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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 09:46

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La ballade de l'impossible  du réalisateur Tran Anh Hung, d'après le roman éponyme de l'auteur japonais Haruki Murakami, qui fut un best-seller dans les années 1987, se passe à Tokyo en 1960. Kizuki, le meilleur ami de Watanabe, s'est suicidé. Watanabe quitte alors Kobe et s'installe à Tokyo pour commencer ses études universitaires. Alors qu'un peu partout, les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est elle aussi bouleversée quand il retrouve Naoko, ancienne petite amie de Kizuki. Fragile et repliée sur elle-même, Naoko n'a pas encore surmonté la mort de Kizuki. Watanabe et Naoko passent les dimanches ensemble et le soir de l'anniversaire des 20 ans de Naoko, ils font l'amour. Mais le lendemain, elle disparaît sans laisser de traces. Watanabe semble alors mettre sa vie en suspens à la suite de la perte inexplicable de ce premier amour. Lorsqu'enfin il reçoit une lettre de Naoko, il vient à peine de rencontrer Midori, belle et vive, qui ne demande qu'à lui offrir son amour.


 


Tran Anh Hung, né en 1962, est d'origine vietnamienne et s'est réfugié en France en 1975 où il a commencé des études d'opérateur à l'école Louis-Lumière. L'odeur de la papaye verte sera son premier long métrage, tourné dans les studios parisiens, bien que l'action se déroule au Viêt Nam. Ce film lui mérita la Caméra d'or au Festival de Cannes 1993 et le César de la meilleure première oeuvre en 1994. Cyclo, un polar très stylisé, qui se passe dans les rues de Hô-Chi-Minh, lui vaut le Lion d'or de la Mostra de Venise en 1995 et fait de lui l'un des plus jeunes cinéastes à avoir obtenu cette distinction. Son quatrième opus Je viens avec la pluie est un thriller intense et poétique hanté par trois figures de la mythologie occidentale : le tueur en série, le détective privé et la figure christique et fut projeté au Japon au printemps 2009. Son cinquième long métrage est cette Ballade de l'impossible projetée lors du 13e Festival du film asiatique de Deauville en mars dernier, que l'on pourrait titrer
par " la douleur d'être", tant elle est présente, obsédante, tout au long de l'opus. Oui, La ballade de l'impossible est un road-movie intérieur, une descente dans les abimes de l'être où tout semble souffrance et malaise. Dans le Japon des années 60, une génération de jeunes gens parvient difficilement à trouver l'allégresse du coeur, tant la guerre, les guerres ont marqué, jusqu'à ces toutes dernières années, l'Extrême-Orient. Les suicides sont fréquents chez des adolescents qui se refusent à grandir. C'est le cas de Naoko, frappée par le suicide de Kisuki, son ami d'enfance avec lequel elle n'a jamais pu faire l'amour, parce quelque chose dans son être, dans sa chair, semblait s'être verrouillé à jamais. Est-ce la raison qui a poussé le jeune homme à se donner la mort ? Naoko se sent-elle responsable de son suicide ? Toujours est-il que la tendresse de Watanabe ne parvient pas à l'arracher à sa prison intérieure. Le jour de son anniversaire, elle cède et fait l'amour avec lui, mais sans en éprouver de plaisir, et pour cause, puisque, comme elle l'avoue, elle aimerait avoir toujours 18 ans, l'âge où elle a perdu son amour d'enfance, son insouciance.

 



Le lendemain, elle s'enfuit et va entrer dans une maison de santé pour essayer de retrouver un semblant d'équilibre. Mais qui peut sauver Naoko, alors même que la tendresse de Watanabe, qui lui rend souvent visite, est impuissante à le faire ? Paysages de neige, désert de solitude, pour l'un et pour l'autre, le film déroule sa lente et triste mélopée, sa cantate douce-amère qui donne la mesure de l'inexprimable, de l'inextricable. Un film grave, comme savent si bien les faire les asiatiques, qui pose les questions sans les résoudre, mais touche la sensibilité de chacun en son point le plus secret. Naoko, déjà habitée par la mort, par ce froid qui glace son corps et ses sens, peut-elle être sauvée par autre chose que la mémoire et les souvenirs qui perdureront dans Watanabe ? Et lui parviendra-t-il à se délivrer de son chagrin auprès de la touchante et aimante Midori ? Peut-on avoir une seconde chance en amour ?

 


 Pretty Pictures

 

Voilà un film qui ne peut laisser de marbre, tant il tisse une trame  sensible, voire désespérée, tant il avance à petits pas dans l'imbroglio des coeurs et la solitude des personnages. Les jeunes acteurs sont admirables : Kenichi Matsuyama donne à Watanabe l'ampleur déchirante d'un héros antique, alors que Rinko Kikuchi ( Naoko ) et Kiko Mizuhara ( Midori ) sont ravissantes et légères, d'une intense féminité, ballotées et blessées avec cette grâce qui les rend touchantes. Et il est vrai que ce film a une portée d'autant plus grande qu'il va à l'essentiel : qu'est-ce que vivre ? qu'est-ce qu'aimer ? et établit un parallèle entre passer et durer, être ou n'être pas, shakespearien dans ses interrogations.

 

Esthétiquement travaillé, La ballade de l'impossible sait faire le lien entre nature et sentiment, allier l'image aux états d'âme et faire chanter les paysages comme des partitions musicales, parfois même un requiem. Seule la bande sonore, plaquée plus que fondue, gêne à certains moments. Un film long, qui aurait gagné à être plus condensé, mais qui touche par la grâce qu'il dégage et par le talent des acteurs à tenter d'exprimer l'inexprimable. 

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 


 

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 21:28


13e-FFA-20111

Le mercredi 9 mars à 19 heures s'est ouvert le 13e Festival du film asiatique de Deauville pour lequel j'ai obtenu, cette année encore, mon accréditation et dont je vais vous rendre compte chaque jour en essayant de vous faire partager mes impressions, et de restituer le plus fidèlement possible l'ambiance, les innovations, les coups de coeur et également les déceptions. Mais en premier lieu, essayons de nous souvenir comment et de quelle façon ce 7e Art extrême oriental a fait irruption et s'est imposé très vite dans la sphère cinématographique internationale. Tout a commencé au Festival de Venise en 1951 avec le Lion d'or attribué à Akira Kurosawa pour Rashomon, puis en 1953 avec le Lion d'argent à Kenji Mizoguchi pour Les contes de la lune vague après la pluie, tous deux réalisateurs japonais.

En Chine, suite au lent dégel politique qui succède à la Révolution culturelle, des réalisateurs de toute première grandeur apparaissent dont Zhang Yimou et Chen Kaige et des films de portée universelle qui ont pour titres : Terre jaune ( 1984 ), Le sorgho rouge ( 1987 ), Epouses et concubines ( 1991 ), Adieu ma concubine ( 1993 ), Le secret des poignards volants ( 2004 ), pour ne citer que les plus célèbres.

Avec Bruce Lee, puis Jackie Chan d'un côté et Wong Kar-waï de l'autre, la planète Hong-Kong se révèle être à son tour le foyer d'un cinéma d'action populaire à la pointe de l'esthétisme le plus exigeant. Alors que le public se lasse de la boxe, Jackie Chan lance la vogue de la comédie Kung-fu, où l'humour et la parodie font bon ménage avec un art martial de qualité. John Woo sera, quant à lui, l'inventeur d'un cinéma d'action stylisé, où chaque combat devient un véritable ballet chorégraphique. Mais deux noms vont se distinguer : King Hu, le lettré, qui donne au film de sabre ses lettres de noblesse et Wong Kar-waï qui réhabilite le mélodrame en associant subtilement sentimentalisme et esthétisme avec l'inoubliable In the mood for love.

En 1980, une jeune génération de cinéastes taïwanais, soucieuse d’interroger sa propre identité, ouvre au cinéma asiatique de nouvelles perspectives. Le choc sera la découverte de deux films emblématiques de Tsai Ming-liang : Les rebelles du dieu néon en 1992 et Vive l'amour qui recevra le Lion d'or à Venise en 1994, ce cinéaste s'affirmant comme le digne successeur du chinois Ozu dont il partage la pensée.

