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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 10:21
Le cercle littéraire de Guernesey de Mike Newell

Adapté du roman éponyme à succès (écrit par Mary Ann Shaffer et Annie Barrow), ce film nous fait voyager dans le temps et nous renvoie directement en 1946, peu après la Seconde Guerre Mondiale. On y retrouve Juliet Ashton (Lily James), auteure et journaliste britannique en manque d’inspiration. Un jour, la jeune femme reçoit une lettre d’un homme, un certain Dawsey Adams, agriculteur et éleveur de cochons, interprété avec retenue et sensibilité par Michiel Huisman qui se dit membre d’un mystérieux club de lecture : le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ! Curieuse d’en savoir plus à propos des gens qui y sont décrits, et espérant y trouver peut-être une nouvelle source d'inspiration, la jeune femme - qui vient de se fiancer à un riche américain - découvre un monde clos sur lui-même mais infiniment touchant et authentique, si bien que Juliet décide  d’aller à la rencontre de ces personnes et d'en apprendre davantage sur les épreuves qui les ont irrémédiablement marquées.

 

En apparence, et en apparence seulement, ces personnages singuliers n’ont rien en commun, mais la guerre de 39/45, l'occupation allemande, les exécution sommaires ont su les rassembler et en faire une famille soudée, d'autant que pour échapper à l'insupportable réalité, ils se sont réfugiés dans la lecture et imaginés ce club littéraire comme échappatoire aux pressions et surveillances que certains d'entre eux subissent. Un sombre mystère plane néanmoins sur le groupe. Mystère qui a bouleversé leurs vies et s'apprête à  bouleverser celle de Juliet.
 

Le cercle littéraire de Guernesey de Mike Newell

Si l’histoire d’amour naissante entre Juliet et Dawsey ne nous surprend guère, elle est vite relayée au second plan par l’intrigue centrale du film. En effet, les découvertes de plus en plus importantes, que l’héroïne est amenée à faire, nous attachent aux profils divers des protagonistes bien cadrés et d'une dimension très humaine, campés par des acteurs dont certains ont participé à la série de "Downton Abbey" dont Jessica Brown qui endosse une fois encore le rôle d'une jeune femme qu'aucun danger ne décourage, Penelope Wilton qui joue celui d'Amelia, la résidente qui a perdu sa fille, et Lily James elle-même qui interprète le rôle principal, la jeune auteure en quête de sujet, chacun d'eux sachant insuffler à son personnage un caractère authentique et touchant. Un film fondé, par ailleurs, sur l'importance des relations humaines et de la littérature - la meilleure des évasions à l'heure du numérique - contribuant à surmonter les pires épreuves de l'occupation et de la guerre, film qui surfe sur le sensible, le vrai et le tendre, ce qui n'est pas du goût de certains qui lui préfèrent la violence et le sexe et que ce film fait sourire. Une grande partie de la critique n'a-t-elle pas jugé ce dernier entaché de sensiblerie, le taxant de bluette mièvre et sans saveur, alors qu'il a su miser sur la vraie vie qui est celle du coeur et de l'altruisme, même s'il cède à d'indéniables facilités. Au scénario, fidèle au roman, et aux personnages sympathiques qui l'animent, j'ajouterai la beauté des paysages qui nous ouvre à des horizons tout aussi sympathiques et reflète une nature encore préservée des outrages infligés par ce que l'on qualifie volontiers de ... progrès.


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Le cercle littéraire de Guernesey de Mike Newell
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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 15:22
Downton Abbey

Je ne cacherai pas le plaisir que j’aie eu à retrouver, grâce au film, cette famille qui nous a tenus en haleine à la télévision pendant des semaines. Les Crawley et les Grantham ont tissé un lien avec le 7e art  après celui de la série télévisée et le résultat est excellent. Nous reprenons l’histoire après le mariage des deux filles Mary et Edith et le départ à la retraite du majordome Carson (Jim Carter) remplacé par Thomas Barrow (Rob James-Collier). Rien n’a changé depuis deux ou trois ans à Downton Abbey, sinon que la vie se poursuit dans l’harmonie que nous lui connaissions entre l’étage des maîtres et celui des domestiques, si bien qu’avec ce nouvel épisode sur grand écran nous renouons avec une famille qui ne nous avait pas totalement quittés. 

