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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 09:59
LE QUAI DES BRUMES de MARCEL CARNE

Jean (Jean Gabin) déserteur de la Coloniale arrive en camion dans la ville portuaire du Havre. Désabusé et hanté par ses souvenirs de guerre, il cherche à fuir la France. En quête d’un bateau, il fait la rencontre de personnages attachants, de petites frappes et surtout de la belle Nelly (Michèle Morgan) dont il tombe amoureux...

 

Dans ses mémoires, Marcel Carné déclare : « A l'époque les écrans regorgeaient de comédies, musicales ou non, brillantes, ensoleillées et grouillantes de figuration. Et voilà que j’arrivais avec ma boîte de nuit vide, ma brume, ma grisaille, mon pavé mouillé et mon réverbère. »

 

Aujourd’hui on a du mal à imaginer comment ce jeune réalisateur de 32 ans, qui n’a alors que deux films à son actif, a pu trouver le financement pour produire un projet si sombre… La genèse du "Quai des brumes" a été maintes fois racontée, mais il est bon d’en rappeler quelques détails : 1937, Jean Gabin, en balade dans Paris, s’engouffre dans un cinéma pour voir un film dont sa femme ne cesse de lui parler : « Drôle de drame ». Il assiste alors à une représentation sifflée et conspuée par le public. Mais le comédien n’en a cure ; ébloui par le style de Carné et les textes de Prévert, il contacte son agent afin de rencontrer le réalisateur. L’entretien a lieu quelques jours plus tard et Gabin lui demande s’il a un sujet à lui proposer. A l’époque, il est une immense star et le jeune Carné un illustre inconnu. Cependant, Jean Gabin ne se démonte pas et propose l’adaptation du roman de Mac Orlan : Le Quai des brumes. Alors sous contrat avec l’UFA (compagnie de production allemande), l'acteur pousse les studios germaniques à accepter le scénario. Les producteurs ne prennent pas la peine de lire l’adaptation rédigée par Prévert. Trop contents de faire tourner la star, ils acceptent le projet et les premiers essais ont lieu à Neubabelsberg. Mais l’ambiance des studios d’Outre-Rhin est pesante et Marcel Carné  renâcle à entreprendre ses premières scènes. Quelques jours plus tard, il reçoit une communication de l’UFA lui indiquant que le tournage est annulé. La censure a lu le synopsis et l’a jugé amoral : parmi ce comité, un certain docteur Goebbels qui entend imposer des idées, prémisses de ce qui suivra...

 

Finalement le projet aboutit entre les mains françaises du producteur Gregor Rabinovitch, enchanté de produire le prochain Gabin ! Carné peut enfin tourner l’adaptation du roman de Mac Orlan dont l’action, initialement prévue à Montmartre, est transposée au Havre. Rabinovitch et son complice Shiffrin réalisent avec retard la puissance et la noirceur du drame conçu par Prévert. Ils essaient par tous les moyens de freiner Carné dans sa création mais rien n’y fera. Gabin soutient Carné et porte le film jusqu’à cette avant-première organisée sur les Grands Boulevards où le film connaîtra ses premières salves d’applaudissements.
 

Pendant les années soixante, les critiques de la Nouvelle Vague ont lapidé Carné qu’ils considéraient comme l’antonyme de la modernité. Son cinéma en noir et blanc aux dialogues ciselés, ses plans d’une grande rigidité et son approche poétique étaient qualifiés de désuets. Mais il suffit de quelques images pour ouvrir les yeux des cinéphiles contemporains. A travers "Le Quai des brumes", puis "Le jour se lève" ou  "Les enfants du Paradis", le réalisateur français impose un style dont les héritiers sont aujourd’hui Tim Burton ou dans une autre mesure Lars Von Trier.
 

En utilisant à merveille les décors d’Alexandre Trauner, Marcel Carné  inscrit son drame dans des lieux ordinaires et comme dénués de vie : la boîte de nuit, inondée de lumière, est peuplée d’hommes et de femmes sombrant dans l’ennui, la cabane au bord de l’eau est le refuge d’un artiste suicidaire et d’un guitariste sans illusions, et enfin, le magasin de bibelots, où aucun client ne s’aventure, est tenu par un homme qui ne comprend pas pourquoi les gens s’aiment… D'autre part, les décors et les personnages désabusés créent une ambiance étonnement poétique. Le style Carné commence à s'imposer.

