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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 10:59
La philo vagabonde de Yohan Laffort

Invité à visionner ce film de Yohan Laffort sur la démarche du philosophe vagabond Alain Guyard, j’étais a priori un peu inquiet, le cinéma actuel ne m’inspire pas beaucoup, je préfère mettre mes propres images sur les mots que je lis et ma culture philosophique puise ses racines dans mes seules lectures et réflexions. Mais cette inquiétude a été rapidement vaincue, Yohan Laffort a su filmer le périple de Guyard en même temps qu’il filmait sa démarche, il a su accompagner le philosophe sans jamais imposer ses images. Il a su alterner ses enseignements avec les réflexions de ses auditeurs, avec les motivations de ceux qui l’invitent dans les lieux les plus insolites et parfois même incongrus, avec de magnifiques images du Gard et des environs, là où Guyard sévit.

 

 

Guyard, c’est une bête de scène comme on dit à la télé où les mots se raréfient plus vite que l’eau dans le désert. Guyard, c’est Depardieu dans "Crésus", c’est Mélenchon sans son égo démesuré et ses  ambitions ineptes, c’est une force, une puissance d’évocation, un tribun éclairé, un virtuose du vocabulaire, un grand acteur, une culture immense, une intelligence supérieure. Il m’a rappelé un professeur d’histoire qui nous expliquait avec des mots savants, comme ceux de Guyard, la mythologie grecque, la ramenant à une explication toute simple de la vie des populations de cette époque et de leurs préoccupations. Guyard fait la même chose avec la philosophie, il décortique, dissèque, dénoyaute les écrits, les pensées, les recommandations des auteurs, notamment des auteurs de la Grèce antique qu’il semble particulièrement affectionner.

 

 

Il ne cherche pas à éclairer l’auditeur, il s’applique à  l’embrouiller encore plus pour qu’il remette en question tout ce en quoi il croit, les cadres que la société a fabriqués pour que la majorité vivent selon les normes que certains ont définies : normes morales, normes sociales, normes économiques, normes religieuses, normes culturelles … tout ce fatras de normes qui devrait permettre de vivre en société alors que l’homme est avant tout un individu et qu’il ne vit que pour lui-même, pour se confronter à la vie et à la mort qui n’en est que le dernier épisode.

 

 

Laffort a mis ses souliers dans les pas de Guyard allant de la librairie à la médiathèque, de la prison à la ferme, de la boulangerie à l’école des puéricultrices, partout où les gens s’interrogent sur leur existence, leur raison d’être, leur façon de rendre leur vie possible et peut-être même agréable. Et, chaque fois, Guyard les a pris par surprise, leur faisant comprendre que tout ce qu’ils croyaient allait à l’encontre de ce qu’ils recherchaient. Le bonheur s’oppose à la joie, la violence populaire n’est que la manifestation de sa force, l’expression de la nécessité de renouveler la liste de ceux qui détiennent le pouvoir, l’accumulation des richesses n’est que l’expression de l’angoisse, de la peur, de la vie, de la nécessité de se protéger. De conférence en conférence, Guyard adapte ainsi son discours à son public pour toujours revenir à l’essentiel, à l’individu, à son essence, à la nécessité dans laquelle il est d’échapper aux forces qui le séquestrent dans l’un des systèmes inventé par les puissants. L’amour sans frustration n’est pas amour, l’éthique est personnelle et non professionnelle, la volonté prime sur la moralité … chaque public reçoit le message qui lui est adapté.

 

 

Se situant lui-même « entre Coluche et la métaphysique », Alain Guyard redonne une nouvelle dimension à la philosophie gravement dévaluée par les philosophes de télé qui essaient d’en faire une marchandise de librairie. J’ai retrouvé toute la puissance que Guyard a mise dans « La soudure », sa détermination à vouloir faire comprendre aux hommes que la vraie vie était en eux et que tous les systèmes étaient pervers. La philosophie, cela dérange, « ça fout la merde » dans les esprits parce que la vie, la raisons de vivre, ça ne s’explique pas, le philosophe est comme « l’homme qui pédale sans savoir qu’il pédale et qui doit descendre de vélo pour savoir s’il pédale bien et donc cesser de pédaler ». C’est la machine infernale, le mouvement perpétuel de la remise en question permanente. Il reste à chacun de déterminer ce qu’est pour soi « la valeur de l’existence ».

