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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 10:04
A BOUT PORTANT de FRED CAVAYE

       

Tout va pour le mieux pour Samuel et Nadia : lui est bientôt infirmier et, elle, attend son premier enfant. Mais tout bascule lorsque Nadia se fait kidnapper sous l'oeil impuissant de Samuel. A son réveil, son portable retentit : il a trois heures pour sortir de l'hôpital, dans lequel il travaille, un homme sous surveillance policière. Le destin de Samuel est désormais lié à celui de Sartet, une figure du banditisme activement recherchée par tous les services de police. S'il veut revoir sa femme vivante, Samuel doit faire vite...

 

Fred Cavayé a déclaré avoir d'emblée souhaité un rythme haletant, un opus conduit à un train d'enfer. Mission accomplie ! Dès le début, "A bout portant" n'est autre qu'une course effrénée avec à la clé une question de vie ou de mort. Ainsi, porté à bout de jambes par Gilles Lellouche, le film livre son lot de scènes spectaculaires dans des lieux emblématiques de la capitale, avec une mention particulière pour la scène de poursuite dans le métro, véritable morceau de bravoure physique et de mise en scène.

 

 

Gilles Lellouche reçoit ici son premier grand rôle. L'acteur livre une prestation physique complète, où la performance sportive exceptionnelle n'est jamais faite au détriment du jeu. En effet, l'expressivité de Samuel passe essentiellement par le langage du corps, que ce soit dans la gestion d'une situation de crise ou dans la relation avec sa femme (interprétée par Elena Anaya, remarquée dans Mesrine et à l'affiche du prochain film d'Almodovar) et le rapport à la paternité.

 

Gilles Lellouche. Gaumont Distribution

 

"A bout portant" peut d'ailleurs se comparer à un jeu de construction dont l'unité de base serait le couple : celui formé par Samuel et Nadia, celui de Samuel et Hugo Sartet (Roschdy Zem, tout aussi excellent en taiseux) qui joue avec les codes de la relation otage/bourreau, les frères Sartet, Werner et Fabre (on notera au passage que le film s'enrichit également de la présence de seconds rôles de très grande qualité, à l'image de Gérard Lanvin et Mireille Perrier), Fabre et Susini, etc., qui s'imbriquent au fur et à mesure.

 

 

Enfin, "A bout portant" est également un film d'ambiance qui bénéficie de la superbe lumière d'Alain Duplantier, photographe de formation qui a déjà oeuvré sur le précédent film de Fred Cavayé, "Pour elle". Une lumière qui creuse à foison les visages et qui, en éclairage artificiel, évoque, par son nuancier de bleus métalliques et de tons chauds jaunes orangés, le cinéma asiatique, notamment les films de Wong Kar Wai ou "Millénium Mambo".
Fred Cavayé signe ici un thriller au suspense tendu à l'extrême et tiré au cordeau qui ne lâche jamais la proie pour l'ombre... pas plus que le spectateur.

 

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A BOUT PORTANT de FRED CAVAYE
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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 10:28
POTICHE de FRANCOIS OZON

           
Oui, on rit et on s'amuse beaucoup à assister au dernier opus de François Ozon "Potiche", qui fait la une de tous les journaux et jouit d'une promotion pour le moins omniprésente sur les médias  ( le résultat, salle pleine en plein après-midi ) et  que le cinéaste, s'inspirant de la pièce de boulevard de  Barillet et Grédy - où triompha pendant des mois, sinon des années, la truculente Jacqueline Maillan - relooke pour l'adapter au grand écran, profitant de l'occasion pour adresser quelques oeillades amusantes à la vie politique actuelle. Pour mettre tous les atouts dans son jeu, Ozon a convié à ce rendez-vous des acteurs dont la renommée n'est plus à faire : en premier lieu Catherine Deneuve, qui reprend le rôle de Jacqueline Maillan en lui apportant son charme et sa féminité, et qui m'a très agréablement surprise dans ce rôle à contre-emploi, plein de malice et d'humour, dans lequel elle semble s'être coulée sans peine, assumant son âge avec une sereine désinvolture ; Fabrice Luchini épatant dans celui d'un patron et mari détestable à souhait ; la ravissante Judith Godrèche qui s'est fait la tête de Farrah Fawcett, une drôle de dame de l'époque ; Jérémie Rénier qui s'est voulu une ressemblance surprenante avec Clo Clo, autre clin d'oeil aux années 70, sans compter les parapluies que produit l'usine de sieur Luchini et qui ne sont autres qu'un hommage délicat de Ozon à la délicieuse Catherine Deneuve des "Parapluies de Cherbourg" ; Karin Viard en secrétaire trop zélée, et, enfin, Gérard Depardieu, dont la surcharge pondérale est telle, qu'on a quelque peine à croire qu'il séduisit un jour la belle patronne dans un chemin creux de campagne. Il y a, c'est vrai, quelques invraisemblances qui auraient pu être évitées et qui enlèvent de la crédibilité à un film, par ailleurs, assez bien ficelé.  