En 1990, Takeshi Kitano au Japon revisite le film de genre avec Yakuza et prolonge la tradition stylisée des films de gangsters, avant que l'animation ne soit le nouveau pôle d'attraction autour de Hayao Miyazaki. Volontiers ésotérique et métaphysique, l'animation, art de conteurs merveilleux, ressuscite le Japon des mythes et des légendes.

Quant au cinéma coréen longtemps ignoré au détriment de la Chine et du Japon, il affiche désormais une insolente santé et offre des films d'inspiration très diverse en mesure de rivaliser avec Hollywood. Avec Chant de la fidèle Chunhyang en 2000, le vétéran Im Kwon-taek a su adapter à l'écran une sorte d'opéra récitatif, variation fulgurante sur les accords possibles entre une image et une voix d'une poignante beauté. On lui doit également le remarquable Ivre de femmes et de peinture, ode à la passion de l'art figuratif où l'auteur déploie les fastes d'une reconstitution magistrale. Autour de lui, de nouveaux venus qui ont noms : Kim Ki-duk et Lee Chang-dong dont Peppermint Candy constitue un rigoureux portrait de la Corée actuelle, ainsi que Hong Sangsoo, à l'honneur à Deauville cette année, ont su charmer, en l’espace de quelques opus aux récits déroutants et d’une incontestable modernité, un public de plus en plus large.

Ainsi, au fil des années, le cinéma asiatique s'est-il imposé dans l'univers du 7e Art comme un concurrent redoutable et apprécié, adepte d'un réalisme social et d'une poésie immémoriale, dont l'impact ne cesse de grandir et de s'affirmer.

 

Mercredi 9 Mars :  Le Festival est ouvert par Lionel Chouchan et le maire Philippe Augier devant une salle bien remplie. Pour la 13ème fois, Deauville va respirer les parfums de l'Orient et se laisser envoûter par le charme très particulier du cinéma asiatique. De même que nous allons voyager à travers différents pays, soit le Japon - fort bien représenté cette année - la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, la Thaïlande et les Philippines, et, ce, dans les méandres du temps et les ivresses existentielles. Le maire met l'accent sur l'intérêt que revêt une manifestation de ce genre qui permet d'établir des relations plus étroites entre pays sur le plan touristique et bien entendu artistique, proposant aux uns et aux autres des perspectives enthousiasmantes. D'ailleurs les ambassadeurs de chacun de ces pays seront présents à Deauville samedi afin de participer à des conférences et débats où seront conviés des étudiants du département. Le premier film projeté est un film en compétition, réalisé par un cinéaste originaire du Laos, naturalisé français Tran Anh Hung, qui a à son actif 4 longs métrages, dont "L'odeur de la papaye verte", et dont le titre est La ballade de l'impossible à laquelle j'ai consacré un article complet.  Beau film introspectif, mélancolique en diable, long et lent comme souvent dans le cinéma asiatique.

 

Jeudi 10 Mars : Le matin projection d'un autre film japonais Sketches of Kaitan City de Kazuyoshi Kumakiri, très différent de celui d'hier soir, d'une noirceur totale, montrant l'envers du décor d'un Japon florissant. Là, dans cet univers à la Zola, tout est violence, misère et désespoir, mais l'ensemble reste très décevant et sans la moindre lueur d'espérance. 

  

L'après-midi, projection d'un film chinois The Old Donkey de Li Ruijun, où nous nous retrouvons à la lisière du désert, dans une campagne aride, mais dont les hommes, qui ont la charge de la cultiver, ne veulent se séparer sous aucun prétexte. Malgré les propositions de rachat, qui leur sont faites, par un entrepreneur local sans scrupules, dont le projet est d'implanter une usine de produits chimiques sur leurs modestes lopins de terre, ces vieux braves s'opposent en se couchant devant les tracteurs. L'un d'eux, surnommé le vieux baudet, voyant le désert menacer les tombes de ses ancêtres, va s'employer à créer une sorte de barrage en paille, pierrailles et arbrisseaux, usant ainsi ses ultimes forces. Mais sa vie a toujours été conditionnée par trois impératifs : son champs, son âne, la tombe de ses parents. Un film émouvant, sobre, fait avec rien, mais d'une vérité, d'une tendresse, d'une justesse et surtout d'une noblesse inouïe. On sort de cette projection grandi par la verticalité de cet humble héros qui ne se plaint jamais et se consacre à ses tâches, aussi pénibles soient-elles, sans révolte avec rigueur et la seule satisfaction du devoir accompli. Si la population urbaine chinoise est gagnée par la modernité la plus effrénée, les artistes et les paysans savent se souvenir des valeurs perdues et nous les restituer en des images expressives où l'imposante nature est remise à sa vraie place. Pas d'effets spéciaux, un dépouillement cistercien. Bravo à Li Ruijun, ce film dédié à sa famille est beau.

 

Vendredi 11 Mars : L'important, lorsque l'on assiste à un festival de cinéma asiatique, c'est de s'y rendre avec l'intention bien ancrée de désirer changer de continent, je dirai même d'hémisphère. Quel intérêt aurait ce cinéma s'il était formaté selon les normes occidentales, s'il ne nous dévoilait pas d'autres horizons, s'il ne nous entraînait pas dans un autre rythme, s'il ne nous accoutumait pas à une autre approche des choses ? C'est à nous de nous adapter à une forme d'art plus contemplative, à un tempo plus lent, à un souci maniaque du moindre détail, à un élan vers l'avenir encore tout empreint de passé.
Hier fut une journée riche, bien qu'entachée par l'effroyable tremblement de terre et tsunami dont vient d'être victime le Japon, pour la raison qu'elle nous a donné à voir un film choc Birth Right hors normes, d'une force peu commune qui a emporté mon adhésion. Il fallait au réalisateur Naoki Hashimoto un certain culot et un indéniable courage pour oser un tel scénario, celui d'une terrible vengeance perpétrée par une jeune femme hiératique, spectrale, le visage clos sur une détermination irrévocable, celle de séquestrer la jeune fille qui a pris sa place dans le coeur maternel. Je ne vous en dirai pas plus. Admirablement maîtrisé, cet opus détaille la situation avec une rigueur formelle, des images sobres et des scènes d'un dépouillement total. Ce face à face nous révèle deux actrices de grand talent, habitées par leurs rôles et jouant avec une remarquable justesse ; d'une part la belle Sayoko Oho en héroïne déterminée, incroyablement cruelle et dévastée, et la jeune et jolie Miyu Yagyu interprétant l'écolière Ayamo à laquelle elle donne une violence et une intensité extraordinaires. Toutes deux étaient présentes ( ce qui m'a donné l'occasion de les féliciter chaleureusement à la sortie ), si bien que Miyu n'a pas hésité à nous avouer que ce rôle avait été très dur et éprouvant et qu'elle espérait que cela se verrait à l'écran. Qu'elle se rassure, cela s'est vu... Quant au metteur en scène, il a reconnu que son cinéma - qui n'était pas un cinéma de divertissement - cela s'est vu aussi - s'adressait à 20% du public et qu'il souhaitait qu'il y ait dans la salle, pour cette projection deauvillaise, un peu de ces 20%.  Assurément j'en étais, car ce film m'a subjuguée par son originalité, véritable prouesse cinématographique, dont je vous reparlerai longuement en espérant qu'il sorte prochainement en France.

Udaan, le film du soir, honnête il est vrai, a souffert de la comparaison, à mes yeux du moins. Rien à reprocher au metteur en scène indien Vikramaditya Motwane qui a fait un travail soigné, a choisi des acteurs qui correspondent parfaitement à leurs personnages dont celui du père tenu par l'excellent Ronit Roy et celui d'Arjun par l'adorable petit Aayan Boradia, mais ce cinéma ressemble vraiment trop au nôtre, il répond à tous les impératifs et critères qui ont de bonnes raisons de flatter le public : un brin de violence, un zeste de révolte étudiantine, un  rien de poésie, ce qu'il faut d'émotion pour tirer les mouchoirs des poches et le tour est joué, le public a applaudi longuement et les bravos ont fusé. Mais pour moi, tout cela avait un goût trop prononcé de Bollywood et j'étais encore avec mes deux jeunes actrices bouleversantes de Birth Right.

