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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 10:09

Carlotta Films      

    

 

Une bande de hors-la-loi, emmenée par Calvera, un homme brutal et cynique, sème la terreur en rançonnant périodiquement les habitants d'un village mexicain et en dévastant leurs cultures. Ces derniers, ne sachant plus à quel saint se vouer, finissent par envisager la solution de la dernière chance : engager une troupe de mercenaires pour les libérer enfin de ce fléau. Le chef, Chris, un as de la gâchette, va organiser leur défense. Dans un tourbillon de poussière et de coups de feu,  John Sturges  revisite le chef-d'oeuvre d'Akira Kurosawa " Les sept samouraïs " et l'adapte aux circonstances relatives à la vie américaine, si bien que de l'intrigue originale ne reste que l'ossature, soit une lutte inégale et désespérée où des mercenaires mettent leur courage au service d'une cause qui n'est pas la leur.


James Coburn, Robert Vaughn, Steve McQueen, Yul Brynner, Horst Buchholz, Charles Bronson et Brad Dexter. Carlotta Films


Les règles du western n'en sont pas moins respectées, alternant les plans relatifs à la calme tranquillité du labeur paysan et aux soudaines et brusques explosions de violence. Beauté des paysages, détails de la vie quotidienne, bravoure des combattants, faciès de ces héros qui composent, chacun selon son style, un casting exceptionnel et photogénique ; oui, rien n'est laissé au hasard pour concocter une recette savoureuse qui, malgré son succès en salles, ne sera gratifiée d'aucun Oscar. Reste que  Les sept Mercenaires  est considéré de nos jours comme un film culte que l'on revoie toujours avec un égal plaisir. D'autant que la musique d'Elmer Bernstein contribue à l'imprimer dans la mémoire et à lui donner une ampleur supplémentaire.

Impassibles, taciturnes, tout en ayant chacun une personnalités différente, ces sept mercenaires tirent le film vers une sorte d'épure du western qui, quant à lui, opte pour l'unité de lieu et ne retient sur la pellicule que les temps forts de l'action. Le récit est donc rapide, très circonscrit, et bénéficie des paysages magnifiques de la sierra mexicaine, en même temps que d'une interprétation  exceptionnelle. Au prix d'une rivalité qui fut grande sur le plateau, chacun des acteurs tire son épingle du jeu et il est vrai que de voir défiler Yul Brynner en ange exterminateur, Steve McQueeen et son désarmant sourire de beau gosse en intrépide justicier, James Coburn redoutable et impavide manieur d'armes en solitaire taciturne, Charles Bronson en généreux défenseur des causes perdues, Horst  Buchholz en chien fou, Brad Dexter en arriviste est un régal pour le public. On peut même dire que nous avons en prime du scénario un défilé de   "gueules " impressionnant.

Mais pour autant, le film est-il à la hauteur de l'oeuvre qui l'a inspiré, soit Les sept samouraïs ?  Je n'irai pas jusque là, même si le film américain a des qualités bien à lui, c'est-à-dire des figures de personnages peut-être mieux travaillées, telle que celle de Calvera, affermie par la composition d'Eli Wallach.

" Je pense - disait Walter Newman, co-scénariste avec William Roberts - que le film de John Sturges est mieux distribué que celui de Kurosawa. Dans le film de Kurosawa, on ne se souvient que de Mifune, du chef des samouraïs et du spécialiste du sabre. Les quarante bandits forment un ensemble anonyme. Nous avons au contraire typé chacun des sept mercenaires - leur donnant un passé - et créant le rôle du chef des bandits, en étant persuadés qu'un bandit soigneusement défini est beaucoup plus convaincant que quarante ou même cent personnages sans visages".

Walter Newman a sans doute raison sur ce point, mais l'ensemble de l'oeuvre n'a pas la finesse de l'originale japonaise, loin de là, tout en étant un ouvrage de qualité, très plaisant à regarder. Mais il y a des faiblesses : les scènes sentimentales, particulièrement celle entre Chico et Petra est presque ridicule, de même que les enfants en plein combat venant entourer Charles Bronson pour lui avouer leur reconnaissance est totalement irréaliste. Au final néanmoins, comme dans le film de Kurosawa, les véritables vainqueurs seront les villageois. Le vieux chef du village a raison de dire que les fermiers ont gagné puisqu'ils demeurent sur leurs terres, traversent les temps, chaque génération succédant à la précédente, silhouettes immémoriales penchées sur le soc de la charrue. Quant aux mercenaires, errants éternels, ils n'auront été là qu'occasionnellement,  comme ils seront ailleurs demain... sans port, ni attache, seulement engagés pour un coup de sabre ou de revolver.


Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Warner Bros. Corbis Sygma Buena Vista Pictures


N'oublions pas non plus que ce long métrage se situe à la charnière entre le western de la grande époque et le western spaghetti et met déjà sur la table les ingrédients que des Leone et Solima sauront cuisiner avec gourmandise et humour.  D'où cet élan de vitalité qui imprime l'oeuvre de Sturges, faisant revenir à la surface de la pellicule les fantômes du temps passé comme pour leur offrir une dernière farandole, sans omettre d'entrebâiller quelques fenêtres sur le futur et de recomposer en un seul cliché toute la mythologie du western.

 

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Charles Bronson, Robert Vaughn, Brad Dexter, Yul Brynner, Horst Buchholz, James Coburn et Steve McQueen. Mirisch Company

 

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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 09:02

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Film à grand spectacle, Spartacus demeure aujourd'hui encore un modèle du péplum à l'américaine, même s'il n'est assurément pas le meilleur film de son cinéaste, loin de là.

