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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 10:11

 affiche-pouses-et-concubines                      

 

Nous sommes en Chine du Nord dans les années 20 : Songlian ( Gong Li ) âgée de 19 ans devient la quatrième épouse du riche maître Chen Zaoquian ( Ma Jingwu ). Elle va dorénavant vivre cloîtrée auprès des trois autres épouses qu'elle ne verra que lors des repas pris en commun. La première épouse Yuru ( Jin Shuyuan ), qui a dépassé l'âge de plaire, ne lui cause aucun souci. Mais il n'en est pas de même des deux autres avec lesquelles elle se heurte, parce que celles-ci, dévorées de jalousie, s'emploient, autant que faire se peut, à comploter les intrigues les plus fallacieuses ; la seconde épouse Zhuoyun ( Caoo Quifen ) se révélant véritablement machiavélique sous des dehors aimables. C'est elle qui provoquera indirectement la mort de Yan'er, la servante-concubine, puis de Meishan, la troisième épouse, ex-chanteuse d'opéra, qu'elle accuse d'adultère avec le docteur Gao. L'époux bafoué la fera exécuter par ses serviteurs dans la chambre des tortures et la vie reprendra son cours comme si de rien  n'était. Sauf pour Songlian qui, horrifiée par cet abominable assassinat, sombre dans la folie. C'est alors qu'une cinquième épouse vient enrichir la maison de ce maître qui jouit du droit de vie et de mort sur ses femmes.

 

SND   


Après Le Sorgho rouge et Ju Du, Epouses et concubines est le troisième volet que Zhang Yimou a consacré à la condition féminine dans la Chine d'avant-guerre, époque où l'épouse était totalement soumise à l'autorité maritale et ne pouvait s'affranchir que par la mort ou la folie. Bien qu'il soit constamment question des hommes, ceux-ci n'apparaissent que furtivement dans le film,  mais l'autorité dont ils bénéficient et qu'ils exercent sur leurs épouses captives, se révèle obsédante. Dans cet univers quasi carcéral, ce huis-clos oppressant gouverné par des rites immuables, le seul élément de vie est constitué par l'éclairage des lanternes rouges qui signale la visite du seigneur dans l'appartement de l'épouse qu'il est venu honorer pour quelques heures et qui doit se plier à ses exigences. Comme dans ses films précédents, Yimou fait appel à la même interprète féminine, Gong Li, avec laquelle il vivait alors. Remarquable Songlian, elle ne peut se résigner à n'être qu'un objet sexuel. "Epouses et concubines se distingue comme un film d'une rare beauté esthétique avec des plans et des lumières raffinés à l'extrême, des images flamboyantes où l'unité de lieu est respectée et qui constitue par sa qualité, la rigueur de sa narration, un véritable joyau du 7e Art. N'oublions pas que ce long métrage contribua grandement à l'essor du cinéma asiatique, peu connu alors en France et même en Europe, et qu'il est une réflexion sur l'insoutenable condition féminine dans bien des pays encore. Yimou est de ceux qui ont donné à l'art cinématographique de leur pays ses lettres de noblesse. Un film que l'on revoit avec la même émotion parce qu'il semble défier le temps.

 

5-etoiles


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ZHANG YIMOU - PORTRAIT       GONG LI - PORTRAIT


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EPOUSES ET CONCUBINES de ZHANG YIMOU
EPOUSES ET CONCUBINES de ZHANG YIMOU
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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 08:34

                          

 

                                                     VIDEO

 

Entre rêve et réalité, le sixième opus du réalisateur Thaïlandais Ratanaruang, âgé de 46 ans, nous conte l'histoire de Wit et  Dang qui débarquent à Bangkok, en provenance des Etats-Unis, pour assister à des funérailles. Ils s'installent dans un grand hôtel, chambre 6003, reclus de fatigue. Ce couple, encore jeune, vit à New-York depuis plusieurs années et semble traverser une période difficile sur le plan conjugal. Tandis que la jeune femme s'écroule sur le lit, son époux descend au bar pour y acheter des cigarettes et engage la conversation avec une ravissante adolescente qui lui dit attendre sa mère venue de Suède. Pour lui permettre de se reposer avant son arrivée, il lui propose de monter dans la chambre, ce qui  a aussitôt le don de mettre sa femme hors d'elle. A partir de là, les délires de la jalousie et du désir vont s'emparer du récit et le couple se déchirer dans un huit-clos proprement hypnotique, car l'on voit se succéder des scènes érotiques dont on ne sait pas vraiment si elles ressortent du sommeil ou de la veille. Ensuite l'épouse, afin de se désaltérer, descend à son tour au bar et croise un ancien acteur qui l'invite à venir chez lui et qu'elle suit comme en un état second. Or il se révèle que l'homme est un maniaque sexuel. Le film s'achève au petit matin pour notre soulagement, car ce long métrage, exagérément maniéré et confus, accumule les facilités et souffre surtout d'une intrigue faible, qui, au final, ne tient pas la route et ne nous convainc à aucun moment, le cinéaste s'étant ingénié à nous désorienter sans parvenir à nous captiver. Dommage, car il ne manque pas de goût dans la mise en scène, les cadrages, la fluidité et l'esthétique des torrides scènes érotiques. Si, on admet volontiers que le cinéma asiatique est, sur ce plan-là, beaucoup plus libre que le nôtre, il n'en reste pas moins que l'on éprouve un certain malaise à jouer les voyeurs...