 

Samedi 12 Mars : La journée se partage en deux parties distinctes de par la qualité des projections proposées par la compétition officielle dont j'aurai vu 7 longs métrages sur 10. Celui du matin Eternity du Thaïlandais Sivaroj Kongsakul ne mérite pas que l'on s'y attarde, puisqu'il n'y a rien à en dire : pas de scénario, pas d'interprétation, pas de mise en scène, 1h40 d'un ennui profond, où rien ne se passe. On se demande la raison qui a incité les organisateurs à sélectionner un film aussi creux qui n'avait pas sa place dans une compétition de ce niveau.
Celui de la fin d'après-midi Buddha moutain est un coup de coeur, une vraie réussite, mon préféré avec le troublant, l'inclassable, le surprenant et hiératique Birth Right. Une salle pleine et Dieu sait que celle du CID est immense pour la projection du quatrième opus d'une jeune réalisatrice chinoise Li Yu, déjà primée à Deauville, fine mouche qui sait jouer du paradoxe, éviter les écueils, nuancer avec virtuosité,  user de l'ellipse avec finesse et envelopper le tout d'un humour rafraîchissant, celui de ces trois jeunes gens en quête d'eux-mêmes dans un monde sans concession et d'une impitoyable dureté. Li Yu navigue à vue avec un étonnant contrôle et une grande sûreté de caméra, au service d'un scénario bien ficelé et d'un ton personnel qui ne cède jamais à la vulgarité et se garde des lieux communs. L'histoire est celle de trois copains, une fille, la ravissante actrice Fan Bingbing déjà familière du tapis rouge de Cannes, et de deux garçons dont le bien enveloppé Chen Po Lin  - qui a un petit quelque chose de Jacques Villeret et joue avec un naturel désarmant, tirant le meilleur parti de son obésité - qui se cherchent, se perdent, se retrouvent dans le monde difficile des adultes mais font corps afin d'être plus forts devant l'adversité. Un film dont je vous reparlerai car il a toutes les qualités requises pour plaire au public français, soit un sujet universel mais traité avec une subtilité toute asiatique.

Dimanche 13 mars : Malheureusement l'affligeant palmarès n'a pas été à la hauteur des films présentés pour la simple raison que le Grand Prix a été attribué au film le plus creux et le plus insignifiant, laissant une partie du public stupéfaite et dé-crédibilisant les jurés. Oui, c'est Eternity du Thaïlandais Sivaroj Kongsakul qui s'est vu remettre le Lotus du meilleur film des mains d'Amos Gitaï, président du jury, qui a cru faire de l'esprit en prévenant les réalisateurs français qu'ils n'avaient qu'à bien se tenir car le cinéma asiatique débarquait. D'abord, il a débarqué depuis longtemps, et s'il s'agit de films comme celui-ci, les cinéastes français peuvent dormir tranquilles.
Mais je veux finir sur une note moins amère, en vous livrant les conclusions que m'a inspirées cette 13ème édition. D'abord, on ne peut que se féliciter des nombreux spectateurs qui ont été présents à chaque projection, enthousiastes et participatifs, de la qualité de la plupart des films en compétition - les plus innovants ne figurant pas dans le palmarès - du confort des installations mis à la disposition des participants par le CID et qui peut faire pâlir d'envie beaucoup d'autres villes festivalières, enfin de la pluie et du brouillard qui, en cet après-midi de clôture, sont tombés sur le littoral comme pour l'associer plus étroitement au drame que traverse le Japon. Et quels messages avons nous reçus des cinéastes venus des pays du soleil levant, sinon qu'ils ont beaucoup à dire et à transmettre et qu'ils savent le faire en prenant leur temps, en se conformant à leur rythme, en posant au monde en mutation et si alarmant, dans lequel nous vivons, les questions qu'il suscite. Ces questions sont posées avec inquiétude et gravité par des artistes qui se plaisent à sonder les esprits et les coeurs et dont les oeuvres n'ont cessé de nous entretenir des difficultés de l'amour, des illusions du pouvoir et des sourdes palpitations de la vie.

Palmarès :

Lotus du meilleur film  -  ETERNITY de Sivaroj Kongsakul
Action Asia  - TRUE LEGEND de Yuen Woo-Ping
Lotus Air France - COLD FISH de Sion Sono
Lotus du Jury - ex aequo SKETCHES OF KAITAN CITY de Kasuyoshi Kumakiri  et THE JOURNALS OF MUSAN de Park Jungbum

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 09:13
ONCLE BOONMEE de APICHATPONG WEERASETHAKUL

 

Apichatpong Weerasethakul. Pyramide Distribution      

                                                                


"Oncle Boonmee" de Apichatpong Weerasethakul qui a reçu la Palme d'Or au dernier Festival de Cannes a suscité  une  controverse ; le public et les critiques ayant été partagés entre l'adhésion et le rejet pur et simple d'un film à l'évidence long et hermétique, se partageant en deux clans : les séduits et les agacés. Je vous avais déjà parlé de ce metteur en scène atypique que j'ai découvert à Deauville, lors du Festival du Cinéma Asiatique 2007, et tout le bien que je pensais du film qui était alors en compétition  Syndromes and a century .( Voir ma critique en cliquant sur l'icône au bas de la page ) Pourquoi cet opus exaspère-t-il à ce point les spectateurs ?  Parce qu'il est extrêmement long et lent, plus, sans doute, qu'un occidental est en mesure de supporter sans décrocher ; ce qui m'est arrivé, je l'avoue à deux reprises, à cause d'un narratif  souvent décousu, parsemé néanmoins d'images sublimes, d'inventions stupéfiantes, ce qui laisse présager ce que ce réalisateur sera capable de faire à l'avenir, car il n'a jamais que quarante ans. Oncle Boonmee est une méditation qu'il faut laisser infuser afin qu'elle délivre sa magie, soit celle d'une inspiration qui mêle les époques, les humains et les animaux et ne cesse de se laisser quérir par ses fantasmes et ses énigmes. Le souci d'Apichatpong n'est-il pas de coudre à petits points une oeuvre de longue haleine, mystérieuse et troublante, qui entretient des liens étroits entre vivants et morts, naturel et surnaturel, sans  se départir de sa poésie, tant cette lenteur se pare à tous moments de majesté et d'obscurs secrets ? Mieux que la disparition d'oncle Boonmee, atteint d'insuffisance rénale et qui est venu mourir dans sa maison, c'est de la disparition d'un monde qu'il s'agit. Avant de finir son existence terrestre, oncle Boonmee va recevoir la visite de deux fantômes, celui de sa femme et celui de son fils qui surgit sous la forme d'un singe aux yeux phosphorescents, l'une des scènes les plus fortes du film. Puis, il lui faudra se confronter à ses vies antérieures, au long d'un périple de deux heures, qui lui fera traverser la jungle avant de rejoindre la grotte sacrée, censée représenter l'utérus maternel ; ainsi la boucle sera-t-elle bouclée, de même que sera achevée son errance au coeur de sa propre mythologie. Film où les métamorphoses et les métaphores sont courantes, tant le cinéaste se veut en osmose avec les forces originelles et ténébreuses de l'univers. Pour Weerasethakul, rien que de très normal dans cette vision des choses, l'homme vivant dans un univers en constante mutation qui l'oblige à se transformer continûment afin de rester en liaison et harmonie avec les forces vives qui nous gouvernent, nous traversent et nous transforment. C'est ainsi, qu'à sa manière Uncle Bonmee transforme, ou plutôt transpose ses fantasmes et ses souvenirs, qui ne sont autres que ceux du réalisateur, adepte de la réincarnation.

 


Pyramide Distribution

 

Avec cet opus, Apichatpong Weerasethakul rend hommage aux films fantastiques thaïs qui bercèrent son enfance, productions peuplées de créatures chimériques. Cette façon d'envisager le 7e Art comme vecteur entre le monde des esprits et celui des vivants est devenu son principal centre d'intérêt et de créativité et n'a jamais été aussi prégnant que dans Uncle Bonmee. Malgré ses longueurs, sa lenteur méditative et parfois hermétique, ce film a su conquérir le jury de Cannes, présidé par un Tim Burton épris de poésie et d'imagination, se plaisant dans des rêveries semblables, à l'opposé de celles d'  Inception.