 

 

Un film qui met déjà en perspective la quasi-totalité des discours que nous devrons subir lors des prochaines campagnes électorales où l’adage de Nietzsche sera encore confirmé : « Nous sommes des décadents ». Il nous restera néanmoins la transgression pour créer un autre du monde hors du cadre défini actuellement.

 

 

Et pour conclure, je voudrais ajouter que je partage avec Guyard cette façon d’aller à la rencontre des acteurs de nos territoires afin de les écouter et les conforter dans leurs démarches souvent à la marge des idées reçues. Là sont les vraies forces !

 

Denis BILLAMBOZ

 

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 08:54
Juste la fin du monde de Xavier Dolan

Je suis allée voir ce film avec quelques à priori. Tout d’abord à cause du battage fait par une certaine presse qui voit en cet opus le chef-d’œuvre absolu et une autre qui pointe du doigt sa totale indigence. Trop de trop ne pouvait manquer d’aiguiser ma curiosité et m’inciter à me forger ma propre opinion. Que Xavier Dolan soit un jeune cinéaste doué, nous le savions depuis ses débuts à l’âge de 20 ans. Il en a aujourd’hui 27 et s’affirme avec plus de maturité, façonnant son style non sans quelques maladresses mais un souci constant d’originalité et une quête soucieuse du dire vrai et de l’image juste.

 

 

Cette dernière réalisation, bien qu’inégale, recèle des moments d’une vraie et profonde beauté et une exigence dans l’expression de l’incommunicabilité entre les êtres, les désordres intérieurs, l’incapacité de chacun à vivre une relation, à établir un dialogue, à sortir de son emmurement. Le silence est sans doute la plus grande liberté de l’homme, dont il sait si peu faire bon usage. Les personnages du film apparaissent tous, à l’exception du visiteur, comme les prisonniers d’eux-mêmes, les victimes de leur égo, les invalides de l’existence, partageant un huis clos  où ils n’ont pour pires ennemis qu’eux-mêmes. Tous vivent dans une agitation permanente, un onirisme sans consistance ; tous sont les victimes de la dictature du bruit et de l’éphémère, de la fébrilité et de l’inquiétude. Alors ils crient, ils fument, ils s’apostrophent avec violence, chacun est l’ennemi de chacun et pire encore : l’ennemi de lui-même.

 

 

Le bruit est le pire fléau de notre actualité. Il nous mutile et nous prive de l’essentiel : notre silence intérieur où s’épanouissent les fleurs de notre pensée, les fruits de notre réflexion. Alors, lorsque le silence survient dans ce désordre et plonge au cœur de ce chaos psychologique, tous les excès sont possibles et la tragédie se joue à coups d'estoc, de mots qui blessent, de formules éculées et misérables. Nous ne sommes plus en quête du mot juste, du mot vrai, mais du mot qui tue, œuvre d’un monde décervelé en totale déliquescence, un monde malade tout simplement. Le film de Dolan, inspiré de la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce, est un concentré de ce vide abyssal dans lequel nous évoluons. Mais ce qui est intéressant, ce qui pose question et fait l’intérêt du film, est Louis, ce fils qui n’a pas revu les siens depuis 12 ans, ce jeune écrivain-dramaturge de 34 ans qui apparaît comme l’ange visiteur, silencieux et souriant, et pose sur eux – sa mère, sa sœur, son frère et sa belle-sœur comme l’écho émouvant de l’expérience du désert, la douceur intérieure de la certitude, le sourire de la grâce. Gaspard Ulliel est magnifique dans ce rôle où tout son jeu se résume à quelques paroles sobres, à cette gravité du regard qui concrétise l’approche du silence éternel. Ce qu’il était venu dire, il ne le dira pas et qu’importe : personne n’était en mesure de l’entendre. A la fin, un oiseau s’envole de la vieille horloge qui sonne encore les heures et se cogne contre les murs avant de trouver l’issu vers la lumière, la porte ouverte vers l’ineffable.

 

 

Symphonie des regards, monologues tronqués, jugements hâtifs, mots vains, colères puériles, tout cela est soudainement absorbé par les visages qui disent leur désarroi face au questionnement muet du visiteur dont ils perçoivent vaguement l’exigence et la fatalité. Un film qui pose les questions essentielles, se focalise sur les expressions inquiètes, les met en images de belle façon avec leur plein et leur vide, leurs interrogations et leurs dénis et bénéficie d’une parfaite interprétation de la part des comédiens. A ne pas douter, Dolan n’a pas fini de nous interroger sur nos finitudes.