 

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                          Wild Side

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 20:31

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Li Ahh et Li Ohm grandissent sans mère auprès de leur père Sui, qui répare les mannequins des magasins et est à tel point dévoré par son travail qu'il en délaisse ses fils. Ceux-ci sont livrés à eux-mêmes ; l'aîné de 9 ans prenant soin du plus jeune. Ils vont à l'école mais, ensuite, errent dans les rues et les terrains vagues où, un jour, ils recueillent un chiot abandonné. Le plus jeune, ne voulant pas s'en séparer, le cache dans son cartable et l'emmène avec lui à l'école. Mais la maîtresse s'en aperçoit et en parle au directeur, qui convoque le père. Ce dernier prend alors le chiot et va le déposer dans une décharge publique mais, devant le chagrin que cela provoque chez ses enfants, et surtout chez le plus petit, il est saisi de compassion et réalise à quel point il les aime...

Ce film un peu trop lent à mon goût - mais cela est le fait de beaucoup de films asiatiques, qui n'ont certes pas le débit des films américains - ne manque pas de charme, à cause de la tendresse qu'il dégage, de sa fraîcheur, de sa drôlerie et du jeu merveilleux des deux enfants confondants de naturel et de spontanéité. Comme les deux films d'hier après-midi dont je vous ai parlé dans l'article précédent, il est également le premier long métrage du cinéaste malaisien Liew Seng Tat, né en 1979 à Jinjang, qui vient d'être couronné, il a tout juste une semaine, par le Festival du film de Fribourg et  sera présent, le mois prochain, à Vancouver pour représenter ce jeune cinéma malaisien.


Selon ses propres dires, l'auteur a lui-même grandi dans un milieu familial harmonieux, plein d'amour et de rires, d'où cette vision assez idyllique de l'enfance et ce portrait de deux gamins surpris dans leurs jeux insouciants. Fait avec peu de moyens, un scénario réduit à sa plus simple expression, ce long métrage a été tourné la caméra sur l'épaule et nous rappelle ce que fut dans les années 60 la Nouvelle Vague française, suscitant un sentiment identique, celui d'assister à une tranche de vie saisie sur le vif et qui séduit d'autant mieux que l'oeil, qui se trouve derrière la caméra, est empli d'indulgence et que ce monde de l'enfance reste à jamais un univers privilégié. Une jolie réalisation qui est comme une bouffée d'air frais.

 

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LIEW_Seng-Tat_2007_Flower-in-the-Pocket.jpg

 


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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 11:18

             VIDEO

                                                         
                                                            
Dans la petite ville de Takua Pa, au sud de la Thaïlande, Ton, un jeune architecte, a été chargé de surveiller les travaux de reconstruction d'une chaîne hôtelière, au bord de la plage récemment ravagée par le tsunami. Dès son arrivée de Bangkok, il choisit, dans l'arrière-pays, un hôtel modeste, tenu par une jeune femme discrète, au charme délicat. Peu à peu, elle et lui vont tisser  des liens de tendresse et vivre un amour empreint de pudeur et de retenue. Mais cela ne va pas être du goût de tout le monde, et du frère de Na en particulier, un voyou paresseux, père d'un jeune enfant dont la jeune femme s'occupe avec dévouement. Pour faire cesser cette liaison, on comprend vite qu'il est prêt à tout et, en effet, les provocations se succèdent. D'ailleurs celui-ci met en garde sa soeur, alors que, dans le même temps, il encourage  Ton à la protéger car, contrairement à lui, elle est un coeur pur. Cela jusqu'au dénouement, où l'on verra que pour la garder auprès de lui, il n'hésitera nullement à employer les moyens les plus radicaux...

                         Anchalee Saisoontorn. Memento Films

Avec sobriété, le réalisateur
Aditya Assarat, dont c'est le premier long métrage, a choisi de traiter le tsunami, qui a frappé les côtes thaïlandaises et provoqué un profond traumatisme parmi la population, à travers le destin de deux êtres attachants, âmes blessées dont l'histoire d'amour ne peut manquer de nous émouvoir, d'autant que le film nous peint cette liaison avec sensibilité et procède par petites touches, en une suite de plans au ralenti, à l'égal du sentiment qui éclôt entre  Na et Ton. Le cinéaste  a très bien rendu l'ambiance, s'attardant sur les maisons désertées, les objets de la vie quotidienne abandonnés là comme les épaves d'un autre temps, d'un autre monde, références à la solitude qui étreint les survivants. Ode touchante, avec quelques images superbes de cette région prise entre mer et montagne, tant appréciée des touristes autrefois, et soudain délaissée, mise à l'écart de la marche offensive du monde. Si bien qu'on se sent, tout au long du film, un peu hors du temps, au coeur d'une rêverie mélancolique exprimée sans faute de goût, sans excès, avec élégance et fluidité, par un jeune cinéaste qui réussit là un ouvrage grave, empli d'une poésie simple et quotidienne et mérite que l'on suive avec attention la suite de ses réalisations.