" La personnification des dieux m'est très naturelle. J'essaie toujours de me placer en anthropologiste pour comprendre l'irrationnel - dit-il - ce qui renvoie à son éducation religieuse dans une famille boudhiste. Ce déchiffrage du monde ne nous est certes pas habituel à nous autres  Français, nourris par la pensée d'un Descartes et pris dans l'engrenage d'une accélération irréversible. Même si je n'ai pas été totalement ensorcelée par cette oeuvre difficile, je salue avec admiration un cinéaste qui, allant à rebours des autres, assume et assure de film en film, une inspiration d'une inventivité et d'une audace garantes, l'une et l'autre, d'un talent authentique et plein d'avenir. Et je le remercie de nous ouvrir une nouvelle voie de réflexion, ce qui de nos jours n'est pas courant.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

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Thanapat Saisaymar. Pyramide Distribution



 

ONCLE BOONMEE de APICHATPONG WEERASETHAKUL
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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 10:32

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Dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han, Mija vit avec son petit-fils, qui est collégien. C'est une femme excentrique, pleine de curiosité, qui aime soigner son apparence, arborant des chapeaux à motifs floraux et des tenues aux couleurs vives. Le hasard l'amène à suivre des cours de poésie à la maison de la culture de son quartier et, pour la première fois dans sa vie, à écrire un poème. Elle cherche la beauté dans son environnement habituel auquel elle n'a pas prêté une attention particulière jusque-là. Elle a l'impression de découvrir pour la première fois les choses qu'elle a toujours vues, et cela la stimule. Cependant, survient un événement inattendu qui lui fait réaliser que la vie n'est pas aussi belle qu'elle le pensait.

Ainsi commence  Poetry,  le beau film d'un cinéaste plein de promesses Lee Chang-dong, dont je vous ai déjà parlé et que je considère comme la tête de file de l'actuelle génération du cinéma coréen, dont le maître incontournable reste  Im Kwon-taek. Ce dernier n'a cessé d' interroger, à travers sa centaine de films, la place de l'art et de l'artiste dans la société. Néanmoins, le cinéma coréen revient de loin. De l'occupation japonaise jusqu'en 1945, de la guerre civile ensuite au début des années 50 et de la dictature militaire de 1960 à 1970, époque où l'on tourne volontiers des mélodrames confucéens, il a fallu attendre le lent retour de la démocratie en Corée du sud, à partir de 1986, pour qu'éclose une Nouvelle Vague adepte d'un certain réalisme social. Toujours est-il qu'aujourd'hui, le cinéma coréen affiche une insolente santé, offrant au public des films de qualité, en mesure de rivaliser avec ceux du cinéma international. Et de cela nous nous sommes aperçus, depuis quelques années, lors du Festival du Film Asiatique de Deauville.


Yoon Jung-hee. Diaphana Distribution


" Composer une ode à la poésie, à travers le portrait d'une femme excentrique et élégante, arborant chapeaux et robes aux couleurs vives, redécouvrant le goût d'un abricot et s'extasiant devant le chant des oiseaux : un tel projet s'offre aux ricanements, risque des dérapages, de la sensiblerie au ridicule " - écrivait à juste titre Jean-Luc Douin dans le journal Le Monde, après que ce film ait été projeté au Festival de Cannes.
Or, il n'en est rien, le cinéaste coréen ayant su éviter les écueils qui risquaient de faire sombrer Poetry dans la mièvrerie. Celui-ci  avait déjà prouvé sa maîtrise dans le passé avec Oasis  ( 2002 ) qui brossait un tableau réaliste de la Corée d'alors, et surtout avec le très réussi  Secret Sunshine  ( 2007 ), auquel j'avais consacré, lors de sa présentation à Deauville, une critique enthousiaste.
Lee Chang-dong est un homme qui s'intéresse à tout puisqu'il n'est pas seulement metteur en scène mais écrivain et fut ministre de la culture dans son pays, et, principalement, aux réalités dérangeantes, aux gens sortant du lot commun, cherchant continûment à traquer la beauté là où l'on est peu habitué à la chercher, un oeil posé sur l'ordinaire et la trivialités des choses, l'autre occupé à découvrir les merveilles enfouies sous une chape d'indifférence, d'où un cinéma aussi peu conventionnel et académique que possible et un ton qui n'appartient qu'à lui et où l'on décèle un authentique talent.
Dans Poetry, Lee Chang-dong attarde son regard sur une grand-mère originale et son petit-fils, adolescent maussade, qui ne pense qu'à surfer sur internet, et vient de participer à l'irréparable avec cinq autres de ses camarades d'école. Aussi, tout au long de son opus, le réalisateur nous propose-t-il des indices pour mieux comprendre le mystère de cette femme aux prises avec un cas de conscience terrible qui déchire sa conscience et la partage entre deux pôles : celui de la justice et celui de la charité. Et cette vieille femme, qui n'est pas sans rappeler celles si touchantes du Lola de Brillante Mendoza, trouvera l'apaisement du coeur et de l'esprit grâce à sa quête anxieuse de la pureté. Interprétée de façon magnifique par l'actrice   Yoon Jung-hee, ce personnage émouvant, tout de complexité et peint en camaïeux par une caméra attentive, se tisse d'une intensité humaine d'une rare ferveur. BEAU.

Prix du scénario au Festival de Cannes

 

Pour consulter la liste complète des films de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

Et pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Lee Chang-dong, cliquer également sur le lien ci-dessous :

 

LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN


Yoon Jung-hee. Diaphana Distribution


Yoon Jung-hee. Diaphana Distribution



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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 08:48

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" Nuits d'ivresse printanière ",  est un titre poétique pour un film long et décevant, romance homosexuelle entre un homme à l'attirance vénéneuse et des compagnons d'occasion, dont l'un se suicidera, et où l'on trouve, étroitement mêlées, la jalousie, l'ivresse des sens et l'ombre portée du mensonge et de la trahison. A mon avis, cet opus souffre d'être inutilement surchargé de scènes violemment érotiques, qui sont davantage de l'ordre de la démonstration que de la suggestion subtile et vous transforment en voyeurs, ce qui est fort déplaisant. Tout ici est glauque, fébrile, scabreux, et déçoit d'autant plus que le film, en lui-même, ne démontre rien. Néanmoins, il bénéficie d'une imagerie solide et d'un esthétisme qui prouve la maturité scénique de son réalisateur.

Mais qui est donc  Lou Ye , ce cinéaste chinois  familier du Festival de Cannes, qui recevait un hommage appuyé lors du Festival du Film Asiatique de Deauville en mars dernier ?  Né en 1965, Lou Ye sort diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Shanghaï en 1983 et intégre deux ans plus tard le département" réalisation" de l'Académie du film de Pékin. Après s'être exercé à la mise en scène avec des courts métrages,  il signe en 1994 son premier long métrage  Weekend Lover,  le portrait d'une jeunesse chinoise sans repères. C'est en 2000 que le public occidental le découvre avec Suzhou River ,  film noir qui raconte une histoire d'amour teintée d'onirisme que Lou Ye a écrite, co-produite et réalisée. Interdit en Chine, le film sera néanmoins présenté au Festival de Rotterdam sans avoir reçu l'aval des autorités chinoises, si bien que son auteur sera  interdit de tournage pendant deux ans.
Lou Ye s'attelle ensuite à l'ambitieux Purple Butterfly,  une fresque consacrée au conflit sino-japonais des années 30 avec Zhang Ziyi dans le rôle principal. Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes en 2003 sans obtenir de distinction. Trois ans plus tard, le réalisateur revient à Cannes avec  Une jeunesse chinoise  dans laquelle il aborde les événements de la place Tian An Men, à travers la relation amoureuse de deux étudiants. Il brise ainsi un tabou qui lui vaudra une interdiction de tourner en Chine pendant cinq ans. Si bien que Nuits d'ivresse printanière fut réalisé clandestinement à Nankin, en arborant la nationalité hongkongaise et française, de façon à éviter les foudres de la censure et a remporté en 2009 à Cannes le Prix du scénario, prix qui me surprend d'autant plus que la faiblesse principale du film est son scénario abscon et étiré inutilement.


