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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 10:16
LA MAISON AU TOIT ROUGE de YOJI YAMADA

Nous sommes au Japon en 1936. Taki quitte sa campagne natale pour travailler comme bonne dans une petite maison bourgeoise en banlieue de Tokyo. C’est le paisible foyer de Tokiko, son mari Masaki et leur fils de 6 ans. Mais quand Ikatura, le nouveau collègue de Masaki qui travaille dans l'industrie du jouet, entre dans leurs vies, Tokiko est irrésistiblement attirée par ce jeune homme beau, sentimental et délicat, et Taki devient le témoin de leur amour clandestin. Alors que la guerre éclate, elle devra prendre une terrible décision. Soixante ans plus tard, à la mort de Taki, son petit neveu Takeshi, qui l'a incitée à rédiger ses mémoires,  trouve dans ses affaires une enveloppe scellée qui contient une lettre. Il découvre alors la vérité sur ce secret si longtemps gardé. 


 

Avec son style épuré, principalement composé de plans fixes et de flash-backs, « La Maison au toit rouge » dépeint avec intelligence et sensibilité une tranche de vie au travers des affres de l’Histoire avec un grand H et instaure une merveilleuse atmosphère intimiste. Le choix de la couleur rouge n’est pas neutre pour la simple raison qu’elle tranche volontairement sur le décor monochrome si courant dans les années 1930 et symbolise la transgression que s’apprête à vivre une famille classique dans le Japon d’alors. D’autre part, au cœur de cette société figée dans ses codes sociaux et familiaux immuables, le rouge écarlate se démarque par sa connotation de richesse, d’abondance et exprime la passion soudaine qui s’empare d’une jeune femme d’une grande beauté tenue dans les étroites frontières du domicile conjugal et de la vie domestique. Enfin le rouge est là pour marquer les effroyables événements qui se préparent : la guerre et les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, enfin les bombardements de Tokyo durant lesquels la famille disparaîtra. C’est donc la couleur du sang et de  la mort après celle de la passion.

 


Le réalisateur, Yoji Yamada (La Servante et le samouraï),  filme cette vie familiale discrète d’une caméra délicate et avec une grande justesse de ton, privilégiant le hors champ afin de souligner l’adultère et l’expression physique des sentiments. Grâce à ce procédé, le voyeurisme de la servante s’exprime avec la pudeur nécessaire sans que rien ne soit gommé de son intensité de témoin confiné dans l’ombre. Cette construction narrative est en parfaite adéquation avec le sujet : une vie close sur elle-même et déjà ouverte aux affres d’un monde en pleine mutation, à la croisée des chemins entre passé et avenir. Et ce n’est pas tellement l’histoire d’amour d’un artiste en sursis de guerre et d’une jeune épouse insatisfaite que nous conte le réalisateur, mais tout autant celle d’une servante qui devient adulte et de témoin passif s’immisce dans l’histoire interdite qui se déroule sous ses yeux, au point de s’opposer à sa conclusion.


 

Il y a aussi le rôle de l’enfant qui tient une place importante dans cette construction, puisqu’à la fin il sera le dépositaire d’un secret qui a hanté toute la vie de la servante Taki. Je n’en dirai pas plus, mais ce film est un chant douloureux et pudique d’une tranche d’histoire très joliment traduite en images, cela avec sobriété et une lenteur qui fixe les traits de chacun des personnages de façon captivante.

 

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LA MAISON AU TOIT ROUGE de YOJI YAMADA
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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 10:26

 

 

 

Le réalisateur sud-coréen Lee Su-Jin nous propose avec  "A Cappella " un teaser dramatique primé d’ores et déjà, et à plusieurs reprises, au Festival du Film International de Rotterdam, à ceux de Marrakech et de Deauville. Cet opus raconte l’histoire de Han Gong-ju, interprétée par Chun Woo-hee, qui est envoyée dans un autre établissement alors qu’une enquête a lieu dans sa ville d’origine. Han Gong-ju pourra-t-elle surmonter son passé douloureux et obsédant ? En effet, la jeune adolescente, délaissée par ses parents, a été victime d’un viol collectif de la part de jeunes gens de son lycée et a dû quitter celui-ci pour un autre, alors que sa compagne, enceinte à la suite de ce viol, vient de se suicider. L’un de ses professeurs l’accompagne et la confie à sa mère qui, après l’avoir froidement accueillie, finit par s’attacher à elle. La jeune fille est d’autant plus discrète dans son comportement que l’enquête au sujet du viol n’est pas terminée et que son innocence n’est pas encore prouvée, car les agresseurs assurent qu'elle était consentante. La jeune fille ne fait pas moins son possible pour tenter de se réinsérer dans la vie et mener une existence normale auprès de ses nouvelles compagnes, dont l’une s’intéresse plus particulièrement à elle et l’encourage, ayant remarqué ses dons pour le chant, à venir les rejoindre dans leur chorale a cappella. Mais le passé est trop obsédant et l'adolescente ne trouve de vraie détente qu’à la piscine où elle s’entraine à faire des longueurs, persuadée que si elle est capable de nager bien et longtemps, elle s’en sortira et pourra ré-envisager sa vie normalement, car qui sait nager peut survivre.