 

Et puis il y a cet amour impossible entre Jean et Nelly : inscrite dans un monde trop sombre, leur histoire est sans issue. Pour exprimer ce décalage entre leur passion et la réalité, Carné oblige ses héros à se cacher : c’est derrière les planches d’une bicoque que Gabin déclame devant Michèle Morgan cette tirade inoubliable : « T'as d'beaux yeux, tu sais. » Et c’est encore dans l'ombre qu’ils prononceront le mot «Amour». A l’opposé des comédies musicales hollywoodiennes, alors très en vogue, au cours desquelles les héros livrent leurs sentiments à la ville entière, la passion de Jean et Nelly ne doit pas s'aventurer dans la rue sous peine d’être à jamais détruite. En mettant en scène ces héros reclus, on ne peut s’empêcher de voir dans l'univers de Marcel Carné l’augure d’une période sombre où les hommes vivront terrés pour affronter le monstre nazi. L’ironie veut que "Le Quai des brumes" fût interdit pendant la guerre : les autorités d'alors accusèrent Carné d’être à l’origine de la défaite de 1940. Ce à quoi le cinéaste riposta  en déclarant : « On ne rend pas le baromètre responsable de l’orage et la fonction de l’artiste est de se faire le baromètre du temps qu’il fait. »

 

N'oublions pas qu'en 1938, cette oeuvre est fondatrice de ce style "réaliste-poétique"qui est la marque du réalisateur et influence encore aujourd'hui un cinéaste comme Lars Von Trier. La rencontre du déserteur et de la jeune fille orpheline permet au style de se mettre en place. On le retrouvera plus tard dans "Le jour se lève" avec un semblable éclat.

Pour conclure sur cette oeuvre mythique, soulignons chez Carné son goût des archétypes, son intérêt pour les marginaux et son souci de créer une ambiance qui donne à ses films un charme incomparable. Aussi serait-il injuste de l'enfermer dans le musée poussiéreux du cinéma français. Cet opus, aux multiples facettes, connut un succès incroyable dans les salles françaises. Le public, désabusé comme le Jean de Marcel Carné, était en quête de poésie et d’amour. Aujourd’hui "Quai des brumes" doit être vu comme la pierre angulaire d’un cinéma réaliste et poétique qui valut à son auteur d'être classé comme "l'alchimiste du réalisme poétique". Et c'est bien vrai. "Quai des brumes" reste de nos jours l'une des  oeuvres marquante et incontournable du cinéma français.

 

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Et pour prendre connaissance des articles que j'ai consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :

 

Jean GABIN - Portrait            Michèle MORGAN

 

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LE QUAI DES BRUMES de MARCEL CARNE
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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 11:28
LES SOUVENIRS de JEAN-PAUL ROUVE

 

Le film commence alors que l'on enterre le mari de Madeleine, la grand-mère du jeune Romain ( Mathieu Spinosi ) et la mère de Michel ( Michel Blanc ). La famille est en pleine crise générationnelle  : le petit-fils cherche un premier emploi, le fils va vivre la crise de la retraite et la grand-mère Madeleine ( Annie Cordy ) va devoir affronter la solitude. Un jour, celle-ci fait une chute et ses trois fils jugent plus prudent de la faire entrer dans une maison de retraite, mais cela n'est pas du tout du goût de la vieille dame. Aussi va-t-elle prendre la poudre d'escampette et partir à la recherche de ce qui, désormais, compte le plus pour elle : son passé. Celui de sa petite enfance s'est déroulé à Etretat où, élève à l'école primaire, la guerre l'a obligée à s'engager sur les routes de l'exode avec ses parents.A l'annonce de sa disparition, la famille est aux cent coups et se culpabilise à fond, mais la malicieuse vieille dame a pris soin d'envoyer une carte postale à son petit-fils qui s'empresse de la rejoindre et de partager avec elle les derniers bons moments d'une vie à bout de souffle...