L'argument : en 70 après Jésus-Christ, l'esclave Spartacus, devenu gladiateur, est épargné par un de ses compagnons d'infortune dans un combat à mort. Ce répit va lui permettre de prendre la fuite et, après avoir brisé ses chaînes, d'encourager les autres esclaves à l'imiter et à gagner, même au prix du pire danger, leur liberté. Rapidement à la tête d'une colossale armée, Spartacus entend rejoindre le port de Brides, au sud du pays, et d'embarquer à bord d'un navire cilicien. Mais l'Empire romain ne l'entend pas de cette oreille et lance ses légions à la poursuite des esclaves révoltés...

Alors que la vogue du péplum envahit les Etats-Unis depuis le triomphe de Ben-Hur (1959), l'acteur-producteur Kirk Douglas profite de l'occasion pour porter à l'écran l'histoire de ce héros, d'après le roman éponyme d'Howard Fast. L'aventure du révolté, romancée à la sauce américaine de l'époque, est adaptée par le scénariste Douglas Trumbo, pourtant mis sur la liste noire pour cause de communisme. Son implication dans le script étonne moins lorsque l'on sait que les marxistes ont souvent pris la figure de Spartacus comme symbole de la première révolte du prolétariat contre la classe dirigeante. Cette simplification historique se retrouve dans le métrage final, en très large partie hagiographique puisque le vrai Spartacus n'hésita pas à faire tuer des centaines de soldats romains sans s'embarrasser du moindre scrupule. Contrairement au film, il est mort au combat et n'a vraisemblablement pas connu d'histoire d'amour romantique. Ces libertés prises avec la grande histoire n'entament pas  les nombreuses qualités d'une oeuvre pourtant désavouée par tous ses participants.


Le tournage n'en  fut pas moins chaotique à la suite du départ du réalisateur Anthony Mann pour différend artistique avec Kirk Douglas. On lui doit d'ailleurs deux des scènes que je considère parmi les meilleures, soit la séquence dans les mines et l'entraînement des gladiateurs. Anthony Mann sera bientôt remplacé par le jeune Stanley Kubrick avec lequel l'acteur producteur avait tourné, en 1957,  Les sentiers de la gloire.  Ce premier film  de Kubrick sera aussi son dernier en tant que simple exécutant car, n'ayant pas atteint le but souhaité, ce dernier se verra amputé d'un bon quart d'heure à cause d'une violence excessive (quelques plans gore réintégrés dans la version définitive) et surtout à cause d'une scène à l'homoérotisme prononcé. Malgré une production chahutée, Spartacus est aujourd'hui considéré, à juste titre, comme un modèle du péplum à l'américaine. Mêlant adroitement romance, action et message humaniste, cette plongée dans l'histoire romaine bénéficie de dialogues savoureux et de prestations d'acteurs époustouflantes : Laurence Olivier formidable en tyran, Charles Laughton jubilatoire dans le registre de l'ironie cinglante, tandis que Peter Ustinov excelle en traître veule et arriviste, ce qui lui a valu de remporter l'Oscar du meilleur second rôle. Enfin, le couple formé par Kirk Douglas et la délicieuse Jean Simmons réussit sans peine à arracher des larmes aux spectateurs, notamment lors de la scène ultime à la beauté tragique et touchante.


Malgré des qualités indéniables, on peut regretter que Kubrick ne soit pas parvenu à imposer sa vision personnelle. Habitué à transcender les genres qu'il a abordés, il se contente ici d'aligner les figures imposées sans en modifier ni la forme, ni le fond. Même sa réalisation, d'ordinaire si reconnaissable, se désagrège, engluée dans la norme hollywoodienne traditionnelle. Ce manque d'investissement explique sans nul doute le fait que ce maître du 7e Art refusait de considérer Spartacus comme faisant partie intégrante de son oeuvre, bien que le film ne soit en rien déshonorant.

 

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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 10:11

 

Mars Distribution       VIDEO


Voilà sorti des archives, un scénario de 30 ans, que Woody Allen s'est décidé à tourner, ce qui confère à ce nouvel ouvrage du maître de la dérision un petit fumet ancien et, somme toute, un rien démodé. Mais le plaisir est au rendez-vous néanmoins, tant la qualité pétillante du breuvage a conservé un bon goût acide et tonique et tant les acteurs - dont certains presque inconnus - sont excellents et donnent une once de crédibilité à des personnages des plus loufoques et caricaturaux. Oui, Woody Allen, qui ne cesse de pourfendre les clichés, n'y échappe pas totalement et c'est là que le bât blesse : ce discours nous a déjà été dispensé dans des longs métrages savoureux par nombre de réalisateurs depuis l'après-guerre. Mais enfin ne boudons pas ce bon moment, même si celui-ci est entaché de la déception du " déjà vu ".

 

Peu de temps après, la mère de la jeune femme ( Patricia Clarkson ) fait irruption dans leur vie conjugale, recherchant et sa fille et un toit, car elle vient d'être larguée par son mari, le père de Melody. Heureusement cette catholique bon teint aura vite fait de se débarrasser de ses préjugés et de trouver son nirvana entre les bras solides de deux amants compréhensifs. Enfin, pour conclure, le père va faire à son tour son apparition, guère plus flambant que son ex-épouse, puisqu'il vient de perdre sa situation et sa fortune, sans compter qu'il vit des déboires amoureux des plus cruels...Par chance, un homo inconsolable va lui tomber dans les bras et parvenir à lui faire oublier ses insuffisances sexuelles. Tout est donc pour le mieux Madame la Marquise, puisque Woody Allen le dit lui-même et nous délivre, par images interposées, la plus rassurante leçon d'optimisme. Si vous ne me croyez pas, courez voir le film et vous serez ainsi assuré que les conservateurs et les libéraux, les croyants et les athées, les rigides et les plaisantins sont faits pour s'entendre et que tout finit par une fête, dès lors que Cupidon veuille bien passer par là, distraitement ou discrètement. Sacré Woody Allen qui irait jusqu'à nous laisser croire...que nous vivons dans un monde qui fleure bon l'eau de rose. 