 

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 09:12
Le fils de Jean de Philippe Lioret

À trente-trois ans, Mathieu ne sait pas qui est son père. Sa mère n’a jamais voulu le lui révéler. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu’il vient de mourir. Découvrant, par la même occasion, qu’il a deux frères, Mathieu décide d’aller à l’enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n’a eu connaissance de son existence, ni ne semble vouloir la connaître…

 

Après l’émouvant « Je vais bien, ne t’en fais pas » et du social « Welcome », Philippe Lioret s’inspire à nouveau des secrets familiaux pour concevoir un film tout en délicatesse. En choisissant Pierre Deladonchamps (meilleur espoir masculin en 2014 pour « L’inconnu du lac » de Guiraudie) afin d’incarner son personnage principal et en l’entourant de comédiens canadiens, dont l’accent rend plus crédible encore le climat qu’il entend faire régner avec une incontestable sensibilité, il actualise l’émotion et la douceur nécessaires à pareil sujet, sujet qu’il a puisé dans un roman de Jean-Paul Dubois « "Si ce livre pouvait me rapprocher de toi », dont il a conservé les lignes directrices..

 

Mathieu est un trentenaire parisien divorcé et père d’un jeune garçon qu’il visite régulièrement. Il semble mener une vie tranquille. Alors qu’il travaille à son bureau dans sa société de croquettes pour animaux, il reçoit un coup de fil d’un correspondant étranger se présentant comme un ami de son père qui vient de mourir. Celui-ci lui demande son adresse postale afin de lui adresser un colis que ce père inconnu a laissé à son intention. C’est alors que Mathieu décide d’aller lui-même récupérer le paquet au Québec à l’occasion de l’enterrement et, ainsi, de faire la connaissance de cette fratrie lointaine qui lui tombe soudain du ciel. A son arrivée, il est surpris du peu d’empressement que suscite sa venue de la part de Pierre, son hôte canadien, l’ami intime de son père qui lui avait téléphoné pour lui apprendre l’existence de celui-ci. Dès qu’ils se rencontrent à l’aéroport, Pierre lui déconseille de façon autoritaire et brutale de ne dévoiler sa réelle identité à quiconque et surtout pas à ses deux frères.  A ce moment du récit, le doute s’installe sérieusement quant aux sentiments de ce personnage peu sympathique incarné par un Gabriel Arcand très convaincant dans ce rôle d’ours bougon qui va, au fil de cette visite, changer totalement de registre. Qu’a-t-il à cacher ? A-t-il une responsabilité quelconque dans la mort de son ami, médecin comme lui, noyé dans un lac alors qu’ils pêchaient ensemble ? Qui sont vraiment ces deux garçons cupides et bagarreurs qu’il présente à Mathieu comme étant ces demi-frères ?

 

Le film va se dérouler sur un tempo fragile et délicat, malgré quelques scènes d’affrontement, mais l’essentiel réside ici dans le non-dit, le suggéré, les regards, les aspirations et les regrets, ceux de gens simples qui affrontent des révélations et remettent en cause leur acquit, balançant dès lors entre inquiétude et espérance. En choisissant la pudeur, Lioret évite de sombrer dans le mélo et la pleurnicherie et, avec beaucoup de discernement, porte son dévolu sur deux acteurs qui  usent de cette corde sensible avec infiniment de doigté. Pierre Deladonchamps est formidable de naturel avec sa gueule d’éternel enfant, sa gentillesse, sa vulnérabilité dans le rôle de Mathieu et Gabriel Arcand joue avec finesse celui de l’ami du père qui se laisse gagner par la gentillesse de ce parisien inconnu et s’ouvre, sur le tard, à une conception tout autre des rapports humains, à une tendresse qu’il ne concevait pas. Quant aux femmes, mère et fille de Pierre, elles sont parfaites et apportent au film une touche supplémentaire de douceur sans mièvrerie.  Les liens du coeur ne seraient-ils pas supérieurs aux liens du sang ? Une jolie réussite.

 

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 07:59
Cézanne et moi de Danièle Thompson

L'histoire de l'amitié et de la rivalité entre Paul Cézanne, peintre impressionniste et père fondateur de l'art moderne et d'Emile Zola, écrivain chef de file du mouvement naturaliste dans la France tourmentée du XIXe siècle. Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosités, espoirs, doutes, filles, rêves de gloire, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, montent à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil. Aujourd’hui Paul est peintre, Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent, une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

 

 

Sur ce canevas, soit la vie de deux grands artistes que la création tourmente comme tout vrai artiste, ces deux-là ne vont cesser de s’affronter face à des destins opposés où l’un connait enfin la renommée et où l’autre se heurte avec violence à ses doutes et à son incapacité à se plier aux réalités quotidiennes ; où l'un, né pauvre, devient riche et ou l'autre, né avec une petite cuillère dorée dans la bouche, se retrouve démuni après avoir rompu avec les siens. Cézanne, contrairement à Zola, ne s’abaisse à aucune concession ; ce tempérament violent, volcanique, coléreux, grossier est admirablement campé par un Guillaume Gallienne qui trouve là un rôle à sa mesure et crève l’écran par une présence bouleversante de réalisme et de sensibilité qui finit par porter ombrage à l’interprétation, pourtant parfaite, de Guillaume Canet dans le rôle d’Emile Zola, personnalité plus lisse, plus consensuelle et d’une infinie compréhension à l’égard d’un ami dont il s’afflige qu’il use des dons qu’il possède tout autant pour peindre que pour se détruire et se faire détester. Ce duo de deux personnalités en train de bâtir une œuvre de façon totalement opposée, Cézanne en l’élaborant dans un paroxysme de souffrance et de négation, Zola en épousant les soucis et les incompréhensions de son époque et en essayant d’y remédier et d’en rendre plus visible les inégalités et les scandales ; l’un enfermé en lui-même, victime de son génie incompris, l’autre en captant  les ondes d’actualité d’un art qu’il cherche à renouveler et dont il subit les aléas avec une évidente lucidité. De ce dialogue, empli de contradictions, qui traverse leur vie, de leur enfance à leur maturité, Danièle Thomson nous donne une version pleine d’orages et d’images sublimes due à la caméra inspirée de son directeur de photos Jean-Marie Dreujou qui sait harmoniser les scènes et nous les restituer dans une sorte de re-création subtile et colorée de l'époque, époque où les femmes  semblent sortir tout droit d’une toile de Degas ou d'Auguste Renoir, magnifique succession de scènes travaillées avec talent. Les dialogues crus et émaillés de tous les jurons du répertoire peuvent parfois un peu agacer, mais la cinéaste conduit cela avec  maestria, les flashes-back offrent un narratif moins linéaire et d’ailleurs les dates sont toujours indiquées de façon à ce que le spectateur ne perde pas le fil de l’histoire. Un film qui rend sensible les douleurs multiples des génies, les souffrances de la création, les doutes, les vies menées à hue et à dia sur cette ligne infiniment ténue qui est celle de l’homme en proie aux vertiges de son inspiration. Les acteurs sont magnifiques, les femmes belles, on y aperçoit Sabine Azéma toujours pleine de grâce, et le film est une heureuse surprise. Une très heureuse surprise après celle toute récente de "Frantz" de François Ozon. Le cinéma français reprend des couleurs grâce à eux.

 

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Cézanne et moi de Danièle Thompson
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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 08:54
Le septième juré de Georges Lautner


L’auteur  des « Tontons flingueurs » aborde avec cet opus, inspiré du roman de François Didelot que Bernard Blier lui avait proposé de porter à l’écran, un drame où la justice accuse sans vergogne un innocent d’un geste crapuleux et ignoble, celui d’avoir étranglé sa petite amie pour de l’argent. Le motif peut sembler recevable à une société qui entend ne pas mélanger les torchons et les serviettes et continuer à ronronner dans un apparent confort matériel et moral. Or, la vérité est tout autre. Ce crime a été commis par l’un des notables de la ville, un certain Duval, pharmacien installé depuis des années et dont la notoriété de tranquille mari et père de famille ne peut être mise en cause. C’est néanmoins lui qui commet le forfait dans un élan de folie inexpliqué, en découvrant, à la suite d’un déjeuner bien arrosé, une jeune fille endormie à moitié nue sur une petite plage au bord d’une rivière, non loin de son domicile, ce qui va éveiller en lui une pulsion subite. Alors qu’il tente de l’embrasser, la jeune fille se débat et, pris de panique, le pharmacien l’étrangle et revient prendre sa place auprès de l’ami avec lequel il a banqueté en ce paisible dimanche, ami qui a eu la bonne idée de s’assoupir, ce qui est pour l’auteur du crime un alibi en béton. Mais voilà que ce notable, magistralement interprété par Bernard Blier, est choisi pour être le septième juré lors de ce procès qui parait jugé d’avance. C’est alors que tout se corse. En effet, le pharmacien est progressivement envahi par le doute et le remords et va tenter d’innocenter le malheureux jeune homme, sans s’accuser pour autant.

