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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 11:40

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Huit rêves, huit promenades dans l'inconscient, dérives fantasmatiques ou visions prémonitoires, dont le héros est le réalisateur lui-même. Dans les premiers épisodes, l'auteur est encore un enfant, dans les six autres, il est successivement un adolescent, un étudiant, un adulte, un homme mûr puis un vieillard, l'interprète étant un acteur qui lui ressemble : certains de ces rêves proviennent de mon enfance- a déclaré Kurosawa - mais il ne s'agit pas pour autant d'un film autobiographique, plutôt de quelque chose d'instinctif.
Rares sont les films dans lesquels le rêve constitue le ressort principal de l'intrigue, nous ouvrant les portes d'une seconde vie chère au poète Gérard de Nerval. Kurosawa l'a osé et exauce ainsi le voeu surréaliste du " jeu désintéressé de la pensée ", faisant, par ailleurs, de cet opus, son oeuvre testamentaire.

En voici la teneur :

Soleil sous la pluie - A.K. a cinq ans. Perdu dans la forêt, il rencontre un mystérieux cortège nuptial dont les officiants ont des têtes de renard.

Le verger aux pêchers : Fuyant la maison paternelle, l'enfant assiste à un ballet somptueux donné par des figurines impériales dans un verger dévasté qu'elles ont fait refleurir.

La tempête de neige : Une équipe d'alpinistes, dirigée par A.K. jeune homme, est la proie de la cruelle Fée des neiges.

Le tunnel : Un épisode de la guerre, où le capitaine A.K. voit surgir, d'un tunnel gardé par un chien-loup, les fantômes de ses hommes morts au combat.

Les corbeaux :  En visite dans une galerie de peinture, A.K. pénètre dans un tableau de Van Gogh et y rencontre l'artiste en personne, se promenant librement à travers ses toiles.

Le Mont Fuji en rouge : L'explosion d'une centrale nucléaire a embrasé le séculaire Mont. A.K. reste impuissant devant la catastrophe qui provoque la mort de milliers de personnes.

Les démons gémissants : La guerre atomique a ravagé la planète, à présent hantée par des morts-vivants qui se dévorent entre eux.

Le village des moulins à eau : Dans une contrée bucolique, où l'on ignore le progrès de l'industrialisation, un paysan centenaire, féru d'écologie, enterre dans la joie sa compagne de 99 ans...

Rien de plus naïf que ces rêves-là qui nous parlent de l'enfance du dormeur, de sa crainte de la mort et de la radioactivité, de sa nostalgie du paradis perdu, du soleil sous la pluie, du Mont Fuji et de la Mère nature. Cinéaste que l'on a pu croire longtemps orienté vers le réalisme, Kurosawa est, en définitive, un lyrique, plus à l'aise dans le monde imaginaire et en parfait accord avec la tradition japonaise du conte fantastique.Souvenons-nous des amants d' Un merveilleux dimanche ( 1947 ) échappant au sordide de la vie quotidienne en s'imaginant un avenir meilleur ; du clochard de Dodes'Kaden( 1970 ) qui conduit un tramway fantôme et se voit propriétaire d'une luxueuse demeure, de tels films signent l'oeuvre d'un poète authentique, préoccupé d'une harmonie " homme nature " dont nous avons perdu le secret et qui semble, à Kurosawa, indispensable à retrouver si nous voulons assurer la survie de l'espèce humaine et redécouvrir les valeurs fondamentales de la vie. Croyance utopique, sans doute, qui s'apparente à celle des grands visionnaires chers au cinéaste japonais, Shakespeare et Dostoïevski, en quête, comme lui, d'un havre dans la tempête et qui savent que nous sommes faits de la même étoffe que les songes.

     


Ce souci d'harmonie, cette poésie d'un quotidien transfiguré composent le message spirituel de Rêves, en même temps que sa splendide modernité. Par delà la dénonciation des saccages de l'environnement, du péril nucléaire, de la vanité des conquêtes scientifiques, il y a dans cette oeuvre majeure l'affirmation sereine de la pérénité de la nature et de la toute puissance de l'art, que l'on est en droit d'envisager comme une réalité tangible et où l'on peut, grâce aux facultés infinies de l'imaginaire, s'immerger et se ressourcer. Il suffit de la contemplation d'un arc-en-ciel couronnant un parterre de fleurs sur un fond de montagnes millénaires pour renouer avec la paix intérieure et supputer les possibilités immenses que recèle le monde. Fruit de la tendresse pour le passé, des convictions profondes et du pressentiment d'un avenir funeste de son auteur, ce long métrage, d'une beauté saisissante, prêche avec ferveur pour la protection d'une nature en péril et d'une humanité déboussolée par l'accélération exagérée du progrès.