LES SOUVENIRS de JEAN-PAUL ROUVE

 

Voilà un film qui a le mérite de tabler sur les bons sentiments et les liens familiaux, sur la relation tendre d'un petit-fils et de son aïeule et qui, à défaut d'une vraie profondeur, nous dispense une fraîcheur appréciable. Certes le scénario, inspiré d'un roman de David Foenkinos, est mince, certes les dialogues restent d'une regrettable banalité, mais le ton est juste, le film sait pointer du doigt nos faiblesses, nos égoïsmes, nos maladresses, nos culpabilités et également nos élans et nos repentirs. Michel Blanc domine avec aisance la distribution dans son rôle de retraité morose et atrabilaire qui traverse une crise identitaire et enquiquine son entourage avec ses états d'âme auprès de sa femme, l'exquise Chantal Lauby, et de son fils, le jeune Mathieu Spinosi. Si le jeune acteur ne crève pas l'écran et ne jouit pas d'un charisme d'enfer, il a su trouver la note exacte auprès d'une Annie Cordy en grand-mère fugueuse dont le jeu m'est apparu trop crispé. Nous sommes loin de l'adorable vieille dame de "La tête en friche"  interprétée par l'irrésistible Gisèle Casadesus.

LES SOUVENIRS de JEAN-PAUL ROUVE

 

En faisant appel à des sentiments qui nous réconcilient avec nous-même et ne cèdent en rien au pathos, le film, malgré ses faiblesse et ses longueurs, nous fait passer un moment agréable et ce n'est déjà pas si mal en un temps où la violence est partout présente.  Aussi saluons avec sympathie ce troisième opus de Jean-Paul Rouve.

 

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 10:20
LA FAMILLE BELIER de ERIC LARTIGAU

 

 Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique, qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifie pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

 

 Louane Emera aime les défis, la jeune femme de 18 ans s’était faite remarquée sur les plateaux de  « The Voice » et aujourd’hui elle est le seul atout de ce film décevant, plat, sans saveur, que l’on présente comme le film événement de cette fin d’année. C’est dire à quel niveau de déculturation nous sommes tombés.


Quant à  Eric Lartigau, cinéaste à la carrière étrange ( des comédies absurdes comme "Mais qui a tué Pamela Rose", une romcom avec "Prête-moi ta main" et un thriller, "L’homme qui voulait vivre sa vie" ), il ne remonte guère le niveau de sa production avec cet opus qui pêche par son manque de tout : d’inventivité, de charme, de drôlerie, de direction d’acteurs, au point que Karin Viard est détestable dans ce rôle de sourde-muette qui gesticule lamentablement auprès d’un François Damiens qui ne fait là qu’une pâle figuration ( tous deux ne nous rendent guère émouvant ce handicap et je comprends que des sourds-muets aient été choqués par ce spectacle affligeant de la mutité ). Il n’y a vraiment, pour sauver du naufrage  cette comédie, que la jeune et charmante Louane Emera et Eric Elmosnino qui donne à ce professeur de chant un peu de crédibilité, et la dernière scène où la jeune fille se présente au concours après bien des tergiversations. Il y a là un moment délicat et touchant mais vous aurez vu aussi bien, sinon mieux, si vous avez regardé tranquillement chez vous « The Voice » sans avoir eu à supporter les errements très au-dessous de la ceinture de cette pauvre famille Bélier.

 

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 10:19
RESPIRE de MELANIE LAURENT

 

Avec ce second opus, dont le titre est malheureusement peu attrayant, Mélanie Laurent, déjà remarquée lors de sa première expérience de mise en scène avec « Les adoptés » où elle révélait un sens aigu du récit et une sensibilité audiovisuelle évidente, passe à la vitesse supérieure et nous assure, malgré son jeune âge, qu’elle sait parfaitement maîtriser un sujet difficile qui pouvait très vite sombrer dans les débordements mélodramatiques, ce qui n’est certes pas le cas ici. Son professionnalisme s’affirme avec éclat tout au long de l’histoire de deux adolescentes aux prises avec des disfonctionnements familiaux graves et un mal de vivre et de s’assurer dans une société en pleine mutation. Charlie (Joséphine Japy ) et Sarah ( Lou de Laäge ) vont être attirées l’une vers l’autre, sans doute parce qu’elles sont à l’opposé l’une de l’autre comme les deux faces d’une jeunesse complexe et agitée. Charlie est une taiseuse au beau visage de madone, rendue quelque peu autiste par un père flambeur et irresponsable et une jeune mère ( Isabelle Carré ),  infantile malgré sa trentaine. Charlie se sent donc investie d’une sorte de gravité évanescente face à ce couple qui ne cesse de se déchirer et de se quitter.

