vue. Enfin l'arme du crime, soi-disant pièce unique, a pu être acheté dans un bazar par ce juré qui la brandit devant les autres, subitement confondus.  Si bien, qu'à chaque tour de table, la balance penche de plus en plus vers l'acquittement, cet avocat bénévole et soucieux d'exercer son mandat avec une scrupuleuse loyauté et un véritable sens de l'équité, gagnant à sa cause les autres jurés les uns après les autres. En libérant l'accusé, on sent qu'ils se libèrent eux-mêmes de leur propre emprisonnement. A l'évidence, l'intérêt principal du film est la réflexion qu'il instaure sur la crédibilité des faits supposés et la remise en cause de la bonne foi de chacun et, s'il n'y a pas à proprement parler d'innovations cinématographiques, ce huit-clos en noir et blanc n'en dégage pas moins une force indiscutable. A ce propos, le réalisateur a expliqué de façon claire son parti-pris de mise en scène :

" J'ai tourné le premier tiers du film au-dessus du niveau des yeux, le deuxième tiers à la hauteur des yeux, et le derniers en-dessous du niveau des yeux. Ainsi vers la fin du film, on commençait à voir le plafond. Les murs se rapprochaient et le plafond semblait s'abaisser. Cette sensation d'une claustrophobie grandissante m'a permis de maintenir la tension jusqu'à la fin où j'ai utilisé un angle large pour laisser le spectateur respirer ".

 

Enfin le choix des acteurs a été particulièrement judicieux ; tous nous étonnent par leur capacité d'expression, de naturel, de spontanéité. J'ai déjà parlé de la remarquable prestation d'Henry Fonda, magnifique dans ce rôle de commandeur, si juste, si convaincant et honnête, mais chacun mériterait d'être cité : Martin Balsam ( juré n°1 ) l'entraîneur de base-ball universitaire, John Fiedler ( juré n° 2 ) l'employé modeste, Jack Warden ( juré n° 7 ) le commercial fan de base-ball, etc. Bien sûr ce long métrage n'échappe pas à quelques facilités, mais elles sont rares, et l'ensemble de la construction, la pertinence des dialogues concourent à parachever ce petit chef-d'oeuvre d'intelligence, concentré analytique de la nature humaine. A voir et à revoir pour en apprécier les finesses et le réalisme psychologique.

 

Vous pouvez prendre connaissance de mon article sur Henry Fonda en cliquant  sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

Et pour accéder à la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur celui-ci :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


Henry Fonda, E.G. Marshall, Ed Begley, Jack Warden, John Fiedler et Martin Balsam. Carlotta Films


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche