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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 09:11

                           Ciné Tamaris

                                                                                

                      
                                    
Je ne pouvais passer sous silence cette comédie musicale française qui revient dans nos salles obscures avec sa fraîcheur inaltérable et ses jolies mélodies. Ne serait-ce que pour la simple raison qu'elle peut être considérée comme notre plus belle réussite dans un genre où la France, il est vrai, n'a jamais excellé. Grâce à l'association d'un musicien comme Michel Legrand et d'un cinéaste comme Jacques Demy - qui a également signé le scénario et les paroles, ce qui n'est pas son plus mince mérite - nous tenons là un film de qualité, qui ne cache pas sa filiation avec les comédies musicales classiques américaines. J'en veux pour preuve que la présence de deux stars incontournables, qui font ici des apparitions remarquées et surprenantes : Gene Kelly et Georges Chakiris,  les  danseurs inoubliables d' Un américain à Paris et de West Side Story.


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L
e film vaut surtout pour la musique jazzy et enjouée de Michel Legrand, l'univers coloré précurseur des sitcoms françaises et le jeu de miroir entre les jumelles, interprétées par les soeurs Dorléac, qui ajoute un charme supplémentaire à cette comédie. Il est évident que sur le plan de la chorégraphie et de la danse, Catherine Deneuve et Françoise Dorléac ne sont ni Ginger Rogers, ni Cyd Charisse, mais elles bougent bien, ont du piquant et de la présence et le film se laisse regarder avec plaisir.

 

L'histoire est celle des jumelles Delphine et Solange Garnier, qui aiment chanter et danser, mais s'ennuient fort dans leur province natale. Bien entendu, elles ne rêvent que d'une chose : gagner la capitale, s'y produire en spectacle et rencontrer l'amour. Pour l'heure, un festival local va leur permettre de monter sur les planches  et  de croiser, l'une un marin, l'autre un pianiste, qui leur feront découvrir le grand amour ( du moins on l'espère...)

 

Pas de quoi fouetter un chat ! Mais le charme des mélodies, les chansons joliment ciselées avec ce goût bien français du beau langage où, pour lors, nous excellons - et il est bon de le rappeler -  la ville de Rochefort merveilleusement filmée et transformée, pour l'occasion, en décor de conte de fée, ce qui est assez inattendu d'un ancien port de guerre, opèrent à coup sûr et finissent par nous séduire. Le film redora le blason de cette cité que l'on abandonnait à l'oubli, alors qu'elle est belle et riche de sa magnifique corderie royale et de ses bâtiments du plus pur style Grand Siècle. Ce fut, en effet, au XVIIe, que Louis XIV, soucieux de développer la puissance maritime du Royaume de France, chargea son ministre Colbert de bâtir sur les marais un arsenal, dans le but d'armer les frégates et les vaisseaux nécessaires à servir son ambition.  Le port fut alors le centre d'une grande activité et quelques-uns de nos plus invincibles navires sortirent de ces chantiers. Mais le temps passant, la ville sombra dans le sommeil et Loti eut beau y naître et y demeurer entre deux voyages, il ne parvint pas à rendre à l'Arsenal son éclat perdu. Ce que le film réussit à faire...

 


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Les demoiselles de Rochefort furent un grand succès. Le public aima cette bluette charmante déclinée dans les tons pastels, qui transformait la réalité en une fiction idéale et où tout se terminait en chansons. Hélas ! les lendemains déchantèrent. La ravissante Françoise Dorléac devait trouver la mort un an plus tard dans un accident de voiture. Ce film, où le duo des soeurs Dorléac fonctionne à merveille, est donc le seul qu'elles ont eu le loisir de tourner ensemble. Aussi, le revoir aujourd'hui, c'est revoir un visage trop tôt disparu.

 

Pour lire les articles consacrés à Jacques Demy et Catherine Deneuve, cliquer sur leurs titres :

 

JACQUES DEMY, L'ENCHANTEUR                CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Lola et Peau d'âne, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS  

 

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les-demoiselles-de-rochefort-image.jpg                   

   

 

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24 mai 2006 3 24 /05 /mai /2006 09:07

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Les Enfants du Paradis,  film de  Marcel CARNE,  tourné en 1943 sur un scénario de Jacques PREVERT, réunissait tous les ingrédients pour être une oeuvre phare qui compterait dans l'histoire du cinéma français. Inspiré de la vie de Debureau, le script fort bien troussé est servi par une distribution de premier ordre, dont l'inoubliable Arletty et Jean-Louis Barrault  dans le rôle émouvant du mime Baptiste. Une méditation sur l'impossibilité de l'amour et du bonheur dans un Paris qui semble aussi fantomatique que les personnages. Un monde en apnée,  un carnaval triste envahi de masques et de funambules qui vous laisse longtemps dans l'esprit un goût fatal de cynisme et de poésie. Bien que complétement décalé de la réalité d'aujourd'hui, on ne se lasse pas de le revoir, ce qui prouve, si besoin est, que l'art a le droit de se moquer des modes.  Il est vrai que cette fresque romanesque et épique composée de deux parties : Le boulevard du crime et l'homme blanc - a ceci de particulier, de ne pas mettre en scène une reconstitution historique de l'époque avec l'évocation d'événements représentatifs, faits d'armes ou catastrophes, mais de favoriser la progression de l'intrigue par une suite de scènes intimistes, bâtissant son scénario sur la noblesse et la dérision des sentiments amoureux, la passion forcenée, au point d'en faire une épopée si originale qu'à ce jour on ne lui connait pas d'équivalent dans le 7e Art, sauf, dans une certaine mesure, chez Renoir qui témoignera avec Le carrosse d'or d'une préoccupation assez voisine. D'entrée de jeu, nous savons, en voyant le générique défiler sur un rideau de scène et en entendant frapper les trois coups, que le récit qu'on nous propose répond aux critères de la stylisation théâtrale. Les personnages, qui animent l'action, affichent une identité volontairement théâtrale, que ce soit Frédérik, Lacenaire, Baptiste ou le comte de Montray. Héroïne romantique, Garance, la femme autour de laquelle tournent les hommes au point que l'existence de chacun s'épanouira en fonction d'elle ; oui, cette héroïne parée des prestiges de la mélancolie n'en est pas moins moderne dans son souci de défier sereinement les préjugés.

 

Hommage au spectacle, Les Enfants du paradis  magnifie les hommes de théâtre qui ne sont eux-mêmes qu'en se mettant en scène. Baptiste, lorsqu'il rejoint Garance, commet un acte irréversible, car la pantomine exige que Baptiste soit malade d'amour pour la plus grande gloire de l'art et de l'artiste. Frédérik, quant à lui, a besoin de ressentir la morsure de la jalousie que lui inflige Garance, afin d'endosser le rôle d'Othello et l'interpréter avec la gravité douloureuse qui sied au personnage. C'est ainsi que le théâtre a raison de tout, au point que la dernière image laisse la marée des masques submerger l'écran. Qui a aimé qui et comment ? Certes Baptiste a aimé la simple jeune fille qui lui a tendu une fleur et est devenu la dame de ses songes. Certes Frédérik a vénéré Desdémone qui suscitait sa passion ; Lacenaire, la seule femme qu'il pouvait considérer comme son égale, parce qu'aussi libre que lui ; le comte de Montray, l'incarnation de la beauté, c'est-à-dire davantage la statue qu'il avait vue sur la scène des Funambules que la femme qu'il avait épousée. Ne lui avait-il pas glissé à l'oreille que la beauté est une exception, une insulte au monde qui est laid. "Rarement les hommes aiment la beauté - avait-il ajouté, ils la pourchassent pour ne plus en entendre parler, pour l'effacer, l'oublier..." Mais Garance, qui aime-t-elle ? Le film laisse planer le mystère, garde secret le coeur de cette femme, représentation idéale et souveraine de la liberté.                             


En procédant par chapitres, comme dans un roman, plutôt que par actes, Carné et Prévert ont réussi un film aussi passionné que contemplatif, aussi incarné qu'idéalisé, aussi lucide que désabusé. D'où le charme aigu qui s'en dégage, la séduction qu'il exerce soixante ans après sa sortie, alors que la plupart des films "à costumes" apparaissent, de nos jours, comme des pièces de musée passablement défraîchies. Nous sommes encore frappés de l'audace de certaines compositions qui ont prévalu dans une mise en scène qui a, néanmoins, beaucoup sacrifié à la beauté plastique, mais on sait combien il est difficile de faire de l'art avec l'art. Alors que nombreux sont ceux qui s'y sont cassés le nez, Carné et Prévert ont su en exalter la quintessence, grâce à l'intelligence et la sensibilité du scénario, du découpage des scènes, des dialogues, des décors, de la musique et de l'interprétation de comédiens de première grandeur. On n'oubliera jamais plus le grincement grêle des manèges, le regard éperdu de Baptiste, le tumulte qui anime le boulevard du Crime, Garance costumée en muse de la poésie et la pantomine que nous propose le fameux " chand d'habits ". Pour toutes ces raisons, l'intrigue amoureuse construite autour d'une Arletty magnifique en déesse de l'amour, inspirant un désir fou à un mime enfariné, à un anar glacé ( Marcel Herrand ) et à un dragueur irrévérencieux ( Pierre Brasseur ), scènes vécues sur fond de décor populaire, est une des plus grandes réussites du cinéma français. Un chef-d'oeuvre absolu.

 

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Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont La règle du jeu, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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