 

Pour lire l'article consacré à Akira Kurosawa, cliquer sur son titre :

 

AKIRA KUROSAWA OU UN ART PICTURAL EXTREME

 

Et pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 

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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 10:41

Haut et Court      VIDEO

 

Persuadé qu'un tueur en série fait disparaître une à une ses filles, un ex-flic devenu proxénète part à la recherche de la dernière. Il a réalisé, en effet, qu'elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable. Joong-ho se lance dès lors dans une chasse à l'homme persuadé qu'il peut encore sauver Mi-jin...Premier film d'un jeune réalisateur sud-coréen  Na Hong-jin  que le récent Festival du Cinéma Asiatique de Deauville a couronné du Lotus Action Asia 2009, ce polar atypique et débordant d'énergie entraîne le spectateur dans une traque éperdue, où l'horreur et l'action le disputent à l'humour noir et à la tragédie, tandis que se dessine peu à peu le personnage d'un anti-héros cynique aussi peu conventionnel que possible dans une mise en scène un peu brouillonne qui ne permet pas à cet opus de rivaliser avec ses illustres prédécesseurs  Old boy et  Memories of Murder.


Haut et Court


Ce serial killer terrifiant à maints égards, souvent inutilement violent et très typiquement sud-coréen par sa noirceur, nous fait assister pendant 2h 30 à une chasse à l'homme impitoyable dans les rues tortueuses de Séoul, labyrinthe inextricable visité la plupart du temps de nuit, dans une lumière glauque qui rend encore plus oppressante cette ville tentaculaire. Efficace dans sa peinture sans concession d'une société corrompue, mais présenté selon des critères manichéens excessifs, ce long métrage use du cynisme avec une sombre jubilation. D'autre part, l'oeuvre n'est pas dénuée d'une arrière pensée démagogique, car il est évident que l'auteur ne cesse de pointer du doigt un état incompétent, ainsi qu'une humanité pitoyable et des fonctionnaires pour la plupart véreux, versant dans l'apologie de la justice individuelle. Ainsi  The Chaser  est-il, au final, une histoire cruelle, sans grand espoir de rédemption, un film ténébreux qui nous révèle l'homme sous son aspect  le plus désespérant, donnant le ton a ce que fut, dans l'ensemble, le Festival Asia de Deauville 2009. D'autant que le dernier quart d'heure, qui tire en longueur, nous donne la sensation que l'image, elle-même, finit par s'épuiser. Cet ancien flic marginal endosse donc les maux qu'il a engendrés et seul contre tous tente d'échapper à la poursuite du tueur fou, se heurtant, par ailleurs, au mur infranchissable du système policier. Cette virée nocturne déchaînée se déroule d'un bout à l'autre dans une tension furieuse et animale et vous laissse, à la sortie, anéanti et sonné. Percutant.

 

3-e-toiles

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 


Haut et Court

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 18:46

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Déconcertant et certes morbide, ce film de Baek Seung-bin ne laisse pas indifférent. Il sort des sentiers battus et plonge le spectateur dans les méandres du subconscient sans être jamais ni banal, ni ennuyeux, contrairement à beaucoup des films présentés cette année au Festival du cinéma Asiatique de Deauville. Un film très finaud même, qu'il faut voir au second degré et qui en déconcertera plus d'un, mais est celui qui a fait sur moi la plus forte impression par son côté énigmatique et sa quête de sens.

Son titre pourrait inciter à la comparaison avec  Joyeuses funérailles,  mais, non, ce dernier n'a rien à voir avec l'opus de Frank Oz. D'abord parce qu'il y a dans ce premier long métrage du cinéaste sud-coréen  Baek Seung-bin  une véritable recherche sur le thème de la mort. Mais de quelle mort s'agit-il ? Plutôt que de la disparition physique d'un être, n'est-ce pas davantage de ces morts successives qui surviennent à tous moments dans nos vies, morts intimes que sont successivement la fin de l'enfance, la fin d'un amour ou mieux encore la mort que l'existence nous oblige à imposer à une vocation, à un rêve, à une espérance, à un désir ?


Au commencement, nous voyons trois personnages réunis autour d'une table, le père, la mère, la fille, dans l'attente des funérailles d'un jeune garçon avec lequel chacun d'eux a eu une relation particulière et ignorée des deux autres. Ils sont aussi les personnages emblématiques d'un roman écrit par le défunt avant de mourir. Mais est-il mort ? N'a-t-il pas voulu s'effacer de manière à ce que son manuscrit soit, en définitive, sa vraie vie, sa seule vie ? L'énigme est posée. Qu'est-ce que la vie ? Où est-elle la plus présente, la plus authentique, est-ce dans le fictif, dans le réel ? L'intelligence du film est d'être une variation fascinante et inattendue sur ce thème avec, en arrière plan, un humour décalé. A travers ces trois personnages qui tous ont renoncé à quelque chose d'essentiel, la mort est devenue une compagne assez quotidienne et peu dérangeante. Le père, entraîneur sportif, est quelqu'un qui se résout difficilement à faire le deuil de ses pulsions homosexuelles, sa femme - admirablement campée par Park Myung-sin, l'actrice de  Lady Vengeance  - aurait tant voulu être comme son père un professeur reconnu et faire école, alors qu'elle n'est qu'une simple enseignante aigrie par la désillusion ; quant à leur fille, son grand-père a su avec cruauté la décourager d'être jamais une écrivaine. Tous trois ont donc dû tuer en eux et voir mourir ce qui comptait le plus : leurs aspirations secrètes. Leur rencontre avec l'auteur en herbe est comme une revanche sur le mauvais sort, leur entrée solennelle dans le fictif, dans le roman en train de s'écrire où ils sont enfin ce qu'ils n'ont pu être. A travers le regard sans concession de ce jeune garçon précoce, l'un a cru rencontrer l'amour véritable, la seconde reconnaître l'élève surdoué que l'on inspire, la troisième l'allié, le complice dans l'imaginaire.