Prix du Jury du 10e Festival du Film Asiatique de Deauville

 

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                       Anchalee Saisoontorn. Memento Films

 

                       Memento Films

 

 

 

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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 13:08

              

 

                                             

Quel est le dénominateur commun entre ces quatre affiches : le jeune et brillant metteur en scène Jia Zhang-ke, né en mai 1970 à Fanyang, au nord de la Chine. A dix-huit ans, il entre à l'école des Beaux Arts de Taiyuan  pour y étudier la peinture  et développe, en même temps, un intérêt pour la fiction, ce qui le conduit à écrire et publier un premier roman, avant d'être admis à l'Académie du film de Pékin. Deux ans plus tard, il fonde le Youth Experimental Film Group, première structure de production indépendante en Chine. Dès 2000, Jia Zhang-ke obtient la reconnaissance de la critique et du public avec son second film  Platform ;  ensuite Plaisirs inconnus est présenté en compétition au Festival de Cannes et, en 2004, The world l'est au Festival de Venise, tandis que son auteur reçoit l'Ordre des Arts et des Lettres du gouvernement français. Still Life, son cinquième long métrage, remportera le Lion d'Or du Festival de Venise en 2006. Ainsi, en quelques années, Jia Zhang-ke est-il devenu l'une des figures emblématiques de la "sixième génération" de cinéastes chinois. C'est la raison pour laquelle le Festival de Deauville avait à coeur de rendre un hommage particulier - avec la projection de l'intégrale de son oeuvre - à ce jeune réalisateur et scénariste qui a su, en une décennie, s'imposer de façon magistrale sur la scène internationale cinématographique. En montant sur scène, Jia Zhang-ke a tenu à souligner que c'était derrière sa caméra qu'il avait le plus de courage pour témoigner d'un monde en difficulté et défendre ses idées personnelles, considérant la création comme le seul lieu de véritable indépendance. D'ailleurs le documentaire, qui fut projeté ensuite, Useless ( 2007 ), illustre parfaitement cette profession de foi en nous proposant l'interview d'une styliste surdouée qui a choisi de se consacrer à un  prêt-à-porter de luxe ( le luxe étant par excellence le propre de la haute couture, aussi bien que de toute forme d'art ) et de promouvoir une mode ( durable et non jetable comme le prêt-à-porter industriel ) qui mêle passé et présent, au point qu'elle enterre certains vêtements durant quelques mois, afin qu'ils s'imprègnent de l'histoire du monde et portent sur eux l'empreinte du temps. Intéressant cet intérêt que les artistes chinois et asiatiques, en général, vouent à la mémoire, eux qui ont été marqués par une idéologie qui entendait faire table rase du passé et effacer, autant que faire se peut, la généalogie des peuples.
Cet hommage précédait celui qui fut dédié un peu plus tard à un autre grand cinéaste chinois ( la journée de vendredi était consacrée à la Chine ) Jiang Wen, mais auquel je n'ai pu assister, étant appelée par d'autres obligations, aussi je ne veux pas tarder davantage à vous parler d'un film que j'ai beaucoup apprécié et qui fait partie des longs métrages en compétition : le très beau The Red Awn ( les moissons pourpres ), premier long métrage de Cai Shangjun.

 

                       

Ce film nous conte de façon sobre, avec une succession de plans d'une rare économie, l'histoire d'un homme qui, ayant quitté sa femme et son fils pour tenter de trouver du travail à la ville, est resté cinq ans éloigné de chez lui, au point que son fils, ulcéré qu'il ne soit pas revenu au pays lors du décès de sa mère, l'a déclaré mort aux autorités régionales. Le film commence au moment où le père regagne son domicile et trouve son fils dans un état de telle hostilité qu'ils vont se battre et que le jeune homme sera un instant tenté de le tuer. Afin d'amorcer un geste de réconciliation, le père va lui proposer de se joindre à lui pour les moissons, car, sachant conduire une moissonneuse, il a été immédiatement embauché. Ce dernier refuse d'abord, puis finit par rejoindre son père. La suite sera une longue méditation sur les conflits entre générations, le recours aux valeurs du passé, la rivalité ville/campagne, la ville étant représentée comme le lieu où se perdent les individualités, où sévit l'esprit de masse, où l'être est conditionné et tenté par les plaisirs faciles ; alors que la campagne est celui où l'homme retrouve sa dignité d'être, où se jouent la renaissance de l'humain et la réhabilitation des traditions séculaires qui ont fondé les civilisations. On sait combien l'idéologie communiste a sacrifié le monde paysan parce que, d'instinct, il s'opposait au collectivisme, ayant, par nature, l'esprit d'indépendance et d'individualité. Cet opus est donc un chant grave dédié à la terre nourricière, à un labeur ancestral rythmé par l'horloge des saisons, un poème puissant, sans aucune fioriture, sur la quête de l'essentiel, la lutte intérieure qui est peut-être de toutes la plus difficile. En effet, le combat le plus rude n'est-il pas celui qu'on livre à soi-même ?  Le père a connu, pour sa part,  les atermoiements, les faiblesses, les lâchetés, les errements et sait que son fils les expérimentera à son tour. C'est pourquoi il est progressivement gagné par la confiance et la sérénité, il sait que le temps fera son oeuvre, il suffit d'avoir la longue patience de la terre. La dernière image est celle du fils revenu au domicile paternel pour substituer les économies du vieil hommes, sans que celui-ci ne bronche, et alors qu'il repart vers la ville, il arrache en passant quelques épis de blé et, soudain, comme frappé d'une révélation, se met à courir vers les champs qui ondoient sous le soleil...