 

Le scénario est, comme les précédents, bien ficelé et aucun des comédiens n’a fait faux bond. Mais dans cette version, nous ne traversons pas le temps et les années, il ne s’agit que d’un instant de vie qui va mettre le château en ébullition puisque la roi Georges V et la reine Mary s’annoncent pour une journée et une soirée à Downton Abbey. Rien de moins. Julien Fellowes a su tisser les intrigues avec son habituel talent et des dialogues ciselés que ses comédiens savent mettre en valeur et c’est à nouveau un tableau d’époque savoureux qu’il nous propose de l’année 1923 et une extraordinaire galerie de personnages haut en couleur dont la merveilleuse Maggie Smith dans celui de lady Violet Grantham qui prête à son personnage son génie comique et son snobisme.

 

A l’étage inférieur, le monde domestique est tout aussi attachant, conduit désormais par Thomas Barrow, un homosexuel que sa nature fougueuse invite sans cesse à commettre l’irréparable et qui sera remplacé par Mr Carson lors de la visite royale, ce qui nous assure de grands moments de réflexion sur le pouvoir, la responsabilité, la transmission et le sens de la communauté grâce auxquels le domaine est en mesure de survivre aux aléas de la modernité. Le mode de vie de ces aristocrates, apparemment d’un archaïsme égocentrique, n’est-il pas le garant d’une certaine forme de cohésion sociale ? Très britannique dans le fond et la forme, la vision de la tradition est à des années lumières de celle que l’on pourrait voir sur les écrans français. Si elle est bousculée elle aussi par les innovations de la vie moderne, l’Angleterre n’en reste pas moins solide sur son socle. Elle sait mieux que quiconque exalter les valeurs de respect, d’intelligence et de délicatesse et unir les forces de la gentry et du peuple autour d’un projet commun. C’est ce que nous transmet ce nouvel épisode de la saga, parfaitement réussi dans le fond comme dans la forme, et qui est l’astucieux prétexte à une réflexion sur le pouvoir et la permanence tellement mis en péril de nos jours.

 

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Downton Abbey
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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 10:02
Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron

Je l’avoue, je n’ai pas boudé mon plaisir hier soir à la projection du second volet d’un film qui avait cartonné en 2014  «  Qu’est qu’on a encore fait au bon Dieu ? » Alors que les critiques des journaux s’opposent sur le plan purement politique, j’encourage mes lecteurs à aller passer une heure trente de détente sur un sujet empli d’une sympathique vision des choses, celle d’un monde qui s’est ouvert depuis longtemps à nos différences. Oui, voilà un retour réussi des familles Verneuil et Koffi que leurs racines civilisationnelles séparent à bien des égards mais que tout rapproche à propos des sentiments et de l’amour qu’ils éprouvent pour leurs enfants et petits-enfants. Plus finement traité que le premier volet, plus subtil dans ses dialogues, ce film aborde les sujets qui fâchent avec humour, si bien que nous voyons à quel point nos à priori sont le plus souvent ridicules et néfastes. Comme dans le précédent opus, Chantal Lauby et Christian Clavier sont une Marie et un Claude Verneuil épatants, ce qui n’enlève rien aux autres acteurs tous excellents et d’une joyeuse diversité dans leurs oppositions de façade et leur côté bobos des banlieues chics.

 

 

 

Derrière ses ressorts comiques efficaces, la comédie de Philippe de Chauveron n’est ni niaise, ni superficielle et touche juste. Elle évoque notre temps sans lourdeur avec un humour qui aère et fait du bien, renouant avec une mise en orbite savoureuse et efficace des divers et nombreux désagréments de notre époque. Et cela, à travers la planète entière, puisque la famille est une composition représentative de nos divers continents. Les thèmes les plus délicats sont abordés de façon si jubilatoire que nous pouvons enfin rire de bon cœur sans nous sentir pris en faute par le « politiquement correct »  et une police de la pensée étouffante. Certes, un film qui a le culot d’aborder les thèmes qui fâchent avec tant de bonne humeur que les spectateurs sont invités à rire sans se sentir pris en faute. Quel talent pour ce second volet de la part de Philippe de Chauveron qui a le mérite d’amuser son public sans le culpabiliser. 