Le Pacte

 


L'histoire peut se résumer en deux lignes : une jeune femme, se doutant qu'elle est trompée, fait suivre son mari et apprend qu'il a une liaison avec un homme. A partir de là, tout va basculer : sa vie et celle de son époux. Le vertige des sens, les étreintes gays, la mélancolie des vies qui ne cessent de se défaire forment donc le support de ce long métrage, triangle amoureux d'une jeunesse désoeuvrée qui évolue dans la mauvaise direction et romance homosexuelle animée par un ange exterminateur qui détruit tout sur son passage, à commencer par lui-même. Matins blafards, bruits lancinants de la ville, cabarets travestis, bars rock, confidences chuchotées, mal vivre, le cinéaste se complait dans les affres d'un cauchemar et d'une mélancolie morbide, mais son opus souffre de confusion narrative, de répétitions et de longueurs qui diluent l'intérêt que l'on pourrait accorder à cet interminable ode à un amour, tatoué par la mort. En définitive, ces nuits d'ivresse printanière ne m'ont guère enivrée mais inspiré un profond ennui.


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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE


Le Pacte

 

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 07:24

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C'est avec un plaisir presqu'enfantin que j'ai appris que ma demande d'accréditation pour participer au 12e Festival du Film Asiatique de Deauville m'avait été accordée. Faveur à laquelle je suis d'autant plus sensible que les organisateurs ont décidé de ne plus accorder, dorénavant, d'accréditations aux animateurs de blogs. Décision qu'ils risquent de regretter, car ce sont les blogs, à mon avis, qui font la meilleure promotion des festivals et des films, leurs animateurs étant pour la plupart des cinéphiles confirmés.


La sélection 2010 est la suivante :

Au revoir Taipei  de  ARVIN CHEN. D'origine chinoise et de nationalité américaine, ce film est son premier long métrage. Né aux Etats-Unis le 26 novembre 1978

Castaway on the moon  de LEE HEY-JUN. De nationalité corérenne, ce film est son second long métrage. Né le 18 août 1973 à Séoul.

Judge  de LIU JIE. De nationalité chinoise, ce cinéaste est né le 18 févier 1968 dans la province de Tianjian. Ce film est son second long métrage.

My daughter  de Charlotte LIM LAY KUEN. De nationalité malaisienne, cette jeune femme est née le 27 mai 1981 à Malaka. Ce film est son premier long métrage. 

Paju   de PARK CHAN-OK. De nationalité sud-coréenne, ce réalisateur est né le 8 avril 1968 à Séoul. Ce film est son second long métrage après Jealousy is my middle name. 

Symbol  de MATSUMOTO  HITOSHI. Né le 8 septembre 1963 à Amagasaki, ce cinéaste est de nationalité japonaise. Ce film est son second long métrage après Big Man Japan en 2007. 

The Eternal  de RITUPARNO GHOSH. De nationalité indienne, ce réalisateur est né le 31 août 1963 à Kolkata. Il a déjà produit 8 longs métrages dont Views of the inner chamber en 2005.

 The King of Jail Breakers  de ITAO  ITSUJI. De nationalité japonaise, Itao est né le 18 juillet 1963 à Tondabayashi et nous présente son premier long métrage sur le Japon des années 20.

True Noon  de NOSIR SAIDOV. Né au Tadjikistan le 19 février 1966, True Noon est son premier film.

 

 

Deux hommages seront rendus au cours de ce Festival : l'un à  Brillante Mendoza  et l'autre à  Lou Ye.

Lou Ye, auteur d' Une jeunesse chinoise et de  Nuits d'ivresse printanière, tous deux en sélection officielle au Festivals de Cannes 2006 et 2009, est un réalisateur, scénariste et producteur chinois né à Shanghaï en 1965. Il fait partie de la 6e génération chinoise avec Wang Chao, Zhang Yuan et Xiaoshuai. Diplômé de l'Académie du film de Pékin, il a d'abord travaillé comme assistant avant de produire son premier long métrage Weekend Lover en 1994 qui sera primé au Festival de Mannheim.

Brillante Mendoza est déjà une figure marquante du cinéma philippin. Né en 1960 à San Fernando, il songe un temps à se faire prêtre avant d'entamer une carrière de décorateur pour le cinéma, le théâtre et la télévision. Vite remarqué en tant que publicitaire, il fonde sa propre société de production en 2005 et réalise son premier long métrage  Masahista   sur un sujet encore très sensible aux Philippines : l'homosexualité. Son second long métrage Kaleldo  brosse le portrait d'une famille philippine après une irruption volcanique. Viendront ensuite  John JohnKinatay, descente aux enfers d'un jeune étudiant en criminologie. Enfin en 2009,  Lola  qui fera l'ouverture demain 10 mars du 12e Festival du Film Asiatique de Deauville.

Le jury des longs métrages sera présidé par  Pascal Bonitzer  et composé de Raja Amari, Elie Chouraqui, Anne Consigny, Sara Forestier, Safy Nebbon, Clemence Poesy, Frederic Shoendoerffer et Bruno Todeschini.

JOURNEE du 10 MARS 2010

Le Festival s'est donc ouvert ce soir à 20 heures, devant une assistance nombreuse, en présence du cinéaste philippin Brillante Mendoza auquel était rendu un hommage solennel. Celui-ci est venu très simplement dire son émotion d'être distingué par ce Festival et a avoué que le film d'ouverture, c'est-à-dire Lola, était un projet de longue date, qui lui tenait beaucoup à coeur, mais qu'il avait eu du mal à réaliser, faute d'argent. Il a également déclaré ouvert ce 12e Festival du Film Asiatique de Deauville sous les applaudissements. Puis le silence est revenu pour laisser place à la projection de LOLA, une oeuvre  magnifique, dont vous trouverez la critique dans la rubrique CINEMA ASIATIQUE.


JOURNEE du 11 MARS

 

Cet après-midi fut marqué par la  première projection en France d'un film attachant du Tadjik  Nosir Saidov : TRUE NOON , qui nous conte, avec talent et sobriété, l'histoire d'un village que la sottise politique de l'époque va couper en deux, séparant par des barbelés, puis des mines, des familles et une population que tout rapprochait : les conditions d'existence, l'isolement dans une nature âpre et sauvage, les alliances, les fêtes. Interprété par des acteurs d'une grande fraîcheur et d'une authenticité émouvante, ce premier film révèle un tempérament d'une puissante force narrative. Je ne souhaite qu'une chose : que ce film sorte en France le plus tôt possible. Je vous en reparlerai alors longuement. Pour me persuader que je n'avais pas été la seule à l'apprécier, il suffisait d'entendre les applaudissements nourris de la salle lorsque le mot fin apparut sur l'écran.

La soirée - quant à elle - était consacrée à l'hommage que le Festival rendait au cinéaste chinois Lou Ye. Celui-ci ne trouva que bien peu de mots - contrairement à Brillante Mendoza - pour remercier les responsables du Festival et le public de l'honneur qui lui était fait. Expédiée en quelques minutes, son apparition sur scène fut suivie par la projection de son dernier film " Nuits d'ivresse printanière ", titre poétique pour un film long et décevant, romance homosexuelle entre un homme à l'attirance vénéneuse et des compagnons d'occasion, dont l'un se suicidera, et où l'on trouve, étroitement mêlées, la jalousie, l'ivresse des sens et l'ombre portée du mensonge et de la trahison. A mon avis, cet opus souffre d'être inutilement surchargé de scènes violemment érotiques, qui sont davantage de l'ordre de la démonstration que de la suggestion subtile. Tout ici est glauque, blafard, fébrile, scabreux, et déçoit d'autant plus que le film, en lui-même, ne démontre rien. Néanmoins, il bénéficie d'une imagerie solide à défaut  d'un narratif construit.