  
Le cinéaste, en présentant son film, a dit : quand je me suis mis à tourner, c'était avec l'espoir que la morale et le sens des responsabilités avaient encore... une force ? Ce film en a une indéniablement et nous révèle un metteur en scène avec lequel il faudra compter à l'avenir. Ce coup d'essai étant un coup de maître.

 

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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 12:19

      

                                               

Quel est le dénominateur commun des 3 affiches ci-dessus, me demanderez-vous ? La musique !  Oui celle d'un prestigieux compositeur auquel Deauville rendait hommage le soir du 13 mars 2008, devant un parterre réceptif aux tonalités sensibles et délicates de Joe Hisaishi, qui fut longuement applaudi en présence de l'ambassadeur du Japon, du maire de la ville et de Lionel Chouchan le président du Festival. Cet hommage, lors de cette soirée consacrée au Japon, nous a permis de mieux connaître l'auteur de tant de mélodies inoubliables, dont celles des films illustrés par les affiches. Mais il y en a beaucoup d'autres qui ont contribué à asseoir la réputation internationale de ce musicien hors pair, qui débuta sa carrière en jouant et produisant des oeuvres contemporaines lors de plusieurs concerts. En 1982, il livrait  information, son premier album solo. Depuis sont sortis Piano Stories, My lost City, Chijo No Rakuen, Works I, Shoot the Violist et d'autres encore dans lesquels il affirme un style unique, affranchi des barrières séparant les genres musicaux. En 2006, il a reçu le Prix de la Meilleure Musique décerné par la Los Angeles Film Association pour Le Château ambulant de Hayao Miyazaki. En tant que chef d'orchestre, Joe Hisaishi est devenu le premier directeur musical du New Japan Phil World Dream Orchestra, organisé par le New Japan Philharmonic. Il a composé récemment la musique des derniers longs métrages de Jiang Wen ( Le soleil se lève aussi ) et de Hayao Miyazaki (Ponyo on the Cliff ).

 

              

Et quel est le point commun entre ces quatre nouvelles affiches ? L'acteur Kôji Yakusho auquel Deauville rendait également hommage. Un hommage mérité pour une belle carrière qui a fait de lui l'acteur le plus célèbre du Japon, une véritable icône nationale. D'autant que sa renommée a depuis longtemps dépassé les frontières de son pays et qu'il est devenu, au fil des années, une star internationale. Né le 1er janvier 1956 à Nagasaki, Kôji Yakusho débuta sa carrière de comédien en 1983 en interprétant un seigneur de guerre féodal dans Tokugawa leyasu, série télévisée qui remporta un vif succès. En 1988, il obtient son premier rôle titre dans le long métrage Another Way de Kosaku Yamashita et l'année suivante l'équivalent du César japonais. Le voilà lancé et, désormais, le succès ne se démentira plus. Je ne puis nommer ici tous les films auxquels il a prêté son talent et sa présence, mais les cinéphiles du monde entier connaissent son visage et sa façon très concentrée d'aborder les rôles les plus divers. Sachez qu'il sera prochainement sur les écrans dans Silk de François Girard, Paco and the Magical Book de Tetsuya Nakashima et Tokio Sonata de Kiyoshi Kurosawa.

                       Koji Yakusho. Metropolitan FilmExport


Ces deux hommages rendus, les lumières se sont éteintes pour laisser place à la projection du troisième film en compétition : Funuke Show Some Love, You Losers ! de Yoshida Daihachi de nationalité japonaise, né en octobre 1963 à Kagoshima. Oeuvre décevante qui raconte l'histoire de Sumika, une jeune fille égocentrique et arrogante qui se croit destinée à une carrière d'actrice et terrorise, par son caractère violent, sa famille auprès de laquelle les obsèques de ses parents, écrasés par un camion, l'ont ramenée. Le village, où ils demeurent, est perdu dans la montagne et Sumika s'y ennuie ferme, essayant de se constituer une cagnotte en se prostituant, afin de retourner au plus vite à Tokyo, ville des mirages. Sa soeur semble contrecarrer ses projets en dévoilant la vie de la famille  dans des mangas d'une cruauté implacable et si réalistes et puissantes qu'elle obtient le premier prix d'un concours et est invitée à se rendre à Tokyo pour y débuter sa profession de dessinatrice. Ce film tragico-comique, à l'instar de cette famille japonaise conflictuelle, sombre tour à tour dans le pathétique et le grotesque, et, par ailleurs, se révèle être inutilement décousu, excessif et théâtral. Constitué de scènes au rythme saccadé qui ne s'emboîtent pas harmonieusement les unes dans les autres, il nous laisse sur un sentiment partagé entre l'agacement et la lassitude. Deux heures, c'était bien long Monsieur Daihachi pour nous livrer cet opus aux ramifications complexes et embrouillées, qui nous donne la désagréable impression que vous n'aviez pas grand chose à nous dire. Quant aux acteurs, malgré leur bonne volonté, ils ne parviennent pas à sauver le film.