Macabre ce film ? Pas vraiment, tant les clins d'oeil d'humour se répètent à plusieurs reprises, ici un défunt qui sourit, une main morte qui est un signe, des photos qui rendent vivant ce qui ne l'est plus, tant les citations, les références littéraires sont de qualité, enfin tant l'ironie des regards et des sourires - tout particulièrement celui de la jeune fille dont le ravissant visage éclaire la pellicule - sont bien présents pour baliser cette voie à double sens et à double objectif.

La dernière scène, qui fait écho à la première, concrétise par une pirouette magistrale les propos du cinéaste : tandis que l'on apporte le potage aux trois protagonistes, le père se plaint que ce plat est fade. Alors que voit-on ? Le jeune homme, dont ils sont sensés assister aux funérailles, de dos, leur tendre la salière, soit le sel de la vie...


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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 12:43

Diaphana Films        VIDEO


Après la mort de son mari, tué dans un accident de voiture, Shin-ae décide de s'installer dans la ville natale de ce dernier, Miryang, avec son fils June, et de donner des leçons de piano pour survivre. Ce nouveau départ sera néanmoins laminé par le déroulement implacable de funestes événements. June est enlevé et tué par un déséquilibré mental, après que celui-ci ait exigé une rançon de la mère que certains croient riche, car elle a, à un moment, désiré faire l'acquisition d'un bien immobilier. A partir de là, la vie de Shin-ae chancelle et la tragédie la plus noire va submerger l'écran et nous emporter dans son ténébreux limon, sans apporter de réponse à aucune de nos interrogations et signifié, ou mieux symbolisé, le titre du film : " luminosité secrète ".

Secret Sunshine  est une implacable étude de moeurs qui renvoie dos à dos la famille ( incapable de porter secours à la jeune femme ), les voisins ( victimes d'a priori et d'hypocrisie ), les croyants ( eux-mêmes tentés par l'adultère et inhibés dans des rituels enfantins ), si bien qu'après avoir cédé à des impératifs religieux insuffisamment structurés, connu toutes les formes du désespoir, cela jusqu'au suicide, la jeune femme comprend que le seul secours à cette fatalité qui semble la poursuivre, ne peut venir ni du ciel trop bleu et trop lumineux, ni de la terre boueuse, saturée d'épreuves, mais d'elle seule.


Song Kang-Ho et Jeon Do-Yeon. Diaphana Films


Quant à cet invisible, présent tout au long du film, il n'est autre que l'appel d'amour que Shin-ae incarne et que personne ne semble en mesure de lui donner, pas même le garagiste mal dégrossi et seul personnage qui ait à son égard une réelle tendresse, mais qui ne sait ni l'exprimer, ni la concrétiser, pas plus qu'il n'est apte à vivre auprès d'elle une relation authentiquement amoureuse. Il apparaît ainsi que le drame de Shin-ae n'est pas tant dans les épreuves qu'elle traverse que dans l'incapacité des autres à la comprendre, à lui proposer d'autres solutions que des prières naïves et répétitives et d'ignorer la lumière qui est en elle, flamme vacillante qui ne parvient même pas à l'éclairer personnellement.

L'interprétation de  Jeon Do-yeon  est digne d'éloges. La jeune actrice habite son rôle avec une ferveur, un engagement total, mais le personnage que le cinéaste lui a demandé d'incarner manque de subtilité, de finesse, il est sans nuances avec des changements d'attitudes et de comportements brutaux que l'on comprend mal. Il y a de la part de cette jeune héroïne, autour de laquelle le film se construit, une rigidité déconcertante, une suite d'apprentissages qui va de faillites en désillusions, frôlant les gouffres à tous moments, en fonction d'états d'âme successifs et paroxysmiques qui nous échappent le plus souvent. Oeuvre non de renaissance mais de survie improbable entre douleur extrême et haine, cette épopée intimiste n'a pas vraiment su m'émouvoir. Trop sombre, trop abrupte, trop concentrée sur une douleur absolue quasi indépassable, celle-ci m'a tenue en lisière. C'est d'autant plus dommage que ce long métrage avait tous les ingrédients pour être un grand film. Mais nous sentons bien que nous devenons avec cet opus les otages d'un flux émotionnel surabondant. Et Dieu dans tout cela ? Filmé sur le mode documentaire frisant la caricature, le point de vue de l'auteur reste sur ce plan tout à fait incertain, car trop simpliste, n'abordant aucune voie de rédemption plausible. Au point qu'aucun interstice de lumière ne s'offre à nous, qu'aucun apaisement ne s'entrevoit, que ce film donne dans l'inconsolable et que l'on sort de la salle hébété par une douleur totalement envahissante.

 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Lee Chang-dong, cliquer sur son titre :

 

LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN



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Jeon Do-Yeon. Diaphana Films

 

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 10:32

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Qui es- tu ? Je suis la reine des mers du Sud. Alors guéris-moi de mon chagrin.