Patricia Clarkson. Mars Distribution
  


Ce retour dans les rues de Manhattan, que le cinéaste avait délaissées un moment, nous vaut un film agréable, qui n'est certes pas le chef-d'oeuvre attendu, mais dont la facture est serrée, le message extravagant mais sans faute de goût, et l'interprétation jubilatoire. Larry David est sensationnel dans ce rôle de misanthrope qui lui sied comme un gant ( lui-même n'est-il pas le créateur interprète de la série  Larry et son nombril ? ), jouant sur le mode mineur cette joyeuse apostasie qui, tout en se moquant des valeurs les réhabilite en quelque sorte, tant il est vrai qu'aucun ne peut vivre sans les autres et, encore moins, contre les autres et que le solitaire n'est jamais qu'un blessé en attente d'un guérisseur. La leçon est sympathique et vaut le détour.

 

Pour lire l'article consacré à Woody Allen, cliquer sur son titre :  WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT

 

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Henry Cavill et Evan Rachel Wood. Mars Distribution

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 09:14

Metropolitan FilmExport       VIDEO

 

En 1958, l'île de Cuba est loin d'être un paradis. Le dictateur Batista oppresse le pays et asphyxie son peuple. Dans les champs de canne à sucre et les jungles perdues des montagnes de l'est du pays, les forces révolutionnaires M26 de Fidel Castro et d'Ernesto ''Che'' Guevara se préparent à marcher sur La Havane. Alors que les troubles agitent l'île, Fico Fellove dirige son club, El Tropico. Dans la tourmente, il se bat pour garder l'unité de son clan, et pour l'amour d'une femme interprétée par Inés Sastre. Fico ne voulait pas s'impliquer dans la lutte politique et idéologique, mais le destin ne va pas lui laisser le choix. Cuba est devenu un monde déchiré par les passions les plus contradictoires, les luttes intestines, les règlements de compte et les rêves brisés.

Un film qui a frisé le chef d'oeuvre à quelques erreurs près. Oui,  Adieu Cuba  ( Lost City ) aurait pu être pour l'île Caraïbe ce que  Docteur Jivago  a été pour la Russie. Mais voilà, il a manqué à l'oeuvre, infiniment respectable d'Andy Garcia - cubain d'origine et qui a quitté l'île à l'âge de cinq ans -  davantage de rigueur dans le narratif, de profondeur et d'inspiration dans le scénario. Ne lui faisons pas pour autant un mauvais procès, car ce dernier vibre, tout au long de sa pellicule, d'un lyrisme sincère, d'un vrai amour pour une île qui semblait avoir été désignée pour être le havre de la beauté et de la douceur de vivre. Cuba doit posséder un charme irrésistible pour que ses paysages, ses musiques, ses lumières, ses parfums restent à jamais gravés au plus vif de ceux qui l'ont connue. Je ne le sais que trop, ayant dans mon entourage des Cubains dont l'exil est une peine inguérissable. Alors, oui, ce film ne peut manquer d'émouvoir, en faisant défiler devant nos yeux la malchance et le malheur que furent pour ce pays, d'avoir eu, à la suite l'un de l'autre, deux dictateurs qui se sont chargés de le ruiner : Batista le mafieux et Castro le marxiste. Il est vrai aussi qu'il n'est pas simple de naviguer dans la complexité d'une époque qui a vu s'affronter les courants les plus contradictoires. D'autant que le budget de 20 millions de dollars nécessaire pour le tournage n'a pas été facile à trouver. Dès le début de son projet, Andy Garcia a dû se confronter à d'innombrables problèmes engendrés en partie par le fait que l'un des protagoniste - en l'occurrence Fidel Castro - était encore au pouvoir. Il fallut donc planter le décor ailleurs qu'à Cuba, et les paysages choisis, pour leur ressemblance, furent ceux de la République Dominicaine au moment de la récolte du tabac, une activité dominante dans la plantation de la famille Fellove. C'est donc dans la très fameuse plantation de Carlos Fuente qu'ont été tournées les scènes principales, où l'on voit soudain une famille composée des parents, de leurs trois fils et de leurs brus, traverser dans la douleur et la dignité les terribles convulsions de la révolution cubaine. Le seul souci du père ( remarquablement interprété par  Tomas Milian  ) sera de maintenir l'unité des siens, de sauver sa famille. Hélas, on verra peu à peu la table familiale se réduire, si bien que Fico, l'aîné, sera le seul, peu avant de quitter l'île, à recueillir les ultimes recommandations de ses parents et la bénédiction de son père.


Metropolitan FilmExport


Le film est tiré d'un roman de l'écrivain cubain Guillermo Cabrera Infante et retrace l'existence de cette saga qui se partage entre plantation de tabac ( l'oncle ) et l'université ( le père des trois fils Fellove étant professeur de droit constitutionnel à la Faculté de La Havane ). Entre ces deux formes de culture, le clan s'est épanoui, la maison et les terres agrandies et développées. Mais voilà que les rumeurs d'un coup d'état fomenté par le Che et Castro vont susciter passion et division. Alors que le fils aîné préfère se tenir à l'écart de la vie politique et poursuivre ses activités dans le club de musique et de danse qu'il anime, Luis mourra pour avoir participé au complot qui devait attenter à la vie de Batista ( qui finira par s'enfuir en emportant des sommes considérables d'argent volées au peuple cubain ) et le plus jeune Ricardo rejoindra les troupes castristes. Lorsqu'il comprendra trop tard les tenants et les aboutissants d'un régime qu'il a soutenu et qui commence son règne par une terrible épuration, il se suicidera. Ainsi les personnages vont-ils tour à tour ployer sous l'ouragan de l'Histoire et connaître les affres d'une tragédie contemporaine que trop de clichés décoratifs réduisent malheureusement à l'état de récit anecdotique, les scènes n'étant pas suffisamment reliées les unes aux autres.