 

Sarah est son contraire, plutôt mégalomane, une fille sensuelle et culottée qui se plaît à travestir la réalité et à provoquer pour mieux dissimuler une mère alcoolique et quasi folle et se la joue en s'attribuant une existence de funambule qui joue à chaque seconde son va-tout. Entre elles deux va naître une amitié tendre, non sans ambiguïté à un âge où la part qui revient à l’amitié et l’autre à l’amour n'est pas totalement clarifiée. Mais l’incompréhension s’installe bientôt, faute d’altruisme, d’écoute, de générosité affective. Les adolescentes sont encore sous le règne tout puissant de l’égo où chacune prend davantage qu’elle ne donne, tout en croyant donner. C’est ce don refusé qui les conduira au drame, elles qui traînent déjà deux fractures douloureuses : parentale et sociétale.

 

Bien écrit, bien conduit et surtout fabuleusement interprété par deux comédiennes remarquables, l’opus se tend au fur et à mesure comme un arc jusqu’à la conclusion, ne nous laissant nullement distraire jusqu’à son implacable conclusion. Ici et là, on relève bien quelques faiblesses, le recours trop systématique à la cigarette qui fera hurler les associations anti-tabagisme car on se croirait revenu, dans ce nuage de fumée, aux films des années 60, des dialogues souvent trop bavards et sans grande saveur mais, en contrepartie, de beaux moments de contemplation face à un coucher de soleil, à un visage qui se clôt, à un nuage qui s’attarde, à une mer soudainement immobile. Un film qui laisse son empreinte parce qu’il affirme la difficulté d’être, d’aimer, de s’accorder avec soi-même, qu’il dit encore et encore combien malaisée est l’adolescence, douloureuses les amitiés trahies, et étouffante ( Respire ! ) la solitude intérieure.

 

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RESPIRE de MELANIE LAURENT
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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 08:43

Esthéticienne sympathique mais mythomane, Muriel est surtout une fervente admiratrice de Vincent Lacroix, un chanteur de variétés à succès. Lorsqu'une nuit son idole se présente à sa porte, la jeune femme est émerveillée. Mais la star est en réalité venue solliciter son aide pour se débarrasser du corps d'une femme caché dans sa voiture. Fascinée par cette rencontre avec son chanteur fétiche, Muriel accepte la proposition. C'est le début d’une inévitable galère. Si son entourage, habitué à ses récits farfelus, ne croit guère à son implication dans une aventure saugrenue, la police est bientôt sur ses traces...

 

Sur un scénario habilement ficelé malgré quelques petites erreurs ou maladresses, Jeanne Herry, fille de Miou-Miou et de Julien Clerc, imagine une fantaisie qui ne manque ni de suspense, ni d’intérêt, et que l’on suit avec plaisir grâce à des dialogues futés et surtout le jeu des deux protagonistes, l’excellente Sandrine Kiberlain et le non moins excellent Laurent Lafitte. Tous deux se sont parfaitement immergés dans leurs personnages, lui un VIP sans scrupule, lâche et prêt à tout pour sauver sa peau après la mort accidentelle de sa compagne qu’il a en partie provoquée ; elle, une fan sans relief particulier, mais fine mouche malgré tout et qui s’en sortira grâce à son sens de la répartie. Voilà un premier long métrage prometteur et qui nous rassure : la jeune génération est prête à assurer la relève.