 

 

Film atypique et intelligent, « Le septième juré »  est une histoire tragique, admirablement écrite, où l’on suit l’évolution progressive de Grégoire Duval, peu à peu  rattrapé par le souci de remettre en ligne de perspective la réalité et la cohérence des choses. Davantage que la moralité, c’est le sens du réel qui le tourmente. La vie ne peut reposer sur l’extravagant, le saugrenu, l’inepte. Et cette petite société bourgeoise, rancie dans ses prérogatives et ses accommodements, pas davantage que les autres. D'autant plus et d'autant mieux, qu’un certain nombre de preuves accablent le malheureux Sylvain Sautral, l’amant de la jeune femme assassinée, qui s’était éloigné d’elle un moment pour aller acheter des cigarettes.

 


Georges Lautner a pris l’astucieux parti d’ajouter une voix off qui nous permet de ressentir les impressions de Grégoire Duval et de suivre le lent processus qui va l’amener à sauver la peau de l’accusé. Ces interventions précises et irréfutables vont confondre les accusateurs et les contraindre à relâcher le malheureux jeune homme dans la nature. Pour autant, il ne restera pas moins l’accusé de la petite ville qui ne peut se contenter de ce non-lieu. Il lui faut un assassin à tout prix afin d’assouvir sa bonne conscience et celui-ci, ce libertin un peu marginal, est le candidat idéal.

 

 

Les choses vont se compliquer encore lorsque Grégoire Duval se met en tête de se dénoncer. Pas question que le pharmacien vienne noircir le tableau béat d’une petite ville en tous points conforme à la moralité et à la bienséance. Sa femme qui, depuis longtemps, soupçonne sa culpabilité, va arranger les choses, aidée en cela par les nantis que ce drame menace fatalement. Plutôt qu’assassin, c’est comme fou que l’on enferme le pharmacien Duval, de façon à ce que la morale soit sauve. Les dialogues de Pierre Laroche sont d’une grande justesse et sonnent l’hallali avec une confondante précision. Les joutes verbales valent à elles seules le visionnage de cet opus passionnant et admirablement interprété. Tous les protagonistes seraient à citer dont Francis Blanche dans le rôle du procureur général. L’autre qualité du film est sa critique  fine et subtile d’une bourgeoisie provinciale quasi assurée de sa toute puissance et qui ne peut envisager un instant de se remettre en cause. A tout honneur, tout déshonneur. Ce film est une grande réussite. Et le noir et blanc le sert à merveille. On comprend que Georges Lautner considérait « Le septième juré » comme son film le plus abouti.

 

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 09:56
Retour chez ma mère d'Eric Lavaine

A 40 ans, Stéphanie, divorcée, au chômage, est contrainte de retourner vivre chez sa mère. Elle est accueillie les bras ouverts : à elle les joies de l’appartement surchauffé, de Francis Cabrel en boucle, des parties de scrabble endiablées et des précieux conseils maternels sur la façon de se tenir à table et de mener sa vie… Chacune va devoir faire preuve, vis-à-vis de l’autre, d’une infinie patience, car mère et fille ont goûté depuis longtemps à leur indépendance et cette cohabitation va mettre les nerfs de chacune à rude épreuve.  Et lorsque le reste de la fratrie débarque pour un dîner, règlements de compte et secrets de famille vont se déchaîner de la façon la plus jubilatoire. Mais il est des explosions salutaires. Bienvenue dans un univers à haut risque : la famille !

 

Le titre, à lui seul, résume l’histoire : Stéphanie (Alexandra Lamy), architecte, a fait couler son entreprise en vendant ses services à un client véreux  présenté par une amie sans scrupule. Séparée de l’homme qui lui a donné un fils, étranglée financièrement, en froid avec son frère et sa sœur, la jeune femme n’a d’autre choix que de retourner vivre chez  maman, ce qui ne l’emballe qu’à moitié. Sa mère, c’est  Jacqueline (Josiane Balasko), une sympathique sexagénaire qui ne connaît rien aux nouvelles technologies, écoute Francis Cabrel à longueur de journée et joue au scrabble par téléphone avec ses amies. Ce tête-à-tête ne va pas manquer de piquant et susciter des scènes inattendues et très drôles car chacune de ces deux femmes a, des situations qui se présentent, une lecture totalement opposée.