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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 17:54

                                                   
                                                      VIDEO

 

Grosse déception que le film Beautiful, qui était projeté cet après-midi en présence de son auteur, premier long métrage de ce réalisateur coréen du nom de Juhn Jaihong, né le 29 juillet 1977 à Séoul. La déception vient surtout du scénario qui raconte l'histoire d'une femme très belle que tout le monde admire et envie. Elle est évidemment la proie des regards masculins et se fait draguer en permanence. Jusqu'au jour où elle ouvre par mégarde sa porte à un homme qui s'est annoncé comme venant relever les compteurs et qui, en définitive, la suivait depuis longtemps, lui laissant sur son portable des messages enflammés. Cet homme va la violer mais se rendre peu de temps après à la police. En guise d'excuse, il avoue à Eunyoug, en présence des policiers, que ce n'est pas elle qui est la victime mais lui. Il  prétend avoir été violé par sa beauté. Le commissaire n'est pas loin d'opiner dans ce sens. Après tout cette jeune femme élégante, sexy, coquette, ne fait-elle pas tout pour rendre la gente masculine enragée.
A partir de ce constat, Eunyoug va se culpabiliser et, cédant à la peur, faire en sorte de se détruire à petit feu. D'abord en se gavant de nourriture, ensuite en s'en privant, mettant sa santé en péril, si bien que nous assistons à une descente aux Enfers extrêmement pénible. Il faut reconnaître à l'actrice Cha Soo-yeon de jouer avec beaucoup de conviction et de réalisme le rôle de cette beauté déjantée qui va lentement se perdre, se consumer jusqu'au désastre final.


Tout cela est très long et finalement très ennuyeux, d'autant que le cinéaste ne fait passer aucun message. C'est le spectacle d'une destruction irrémédiable dans un monde qui ne semble préoccupé que de sexe.  C'est surtout  la démonstration affligeante d'un 7e Art sombrant dans le cinéma réalité et la création  remplacée par une simple transcription des faits. Espérons que ce metteur en scène de 31 ans sera mieux inspiré la prochaine fois.


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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 10:04

Equation

                                              
                                                  BANDE ANNONCE

 

Au début du XVIe siècle, alors que la dynastie Chosun est en place et règne avec autorité, une troupe de comédiens, pour s'attirer les faveurs du public, se prête à des bouffonneries cocasses qui mettent en scène les relations du roi et de sa favorite, ainsi que les ministres de la cour. Arrêtée sur ordre d'un conseiller royal, celle-ci est amenée au palais et obligation lui est faite de provoquer l'hilarité de sa majesté, si elle veut assurer sa survie. Grâce à l'habileté de Jang Seng et au charme ambigu de l'eunuque Gong Gil, qui a toutes les grâces d'une jeune fille, le roi rit et la troupe est épargnée et invitée à résider  sur place, afin que, dorénavant, elle s'emploie à tromper l'ennui du souverain. 


King and the Clown, du cinéaste Sud- Coréen  Lee Jun-Ik, est l'adaptation cinématographique d'une comédie musicale et le film ne fait que reprendre, mais de quelle façon ample et fastueuse, le genre de la comédie musicale ( le fond sonore est d'ailleurs très agréable ), tout en adoptant un style plus grave, voire dramatique, de façon à proposer un message circonstancié sur le pouvoir institutionnel ( nous ne sommes pas loin de la Corée du Nord et de son effrayante dictature )  et le contre-pouvoir de l'imaginaire, sur la violence du vécu et la puissance fictive de l'espéré... Dès l'épilogue, le réalisateur se réfère aux chroniques royales de la dynastie Chosun qui relataient fidèlement les faits et gestes de chacun des rois qui se succédèrent pendant plusieurs siècles ( on  parle de 24 suzerains de la même lignée). Le roi ,qui est dépeint dans le film, a la triste réputation d'être cruel, violent et immoral. En définitive, il m'est apparu davantage comme un immature, un grand enfant capricieux, égocentrique et tyrannique, un personnage trouble et troublant, marqué, dès l'enfance, par la mort de sa mère empoisonnée par un haut dignitaire sur ordre de son époux, que comme un tout-puissant suzerain. A la suite de ces drames familiaux, il est resté un être éternellement  insatisfait, jouisseur, inconscient, donc incapable de se gouverner lui-même et, à plus forte raison, de gouverner son pays de manière responsable. Il est le jouet de son entourage et donc un homme sous influence, qui sera détrôné en 1502, à la suite d'une subversion aristocratique, pour ses brutalités et ses erreurs. Cet événement est d'ailleurs suggéré dans le final, où une image met en scène les comédiens s'élevant dans le ciel grâce à des pirouettes acrobatiques, tandis que le palais est envahi par une foule déchaînée.

