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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 17:55

StudioCanal             VIDEO


Conte surréaliste qui traite avec subtilité des égarements de la mémoire ( ou de la raison ) et des enchaînements imprévus du hasard,  Alain Resnais  nous offre un film qui s'inscrit parfaitement dans la lignée des précédents et semble conclure - sans jamais appuyer le trait - une oeuvre qui se plaît à osciller, avec virtuosité, entre comédie et drame, onirisme et inventivité, fantaisie et expérimentation.


" Nous nous regardons tous, nous nous soupesons mais nous ne connaissons pas vraiment nos vraies motivations, ni l'origine de nos pulsions" - a t-il déclaré lors de la présentation des herbes folles   au dernier Festival de Cannes.

Poursuivant :


" Dans mes films, je laisse parler l'inconscient. Quand une image s'impose à moi, je ne la mets pas en question. Je la tourne et je la colle. Depuis cinquante ans que je fais du cinéma, j'ai toujours été étonné que mes films soient acceptés ".

A 87 ans, le pari est tenu et le cinéaste a prouvé, si besoin était, qu'il restait un éternel jeune homme, ne craignait nullement les exercices de haute voltige et n'avait rien perdu de son talent innovateur. Tiré d'un roman de Christian Gailly " L'incident",  Les herbes folles , parées d'une certaine grâce poétique, semblent balancer au gré du souffle primesautier qui les fait ployer selon ses caprices.


L'histoire est celle de Georges Pallet, campé par André Dussolier, qui ramasse par inadvertance, dans le parking où il gare sa voiture, le sac d'une femme inconnue dont il découvre sur le passeport l'identité et la photographie avant d'aller remettre le tout aux objets trouvés. Bien ou mal lui a pris de tomber sur cet objet qui va être à l'origine d'une aventure inattendue et pour le moins riche en rebondissements. Car notre héros s'ennuie dans son pavillon de banlieue auprès d'une femme popote et son esprit va dès lors gamberger et fantasmer tout à loisir sur cette femme dont le visage lui rappelle celui d'une aviatrice célèbre. Elle s'appelle Marguerite Muir ( clin d'oeil de Resnais au film de Mankiewicz  "L'aventure de Mme Muir" dont vous pouvez lire ma critique dans la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN ), est dentiste de profession et abandonne facilement la roulette dentaire pour les voltiges aériennes, ce qui ne peut manquer de séduire Monsieur Pallet, lui-même accro d'aviation. Tout semble donc les rapprocher et, désormais, le banlieusard n'aura plus de cesse que de poursuivre, voire de harceler, cette femme en une suite de rendez-vous manqués et de saynètes pétillantes de drôlerie qui nous font toucher du doigt les ratés du destin avec autant d'humour que d'intelligence et d'imagination. Pour ce faire, le cinéaste use de toutes les ressources techniques de la caméra en une débauche de plans étourdissants et parfois fastidieux. C'est le reproche que je ferai à ce film de susciter davantage l'admiration que l'émotion.


Alain Resnais. StudioCanal


Dans le rôle de Marguerite Muir, Sabine Azéma, que je n'ai jamais beaucoup aimée, à l'exception de deux ou trois films, est assez agaçante face à un André Dussolier égal à lui-même, aussi Jean de la lune que possible, ce qui convient parfaitement à un personnage qui passe sans transition de l'espièglerie à la névrose. Dans leurs seconds rôles, Anne Consigny, Mathieu Almaric et Emmanuelle Devos sont parfaits ; quant à la mise en scène pointilleuse, très inventive, faite de surprises et de loufoquerie, elle nous révèle un cinéma français en pleine forme et nous conforte sur la valeur excellente de la cuvée 2009.

3-e-toiles

Pour accéder à la liste des articles consacrés au  CINEMA FRANCAIS,  cliquer  sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


Sabine Azéma et Alain Resnais. StudioCanal 

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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 09:14
UN PROPHETE de JACQUES AUDIARD

      

S'il a attendu quarante ans pour devenir réalisateur, le fils de Michel Audiard aura su rattraper le temps perdu et jouer de l'image comme son père, autrefois, jouait des mots. Le prophète, son dernier long métrage, a été le choc sismique du Festival de Cannes 2009 et a subjugué le public par sa puissance, sa maîtrise et la qualité de l'interprétation, l'imposant d'emblée comme une de ces grandes oeuvres qui ont vocation à marquer le 7e Art. Néanmoins, ce ne fut pas la Palme d'Or qui lui fut attribuée comme beaucoup le souhaitaient, mais le Grand Prix du Jury, ce qui est, en définitive, la reconnaissance des critiques. Si bien que quatre ans après De battre mon coeur s'est arrêté, Jacques Audiard, 57 ans, a définitivement pris place parmi les meilleurs cinéastes de sa génération.