Metropolitan FilmExport

Deux erreurs sont surtout à déplorer dans ce long métrage de près de 2h 30, tourné avec une incontestable passion et un accompagnement d'images et de musiques splendide : la présence peu convaincante de l'écrivain campé par  Bill Murray,  sorte de clown triste, d'artiste raté et désabusé qui est sensé représenter le désenchantement d'un monde en train de sombrer dans l'anarchie et n'apporte rien au film, et celle d'Aurora, la veuve de Luis, dont Fico est tombé follement amoureux, et à laquelle la belle  Inés Sastre  ne prête que sa plastique de mannequin sans parvenir à lui inculquer un semblant d'authenticité et d'émotion. C'est d'autant plus regrettable qu'elle occupe dans le film une place importante, détermine le présent et l'avenir de Fico, autour duquel le scénario se resserre et que, face à lui, c'est-à-dire face à  Andy Garcia  en personne, qui a tenu à être tout ensemble derrière et devant la caméra, elle ne parvient pas à situer sa partition féminine à la même hauteur que la sienne, comme c'était le cas dans Docteur Jivago avec le couple formé par Omar Sharif et Julie Christie.


La fin de film est néanmoins très belle et nous laisse sur une impression mitigée où alternent emballement et déception. Nous assistons au départ émouvant de Fico, s'arrachant à son île en même temps qu'à son amour et obligé d'accepter ( comme la plupart des Cubains de la diaspora )  un emploi de plongeur dans une boîte de nuit américaine, cela avec une fierté et une dignité admirable, tandis que la musique poursuit sa mélopée lancinante et nostalgique et que le film se clôt sur ces passions défuntes.

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Andy Garcia et Inès Sastre. Metropolitan FilmExport

 

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 09:12



 

Susan Vance, jeune femme riche et frivole fait la connaissance fortuite de David Huxley, un paléontologue qui courtise le millionnaire qui l'aidera peut-être à reconstituer le squelette d'un brontosaure. Elle tombe sous le charme de David et lui fait croire qu'elle court un danger ; elle doit en effet ramener à sa tante un « adorable » léopard du doux nom de Baby. Lorsque David s'aperçoit que la tante n'est autre que le mécène convoité, le film se transforme en une folle course-poursuite.

 

L'impossible Monsieur Bébé ( 1938 ) est probablement l'une des comédies les plus loufoques de l'époque, une « screwball comedy », littéralement « comédie de cinglés ». En effet, si le ressort comique du film repose d'abord sur l'opposition entre deux univers,celui de la recherche pour David et celui du luxe pour Susan, il n'en reste pas moins que tous les personnages sont hors-norme, y compris les animaux ! Susan court après un léopard, David après la clavicule d'un brontosaure et tous deux après le chien de la tante qui a enterré l'os tant attendu ! Hawks n'est pas juge de ses personnages, il n'impose pas de morale sociale, chacun amène à l'autre la douce folie qu'il espérait sans se l'avouer. David était sur le point de se marier avec sa secrétaire qui n'y voit qu'une « union professionnelle » (Le devenir des dinosaures !) et Susan était enfermée dans sa prison dorée.

 

Une fois arrivés dans la maison de la tante, les quiproquos s'enchaînent à vive allure. Howard Hawks n'hésitait d'ailleurs pas à réécrire certaines scènes au cours d'un tournage. David est devenu M. Bonos (forcément !), afin de ne pas éveiller les soupçons et se présente comme un chasseur de fauves. Comment alors oublier la scène où, intimidé par le léopard, il ressort de la salle de bains en déshabillé féminin ? Et celle où le major de la maison, véritable chasseur, s'étonne, quant à lui, d'entendre les rugissements d'un léopard en plein Connecticut, le pauvre Baby s'étant volatilisé... A ce propos, on se demande comment l'équipe de tournage est parvenue à faire de ce fauve un adorable animal de compagnie ?

 

Outre son rythme infernal et ses dialogues savoureux, L'mpossible Monsieur Bébé impose également le personnage féminin comme le meneur de l'intrigue. Si Susan demeure maladroite, elle est avant tout intelligente et volontaire, elle parvient à embarquer David dans son périple et le séduit. Katharine Hepburn est alors l'incarnation de la femme émancipée, élégante et drôle. Elle montre toute la richesse de son jeu, elle qui deux ans auparavant jouait déjà avec Cary Grant, le rôle d'une femme se faisant passer pour un homme dans Sylvia Scarlett de Georges Cukor. Un parallèle qui permet d'apprécier autrement la prouesse du duo de Hawks. Dans L'impossible Monsieur Bébé, Hepburn domine un Cary Grant dépassé par les événements ; dans Sylvia Scarlett, Hepburn se fait lâchement manipuler par un Cary Grant, escroc à la petite semaine. Tous deux se révèlent des acteurs très complets, pouvant tout aussi bien susciter le rire que l'émotion et à l'aise dans les personnages les plus contrastés. La scène où Katharine Hepburn se fait passer pour une gourgandine pour tromper le shérif, qui l'a coffrée ainsi que son cher David, démontre son don d'ubiquité et son grand talent d'actrice. Elle est inénarrable.

 


Enfin, L'impossible Monsieur Bébé doit sa magie à un cinéaste unique, Howard Hawks. Celui-ci a réalisé au moins un chef-d'oeuvre dans chaque genre : la comédie (Chérie, je me sens rajeunir, Les hommes préfèrent les blondes), le film noir (Le grand sommeil, Le port de l'angoisse), et le western (Rio Bravo). Qui dit mieux ?