 

Voilà un scénario qui ne manque pas de qualité et offre, malgré un contexte dramatique, une issue positive, un désir, ô combien louable pour une jeune fille blessée, de surmonter son épreuve et de se reconstruire mais, malheureusement, il manque de rigueur dans son narratif et oscille sans cesse entre passé et présent de façon brouillonne, ce qui prive le récit de cohésion. Dommage, car l’interprétation est bonne, la jeune Chun Woo-hee endosse ce rôle avec une gravité convaincante, n’en fait ni trop, ni pas assez, nous touche par sa retenue et sa pudeur et les scènes les plus pénibles sont filmées sans mélo excessif. Toutefois, il manque quelque chose à ce film : une vision peut-être plus intériorisée du cheminement psychologique de la victime. On reste en lisière, sans jamais aller au-delà de façon formelle, si bien que l’émotion ne survient pas autant que nécessaire alors que le sujet est une intéressante réflexion sur des pratiques de plus en plus courantes en Corée comme ailleurs. Il aurait fallu peu de chose pour que tout bascule mais, voilà, la caméra n’est pas suffisamment introspective pour nous bouleverser véritablement, on ne fait que constater que le mal-être de la jeunesse coréenne est très proche de celui de la jeunesse occidentale. Amer constat. Avec ce premier long métrage, Lee Sujin nous prouve néanmoins ses qualités de mise en scène, sa direction d’acteurs qui est remarquable et sans faille, son courage à s’attaquer à un sujet sensible et difficile avec une incontestable maîtrise de l’image et surtout de nous montrer sans concession les terribles ravages qu’une agression telle que celle-ci peut causer chez un être sans défense. Reste l’admirable courage de la victime qui entend se relever de cette indignité et faire face à nouveau  à l’avenir.

 

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A CAPPELLA de LEE SUJIN
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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 08:59
LE PROMENEUR D'OISEAU de PHILIPPE MUYL

Afin de tenir la promesse qu’il a faite à sa femme, Zhigen, un vieux paysan chinois, décide de faire le grand voyage de Pékin à Yangshuo et de ramener à son village natal l’oiseau qui fut son seul compagnon durant ces années passées loin de chez lui. Qianing, sa belle-fille, riche et belle femme d’affaire, lui demande d’emmener Renxing, sa fille unique élevée dans le luxe, car la personne qui était sensée la garder durant son absence s’est désistée. Bien sûr la petite fille est très mécontente d’être confiée à ce vieux grand-père si peu en accord avec son environnement habituel et son style de vie et elle va, durant  le trajet qui les mènera à Yangshuo, lui faire toutes les niches et caprices possibles, cachant ses chaussures dans les toilettes du train, exigeant de manger à toute heure, enfin ils se perdront dans la forêt à la suite de la panne de leur bus et cette mésaventure finira par susciter des sentiments, l’enfant s’apercevant alors que son grand-père a un contact ludique avec la nature et les animaux, monde qu’elle découvre au fur et à mesure de leur expédition. C’est ainsi que ce cheminent à travers les magnifiques paysages de la Chine rurale va l'initier aux valeurs éternelles et que Renxing comprendra que le sens de la vie n’est pas seulement axé sur la réussite et l’argent.

 

Ce conte ravissant, filmé dans des paysages d'une beauté à couper le souffle, est le septième opus de Philippe Muyl après L’arbre sous la mer, adaptation d’un roman de Nikos Athanassiadis, Cuisines et dépendances, adaptation à l’écran d’une pièce de théâtre et premier succès public de ce Lillois qui avait débuté sa carrière dans la publicité. En 2002, Le Papillon avec Michel Serrault, un film délicieux où un grand-père était déjà l’initiateur des beautés du monde auprès d’une petite fille, sera un succès immense en Chine et incitera le réalisateur à découvrir ce grand pays et à y réaliser « Le promeneur d’oiseau ».  Ce long métrage franco-chinois, que j’ai eu la chance de voir en mars lors de la clôture du 16e Festival du film asiatique de Deauville, est une oeuvre pleine de charme, très actuelle entre deux modes de vie : celle d'un jeune couple de Pékin riche et gagné par tous les travers de la modernité et celle d'un vieux paysan resté attaché à ses traditions ancestrales. Entre eux une petite fille, qui pourrait être celle de n'importe quel couple d’aujourd’hui, va comprendre, à l'occasion de ces vacances impromptues, que la vie a certes plusieurs visages mais que l'amour n'en a jamais qu'un seul.