 

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ELLE L'ADORE de JEANNE HERRY
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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 09:30
UN COEUR EN HIVER de CLAUDE SAUTET

Amis de longue date, Maxime et Stéphane sont devenus luthiers et se sont associés. Le premier, souriant et volubile, s'occupe des clients, tandis que le second, introverti et taciturne, semble ne vivre que pour la sonorité de ses violons. Un jour, Maxime  présente à Stéphane l'une de leurs clientes, Camille, une virtuose de l'archet. Le temps passant, Camille découvre que l'attitude manifestement distante de Stéphane cache mal l'extrême intérêt qu'il porte à sa carrière et le trouble qui l'envahit en sa présence. Quelque chose qui ressemble à une séduction froide se glisse entre les deux jeunes gens, sous l'oeil inquiet de Maxime, épris de Camille

 

Sur ce scénario d’une froide rigueur, Sautet nous offre l’un de ses films les plus mystérieux, les plus bergmanien, l’histoire d’un homme qui, contrairement à son ami, ne sera jamais touché par la grâce, parce qu’en lui quelque chose se refuse à la vie et à l’amour. L’amour, il le consacre à son métier de luthier, à la beauté des notes qui sortiront des violons qu’il répare ou construit de ses mains. Le son est pour lui la seule poésie amoureuse qui séduit son cœur. Grand professionnel, il est un piètre ami et visiblement un amant incapable de se donner et de s’abandonner. Est-ce parce qu’il ne s’aime pas, est-ce parce qu’il est incapable d’aimer les autres, de sortir de ce confortable abri dans lequel se réfugient son orgueil et son indifférence ? Néanmoins, il semble que le talent de Camille le touche, il se plaît à l’écouter jouer mais, apparemment, cela lui suffit, alors que la jeune femme va se brûler les ailes en se jetant à son cou et en lui avouant ses sentiments, scène dont elle sortira profondément humiliée et honteuse et brûlure qui l'anéantira un moment mais dont elle guérira en se consacrant exclusivement à sa carrière de musicienne.  

 

D’une extrême simplicité de narration, ce film touche par le jeu subtil des acteurs, Daniel Auteuil dans le rôle de Stéphane et André Dussollier dans celui de Maxime, la beauté grave et la grâce d’Emmanuelle Béart, la musique de Maurice Ravel, l’imagerie douce et lente, le climat de cet hiver intérieur où se consument les cœurs. Une œuvre sobre, d’une beauté lasse, comme détachée de la vraie vie et absorbée par l’art qui, tour à tour, exalte et blesse en raison de la distance qu’il impose parfois à la vie.

 

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Liste des films du Cinéma Français

 

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UN COEUR EN HIVER de CLAUDE SAUTET
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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 09:16
BON RETABLISSEMENT de JEAN BECKER

 

Coincé sur son lit d'hôpital, la jambe dans le plâtre et le bassin en miettes, Pierre (Gérard Lanvin) râle en permanence, peste contre la nourriture infâme, l'interdiction de fumer, le désagrément des soins, la visite du "patron" et de sa cour d'internes qui lui donnent l'impression d'être "une grenouille sur la table de dissection"..."Bon rétablissement, quelle formule à la con!" - s'exclame le sexagénaire bougon. Puis, peu à peu, ce  vieux ronchon s'ouvre aux autres et à la vie, au fil des rencontres avec Myriam, une infirmière attachante au rire communicatif (Claudia Tagbo), les autres malades, une adolescente boulotte qui l'insupporte d’abord en lui empruntant sans cesse son ordinateur portable, puis l'attendrit en mettant au monde à 15 ans un petit garçon, enfin le retour inespéré d'un ancien amour, celui d’une pianiste interprété par Anne-Sophie Lapix qui passe ainsi du petit au grand écran. Et, contre toute attente, ce séjour à l'hôpital signe sa renaissance.

 

Dans le rôle du grincheux au grand cœur et capable de susciter l’empathie, Gérard Lanvin excelle une fois encore  et concoure à rendre encore plus sympathique et attachante cette  comédie revigorante de Jean Becker aux dialogues incisifs et bourrés d'humour concoctés par Jean-Loup Dabadie : un remède sans effets secondaires contre la morosité.

 

"Bon rétablissement" est l'adaptation du roman éponyme de Marie-Sabine Roger publié en 2012 aux éditions du Rouergue. En 2010, le réalisateur de "L'Eté meurtrier", "Elisa" ou encore "Les Enfants du marais" et « Dialogue avec mon jardinier » avait déjà porté avec succès à l'écran l'un des précédents livres de cette romancière, "La tête en friche", avec Gérard Depardieu et  l’irrésistible Gisèle Casadesus. Chacun de ces films porte la marque d’un humanisme sans mièvrerie, d’une incontestable finesse d’analyse et, dans ce nouvel opus, rendu plus percutant encore par les dialogues ciselés et truculents de Jean-Loup Dabadie.

