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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 09:42

Pathé Distribution         


Voilà un chef -d'oeuvre qui devrait mobiliser la terre entière : pas un brin d'artifice, la beauté à l'état pur ; pas d'effets spéciaux mais la vérité telle qu'elle est et, au final, le plus bel opéra que la nature puisse nous offrir, filmé par des hommes qui ont mis 3 ans à en définir l'angle le plus juste, la mesure la plus harmonieuse, les octaves les plus larges. On sort de la salle, après 1h45 passée dans l'intimité des océans, subjugués, éblouis, bouleversés, car la beauté, lorsqu'elle est portée à ce degré, est bouleversante. Le réalisateur du  Peuple migrateur  a réussi son pari d'offrir - grâce à une technique de pointe, à l'aide scientifique internationale, à une infinie patience et à la foi du charbonnier - une vision époustouflante des océans, un spectacle total, un film à couper le souffle. Bien sûr Jean-Yves Cousteau nous avait initiés à la magnificence et à l'incommensurable richesse des fonds sous-marins, mais avec Perrin et Cluzaud le spectacle est d'une ampleur théâtrale inégalée. Or filmer l'univers marin est une affaire très compliquée. Il faut par exemple 20 personnes pour immortaliser le flamboiement automnal des gorgones, les froufrous dentelés de la méduse japonaise, la prunelle pleine de réprobation de la seiche, l'allure débraillée de l'hippocampe feuille d'Australie ou les jupailles superposées de la méduse de Californie. Et que dire de l'effort fourni pour filmer le banquet pantagruélique qui se déroule chaque été en Afrique du Sud, lorsque les sardines, qui ont frayé au Cap, remontent vers Durban et sont soudain pourchassées par les dauphins auxquels se mêleront bientôt les requins, les otaries, les manchots et, bien entendu, les oiseaux, hordes affamées qui pénètrent l'eau et embrochent les malheureuses jusqu'à 15 m de profondeur avec un claquement de fusil, si bien qu'au-dessus de l'eau et sous l'eau le bombardement fait rage et que la mer semble être soudain entrée en ébullition.

 


Pathé Distribution


Quant au congrès des araignées de mer, il est aussi inattendu que surprenant. Chaque année, des millions d'araignées convergent vers la baie de Melbourne pour y muer et s'y reproduire, grouillant troupeau qui s'avance, on dirait des armées en marche pour s'affronter, lourdement chargées de leurs armures, dans un bruit de ferraille assourdissant, scènes qui n'avaient jamais été filmées et dont nous avons la primeur. Et comment ne pas être séduit par les facéties des otaries, scènes pleines de drôlerie  où celles-ci se changent en danseuses d'une grâce exquise doublées d'incorrigibles farceuses et, ce, pour notre plus grand plaisir. Et comment ne pas être subjugué par les baleines à bosse qui transitent chaque année d'Hawaï en Alaska. Malgré leur gigantisme, elles sont, dans leurs mouvements, d'une précision incroyable et d'une légèreté d'hirondelle assure Jacques Cluzaud. Lorsqu'elles descendent, elles sont capables de frôler le fond de l'eau sans qu'un grain de sable ne bouge, mais quand elles font surface, on a l'impression d'assister à la naissance d'une île, ajoute-t-il.

 


Pathé Distribution


Théâtre de vie exubérant, le monde aquatique semble avoir tenté toutes les expériences de forme, de couleur, d'originalité, de prodigalité, d'effervescence, vitrine de la diversité la plus éblouissante. 240.000 espèces ont été recensées à ce jour, mais il en reste 2 à 3 millions à découvrir. Alors qu'irions-nous chercher ailleurs, alors que notre planète recèle de tels trésors, un monde si étonnamment vivant qui ne demande qu'à être exploré et sauvegardé ? Oui, qu'irions-nous faire ailleurs, alors que le plus bel ailleurs est ici même. La conclusion est là, discrète et émouvante. Economie de mots. Contrairement à certains, Jacques Perrin se sert d'abord et avant tout de l'image pour nous convaincre. Et il le fait avec sobriété et élégance. Quelques plans sur des poissons captifs des filets où ils agonisent lentement, quelques autres des détritus que nous déversons inconsidérément, le message des profondeurs est parfaitement capté à la surface. Reste à tirer les leçons après cette somptueuse traversée du miroir. Protégeons nos mers, elles sont notre trésor.



 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Jacques Perrin, acteur, réalisateur et producteur, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE



Et pour consulter la liste complète des films de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur celui-ci :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


Pathé Distribution

 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 11:50

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Cinquième et avant-dernier volet des six contes moraux de Rohmer,  Le genou de Claire  ( 1970 ) demeure fidèle au thème de ce cycle : l'errance amoureuse. Car si le propos central s'articule autour de la quête sentimentale, les contes s'attardent tous sur les détours vers une autre femme.