 

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Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron
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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 10:08
La jeune fille à la perle de Peter Webber

J’avais raté la sortie de cet opus en 2004, aussi ai-je sauté sur l'occasion de le découvrir l’autre soir sur Arte. Je n'ai pas été déçue.

 

En 1665, dans la ville hollandaise de Delft, une jeune fille de 17 ans, Griet, est engagée comme servante dans la demeure de Johannes Vermeer. Le peintre vit avec sa femme Catharina, ses nombreux enfants et sa belle-mère Maria, qui dirige la maisonnée d'une main de fer. Discrète et soumise, Griet est vite fascinée par le travail de son maître, dont elle est chargée de nettoyer l'atelier. Attiré par la beauté de la jeune femme, Vermeer en fait son assistante, lui demandant d'acheter et de mélanger ses couleurs. Il accueille même avec intérêt les remarques de la jeune servante au sujet de ses compositions picturales et finit par lui demander de poser pour un portrait. Mais l'œuvre devra être exécutée en secret pour ne pas éveiller la jalousie de Catharina.



Appelé  soit "Jeune fille au turban", soit "Jeune fille à la perle", le célèbre tableau de Vermeer, qui a servi d'inspiration au roman de Tracy Chevalier (d'où est tiré le scénario), est parfois surnommé la Joconde du Nord. L'histoire de sa création, telle qu’elle est racontée ici, est en grande partie fictive. En effet, si bon nombre de détails évoquant la vie familiale de Vermeer sont authentiques, le personnage de la servante a été inventé par l’auteur du roman et ne fait qu’ajouter au charme de l’œuvre picturale. C'est à travers le regard attentif, admiratif, parfois troublé et effarouché de cette jeune fille sensible à l'art que le spectateur est invité à pénétrer dans l'intimité créatrice d'un des peintres les plus fascinants du XVIIe siècle, celui que Marcel Proust considérait comme son peintre préféré. L'intrigue elle-même demeure mince, mais le film est riche en observations sur la hiérarchie sociale et son cloisonnement à l’époque, sur les détails psychologiques subtilement allusifs de la relation qui se tisse entre le peintre et son modèle. Il faut dire aussi qu'au-delà de son récit, l’opus a le mérite de plonger le spectateur dans l'atmosphère du temps et qu’il est merveilleusement servi par le travail  remarquable du directeur de la photographie Eduardo Serra.

 

Néanmoins, Peter Webber devait faire face à deux difficultés majeures. En adaptant le roman de Tracy Chevalier, le réalisateur risquait de passer à côté du raffinement et de la délicatesse du roman. Le second enjeu est inhérent au cinéma et à la peinture : comment rendre compte du génie pictural de Vermeer qui réside justement dans son sens aigu de la lumière et des accords chromatiques ? Or, c’est dans ce registre qu’excelle Peter Webber dont la reconstitution de l’atmosphère et des détails de l’époque est remarquable et nous offre une suite de scènes de la vie quotidienne flamande éblouissante. Par petites touches, le réalisateur se glisse dans l’antre de la création, distillant les reconstitutions des œuvres les plus connues du maître hollandais. La caméra traite son sujet comme le ferait un pinceau  et nous offre des images d’une harmonie rare, au point que certaines scènes s’élèvent comme de purs instants de grâce.


Et si le réalisateur ne parvient pas aussi subtilement que dans le roman à teinter de romantisme et de tension charnelle la relation entre la muse et l’artiste, l’interprétation touchante et délicatement nuancée de Scarlett Johansson  et le flegme de Colin Firth illuminent La jeune fille à la perle que l’on contemple avec la même fascination que le tableau original, tant le sujet semble avoir pénétré le tableau.

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La jeune fille à la perle de Peter Webber
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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 08:42
My Lady de Richard Eyre

Faut-il obliger un adolescent mineur à recevoir la transfusion qui pourrait le sauver ? Fiona Maye, juge  à la Haute Cour britannique, familièrement appelée My Lady par ses confrères et consoeurs,  décide de lui rendre visite à l’hôpital avant de prononcer son jugement. Cette rencontre va bouleverser le cours des choses.