Catherine Deneuve, Judith Godrèche et Karin Viard. Mars Distribution

 

En 1977, dans une province de la bourgeoisie française, Suzanne Pujol est l'épouse popote et soumise d'un riche industriel Robert Pujol. Il dirige son usine de parapluies d'une main de fer et s'avère aussi désagréable et despote avec ses ouvriers qu'avec ses enfants et sa femme, qu'il traite comme une potiche. À la suite d'une grève et d'une séquestration de son mari, Suzanne se retrouve à la direction de l'usine et se révèle, à la surprise générale, une femme de tête et d'action qui va prendre une juste revanche à ses frustrations en cautionnant les revendications sociales de ses employés. Mais lorsque Robert rentre d'une cure de repos en pleine forme, tout se complique...je ne veux pas en rajouter pour vous laisser la surprise de la chute qui illustre avec drôlerie la libération des moeurs et l'ascension irrésistible des femmes. Il y a là encore un clin d'oeil aux ambitions présidentielles récentes d'une Ségolène Royal, dont on sait que Ozon avait soutenu la candidature. Tout cela pimenté de dialogues qui font mouche, dont cette phrase à l'adresse de la femme charismatique qu'est devenue Madame Pujol, de la part d'un mari débordé par les événements : La potiche n'était pas une cruche.

 

A propos de potiche, un journaliste n'a pas hésité à dire à François Ozon qu'il était un rien gonflé d'avoir offert à une actrice comme Deneuve, qui est devenue une icône du 7e Art, un rôle de potiche. A cela, le metteur en scène a répondu que Deneuve était le contraire d'une star recluse dans sa cage dorée, mais une femme libre, qui aime boire, manger, sortir et faire ses courses comme tout le monde, une femme vivante, drôle, ancrée dans la réalité et très différente de l'image que l'on se fait d'elle.  Preuve est donnée...Un divertissement plaisant pour une soirée sans autre but précis.  

 

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POTICHE de FRANCOIS OZON
POTICHE de FRANCOIS OZON
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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 09:48

         

 

1562, la France est sous le règne de Charles IX, les guerres de religion font rage... Depuis son plus jeune âge, Marie de Mézières aime Henri, duc de Guise. Elle est contrainte par son père d'épouser le prince de Montpensier. Son mari, appelé par Charles IX à rejoindre les princes dans leur guerre contre les protestants, la laisse en compagnie de son précepteur, le Comte de Chabannes, loin du monde, au château de Champigny. Elle tente en vain d'y oublier sa passion pour Guise, mais devient malgré elle l'enjeu de passions rivales et violentes auxquelles vient aussi se mêler le duc d'Anjou, futur Henri III.



On connait la passion de Bertrand Tavernier pour l'histoire qu'il a toujours servie au mieux à travers un nombre conséquent d'oeuvres brillantes. A l'aise dans la description du Moyen-Age (le magnifique et vénéneux La passion Béatrice), des turpitudes de la Régence (Que la fête commence), de la Première Guerre mondiale (La vie et rien d'autre et Capitaine Conan) ou même de la Seconde (Laissez passer), le metteur en scène a eu, pour habitude, de s'entourer des meilleurs spécialistes afin de donner la vision la plus réaliste possible des époques passées. Mais cette fois, l'inspiration n'étant probablement pas au rendez-vous, il peine à dépeindre l'époque complexe et difficile du XVI e siècle, qui s'est tristement illustré par les guerres de religion entre catholiques et protestants, pas plus qu'il ne parvient à éviter les clichés habituels sur la Saint-Barthélémy et sur la haine entre les religions rivales. Si, dans sa reconstitution assez superbe sur le plan de l'imagerie, le cinéaste n'élude en rien la violence inhérente à l'époque, il n'arrive pas à en saisir les thèmes clés et les moments phares. De même qu'il peine à nous restituer le climat psychologique de l'oeuvre de Madame de La Fayette qui, en quelques pages et un art consommé du raccourci et de la concision, trouvait le moyen de nous faire partager l'évolution des sentiments de ses personnages, alors que Tavernier s'y perd et, en deux heures quinze de spectacle, nous plonge dans un assemblage baroque de scènes qu'il a bien du mal à relier les unes aux autres. D'où le peu de conviction qui émane de ce long métrage aux thèmes anachroniques par rapport aux attentes d'un public contemporain. Il y a aussi de nombreuses invraisemblances, par exemple la scène où le comte de Chabannes entre dans la chambre des jeunes Montpensier, et où la jeune mariée sort de son lit dans le plus simple appareil, ce qui était impensable à l'époque de la part d'une jeune femme de ce rang. Mais le spectacle est sauvé en partie par la beauté de la mise en scène, bien que très classique et sans innovations particulières, et par la splendeur des costumes dus au talent de Caroline de Vivaise.