 

 

Accaparés par leurs vies professionnelles respectives, les parents  s'éloignent l'un de l'autre et délaissent leur enfant, qu’ils se contentent de gâter outrageusement, faisant d’elle un tyran enjuponné et détestable. Quand tous deux doivent, au même moment, partir  en  voyage d'affaires, la fillette se retrouve sans garde. La mère est bien soulagée de la confier aux bons soins de son grand-père. Puisque lui aussi a décidé d'entreprendre un périple dans son village natal, ce retour aux sources va être l’occasion  de resserrer  les liens et de faire découvrir à Renxing que la vie comporte des valeurs extraordinaires, très différentes de celles que lui propose son existence citadine. A propos de son film, Philippe Muyl souligne que : le schéma est représentatif de la société chinoise",  par exemple si vous allez dans les parcs en ville, vous verrez beaucoup de grands-parents s'occuper des petits-enfants, qui sont des trésors à protéger", avec la politique de l'enfant unique. "Ce film parle de trois générations particulièrement significatives, car elles représentent trois époques de la Chine" – poursuit-il. "Le grand-père a connu la Révolution culturelle, la petite-fille est dans une société d'hyper consommation acculturée et ne connait plus rien à son histoire, enfin les parents courent après l'argent. C'est la Chine d'aujourd'hui, enfin une partie en tout cas".

 

L’intérêt du promeneur d’oiseau réside d’ailleurs essentiellement dans cette démarche initiatique d’un homme âgé qui, avec tact et douceur, met l’enfant en présence des grands mystères de la nature, de la beauté des paysages, des ressources insoupçonnées d’un monde à l’opposé du monde technologique et matérialiste qui régit les métropoles. Et la fillette ne sera pas insensible à cette découverte majeure qui sera d’ailleurs, au final, l’argument en mesure de rapprocher ses parents désunis. Ce promeneur d’oiseau est en quelque sorte un magicien, un éveilleur de poésie qui nous enchante comme il enchante sa petite fille. Je vous conseille vivement ce film attachant, plein de grâce et d’humour, admirablement interprété par un acteur très connu en Chine Baotna Li et la jeune Yang Xi Li, tous deux formant un duo craquant et où chacun des spectateurs que nous sommes retrouvera les travers de notre société, atrophiée à bien des égards sur le plan de l’éveil de la sensibilité.

 

 

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LE PROMENEUR D'OISEAU de PHILIPPE MUYL
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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 11:24

Atsumi ( Haruka Ayase ) est une jeune et jolie dessinatrice de mangas. Mais, depuis un an, elle est dans le coma après avoir tenté de se suicider. Pour trouver une explication à son geste, son petit ami, Koichi ( Takeru Sato ), rejoint un programme censé lui permettre de pénétrer dans l'inconscient de la jeune femme. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Kurosawa nous invite à un curieux voyage dans le temps et l’inconscient qui, mieux que le conscient, enregistre non le réel supposé mais l'illusoire, l'inexistant, le virtuel, soit notre propre re-création ou, plus précisément, notre propre transposition du monde et de la vie. L’eau omniprésente nous rappelle la profonde réflexion du philosophe Gaston Bachelard dans « L’eau et les rêves » : L’être voué à l’eau est un être en vertige, il meurt à chaque minute.

Oui, l’eau fait tour à tour mourir et renaître et c’est ce qui arrive à Koichi, victime de sa mémoire mais aussi de ses rêves, au point qu’il touche tour à tour au fini et à l’infini, à la mort et à la résurrection. C’est au pays d’enfance que le couple se retrouve en pensée, sur une île aujourd’hui déserte, autrefois paradisiaque, que la réalité brutale des hommes a transformée en un enfer surréaliste.

Film de science-fiction mais d’une science-fiction intime et interrogative sur nos propres dérives mémorielles qui n’est pas sans rappeler L’aventure de Mme Muir de Joseph Mankiewisz, davantage que Inception de Christopher Nolan dont le discours onirique restait en surface, Kurosawa ouvre des pistes en faisant dialoguer le visible et l’invisible, le réel et le fantasmé avec une rigueur d’une rare intelligence.

Familier de l’étrange et du surgissement inquiétant de l’inconnu, Real nous immerge au cœur de cette hantise à travers le dialogue d’un jeune couple dont l’un des deux est dans un coma profond, mais lequel plus que l’autre ? Car le coma semble ici être un refuge, peut-être davantage une voie pour déchiffrer l’incompréhensible, le subjectif, la face cachée des choses et un lieu prédestiné où l’être prend sa vraie mesure et où l’existence se déploie dans sa véritable dimension. Enfin, la faute originelle et la quête du rachat prennent une importance obsédante. C’était déjà le cas avec Shokuzai, ce l’est avec Real qui nous déconnecte du réel pour nous entrainer dans les méandres surprenants, fascinants du cerveau et de ses incroyables fantasmagories.

Voilà une œuvre marquante qui sait émouvoir et questionner sur la part chimériqu de chaque vie. C’est par ailleurs l’œuvre d’un visionnaire qui met en perspective la responsabilité des hommes en proie à une angoissante manipulation de la matière et des forces nucléaires représentées par un monstre préhistorique surgissant de l’eau, miroir du temps, comme si le présent mordait la queue du passé, incarnation de notre évidente culpabilité. Oui, un grand film. Décidément l’audace et la nouveauté nous viennent de l’Est.