 

Inspiré de son roman sur la responsabilité individuelle, l’écrivain Ian McEwan a adapté pour l’écran ce sujet poignant, mis en scène par Richard Eyre, d’une femme confrontée, à l’aube de ses 60 ans, à l’une des décisions les plus difficiles de sa longue carrière de juge spécialisée dans les affaires familiales. Alors que son mari insiste pour qu’elle l’accompagne lors du prochain week-end dans les environs de Londres avec l'espoir de renouer des liens affectifs en voie d’extinction, un médecin demande de toute urgence au barreau à pratiquer une transfusion, seule en mesure de sauver un jeune adolescent victime d’une leucémie qui, influencé en cela par ses parents, tous deux Témoins de Jéhovah, s'y refuse. Fiona, saisie par la gravité de la situation, renonce à ce week-end pour s'investir totalement dans cette nouvelle affaire, alors même que son couple se porte au plus mal et que, lassé d’attendre, son mari quitte le foyer pour prendre le large et s’offrir une aventure amoureuse, ne serait-ce que pour remettre un peu de sel dans sa vie.

 

Traité avec intelligence et conviction, ce film démontre la difficulté de s’immiscer dans les drames humains de cette ampleur où les convictions spirituelles entrent en conflit avec la vie elle-même et où un enfant mineur est l’enjeu d’un drame d’ordre  moral. Le débat est d’autant plus saisissant que chacune des parties s’exprime, les parents prêts à accepter la mort de leur enfant, le médecin chargé de sauver ce jeune Adam et enfin le juge pris en tenaille entre  l’humain et le divin, en l’occurrence la foi de cette famille. Aussi, avant de trancher, Fiona Maye se rend-elle au chevet d’Adam, un jeune garçon d’une vive intelligence qui est soudain captivé par la présence de cette juge qui sait lui parler comme à un adulte et pose les questions qui choquent et réveillent. Si bien qu’Adam cède et accepte, contre la volonté de ses parents, cette transfusion. Sauvé, il va tout tenter pour se rapprocher de cette femme qui le subjugue par sa force et sa détermination, jusqu'à ce que tout bascule.

 

Dans le rôle difficile de Fiona Maye, Emma Thompson est simplement sublime. Belle, déterminée, forte, parfois même dure, elle donne à son personnage une densité rare, une ampleur magistrale, une bouleversante intensité. Il y a longtemps que nous ne l’avions vue dans un rôle aussi complet où elle fait vibrer toutes les facettes d’un personnage en proie au doute, à l’incompréhension, à la distance que lui impose sa position professionnelle. Et une fois de plus, elle sait faire cela avec infiniment de talent. Face à elle, qui domine le film de bout en bout, le jeune et talentueux Fionn Whitehead est émouvant et juste.

 

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My Lady de Richard Eyre
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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 09:44
La femme au tableau de Simon Curtis

Lorsqu’il fait la connaissance de Maria Altmann, un jeune avocat de Los Angeles est loin de se douter de ce qui l’attend… Cette septuagénaire excentrique lui confie une mission des plus sidérantes : l’aider à récupérer l’un des plus célèbres tableaux de Gustav Klimt, exposé au musée du Belvédère à Vienne, dont elle assure que celui-ci appartenait à sa famille ! D’abord sceptique, le jeune avocat se laisse convaincre par cette attachante vieille dame tandis que celle-ci lui raconte sa jeunesse tourmentée, l’invasion nazi, la spoliation des tableaux de sa famille jusqu’à sa fuite aux Etats-Unis avec son  mari musicien. Mais l’Autriche n’entend évidemment pas rendre la "Joconde autrichienne" à sa propriétaire légitime… Faute de recours, ils décident d’intenter un procès au gouvernement autrichien pour faire valoir leur droit et prendre une revanche sur l’Histoire.

 

Inspiré de cette histoire vraie, ce film, certes académique, n'en est pas moins passionnant et interprété de façon magistrale par l'éblouissante Helen Mirren. On suit cette histoire incroyable avec un intérêt qui ne se relâche pas, tant les événements sont replacés dans leur contexte avec une précision qui en font un véritable documentaire sur une époque tragique qui vit les juifs autrichiens poursuivis et massacrés sans pitié par le régime nazi. Fidèle à l'histoire, Simon Curtis nous conte  l'existence tourmentée de Maria Altmann, fille d'une riche famille, qui a fait fortune dans l'industrie du sucre, et se plaît à être la mécène des artistes de l'époque dont Gustav Klimt qui réalisera plusieurs portraits de la belle Adèle Bloch-Bauer dont le fameux "La femme en or" qui rappelle le portrait de l'impératrice Théodora de la basilique de Ravenne, ce tableau étant à l'évidence un hommage à la beauté féminine dans ce qu'elle a d'éternel et d'inaltérable. Cette oeuvre spoliée par l'armée allemande se trouvait dans le musée privé du führer jusqu'à ce que l'Allemagne le restitue à l' Autriche et qu'il figure comme "la Joconde autrichienne" au musée du Belvédère à Vienne jusqu'à ces toutes dernières décennies.