 

 

Compte tenu de ces insuffisances, il n'est pas certain que le public se passionne pour les mésaventures sentimentales de cette femme mariée que tous les hommes de son entourage tentent de séduire, d'autant que le réalisateur n'a pas su maintenir une tension dramatique suffisante. Bertrand Tavernier nous avait habitué à mieux. Si la première heure accroche le spectateur par l'inscription de ce destin particulier dans la grande Histoire, on est peu à peu déçu que le scénario se concentre de plus en plus sur les affaires sentimentales de l'héroïne, en délaissant certains personnages pourtant plus intéressants (celui du comte de Chabannes, interprété avec beaucoup de finesse par Lambert Wilson). Dès lors, on se lasse des multiples hésitations des protagonistes que Bertrand Tavernier ne nous rend proches à aucun moment. Réalisé avec un soin méticuleux, servi par la belle musique de Philippe Sarde et par des images riches en références picturales, La princesse de Montpensier souffre également d'un casting désastreux. Si Mélanie Thierry, bien qu'elle ne soit pas le personnage, davantage teen-ager que princesse du XVIe, Lambert Wilson et le jeune Raphaël Personnaz (sans doute la révélation du film) s'en sortent avec les honneurs, on ne peut en dire autant d'un Gaspard Ulliel peu convaincant en fougueux de Guise et, ô combien pire ! de Grégoire Leprince-Ringuet qui, avec son physique d'éternel adolescent et sa voix fluette, n'arrive à aucun moment à nous persuader qu'il est un Bayard sans peur et sans reproche, jaloux de l'attrait que suscite sa belle épouse. Et puis ces jeunes acteurs n'ont aucune diction et nombre de dialogues sont quasi inaudibles...Inégal, mais non dénué de fulgurances (les séquences intimes entre Mélanie Thierry et Lambert Wilson, notamment, sont parmi les meilleurs moments du film), La princesse de Montpensier a du mal à emporter l'adhésion - du moins la mienne - et ce film n'a, à mes yeux, qu'un seul mérite : l'envie de me replonger dans l'oeuvre de Madame de La Fayette qui savait dire en peu de mots ce que le cinéaste n'a pas su exprimer en un flot d'images.

 

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Mélanie Thierry. StudioCanal

Lambert Wilson et Mélanie Thierry. StudioCanal


 

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 08:44

             

     

Il y avait tout à craindre d'un film qui traitait d'un sujet aussi émotionnel que celui-ci, où l'on assiste à l'arrestation d'une femme et de ses enfants par la police française en août 1942, à l'enfermement d'un petit garçon dans un placard et des conséquences inévitables qui s'en suivront, scénario tragique s'il en est,  inspiré du roman éponyme de Tatiana de Rosnay, dont on se souvient qu'il fût un best-seller. Par chance, il faut reconnaître à Gilles Paquet-Brenner qui, coup sur coup, avait produit deux navets, d'avoir su se ressaisir et nous offrir aujourd'hui une oeuvre mâture à l'imagerie sobre et pudique. Film sur la culpabilité et la quête d'un pardon que l'on a bien du mal à susciter,  Elle s'appelait Sarah  raconte l'histoire d'une journaliste américaine installée en France, Julia Jarmond, chargée d'enquêter sur l'épisode dramatique de la rafle du Vel'd'Hiv, à la suite de la position que le Président de l'époque, soit Jacques Chirac, avait choisi d'assumer sur la part de responsabilité qui incombait à l'état français et qui va progressivement s'investir personnellement dans cette enquête. Pour quelles raisons ?  Simplement par ce qui ne devait être qu'un article va se transformer en un enjeu personnel, une prise de conscience de l'horreur de la shoah, et surtout le dévoilement de l'implication de sa propre belle famille dans le destin d'une famille juive sacrifiée. Les scènes se succèdent entre épisodes du passé et du présent et s'emboîtent sans fausse note les unes dans les autres, donnant à cet opus une densité et un intérêt croissant, ainsi qu'un rythme soutenu et bien dosé. Belle réussite que cette construction à deux thèmes, surtout si l'on tient compte des clichés, des invraisemblances et des pièges qui ne pouvaient manquer d'encombrer un tel narratif ; mais Gilles Paquet-Brenner a eu le bon goût et l'habileté de les éviter en partie, nous faisant grâce des boursouflures qui chargeaient lourdement un précédent film sur un sujet semblable :  La rafle.  

 


Kristin Scott Thomas. Hugo Productions

 

Le film doit beaucoup, d'une part, à l'interprétation magistrale de Kristin Scott Thomas, émouvante d'un bout à l'autre, nous donnant à comprendre et à partager le cheminement qui va changer sa vie et conférer à celle-ci un autre sens, d'autres perspectives, la faisant naître à elle-même comme une femme différente, plus responsable, plus humaine et, d'autre part, à celle de Mélusine Mayance, la petite fille qui incarne Sarah enfant de façon sensible et juste. Un film grave et de facture classique, qui n'évite pas totalement les clichés et les poncifs, mais délivre un beau message sur l'importance du devoir de mémoire sans céder à la sensiblerie. Et Dieu sait que, chaque semaine qui passe, nous en propose de nouveaux... des devoirs de mémoire, s'entend ! 