 

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REAL de KIYOSHI KUROSAWA
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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 11:49

 

 

Un père Hsiao-kang et ses deux enfants vivent en marge de Taipei, entre les bois et les rivières de la banlieue et les rues pluvieuses de la capitale. Le jour, le père gagne chichement sa vie en faisant l’homme sandwich pour des appartements de luxe pendant que son fils et sa fille hantent les centres commerciaux à la recherche d’échantillons gratuits de nourriture. Tous trois, depuis la disparition de la mère, connaissent la plus grande précarité, couchant dans un immeuble abandonné, sur des matelas posés à même le sol et obligés d’aller se laver dans les toilettes publiques. Une femme, vendeuse dans une grande surface, qui donne à manger aux chiens errants du quartier, va apporter un peu de tendresse maternelle et de nourriture aux enfants et adoucir leur errance morale et physique dans ce milieu urbain où le rythme de vie est devenu infernal et où l’existence quotidienne ne cesse pas de se déshumaniser.

 

Sur ce scénario ramassé, le cinéaste taïwanais Tsai Ming-liang a composé une sorte de sublime et déchirant oratorio de la misère et de la solitude, une symphonie poignante de pluie et de larmes qui vous bouleverse et vous hante des heures durant. Il parvient, malgré cette désespérance cousue à petits points et à larges plans, à produire un film d’une beauté tragique, quasi apocalyptique, qui m’est apparu comme une œuvre testament, peu bavarde, un résumé superbe de l’imagerie cinématographique lorsqu’elle atteint ce degré de sensibilité et d’émotion. Lors des dernières séquences, l’art du cinéaste se résume en quelque sorte, mêlant peinture, musique, détresse humaine et interrogation dernière sur le sens de la vie, sur la tragédie perpétuelle qu’elle inspire, sur les regards qui se croisent et se séparent, sur la douleur infinie, sur la cacophonie d’un monde devenu sourd comme si nous apparaissaient soudain juste au moment de disparaître le premier Adam et la première Eve au cœur d’un désert minéral et en face d’une fresque qui exprime l’ultime image fantasmée de l’art et des hommes.

 

Difficile de parler des acteurs tellement le film les a pris sur le vif, tant les personnages semblent saisis à leur insu dans leur quotidien, tant ils sont naturels et vrais. Bien entendu, on ne peut oublier de mentionner la prestation de l’acteur fétiche du réalisateur Lee Kang-sheng que les spectateurs ont vu grandir et vieillir avec lui, son alter ego comme le fut Antoine Doisnel pour Truffaut, plus émouvant que jamais dans ce rôle où il perd peu à peu son humanité, s’abime dans la solitude et le désarroi. Son regard ne risque pas de s’effacer de nos mémoires car il exprime la grande peine des êtres en marge d’un univers urbanisé à l’extrême, au point que la campagne n’est plus qu’un désolant bourbier, un jardin d'Eden déserté à tout jamais sous des pluies torrentielles. FOUDROYANT

 

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LES CHIENS ERRANTS de TSAI MING-LIANG
LES CHIENS ERRANTS de TSAI MING-LIANG
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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 10:12

Un cru 2014 d'excellente qualité qui a été suivi par un public nombreux et visiblement concerné et nous a présenté un ensemble de films divers et surprenants, soit en compétition, soit hors compétition et presque toujours en présence de leurs réalisateurs. C'est ainsi qu'un hommage a été rendu à  Hideo Nakata avec un film d'une grande originalité Monsterz. Cet opus nous conte l'histoire d'un personnage qui a la capacité de contrôler les gens et de leur imposer ses volontés, remake d'un thriller surnaturel coréen qui fait suite à Ring ( 1998 ) et Ring 2 ( 1999 ), devenus les plus célèbres films fantastiques au Japon. C'est après la sortie flamboyante de son chef-d'oeuvre Dark Water, en 2002, que Nakata est devenu le chef de file de la Nouvelle Vague nippone. Bien que passionné par le surnaturel, le cinéaste a bien précisé  qu'il restait un observateur assidu de notre époque, du pouvoir de plus en plus envahissant de l'image et de l'attraction qu'elle exerce sur la jeunesse. Ainsi, il ne craint pas de dénoncer  les dérives d'internet et de la télé-réalité, de même que ses propres phobies. Son cinéma est fort et original et privilégie l'économie de moyens, évitant violence et effusion de sang qui caractérisent trop souvent le cinéma asiatique.