 

Les précédents films d'Eric Lavaine n’avaient pas totalement gagné l’adhésion du public, aussi celui-ci, bien écrit, bien réalisé, est-il une agréable bonne surprise. En effet, cette comédie à quiproquos se situe plutôt sur le registre de la finesse et traite des incompréhensions familiales avec doigté et un savant dosage d’humour et d’émotion, sans trop en faire néanmoins. Et puis les deux actrices sont formidables, très justes dans leur interprétation de mère et de fille. Elles portent le film avec une décontraction et un naturel bluffant. Sans prétendre apporter rien de nouveau au genre, « Retour chez ma mère » est un plaisant divertissement tissé de formules et de situations qui sonnent justes et nous assure une heure trente de scènes de la vie ordinaire dénuées de toute vulgarité. 

 

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 09:56
La Veuve de Saint-Pierre de Patrice Leconte

 

Le réalisateur de « Ridicule » filme une histoire d'amour fou et dénonce la peine de mort, le tout dans les glaces de Saint-Pierre-et-Miquelon au milieu du XIXe siècle. 

 


Dans l'embrasure de la fenêtre,  une femme en robe noire a l'oeil perdu dans le vide. C'est Juliette Binoche. Une veuve qui donne toute son incandescence à cet opus. Après « Une fille sur le pont »,  où Daniel Auteuil, lanceur de couteaux, avait le coup de foudre pour Vanessa Paradis, Patrice Leconte continue dans la veine d'un romantisme en costume, au risque de faire ricaner un peu plus cette partie de la critique qu'imprudemment il avait accusée de tous les maux... Mais en confirmant son éclectisme, lui qui, parti de la grosse comédie « Les vécés étaient fermés de l'intérieur » a tout aussi bien mis en scène « Les Bronzés » qu'une adaptation dépouillée  de Simenon « Monsieur Hire » et un éblouissant film à costumes sur l'hypocrisie de la cour versaillaise  « Ridicule », assume son goût de la diversité avec « La veuve de saint-Pierre », une histoire captivante sur fond de meurtre, de guillotine et de lutte contre une société sclérosée qui ne vit que pour les apparences. Juliette Binoche prouve une fois de plus l’étendue de son jeu à la fois subtil et fiévreux.

 

Cette passion nous est contée avec le recul nécessaire grâce aux interprètes et aux images et le souci d’une mise en scène dépouillée qui nous introduit de plein pied dans un univers  austère et clos.  En flash-back, voici l'histoire tragique d'une femme amoureuse et emplie de bons sentiment qui est  persuadée que chacun peut avoir une deuxième chance et qui, pour mettre sa vie en harmonie avec ses convictions, précipitera l'homme qu'elle aime vers le déshonneur et la mort...


Juliette Binoche est  l’épouse très amoureuse du capitaine chef militaire de « l'île à morue »  ( Saint-Pierre et Miquelon ), interprété par Daniel Auteuil. Nous sommes en 1850, la petite société des notables  se révèle conservatrice, rigide et cancanière, aussi  regarde-t-elle  avec méfiance ce jeune couple qui, souvent, chevauche sur la lande un étalon noir. Mais un soir de brume épaisse, un marin, pris de boisson, poignarde un habitant. Condamné à mort, il doit être guillotiné. L'île ne possédant ni bourreau, ni guillotine (aussi appelée « la Veuve »), il faut attendre d’en faire venir une. L'assassin, qui a une bonne tête, est confié  alors à la garde du capitaine, dont la femme, que les îliens nomme "madame La", entreprend de réhabiliter. Persuadée qu'aucun homme n'est fondamentalement méchant, elle l'utilise pour ses menus travaux, notamment de jardinage, le sort de son cachot, lui fait traverser l'île afin qu’il l’aide dans ses oeuvres de bienfaisance et commence même à lui apprendre à lire. L'homme, doux et gentil, devient très populaire. Quand arrivent sur l'île une « veuve » trouvée en Martinique et un bourreau débutant, le capitaine est au pied du mur : écoutera-t-il son devoir ou sa femme ?