Ivan est russe, son voisin Assan est kazakh. Ils vivent en voisins dans un petit village, mais la vie n'est pas facile pour Ivan qui craint que l'enfant que sa femme vient de mettre au monde ne soit le fils d'Assan, pour la raison qu'il a les cheveux noirs et les yeux bridés. Alors qu'il est blond comme un moujik. Et la vie l'est bientôt davantage, car l'enfant se révèle rebelle et préfère dresser les chevaux sauvages que d'aller à l'école. S'ajoute à ces soucis le peu d'égard et d'estime que la famille d'origine cosaque de sa femme manifeste à son intention. Aussi Ivan, le moujik, ne cesse de ressasser son amertume, de se battre avec son beau-frère, de s'isoler et se disputer violemment avec sa compagne Anna. De désespoir, il se rend chez son grand-père et apprend l'histoire de sa famille. Des nomades qui vivaient sous la yourte, faisaient paître leurs troupeaux, tout en se mélangeant parfois, au hasard des rencontres et de l'amour,  et cela contre la volonté des aînés.
Mais ces ancêtres furent décimés par les armées du tsar. Ainsi, des générations partagées entre haine et amour, entre chrétiens et musulmans, européens et asiatiques n'ont -elles cessé de tisser des liens étroits et d'écrire une histoire de passion et de fureur. Heureusement, les chants des mers du sud consolent les hommes affligés, partis à la quête de la paix, en un voyage réel et imaginaire.

 

Ce conte onirique nous fait voyager dans les paysages de l'Asie centrale, une région où les frontières se fondent. Dans les films de Marat Sarulu, le thème du voyage est récurrent.  Mes personnages sont à la recherche de leur voie - déclare le réalisateur. Ils voyagent à travers leurs pays, leurs origines, leurs pensées.
Il n'est donc pas question ici d'une simple métaphore du voyage, mais d'un périple intérieur dont la ligne de mire est de se trouver, se retrouver.
Marat Sarulu révèle que Chants des mers du sudest l'aboutissement d'un projet entre quatre pays d'Asie centrale, ce qui lui a permis de recueillir plus aisément les fonds nécessaires à sa réalisation, grâce à cette aide partagée.
Dès lors, il a pu construire son scénario et tourner ce quatrième long métrage qui fait suite à  In Spe  ( 1993 ),  My brother silk road  ( 2002 ), Rough river placid sea ( 2004 ). La rudesse du thème choisi et son authenticité de traitement frappent et dépaysent d'emblée le spectateur. J'ai bien aimé ce chant sauvage, âpre, d'une terre qui semble ouverte à tous les horizons, tous les brassages, tous les affrontements, toutes les influences, tous les passages. Quelque chose de violent, risible, puis apaisé vous saisit. La beauté est présente, mêlée à la douleur de ne pas être assuré de la route, de s'égarer en ses propres méandres, victime de ces immensités intérieure et extérieure qui, en permanence, voilent leurs contours.


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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 13:02

Films sans Frontières  

 

Réalisé en 1953, trois ans avant sa mort,  Les contes de la lune vague après la pluie  est le chef-d'oeuvre de  Mizoguchi,  le film qui résume idéalement sa vision des valeurs essentielles et sa relation avec l'art, souvent narcissique et égoïste, qui se doit de donner une image sublimée de la vie. L'artiste, tel que Mizoguchi le conçoit, doit passer par la beauté qu'il condamne pour atteindre la vérité qu'il défend. Si l'art doit aider à vivre, comprendre, aimer, il reste cependant extérieur, ritualisé, social et décoratif, donc dangereux et mortel. C'est ainsi que le cinéaste japonais l'exprime à travers le personnage du potier Genjuro, nous livrant, dans cet opus, une réflexion sans précédent sur le conflit des désirs masculins et féminins et la finalité inexorable de l'art. Cela, avec une précision et une poésie extraordinaire de la mise en scène. Mizoguchi utilise sa caméra pour y dessiner des plans qui rappellent la pureté des traits de pinceau des maîtres de l'estampe et nous plonge dans le grand art, celui dont les secrets échappent à l'analyse.    

 


Films sans Frontières


Jamais de pittoresque vain ou d'anecdotes futiles, mais la vérité sans détours des êtres et des choses. Néanmoins, derrière cette simplicité des cadrages et des mouvements de caméra se cachent une accumulation de détails, de matière, une richesse qui a l'élégance de rester invisible. L'art de Mizoguchi, c'est cela, une simplicité foisonnante. Peu d'effets de caméra, de travellings, mais soudain, quand ils jaillissent en cours de plan, ils ont une fulgurante beauté  - écrivait Jean-Luc Godard, après avoir assisté, émerveillé, à une projection de ces contes de la lune vague. 