 

Aucun autre acteur que Gérard Lanvin ne pouvait donner cette épaisseur et cette conviction à ce personnage de râleur, mal dégrossi.

"Cela a été le rôle le plus reposant de ma carrière ! – avouait-il l’autre jour à des journalistes venus l’interviewer. «  Le matin, je sortais de mon lit pour me recoucher sur le tournage. Le soir, je quittais le lit sur le plateau pour retrouver le mien" - plaisantait-il avec une bonne humeur communicative. L'acteur de 64 ans, couché effectivement une grande partie du film, incarne à merveille le personnage de Pierre, veuf misanthrope rongé par la culpabilité, hospitalisé à Paris après un accident dont il ne garde aucun souvenir. Renversé par une voiture et projeté dans la Seine, il a été sauvé de la noyade par un jeune prostitué, Camille (touchant Swann Arlaud), qui fait le tapin pour payer ses études. Finalement nous découvrirons dans les toutes dernières minutes de la projection le fin mot de l’histoire qui ne manque pas de sel. Comédie  de caractère, charmante et pleine de tendresse, son auteur touche sa cible une fois encore et nous donne de la société une vision sans méchanceté, sans violence ni sexe, sans affrontement ni condamnation, au long d'un narratif doux-amer,  bien amené, bien conduit et bien joué. Ne boudons pas notre plaisir.

 

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BON RETABLISSEMENT de JEAN BECKER
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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 09:17

Un village normand où Martin ( Fabrice  Luchini ) est venu s’établir il y a sept ans pour reprendre la boulangerie familiale, pensant y trouver le calme et la stabilité. Lesquels souhaits seront sérieusement perturbés par l’arrivée d’un couple d’Anglais qui a racheté la maison située en face de la sienne. La jeune femme ( Gemma Arterton ) s’avère être très belle, ronde et pulpeuse, avec un délicieux accent britannique et des connaissances encore peu probantes dans la langue de Molière. Elle se nomme Gemma Bovery, s’ennuie un peu, si bien qu’il faut peu de temps à Martin, amoureux des belles lettres et de Flaubert en particulier, pour lui imaginer le même sort que la sombre héroïne romanesque, suivant le principe qui prophétise que la vie se plaît à imiter l’art.

 

Si le film n’était pas l’adaptation d’un roman de l’anglaise Posy Simmonds ( déjà auteur de « Tamara Drewe »), on jurerait que le rôle a été écrit spécialement pour Fabrice Luchini tant il colle à la peau de ce passionné de Flaubert. Aucun autre acteur n’aurait interprété de manière aussi savoureuse ce boulanger amoureux des mots qui voit, ou croit voir, avec une gourmandise jubilatoire sa voisine s’incarner peu à peu dans le personnage de son roman préféré. Il faut dire aussi que la ravissante Gemma Arterton a  ce qu’il faut pour subjuguer et éveiller l’intérêt du boulanger qui sort brutalement de 10 années de passivité sexuelle, après avoir mis, il y a de cela quelques années, le feu au village anglais du film Tamara Drewe ( voir la critique de ce film en cliquant  ICI  )

 

La mise en scène d’Anne Fontaine épouse cette sensualité allègre et se fond avec élégance dans le cadre du bocage normand, nous offrant une variation inattendue sur le thème de l’oisiveté, encore que cette Gemma du XXIe siècle n’ait plus grand-chose à voir avec l’Emma du XIXème. Incontestablement, elle a pris du galon et se montre davantage l’égérie qui suscite le rêve des hommes que la victime de leurs sombres calculs, en somme bien davantage chasseresse que proie. La fin est assez loufoque et peu crédible mais cela ne fait rien, Anne Fontaine et ses acteurs, qui se fondent dans  leurs rôles avec un visible plaisir, nous font passer un bon moment.