 

Ce film, d'un esthétisme raffiné, qui se présente comme une réflexion sur le pouvoir politique et le pouvoir de l'art, l'un et l'autre mis en concurrence de façon habile et pertinente, joue magnifiquement de la couleur, des paysages, des ciels, des visages, mêle la farce et le drame, la comédie et la tragédie, sans aucune fausse note, tandis que se jouent mutuellement et, comme sous l'effet d'un double miroir réfléchissant, les tenants du pouvoir et les acteurs de cette commedia dell'arte. Il est, par ailleurs, intéressant à plus d'un titre : tout d'abord parce qu'il nous permet de découvrir le théâtre burlesque coréen dans lequel s'associent harmonieusement le mime, le chant, les marionnettes, les numéros d'équilibriste, les acrobaties diverses et qu'il nous fait entrer dans le vif de l'existence d'une petite troupe de saltimbanques trop souvent victime des exigences d'un directeur autoritaire qui n'hésite pas à prostituer certains de ses acteurs et à oser des insolences audacieuses pour de l'argent. Ensuite, parce qu'il nous peint de façon minutieuse, et idéalement chamarrée, la vie de la cour dans la Corée du début du XVIe, où le faste est grand, la vie réglée au détail près et où le souverain n'est, en fin de compte, qu'un être soumis, non seulement aux lois édictées par ses ancêtres, mais aux intrigues et malveillances manigancées par ses ministres corrompus. Enfin, parce qu'il aborde avec pudeur le thème de l'homosexualité masculine ( ce qui n'est pas courant en Corée du Sud ) à travers le personnage émouvant, tendre et faible de Gong Gil, être asservi doublement par sa nature physique et sa position sociale. Il semble d'ailleurs que sa destinée ne cesse de lui échapper et qu'il est le jouet, tout ensemble, du roi qu'il charme et envoûte et de Jang Seng qui l'aime et entend le protéger des fantasmes royaux. Alors que cette troupe parcourait tranquillement les villes du pays en interprétant des pièces et en se livrant à des pitreries et acrobaties,  leur sort bascule dangereusement lorsqu' ils sont repérés par un dignitaire et où, pour sauver leur peau, ils se voient dans l'obligation de devenir les amuseurs du palais et sont exposés aux foucades et aux imprévisibles caprices du souverain.


                    Equation

King and the clown s'affiche aujourd'hui comme un succès sans précédent au box-office coréen. On ne s'en étonnera pas si l'on sait l'engouement, respectable ô combien ! de la Corée du Sud pour son passé et sa culture, d'autant  que ce film procède à une reconstitution magnifique de la Corée moyenâgeuse avec ses costumes, ses décors, ses fastes et aussi ses bouges, ses moeurs ; monde tantôt bigarré et grouillant, tantôt somptueux et figé et, ce, grâce à une photographie maîtrisée et une direction d'acteurs ( ils sont tous éblouissants ) magistrale. King and the clown est une fresque grandiose qui ajoute à sa réussite esthétique un message sur les ambiguïtés du pouvoir et  le sens de nos vies : est-il possible d'échapper aux règles qui régissent les sociétés ? Il semblerait que Lee Jun-ik n'en soit pas convaincu,  mais qu'il reconnaisse à l'homme en mesure d'assumer sa différence comme le cap'taine, tour à tour grossier, jovial mais loyal et responsable de ses choix et de ses engagements, une supériorité indiscutable en comparaison d'un serviteur de l'Etat contraint et soumis aux impératifs de sa charge. A la fin le cap'taine, devenu aveugle, dira qu'il voit désormais mieux qu'avant, parce qu'il n'est plus ébloui par l'or et les apparences.

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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 18:44

                   Bac Films  Yeong-ae Lee. Metropolitan FilmExport

 

C'est lors du Festival du film asiatique de Deauville en mars dernier que j'ai fait la connaissance du cinéaste Sud-Coréen Park Chan-wook, déjà bien connu des festivaliers pour avoir participé à l'édition 2001 et y avoir remporté le grand Prix avec Joint Security Area. L'année suivante, il entamait avec Sympathy for Mr Vengeance, une trilogie consacrée à la violence. Old Boy, le deuxième volet obtint le Grand Prix du Festival de Cannes 2004 et le troisième,  Lady Vengeance,  le Lion d'Avenir et le Prix de l'Innovation au Festival de Venise 2005. C'est dire que Park Chan-wook est d'ores et déjà un maître dans l'univers si vivant et prolifique du cinéma asiatique et que l'hommage, qui lui était rendu le 30 mars à Deauville, lors de la présentation, après Berlin, de son film I'm a cyborg, But That's ok , était amplement mérité, bien que le cinéaste le trouve prématuré. Regardé aujourd'hui comme une des figures marquantes du cinéma asiatique, ce Coréen ne craint pas d'être considéré à la fois comme un homme engagé et un provocateur, car cet enfant du Pays du Matin Calme ne cesse, à travers ses films, d'éveiller des sentiments vifs et autant d'éloges enflammées que de critiques acerbes.