Films sans Frontières

 

Ce film se déroule au XVIe siècle, dans un Japon ravagé par des guerres civiles. Dans un village, du nom de Ohmi, vivent pauvrement le potier Genjuro et le paysan Tobei avec leurs épouses respectives Miyagi et Ohama. Mais, alors que les épouses n'ont d'autre ambition que d'être les gardiennes du foyer, les hommes poursuivent des rêves d'enrichissement et de gloire. Tous deux partent à la ville dans l'espoir, pour l'un de vendre ses poteries, pour l'autre de se faire enrôler comme samouraï. Tandis que Tobei est arrivé à dérober à son beau-frère l'argent de la vente afin de s'acheter l'équipement indispensable à sa nouvelle fonction, Genjuro est entraîné par une femme mystérieuse Machiko, dernière survivante d'une riche famille assassinée par les hordes de l'armée de Shibaka, qui lui apparaît comme la femme idéale, avec laquelle il va connaître des plaisirs édoniques et réaliser, plus tard, qu'il a été le jouet d'une illusion. Ainsi l'un est-il la victime de son fétichisme féminin et l'autre le jouet de ses fantasmes de virilité triomphante qui, au final, les jetteront ensemble dans le désenchantement.



Le thème de la rédemption à travers la femme va prendre ici une dimension religieuse encore plus nette que dans  La vie d'Oharu, femme galante.  En effet, la fin se conclut par le triomphe posthume de Miyagi qui, bien que morte, insufle à son époux, revenu au foyer, le sens des réalités simples et quotidiennes qui sont celles d'une existence en accord avec la vie réelle, et par celui d'Ohama qui elle aussi va permettre à son mari de rompre avec le sortilège de la puissance fictive. D'ailleurs, en gage de sa sagesse retrouvée, ce dernier jettera dans la rivière sabre et armure, symboles dérisoires de toutes les vanités, alors que Genjuro reprendra son métier de potier auprès de son fils et non loin de la tombe de Miyagi qui semble veiller sur eux.

Ce film magnifique obtint en 1953 le Lion d'argent à la Mostra de Venise.

 

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Films sans Frontières



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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:12

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Au XVIIIe siècle, dans un temple consacré aux mille Boudhas, Oharu, une prostituée vieillissante, croit apercevoir le visage et l'expression du seul homme qu'elle ait jamais aimé. A partir de cette scène d'ouverture, la pellicule, changée en une machine à remonter le temps, va nous conter la vie d'une femme déchue, poursuivie par la fatalité, au point que son parcours ne sera autre qu'une lente descente aux enfers digne de Dante. Tragédie certes, sous son apparence la plus sombre, thème obsédant du malheur sans cesse annoncé et vécu dans une sorte de fatalisme consentant, l'héroïne n'ayant plus qu'un rêve : apercevoir de loin son fils devenu le seigneur des lieux et s'évanouir dans le néant.

Oharu est une jeune fille de petite noblesse promise à devenir la femme d'un noble qu'elle n'aime pas, alors qu'un jeune samouraï de sa suite la poursuit de ses avances et l'assure d'un amour éternel. Mais cet amour leur est interdit, le jeune homme étant d'une caste inférieure à celle d'Oharu. Surpris ensemble par la police locale, les amants sont emmenés et livrés à la vindicte du seigneur et de sa cour : Oharu sera chassée de la province ainsi que ses parents ; le samouraï, décapité au sabre.


Inspirée d'un roman de Saikaku Ihara, cette histoire va, à partir de là, nous dérouler son impressionnante suite d'événements plus sombres et tragiques les uns que les autres. Revenue chez ses parents, Oharu est inscrite par sa mère à une école de danse et là, remarquée pour sa beauté, elle se retrouve à la cour d'un puissant seigneur, chargée d'être la mère porteuse de l'enfant, que sa femme stérile, ne peut lui donner. Oharu remplira son contrat et donnera un héritier mâle en même temps qu'elle sera répudiée pour ne pas offenser davantage l'épouse légitime. Son père, qui a fait des dettes, supposant que la situation privilégiée de sa fille lui assurerait des rentes à vie, de dépit, la vend comme courtisane à un tenancier de maison close, où sa douceur, son éducation, sa beauté la feront apprécier d'un homme apparemment riche qui désire la racheter et en faire son épouse, mais se révèle être, par la suite, un faux-monnayeur. Si bien qu'après ce nouvel échec, ses parents la recommande à une femme qui cherche une servante de confiance pour la raison qu'elle cache à son mari un secret : elle est devenue chauve à la suite d'une maladie et dissimule cette calvitie sous des postiches savamment coiffés, d'où la discrétion qu'elle exige de celle qui sera chargée de cette tâche. Oharu va s'en acquitter avec soin jusqu'à ce que le mari se souvienne l'avoir aperçue dans la maison close. L'épouse, folle de jalousie, exige son départ mais, entre temps, Oharu a rencontré un employé du mari avec lequel elle s'associe et se livre au commerce des éventails. Bonheur fugitif pour cette jeune femme qui se sent enfin appréciée, mais bonheur bientôt brisé par la mort du compagnon tué dans la rue par un voleur. De désespoir, Oharu accepte l'hospitalité de nonnes et espère redevenir une femme respectée jusqu'au moment où l'un de ses anciens créanciers abuse d'elle. Chassée du monastère, elle se fait chanteuse de rue et sera finalement recueillie par des prostituées de bas étage mais au coeur généreux. La boucle est bouclée, Oharu est retombée dans sa condition antérieure : celle d'une femme de petite vertu que l'on montre du doigt tant elle représente la déchéance inéluctable où conduisent, tout ensemble, les faiblesses de la chair et l'effroyable rigidité des moeurs de l'époque. La dernière image nous reconduit au temple des mille Boudhas, ces dieux masculins auprès desquels les prostituées, dans un éclat de rire, reconnaissent les expressions de leurs divers amants. Scène d'une grande puissance qui frappe parce que ce rire déchirant et, ô combien tragique, exprime la souffrance de ces malheureuses victimes d'une gente toute puissante qui les a réduites à n'être que des esclaves méprisées et humiliées. L'amour leur a été refusé ; elles ont été monnayées comme des objets et ont subi successivement l'autorité d'un père, ensuite celle d'un amant, d'un souteneur ou d'un mari.