 

Cette histoire est inspirée d'un fait divers réel. Belle preuve d'amour que celle donnée par l'officier à l'oeil sombre qui reste, en toutes occasions, droit dans ses bottes. Belles images aussi  que celles tournées sur place dans un froid polaire, un décor de glace. Belle idée, que celle de ce combat d'avant-garde contre la peine de mort. Binoche, à qui le deuil sied, nous séduit par son jeu très intériorisé et sa grande élégance morale et Daniel Auteuil dans son rôle d’homme amoureux qui cédera aux idéaux de son épouse, au mépris de son propre statut. Convaincant également  Emir Kusturica  qui prête sa silhouette de géant massif et son sourire tendre au personnage de Neel, marin meurtrier et condamné, que la protection de Madame La ne parviendra pas à sauver...

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 09:57
Eperdument de Pierre Godeau

L’adaptation du roman de Florent Gonçalves inspiré d’une histoire vraie, Défense d’aimer, évoque la passion répréhensible entre un directeur de prison et une détenue. Les deux acteurs vedettes, Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos s’imposent par leur naturel et leur charisme évident.

 

Couple de cinéma improbable, l’un et l’autre s’aiment à l’écran. Ces deux acteurs, issus de milieux diamétralement opposés, incarnent les protagonistes d’un drame amoureux dans l’enceinte d’une prison. En effet, l’auteur du livre, publié en 2012, s’était laissé séduire, alors qu’il dirigeait un établissement pénitencier pour femmes à Versailles, par une jeune délinquante qui avait été l’un des rouages de la tragédie antisémite qui avait ébranlé la France en 2006 et où elle avait joué le rôle de l’appât du gang dénommé « le gang des barbares » qui opéra à la mise à mort d’Ilam Halimi, torturé et exécuté pour la simple raison qu’il était juif.


De ce meurtre abominable, il n’est nullement question dans le film, si bien que le spectateur n’a aucun à priori particulier envers la jeune prisonnière dont on ignore l’objet de la réclusion. Pierre Godeau, déjà auteur du film « Juliette », se polarise essentiellement sur le couple qui se forme inopinément entre les murs de la prison. Un coup de foudre, à priori peu probable, de la part d’un homme qui semble professionnellement irréprochable, marié, père d’une adorable fillette et visiblement équilibré. Néanmoins, cet homme va sombrer corps et âme dans une liaison qui le détruira inexorablement. Par chance, la prison, qui n’est pas un tribunal, ne nous oblige pas à formuler un jugement sur la jeune femme en question, dont on peut comprendre qu’elle s’accroche à cet amour comme à une bouée de sauvetage, puisqu’elle ne dispose que de l’atout de son insolente jeunesse et de son audace pour tenter de séduire et de survivre. Quant au directeur de la prison, il nous surprend davantage par sa vulnérabilité, vulnérabilité qui le met dès le départ en position de faiblesse, si bien que ce film a cette originalité que  la victime n’est pas celle que l’on croit. L’autodestruction à laquelle il se livre apparaît bientôt irréversible ; c’est à une descente aux enfers librement consentie et engendrée par une passion charnelle sans lendemain qu’il s’abandonne.

 

Cependant, la complexité des rapports, telle qu’elle nous est livrée, reste de surface et il faut l’interprétation d’une intensité indiscutable des deux acteurs pour conférer un peu de vraisemblance à cette relation, d’autant que la mise en scène reste conventionnelle, peu convaincante et maladroite, les scènes d’intimité étant dénuées de toute saveur et minées par un réalisme de salle de garde.

 

Certes Pierre Godeau tente une métaphore sur l’enfermement, sur l’emprisonnement mental de ses personnages qui détruit jusqu’à leur instinct de survie, mais sans parvenir à nous émouvoir et à gagner notre adhésion. Demeure l’ambiguïté sur les relations et sur la manipulation des uns et des autres, sur l’étrange esprit de destruction qui est en chacun de nous, sur la rédemption toujours possible au-delà des regards et de l’irrationalité des actes. La dernière scène, sans accorder de réponse, laisse percer une espérance. Malgré quelques moments bienvenus, principalement ceux entre la mère de l’incarcérée et sa fille, et une interprétation irréprochable, « Eperdument » se confine dans le domaine de la télé-réalité, loin de certaines réalisations autrement convaincantes sur des drames carcéraux.