 

3-e-toiles


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Mélusine Mayance. Hugo Productions

Mélusine Mayance. Hugo Productions

 

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 08:41
DES HOMMES ET DES DIEUX de XAVIER BEAUVOIS

Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour.


Ce film s’inspire librement de la vie des moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.
 

Le dépouillement, la lenteur, l'exigence spirituelle dont le film rend compte, la beauté des paysages sont beaucoup dans sa réussite, sans oublier la remarquable performance des acteurs. D'ailleurs Lambert Wilson avait tenu à expliquer cette justesse de leur démarche à rendre évidente les exigences cisterciennes qui privilégient le silence et la contemplation, sans oublier le travail de la terre, la communion par le chant, l'aide aux démunis, les soins prodigués aux malades et la fraternité avec les hommes, disant :

"Curieusement, cette fusion qu'ont ressentie les moines, nous l'avons aussi vécue. Nous avons fusionné dans les retraites et fait des chants liturgiques. Le chant a un pouvoir fédérateur". Tandis que le metteur en scène confiait à un journaliste : "Sur ce tournage, j'ai passé parmi les deux plus beaux mois de ma vie. Tout était simple, limpide, facile, évident, étrange et beau. Oui, l'esprit de Tibéhirine a soufflé sur nous. Il existe. J'espère qu'il touchera le Festival et fera du bien à tous".

 

Pari tenu. Un film qui vous réconcilie avec le 7e Art, parfois mis à mal par des productions médiocres. Deux heures de mise... en grâce. Remarquable.

 

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DES HOMMES ET DES DIEUX de XAVIER BEAUVOIS
DES HOMMES ET DES DIEUX de XAVIER BEAUVOIS
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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 08:57

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La tête en friche, oeuvre éloignée des canons cannois car sans violence, sans sexe, sans histoire falsifiée et sans leçon d'immoralité, où figurent deux acteurs prodigieux Gérard Depardieu et la toujours irrésistible Gisèle Casadesus, qui me rappelle tellement, par son charme délicat, la regrettée Suzanne Flon - est un film signé Jean Becker, abonné absent des Festivals en général, car définitivement classé " has been " pour avoir commis une filmographie sans épate, sans égo, celle d'une France simple qui ne se hausse pas du col et ne tapine pas pour s'octroyer des faveurs. "Has been " vous dis-je...

Avec lui, honneur aux sans-grades, aux humbles et aux discrets, non aux repris de justice, aux dévoyés, aux loosers qui font les choux gras des metteurs en scène dont on parle dans les assises officielles, mais place aux héros ordinaires révélés par un soudain coup de pouce du destin. C'est le cas de Germain, analphabète, la cinquantaine bedonnante, qui se lie d'amitié avec la fragile Margueritte, une octogénaire passionnée de littérature qui va lui ouvrir les portes de la culture avec un grand C. Pour Germain, raillé dès l'enfance par une mère acariâtre qui ne le désirait pas et par des instituteurs accablés par son ignorance, une nouvelle vie commence.


Gisèle Casadesus et Gérard Depardieu. StudioCanal


Adapté du roman éponyme de Marie-Sabine Roger, cette histoire à rebours des stridences du siècle nous conte la vie d'un type gentil, sensible, qui en a bavé de ne pas avoir été bon élève et de n'avoir pas su se faire aimer de sa mère. Sa rencontre avec Margueritte est une aubaine, une chance inespérée qui va lui permettre de s'instruire et de connaître la signification et le pouvoir des mots. Car l'analphabétisme n'est ni plus ni moins une souffrance dans un monde où la culture a le mérite de vous rendre moins naïf face aux affirmations des autres - souligne Jean Becker, lecteur assidu devant l'Eternel.

C'est vrai - ajoute-t-il - que je n'aime pas ce que le siècle trimbale : tout va trop vite, sans maîtrise. Ecoutez la radio, regardez la télévision : la litanie des morts, cette détresse, y compris en France, que l'on voit, que l'on ressent, ces gamins qui se servent d'un flingue comme jadis nous nous servions d'un lance-pierre. Il y a une banalisation de la misère, de la violence... Vous avez vu récemment la publicité pour la série de Canal + " Carlos ", qui a d'ailleurs été sélectionnée à Cannes ? C'est comme pour Mesrine, ça me gêne que le cinéma fasse l'apologie des terroristes, des tueurs en série.

Jean Becker, Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus. StudioCanal

                                  Jean Becker avec ses deux acteurs


Pour ce metteur en scène hors normes, l'essence du 7e Art réside dans le souci d'offrir au public des moments d'émotion exceptionnels et de promouvoir l'homme dans ce qu'il a de plus humain et de plus vrai. C'est ce qu'il parvient à faire avec La tête en friche, un film qui nous réconcilie agréablement avec un univers sans fioritures inutiles et sans excès regrettables.
Merci Jean Becker de ce moment de grâce.