 

Jérôme, un attaché d'ambassade à l'approche de son mariage, vient passer ses vacances sur les bords du lac d'Annecy, lieux de son enfance. Il y retrouve une amie écrivain, Aurora, qui lui demande son aide afin d'achever son livre sur une relation entre une jeune adolescente et un homme d'âge mûr. Certain de ses sentiments envers sa fiancée, il accepte de jouer le cobaye et réussit le pari, avec tout le détachement supposé, auprès de Laura, une jeune lycéenne effrontée, admirablement interprétée par Béatrice Romand. Mais les audaces de l'adolescente se perdent vite en une indécision qu'elle travestit d'une indifférence supposée à l'égard de cet adulte séduisant qui semble lui prêter intérêt. Coquetterie requise, atermoiements, nous sommes dans un marivaudage délicieux, à la fois léger et insolent, envisagé comme l'ébauche d'une toile de maître. C'est alors qu'apparait Claire, une jeune fille d'une beauté sculpturale, nature lascive qui semble se contenter de l'amour maladroit et gauche de ses jeunes soupirants et se satisfaire des loisirs habituels des vacances. Cette fois, c'est Jérôme qui propose de reporter le jeu, parce qu’il s'avoue troublé, notamment par le genou de cette jeune fille si parfaitement belle...Jérome fait alors le pari avec Aurora de posséder symboliquement le corps de Claire, en se contentant d'une caresse sur ce pôle magnétique que représente, à ses yeux, son genou. Son ambition se satisfera de cette possession et du privilège qu'elle soit toute entière concentrée dans son désir.


Jean-Claude Brialy. Les Films du Losange


Ce film est l'un de ceux que je préfère parmi l'ensemble des contes moraux. Il s'en détache par la perfection absolue de son narratif, le déploiement de l'image au service d'une pensée ramassée dans le seul regard, regard devenu acte à part entière. Car, au final, le plaisir est d'abord une attente, agrémentée du jeu subtil de la séduction. Oui, l'attente et la convoitise peuvent être un art qui compose sa propre carte du Tendre, en complique indéfiniment les tours et les détours et comble plus complétement l'esprit que le coeur et les sens. On retrouve dans la beauté des paysages, filmée avec le même lyrisme que le genou de Claire, la subtile union des lumières : celle du lac apaisé dans son aura estivale et celle des rivages en fleurs, contrepoint évident à cette jeunesse qui s'ébat à son bord. Enfin, on perçoit ce qui caractérise le cinéma d'Eric Rohmer : l'élégance des personnages, la splendeur d'un décor naturel et des dialogues proches de l'écrit. Quant aux acteurs, ils sont tous crédibles : Jean-Claude Brialy, magnifiquement barbu, interprète son rôle avec une sorte de jubilation ; les jeunes filles sont d'un naturel stupéfiant autant dans leurs effronteries que dans leur soudaine timidité, et Aurora Cornu pimente le sien de son accent agréablement roumain. Avec ce film, Eric Rohmer nous livre une de ses oeuvres les plus accomplies, nous proposant, à l'égal du genou de Claire, le magnétisme d'un badinage irrésistible.

Ce film fut couronné par le Prix Louis-Delluc en 1970 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

Et pour consulter la liste complète des films du CINEMA FRANCAIS, dont les autres films de Rohmer, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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Laurence Monaghan et Jean-Claude Brialy. Les Films du Losange

 

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 10:16

Tadrart Films            VIDEO


Hadewijch  de  
Bruno Dumont  est est un appel à la grâce. Telle est la définition de l'auteur lui-même. Poursuivant : " C'est une expérience mystique. Mais pas un acte de foi. C'est un film sur l'amour. Je pense que le véritable amour est totalement mystique parce que dans la mystique, vous arrivez à une véritable union. Il faut être capable d'aimer de façon absolue à l'intérieur d'un corps ordinaire et dans le monde. C'est ce que je filme à la fin : la limite des superstitions et des idéaux. Hadewijch meurt à Dieu et renaît dans les bras d'un homme où elle retrouvera la plénitude de l'amour ".

Mais qui est Hadewijch ? Une mystique flamande du XIIIe siècle qui nous a laissé des poèmes brûlant de désir et de douleur. Hadewijch est également le nom que choisit l'héroïne du film, Céline, pour entrer en religion, nom qu'elle perdra lorsque les soeurs, qui l'ont accueillie, épouvantées par la force destructrice de son attente insatisfaite de Dieu, l'inviteront à retourner dans le monde. Alors, Céline livrée à elle-même, poursuivra sa quête par des chemins de traverse qui la conduiront jusqu'en Palestine, où elle embrassera la cause, sinon la foi, des islamistes les plus radicaux. Et c'est paradoxalement avec une innocence intacte qu'il lui faudra aller jusqu'au bout de sa dérive spirituelle, à savoir un attentat terroriste en plein Paris, pour apercevoir un commencement de lumière sous les espèces simples - un ouvrier charpentier à figure de bon larron qui la délivrera du mal en lui rappelant que le Verbe s'est fait chair, à elle qui aspirait et redoutait les contacts physiques, et que toute ressemblance passe prioritairement par l'amour.

Telle est la trame de Hadewijch, le dernier film de Bruno Dumont, qui nous démontre après ses opus précédents  La vie de Jésus  ( 1997 ) et  Flandres  ( 2006 ), comment on peut rebondir du péché au rachat. Le talent de Bruno Dumont consiste à refuser les facilités et les pièges de la rhétorique, et à écarter l'allégorie en faveur de l'incarnation à l'écran,  son film participant d'autant mieux à l'essence de l'art cinématographique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le cinéaste répugne à employer des comédiens professionnels, lesquels, aussi talentueux fussent-ils, ne pourraient lui fournir que des avatars ou, pis, des simulacres. Comme Robert Bresson, il recherche moins la représentation que la présence, et il se pourrait même qu'il aille plus loin que l'auteur de Au hasard Balthasar. Il est vrai aussi que, contrairement au janséniste Bresson, Dumont n'affecte aucune posture théologique : ses films sont des contes de chair et de sang et une quête d'absolu d'une beauté fulgurante, servis, en ce qui concerne ce dernier opus, par une mise en scène calme, équilibrée et comme rassérénée, où la jeune interprète Julie Sokolowski prête sa sensibilité frémissante et sa grâce inquiète et interrogative au complexe personnage de Céline.