 

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Eperdument de Pierre Godeau
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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 10:58
Chocolat de Roschdy Zem

Après "Mauvaise foi", "Omar m'a tuer" et "Bodybuilder", Roschdy Zem passe à nouveau derrière la caméra pour retracer avec brio l'histoire oubliée d'un artiste de la Belle Epoque. Il s'agit d'un homme noir exploité dans un cirque de province français à la fin du XIXe siècle, comme l'ont été des nains et même d'anciennes cocottes, nombre de ceux qui ne répondaient pas aux critères de l'époque. C'est alors qu'un certain George Footit va discerner  en lui des talents et un potentiel scénique et former avec celui qui deviendra Chocolat un fabuleux duo de clowns.

 

Tout en rendant ainsi hommage au premier artiste noir de la scène française, ce film nous conte  l'histoire d'une amitié forte entre deux hommes. Rien d'étonnant à ce que le tandem soit la valeur sûre de cet opus : ces deux personnages ne sont-ils pas interprétés par Omar Sy et James Thierrée, le petit-fils de Charlie Chaplin ! Avec eux, on passe du burlesque à la tragédie en un clin d'oeil. Derrière le combat personnel de Chocolat, c'est une lutte contre les innombrables blocages d'une société qui a du mal à s'émanciper de ses principes et juge l'étranger à l'aune de ses seules valeurs, qui sont évoqués, ce qui donne lieu à des scènes émouvantes, notamment dans la prison et au théâtre. 

 

L'esthétique du film est, par ailleurs, particulièrement soignée avec une élégante reconstitution du Paris du début du siècle dernier. On se sent complètement immergé dans cette Belle Epoque avec des détails pittoresques, une mise en scène raffinée et une histoire drôle et touchante. Quant aux acteurs, ils sont irréprochables, avec un Omar Sy au top.

 

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 10:33
L'Hermine de Christian Vincent

Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle " le Président à deux chiffres ". Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Malade au début de ce nouveau procès, quitté par une épouse plus riche que lui, Racine couche désormais à l’hôtel en traînant sa petite valise. Tout bascule le jour où il retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait partie du jury qui va devoir juger un homme accusé d’infanticide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret. Médecin anesthésiste, elle l’a arraché à la mort physique lors d’une grave opération. Retrouvée par hasard et connue par hasard, elle va, au cours de cette audience, le sauver d’une nouvelle mort, la mort morale.

 

 

Ainsi la guérison de cet homme passe-t-elle par un procès dont l’intérêt principal réside dans le rôle des jurés, tous très différents, qui sont mis en présence d’un cas d’autant plus douloureux qu’il s’agit de la mort d’un enfant. Les témoins défilent sans apporter de notables éclaircissements. Qui juge qui, au final ? A un moment donné le président malmène l’un des policiers qui a découvert la mort de ce bébé de 7 mois. A chacun sa vérité, celle de ce policier honnête n’est pas plus certaine que celle du père qui attend le verdict dans le box des accusés. Michel Racine, touché par la présence de Ditte, leur rappelle qu’il faut accepter de ne pas savoir… Ainsi l’irruption de la douceur et de la tendresse dans sa vie bancale et solitaire est-elle le début d’une véritable rédemption, rédemption qui lui révèle une autre vérité : si un procès change le cours des choses, c’est peut-être d’abord vis-à-vis de soi. Nous voyons que les sentiments ont le droit de siéger dans l’enceinte stricte d’un tribunal.

 

 

Sidse Babeth Knudsen, qui interprète le rôle de Ditte, a été choisie par Christian Vincent à la suite de son visionnage de la série « Borgen » où il l’avait beaucoup appréciée. Et, il est vrai, qu’elle illumine le film de son rayonnement où s’allient en un dosage idéal la beauté et l’intelligence. Quant à Fabrice Luchini, qui a reçu pour le rôle de Michel Racine le prix d’interprétation à la Mostra de Venise, il est remarquable de sobriété et de naturel, homme intransigeant, droit dans ses bottes en apparence, mais plus vulnérable qu’il n’y parait, proie de toutes les perplexités de la conscience et de la vie. Sa soudaine guérison est celle du doute sur l’évidence intérieure, ce qui est vraisemblable n’étant pas obligatoirement certain. Un film qui suggère plus qu’il ne démontre et laisse à chacun son interprétation personnelle.

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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