 

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GEMMA BOVERY d'ANNE FONTAINE
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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 12:15
LA DELICATESSE de STEPHANE & DAVID FOENKINOS

Nathalie a perdu son mari il y a trois ans. Hantée par le souvenir, elle se réfugie dans le travail et semble avoir mis un terme à sa vie sentimentale. Elle rejette tous les hommes, y compris son séduisant patron. Son entourage s'inquiète. Pourtant, un jour, sur un coup de tête, elle embrasse Markus, un collègue de travail, qui n'est même pas beau garçon. L'événement aurait pu être sans lendemain. Mais de fil en aiguille, Markus s'attache à la fragile Nathalie, tandis que cette dernière s'adoucit au contact de cet être un peu gauche. Markus et Nathalie suscitent rapidement les interrogations de leurs collègues, puis leur franche désapprobation...

Mais peu importe ! Lorsque Nathalie invite Markus chez sa grand-mère, la demeure de son enfance, Markus et elle  cèdent enfin à leur attirance réciproque, Markus entrant enfin dans le monde secret et émouvant de celle qu’il chérit avec délicatesse depuis leur premier baiser impromptu.

 

Cette histoire  touchante n’est pas sans évoquer Un homme et une femme, sans le charme des personnages, Audrey Tautou et François Damiens n’ayant pas le charisme des héros de Claude Lelouch et le film restant dans le registre gentillet sans avoir le rythme, le  magnétisme, la musique envoûtante du précédent. Mais on peut toutefois apprécier cet amour empreint de retenu, cette fidélité tenace, cette discrétion et cette approche pleines de pudeur à une époque où de tels sentiments ne sont guère fréquents sur grand écran. David Foenkinos illustre, avec son frère Stéphane, de façon certes plaisante, mais sans éclat et avec quelques fadeurs qu’il aurait pu éviter, le roman éponyme qu’il avait publié précédemment. Pas de quoi bouleverser le public, bien que cet opus se laisse voir sans déplaisir. Quelques scènes charmantes relèvent l’ensemble auquel on peut reprocher une absence  de séduction, un narratif trop plat et peu inventif.

 

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LA DELICATESSE de STEPHANE & DAVID FOENKINOS
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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 09:32

 

Roch Siffred ( Alain Delon ) et François Capella ( Jean-Paul Belmondo ), deux jeunes truands, décident d’avoir la mainmise sur Marseille. Leur but est de liquider les maîtres des lieux : Poli, le caïd, Rinaldi, l’avocat véreux, et Marello, le propriétaire des salles de jeux, polar classique réalisé par Jacques Deray en 1969 avec le concours des deux stars françaises les plus populaires.

 

Avec l’aide précieuse de Jean-Claude Carrière et de Claude Sautet, Deray donne aux deux acteurs fétiches du 7e Art français des rôles taillés sur mesure. Alain Delon, figure sévère et mutique, incarne un ange noir avec un charisme hors du commun, tandis que Jean-Paul Belmondo se complait dans l’outrance qui lui est familière depuis le milieu des années 60. Sautillant, drôle, léger et séducteur, Bébel sort le grand jeu, au risque d’en faire trop. 


Les autres comédiens, face à eux,  ont quelque difficulté à exister, mais Jacques Deray parvient toutefois à maintenir le subtil équilibre entre la description du Marseille des années 30 et les passages obligés du film de genre. Ainsi, les fusillades - dont la séquence de massacre dans la boucherie - sont-elles réalisées avec un réalisme qui n’est pas sans rappeler à bon escient les grands maîtres américains. Aucune fioriture ne vient nous détourner du but initial : raconter avec efficacité une histoire d’amitié entre deux gangsters. Au passage, les auteurs dressent un intéressant portrait de cette Troisième République minée par la corruption et les inégalités sociales. Les deux petites frappes sont effectivement issues d’un milieu populaire et cherchent à s’élever dans la hiérarchie sociale par des moyens illégaux. Pourtant, elles sont vite confrontées à la corruption des élites, autres truands se camouflant sous un masque de respectabilité et à entrer ainsi en compétition avec eux, non sans y laisser des plumes au passage. La musique de Claude Bolling ne fait qu’ajouter un plus évident à l’ensemble de cette réalisation parfaitement réussie et maîtrisée, à laquelle le public de l’époque réservera un accueil enthousiaste.

 

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BORSALINO de JACQUES DERAY
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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
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