 

Un autre hommage a été rendu au réalisateur taïwanais Tsai Ming-Liang, en même temps qu'ont été projetés Les chiens errants, un film qui a frappé le public par un narratif bouleversant et un sujet traité d'une façon  très personnelle dans une apogée dramatique qui ne peut laisser personne indifférent, sorte de fresque tragique et d'un humanisme poignant. Etait présent également un cinéaste que j'aime beaucoup Kiyoshi Kurosawa avec Real où une fois encore le diable d'homme nous surprend par l'originalité de son thème. Après l'excellent Shokuzai  - Celles qui voulaient se souvenir et Celles qui voulaient oublier, il nous immerge cette année dans l'inconscient d'un couple amoureux mais qui perd pied à un moment donné de sa vie. Qui est qui et quel est l'inconscient de l'un qui a pris l'avantage sur l'autre et comment s'y retrouver dans la trame d'une vie soudain décousue ? Grâce à un scénario serré et une mise en image d'une efficacité redoutable, Kurosawa nous mène de surprise en surprise dans les volutes de l'esprit où le réel se confond  au surréel, l'inconscient au conscient, belle histoire d'un Roméo et d'une Juliette revisitée à l'aune des progrès scientifiques et de la science contemporaine. Enfin avec Le promeneur d'oiseau, Philippe Muyl, vivement applaudi, clôturait cette 16ème édition avec un conte ravissant, filmé dans des paysages d'une beauté à couper le souffle. Cette oeuvre franco-chinoise sortira fin avril dans les salles françaises et je vous la recommande vivement car c'est un opus plein de charme, très actuel entre deux modes de vie : celle d'un jeune couple de Pékin riche et gagné par tous les travers de la modernité et celle d'un vieux paysan resté attaché à ses traditions ancestrales. Entre eux une petite fille, qui pourrait être celle de n'importe quel couple actuel, va découvrir, à l'occasion de vacances impromptues, que la vie a certes plusieurs visages mais que l'amour n'en a jamais qu'un seul.

 

Quant aux films en compétition, je ne les ai pas tous vus, mais j'ai apprécié la plupart d'entre eux pour la qualité de la mise en scène et, à défaut peut-être de l'originalité de leurs sujets, celle de leur interprétation, ainsi que les rythmes bien adaptés de leurs récits. Ce furent Mater Dolorosa de Adolfo B. Alix qui nous plonge dans l'intimité d'une famille de la mafia philippine, à Manille plus précisément, et a la chance de reposer sur les épaules d'une actrice douée d'une merveilleuse présence : Gina Alajar dans le rôle de Lourdes Lagrimas. Et  No Man's land de Ning Hao pour la virtuosité scénique, le rythme compulsif et une virée rocambolesque dans un désert de tous les dangers menée de main de maître par le réalisateur, film violent et cruel qui  n'en est pas moins un western d'aujourd'hui au coeur d'un univers désolé et tragique.

 

Quant à l'opus le plus couronné, Prix du Public et Prix du Jury, il ne m'a pas totalement convaincue, mais il porte en lui des qualités indéniables de sensibilité et semble prometteur d'une belle carrière, car son réalisateur Lee Su-Jin, né en Corée du sud en 1977, est encore très jeune. Han Gong-Ju est son premier long métrage après deux courts métrages déjà remarqués : Papa ( 2004 ) et Enemy's Apple en 2007 ; Il faut souhaiter qu'il maîtrise mieux ses narratifs car celui de Han Gong-Ju reste brouillon. Vous pouvez vous référer aux articles que j'ai consacrés à ces divers films en cliquant sur les liens ci-dessous. Enfin un Festival qui prouve la diversité d'inspiration d'un cinéma asiatique en plein essor, auquel rien n'échappe des problèmes de notre actualité internationale et qui n'oublie pas de se préoccuper des difficultés d'un monde en mutation et d'initie les bonnes interrogations.

 

autres articles relatifs au 16e Festival du film asiatique de Deauville

 

Han Gong-Ju

 

No Man's Land

 

Monsterz


Les chiens errants de  Tsai Ming-liang

 

REAL de KIYOSHI KUROSAWA

 

LE PROMENEUR D'OISEAU de PHILIPPE MUYR

 

 

 

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16e FESTIVAL DU CINEMA ASIATIQUE de DEAUVILLE - BILAN
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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 10:45

Hommage à HIDEO NAKATA – 16 ème Festival du Film Asiatique de Deauville -

 

Mercredi 5 Mars, le Festival du film asiatique a investi la cité normande pour sa seizième édition. Au programme : un jury présidé par Claire Denis, huit longs métrages en compétition et dix avant-premières en provenance de Corée du Sud, de Chine, des Philippines, d'Indonésie, du Cambodge, d'Inde et même du Kazakhstan! Un hommage sera rendu au Taïwanais Tsai Ming-liang, qui présentera « Les Chiens errants », Lion d'Argent à Venise, et à Hideo Nakata, maître incontesté du cinéma fantastique à la japonaise, qui a dévoilé hier soir 6 mars, en exclusivité mondiale, « Monsterz », sa dernière réalisation.