Julie Sokolowski. Tadrart Films  Julie Sokolowski dans Hadewijch


Cet itinéraire de Céline peut se rapporter, en effet, aux cinq grands thèmes initiatiques de la tradition occidentale, ce que le théoricien du 7e Art, Henri Agel, récapitule avec précision dans son ouvrage : Métaphysique du cinéma :

" La nécessité pour le héros de dépasser le combat et d'aller jusqu'au sacrifice et à la mort ; le combat du protagoniste avec les dragons et tous les monstres qui représentent soit un obstacle extérieur à l'aboutissement de la Quête, soit un obstacle tapi dans les profondeurs de son être ; la Quête elle-même ; la bipolarité, c'est-à-dire le contraire de l'entropie ; le rapport tantôt antagoniste tantôt complémentaire entre le Jour et la Nuit ".

Cinq thèmes indissociables que l'on retrouvera nécessairement dans chaque oeuvre relatant une quête mystique, consciente ou inconsciente. Bruno Dumont se garde bien, au demeurant, de prendre clairement position et laisse ouverte toutes les interprétations. Le seul cinéaste contemporain dont les préoccupations peuvent être légitimement comparées aux siennes est  
Jean-Claude Brisseau.  Plus explicite que Dumont, car plus direct, plus rugueux et plus moral, Brisseau exprime de toute évidence l'objet de sa recherche lorsqu'il fait dire à l'héroïne de  Céline  ( 1992 ) : " Je me suis trouvée unie ..." - aspirant à l'avènement d'un monde ré-enchanté avec lequel une union mystique serait possible. Le propos sera repris, amplifié et magnifié encore par Brisseau dans  A l'aventure , sorti cette année, sans grand écho médiatique.


Carole Brana et Lise Bellynck. Aurélia Frohlich

Carole Brana et Lise Bellynk dans A l'aventure de Jean-Claude Brisseau


L'attente de Dieu, la recherche de l'harmonie, la renaissance à soi, autant de modalités d'un cheminement initiatique authentique qui nourrit quelques-unes des oeuvres les plus symptomatiques du désastre spirituel du monde moderne : " Et ce cheminement - précise Henri Agel - peut être - oserons-nous dire doit être ? -  aussi moderne, aussi quotidien, aussi fortement enraciné que possible dans la réalité vivante d'un pays pour que, précisément, se dégage plus fortement de cet enracinement la part d'éternité, ou en tout cas de pérennité, qu'il contient ".

La liste de ces quêteurs serait longue à énumérer depuis les Frères Dardenne de Rosetta ou de L'enfant, du Nazarin et du Los Olvidados de Luis Bunuel, du Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini ou du Taxi Driver de Martin Scorsese. On voit alors comment ces films dépourvus de référence à la religion, et peut-être réalisés par des agnostiques, sont infiniment plus fidèles aux Ecritures que certaines bondieuseries patentées dont Hollywood a été, pendant des lustres, si friand !

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique "Cinéma français", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 17:55

StudioCanal             VIDEO


Conte surréaliste qui traite avec subtilité des égarements de la mémoire ( ou de la raison ) et des enchaînements imprévus du hasard,  Alain Resnais  nous offre un film qui s'inscrit parfaitement dans la lignée des précédents et semble conclure - sans jamais appuyer le trait - une oeuvre qui se plaît à osciller, avec virtuosité, entre comédie et drame, onirisme et inventivité, fantaisie et expérimentation.


" Nous nous regardons tous, nous nous soupesons mais nous ne connaissons pas vraiment nos vraies motivations, ni l'origine de nos pulsions" - a t-il déclaré lors de la présentation des herbes folles   au dernier Festival de Cannes.

Poursuivant :


" Dans mes films, je laisse parler l'inconscient. Quand une image s'impose à moi, je ne la mets pas en question. Je la tourne et je la colle. Depuis cinquante ans que je fais du cinéma, j'ai toujours été étonné que mes films soient acceptés ".

A 87 ans, le pari est tenu et le cinéaste a prouvé, si besoin était, qu'il restait un éternel jeune homme, ne craignait nullement les exercices de haute voltige et n'avait rien perdu de son talent innovateur. Tiré d'un roman de Christian Gailly " L'incident",  Les herbes folles , parées d'une certaine grâce poétique, semblent balancer au gré du souffle primesautier qui les fait ployer selon ses caprices.