Son oeuvre a été saluée comme celle d'un précurseur qui sut devancer son temps et s'identifier pleinement à l'Amérique contemporaine qu'il peindra d'un trait ferme et sans complaisance. Dès 1932, son cinéma s'inspire des crimes d'Al Capone et surprend par la nervosité de sa mise en scène. Les films suivants enchaînent des sujets divers et des scénarii inventifs qui frappent par leur rythme et la vivacité des dialogues. En même temps, Hawks s'impose comme un remarquable directeur d'acteurs, révélant la jeune Carole Lombard et dirigeant nombre de vedettes de l'époque comme Gary Cooper, Joan Crawford, Edward G. Robinson et, dans L'impossible monsieur bébé, le couple Katharine Hepburn/ Cary Crant. Sobre, usant du moins de plans possibles et de peu d'effets de montage, ce cinéaste brillant placera toujours sa caméra à hauteur d'homme. Mais il saura contrecarrer sa sobriété par les plans majestueux d'une nature sauvage et la force intérieure de ses personnages peu enclins aux compromis, axant son objectif sur l'importance des conflits intérieurs. Avec cette comédie, il nous montre également que l'humour ne lui était pas étranger, bien au contraire, et combien étincelante est sa virtuosité à enchaîner des scènes rocambolesques sans jamais sombrer ni dans le ridicule, ni dans le vulgaire.

 

4-e-toiles

 

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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 12:25

La Fabrique de Films      

 


Quel qu'ait été le film, j'y serais allée pour assister au face à face de deux de mes acteurs préférés, d'autant que je me doutais bien que ni l'un, ni l'autre, n'auraient donné leur accord pour un film médiocre et un scénario bidon. Ils ont mené leurs carrières respectives avec suffisamment d'intelligence et de discernement pour ne pas commettre, à leur âge, et avec leur expérience, une faute de goût. J'étais donc assurée que ma prise de risque était quasi nulle et que le film, que j'allais voir en cette fin d'après-midi presque printanière, serait, sans aucun doute, un très plaisant divertissement. Et il l'est.


Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films 


 

Oui, il serait dommage de se refuser une heure trente d'un marivaudage charmant entre gens délicats que tout oppose à première vue et qu'un hasard bienveillant va réunir pour le meilleur. En ces temps de morosité ambiante, je vous conseille vivement ce remontant euphorisant qui mêle des ingrédients de qualité comme une bonne rasade d'humour et une pinçée de nostalgie, mais a eu l'audace d'éliminer de sa formule les conservateurs et autres agents nocifs et néanmoins trop courants : la violence et la vulgarité.

Aussi, déposez soucis et inquiétudes à la porte de la salle obscure et entrez vous rafraîchir et vous rasséréner avec ce tonique de qualité, en très aimable compagnie de surcroît : un Dustin Hoffman à faire fondre le coeur le plus endurci et une Emma Thompson très classe, très expressive, très attachante en délicieuse vieille fille formidablement séduisante, que l'on aimerait croiser plus souvent sur son parcours. Oui, un film sans prétention mais qui vous assure un plaisir non stop. Ce n'est pas si mal !

 


Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films


Le réalisateur  Joel Hopkins  nous offre avec cet opus - le premier  Mariage et conséquences  en 2002 avait déjà été remarqué et gratifié d'un Bafta et du Prix du public au Festival de Deauville -  une comédie bien écrite et nous prouve, par la même occasion et pour la seconde fois, son savoir-faire, son feeling dans un divertissement aux dialogues vifs et efficaces.

 


L'histoire est la suivante : Harvey Shine, musicien américain, vient de débarquer à Londres pour assister au mariage de sa fille qu'il a un peu perdue de vue depuis son divorce d'avec sa mère et du re-mariage de celle-ci. Compositeur de jingles et obsédé par son travail, il n'est là que de passage, ayant un rendez-vous important à New-York le surlendemain. Mais de mauvaises nouvelles vont tout remettre en question, sa vie professionnelle comme sa vie personnelle. C'est grâce à un formidable coup de chance qu'il rencontre Kate, une célibataire bon chic, bon genre, d'une quarantaine d'années qui aime la lecture et sa vieille maman envahissante. La suite est sans surprise, mais si agréablement contée, si délicieusement interprétée, avec, à la clé, un message si plaisant à entendre, qu'on se laisse gagner par cette bonne humeur et cet optimisme qui, d'une rencontre réussie à un rendez-vous manqué mais rattrapé, tisse à petits points, avec charme et élégance, un ouvrage somme toute bien fait et bien cousu. Aussi ne boudez pas l'opportunité de passer un excellent moment avec ce couple... qui illustre si bien cette ultime chance de l'amour.

 

 

 Pour lire les aricles consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :

DUSTIN HOFFMAN           EMMA THOMPSON



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Dustin Hoffman et Emma Thompson. La Fabrique de Films

 

 

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 10:59

Warner Bros. France             

 


Du cow-boy taciturne et cynique immortalisé par Sergio Leone à l'ancien combattant misanthrope de Gran Torino, Clint Eastwood a derrière lui plus de 50 ans de carrière durant laquelle il a su imposer son magnétisme et sa personnalité hors du commun. Archétype du mâle dominant et héros implacable et froid, le comédien n'a pourtant jamais cessé de jouer avec son image, n'hésitant pas à la mettre en danger et en dérision et à la contredire comme pour mieux la revitaliser. Traité de fasciste dans les années 70 par une presse peu clairvoyante, il a volontairement endossé les rôles les plus antinomiques et les plus paradoxaux, du doux rêveur dans  Bronco Billy  à l'homme d'action violent, de l'amoureux transi de  Sur la route de Madison  au macho yankee dans Les proies. Acteur inclassable doublé d'un auteur original, il n'est jamais là où on l'attend, se plaisant à désorienter et surprendre son public par son inspiration singulière. Depuis qu'il s'est consacré à la mise en scène, il a retouché son image de dur en la complexifiant et en ne craignant nullement de dévoiler de fascinantes failles, entre autre celles qui ont trait à l'ambiguïté morale et à la vieillesse.