 

La femme au tableau de Simon Curtis

Mais cela serait sans compter avec la détermination de Maria Altmann qui entend que les toiles, appartenant à sa famille, lui soient restituées de plein droit. Pour entreprendre un procès qu'elle sait long et difficile, elle choisit pour avocat le jeune Randol Shöenberg, petit-fils du compositeur et lui aussi d'origine juive et autrichienne, interprété sans éclat particulier par Ryan Reynolds. Ce procès au long cours, fait de rebondissements constants, durera près de soixante années avant que, s'inclinant devant l'inéluctable, l'Autriche restitue les oeuvres à leurs acquéreurs d'origine. Peu de temps avant sa mort, qui surviendra en 2011, Maria Altmann reprend possession du portrait de sa tante, morte sans descendance à l'âge de 43 ans d'une méningite, qu'elle mettra en vente et qui sera acquise par Ronalds Lauder, fils d'Estée Lauder, la créatrice des parfums et cosmétiques du même nom, pour la somme de 135 millions de dollars. Ce merveilleux tableau est exposé désormais à la Neue Galerie à New-York et, grâce à ce film, nous accompagnons une femme dans ces longs et courageux démêlées avec l'Histoire. Nous ne sommes pas ici en présence d'un opus innovant mais d'un récit qui ne peut laisser le spectateur indifférent, pour la simple raison qu'il nous remet en mémoire les méthodes dont certains gouvernements ont usées avec une lâcheté et une constance machiavéliques.

 

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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 11:54
Les heures sombres de Joe Wright

Quelle idée magnifique d’avoir choisi pour thème celui d’un homme seul confronté à un choix terrible qui met en perspective l’avenir de son pays et ne lui accorde que deux possibilités : céder aux sirènes de la soumission ou résister ! Ces heures sombres sont celles traversées par l’Angleterre du 9 mai 1940 au 4 juin de la même année lorsque Winston Churchill, nommé premier ministre, retourne le pays et la chambre, obtient le soutien du roi Georges VI et décide d’affronter l’ennemi plutôt que d’accepter, comme le désiraient Neville Chamberlain et lord Halifax, de négocier avec lui. Ce sont par conséquent ces heures lourdes de conséquences que relate Joe Wright, d’après le scénario d’Anthony McCarten, dans un opus qui a su unir avec finesse et subtilité la grande histoire et la sphère plus intime d’un homme confronté à un gigantesque défi.


A l’époque Churchill est très critiqué. Il est considéré comme un politicien brouillon qui «  a cent idées par jour, dont 96 sont désastreuses », et « n’a qu’une seule conviction : lui-même ». Mais il a pour lui la vitalité, une énergie indomptable, l'intelligence et surtout l’art de convaincre par les mots. «  Nous irons jusqu’au bout. Nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et sur les océans, nous nous battrons dans les airs avec une force et une confiance croissantes, nous défendrons notre île quel qu’en soit le prix, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains d’aviation, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines. Nous ne capitulerons jamais. » - dira-t-il lors de son discours du 4 juin à la chambre des Communes.
 