L'histoire est celle de Georges Pallet, campé par André Dussolier, qui ramasse par inadvertance, dans le parking où il gare sa voiture, le sac d'une femme inconnue dont il découvre sur le passeport l'identité et la photographie avant d'aller remettre le tout aux objets trouvés. Bien ou mal lui a pris de tomber sur cet objet qui va être à l'origine d'une aventure inattendue et pour le moins riche en rebondissements. Car notre héros s'ennuie dans son pavillon de banlieue auprès d'une femme popote et son esprit va dès lors gamberger et fantasmer tout à loisir sur cette femme dont le visage lui rappelle celui d'une aviatrice célèbre. Elle s'appelle Marguerite Muir ( clin d'oeil de Resnais au film de Mankiewicz  "L'aventure de Mme Muir" dont vous pouvez lire ma critique dans la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN ), est dentiste de profession et abandonne facilement la roulette dentaire pour les voltiges aériennes, ce qui ne peut manquer de séduire Monsieur Pallet, lui-même accro d'aviation. Tout semble donc les rapprocher et, désormais, le banlieusard n'aura plus de cesse que de poursuivre, voire de harceler, cette femme en une suite de rendez-vous manqués et de saynètes pétillantes de drôlerie qui nous font toucher du doigt les ratés du destin avec autant d'humour que d'intelligence et d'imagination. Pour ce faire, le cinéaste use de toutes les ressources techniques de la caméra en une débauche de plans étourdissants et parfois fastidieux. C'est le reproche que je ferai à ce film de susciter davantage l'admiration que l'émotion.


Alain Resnais. StudioCanal


Dans le rôle de Marguerite Muir, Sabine Azéma, que je n'ai jamais beaucoup aimée, à l'exception de deux ou trois films, est assez agaçante face à un André Dussolier égal à lui-même, aussi Jean de la lune que possible, ce qui convient parfaitement à un personnage qui passe sans transition de l'espièglerie à la névrose. Dans leurs seconds rôles, Anne Consigny, Mathieu Almaric et Emmanuelle Devos sont parfaits ; quant à la mise en scène pointilleuse, très inventive, faite de surprises et de loufoquerie, elle nous révèle un cinéma français en pleine forme et nous conforte sur la valeur excellente de la cuvée 2009.

3-e-toiles

Pour accéder à la liste des articles consacrés au  CINEMA FRANCAIS,  cliquer  sur le lien ci-dessous :


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Sabine Azéma et Alain Resnais. StudioCanal 

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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 09:14
UN PROPHETE de JACQUES AUDIARD

      

S'il a attendu quarante ans pour devenir réalisateur, le fils de Michel Audiard aura su rattraper le temps perdu et jouer de l'image comme son père, autrefois, jouait des mots. Le prophète, son dernier long métrage, a été le choc sismique du Festival de Cannes 2009 et a subjugué le public par sa puissance, sa maîtrise et la qualité de l'interprétation, l'imposant d'emblée comme une de ces grandes oeuvres qui ont vocation à marquer le 7e Art. Néanmoins, ce ne fut pas la Palme d'Or qui lui fut attribuée comme beaucoup le souhaitaient, mais le Grand Prix du Jury, ce qui est, en définitive, la reconnaissance des critiques. Si bien que quatre ans après De battre mon coeur s'est arrêté, Jacques Audiard, 57 ans, a définitivement pris place parmi les meilleurs cinéastes de sa génération.


Ayant une préférence marquée pour les univers sombres, il signe ici son oeuvre la plus étouffante et la plus noire, la plus percutante aussi. "Un prophète" offre une plongée dans le monde brutal de la prison, lieu, qui par longs métrages interposés, a fini par nous devenir tristement familier et, ainsi que l'expliquait Jacques Audiard, confronte un type de banditisme  traditionnel à un autre qui s'annonce, dénué de codes, aussi adaptable que réactif, entre ces hauts murs clos, qu'au dehors.



Le film, qui pose, par ailleurs, l'axiome de la rivalité entre deux milieux ( les Corses contre les Arabes, ce qui a suscité quelques réactions agacées sur l'île de Beauté), ne se dirige pourtant à aucun moment vers la sociologie du milieu carcéral. C'est d'une transformation intérieure, bien plus effrayante, dont le cinéaste nous entretient à travers l'itinéraire d'un jeune détenu et sa quête d'identité.

   

Le film s'organise autour d'un visage, celui de Malik, 19 ans, remarquablement interprété par Tahar Rahim. Analphabète à son arrivée en prison, condamné à une peine de six ans, le jeune homme n'appartient à aucun groupe et ne bénéficie d'aucune protection. Un vieux caïd corse, Machiavel sans pitié ( Niels Arestrup, vénéneux à souhait), consent à lui octroyer la sienne à condition qu'il s'acquitte d'une mission. La proposition a tout du piège mortel : Malik doit faire taire un témoin gênant parmi les autres détenus, commettre un meurtre en cellule. La scène, filmée dans toute son horreur, est insoutenable et fait entrer, une fois de plus, dans notre imagerie, une barbarie révoltante. Mais la violence du film, si elle n'est jamais occultée, n'est pas gratuite non plus. On ne se remet jamais d'avoir tué, et, en dépit de sa réussite ultérieure, Malik portera toujours sur la conscience le poids de cet acte, ainsi que le suggère la mise en scène dans des évocations d'un onirisme troublant et le vertige d'une existence moulée par l'école de la taule - comme le souligne l'auteur.


Gilles Cohen, Niels Arestrup, Jean-Philippe Ricci et Antoine Basler. Roger Arpajou


 

Oeuvre dure et sèche, d'un réalisme sans concession, Un prophète  évoque l'ascension du jeune homme, naviguant avec intelligence et dextérité entre les bandes rivales, se jouant des langues utilisées comme autant d'armes de clan, comprenant tout des règles qui régissent cette vie et saisissant la moindre opportunité pour prendre l'ascendant, le moment venu et acquérir une allure de parrain. «  Notre idée, c'était de créer un personnage qui apprenne en prison, et qui s'aperçoive que le mode d'emploi fonctionne très bien à l'extérieur » - résumaient le cinéaste et l'un de ses scénaristes,  Abdel Raouf Dafri. 