          

             

Son premier coup de foudre cinématographique lui fut inspiré par Vertigo d'Alfred Hitchcock. L'oeuvre tragique du maître du suspense lui procura des frissons en faisant écho à son besoin de réponses fraîches aux questions existentielles - dira-t-il. A l'époque, cet étudiant sérieux se destinait à une carrière de critique d'art, mais c'est finalement la littérature et la philosophie qui lui ouvriront la voie de la réflexion sur le sens de la vie et de la condition humaine. Ses initiateurs auront noms : Sophocle, Shakespeare, Kafka, Balzac, Zola, Stendhal et Vonnegut et, dans le 7e Art, après Hitchcock, Roman Polanski. Elève d'une université catholique, il reçoit un enseignement qui l'incline tout naturellement à s'interroger sur l'existence divine. En outre, il est très tôt marqué par la division de la Corée et des drames qui s'ensuivent.

Sa fougue, ce feu intérieur, qui fait de lui un réalisateur impétueux et révolté contre la perte grandissante des valeurs essentielles, lui vaut des échecs cuisants et des débuts pour le moins difficiles et chaotiques. Certains auraient pu se décourager, pas lui. Ce mur d'incompréhension est une émulation supplémentaire qui l'incite à poursuivre une oeuvre personnelle, surprenante et d'une incontestable exigence. Alors que beaucoup ne lui prêtent qu'un univers ténébreux et brutal, d'autres commencent à percevoir, au fur et à mesure de ses réalisations, un message porteur d'un humanisme authentique, nourri par un amour désespéré de l'être. Park Chan-wook va tout au long de sa filmographie dénoncer le caractère pernicieux de l'argent qui pourrit l'homme jusqu'aux tréfonds de l'âme et suscite violences, affrontements, jalousies, malaises sociaux, déséquilibres psychiques. Avec le vertigineux Old Boy, il hausse encore le ton et se focalise sur la quête vengeresse d'un héros, vengeance qui finit par se retourner contre lui. Le triptyque, qui se poursuit sur une vision plutôt pessimiste de la rédemption, s'achèvera sur une leçon d'existence d'une sincérité consolante.

                      


Avec son dernier film Je suis un cyborg, Park Chan-wook s'écarte de la réalité et change de régistre pour explorer le surréel, projet qui lui tenait à coeur depuis longtemps. "C'est un monde qui m'intéressait, j'ai donc essayé de mettre en place un environnement qui soit plus proche du conte, du mythe - nous dit-il. Internée dans un hôpital psychiatrique, Young -goon est persuadée d'être un cyborg et refuse de s'alimenter. Mais une garçon va s'éprendre d'elle et tout tenter pour la ramener à la réalité. "Même si le film souligne à quel point la technologie prime dans notre société, il ne s'agit pas d'une critique de ma part" - poursuit le cinéaste. Le personnage de Young-goon est à la recherche d'une raison d'être. Car il y a cette question récurrente qui se pose sans cesse et hante le cinéaste : Pourquoi sommes-nous sur la terre ? C'est une question qui est à l'origine de beaucoup d'oeuvres d'art, celle qui a mis l'homme sur le chemin de la pensée." Je voulais soumettre cette question au public de la manière la plus directe possible" - ajoute Park Chan-wook. "Elle ne se pose pas dans les films commerciaux, on l'évite même, mais, cette fois, je voulais inciter le public à y réfléchir. Je me suis souvent demandé pourquoi la violence m'intéressait, alors que je ne suis pas violent moi-même. Mais cette violence coïncide avec une ambiance politique violente et angoissante. Pour l'avoir subie, elle s'est gravée en moi et c'est la seule piste que je vois pour expliquer la place qu'elle tient dans mes films. Je ne voulais pas non plus montrer les médecins qui soignent Young-goon comme des bourreaux, ni reprendre la tradition cinématographique de l'asile comme une institution fermée dans laquelle les patients sont torturés. Simplement ils se heurtent à des limites".

 

Comme dans ses films précédents, et bien qu'il considère celui-ci comme une comédie, Park Chan-wook nous fait assister à la lente reconquête de soi de son personnage principal Young-goon, interprétée par Soo-jung Lim, aux prises avec une société où chacun est inévitablement surveillé, brimé. L'héroïne rêve d'être une machine pour échapper à sa condition humaine vouée à subir le rouleau compresseur de l'uniformité. Mais l'amour guette, car seul l'amour peut nous sauver du doute et du désespoir. Acceptant de débrancher les curieuses antennes qui lui assurent une vie artificielle, la jeune femme va reprendre goût à la vie et s'alimenter à nouveau. Film étrange, d'une originalité plus que déroutante, il ne peut laisser personne indifférent, même s'il en exaspère beaucoup. Il y a là des fulgurances, une approche très personnelle d'une vie qui peut si vite basculer dans le virtuel et une incontestable quête d'espérance. Park Chan-wook nous montre à quel point le cinéma asiatique a des messages à nous proposer, cela par la voie d'une écriture revisitée, renouvelée, inhabituelle, mais pas toujours lisible...Loin des polars angoissants de ses films précédents, Je suis un cyborg se construits sur la métaphore de la différence et, vers la fin, adopte un rythme plus humain et apaisé avec ce qu'il faut de douceur et de mélancolie, tant cet opus plonge dans les arcanes de la compassion et de l'amour. Film troublant, inclassable, il n'en est pas moins bourré de trouvailles et d'innovations et assure un dépaysement qui, certes, déplaira à de nombreux spectateurs. Mais on ne peut refuser à ce cinéaste une marginalité géniale.