Gary Oldman est absolument stupéfiant de réalisme et surtout de sensibilité dans le rôle d’un homme en proie au doute, à la complexité d’une situation inextricable où se joue  la survie d’une nation. Il confère à son personnage, fragilisé par son passé et les responsabilités écrasantes qui lui incombent, une humanité bouleversante. A ses côtés sa femme  (interprétée par Kristin Scott Thomas) dont le soutien indéfectible lui est si précieux et bientôt celui du roi, remarquablement campé par Ben Mendelsohn, qui l’épaulera durant toute la guerre, demeurant sur place au palais de Buckingham avec son épouse. Mais Churchill le sait : rien ne peut se faire sans l'appui du peuple et c’est à lui qu’il va demander de l’aide, à lui qu’il ne cessera de rendre des comptes durant les pires moments des bombardements, auprès de lui qu’il se tiendra en permanence. Une magnifique scène, qui se déroule dans le métro londonien et qui est totalement imaginée par le scénariste, montre la solitude de l’homme de pouvoir qui vient chercher auprès des petites gens – dont il prend ainsi le pouls - le réconfort dont il a besoin à la veille de prendre une décision qui engage à jamais le pays. Ainsi grâce à des scènes intelligentes et une interprétation remarquable, le film sert avec souffle et ampleur la ténacité de cet homme seul face au destin tragique qui menace sa nation. A une époque où trop souvent les gouvernements cèdent aux sirènes  de la facilité et de la démagogie, ce très beau film est une magnifique réponse aux valeurs de courage et de résistance confrontées aux accommodements avec la barbarie.

 

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 14:21
My cousin Rachel de Roger Michell

 

Voici la seconde adaptation de ce roman de Daphné du Maurier après celle de Henry Koster en 1972 dont les acteurs principaux étaient alors Olivia de Havilland et Richard Burton, thème proche de celui de « Rebecca », lui aussi porté à l’écran, et où surgissent dans la trame littéraire les ambiguïtés des relations humaines et les mystères inhérents à leur nature.   


 

Dans l’Angleterre du XIXe siècle, le jeune Philip apprend qu’il est le seul héritier de l’immense fortune que lui lègue son cousin Ambroise qui l’a élevé comme son fils après le décès de sa mère. Bientôt majeur, le jeune homme ne parvient pourtant pas à se réjouir de cette nouvelle. Il se souvient des nombreuses lettres que lui écrivait, depuis l’Italie où il vivait désormais, Ambroise, et dans lesquelles ce dernier lui confiait avoir des doutes sur le comportement de son épouse Rachel. Ambroise a-t-il été assassiné par appât du gain ? Dans ce thriller psychologique, tout est affaire de personnages mais aussi de lieux qui ne sont pas sans ressembler à ceux des « Hauts de Hurlevent », la mer proche et les falaises abruptes, voire même la maison d’Ambroise confortable et cependant froide, sombre et inquiétante, véritable témoin des secrets qui se cachent entre ses murs. Rachel, veuve une seconde fois, accepte de venir vivre en Angleterre dans le manoir de son mari défunt auprès de Philip qui s’éprend d’elle, malgré les inquiétudes que cette femme, complexe et séduisante, ne cesse d’alimenter à son insu. L’actrice Rachel Weisz, par la grâce de ses mouvements et la maîtrise de ses émotions, rend magnifiquement bien l’attitude énigmatique de son personnage, ses élans et ses retenues, sa froideur soudaine et ses abandons subits. Rachel semble être l’exact opposé de Philip, jeune, fougueux, plein de vie, qui manque de sagesse et de discernement et se laisse submerger par ses émotions. Rachel, plus âgée, l’observe comme elle le ferait d’un être immature qui prend ses désirs pour des réalités, alors qu’elle entend contrôler chacun de ses gestes et de ses sentiments. Est-elle cette veuve noire prête à dévorer le mâle après l’accouplement, femme tueuse que seul l’argent intéresse puisqu’il assure la réussite sociale ? L’énigme est posée et le film, comme le roman, tisse sa toile autour de cette figure féminine troublante et impénétrable, tenant le spectateur en haleine jusqu’à la fin.

 

Grâce à une mise en scène soignée et d’une grande élégance, servie par des paysages grandioses, la dramaturgie et les personnages de l’histoire sont merveilleusement mis en valeur et Roger Michell nous offre un opus de grande qualité, fidèle au roman qu’il exalte par sa mise en scène subtile et son interprétation sobre. Une réussite.