 

3-e-toiles

 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 08:30

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Pierre, ancien pilote d'avion, amnésique à la suite d'un accident en Indochine, est pris en charge par Madeleine, une infirmière célibataire qui lui témoigne beaucoup d'affection. En accompagnant celle-ci à la gare, il rencontre Françoise, une fillette de douze ans, qui a perdu sa mère et que son père a placée dans une institution religieuse. Pierre, frappé par le désarroi de l'enfant et l'attitude méchante de son géniteur, la suit et bientôt se fera passer pour le père absent, afin de lui rendre visite chaque dimanche. Entre Pierre et Françoise va naître et s'épanouir une affection pure et sincère qui, bientôt, sera à l'origine d'une rumeur et provoquera un scandale dans la ville. Cet attachement est d'autant plus fort que le pilote croit avoir tué une petite fille lors d'un raid et que ce sentiment ne cesse de le hanter. Françoise représente l'innocence qu'il craint d'avoir tuée un jour, en même temps qu'elle lui restitue son esprit d'enfance que la guerre a mutilé.

Les dimanches de Ville d'Avray
 , oeuvre bouleversante, décrit avec une étonnante justesse et sensibilité l'attachement que cette petite fille, sans père et sans mère, ressent pour cet homme, lui-même sans enfant. Leur duo est une merveille de tendresse et de délicatesse, l'acteur Hardy Krüger et la jeune actrice Patricia Gozzi étant tous deux formidables de spontanéité et de justesse.
A sa sortie en 1962, il ne reçut qu'un accueil très mitigé de la part du public français, alors qu'il reste au Japon et aux Etats-Unis un film référence. Il fut d'aiilleurs couronné de l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1963. Inclassable, il ne relève ni de l'académisme des réalisateurs des années 50, ni du style caméra à l'épaule de la Nouvelle Vague. En définitive, ce film est une comète isolée, quelque chose à part qui honore toutefois et grandement notre 7e Art national.


Les Acacias


Traitant d'un sujet, qui pourrait vite sombrer dans la sensiblerie ou le scabreux,  Serge Bourguignon  évite  les pièges et nous donne à voir un film d'une poésie et d'une émotion qui ne faiblissent pas. Visionné il y a des années de cela, je n'ai pu l'oublier. Il compte parmi les longs métrages qui ont marqué ma mémoire, tant il se tisse d'évocations délicates, se déploie en une symphonie de regards, tant chaque séquence résonne de la façon la plus vraie et la plus sincère. Je ne dirai jamais assez de bien de l'interprétation étonnante de la petite Patricia Gozzi qui ferait fondre le coeur le plus endurci. Elle me rappelle le jeune acteur qui donnait la réplique à Charlie Chaplin dans " Le kid ". Elle est de cette trempe et compose avec  Hardy Krüger  un inoubliable face à face. Elle joue de tous ses atouts pour gagner la complicité de cet étranger qui représente à la fois le père qu'elle n'a pas eu et l'amant qu'elle imagine déjà séduire dans sa tête d'enfant mûrie trop tôt. Il est certain qu'elle se place souvent dans des situations qui lui confèrent d'emblée un rôle valorisant. D'ailleurs, l'étranger ne la traite-t-il pas comme une petite déesse dont il ne peut plus se passer et ne la nomme-t-il pas Cybèle ? Dans celui plus effacé de Madeleine,  Nicole Courcel  est parfaite et ravissante de surcroît. Je ne dévoilerai pas la fin qui n'est nullement celle d'un conte de fée. A l'heure où les scandales pédophiles éclatent de tous côtés, il est bon de voir ce film qui offre une vision des choses particulière et montre que l'amour le plus pur peut exister entre un homme et un enfant, que le coeur d'un homme, mutilé par la guerre, est en mesure de retrouver goût à la vie grâce à la tendresse d'une petite fille, oubliée des siens. Ce film est repris en salles cette semaine. Ce duo très attachant vous touchera sans aucun doute. Et, cerise sur le gâteau, il y a la belle musique de Maurice Jarre.

Mais osons nous poser la question : comment réagirions-nous aujourd'hui, confrontés que nous sommes à des drames où des enfants deviennent les victimes d'adultes déséquilibrés, si nous surprenions dans les bois de Ville d'Avray et autour de son étang ce duo insolite ( ainsi que le fait, sur la photo ci-dessous, le passant avec sa bicyclette ) ?  Le cas de ce film pose un problème d'autant plus difficile à élucider que rien de sexuel ne vient entacher la relation affective qui unit le pilote de guerre et la fillette orpheline, mais n'est-il pas légitime que des personnes s'émeuvent de voir un inconnu embrasser, câliner, caresser une petite fille et aller jusqu'à se faire  passer pour son père ? Comment accuser la société d'alors de s'être émue de voir chaque dimanche un homme errer seul en compagnie d'une jeune pensionnaire ? C'est toute l'ambivalence, l'ambiguïté de cette oeuvre si réussie de nous proposer une interrogation d'une telle acuité et complexité qu'elle nous laisse sans réponse, affaiblit nos arguments et vise à confondre notre sensibilité. N'est-ce pas parce qu'il nous assigne devant notre propre conscience que ce film  est incontournable ?