 


Clint Eastwood. Warner Bros. France


Dans le magistral  Gran Torino,  il continue à peaufiner avec intelligence son personnage de justicier et de vieux réac, conscient de ce qu'il représente aux yeux du public, tout en refusant d'en être l'otage. Interrogé par des journalistes, il a accepté de parler du personnage qu'il incarne et met en scène dans son dernier opus, ce Walt Kowalski, un peu fou et plutôt bizarre, vétéran de la guerre de Corée, soudain veuf et condamné, par les circonstances, à faire face au crépuscule de son existence, seul. Rongé aussi par le regret de n'avoir su, pu ou voulu devenir proche de ses deux fils. Le monde, qui l'entoure, lui est étranger. Il ne reconnaît plus son environnement envahi par des immigrés asiatiques. Ouvertement raciste, il voit d'un très mauvais oeil le repeuplement de son quartier, jusqu'au jour où il est obligé de prendre partie dans un conflit qui oppose ses voisins, une accueillante famille hmong, ( les hmongs ont combattu aux côtés des américains au Vietnam )  - et un gang de jeunes voyous. Mieux encore, voilà qu'il se prend d'intérêt pour l'un de ces jeunes hmongs, un garçon qui a tenté de voler sa voiture de collection, une Gran Torino 1972, sous la pression du gang, mais je n'en dirai pas plus.

Par souci d'authenticité, Eastwood a tenu à ce que les acteurs et figurants - des non professionnels pour la majorité - appartiennent à cette ethnie. Kowalski fait partie de ces hommes un peu obsolètes et non moins idéalistes qui, sur le tard, trouvent le chemin d'une rédemption inattendue, un salut ultime qui donnât sens à leur vie, fût-ce au prix d'un grand sacrifice et dont Clint avoue volontiers qu'il a mis beaucoup de lui-même.

 


Bee Vang et Clint Eastwood. Warner Bros. France

 

Ainsi, après avoir enchaîné les grandes fresques historiques et les films à Oscars, le cinéaste-interprète est-il de retour avec un film à l'intrigue linéaire et solidement charpentée, au casting exempt de stars ( sinon lui-même ) et au décor réduit à un pâté de maisons. Il est vrai que l'épure lui réussit et qu'il n'est jamais si efficace que dans le dépouillement. Sans doute est-ce ce mélange savamment dosé de drame et d'humour vachard, de mépris affiché du politiquement correct et de renvois discrets à l'ensemble de sa filmographie, qui font de ce dernier-né une réussite complète et une oeuvre attachante. Les préjugés sont désamorcés les uns après les autres dans ce récit d'initiation salvateur, aux accents humanistes et christiques, qui ne sombre jamais dans un sentimentalisme ou angélisme facile, tant la main du réalisateur est sûre et rigoureuse. Je vois là le testament de Clint, un film majeur dont chaque plan est composé comme un message à notre intention, traitant de ce qui est essentiel avec force et émotion. 

 

 

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CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 09:43

       


Dix ans de préparation pour ce film qui est tout ensemble une ode à la nature, à la beauté, à la liberté, à la solitude et, par ailleurs, une odyssée personnelle, celle d'un jeune américain frais émoulu d'une université et qui, tournant le dos à la civilisation et à nos sociétés consuméristes, abandonne sa voiture, lègue les dollars de sa bourse à une oeuvre caritative et prend la route pour un voyage initiatique, effaçant ses traces au fur et à mesure de son avancée, afin de se fondre à tout jamais dans la nature. Sa vraie naissance - dira-t-il - au long de ce parcours raconté en une suite de brefs épisodes et sous forme d'un journal intime par ce héros au beau sourire, qui a largué les amarres et fait retour à la vie sauvage.

 

Emile Hirsch. Paramount Vantage


Christopher était le nom réel de cet Ulysse des temps modernes, épris d'indépendance et de grands espaces qui mourut en 1992 après deux années d'un itinéraire qui, au fil des semaines et des mois, s'avéra être une rédemption, un retour aux sources, à l'espérance, à la reconquête d'un moi perdu.
Une enfance difficile, au sein d'un couple conflictuel, avait amené le jeune homme à renoncer à poursuivre une existence, tracée d'avance, de cadre supérieur formaté à Harvard. Sean Penn, le réalisateur, dont on comprend vite qu'il a trouvé en cet aventurier le catalyseur idéal de ses propres fantasmes, a poussé la reconstitution à l'extrême jusqu'à rebâtir à l'identique le car désaffecté où Christopher acheva sa brève existence. Rien n'est laissé au hasard de la désocialisation progressive de ce héros qui avait choisi de gagner l'Alaska, sa terre d'élection, par le chemin des écoliers. Son retour à la vie primitive, son grand plongeon dans une nature quasi vierge ne se feront pas sans douleur. Si la nature, chantée en une succession d'images sublimes, lui offre sa beauté suffocante, ses immensités âpres et sauvages, si elle contribue à installer en lui-même le mythe de la terre reconquise, elle apporte aussi son lot d'épreuves et la mort. Sous l'apparence d'une fleur, hélas vénéneuse qu'il a confondu avec une autre comestible et qu'il avalera par mégarde, il tombe dans un état de grande faiblesse et parvient à ce seuil où il n'est plus de retour possible, comme le ferait un jeune dieu qui, ayant compris le sens de la vie et atteint le Nirvana, se retirerait du monde des hommes pour s'avancer triomphant vers l'autre lumière. C'est cet ultime message que le metteur en scène propose : celle d'un homme qui accepte sereinement la traversée du miroir, parce qu'il a bouclé sa vie, en un accéléré de deux ans, et compris que le bonheur n'existe que s'il est partagé.