Ayant une préférence marquée pour les univers sombres, il signe ici son oeuvre la plus étouffante et la plus noire, la plus percutante aussi. "Un prophète" offre une plongée dans le monde brutal de la prison, lieu, qui par longs métrages interposés, a fini par nous devenir tristement familier et, ainsi que l'expliquait Jacques Audiard, confronte un type de banditisme  traditionnel à un autre qui s'annonce, dénué de codes, aussi adaptable que réactif, entre ces hauts murs clos, qu'au dehors.



Le film, qui pose, par ailleurs, l'axiome de la rivalité entre deux milieux ( les Corses contre les Arabes, ce qui a suscité quelques réactions agacées sur l'île de Beauté), ne se dirige pourtant à aucun moment vers la sociologie du milieu carcéral. C'est d'une transformation intérieure, bien plus effrayante, dont le cinéaste nous entretient à travers l'itinéraire d'un jeune détenu et sa quête d'identité.

   

Le film s'organise autour d'un visage, celui de Malik, 19 ans, remarquablement interprété par Tahar Rahim. Analphabète à son arrivée en prison, condamné à une peine de six ans, le jeune homme n'appartient à aucun groupe et ne bénéficie d'aucune protection. Un vieux caïd corse, Machiavel sans pitié ( Niels Arestrup, vénéneux à souhait), consent à lui octroyer la sienne à condition qu'il s'acquitte d'une mission. La proposition a tout du piège mortel : Malik doit faire taire un témoin gênant parmi les autres détenus, commettre un meurtre en cellule. La scène, filmée dans toute son horreur, est insoutenable et fait entrer, une fois de plus, dans notre imagerie, une barbarie révoltante. Mais la violence du film, si elle n'est jamais occultée, n'est pas gratuite non plus. On ne se remet jamais d'avoir tué, et, en dépit de sa réussite ultérieure, Malik portera toujours sur la conscience le poids de cet acte, ainsi que le suggère la mise en scène dans des évocations d'un onirisme troublant et le vertige d'une existence moulée par l'école de la taule - comme le souligne l'auteur.


Gilles Cohen, Niels Arestrup, Jean-Philippe Ricci et Antoine Basler. Roger Arpajou


 

Oeuvre dure et sèche, d'un réalisme sans concession, Un prophète  évoque l'ascension du jeune homme, naviguant avec intelligence et dextérité entre les bandes rivales, se jouant des langues utilisées comme autant d'armes de clan, comprenant tout des règles qui régissent cette vie et saisissant la moindre opportunité pour prendre l'ascendant, le moment venu et acquérir une allure de parrain. «  Notre idée, c'était de créer un personnage qui apprenne en prison, et qui s'aperçoive que le mode d'emploi fonctionne très bien à l'extérieur » - résumaient le cinéaste et l'un de ses scénaristes,  Abdel Raouf Dafri. 

Glaçant constat, dont le film donne à voir la saisissante dimension et curieuse époque qui, bien qu'irreligieuse, prône d'un ton clérical les vertus de fraternité et de tolérance et ne cesse de promouvoir, sur les écrans et en littérature, les héros les plus sombres, les plus maléfiques, les plus subversifs au nom d'une certaine liberté de pensée. A chacun ses prophètes, mais ceux-ci, dont la violence vous laisse sans voix, ne risquent-ils pas, malgré le talent de leurs metteurs en scène, d'engendrer davantage encore de malfrats et de criminels ? C'est la question que l'on est en droit de se poser en sortant de cette projection de 2h35 qui, mieux qu'un coup de poing, est un coup de massue.

 

3-e-toiles


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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS
 

 

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UN PROPHETE de JACQUES AUDIARD
UN PROPHETE de JACQUES AUDIARD
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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 10:01

Collection Christophe L.

 

 

 

                                                              VIDEO

 


Inspiré d'une histoire vraie,  Le vieux fusil  de  Robert Enrico  peut se résumer en quelques lignes : en 1944, pour mettre à l'abri des bombardements possibles sa femme et sa fille, un médecin, Julien Dandieu, les fait conduire toutes deux dans une ancienne citadelle qu'il possède à la campagne, au-dessus d'un petit bourg. Lorsqu'il se rend sur les lieux peu de temps après, il découvre avec horreur qu'elles ont été sauvagement massacrées, ainsi que les habitants du village, par une troupe d'officiers et soldats allemande qui a réquisitionné son domaine. Cet homme, jusqu'alors tranquille et bienveillant, n'aura désormais plus de cesse que de frapper un ennemi qui ne respecte pas les lois élémentaires de la guerre - épargner les civils et principalement les femmes et les enfants. Le film est à tous égards bouleversant. On y voit comment un homme, foncièrement bon, meurtri par le malheur le plus incohérent, le plus violent et intolérable qui soit, va se faire le justicier de ces innocentes victimes, en sorte que de tels crimes ne restent pas impunis, posant à l'homme d'aujourd'hui les questions suivantes : une cause juste doit-elle rester sans défense, un crime sans châtiment, et le mal s'installer dans une civilisation comme un fait quotidien, quand on sait que la pusillanimité  prépare le lit des tyrans et que les traités faibles ré-animent toujours les conflits forts ?