 

"J'ai suivi avec attention son travail, et son évolution, indique Bruno Barde, directeur de la manifestation. Les films de genre ont toujours permis au cinéma de se renouveler. Alors il me paraît essentiel de reconnaître les metteurs en scène qui s'illustrent sur ce terrain." C'est la première fois que Hideo Nakata foulera les célèbres planches. "Deauville a une réputation mondiale, notamment au niveau de sa gastronomie, admet l'intéressé depuis Tokyo. J'ai hâte." Il ne compte pas se reposer sur ses lauriers. "Je reste humble : à 52 ans, je n'ai réalisé que 18 longs métrages. Je ne regarde jamais en arrière. Je préfère imaginer les surprises que me réserve l'avenir."

 

L'étudiant en journalisme et en sciences est devenu l'un des cinéastes emblématiques d'une époque, lorsqu’en 1998, il décide d'adapter sur grand écran le best-seller de son compatriote Koji Suzuki. Et ainsi de réhabiliter les histoires de fantômes vengeurs, en vogue dans les années 1950 : Ring et Ring 2, qui racontent une malédiction transmise par le biais d'une cassette vidéo, avaient provoqué un électrochoc. Hideo Nakata imprime sa patte, occultant la violence explicite au profit de l'épouvante sophistiquée et élégante, toujours ancrée dans une réalité sociale. Sa carrière est lancée, bientôt jalonnée de suites et de remakes à Hollywood. En 2002, le chef de file de la nouvelle vague nippone signe son chef-d'œuvre, « Dark Water », qui associe la terreur psychologique à la claustrophobie.

 

"Ma fille de 5 ans ne verra pas mes films avant longtemps. [Rires.] Je suis arrivé dans le fantastique par accident. À présent, c'est mon devoir de faire de mon mieux pour effrayer le public. « Monsterz » est un thriller surnaturel dans lequel un génie du mal contrôle l'esprit des personnes qui se trouvent dans son champ de vision. Il croise le chemin d'un homme sur lequel son pouvoir n'a aucun effet. Rêverait-il d'un tel don ? Pas du tout, même si j'admets que cela pourrait faire gagner du temps d'avoir le contrôle total sur un tournage ! J'ai trop besoin d'échanger des idées avec mon équipe, sinon je m'ennuie. Je n'ai pas l'âme d'un dictateur."

Le scénario de Monsterz nous montre un homme ( Tatsuya Fujiwara ) en proie à ses propres maléfices et confronté, pour la première fois de sa vie, à un partenaire que n’atteint nullement son pouvoir de manipulateur. Cet homme du nom de Shuichi Tanaka ( Takayuki Yamada ) voudrait aider les hommes, car il se sent terriblement culpabilisé par la mort de son jeune frère, qu’il s’était promis de protéger, survenue lors d’un accident de voiture où il était présent à ses côtés. Lui-même, sans bien le savoir, possède des dons étranges, dont celui de guérir presque instantanément de ses graves blessures. Les deux hommes vont s’affronter à maintes reprises, se poursuivre, se provoquer, l’un voulant faire disparaître son rival, l’autre s’employant à le sauver. Cela donnera lieu à des combats d’une extrême violence, à des scènes souvent réussies, car la mise en scène est maîtrisée, mais plombée à plusieurs reprises par des longueurs et des répétitions inutiles. La question posée est la suivante : jusqu’où risque de nous conduire la manipulation des foules, de même que la robotisation et surtout la manipulation génétique ? Il semble que les asiatiques soient sensibles à l’évolution inquiétante de notre société et qu’ils s’interrogent. D’où l’intérêt de cet opus, non dénué de défauts, mais dont le mérite est de nous mettre en interrogation sur l’avenir de notre planète et de notre humanité, surtout lors d’une scène où l’homme-monstre ou l’homme-robot verse une larme parce que l’humanité, qui l’ignore, n’a pas été en mesure de l’humaniser en lui donnant un nom.

 

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MONSTERZ de HIDEO NAKATA
MONSTERZ de HIDEO NAKATA
MONSTERZ de HIDEO NAKATA
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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 11:23

16e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE

en compétition

Le 16 ème Festival du film asiatique de Deauville a ouvert ce mercredi 5 mars 2014 par la projection d’un film déjà en compétition au dernier Festival de Berlin. Celui-ci se présente comme un road movie détonnant dont l’action se situe dans la Chine occidentale, à mille lieux de toute vie humaine, ce qui intensifie l’effet de solitude extrême et de dépersonnalisation. L’auteur est le cinéaste chinois Ning Hao, déjà connu pour ses cinq films précédents dont Mongolian Ping Pong qui sera présenté en 2005 dans la section forum du Festival de Berlin. L’année suivante, son film Crazy Stone, une comédie à petit budget, recueillera à la fois l’adhésion de la critique et du public. Son dernier opus No Man’s land est une œuvre violente mais remarquablement bien rythmée et interprétée dans des tons sablés qui se marient fort bien avec les étendues de désert et où, seule, le rouge de la voiture et le sang des victimes donnent sa note tout aussi intense que tranchante.