Glaçant constat, dont le film donne à voir la saisissante dimension et curieuse époque qui, bien qu'irreligieuse, prône d'un ton clérical les vertus de fraternité et de tolérance et ne cesse de promouvoir, sur les écrans et en littérature, les héros les plus sombres, les plus maléfiques, les plus subversifs au nom d'une certaine liberté de pensée. A chacun ses prophètes, mais ceux-ci, dont la violence vous laisse sans voix, ne risquent-ils pas, malgré le talent de leurs metteurs en scène, d'engendrer davantage encore de malfrats et de criminels ? C'est la question que l'on est en droit de se poser en sortant de cette projection de 2h35 qui, mieux qu'un coup de poing, est un coup de massue.

 

3-e-toiles


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UN PROPHETE de JACQUES AUDIARD
UN PROPHETE de JACQUES AUDIARD
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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 10:01

Collection Christophe L.

 

 

 

                                                              VIDEO

 


Inspiré d'une histoire vraie,  Le vieux fusil  de  Robert Enrico  peut se résumer en quelques lignes : en 1944, pour mettre à l'abri des bombardements possibles sa femme et sa fille, un médecin, Julien Dandieu, les fait conduire toutes deux dans une ancienne citadelle qu'il possède à la campagne, au-dessus d'un petit bourg. Lorsqu'il se rend sur les lieux peu de temps après, il découvre avec horreur qu'elles ont été sauvagement massacrées, ainsi que les habitants du village, par une troupe d'officiers et soldats allemande qui a réquisitionné son domaine. Cet homme, jusqu'alors tranquille et bienveillant, n'aura désormais plus de cesse que de frapper un ennemi qui ne respecte pas les lois élémentaires de la guerre - épargner les civils et principalement les femmes et les enfants. Le film est à tous égards bouleversant. On y voit comment un homme, foncièrement bon, meurtri par le malheur le plus incohérent, le plus violent et intolérable qui soit, va se faire le justicier de ces innocentes victimes, en sorte que de tels crimes ne restent pas impunis, posant à l'homme d'aujourd'hui les questions suivantes : une cause juste doit-elle rester sans défense, un crime sans châtiment, et le mal s'installer dans une civilisation comme un fait quotidien, quand on sait que la pusillanimité  prépare le lit des tyrans et que les traités faibles ré-animent toujours les conflits forts ?

 

Ce film sobre et déchirant est presque entièrement tourné dans les décombres de ce vieux château dominant un village, village qui évoque Oradour-sur-Glane et les atrocités perpétrées par l'occupant allemand à la fin de la Secondre Guerre mondiale. Film dur et d'une incroyable violence, il met en lumière la vengeance de cet homme que l'amour fou qu'il portait à sa femme et à son enfant et aux justes causes va transformer en un tueur que l'on suit pas à pas dans sa traque inexorable des soldats et officiers allemands réfugiés dans les vieilles pierres de sa demeure familiale. Passent entre ces moments d'attente, où il cherche le meilleur angle pour les surprendre et les abattre, des images merveilleuses du bonheur passé, cette vie tranquille et sans nuage qu'il partageait avec les siens, évocation d'un monde qui semble à jamais disparu. Le souffle court, le visage figé par le chagrin et la haine, Philippe Noiret est saisissant de justesse et nous entraîne dans un suspense presque insoutenable de réalisme, où tous ses gestes sont comme saisis sur le vif dans une reconstitution magistrale. Robert Enrico, qui a peu produit par la suite, a su trouver pour cet opus le ton, le style, l'atmosphère oppressante qui convenaient le mieux. Cette transposition est une réussite totale et ce vieux fusil, qui n'a pas pris une ride, nous saisit toujours d'effroi et d'émotion comme il le fit lors des César en 1976, où il fut l'objet d'un véritable triomphe.   


Romy Schneider et Philippe Noiret. Collection Christophe L.

 

C'est donc une oeuvre remarquable à plus d'un titre ; tout d'abord par cette tension qui va crescendo et où la loi du talion est respectée à la lettre, le héros malgré lui parvenant, avec des procédés, certes peu catholiques, à exterminer la troupe d'allemands qui a investi son château et, ce, dans un décor qui ajoute encore à une ambiance lugubre et glauque. En effet, les dédales des souterrains, la pierre sombre composent un cadre idéalement dantesque, tandis que la musique lancinante ponctue de son phrasé douloureux un paysage rural subitement plongé au coeur d'un drame humain sans précédent. Il l'est aussi et surtout par la composition que chaque acteur fait de son personnage, à commencer par Philippe Noiret, immergé dans le sien jusqu'à ce souffle haletant qui fait contrepoint à la musique et exprime une souffrance à la limite du supportable, où tout devient permis, et où cette quête hallucinée de vengeance le plonge dans une névrose dont il est à la fois l'artisan et la victime. C'est sans doute l'un de ses plus grands rôles.