 

Ce film sobre et déchirant est presque entièrement tourné dans les décombres de ce vieux château dominant un village, village qui évoque Oradour-sur-Glane et les atrocités perpétrées par l'occupant allemand à la fin de la Secondre Guerre mondiale. Film dur et d'une incroyable violence, il met en lumière la vengeance de cet homme que l'amour fou qu'il portait à sa femme et à son enfant et aux justes causes va transformer en un tueur que l'on suit pas à pas dans sa traque inexorable des soldats et officiers allemands réfugiés dans les vieilles pierres de sa demeure familiale. Passent entre ces moments d'attente, où il cherche le meilleur angle pour les surprendre et les abattre, des images merveilleuses du bonheur passé, cette vie tranquille et sans nuage qu'il partageait avec les siens, évocation d'un monde qui semble à jamais disparu. Le souffle court, le visage figé par le chagrin et la haine, Philippe Noiret est saisissant de justesse et nous entraîne dans un suspense presque insoutenable de réalisme, où tous ses gestes sont comme saisis sur le vif dans une reconstitution magistrale. Robert Enrico, qui a peu produit par la suite, a su trouver pour cet opus le ton, le style, l'atmosphère oppressante qui convenaient le mieux. Cette transposition est une réussite totale et ce vieux fusil, qui n'a pas pris une ride, nous saisit toujours d'effroi et d'émotion comme il le fit lors des César en 1976, où il fut l'objet d'un véritable triomphe.   


Romy Schneider et Philippe Noiret. Collection Christophe L.

 

C'est donc une oeuvre remarquable à plus d'un titre ; tout d'abord par cette tension qui va crescendo et où la loi du talion est respectée à la lettre, le héros malgré lui parvenant, avec des procédés, certes peu catholiques, à exterminer la troupe d'allemands qui a investi son château et, ce, dans un décor qui ajoute encore à une ambiance lugubre et glauque. En effet, les dédales des souterrains, la pierre sombre composent un cadre idéalement dantesque, tandis que la musique lancinante ponctue de son phrasé douloureux un paysage rural subitement plongé au coeur d'un drame humain sans précédent. Il l'est aussi et surtout par la composition que chaque acteur fait de son personnage, à commencer par Philippe Noiret, immergé dans le sien jusqu'à ce souffle haletant qui fait contrepoint à la musique et exprime une souffrance à la limite du supportable, où tout devient permis, et où cette quête hallucinée de vengeance le plonge dans une névrose dont il est à la fois l'artisan et la victime. C'est sans doute l'un de ses plus grands rôles.

 

le-vieux-fusil


Auprès de lui, Romy Schneider représente le bonheur perdu, la grâce sacrifiée et il est vrai qu'elle campe cette jeune femme pleinement épanouie entre son mari et sa petite fille avec une délicate féminité - rappelons-nous la scène où coiffée d'un chapeau à voilette, elle soulève gracieusement celle-ci pour poser ses lèvres sur les bords de sa coupe de champagne - il y a là l'image d'une jeunesse dans sa plénitude, son innocence, sa fraîcheur, à la fois effacée et inoubliable, chantée et détruite, qui élève le film à une hauteur mythique, exprimant en quelques prises de vues, d'une remarquable efficacité, la synthèse même de l'inacceptable. Rien que pour ces moments d'anthologie, le film mérite de figurer dans nos vidéothèques.


Le vieux fusil reçut le César du Meilleur film en 1976 des mains de Jean Gabin.

 

4-e-toiles

 

Afin de prendre connaissance des articles que j'ai consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :

 

PHILIPPE NOIRET - PORTRAIT        ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :



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Romy Schneider. Collection Christophe L.

 

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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 10:07

 

      VIDEO


Michel Bouquet et Charles Berling.  
   

Avec Comment j'ai tué mon père , Anne Fontaine, la réalisatrice de Nettoyage à sec, nous plonge dans l'histoire douloureuse de trois hommes (un père et deux frères) que la vie a séparés et qui vont être soudain confrontés, lors de retrouvailles inattendues, non seulement avec l'autre mais avec soi..

Maurice ( Michel Bouquet ), médecin généraliste, qui a disparu depuis de longues années pour avoir choisi d'aller exercer son art en Afrique, abandonnant femme et enfants, débarque sans avoir prévenu personne au cours d'une soirée d'anniversaire, chez son fils aîné, un brillant médecin qui dirige une clinique de gérontologie. Jean-Luc ( Charles Berling ) s'est installé dans une vie bourgeoise à Versailles. Entre sa clinique privée, sa femme, sa maîtresse et son frère cadet, qui lui sert de chauffeur, il a organisé, en apparence, son emploi du temps de façon à jouir au maximum des agréments de la vie. Quand son père ré-apparaît, c'est alors que la belle façade se fissure. Patrick, le frère, comédien raté, interprété par  Stéphane Guillon , est bouleversant dans un rôle de clown triste, adolescent prolongé que l'absence du père a contribué à déstructurer. L'un des meilleurs moments du film est sans conteste son monologue théâtral sur  les deux heures de sa vie passées avec son père. Notons que ce texte fut rédigé par Stéphane Guillon lui-même.