 


Emile Hirsch. Paramount Vantage

 

Rencontre avec soi d'abord, rencontre avec les autres ensuite, cette route est avant tout une quête intérieure, une découverte de la foi qui fait basculer de l'égoïsme à l'altruisme, de l'enfance à l'âge adulte, du doute à la certitude, de l'insoumission à la sagesse, et se réalise dans cette mort acceptée comme le passage définitif, l'entrée dans l'Alaska spirituel.


Servi par un narratif admirablement cadencé, économe de mots afin de mieux atteindre l'essentiel, silence expressif capté par une imagerie grandiose,  Into the wild  est une totale réussite, un film concertiste, où le héros inscrit sa partition dans celle plus symphonique de la nature, en une suite de mouvements rythmés par ses rencontres. Et ces rencontres seront décisives, chacune apportera son lot de chaleur et de tendresse, infinie consolation humaine : tour à tour Christopher se liera d'amitié avec un exploitant agricole pour lequel il travaillera, un couple de hippies sympathique et convivial, une jeune fille qui lui offrira un amour qu'il ne peut encore accepter mais dont il conservera en pensée l'image radieuse, enfin un vieux militaire qui lui proposera de l'adopter pour qu'il hérite de ses biens et ne soit plus dans une situation aussi aléatoire. Interprété par Hal Holbrook, ce personnage est particulièrement touchant et la scène de leur adieux l'une des plus poignantes du film.

 


Emile Hirsch et Hal Holbrook. Paramount Vantage


Ces rencontres constituent les étapes capitales de son cheminement personnel, contribuant à son éveil aux autres dans un contexte tellement plus authentique que celui de ses années en université, et autant de révélations pour conforter l'altérité. Emile Hirsch, conduit d'un doigté sûr par son metteur en scène, campe avec une force, une humanité, une sincérité captivantes le personnage de Christopher et assume pleinement le mythe du vagabond inspiré, ses joies, ses emballements, ses craintes, ses doutes. Il ne cesse de nous toucher, de nous questionner, de nous bouleverser par cette sorte d'élan irrésistible qu'il manifeste, jusque dans ses instants d'abattement ; il est en permanence dans une attitude positive, poursuivant sans faiblesse son périlleux défi. Magistral.

 

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 10:51

Affiche américaine. Warner Bros.         
 

L'étrange histoire de Benjamin Button est à la fois une fable fantastique, un film d'amour et un chef-d'oeuvre de virtuosité technique, qui nous conte - pendant près de 3 heures - une histoire rocambolesque que l'on pourrait qualifier de " retour vers le futur". Et de quelle histoire s'agit-il plus précisément ? Celle de Benjamin Button ( Brad Pitt ), né à la Nouvelle-Orléans, le jour de l'armistice de la Première Guerre Mondiale, victime d'une étrange et pathétique anomalie, puisqu'il est venu au monde, non comme un nouveau-né, mais comme un individu dont la peau et l'organisme présentent toutes les séquelles d'un vieillard de 80 ans. Au bout de quelques mois, et à mesure qu'il grandit en taille, on s'aperçoit que sa vie au lieu de descendre le temps, le remonte, et qu'il est condamné, heureusement ou malheureusement, à rajeunir au lieu de vieillir au fil des ans. Cette singularité aura l'avantage d'allier à sa compétitivité une expérience acquise indéniable mais lui causera d'innombrables problèmes vis-à-vis de son entourage et plus spécialement auprès de Daisy ( Cate Blanchett ), la femme dont il s'est épris. Rencontrée, alors qu'elle n'était qu'une fillette, leur relation, mise à l'épreuve de la durée effective du temps, sera à l'origine de leur drame personnel, dont je ne veux pas vous dévoiler les tenants et les aboutissants, pour ne pas vous priver du plaisir de le découvrir vous-même.

 

Librement adapté d'une nouvelle de Scott Fitzgerald, l'auteur de Gatsby le Magnifique, le projet était déjà à l'oeuvre dès 1990, mais le défi narratif et surtout technologique d'un film, dont le héros vieillit à l'envers, semblait impossible à assurer, faute d'effets spéciaux convaincants. Par chance, les images de synthèse, ne cessant pas de se perfectionner, le cinéaste David Fincher, qui avait repris le projet à la suite des abandons successifs de Steven Spielberg, Ron Howard et Spike Jonze, entendait bien en assurer la gageure : faire exister un héros qui remonte le temps au lieu de le descendre.

" Ce fut un travail de longue haleine - avouait-il à un journaliste - il doit y avoir près de 350 plans truqués dans le film et je peux vous dire que la création d'un personnage comme Benjamin Button n'a pas été une partie de plaisir ". On veut bien le croire.

 


Brad Pitt et Cate Blanchett. Warner Bros. France


 

Après un test au résultat aussi impressionnant que coûteux, le feu vert fut enfin accordé par les producteurs. Si Brad Pitt interprète le rôle de Benjamin Button pendant les deux dernières heures de la projection, durant les cinquante premières minutes, lorsque le personnage est sensé avoir entre 80 et 65 ans, le corps de celui-ci est une doublure de petite taille et la tête une création de synthèse, à partir du visage vieilli de l'acteur. Le même procédé fut utilisé pour donner vie à Gollum  dans "Le seigneur des anneaux" et à King Kong, mais perfectionné de façon à obtenir un rendu plus subtil.