 

le-vieux-fusil


Auprès de lui, Romy Schneider représente le bonheur perdu, la grâce sacrifiée et il est vrai qu'elle campe cette jeune femme pleinement épanouie entre son mari et sa petite fille avec une délicate féminité - rappelons-nous la scène où coiffée d'un chapeau à voilette, elle soulève gracieusement celle-ci pour poser ses lèvres sur les bords de sa coupe de champagne - il y a là l'image d'une jeunesse dans sa plénitude, son innocence, sa fraîcheur, à la fois effacée et inoubliable, chantée et détruite, qui élève le film à une hauteur mythique, exprimant en quelques prises de vues, d'une remarquable efficacité, la synthèse même de l'inacceptable. Rien que pour ces moments d'anthologie, le film mérite de figurer dans nos vidéothèques.


Le vieux fusil reçut le César du Meilleur film en 1976 des mains de Jean Gabin.

 

4-e-toiles

 

Afin de prendre connaissance des articles que j'ai consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :

 

PHILIPPE NOIRET - PORTRAIT        ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


Romy Schneider. Collection Christophe L.

 

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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 10:07

 

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Michel Bouquet et Charles Berling.  
   

Avec Comment j'ai tué mon père , Anne Fontaine, la réalisatrice de Nettoyage à sec, nous plonge dans l'histoire douloureuse de trois hommes (un père et deux frères) que la vie a séparés et qui vont être soudain confrontés, lors de retrouvailles inattendues, non seulement avec l'autre mais avec soi..

Maurice ( Michel Bouquet ), médecin généraliste, qui a disparu depuis de longues années pour avoir choisi d'aller exercer son art en Afrique, abandonnant femme et enfants, débarque sans avoir prévenu personne au cours d'une soirée d'anniversaire, chez son fils aîné, un brillant médecin qui dirige une clinique de gérontologie. Jean-Luc ( Charles Berling ) s'est installé dans une vie bourgeoise à Versailles. Entre sa clinique privée, sa femme, sa maîtresse et son frère cadet, qui lui sert de chauffeur, il a organisé, en apparence, son emploi du temps de façon à jouir au maximum des agréments de la vie. Quand son père ré-apparaît, c'est alors que la belle façade se fissure. Patrick, le frère, comédien raté, interprété par  Stéphane Guillon , est bouleversant dans un rôle de clown triste, adolescent prolongé que l'absence du père a contribué à déstructurer. L'un des meilleurs moments du film est sans conteste son monologue théâtral sur  les deux heures de sa vie passées avec son père. Notons que ce texte fut rédigé par Stéphane Guillon lui-même.

Après un début un peu lent, on se laisse gagner par cette histoire qui aborde avec intelligence et sensibilité les questions fondamentales de l'amour filial, de l'amour tout court et des valeurs de l'existence. Michel Bouquet est impressionnant de justesse dans le rôle du père démissionnaire, tandis que Charles Berling campe avec talent, sur une gamme d'émotions qu'il tente de maîtriser avec plus ou moins de succès, un adulte qui n'est pas parvenu à pallier à son propre vide existentiel.

 

C'est, en effet, de façon feutrée qu' Anne Fontaine  traite les rapports difficiles d'un père et de ses fils, ce père ayant abandonné son foyer sans donner d'explication, il y a de cela trente ans, pour gagner l'Afrique et y exercer sa profession de médecin...dans la brousse. Depuis lors Jean-Luc et son frère n'ont reçu que quelques cartes postales. Or voilà qu'il sort subitement de l'anonymat où il s'est complu,  sans que l'on sache pour quelles raisons et dans quel but. Est-ce pour empoisonner leurs vies, est-ce pour leur donner, sur le tard, un signe d'affection ? Toujours est-il qu'il va tisser avec la femme de Jean-Luc, la jolie Isa (  Natacha Régnier  ), une relation privilégiée et contribuer à résoudre un drame. La jeune femme souffre de ne pas avoir d'enfant, sans supposer un instant qui en est la cause. En effet, son médecin de mari lui a prescrit un traitement qui n'a d'autre fin que de la rendre stérile. Pourquoi ? Simplement parce qu'il redoute d'être père. Le film s'articule autour de cette interrogation : Peut-on être père si on n'a pas été fils ?  - et a le mérite de la poser avec justesse et pudeur, par touches successives. En encourageant sa bru à prendre un autre avis médical, le beau-père permet à la vérité de se révéler et à la relation du couple de s'orienter différemment.  

Michel Bouquet et Natacha Régnier.      

Car si Jean-Luc a réussi sa vie professionnelle, il n'est pas parvenu à prendre en charge son existence d'homme et d'époux, repoussant sans cesse l'échéance de donner la vie, autrement qu'en cachette et sans en assumer les pleines responsabilités. La fin du film laisse peser l'énigme de la mort du père, d'un père qui s'est contenté d'être un géniteur, oubliant d'y adjoindre la mission d'initiateur et de passeur de témoin. Est-il trop tard ? Non, un geste sera ébauché, capable de faire refleurir l'espérance dans ces vies somnambuliques, le père retournant dans la brousse sauver des vies, Jean-Luc, sur la voie de son  salut personnel, ouvrant la sienne au projet de devenir enfin père.

Dans le rôle de Maurice, Michel Bouquet est prodigieux. Sa présence donne au film sa densité, sa cohésion, son mystère. Ses silences - et c'est à cela que l'on reconnaît un acteur d'exception - sont plus explicites que les quelques paroles qu'il prononce ; ses regards glacent ou émeuvent et nous dévoilent les failles d'une douleur muette, peut-être d'un remords. Pour lui faire face, il fallait un acteur chevronné et d'une carrure indiscutable: c'est le cas de Charles Berling,  parfait dans le rôle de Jean-Luc, homme figé en lui-même, clos sur ses souffrances et ses révoltes, dévitalisé par l'absence d'amour.
Un beau moment de cinéma à voir ou revoir qui nous donne l'occasion de nous interroger sur nous-même et notre propre filiation. Peut-être le plus beau film d'Anne Fontaine. Très supérieur à Coco avant Chanel.