Après un début un peu lent, on se laisse gagner par cette histoire qui aborde avec intelligence et sensibilité les questions fondamentales de l'amour filial, de l'amour tout court et des valeurs de l'existence. Michel Bouquet est impressionnant de justesse dans le rôle du père démissionnaire, tandis que Charles Berling campe avec talent, sur une gamme d'émotions qu'il tente de maîtriser avec plus ou moins de succès, un adulte qui n'est pas parvenu à pallier à son propre vide existentiel.

 

C'est, en effet, de façon feutrée qu' Anne Fontaine  traite les rapports difficiles d'un père et de ses fils, ce père ayant abandonné son foyer sans donner d'explication, il y a de cela trente ans, pour gagner l'Afrique et y exercer sa profession de médecin...dans la brousse. Depuis lors Jean-Luc et son frère n'ont reçu que quelques cartes postales. Or voilà qu'il sort subitement de l'anonymat où il s'est complu,  sans que l'on sache pour quelles raisons et dans quel but. Est-ce pour empoisonner leurs vies, est-ce pour leur donner, sur le tard, un signe d'affection ? Toujours est-il qu'il va tisser avec la femme de Jean-Luc, la jolie Isa (  Natacha Régnier  ), une relation privilégiée et contribuer à résoudre un drame. La jeune femme souffre de ne pas avoir d'enfant, sans supposer un instant qui en est la cause. En effet, son médecin de mari lui a prescrit un traitement qui n'a d'autre fin que de la rendre stérile. Pourquoi ? Simplement parce qu'il redoute d'être père. Le film s'articule autour de cette interrogation : Peut-on être père si on n'a pas été fils ?  - et a le mérite de la poser avec justesse et pudeur, par touches successives. En encourageant sa bru à prendre un autre avis médical, le beau-père permet à la vérité de se révéler et à la relation du couple de s'orienter différemment.  

Michel Bouquet et Natacha Régnier.      

Car si Jean-Luc a réussi sa vie professionnelle, il n'est pas parvenu à prendre en charge son existence d'homme et d'époux, repoussant sans cesse l'échéance de donner la vie, autrement qu'en cachette et sans en assumer les pleines responsabilités. La fin du film laisse peser l'énigme de la mort du père, d'un père qui s'est contenté d'être un géniteur, oubliant d'y adjoindre la mission d'initiateur et de passeur de témoin. Est-il trop tard ? Non, un geste sera ébauché, capable de faire refleurir l'espérance dans ces vies somnambuliques, le père retournant dans la brousse sauver des vies, Jean-Luc, sur la voie de son  salut personnel, ouvrant la sienne au projet de devenir enfin père.

Dans le rôle de Maurice, Michel Bouquet est prodigieux. Sa présence donne au film sa densité, sa cohésion, son mystère. Ses silences - et c'est à cela que l'on reconnaît un acteur d'exception - sont plus explicites que les quelques paroles qu'il prononce ; ses regards glacent ou émeuvent et nous dévoilent les failles d'une douleur muette, peut-être d'un remords. Pour lui faire face, il fallait un acteur chevronné et d'une carrure indiscutable: c'est le cas de Charles Berling,  parfait dans le rôle de Jean-Luc, homme figé en lui-même, clos sur ses souffrances et ses révoltes, dévitalisé par l'absence d'amour.
Un beau moment de cinéma à voir ou revoir qui nous donne l'occasion de nous interroger sur nous-même et notre propre filiation. Peut-être le plus beau film d'Anne Fontaine. Très supérieur à Coco avant Chanel.

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 10:50

SND           

 

Pourquoi ne pas le dire tout de go que ce film est un coup de coeur, parce qu'il est bien amené, pudique, délicat, charmant, sensible, qu'il fait honneur à la production française et se laisse regarder avec un vrai bonheur.
Il s'ouvre sur le désespoir d'une jeune femme Chloé ( Florence Loiret-Caille ), que son mari vient de plaquer pour une autre, sans qu'elle n'ait rien vu venir, et la laisse seule avec deux enfants. Son beau-père - qui ne prend nullement fait et cause pour son fils - va l'emmener passer le week-end à la campagne pour tenter de prendre la mesure des choses et, autour d'un bon feu de cheminée, se laisser aller à des confidences, espérant peut-être qu'en s'ouvrant à elle de ses propres souffrances, il atténuera les siennes. Ainsi lui raconte-t-il ce que fut pour lui la passion qui le consuma jadis pour une femme qui n'était pas la sienne et qu'il n'a pas osé vivre jusqu'au bout par souci du devoir ou, plus encore, par lâcheté, faisant deux victimes : Mathilde, cette jeune femme qu'il aimait et qu'il quitte, et sa propre épouse dont il a empoisonné la vie. 


Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. SND


Les regrets, la nostalgie pour ce qui aurait pu être et ne fut pas sont le ressort de ce joli film  Je l'aimais de  Zabou Breitman , tiré d'un roman d'Anna Gavalda, adaptation fine et fidèle des propos de l'écrivain, que l'on doit également à la scénariste Agnès de Sacy, sans oublier, au passage, un clin d'oeil au magnifique  In the mood for love  de Wong Kar-wai. Avec ce dernier opus, qui fait suite à  Se souvenir des belles choses  et  L'homme de sa vie, la cinéaste revisite son sujet de prédilection la mémoire et élargit l'horizon d'Anna Gavalda, en y ajoutant sa rhétorique toute personnelle de la mise en scène. Grâce à un montage, qui sait user du flash-back sans jamais égarer le spectateur, la réalisatrice surfe avec intelligence sur passé et présent et nous livre l'autopsie d'un renoncement sans pour autant tomber dans le pathos et en évitant les écueils d'un maniérisme qui semblait la guetter dans son précédent ouvrage.

 


Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. SND

 

Ainsi signe-t-elle avec élégance un requiem délicat sur les sentiments perdus, les amours renoncés, les passions mal éteintes. Dans le rôle de Mathilde, cette jeune femme rencontrée à Hong-Kong et pour laquelle Pierre éprouvera une passion immédiate,  Marie-Josée Croze  est pleine de charme et de spontanéité face à un Daniel Auteuil,  qui me paraît être le maillon faible du film. Il ne suffit pas d'écarquiller les yeux et de parler d'une voix sourde pour signifier l'émotion et susciter celle du spectateur. Face aux 3 actrices qui l'accompagnent et sont toutes trois excellentes, il m'a semblé bien pâle.

 

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Daniel Auteuil et Florence Loiret. SND

 

JE L'AIMAIS de ZABOU BREITMAN
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 10:25

Warner Bros. France   Warner Bros. France    

 

 

Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera "la femme de personne", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi. Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer...

Voici ce qu' Anne Fontaine  a choisi de nous raconter dans son dernier opus, le plus classique, le plus amidonné de sa production, alors que le pari aurait exigé de l'audace et de l'impertinence. Si le film déçoit à maints égards, il n'en est pas moins agréable à regarder, élégant et raffiné, et nous révèle un  Benoît Poelvoorde  enfin  débarrassé de sa panoplie d'amuseur et de son goût prononcé pour le canular. Rendu à sa vraie nature d'acteur, le comédien belge campe un noceur désabusé, éleveur de chevaux et amateur de cocottes, faisant de Gabrielle sa petite geisha avant de se rendre compte que la diablesse l'a envoûté. Dans ce rôle d'Etienne Balsan, châtelain décadent, il est la vraie bonne surprise du film, et trouve là un rôle émouvant, plein d'une tendresse douce-amère, auprès d'une Audrey Tautou au charmant minois, certes, mais qui n'est pas aussi convaincante que lui dans son personnage de Coco avant Chanel. Si elle n'est pas Chanel, hormis l'habillement et la coupe de cheveux, elle n'est pas non plus Coco, pour la bonne raison qu'elle a trop de fossettes et pas assez d'angles pour représenter cette femme trempée, à la fois, dans l'acier et le vitriol, et qui ne fit jamais de concessions à qui que ce soit, dans le seul souci de son irrésistible ascension.


Audrey Tautou. Warner Bros. France

 


En définitive, ce biopic inspiré du livre d'Edmonde Charles-Roux n'est jamais qu'une version édulcorée de ce qui fit le sel, le poivre et le piment de cette existence de gagneuse et n'évoque que superficiellement le tempérament inflexible et la personnalité intraitable de la demoiselle de la rue Cambon. Si bien que l'on reste sur sa faim et que l'on se contente de voir défiler passivement des images léchées et habilement mises en scène ( Anne Fontaine a du métier ) sans être ému, sans vraiment entrer dans un sujet qui méritait mieux. Car, en y réfléchissant, ce destin est d'autant plus exceptionnel si l'on considère la condition de la femme à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, et lorsque l'on sait que cette petite jeune fille, sans un sou, de condition plus que modeste et simple couseuse, est parvenue, malgré tout, à force de courage, de volonté et de talent, à créer l'empire Chanel. Oui, le défi fut considérable et la réussite exemplaire. Et notre déception d'autant plus grande que le long métrage gentillet, que lui a consacré la cinéaste, n'exhale rien de la senteur enivrante du N° 5 et si peu de la trajectoire passionnée de cette héroïne hors-norme. Le film reste un plaisant album de belles images précieuses et convenues, où l'on voit une femme tenter de se construire, mais où rien d'important ne nous est livré de ses combats intérieurs, de son évolution personnelle, de son époque même ; nous restons à la surface des choses, à leur apparence, à l'éphémère. Certes Audrey Tautou a une jolie frimousse ( qui fit merveille dans Amélie Poulain ), mais Mademoiselle Chanel, ce n'était pas une frimousse, plutôt un port altier,  un masque de souveraine. Et cela, Anne Fontaine l'a passablement oublié.