JOURNEE du 12 MARS 2010

Je n'ai vu en cette journée qu'un seul film, mais quel film !  - JUDGE  du cinéaste chinois Liu Jie, venu le présenter en personne, glissant, non sans humour, qu'il avait été pris de panique lorsqu'on lui avait appris que son second film - après  Courthouse on the Horseback - allait être projeté dans une salle qui pouvait recevoir 1500 personnes. Mais si cette salle magnifique du CID de Deauville n'était pas pleine, le public n'en était pas moins nombreux à assister à cette projection, dont l'histoire se déroule en Chine en l'année 1997. Le jeune Qiuwu, âgé de 27 ans, vient d'être condamné à mort pour avoir volé deux voitures. Une coïncidence malheureuse a voulu que le juge, en charge du dossier, ait perdu sa fille peu de temps auparavant dans un accident perpétré par un voleur de voiture. Alors que la loi vient d'être assouplie et permettrait au condamné d'éviter la peine capitale, le juge maintient le verdict avec fermeté. D'autant plus qu'un riche industriel Monsieur Li, qui souffre d'insuffisance rénale, a besoin d'un rein et que celui de ce condamné ferait parfaitement l'affaire. Ce film très fort, traité avec économie, maintenant son fil conducteur dans une tension permanente, est un véritable réquisitoire sur l'implacable dureté et cruauté du régime communiste chinois, où la vie d'un homme n'a aucune importance. Froids calculs, incarcérations dans des conditions inhumaines, condamnations brutales, rôle potiche des avocats qui n'ont pas de recours, lois assénées sans que ne puisse être avancée aucune circonstance atténuante, tout cela glace le sang et montre jusqu'où peuvent aller des régimes qui ont perdu jusqu'au sens de l'humain. Mais un retournement va néanmoins s'effectuer. Le juge, confronté personnellement à une scène où il est pris à partie à cause de la licence du petit chien de sa femme qu'il n'a pas présentée en temps et en heure,  l'amènera à réviser sa conception des choses et à s'opposer à l'exécution du jeune Qiuwu, alors même que celui-ci est sur le lieu de l'exécution. Un film admirablement mené et interprété, sans concession, comme une épure rigoureuse et précise, servi par une mise en scène efficace et d'excellents acteurs, dont  Ni Dahong dans celui du juge Tian, tous pénétrés de leurs rôles. Le cru 2010 s'annonce des plus prometteurs. 


JOURNEE du 13 MARS 2010

The king of jail breakers  du cinéaste japonais  Itao Itsuji, qui raconte l'histoire du roi de l'évasion, aurait pu être un grand film, mais la fin, sous forme de pirouette, à la suite d'une histoire qui est un véritable documentaire sur l'horreur des prisons japonaises, laisse le spectateur dubitatif car, tout à coup, le film perd sa consistance et n'aboutit pas.
L'histoire est la suivante  : nous sommes au Japon dans les années 1920 et Masayuki Suzuki est un prisonnier qui s'évade systématiquement des prisons dans lesquelles il est incarcéré pour être repris sciemment et mis de nouveau sous les verrous de prisons de plus en plus terribles. Après sa 10 ème fugue, il échouera dans l'île des prisonniers, où le traitement est tout simplement ignoble et insoutenable et où il est jeté quasi nu dans une sorte de puits sans air, ni lumière, à même le sol, comme une bête. D'ailleurs, ici, les prisonniers sont tous appelés " ordure". Ils ont été rayés de la liste des humains. Ce film extrêmement violent et oppressant semble à premier abord un documentaire halluciné sur la cruauté des traitements infligés aux prisonniers récalcitrants. Un des geôliers, intrigué par le comportement de Suzuki, va tenter de percer son mystère et comprendre que Suzuki n'agit ainsi que pour retrouver son père dans l'île des prisonniers, celle dont on ne revient jamais. Le thème pouvait alors prendre de l'ampleur et se clore sur un final à la hauteur de l'intense et terrible démonstration que nous avait infligée le cinéaste, mais le prisonnier va se tromper de père et le film s'achève comme une sorte de farce après 1h34 d'immersion éprouvante dans le monde carcéral. Dommage, car il y a des scènes incontestablement puissantes et Itao Itsuji dans le rôle de Suzuki est formidable, meilleur devant la caméra que derrière.

Le film suivant était tout l'opposé, une comédie aimable de Arvin Chen, d'origine taiwanaise et de nationalité américaine, dont  Au revoir Taipei est le premier long métrage. Comédie distrayante, où l'on voit une bande de jeunes branquignoles essayer de récupérer un mystérieux paquet remis par un agent immobilier louche à l'un de ses neveux sur le point de gagner Paris. Mais tout va capoter et rien ne se passera comme prévu, cela dans la bonne humeur, en une suite de rebondissements, nous offrant, de surcroît, une galerie de personnages réjouissants et naïfs. Malgré un narratif simplet, mais grâce à un timing soutenu, ce premier long métrage ne connait pas de temps mort et nous donne à voir la ville comme une sorte de bulle joyeuse et colorée. Un film qui balance entre polar et comédie romantique, action et comédie de moeurs.

Il est à remarquer que le thème de l'enfermement est celui qui revient de façon récurrente dans la plupart des films. Enfermement dans un régime politique, dans un univers carcéral ou en soi-même comme dans The Eternal du cinéaste indien  Rituparno Ghosh,  dernier film que j'ai vu quelques heures avant la cérémonie de clôture et dont je vous parlerai si celui-ci est projeté en France. Autre facteur quasi permanent : la présence des éléments, que ce soit  l'aridité de la terre, la force des pluies de la mousson, l'incroyable violence des orages, la nature est là qui ne se fait jamais oublier et exprime en parallèle la force intérieure qui anime les personnages principaux. Ce Festival 2010 nous aura dépeint, le plus souvent sous un jour noir, la rude condition humaine et l'aspiration presque inaccessible à la liberté.


JOURNEE du 14 MARS 2010

PALMARES    (  sur lequel je reviendrai plus longuement dans le courant de la journée )

Lotus du meilleur film ( à l'unanimité ) :    JUDGE  de Liu Jie

Lotus du Jury :  ex aequo   PAJU de la jeune Park Chan-Ok et  AU REVOIR TAIPEI  de Arvin Chen

Lotus Air France :   MY DAUGHTER  de Charlotte Lim Lay Kuen

Lotus Action Asia  :  THE SWORD WITH NO NAME  de Kim Yong-Kyun

Ainsi s'est clôturé un festival d'une excellente tenue et d'une incontestable qualité. Il est certain que JUDGE était de loin le film le plus fort, celui qui délivrait le message le plus stimulant, une rédemption par l'altruisme, sentiment que la Chine communiste dédaigne depuis trop longtemps. Commencé sous un froid polaire, il s'est achevé sous un ciel d'azur qui prêtait à Deauville ses lumières les plus flatteuses. D'ailleurs, chacun des lauréats y alla de son compliment à l'égard d'une ville si belle et si calme, qu'en me promenant sur les planches - avoua la réalisatrice de Paju, la sud-coréenne Park Chan-Ok - je pouvais entendre les battements de mon coeur.
Il est vrai - et il faut le souligner - que Deauville sait recevoir. Le CID n'offre pas seulement une salle vaste et confortable, mais un personnel d'une gentillesse et d'une amabilité jamais prises à défaut. Tout est prévu pour que dans les hôtels, les restaurants, les lieux publics, vous ayez l'impression d'être la personne la plus importante du monde. Le succès de ce 12e Festival du  Film Asiatique est un encouragement pour les organisateurs. Venant juste après les fêtes qui commémoraient le 150 e anniversaire de la naissance de la station sous l'égide du duc de Morny, il prouve, si besoin est, que ce lieu n'a pas seulement du charme et du caractère, mais dispose d'une histoire qui ne demande qu'à s'illustrer encore et toujours...dans le temps.

P.S. Il est bien entendu que je reviendrai plus longuement sur chacun de ces films, lors de leur sortie dans les salles françaises.

 


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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 12:02

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LOLA OU LA SAISON DES LARMES, ainsi aurait pu être titrée cette oeuvre digne et sobre qui est, par ailleurs, un éloge du grand âge..

 


Le dernier film du cinéaste philippin Brillante Mendoza  Lola, projeté en ouverture du 12e Festival du Film Asiatique de Deauville, se déroule à Manille, dans un quartier pauvre, inondé par les pluies de la dernière mousson. Là, vit une grand-mère dont le petit-fils vient d'être assassiné. La première scène nous la montre sous la pluie avec l'un de ses petits-enfants qui tente désespérément d'allumer une bougie qu'elle désire déposer à l'endroit même où, la veille, son petit-fils a été poignardé. Mais les rafales de vent, la pluie intense qui tombe en lourdes vagues ne cessent d'éteindre la flamme et nous voyons la vieille femme lutter contre les éléments comme elle a toujours lutté contre les duretés de la vie. Mendoza nous dépeint sa capitale comme une sorte de nasse immense où sont pris en otages de la pauvreté, de l'eau, un petit peuple de gens dignes qui donnent à cette misère une sorte de grandeur. Rien de pleurnichard dans le portrait de ces deux femmes âgées autour desquelles s'articule l'histoire, l'une s'efforçant à surmonter  son deuil, l'autre la douleur de savoir son petit-fils criminel. Elles finiront par trouver un accord amiable qui permettra au jeune délinquant de ne pas s'abimer davantage dans l'atmosphère glauque d'une prison. Tout cela nous est raconté avec un réalisme empreint d'une profonde humanité, par petites touches, en une suite de scènes qui nous fait partager dans les détails les plus banals, mais aussi les plus touchants, le quotidien de ces familles qui luttent afin de survivre au milieu d'innombrables difficultés avec un courage extraordinaire.