 

A travers le destin d'Oharu, Kenji Mizoguchi nous montre comment l'organisation sociale d'une société féodale repose sur la toute puissance masculine. Il déroule son oeuvre comme un long poème servi par une mise en scène sobre et rigoureuse, captivante comme un diamant noir aux funèbres éclats. Comme toujours, chez ce cinéaste,  ardent défenseur de la cause féminine, le mâle ne respecte qu'occasionnellement ses devoirs les plus élémentaires, les règles traditionnelles nippones lui ayant octroyé des privilèges seigneuriaux.  La vie d'Oharu, femme galante est sorti en 1952 et dénonçait ces abus, encore fréquents, dans l'Empire du Soleil Levant  à l'égard du beau sexe et eut, pour principal mérite, avec des moyens financiers dérisoires, de propulser le cinéma japonais sur le devant de la scène internationale en obtenant le Lion d'Or au Festival de Venise de la même année. Ainsi le cinéaste livrait-il au monde un message universel et bouleversant qui sonne toujours aussi juste aujourd'hui où, un peu partout sur notre planète, des femmes sont encore monnayées et maltraitées. L'actrice  Kinuyo Tanaka  joue dans la tradition des actrices du muet ce rôle peu bavard, tout en expressions pathétiques et en une gestuelle douloureuse de femme écrasée par son destin.

 

Pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, dont Les contes de la lune vague sous la pluie, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 17:55

ARP Sélection         BANDE ANNONCE


Après la Chine, où le film a raflé toutes les récompenses, Les seigneurs de la guerre de Peter Chan arrive ce mercredi 28 janvier sur les écrans français, précédé d'une réputation qui l'a fait comparer à un tsunami, rien de moins. Fresque historique spectaculaire au coeur de l'empire Mandchou, ce film se déroule durant la seconde moitié du XIXe siècle chinois, aussi riche en bouleversements et en drames que le fut le XVIIIe en France. Mais les thèmes abordés n'en sont pas moins universels : la fraternité d'armes, la fidélité, l'amitié, l'ambition, la trahison, le courage, l'esprit de sacrifice. L'histoire est celle de trois hommes ( un général vaincu qui rêve de vengeance et de deux bandits d'honneur ) qui choisissent d'unir leurs forces et leurs destins dans la lutte armée, malgré ou grâce à une femme, à laquelle le film doit en partie son intérêt et son originalité.

 

Jinglei Xu. ARP Sélection    Xu Jinglei


Moments intimistes et batailles s'y succèdent, en effet, dans un souci constant d'harmonie stylistique et de rythme, ainsi s'inscrit-il dans la tradition des films d'aventures héroïques comme sut les faire Hollywood dans les années 50 et 60. Cela avec des moyens et une esthétique moderne, ce qui rend le spectacle plus grandiose et efficace.
D'autre part, cette fresque a le mérite de réunir les plus grands acteurs et techniciens chinois dont la ravissante  Xu Jinglei et  Jet Li  qu'on a souvent comparé à Bruce Lee. Cet acteur sut se façonner une identité de héros national par le biais des arts martiaux dans lesquels il s'illustra brillamment, remportant quantité de tournois et de médailles. Tant et si bien qu'il s'attira l'attention des producteurs de cinéma et qu'il fut retenu pour jouer le rôle principal dans Temple de Shaolin, véritable triomphe dans toute l'Asie. Dans les années 80, il jouera, à la suite de ce premier succès,  Les Héritiers de Shaolin et  Les arts martiaux de Shaolin  qui confirmeront sa renommée au box-office de son pays. A l'orée des années 90, il devient une super-star en interprétant le légendaire personnage Wong Fei-Hung dans  Il était une fois en Chine  du réalisateur hongkongais Tsui Hark, inaugurant une saga qui ne comptera pas moins de six opus. Puis, il cédera aux chants des sirènes occidentales, signera, coup sur coup, avec Joël Silver et Luc Besson et se commettra dans des films racoleurs et affligeants comme  Roméo doit mourir,  Le baiser mortel du dragon,  En sursis qui n'apporteront rien à son prestige personnel. Heureusement, avec Les seigneurs de la guerre, il semble bien que Jet Li renoue avec le 7e Art chinois et amorce une nouvelle étape dans sa déjà longue carrière. Et son choix apparaît judicieux.