Existe en DVD depuis le 16 juillet 2009.

 

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Les Acacias



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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 11:12

Pathé Distribution         VIDEO


Voilà un chef -d'oeuvre qui devrait mobiliser la terre entière : pas un brin d'artifice, la beauté à l'état pur ; pas d'effets spéciaux mais la vérité telle qu'elle est et, au final, le plus bel opéra que la nature puisse nous offrir, filmé par des hommes qui ont mis 3 ans à en définir l'angle le plus juste, la mesure la plus harmonieuse, les octaves les plus larges. On sort de la salle, après 1h45 passée dans l'intimité des océans, subjugués, éblouis, bouleversés, car la beauté, lorsqu'elle est portée à ce degré, est bouleversante. Le réalisateur du  Peuple migrateur  a réussi son pari d'offrir - grâce à une technique de pointe, à l'aide scientifique internationale, à une infinie patience et à la foi du charbonnier - une vision époustouflante des océans, un spectacle total, un film à couper le souffle. Bien sûr Jean-Yves Cousteau nous avait initiés à la beauté et à l'incommensurable richesse des fonds sous-marins, mais avec Perrin et Cluzaud le spectacle est d'une ampleur théâtrale inégalée. Or filmer l'univers marin est une affaire très compliquée. Il faut par exemple 20 personnes pour immortaliser le flamboiement automnal des gorgones, les froufrous dentelés de la méduse japonaise, la prunelle pleine de réprobation de la seiche, l'allure débraillée de l'hippocampe feuille d'Australie ou les jupailles superposées de la méduse de Californie. Et que dire de l'effort fourni pour filmer le banquet pantagruélique qui se déroule chaque été en Afrique du Sud, lorsque les sardines, qui ont frayé au Cap, remontent vers Durban et sont soudain pourchassées par les dauphins auxquels se mêleront bientôt les requins, les otaries, les manchots et, bien entendu, les oiseaux, hordes affamées qui pénètrent l'eau et embrochent les malheureuses jusqu'à 15 m de profondeur avec un claquement de fusil, si bien qu'au-dessus de l'eau et sous l'eau le bombardement fait rage et que la mer semble être soudain entrée en ébullition.


Pathé Distribution


Quant au congrès des araignées de mer, il est aussi inattendu que surprenant. Chaque année, des millions d'araignées convergent vers la baie de Melbourne pour y muer et s'y reproduire, grouillant troupeau qui s'avance, on dirait des armées en marche pour s'affronter, lourdement chargées de leurs armures, dans un bruit de ferraille assourdissant, scènes qui n'avaient jamais été filmées et dont nous avons la primeur. Et comment ne pas être séduit par les facéties des otaries, scènes pleines de drôlerie  où celles-ci se changent en danseuses d'une grâce exquise doublées d'incorrigibles farceuses et, ce, pour notre plus grand plaisir. Et comment ne pas être subjugué par les baleines à bosse qui transitent chaque année d'Hawaï en Alaska. Malgré leur gigantisme, elles sont, dans leurs mouvements, d'une précision incroyable et d'une légèreté d'hirondelle assure Jacques Cluzaud. Lorsqu'elles descendent, elles sont capables de frôler le fond de l'eau sans qu'un grain de sable ne bouge, mais quand elles font surface, on a l'impression d'assister à la naissance d'une île, ajoute-t-il.

 


Pathé Distribution


Théâtre de vie exubérant, le monde des océans semble avoir tenté toutes les expériences de forme, de couleur, d'originalité, de prodigalité, d'effervescence, vitrine de la diversité la plus éblouissante. 240.000 espèces ont été recensées à ce jour, mais il en reste 2 à 3 millions à découvrir. Alors qu'irions-nous chercher ailleurs, alors que notre planète recèle de tels trésors, un monde si étonnamment vivant qui ne demande qu'à être exploré et sauvegardé ? Oui, qu'irions-nous faire ailleurs, alors que le plus bel ailleurs est ici même. La conclusion est là, discrète et émouvante. Economie de mots. Contrairement à certains, Jacques Perrin se sert d'abord et avant tout de l'image pour nous convaincre. Et il le fait avec sobriété et élégance. Quelques plans sur des poissons captifs des filets où ils agonisent lentement, quelques autres des détritus que nous déversons inconsidérément, le message des profondeurs est parfaitement capté à la surface. Reste désormais à tirer les leçons après cette somptueuse traversée du miroir.