L’histoire raconte la course poursuite d’un avocat Xiao Pan et de celui qu’il a fait innocenter par le tribunal, un certain Big Boss. Ce dernier lui en veut visiblement, peut-être parce qu’il pense que l’avocat conserve à son égard de sérieux soupçons. Au volant de la voiture que Big Boss lui a donné à regret en guise d’émoluments, Xiao Pan prend alors la direction de la seule autoroute qui traverse cette région totalement isolée et coupée du monde des vivants pour rejoindre le tribunal où il exerce habituellement et où il doit être reçu avec les égards qu’il mérite pour être parvenu à sauver la tête d’un suspect. Mais Big Boss ne va pas tarder à se lancer à sa poursuite avec l’aide d’hommes de main afin de récupérer sa voiture, si bien que ce road movie va devenir une véritable chasse à l’homme et bientôt à la femme que l’avocat a retrouvée dans son coffre de voiture et qui, elle, tente d’échapper à son tortionnaire. Ce parcours sera l’occasion de règlements de compte particulièrement cruels entre des hommes que leur extrême solitude et la corruption ont rendu enragés. On découvre parmi eux la fille de joie attachante que sa famille a vendue à un homme sans foi ni loi, des personnages pathétiques et d’une cruauté sans nom, animés par l’envie et la haine et, ce, dans un décor aride et impitoyable qui fait de chacun d’eux le prisonnier de l’espace et de ses pulsions les plus primaires. Si bien que cette suite de bastonnades perpétrées par un monde de salauds n’est pas sans rappeler certaines scènes des grands westerns de jadis.

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

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NO MAN'S LAND de NING HAO
NO MAN'S LAND de NING HAO
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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA ASIATIQUE
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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 10:02

Au Japon, sur une minuscule île de l'archipel de Setonaikai, un couple vit avec ses deux jeunes enfants. La terre est aride et l'île ne possède pas de ressource en eau douce. Pour cultiver cette terre ingrate et survivre, le couple est donc obligé de faire de continuels voyages en barque entre la terre ferme et l'île : ramener l'eau précieuse et en arroser avec attention et parcimonie chacun des plants cultivés. Ces gestes renouvelés sans cesse rythment le quotidien. Les jours passent, puis les saisons. Un jour, alors que les parents sont partis chercher l'eau, un des enfants tombe malade, sans raison. Il meurt rapidement sans que personne n'ait pu faire quoi que ce soit pour le sauver. Ses camarades de classe arrivent en bateau pour lui rendre un dernier hommage, puis repartent. Malgré un bref moment de révolte de la mère contre cette vie, le rituel reprend.

Kaneto Shindo, disciple de Mizoguchi a fait de cet opus une véritable ode à la nature et aux forces telluriques, une forme de poème en images au lyrisme austère et grave, circonscrit autour du silence. Pas un mot ne sera prononcé, seules les images et les expressions des visages traduiront les sentiments, les douleurs éprouvées, la rudesse des conditions de vie et surtout l’immense résignation des protagonistes. Une force incroyable émane de ce chant poétique aux contours aussi sobres que celui d’un documentaire mais où le vie est traversée par les larmes, le sacrifice et l’effort quotidien et par l’inexorable fatalité.

Voilà ce qu’écrivaient les critiques de l’époque lors de sa sortie dans les salles françaises en 1961 :

« Il me faudrait aussi parler de la tendresse et de l'humour dont ce film est baigné. Il me faudrait surtout parler "technique" : on devine l'importance du montage et de la photographie dans un ouvrage de cette sorte. Il me faudrait faire l'éloge de l'interprétation, critiquer peut-être le caractère trop insistant par endroits de la musique, exprimer des réserves sur un épilogue que l'on aurait aimé plus ramassé. Mais à quoi bon ? L'Île nue est un film qui, dans une large mesure, échappe aux jugements ordinaires. Ou bien il vous touche au coeur, et – comme ce fut mon cas – on oublie vite ses défauts. Ou bien le contact sensible ne se produit pas, et sans doute risque-t-on alors de le trouver bêtifiant et passablement ennuyeux. »


Jean de Baroncelli, Le Monde du 1er décembre 1961.



« La pluie sur une mer douce, les brumes sur les montagnes, puis les reflets de la lune sur la brillance des vagues, le soleil au crépuscule du soir, l'indécision de l'aube : jamais la nature n'avait été reconnue avec plus de délicatesse, plus de tendresse. A ce cinéma de poète, je pense qu'aucun être doué pour la sensibilité ne saurait résister. »


Pierre Marcabru, Combat, 2 décembre 1961.



« L'Île nue, comme les précédents films de Kaneto Shindo (La Vie d'une femme, Les Enfants d'Hiroshima), est profondément engagé dans la vie réelle de notre temps. Mais, et l'on pense à Flaherty, Kaneto Shindo nous offre beaucoup plus qu'un documentaire sur les difficiles conditions d'existence de certains paysans de l'actuel Japon. L'Île nue est un poème grave, lent, volontairement pesant, consacré à l'effort de l'homme. A déconseiller aux habitués du Rex. »


Jean-Louis Bory, Arts, 6 décembre 1961.