Jet Li. Paramount Pictures France    Jet Li



Entre 1851 et le début des années 1870, près de 50 millions d'hommes et de femmes, de guerriers et d'enfants vont périr. Par les armes, victimes de la guerre, des combats et des exactions qui les accompagnent. Ce chiffre est à la démesure de la Chine. Pour ses habitants, la seconde moitié du XIXe siècle fut à peine moins tragique que la Révolution culturelle. L'explosion de la démographie de l'Empire et une succession de catastrophes naturelles précipitèrent le soulèvement des campagnes et accélérèrent le déclin de la dynastie des Qing, dont le pouvoir, déjà affaibli par de sérieux revers militaires lors de la première guerre de l'Opium contre les puissances occidentales, allait connaître bientôt les derniers soubresauts.
Dans ce contexte prend naissance la révolte de Taiping, une secte syncrétique vaguement inspirée du christianisme, en opposition ouverte au pouvoir mandchou. Emmenés par Hong Xiuquan, leur gourou, 500.000 hommes prennent une partie de la vallée du Yangzi en 1851. En  1853, c'est au tour de Nankin, la plus grande ville de Chine après Pékin, de tomber. Hong Xiuquan y fonde son royaume céleste de la grande paix et en fait sa capitale. C'est ce moment précis de l'histoire où tout bascule et vacille que Peter Chan a choisi de peindre à traits larges et puissants, filmant la lente et difficile reconquête de ces villes perdues. A travers le destin de trois frères d'armes, le réalisateur décrit le dernier salut d'un Empire finissant, la dernière respiration d'une dynastie qui doit affronter le chaos d'une guerre civile et voit ses provinces lointaines se disloquer en un brasier de contestation, tout en maintenant les apparences de son pouvoir grâce à une liturgie fastueuse et millénaire.


ARP Sélection   Jinglei Xu. ARP Sélection

 

Avec cette fiction inspirée de faits réels, le cinéaste Peter Chan ne fait rien de moins qu'un travail d'orfèvre historien. La pellicule nous fait traverser les plus beaux paysages steppiques de la Chine, assister à des scènes spectaculaires d'une incontestable grandiloquence, ayant nécessité des milliers de figurants, aux côtés de héros dont les valeurs chevaleresques ne font aucun doute. Le metteur en scène, ayant bénéficié d'un budget de 40 millions de dollars, n'a pas lésiné sur la splendeur des reconstitutions de palais, de costumes, de décors, et ne s'est pas privé de réaliser une fresque historique de grande ampleur, mêlant les passions de la petite histoire aux fracas de la grande, dans la tradition d'un Ang Lee ou d'un Zhang Yimou. Il a aussi pris soin de réunir sur son affiche, outre les deux acteurs cités précédemment, deux autres stars adulées par des milliers de fans en Asie : Andy Lau et Takeshi Kaneshiro.


Takeshi Kaneshiro. ARP Sélection    Takeshi Kaneshiro


Si Peter Chan reprend la trame principale des Frères de sang de l'illustre Chang Cheng, il sait également s'en émanciper et imposer sa facture personnelle, imprimant à cette oeuvre grandiose sa différence et son identité.

Un film que les amateurs du genre ne doivent manquer sous aucun prétexte.


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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 18:58

             

                                                                   VIDEO


Après son divorce, une jeune femme chinoise nommée Yilan s'installe dans une petite ville des Etats-Unis. Son père, supposant qu'après cette épreuve elle a besoin de réconfort, annonce sa visite. C'est alors que Monsieur Shi découvre que sa fille n'a nul besoin de lui, qu'elle s'est totalement adaptée à son nouveau pays et a rompu, semble-t-il définitivement, ses attaches avec sa terre natale. Elle refuse en quelque sorte le soutien paternel et l'héritage de sa culture chinoise. Cette constatation affecte profondément le père qui, soudain, se sent de trop et inutile, d'autant que sa fille a une nouvelle liaison en dents de scie et ne lui prête qu'une attention distraite. Malgré tout, il fait son possible pour tenter de rétablir la confiance perdue et rétablir un dialogue avec cette enfant devenue inaccessible et lointaine.


             Henry O. Diaphana Films
 


Avec ce second film, Wayne Wang nous livre une magnifique confrontation entre deux générations qui n'ont plus les moyens de se comprendre et de communiquer. Le cinéaste revient sur son sujet de prédilection : l'immigration en terre inconnue et la transmission du patrimoine culturel et social. Il s'adonne également, dans cet ouvrage, à une réflexion sur une identité pénible à assumer, héritage d'un passé qui ne s'accorde plus avec les moeurs de la société dans laquelle on vit et travaille ; ce qui conduira peu à peu ce père à accepter l'autonomie de sa fille, qui a rompu avec la morale des anciens et ses racines familiales. On surprend avec émotion ce vieil homme observant dubitatif un monde qui se libère et s'organise sans lui. Avec des moyens modestes, Wang crée une atmosphère intime et provinciale, inscrivant son oeuvre dans un paysage parfaitement neutre, qui n'est ni la ville, ni la campagne ; de même qu'il joue des silences, des non-dits avec finesse et s'approche à pas délicats, dans des teintes volontairement automnales, de ses personnages, afin d'en  mieux percer le mystère. Par sa brièveté et sa concision, l'auteur délivre un message émouvant et laisse entrevoir un mode de communication où chacun éviterait d'agresser l'autre, si bien que grâce à ce ton juste, à cette sobriété, au jeu concentré et expressif des acteurs, le présent s'habille de petits signes discrets d'une possible espérance. Un joli film épuré comme une estampe.