 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Jacques Perrin, acteur, réalisateur et producteur, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE



Et pour consulter la liste complète des films de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur celui-ci :


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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 11:50

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Cinquième et avant-dernier volet des six contes moraux de Rohmer,  Le genou de Claire  ( 1970 ) demeure fidèle au thème de ce cycle : l'errance amoureuse. Car si le propos central s'articule autour de la quête sentimentale, les contes s'attardent tous sur les détours vers une autre femme.

 

Jérôme, un attaché d'ambassade à l'approche de son mariage, vient passer ses vacances sur les bords du lac d'Annecy, lieux de son enfance. Il y retrouve une amie écrivain, Aurora, qui lui demande son aide afin d'achever son livre sur une relation entre une jeune adolescente et un homme d'âge mûr. Certain de ses sentiments envers sa fiancée, il accepte de jouer le cobaye et réussit le pari, avec tout le détachement supposé, auprès de Laura, une jeune lycéenne effrontée, admirablement interprétée par Béatrice Romand. Mais les audaces de l'adolescente se perdent vite en une indécision qu'elle travestit d'une indifférence supposée à l'égard de cet adulte séduisant qui semble lui prêter intérêt. Coquetterie requise, atermoiements, nous sommes dans un marivaudage délicieux, à la fois léger et insolent, envisagé comme l'ébauche d'une toile de maître. C'est alors qu'apparait Claire, une jeune fille d'une beauté sculpturale, nature lascive qui semble se contenter de l'amour maladroit et gauche de ses jeunes soupirants et se satisfaire des loisirs habituels des vacances. Cette fois, c'est Jérôme qui propose de reporter le jeu, parce qu’il s'avoue troublé, notamment par le genou de cette jeune fille si parfaitement belle...Jérome fait alors le pari avec Aurora de posséder symboliquement le corps de Claire, en se contentant d'une caresse sur ce pôle magnétique que représente, à ses yeux, son genou. Son ambition se satisfera de cette possession et du privilège qu'elle soit toute entière concentrée dans son désir.


Jean-Claude Brialy. Les Films du Losange


Ce film est l'un de ceux que je préfère parmi l'ensemble des contes moraux. Il s'en détache par la perfection absolue de son narratif, le déploiement de l'image au service d'une pensée ramassée dans le seul regard, regard devenu acte à part entière. Car, au final, le plaisir est d'abord une attente, agrémentée du jeu subtil de la séduction. Oui, l'attente et la convoitise peuvent être un art qui compose sa propre carte du Tendre, en complique indéfiniment les tours et les détours et comble plus complétement l'esprit que le coeur et les sens. On retrouve dans la beauté des paysages, filmée avec le même lyrisme que le genou de Claire, la subtile union des lumières : celle du lac apaisé dans son aura estivale et celle des rivages en fleurs, contrepoint évident à cette jeunesse qui s'ébat à son bord. Enfin, on perçoit ce qui caractérise le cinéma d'Eric Rohmer : l'élégance des personnages, la splendeur d'un décor naturel et des dialogues proches de l'écrit. Quant aux acteurs, ils sont tous crédibles : Jean-Claude Brialy, magnifiquement barbu, interprète son rôle avec une sorte de jubilation ; les jeunes filles sont d'un naturel stupéfiant autant dans leurs effronteries que dans leur soudaine timidité, et Aurora Cornu pimente le sien de son accent agréablement roumain. Avec ce film, Eric Rohmer nous livre une de ses oeuvres les plus accomplies, nous proposant, à l'égal du genou de Claire, le magnétisme d'un badinage irrésistible.

Ce film fut couronné par le Prix Louis-Delluc en 1970 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

Et pour consulter la liste complète des films du CINEMA FRANCAIS, dont les autres films de Rohmer, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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Laurence Monaghan et Jean-Claude Brialy. Les Films du Losange

 

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 10:16

Tadrart Films            VIDEO


Hadewijch  de  
Bruno Dumont  est est un appel à la grâce. Telle est la définition de l'auteur lui-même. Poursuivant : " C'est une expérience mystique. Mais pas un acte de foi. C'est un film sur l'amour. Je pense que le véritable amour est totalement mystique parce que dans la mystique, vous arrivez à une véritable union. Il faut être capable d'aimer de façon absolue à l'intérieur d'un corps ordinaire et dans le monde. C'est ce que je filme à la fin : la limite des superstitions et des idéaux. Hadewijch meurt à Dieu et renaît dans les bras d'un homme où elle retrouvera la plénitude de l'amour ".