2-e-toiles
 

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 10:26

EuropaCorp Distribution      VIDEO


Les héroïnes de  Benoît Jacquot  ont pour constance de prendre la fuite et de privilégier la rupture. Les unes faussent compagnie à leur famille pour suivre un braqueur de banque au Maroc ( A tout de suite ), d'autres s'évadent de Pont-à-Mousson avec l'espoir de rencontrer leur père sur le bord du Gange  ( L'intouchable ). Dans son dernier opus  Villa Amalia  - tiré d'un roman de Pascal Quignard - Ann (  Isabelle Huppert  )  quitte son mari, vend sa maison, brûle les photos de son passé et part dans une errance à la Antonioni qui la conduira jusqu'à la baie de Naples, après avoir surpris ce dernier dans les bras d'une autre. Jacquot filme, une fois encore mais avec un talent qui ne cesse de se décanter, l'itinéraire d'une solitude, une métamorphose physique et mentale, une quête d'un ailleurs intérieur ou plus simplement d'un " autrement ". Ann passe par la souffrance pour atteindre son noyau dur et espère que ce dépouillement la ramène au monde - analyse le cinéaste. Plonger vers autre chose en refusant de faire le tri, rompre définitivement et mêler ainsi la liberté à la nécessité. Tous ces modes de fonctionnement me ressemblent - dit-il encore. Dans "Villa Amalia", je m'identifie à mon personnage. Oui, je suis elle. Je suis Isabelle Huppert. Cela n'évoque-t-il pas le " Madame Bovary, c'est moi " - de Flaubert ?


Isabelle Huppert. EuropaCorp Distribution


Tenter de percer à jour quelqu'un comme Benoît Jacquot revient à refermer ses doigts sur le vide. Non qu'il cultive le secret pour le secret, mais il ne se livre qu'en creux et, à l'évidence, il ne déteste pas la psychanalyse ( n'a-t-il pas consacré un documentaire à Lacan ? ). Assistant de Marguerite Duras, cette expérience fut pour lui capitale. A la suite, il eut sa période Robert Bresson, puis celle où, sans se renoncer, il fit un chemin vers le public avec  La désenchantée

Mon histoire d'amour avec Dominique Sanda s'achevait. Judith Godrèche, une tornade, décida de façon téméraire et très amoureuse de me sauver. Elle m'a amené à réaliser un deuxième premier film. Elle a sauvé ma vie cinématographique en se proposant comme clé. Car, sachez-le, je ne peux filmer une comédienne que si j'en suis amoureux.

Le mot est lâché. Le regard du cinéaste Jacquot est d'abord un regard amoureux sur une femme qui est son double, sur ce qu'il y a en lui de féminin et d'interrogatif. D'où ses longs métrages intimistes qui ont tous des allures de mises à nu et sont d'abord des portraits de comédiennes : La fille seule, La désenchantée, L'école de la chair -  représentant des sortes de documentaires sur des jeunes femmes comme Judith Godrèche, Virginie Ledoyen, Isild Le Besco et Isabelle Huppert, qu'il fait tourner ici pour la cinquième fois. A son sujet, l'auteur précise :


Même si j'ai reconnu d'emblée une partition possible pour nous dans le roman de Pascal Quignard, je n'ai jamais été aussi sceptique quant à la réussite d'un film. Sur le tournage, Isabelle et moi avions pourtant l'impression que nous tracions ensemble quelque chose d'inédit, que nous touchions au coeur de la cible. Nous entendions résonner la note que nous cherchions depuis longtemps. Il faudra, désormais en traquer une autre.



Isabelle Huppert. EuropaCorp Distribution


Voilà un film étrange et réussi qui nous dépeint une existence en forme de désintégration de soi, un hymne à un narcissisme détaché ou résigné saisi avec une précision clinique et des images d'une beauté fascinante. Une oeuvre sur la primauté du moi, réalisée par un cinéaste au faîte de son talent et une actrice tout simplement exceptionnelle. Etonnant.

Actuellement, les cinéastes ont la caméra heureuse avec les femmes...

Pour lire l'article sur Isabelle Huppert, cliquer sur son titre :

 

ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT

 

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 10:29

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L'AOF en 1938. Le petit village de Bourkassa ( Oubangui ) a pour unique fonctionnaire d'autorité Lucien Cordier ( Philippe Noiret ), qui passe, aux yeux de ses administrés et de la communauté européenne, pour un incapable et un parfait cocu. Mais le pleutre va se transformer  - sans que l'on sache très bien pourquoi et quelle mouche l'a piqué -  en ange exterminateur, persuadé qu'il est investi d'une mission divine. Il se met alors à abattre froidement plusieurs membres de son entourage, blanc et noir. Ce carnage colonial prélude en mineur, et sur le mode bouffon, à la sanglante hécatombe qui va bientôt ravager l'Europe.