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 10:50

SND           

 

Pourquoi ne pas le dire tout de go que ce film est un coup de coeur, parce qu'il est bien amené, pudique, délicat, charmant, sensible, qu'il fait honneur à la production française et se laisse regarder avec un vrai bonheur.
Il s'ouvre sur le désespoir d'une jeune femme Chloé ( Florence Loiret-Caille ), que son mari vient de plaquer pour une autre, sans qu'elle n'ait rien vu venir, et la laisse seule avec deux enfants. Son beau-père - qui ne prend nullement fait et cause pour son fils - va l'emmener passer le week-end à la campagne pour tenter de prendre la mesure des choses et, autour d'un bon feu de cheminée, se laisser aller à des confidences, espérant peut-être qu'en s'ouvrant à elle de ses propres souffrances, il atténuera les siennes. Ainsi lui raconte-t-il ce que fut pour lui la passion qui le consuma jadis pour une femme qui n'était pas la sienne et qu'il n'a pas osé vivre jusqu'au bout par souci du devoir ou, plus encore, par lâcheté, faisant deux victimes : Mathilde, cette jeune femme qu'il aimait et qu'il quitte, et sa propre épouse dont il a empoisonné la vie. 


Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. SND


Les regrets, la nostalgie pour ce qui aurait pu être et ne fut pas sont le ressort de ce joli film  Je l'aimais de  Zabou Breitman , tiré d'un roman d'Anna Gavalda, adaptation fine et fidèle des propos de l'écrivain, que l'on doit également à la scénariste Agnès de Sacy, sans oublier, au passage, un clin d'oeil au magnifique  In the mood for love  de Wong Kar-wai. Avec ce dernier opus, qui fait suite à  Se souvenir des belles choses  et  L'homme de sa vie, la cinéaste revisite son sujet de prédilection la mémoire et élargit l'horizon d'Anna Gavalda, en y ajoutant sa rhétorique toute personnelle de la mise en scène. Grâce à un montage, qui sait user du flash-back sans jamais égarer le spectateur, la réalisatrice surfe avec intelligence sur passé et présent et nous livre l'autopsie d'un renoncement sans pour autant tomber dans le pathos et en évitant les écueils d'un maniérisme qui semblait la guetter dans son précédent ouvrage.

 


Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. SND

 

Ainsi signe-t-elle avec élégance un requiem délicat sur les sentiments perdus, les amours renoncés, les passions mal éteintes. Dans le rôle de Mathilde, cette jeune femme rencontrée à Hong-Kong et pour laquelle Pierre éprouvera une passion immédiate,  Marie-Josée Croze  est pleine de charme et de spontanéité face à un Daniel Auteuil,  qui me paraît être le maillon faible du film. Il ne suffit pas d'écarquiller les yeux et de parler d'une voix sourde pour signifier l'émotion et susciter celle du spectateur. Face aux 3 actrices qui l'accompagnent et sont toutes trois excellentes, il m'a semblé bien pâle.

 

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Daniel Auteuil et Florence Loiret. SND

 

JE L'AIMAIS de ZABOU BREITMAN
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 10:25

Warner Bros. France   Warner Bros. France    

 

 

Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera "la femme de personne", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi. Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer...

Voici ce qu' Anne Fontaine  a choisi de nous raconter dans son dernier opus, le plus classique, le plus amidonné de sa production, alors que le pari aurait exigé de l'audace et de l'impertinence. Si le film déçoit à maints égards, il n'en est pas moins agréable à regarder, élégant et raffiné, et nous révèle un  Benoît Poelvoorde  enfin  débarrassé de sa panoplie d'amuseur et de son goût prononcé pour le canular. Rendu à sa vraie nature d'acteur, le comédien belge campe un noceur désabusé, éleveur de chevaux et amateur de cocottes, faisant de Gabrielle sa petite geisha avant de se rendre compte que la diablesse l'a envoûté. Dans ce rôle d'Etienne Balsan, châtelain décadent, il est la vraie bonne surprise du film, et trouve là un rôle émouvant, plein d'une tendresse douce-amère, auprès d'une Audrey Tautou au charmant minois, certes, mais qui n'est pas aussi convaincante que lui dans son personnage de Coco avant Chanel. Si elle n'est pas Chanel, hormis l'habillement et la coupe de cheveux, elle n'est pas non plus Coco, pour la bonne raison qu'elle a trop de fossettes et pas assez d'angles pour représenter cette femme trempée, à la fois, dans l'acier et le vitriol, et qui ne fit jamais de concessions à qui que ce soit, dans le seul souci de son irrésistible ascension.