" Cela peut paraître intimidant et désincarné sur un plateau - soulignait le metteur en scène - mais cela recrée une certaine intimité avec les acteurs, qui se sentent moins exposés et peuvent mieux intérioriser leurs émotions, sans composer avec les costumes, les décors et la présence d'une équipe de tournage importante ".  


Brad Pitt et Cate Blanchett. Warner Bros. France

 

Il faut également souligner qu'il est quasi impossible de détecter l'utilisation massive d'images de synthèse, qui ont gâché pas mal de films auparavant, mais qui,  utilisées avec doigté par un Fincher passé maître, à la suite de son opus précédent "Zodiac" des effets spéciaux invisibles, parvient à rendre indiscernable la frontière entre film en prises de vue réelles et cinéma d'animation digitale. Cette maturité obtenue, après des réalisations moins convaincantes, comme "Fight club" et "Panic", permet à David Fincher de signer là son film le plus accompli, ne serait-ce que pour les raisons suivantes : la prouesse technologique ne ternit pas l'inspiration ou la beauté picturale des images, pas davantage qu'elle n'affaiblit l'émotion. Quant à Cate Blanchett, elle irradie d'aisance et de beauté, alors que Brad Pitt me semble moins à l'aise que d'habitude, un rien absent. Néanmoins, ils forment tous deux un couple très glamour, à la recherche d'un temps commun, ce qui est pour le moins l'originalité et l'audace de ce film. Avec cette fresque passionnante et cet exploit filmique qui, sans nul doute, feront date, David Fincher fait une entrée remarquée dans le clan des grands conteurs, de la lignée des Spielberg et des Cameron.

 

3-e-toiles



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Cate Blanchett. Warner Bros. France

 

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 10:56
AUSTRALIA de BAZ LUHRMANN

       

Dans les années 30, Lady Sarah Ashley ( Nicole Kidman ), belle aristocrate anglaise, hautaine et capricieuse, s'envole pour l'Australie avec l'idée de ramener au foyer son mari volage. Mais elle apprend que celui-ci vient d'être assassiné et qu'elle hérite d'un domaine, Faraway Dones, en faillite et convoité par un escroc. Que faire, sinon prendre en charge cette immense propriété pour laquelle elle va très vite éprouver une passion, au point de ne plus vouloir la quitter. Pour la seconder, elle aura recours aux services d'un cow-boy local, aux manières frustres, avec lequel elle partagera une idylle qui étonne de la part de cette aristocrate chichiteuse. En sa compagnie, elle va parcourir les immensités sauvages et désertiques qui viennent de tomber dans son escarcelle, apprendre la vie des éleveurs et nous promener dans des paysages somptueux et exotiques à souhait, dignes d'un office de tourisme en mal de clientèle.  Si bien que, dans un premier temps, on peut se laisser embarquer par cette aventure naïve, empreinte de magie aborigène, mais très vite les faiblesses du scénario, le peu de consistance et de crédibilité des héros agacent. D'autant que les situations elle-mêmes sont stéréotypées : ici c'est un incendie digne de celui d'Atlanta, là un attachement à la terre qui évoque l'impétueuse Scarlett O'Hara - à la différence que celle-ci était originaire de ses terres et les avait dans le sang - maintenant un discours sur l'émancipation des populations opprimées qui rappelle trop "Out of Africa". Aussi a-t-on le sentiment désagréable d'assister à la projection d'un film qui n'est parvenu à exister qu'en empruntant aux autres les 3/4 de son inspiration. 

On a l'impression que l'opus a été fait pour complaire à l'actrice et lui donner l'occasion de se glisser dans le rôle de sa vie. D'ailleurs elle l'avouera volontiers :

 

" C'est le film dont j'ai rêvé toute ma vie. J'ai toujours eu très envie de tourner dans mon pays, l'Australie. C'est une contrée qui vous envoûte, qui pénètre au plus profond de votre âme. C'est quelque chose dans l'air, le sol, la nature des gens qui vous saisit et, avant que vous en ayez pris conscience, avant que vous le sachiez, vous faites partie de cette terre."

 

Et c'est un autre acteur australien, Hugh Jackman, qui dépeint les débuts de leur relation cinématographique houleuse :

 

" Le Drover ( meneur de troupeaux ) déteste l'establishment, les riches propriétaires, et Sarah est l'illustration même de l'aristocratie. Il prend un malin plaisir à la choquer et à l'agacer, parce que tout en elle le contrarie. Elle est arrogante, prétentieuse, frustrante et d'un caractère impossible. Et pourtant, il va faire tomber toutes les barrières autour d'elle et s'en éprendre ! "


Nicole Kidman et Hugh Jackman. Twentieth Century Fox France


Très attendu, "Australia" sortira précédé d'un battage publicitaire qui laissait entendre que nous tenions là un nouveau "Autant en emporte le vent". Hélas, malgré son ambition et l'argent investi, ce long métrage ne remplit absolument pas son contrat et ne bénéficie nullement d'une semblable aura dramatique. C'est la montagne qui accouche d'une souris. Film d'actrice, conçu et réalisé pour et autour de Nicole Kidman, il va à l'encontre du but recherché et désacralise la jeune femme plutôt qu'il ne parachève sa consécration. Si le souffle manque, si l'émotion n'est pas au rendez-vous, c'est que l'héroïne est trop précieuse, trop distante, trop star hollywoodienne pour correspondre au personnage que l'on tente de lui faire jouer, et que son partenaire Hugh Jackman, qui n'est ni Robert Redford, ni Clark Gable, n'a pas l'étoffe nécessaire pour nous emballer autrement que par son physique de carte postale. Aussi suis-je restée sur ma désillusion et ai-je regretté les 2h35 de cette super-production sans sel et sans grande saveur qui nous laisse, au final,  out of Australia

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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