 

Bertrand Tavernier a toujours travaillé au coup de coeur et, de ce fait, il s'est attelé successivement à des registres très divers, aussi bien à une intrigue policière, à une fresque historique, à un fait criminel du siècle dernier dont il a tiré une sorte de western à la française. Son domaine d'élection, par-delà la diversité des sujets abordés, paraît être la farce tragique ( comme Renoir parlait de " drame gai" ), à grand renfort d'effets baroques, alternant avec des plages de mélancolie ( Un dimanche à la campagne ). Quand on lui demandait de caractériser  Coup de torchon,  il s'en tirait par une boutade en parlant de comédie métaphysique ; ou bien en jouant avec les titres de ses films précédents -  c'est l'histoire du fils du Juge et de l'Assassin qui, à force de voir la mort en direct, décide de prendre une Semaine de vacances !  En souvenir de Prévert, dont l'ombre tutélaire plane, on pourrait sous-titrer cette murder party sur fond d'épopée africaine L'affaire est dans le sac.


Jean-Pierre Marielle et Philippe Noiret. StudioCanal


Typiquement français par son cadre ( le monde colonial à la veille de la Seconde Guerre mondiale ), ses personnages et son esprit anarchisant, ce film n'en témoigne pas moins de l'admiration de son auteur pour la littérature et le cinéma américain : le thème est d'ailleurs emprunté à un roman de Jim Thompson. Le cinéaste a transposé l'action et la typologie des Etats-Unis dans un milieu européen, comme il l'avait déjà fait pour Simenon dans son premier film  L'horloger de Saint-Paul  ( 1974 ). On y gagne une fable intemporelle sur la débilité humaine, la fragilité des esprits et des coeurs, les pulsions incontrôlées des êtres, tout cela empreint d'une féroce jubilation, auquel le personnage interprété par Philippe Noiret, stupéfiant d'ambiguïté, participe beaucoup. Le Bien et le Mal c'est pareil, ça sert pas beaucoup par ici, ça rouille, ça doit être le climat - soliloque le héros, mélange de Don Quichotte et d'Ubu roi.

 

Tous les acteurs méritent d'ailleurs d'être cités - Stéphane Audran et Isabelle Huppert, Jean-Pierre Marielle et Guy Marchand,  tant ils contribuent à créer l'atmosphère étouffante et poisseuse de cet opus, mélange relevé et âcre d'humour noir et de farce cruelle, brûlot anachronique qui s'achève sur une pirouette et laisse entendre - selon Alexandre Trauner - que la justice divine est sans doute incompatible avec les idéaux humains.

 

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Pour lire les articles sur Philippe Noiret, Stéphane Audran et Isabelle Huppert, cliquer sur leurs titres :

PHILIPPE NOIRET - PORTRAIT         ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT          STEPHANE AUDRAN - PORTRAIT

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 10:45

Rezo Films     

 

Voilà un film toujours d'actualité et qui, sorti en 2008, ne peut laisser personne indifférent. Porté par une Isabelle Adjani qui semble ne faire qu'un avec le personnage de Sonia Bergerac, il nous conte l'histoire d'une prof de français comme tant d'autres, qui s'apprête à affronter pendant les 60 minutes de son cours, des élèves au bord de l'insurrection. A peine a-t-elle refermé la porte de la classe qu'ils l'invectivent, la menacent, l'insultent. Visiblement déprimée, déjà usée avant l'âge, la jeune femme - au bord de la crise de nerfs ou d'épuisement - découvre soudain dans le cartable d'un arrogant jeune beur un pistolet dont elle va se saisir afin de retourner la situation à son avantage et faire en sorte que la violence change de camp. Ainsi allons-nous assister à une tragédie classique, un huit-clos inimaginable il y a seulement quelques années, d'un professeur donnant son cours après avoir pris ses élèves en otage. Dès les premières images le ton est donné et la tension ne fera que s'intensifier lorsque le directeur du lycée, ayant alerté la police, celle-ci arrive sur les lieux, cherchant par des moyens très souvent contestables et brouillons, à régler au mieux une situation paroxysmique. Intervient alors une ministre de l'intérieur vraiment peu crédible. Ensuite rien ne nous sera épargné de la lâcheté et de la veulerie des uns et des autres, du proviseur et des parents d'élèves se refusant tous à analyser la situation avec lucidité, les uns proférant l'anathème à l'encontre de ce prof  trop fragile et probablement raciste, les autres se réfugiant dans le silence par crainte des représailles. On assiste ainsi à l'étalage de tous les poncifs qui font qu'aucun des problèmes concernant l'éducation sont actuellement en voie d'être résolus de manière rationnelle. Une seule collègue courageuse téléphonera en cachette à Sonia Bergerac pour l'assurer de son soutien indéfectible et la supplier de tenir bon. Mais Sonia, à l'évidence, ne se fait aucune illusion : la responsable, le bouc émissaire, ce sera elle, elle seule. On comprend alors à quel point les femmes sont plus exposées que les hommes dans une société qui ne parvient plus à faire respecter le droit et la loi. C'est la raison pour laquelle Sonia Bergerac voudrait instituer la journée de la jupe, de façon à dire haut et fort que la femme qui porte les emblèmes les plus classiques de sa féminité n'est pas pour autant une pute. Effroyable mélange des genres qui permet à des populations d'assimiler la féminité à la luxure et regard sans concession porté sur les conditions désastreuses de l'enseignement en France. La fin de ce huit-clos est dans la droite ligne du combat engagé : bien sûr tant de violence, d'aveuglement, de haine ne peuvent se conclure que dans le sang et les larmes...