Malgré sa lenteur, sa retenue, son économie de moyen, son austérité, ce film est de ceux qui marquent à jamais, dont on se souvient et que l’on cite volontiers comme l’expression même de la dignité et de la soumission aux lois implacables de la nature.

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L'ILE NUE de KANETO SHINDO
L'ILE NUE de KANETO SHINDO
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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 10:02

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Né en 1898 dans une famille qui sera ruinée par la crise économique de 1904, Kenji Mizoguchi eut une enfance difficile et très pauvre auprès d'un père violent qui vendra sa fille comme geisha et frappera sa femme. Devenu apprenti peintre sur tissu, le jeune kenji se passionne bientôt pour la peinture et obtient un diplôme de l'académie des arts plastiques, puis travaille dans la publicité. En 1918, alors qu'il participe à des émeutes, il perd son emploi. C'est alors qu'il entre dans l'industrie cinématographqiue comme acteur et, en 1942, réalise son premier film "Le jour où l'amour revint", tellement imprégné de ses convictions socialistes qu'il sera censuré par le gouvernement. 

Après le drame de sa soeur vendue par son père à un riche protecteur, une nouvelle épreuve le frappe. Une de ses anciennes maîtresses le blesse d'un coup de couteau peu après son mariage, si bien que la femme comme victime, cumulant sur ses épaules toutes les épreuves du monde, deviendra l'un des thèmes récurrents de son oeuvre. Le courage des femmes, leur détermination et également leur violence vont illustrer nombre de ses productions dont "Cinq femmes autour de Utamaro" ( 1946 ), où l'on voit une femme jalouse s'attaquer à la rivale qui lui a pris son amant. Malheureusement, la plupart des opus de sa féconde période des années 1920 ont disparu mais on sait qu'il se passionna pour le plan-séqeunce et qu'il a usé le plus souvent comme dans "Les contes des chrysanthèmes tardifs" ( 1939 ), de longs tarvellings accompagnant la marche des personnages, figures de mise en scène qui rappellent la peinture sur rouleau japonaise ( emaki ), où la latéralité se substitue à la profondeur du champ. Mizoguchi a toujours privilégié la rigueur du cadre à une trop grande mobilité de la caméra.

 

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Epris de littérature, le cinéaste s'est plu à adapter à l'écran les oeuvres des auteurs japonais comme Junichiro Tanizaki dans "Mademoiselle Oyu" ( 1951 ) ou Monzaemon Chikamatsu dans "Les amants crucifiés" (1054 ) et même Guy de Maupassant, un auteur français parmi ses préférés dont il adaptera "Boule de suif" devenu "Oyuki la vierge" en 1935. Par ailleurs, il posera un regard sans complaisance sur la bourgeoisie commerçante du XVIIe siècle, obsédée par l'argent et le sexe,  ainsi ce thème apparaîtra-t-il dans l'une de ses oeuvres majeures "La vie d'Ohara, femme galante" en 1952. Après la guerre de 39/45, Muzoguchi va se consacrer à montrer le désastre des conditions de vie, ainsi dans "Femmes de la nuit" (1948 ) inspiré du néoréalisme rossellinien. Son souci de l'introspection va nourrir l'histoire de son temps et se manifestera par un esthétisme raffiné que ce soit dans les grandes fresques historiques comme "L'intendant Sansko" ( 1954 ) ou dans les drames plus intimes comme "La femme d'Osaka" ou "Cinq  femmes autour d'Utamaro" ( 1948 ) qui restitue un peu de l'existence du célèbre peintre d'estampes.

 

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Son actrice de prédilection sera Kimuyo Tanaka, capable de par sa complexion fragile et la détermination de son caractère, de tout jouer. On la découvrira tour à tour en jeune fille, en actrice de théâtre, en mère accablée par l'enlèvement de ses enfants, en  vieille prostituée, riche incarnation de la femme confrontée en permanence à la lâcheté et à la trahison des hommes. Ce portrait de la femme trouvera son plein accomplissement dans "La rue de la honte" (1956), le film le plus sombre du réalisateur où des prostituées, après avoir quitté leur maison close, préfèrent y retourner, découragées par la condition féminine dans la société. 

Chez Mizoguchi, le quotidien frustrant et désespérant n'en reste pas moins transfiguré par l'intensité des sentiments qui s'allie à une quête sacrificielle du sublime. Rares sont ceux qui auront porté à ce degré d'élévation leur exigence de vérité et de beauté. Mizoguchi meurt à Tokyo le 24 août 1956 à l'âge  de 58 ans. Il reste, pour la plupart des cinéphiles, le plus grand des cinéastes japonais.

 

Pour consulter les articles des films de Mizoguchi que j'ai critiqués, cliquer sur leurs titres :

 

LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE de MIZOGUCHI

 

LA VIE D'OHARU, FEMME GALANTE de KENJI MIZOGUCHI

 

a Kenji Mizoguchi Ugetsu monogatari DVD Review 2133

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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