Equation    Anita Linda


Aucune complaisance de la part de Mendoza pour solliciter l'émotion du public. Non, la vie y est montrée telle quelle, les visages à nu, malmenés par la vie dure. Lola signifie grand-mère en Tagalog. Il y a une scène où l'une de ces vieilles femmes doit fournir des photos d'identité et, pour ce faire, entre dans une cabine photomaton. Mais sur les clichés, on s'aperçoit qu'elle ferme les yeux et il faut donc recommencer la séance et payer à nouveau 50 pesos. Le symbole sous-jacent n'est-il pas que cette vieille femme s'est refusée à affronter son propre visage et a volontairement baissé les paupières. Il y a ainsi de nombreuses scènes semblables à de délicats pastels, en contre-plan et contre-partie de la description à couleurs vives, à bruits stridents, qui est celle de la ville de Manille, de la population, des éléments qui se déversent en cataractes sur les quartiers grouillants.
Celui de Malabon, où se passe le film, est inondé quasiment en permanence et oblige la population à vivre dans des conditions précaires, mais ces malheureux n'ont nulle part où aller, les loyers étant trop onéreux dans des quartiers plus salubres. Malgré ces difficultés, ils parviennent à trouver des solutions à leurs problèmes.


Equation        Rustica Carpia

Le film a été tourné à la saison des pluies. Mendoza souhaitant des ciels sombres pour mieux exprimer la douleur secrète des deux grands-mères. Et la pluie, n'est-ce pas les larmes qu'elles cachent et, pour elles deux, n'est-ce pas la saisons des larmes ?
Les rôles sont tenus par des actrices professionnelles ; Anita Linda, 84 ans, est Sépa, la grand-mère de la victime ; Rustica Carpia, 79 ans, est Puring, l'aïeule du jeune criminel. Elles semblent avoir été filmées par une caméra invisible tellement elles sont surprenantes de naturel. En présentant son film, Mendoza a insisté sur l'importance du rôle des grands-parents dans la société philippine. J'ai eu du mal - a-t-il avoué - à financer mon film, les  rôles titres appartenant à de vieilles femmes. Des vieilles femmes qui s'avèrent être les piliers des familles, oeuvrent pour le meilleur, sans haine, sans rancoeur et tentent de sauvegarder ce qu'il reste d'humain en ce monde. Au milieu d'une jeunesse captivée par la vie moderne, la drogue, le sexe, la violence, elles sont les gardiennes d'une tradition fondée sur la famille et le respect de l'autre.
Un très beau film, dont l'auteur ne nous a pas caché qu'il lui tenait particulièrement à coeur. J'ai aussitôt pensé qu'il avait dû beaucoup aimer sa Lola...

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 08:42

 

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Dans l'agitation de Kaboul, ville tout ensemble remuante et fantomatique, Khaled, chauffeur de taxi, prend en charge une femme vêtue de sa burka. D'elle, il ne remarque que deux choses : elle est grande et elle a un grain de beauté sur la cheville gauche. Lorsqu'elle descend de sa voiture et se perd dans la foule, elle laisse sur le siège arrière son bébé de quelques mois, enveloppé dans ses langes. Le film va nous conter alors les trois jours que Khaled va vivre pour tenter de retrouver la mère et l'évolution de ses sentiments qui vont, au fil des heures, osciller entre abandon et adoption. En effet, Khaled a cinq filles et pas de fils et comme le lui font remarquer ses amis : Khaled, dans quelques années, cet enfant sera une aide pour toi.

Le scénario, auquel a participé Jean-Claude Carrière, est mince et le film pourrait très vite tourner en rond, mais  Barmak Akram,  avec ce premier long métrage  L'enfant de Kaboul ( Kabuli Kid ), nous offre son oeil de cinéaste pour nous faire visiter sa ville natale et nous permettre de  la découvrir autrement qu'au journal télévisé de 20 heures. Après vingt-cinq années de guerre, le décor est brut de brut, tout en plaies et bosses, noyé en permanence dans un nuage de poussière blanche... ou grise, tandis que le fond sonore est assuré par les bruits de rues, les klaxons, les appels des passants, les invites des commerçants ambulants et la musique contemporaine qui a enfin, après les années de silence imposées par les talibans, droit de cité en Afghanistan.


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Les spectateurs que nous sommes deviennent ainsi les témoins de ces existences rudes, de ces vies saisies sur le vif où règnent la débrouille mais également la misère quotidienne : ici des enfants orphelins, là des amputés et partout des femmes bleues, longues silhouettes qui avancent d'un pas rapide comme si elles avaient autant peur d'elles-mêmes que des autres. Grâce à Khaled nous entrons au sein d'une famille : dans une modeste cambuse vivent le vieux père, l'épouse et les cinq filles. Femme et filles soumises qui savent néanmoins jouer, rire, solliciter un petit présent, et servir les hommes avec grâce et discrétion. Incursion dans le quotidien de ces gens ruinés, en état de survie, dans un pays totalement désorganisé, un chaos indescriptible, l'amoncellement des ruines et où le statut de la femme est le pire qui soit. On se rend compte, à contempler cette immense misère, combien il est préférable d'avoir un fils en Afghanistan. Aussi l'arrivée incongrue de cet enfant mâle dans la famille de Khaled pourrait-elle changer la donne. Tous en sont conscients.


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Le film permet également de côtoyer différentes institutions avec un regard amusé : l'orphelinat où le manque de moyens invite aux compromis, Radio-Kaboul et ses misérables locaux, enfin les ONG qui tentent, autant que faire se peut, d'apporter une aide aux familles et, principalement, aux enfants. Si bien que ce long métrage est peut-être davantage un documentaire qu'un film. Pas d'histoire émouvante mais un constat, une réalité qui est l'Histoire en elle-même, un voyage, un récit, un témoignage, rythmé par l'ordinaire des jours, une fatalité qui semble parfois esquisser un sourire.

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 11:01

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" Certains combats font l'histoire, d'autres la changent à jamais ".

 

Les 3 Royaumes  de  John Woo  est un film événement à maints égards : tout d'abord pour sa mise en scène époustouflante, son rythme, son audace picturale,  la conduite de l'histoire, l'interprétation, autant d'éléments qui coupent le souffle. Sans être une adepte inconditionnelle des grands spectacles, celui-ci est d'un intérêt, d'une qualité tels, qu'il serait dommage de le manquer, tant on a l'impression d'entrer dans une page d'histoire, de voir le passé se réanimer sous nos yeux avec une incroyable actualité. Le réalisateur est connu des cinéphiles du monde entier depuis longtemps. Ses polars comme  Le syndicat du crime,  The Killer,   A toute épreuve,  ponctués de fusillades dantesques chorégraphiées comme des ballets, l'ont imposé dans les années 80-90 comme un surdoué de la violence irréaliste, adepte d'un langage cinématographique plus proche de la musique que de la simple mise en images. Parti à Hollywood en 1993, il est le seul des cinéastes de HongKong qui ont émigré aux Etats-Unis avant la rétrocession de la péninsule à la Chine en 1997, à avoir fait son trou dans la Mecque du cinéma.  Après avoir signé quelques oeuvres de commande comme Mission impossible 2 et deux films majeurs  Volte-Face  et  Windtalkers,  tous deux avec Nicolas Cage, John Woo est revenu dans son pays natal.

La raison principale de ce retour au bercail est une fresque historique Les 3 royaumes ( présenté en Chine sous la forme d'un diptyque de quatre heures, le film sort en Europe dans une version de 2 heures 30 remontée par le réalisateur ), qui cumule les records du plus gros budget chinois et du plus gros succès de tous les temps ( il a même détrôné  Les seigneurs de la guerre .