Isabelle Adjani. Rezo Films

 

Cet opus courageux pose sans ambages les problèmes qui concernent chacun de nous, car personne ne peut se dérober à un état de fait qui risque d'engendrer les pires catastrophes. L'enseignement est ce qui permet aux plus démunis de s'approprier les outils culturels indispensables pour sortir de leur condition et s'assurer un avenir décent. C'est d'ailleurs ce que ne cesse de leur dire, avec un accent de sincérité bouleversant, dans les conditions dramatiques qui sont les siennes, leur professeur. N'est-elle pas là pour les aider, n'a-t-elle pas consacré sa vie à les former, à les éduquer, afin d'en faire des adultes responsables. Isabelle Adjani se fait leur avocat sans qu'ils s'en rendent compte, adolescents refermés sur eux-mêmes, leurs préoccupations immédiates, leurs pulsions instinctives. Rien ne passe plus d'elle à eux, sinon cette violence née d'une peur inexplicable, irraisonnée, inavouée.

Balançant entre drame, plaidoyer, témoignage, ce long métrage n'est pas dénué de défauts, ni exempt de maladresses, mais il a l'avantage de frapper fort et juste. Bien sûr, rien d'innovant dans une mise en scène linéaire et banale ; rien de stupéfiant, de sublime ( je l'ai lu dans plus d'une critique ) dans le jeu toujours un peu forcé d'Isabelle Adjani, dont on sait qu'elle se plaît dans les drames les plus sombres, mais une fable terrible et, je le suppose, hélas ! ( car je ne suis ni élève, ni professeur ) un constat accablant.
Une mention spéciale pour les jeunes acteurs, tous épatants.

 

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Rezo Films

 

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 17:27

En juin 1940, Paulette, une fillette de 5 ans, et ses parents sont jetés, comme des centaines de familles, sur les routes de l'exode. Un bombardement tue net le couple, laissant la fillette seule au bord d'une route inconnue. Elle est recueillie par les Dollé, une famille de paysans. Paulette refuse de se séparer du cadavre de son chien, qu'elle veut enterrer. Le fils des Dollé, Michel, âgé de 11 ans, aménage un cimetière d'animaux, où les deux enfants ensevelissent solennellement d'autres bêtes. Une complicité profonde s'installe entre Paulette et Michel...
 

Avec ce film tourné en 1951, René Clément donne vraiment la mesure de son talent. Jeux interdits, Lion d'or au Festival de Venise en 1952 et Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1953, doit son impact à l'évocation du drame de l'exode et à l'histoire bouleversante de deux enfants qui tentent de sauvegarder une part de leur innocence face aux jeux absurdes de la guerre et à l'incompréhension et froideur du monde adulte. "La prison, l'aliénation commencent dès l'enfance" - dira René Clément, s'accordant sur ce point avec Luigi Comencini, qui traitera ce thème tout au long de sa carrière. Le sujet était difficile et le mérite de Clément est d'avoir évité un sentimentalisme larmoyant et donné une vision juste et émouvante de l'univers poétique de l'enfance aux prises avec les horreurs de la guerre, servi par la musique mélancolique du guitariste  Narciso Yepes.


On y découvre une petite fille de cinq ans qui, sur les routes encombrées de l'exode, voit son père, sa mère et son petit chien mourir à ses côtés, tués par les raids aériens allemands. Alors qu'elle erre seule dans la campagne, son chien mort dans les bras, elle rencontre un garçon de onze ans, Michel, dont la famille accepte de la recueillir momentanément. Avec Michel, son complice, elle va enterrer son chien et créer un cimetière pour les animaux morts, jeu macabre au cours duquel les deux enfants essaient d'apprivoiser la mort et de lui prêter une dimension plus humaine. Jusqu'au jour où des gendarmes viendront chercher la petite Paulette et la conduiront au centre des réfugiés, la perdant une fois encore parmi les autres, séparée à jamais de son compagnon de jeux.

 

Le film suscita une immense émotion, probablement parce qu'il n'y avait pas de façon plus frappante que de montrer la guerre, et ce qu'elle engendre, à travers des regards d'enfants. L'interprétation de Brigitte Fossey, dont c'était la première apparition à l'écran, y est pour beaucoup. Son naturel, sa sensibilité, sa sincérité touchante prouvent à quel point elle fut admirablement dirigée par son metteur en scène. La direction d'acteurs n'était d'ailleurs pas l'une des moindres qualités de René Clément. Le petit Poujouly ne démérite pas non plus à ses côtés. D’autre part, la sublime musique du film joue un rôle à part entière dans cette composition en tous points bouleversante.

 

Pour consulter l'article consacré à René Clément, cliquer sur son titre :

 

RENE CLEMENT OU LE CINEMA D'APRES-GUERRE

 

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JEUX INTERDITS de RENE CLEMENT
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

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Stanley Kubrick

 

 

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