Mais qui est Hadewijch ? Une mystique flamande du XIIIe siècle qui nous a laissé des poèmes brûlant de désir et de douleur. Hadewijch est également le nom que choisit l'héroïne du film, Céline, pour entrer en religion, nom qu'elle perdra lorsque les soeurs, qui l'ont accueillie, épouvantées par la force destructrice de son attente insatisfaite de Dieu, l'inviteront à retourner dans le monde. Alors, Céline livrée à elle-même, poursuivra sa quête par des chemins de traverse qui la conduiront jusqu'en Palestine, où elle embrassera la cause, sinon la foi, des islamistes les plus radicaux. Et c'est paradoxalement avec une innocence intacte qu'il lui faudra aller jusqu'au bout de sa dérive spirituelle, à savoir un attentat terroriste en plein Paris, pour apercevoir un commencement de lumière sous les espèces simples - un ouvrier charpentier à figure de bon larron qui la délivrera du mal en lui rappelant que le Verbe s'est fait chair, à elle qui aspirait et redoutait les contacts physiques, et que toute ressemblance passe prioritairement par l'amour.

Telle est la trame de Hadewijch, le dernier film de Bruno Dumont, qui nous démontre après ses opus précédents  La vie de Jésus  ( 1997 ) et  Flandres  ( 2006 ), comment on peut rebondir du péché au rachat. Le talent de Bruno Dumont consiste à refuser les facilités et les pièges de la rhétorique, et à écarter l'allégorie en faveur de l'incarnation à l'écran,  son film participant d'autant mieux à l'essence de l'art cinématographique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le cinéaste répugne à employer des comédiens professionnels, lesquels, aussi talentueux fussent-ils, ne pourraient lui fournir que des avatars ou, pis, des simulacres. Comme Robert Bresson, il recherche moins la représentation que la présence, et il se pourrait même qu'il aille plus loin que l'auteur de Au hasard Balthasar. Il est vrai aussi que, contrairement au janséniste Bresson, Dumont n'affecte aucune posture théologique : ses films sont des contes de chair et de sang et une quête d'absolu d'une beauté fulgurante, servis, en ce qui concerne ce dernier opus, par une mise en scène calme, équilibrée et comme rassérénée, où la jeune interprète Julie Sokolowski prête sa sensibilité frémissante et sa grâce inquiète et interrogative au complexe personnage de Céline.


Julie Sokolowski. Tadrart Films  Julie Sokolowski dans Hadewijch


Cet itinéraire de Céline peut se rapporter, en effet, aux cinq grands thèmes initiatiques de la tradition occidentale, ce que le théoricien du 7e Art, Henri Agel, récapitule avec précision dans son ouvrage : Métaphysique du cinéma :

" La nécessité pour le héros de dépasser le combat et d'aller jusqu'au sacrifice et à la mort ; le combat du protagoniste avec les dragons et tous les monstres qui représentent soit un obstacle extérieur à l'aboutissement de la Quête, soit un obstacle tapi dans les profondeurs de son être ; la Quête elle-même ; la bipolarité, c'est-à-dire le contraire de l'entropie ; le rapport tantôt antagoniste tantôt complémentaire entre le Jour et la Nuit ".

Cinq thèmes indissociables que l'on retrouvera nécessairement dans chaque oeuvre relatant une quête mystique, consciente ou inconsciente. Bruno Dumont se garde bien, au demeurant, de prendre clairement position et laisse ouverte toutes les interprétations. Le seul cinéaste contemporain dont les préoccupations peuvent être légitimement comparées aux siennes est  
Jean-Claude Brisseau.  Plus explicite que Dumont, car plus direct, plus rugueux et plus moral, Brisseau exprime de toute évidence l'objet de sa recherche lorsqu'il fait dire à l'héroïne de  Céline  ( 1992 ) : " Je me suis trouvée unie ..." - aspirant à l'avènement d'un monde ré-enchanté avec lequel une union mystique serait possible. Le propos sera repris, amplifié et magnifié encore par Brisseau dans  A l'aventure , sorti cette année, sans grand écho médiatique.


Carole Brana et Lise Bellynck. Aurélia Frohlich

Carole Brana et Lise Bellynk dans A l'aventure de Jean-Claude Brisseau


L'attente de Dieu, la recherche de l'harmonie, la renaissance à soi, autant de modalités d'un cheminement initiatique authentique qui nourrit quelques-unes des oeuvres les plus symptomatiques du désastre spirituel du monde moderne : " Et ce cheminement - précise Henri Agel - peut être - oserons-nous dire doit être ? -  aussi moderne, aussi quotidien, aussi fortement enraciné que possible dans la réalité vivante d'un pays pour que, précisément, se dégage plus fortement de cet enracinement la part d'éternité, ou en tout cas de pérennité, qu'il contient ".

La liste de ces quêteurs serait longue à énumérer depuis les Frères Dardenne de Rosetta ou de L'enfant, du Nazarin et du Los Olvidados de Luis Bunuel, du Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini ou du Taxi Driver de Martin Scorsese. On voit alors comment ces films dépourvus de référence à la religion, et peut-être réalisés par des agnostiques, sont infiniment plus fidèles aux Ecritures que certaines bondieuseries patentées dont Hollywood a été, pendant des lustres, si friand !

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique "Cinéma français", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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