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Un faste spectaculaire a été mis au service d'une histoire mythique, celle de la célèbre bataille de la Falaise rouge, qui opposa, au IIIe siècle, les armées alliées des royaumes de Wu et de Shu à celles des forces impériales, bien plus nombreuses. Même écourté, ce film reste le plus impressionnant de son auteur, un tableau guerrier où s'entremêlent enjeux stratégiques et destins hors normes, littéralement sublimés par John Woo qui, une fois de plus, parvient à faire émerger du chaos des armes, une puissance et une beauté rare.
Il est significatif de souligner à quel point la Chine aime à se souvenir de son passé et à le ré-actualiser avec ce panache, cette grandeur, cette puissance, au point qu'il paraît émerger comme une vague du fond des temps, plaçant désormais sur le marché international le cinéma chinois sur un pied d'égalité avec Hollywood.
Dans Les 3 royaumes se succèdent bien sûr de nombreuses scènes de batailles, étourdissantes de maestria, mais il serait injuste de résumer le film de John Woo à la seule action violente. Ce metteur en scène, éduqué dans une école luthérienne, est un fervent chrétien, d'obédience protestante, mais fasciné par l'imagerie catholique et ses guerriers sont le plus souvent des chevaliers au grand coeur défendant la veuve et l'orphelin au péril de leur vie. Son dernier film ne déroge pas à la règle. C'est un film de guerre très réaliste qui parle de courage, d'amitié et de loyauté - dit-il. Ces valeurs obsèdent littéralement John Woo. Conscient qu'on le réduit souvent à la violence présente dans ses films, il tient à préciser :
Je n'ai jamais aimé la guerre, ni la violence qui en découle. Le conflit que je dépeins a eu lieu il y a 1800 ans et pourtant rien n'a changé. Une guerre, c'est toujours une tragédie ponctuée d'horreurs sans véritable vainqueur. Pour autant, je n'ai pas perdu confiance en l'humanité. Je crois l'homme aussi capable de choses magnifiques, comme le sacrifice, la recherche de la beauté et de la vérité

Artisan aussi infatigable que modeste, John Woo aime à se définir comme un cinéaste qui travaille dur et dit vénérer les films de Jean-Pierre Melville, Jacques Demy et Sam Peckinpah. On le croit volontiers. A assister à la projection de son dernier opus, on imagine le travail immense que cela représente, ne serait-ce que pour mettre en images ces batailles pharaoniques.D'autant plus qu'aucun détail n'a été négligé et que chacune des scènes est d'une précision d'horloge et d'une recherche esthétique incomparable.


Lin Chi-Ling. Metropolitan FilmExport


Héroïsme, romantisme, abnégation, esprit de sacrifice sont donc au rendez-vous tout au long de cette fresque grandiose et épique qui nous plonge au coeur de la civilisation et de la culture chinoises et nous décrit comment dans les années 230/250 de notre ère l'empire du milieu se partagea en trois royaumes et les conséquences qui en découlèrent. John Woo s'est inspiré d'un roman classique chinois, datant du XIIIe siècle, et a resserré son scénario autour de l'épisode clé de la fameuse bataille de la Falaise rouge qui fut déterminant pour l'avenir de la Chine. Un film en tous points réussi et qui démontre, si besoin était encore, ce que le 7e Art est en mesure d'offrir quand il est traité par un maître de l'image.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE


Takeshi Kaneshiro. Metropolitan FilmExport

 

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 11:40

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Huit rêves, huit promenades dans l'inconscient, dérives fantasmatiques ou visions prémonitoires, dont le héros est le réalisateur lui-même. Dans les premiers épisodes, l'auteur est encore un enfant, dans les six autres, il est successivement un adolescent, un étudiant, un adulte, un homme mûr puis un vieillard, l'interprète étant un acteur qui lui ressemble : certains de ces rêves proviennent de mon enfance- a déclaré Kurosawa - mais il ne s'agit pas pour autant d'un film autobiographique, plutôt de quelque chose d'instinctif.
Rares sont les films dans lesquels le rêve constitue le ressort principal de l'intrigue, nous ouvrant les portes d'une seconde vie chère au poète Gérard de Nerval. Kurosawa l'a osé et exauce ainsi le voeu surréaliste du " jeu désintéressé de la pensée ", faisant, par ailleurs, de cet opus, son oeuvre testamentaire.

En voici la teneur :

Soleil sous la pluie - A.K. a cinq ans. Perdu dans la forêt, il rencontre un mystérieux cortège nuptial dont les officiants ont des têtes de renard.

Le verger aux pêchers : Fuyant la maison paternelle, l'enfant assiste à un ballet somptueux donné par des figurines impériales dans un verger dévasté qu'elles ont fait refleurir.

La tempête de neige : Une équipe d'alpinistes, dirigée par A.K. jeune homme, est la proie de la cruelle Fée des neiges.

Le tunnel : Un épisode de la guerre, où le capitaine A.K. voit surgir, d'un tunnel gardé par un chien-loup, les fantômes de ses hommes morts au combat.

Les corbeaux :  En visite dans une galerie de peinture, A.K. pénètre dans un tableau de Van Gogh et y rencontre l'artiste en personne, se promenant librement à travers ses toiles.

Le Mont Fuji en rouge : L'explosion d'une centrale nucléaire a embrasé le séculaire Mont. A.K. reste impuissant devant la catastrophe qui provoque la mort de milliers de personnes.

Les démons gémissants : La guerre atomique a ravagé la planète, à présent hantée par des morts-vivants qui se dévorent entre eux.

Le village des moulins à eau : Dans une contrée bucolique, où l'on ignore le progrès de l'industrialisation, un paysan centenaire, féru d'écologie, enterre dans la joie sa compagne de 99 ans...

Rien de plus naïf que ces rêves-là qui nous parlent de l'enfance du dormeur, de sa crainte de la mort et de la radioactivité, de sa nostalgie du paradis perdu, du soleil sous la pluie, du Mont Fuji et de la Mère nature. Cinéaste que l'on a pu croire longtemps orienté vers le réalisme, Kurosawa est, en définitive, un lyrique, plus à l'aise dans le monde imaginaire et en parfait accord avec la tradition japonaise du conte fantastique.Souvenons-nous des amants d' Un merveilleux dimanche ( 1947 ) échappant au sordide de la vie quotidienne en s'imaginant un avenir meilleur ; du clochard de Dodes'Kaden( 1970 ) qui conduit un tramway fantôme et se voit propriétaire d'une luxueuse demeure, de tels films signent l'oeuvre d'un poète authentique, préoccupé d'une harmonie " homme nature " dont nous avons perdu le secret et qui semble, à Kurosawa, indispensable à retrouver si nous voulons assurer la survie de l'espèce humaine et redécouvrir les valeurs fondamentales de la vie. Croyance utopique, sans doute, qui s'apparente à celle des grands visionnaires chers au cinéaste japonais, Shakespeare et Dostoïevski, en quête, comme lui, d'un havre dans la tempête et qui savent que nous sommes faits de la même étoffe que les songes.

     


Ce souci d'harmonie, cette poésie d'un quotidien transfiguré composent le message spirituel de Rêves, en même temps que sa splendide modernité. Par delà la dénonciation des saccages de l'environnement, du péril nucléaire, de la vanité des conquêtes scientifiques, il y a dans cette oeuvre majeure l'affirmation sereine de la pérénité de la nature et de la toute puissance de l'art, que l'on est en droit d'envisager comme une réalité tangible et où l'on peut, grâce aux facultés infinies de l'imaginaire, s'immerger et se ressourcer. Il suffit de la contemplation d'un arc-en-ciel couronnant un parterre de fleurs sur un fond de montagnes millénaires pour renouer avec la paix intérieure et supputer les possibilités immenses que recèle le monde. Fruit de la tendresse pour le passé, des convictions profondes et du pressentiment d'un avenir funeste de son auteur, ce long métrage, d'une beauté saisissante, prêche avec ferveur pour la protection d'une nature en péril et d'une humanité déboussolée par l'accélération exagérée du progrès.

 

Pour lire l'article consacré à Akira Kurosawa, cliquer sur son titre :

 

AKIRA KUROSAWA OU UN ART PICTURAL EXTREME

 

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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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