Audrey Tautou. Warner Bros. France

 


En définitive, ce biopic inspiré du livre d'Edmonde Charles-Roux n'est jamais qu'une version édulcorée de ce qui fit le sel, le poivre et le piment de cette existence de gagneuse et n'évoque que superficiellement le tempérament inflexible et la personnalité intraitable de la demoiselle de la rue Cambon. Si bien que l'on reste sur sa faim et que l'on se contente de voir défiler passivement des images léchées et habilement mises en scène ( Anne Fontaine a du métier ) sans être ému, sans vraiment entrer dans un sujet qui méritait mieux. Car, en y réfléchissant, ce destin est d'autant plus exceptionnel si l'on considère la condition de la femme à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, et lorsque l'on sait que cette petite jeune fille, sans un sou, de condition plus que modeste et simple couseuse, est parvenue, malgré tout, à force de courage, de volonté et de talent, à créer l'empire Chanel. Oui, le défi fut considérable et la réussite exemplaire. Et notre déception d'autant plus grande que le long métrage gentillet, que lui a consacré la cinéaste, n'exhale rien de la senteur enivrante du N° 5 et si peu de la trajectoire passionnée de cette héroïne hors-norme. Le film reste un plaisant album de belles images précieuses et convenues, où l'on voit une femme tenter de se construire, mais où rien d'important ne nous est livré de ses combats intérieurs, de son évolution personnelle, de son époque même ; nous restons à la surface des choses, à leur apparence, à l'éphémère. Certes Audrey Tautou a une jolie frimousse ( qui fit merveille dans Amélie Poulain ), mais Mademoiselle Chanel, ce n'était pas une frimousse, plutôt un port altier,  un masque de souveraine. Et cela, Anne Fontaine l'a passablement oublié.


2-e-toiles
 

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 10:26

EuropaCorp Distribution      VIDEO


Les héroïnes de  Benoît Jacquot  ont pour constance de prendre la fuite et de privilégier la rupture. Les unes faussent compagnie à leur famille pour suivre un braqueur de banque au Maroc ( A tout de suite ), d'autres s'évadent de Pont-à-Mousson avec l'espoir de rencontrer leur père sur le bord du Gange  ( L'intouchable ). Dans son dernier opus  Villa Amalia  - tiré d'un roman de Pascal Quignard - Ann (  Isabelle Huppert  )  quitte son mari, vend sa maison, brûle les photos de son passé et part dans une errance à la Antonioni qui la conduira jusqu'à la baie de Naples, après avoir surpris ce dernier dans les bras d'une autre. Jacquot filme, une fois encore mais avec un talent qui ne cesse de se décanter, l'itinéraire d'une solitude, une métamorphose physique et mentale, une quête d'un ailleurs intérieur ou plus simplement d'un " autrement ". Ann passe par la souffrance pour atteindre son noyau dur et espère que ce dépouillement la ramène au monde - analyse le cinéaste. Plonger vers autre chose en refusant de faire le tri, rompre définitivement et mêler ainsi la liberté à la nécessité. Tous ces modes de fonctionnement me ressemblent - dit-il encore. Dans "Villa Amalia", je m'identifie à mon personnage. Oui, je suis elle. Je suis Isabelle Huppert. Cela n'évoque-t-il pas le " Madame Bovary, c'est moi " - de Flaubert ?


Isabelle Huppert. EuropaCorp Distribution


Tenter de percer à jour quelqu'un comme Benoît Jacquot revient à refermer ses doigts sur le vide. Non qu'il cultive le secret pour le secret, mais il ne se livre qu'en creux et, à l'évidence, il ne déteste pas la psychanalyse ( n'a-t-il pas consacré un documentaire à Lacan ? ). Assistant de Marguerite Duras, cette expérience fut pour lui capitale. A la suite, il eut sa période Robert Bresson, puis celle où, sans se renoncer, il fit un chemin vers le public avec  La désenchantée

Mon histoire d'amour avec Dominique Sanda s'achevait. Judith Godrèche, une tornade, décida de façon téméraire et très amoureuse de me sauver. Elle m'a amené à réaliser un deuxième premier film. Elle a sauvé ma vie cinématographique en se proposant comme clé. Car, sachez-le, je ne peux filmer une comédienne que si j'en suis amoureux.

Le mot est lâché. Le regard du cinéaste Jacquot est d'abord un regard amoureux sur une femme qui est son double, sur ce qu'il y a en lui de féminin et d'interrogatif. D'où ses longs métrages intimistes qui ont tous des allures de mises à nu et sont d'abord des portraits de comédiennes : La fille seule, La désenchantée, L'école de la chair -  représentant des sortes de documentaires sur des jeunes femmes comme Judith Godrèche, Virginie Ledoyen, Isild Le Besco et Isabelle Huppert, qu'il fait tourner ici pour la cinquième fois. A son sujet, l'auteur précise :


Même si j'ai reconnu d'emblée une partition possible pour nous dans le roman de Pascal Quignard, je n'ai jamais été aussi sceptique quant à la réussite d'un film. Sur le tournage, Isabelle et moi avions pourtant l'impression que nous tracions ensemble quelque chose d'inédit, que nous touchions au coeur de la cible. Nous entendions résonner la note que nous cherchions depuis longtemps. Il faudra, désormais en traquer une autre.



Isabelle Huppert. EuropaCorp Distribution


Voilà un film étrange et réussi qui nous dépeint une existence en forme de désintégration de soi, un hymne à un narcissisme détaché ou résigné saisi avec une précision clinique et des images d'une beauté fascinante. Une oeuvre sur la primauté du moi, réalisée par un cinéaste au faîte de son talent et une actrice tout simplement exceptionnelle. Etonnant.

Actuellement, les cinéastes ont la caméra heureuse avec les femmes...

Pour lire l'article sur Isabelle Huppert, cliquer sur son titre :

 

ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT

 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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