 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 10:25
Talons Aiguilles de Pedro Almodovar

C'est sans doute avec "Talons aiguilles" en 1992 qu'Almodovar trouve la consécration. Il s'agit avec ce film d'une évolution enfin apaisée qui correspond à une plus grande stabilité de la part du réalisateur. On y sent poindre d'ailleurs plus de mélancolie, d'amertume et de regrets, et une sorte de désenchantement lucide a envahi la pellicule. Après des années passées à l'étranger, une chanteuse Becky Del Paramo revient à Madrid, se sachant atteinte d'une grave maladie cardiaque et y retrouve sa fille Rebecca qu'elle a sacrifiée à sa brillante carrière et perdue de vue depuis sa petite enfance. Rebecca est aujourd'hui une jeune femme active, présentatrice d'un journal télévisé et épouse d'un directeur de chaîne, Manuel, qui fut autrefois l'amant de Becky et dont la maîtresse en vogue est désormais Isabel. Tiraillée entre son amour et sa rancune à l'égard de cette mère si absente, Rebecca se console auprès d'un travesti. Peu après, Manuel est assassiné et le juge Dominguez convoque les trois suspectes : Becky, Rebecca et Isabel. Le soir même, Rebecca annonce au journal télévisé qu'elle est la meurtrière. Mais sa mère, bouleversée par cette révélation et consciente de sa dette envers sa fille, décide d'endosser la responsabilité du crime. Elle mourra peu après, s'étant réconciliée avec elle et toutes deux ayant trouvé enfin la voie de l'apaisement qui permettra à Rebecca d'entrevoir son avenir plus sereinement.

 

Ce thème avait déjà été abordé par Bergman dans sa poignante "Sonate d'automne", mais avec Almodovar l'intrigue se plait à flirter avec l'émotion véhiculée par les personnages en plein conflit intérieur autant qu'avec le burlesque et le polar, sans que ce mélange nuise vraiment à l'unité du narratif. Voilà donc un drame qui se laisse gagner par des situations hilarantes et par une verve insolente et iconoclaste chère au cinéaste. Celui-ci ne craint pas de secouer ses images dans un shaker et à utiliser au mieux le talent de ses actrices: Abril et Parades. Une des œuvres marquantes du réalisateur espagnol.

 

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Talons Aiguilles de Pedro Almodovar
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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:53
La leçon de piano de Jane Campion

"La leçon de piano" de Jane Campion, autant leçon d'amour que leçon de musique - l'éveil à la musique coïncidant avec l'éveil des sens - se passe de mots : le maître est muet et l'élève fruste. Le savoir se transmet par l'oreille, l'oeil, les mains, la peau, s'exprime par des sons et des harmonies. Avec sa fille Flora, Ada, veuve et musicienne mais ayant perdu l'usage de la parole, débarque sur une plage de Nouvelle-Zélande où elle va épouser un colon Alistair Stewart. Ce dernier se refuse, à cause du mauvais temps, à remonter le piano que la jeune femme a amené avec elle. Ce sera un autre colon du nom de Baines ( Harvey Keitel, remarquable dans ce rôle) qui se chargera de transporter l'instrument chez lui, en contrepartie des leçons qu'Ada accepte de lui donner. Finalement Ada et Baines vont devenir amants. Mis au courant, Stewart, fou de jalousie, au cours d'une scène terrible, coupe l'un des doigts d'Ada afin qu'elle ne puisse plus exercer son art, mais se résigne à laisser partir le couple. Stewart, qu'Ada n'a jamais aimé, a cru la détruire en lui tranchant un doigt, mais Ada a appris autre chose : l'intensité du désir, la force de l'amour, la complicité des corps. Elle est prête à affronter une vie nouvelle en compagnie de Baines, cet homme rustre mais sensible, une vie tout aussi poétique, mais plus charnelle. En réalité, ce n'est jamais qu'un piano qui gît désormais au fond de l'océan, échoué sur les sables, dans le silence sépulcral des profondeurs. Ada est déterminée : elle va renaître, ré-apprendre à parler, à exister, à vivre, à aimer.

 

Avec ce film superbe, Jane Campion s'est hissée au rang des plus grands : en témoigne sa palme d'or à Cannes en 1993. Holly Hunter, remarquable dans le rôle d'Ada, reçut, quant à elle, l'Oscar de la meilleure actrice à Hollywood. Une poésie charnelle intense se dégage et fait vibrer l'espace. Et c'est la musique qui, soudain, donne son accord à celle des corps.

 

Pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Jane Campion, cliquer sur son titre :

 

Jane Campion, un cinéma au féminin

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA  EUROPEEN, cliquer  ICI

 

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La leçon de piano de Jane Campion
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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

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