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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 10:12

             


Le Festival de Cannes 2007 s'était ouvert avec ce film de Wong Kar-Wai qui avait mis la critique officielle en ébullition. Ce long métrage déçevait la plupart, séduisait les autres, sans convaincre tout à fait et pourtant... Voilà un film qui vient normalement prendre rang parmi ceux qui forgent l'oeuvre d'un réalisateur hors du commun, non un artisan de la pellicule aussi doué soit-il, mais l'un de ces rares artistes que compte le 7e Art, de ces metteurs en scène qui ont su trouver un ton, créer un univers à nul autre pareil. C'était le cas de Fellini, Visconti, Bresson, Bergman, Welles, Lubitsch, c'est aujourd'hui le cas de Wong Kar-Wai.

 


Dans "My Blueberry Nights", sa première réalisation en anglais, le hongkongais lâche la chanteuse Norah Jones entre New-York et Las Vegas dans une errance urbaine introspective qui lui révélera in fine la nature de sa quête. Après une séparation douloureuse, Elisabeth - tel est son prénom - pour échapper au langoureux souvenir de celui qui vient de la quitter, s'aventure dans un voyage qui n'est autre qu'une fuite en avant, s'arrêtant ici et là, afin de financer son  road movie en exercant des petits boulots comme celui de serveuse. C'est ainsi qu'elle réalise à quel point les êtres qu'elle côtoie ne sont pas en meilleur état qu'elle et qu'elle est entourée de toutes parts par un véritable abîme de solitude et devient, par la force des choses, la confidente d'autres détresses et d'autres strophes pathétiques.

 

 

                      Norah Jones. Mars Distribution 


 

En définitive, cette échappée, ce sauve-qui-peut est une odyssée sentimentale et mélancolique, un film sur la fuite et l'abandon, où l'héroïne essaie de se délester et de dire adieu à son ancienne vie, de manière à se reconstruire. C'est donc en premier lieu une expérience intime, une balade initiatique, une quête pour donner sens à une existence qui se dévide apparemment sans cause, ni raison, et pour laquelle le réalisateur privilégie les chemins intérieurs, tout en jouant habilement de la métaphore. C'est par ailleurs un poème nostalgique qui pose la question suivante : comment faire pour récupérer un être aimé ou plutôt comment faire pour l'oublier et prendre un nouveau départ ? Cela filmé par une caméra ultra-sensible dans les couleurs bleutées des nuits fauves, composant un univers crépusculaire qui n'appartient qu'à son auteur et que l'on reconnaît dès les premières images, ce qui prouve à quel point WKW a su se créer un style personnel unique que traduit avec virtuosité l'objectif de Darius Khondji, son nouveau chef-opérateur. 

 

 

Certes, ce dernier film n'introduit rien de très nouveau, mais est-il si nécessaire qu'un film ou un livre soit à chaque fois innovant ? N'est-il pas préférable qu'un auteur compose une oeuvre qui se définisse justement par un ton, un style, une cohésion ? Et n'est-ce pas le cas ici où  "My Blueberry Nights" rejoint naturellement l'oeuvre de longue haleine commencée avec "Les cendres du temps", "Les anges déchus", "Happy together" et qui se poursuivit avec "In the mood for love" et "2046" ? Comme dans les ouvrages précédents, le temps est soumis à des ralentis dont l'auteur se plait à user pour préserver la beauté et la rendre moins éphémère - travail elliptique et allusif à la façon d'un Antonioni dont il se réclame - afin de ponctuer une narration en contre-champ et créer un monde comme suspendu entre rêve et réalité, illusion et certitude, mais qui ne renonce pas pour autant aux satisfactions gourmandes d'images savoureuses où desserts nappés, glaces colorées, tartes aux myrtilles, ces plaisirs de bouche s'allient à une sensualité de climat très familière à WKW. Quant au baiser entre Norah Jones et Jude Law, il sera à inscrire au panthéon des baisers mythiques de l'histoire du cinéma. Un film qui ne déçoit pas tant il s'inscrit dans la durée d'une voie librement ouverte sur l'incertitude de soi.

 

Pour lire l'article consacré au réalisateur, cliquer sur son titre :  

 

 WONG KAR-WAI OU UN CINEMA DE LA NOSTALGIE

 

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                     Jude Law et Norah Jones. Mars Distribution

 

MY BLUEBERRY NIGHTS de WONG KAR WAI
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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