 

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 11:18

                    

                                                                                    VIDEO
                                        
L
a barre du 10e Festival du Film Asiatique de Deauville avait été placée très haut cette année avec pour film d'ouverture Beyong the years devenu en français Souvenir du cinéaste coréen Im Kwon-taek, auquel un hommage avait été rendu en sa présence. Après la remise de la médaille de la ville, une brève allocution de la part du cinéaste honoré, les lumières s'étaient éteintes pour laisser place à la projection d'une oeuvre enthousiasmante pour sa beauté et sa poésie.
A partir d'un récit simple et douloureux d'une quête de l'art à son plus haut degré de perfection et de l'amour dans son accomplissement le plus pur, le cinéaste propose un véritable poème, un chant d'une tristesse magnifique. Ce long métrage, qui date déjà deux ans, relate l'existence d'une chanteuse et d'un musicien de pansori, le chant traditionnel coréen dont les percussions s'élèvent jusqu'à l'épuisement et que l'auteur avait déjà abordé dans deux opus précédents : La chanteuse de pansori ( 1993 ) et Le chant de la fidèle Chunhyang ( 2000 ).


 


L'histoire est la suivante : un maître du chant traditionnel, qui n'est pas parvenu à faire carrière, enseigne à son beau-fils et à sa fille adoptive les arcanes du pansori, mais ses méthodes sont si dures, ses exigences si grandes, que le jeune Dong-ho finit par s'enfuir, laissant seule avec le vieil homme celle qu'il considère comme sa soeur et aime en secret, la douce Song-hwa. Le départ du jeune homme plonge la jeune fille dans une immense douleur, au point qu'elle perd peu à peu la vue... son mentor va alors lui appliquer un traitement à base de plantes, mais ajoutera, à la potion recommandée par l'herboriste, une autre plante qui accélère l'évolution du mal. Pourquoi a-t-il agi ainsi, alors que la jeune fille est la source de tous ses espoirs ? Est-ce afin de la garder auprès de lui ou bien parce que, comme il aime à le dire, les sommets de l'art ne peuvent s'atteindre qu'aux prix de grandes souffrances ? Nous ne le saurons jamais vraiment. Toujours est-il que Dong-ho, longtemps après sa fugue, revient dans une auberge où, autrefois, le vieil homme et ses jeunes élèves aimaient à se rendre, tant le paysage était d'une splendeur admirable, au bord d'un lac entouré de montagnes et survolé par des grues cendrées au vol majestueux. Il s'installait alors avec les enfants et ils chantaient ensemble la beauté de la nature, rendant grâce à l'art et à la beauté. Mais lorsque Dong-ho se retrouve des années plus tard sur les lieux, sa nostalgie est plus grande encore, car plus rien n'est semblable. Le lac a été asséché par une digue, les arbres ont disparu, ainsi que les grues cendrées. C'est ainsi, en présence de l'aubergiste, qu'il va nous révéler les tranches de sa vie et de celle de Song-hwa, qu'il s'efforce de retrouver. Cela se fera grâce à une succession de rencontres qui nous permettront de suivre les destins parallèles de deux êtres qui n'ont point cessé de s'aimer et ne parviendront à s'atteindre que dans la musique. Pour elle, Dong-ho fera construire une maison où chaque détail a été pensé pour faciliter son existence d'aveugle, mais Song-hwa ne pourra jamais y demeurer, minée par la tuberculose. Le film s'achève sur une image apaisée : celle puissante du souvenir qui, en nous permettant de remonter le temps, rend à Dong-ho, désormais seul, la plénitude de son art et de son amour. Ainsi la narration se construit-elle sur des strates  temporelles qui soudent au tissage du temps, cette recherche désespérée et profondément bouleversante d'une unité à jamais perdue. Servi par des acteurs émouvants et, en particulier, par une jeune chanteuse d'une grâce merveilleuse dans ses habits traditionnels, la ravissante et délicate Jung-hae Oh, de même que par des paysages d'une splendeur stupéfiante, ce film lent ( certains le lui reprocheront sans doute ) est une méditation profonde sur la quête d'un absolu qui reste à jamais une aspiration et une inspiration. Nous plongeons, avec ce centième opus de l'auteur, au coeur d'une oeuvre brodée à petits points par un cinéaste que n'ont pas épargné les épreuves de la guerre et qui sera, dès lors, en continuelle recherche d'un idéal à proposer, celui d'un présent qui accepterait d'être revisité par le passé, pour la simple raison que ce dernier porte en lui une leçon d'exigence et de sagesse ; oui, quelqu'un de profondément attaché à sa nation et dont la passion pour la civilisation de sa Corée natale sert de toile de fond à la plupart de ses oeuvres. Avec ce film admirable, Im Kwon-taek a peut-être écrit son ultime chef-d'oeuvre.
  

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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