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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 10:02

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Billy Wilder naquit en Austro-Hongrie le 22 juin 1906 dans une famille juive autrichienne et passera son enfance à Vienne où il fera ses études classiques avant de rejoindre l'université et de se diriger vers le journalisme. Après avoir publié des articles sur le sport et les faits divers, il s'intéresse au cinéma et au théâtre, si bien que ses contacts le mettent en relation avec des milieux très divers et le plus souvent artistiques. C'est l'époque du cinéma muet et l'idée lui vient de composer des scénarios. Le succès de l'un d'entre eux Les hommes du dimanche en 1930 lui vaut de signer un contrat avec la Universum Film AG, puis de gagner les Etats-Unis où, grâce à son aptitude à très vite se familiariser avec la langue anglaise, il obtient un nouveau contrat avec la Paramount à Hollywood. Remarqué par Ernst Lubitsch, autre emmigré allemand, il rédige, en collaboration avec Charles Brackett, les scénarios de La huitième femme de Barbe-Bleue et de Ninochka qui seront des succès. Sa voie est désormais tracée, d'autant qu'un film avec Howard Hawks Boule de feu en 1941 est un nouveau coup de maître et que plus rien ne s'oppose à ce qu'il soit également le metteur en scène de ses propres fictions. 

 

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Sa première réalisation derrière la caméra Uniformes et jupons courts en 1942 sera suivie de cinq autres films de qualité et d'inspiration différente, avant Boulevard du crépuscule en 1950 qui va assurer sa consécration de metteur en scène qui compte dorénavant dans le 7e Art hollywoodien. La scandaleuse de Berlin en 1948, achevée trois ans après la Libération de Berlin, est une comédie grinçante qui annonce déjà le style humoristique, voire féroce, de Wilder et brode autour d'un personnage de femme devenu la maîtresse d'un ancien nazi, sans omettre de nous dévoiler les coulisses du marché noir avec l'armée américaine dans le décor d'un Berlin pratiquement en ruines. En quelque sorte : rire d'un sujet grave - mode d'emploi...

 

Wilder signera ensuite d'autres oeuvres fortes, selon des compositions diverses car ses goûts sont éclectiques. Sunset Boulevard est un chef d'oeuvre où l'auteur revisite les mythes cinématographiques et obtient ainsi un formidable effet de trompe-l'oeil ; cette fiction sur le rôle mortifère du cinéma a recours à un vertigineux jeu de miroirs grossissants où le tragique ne cesse de côtoyer le comique. Stalag 17 en 1953 sera également d'inspiration tragi-comique et traite de la débrouillardise humaine au coeur d'un camp de prisonniers, suivi par deux ravissantes comédies avec Audrey Hepburn : Sabrina et Ariane. Par ailleurs, Billy Wilder contribuera au mythe Marilyn avec Sept ans de réflexion en 1955 et Certains l'aiment chaud en 1959, une des comédies les plus réussies de l'âge d'or hollywoodien, qui feront de la jeune actrice une icône planétaire. Il y aura encore La garçonnière en 1960, Embrasse-moi, idiot en 1964, Fedora en 1979, des oeuvres pleines de sens, drôles et mélancoliques à la fois, selon le style de cet artiste qui cachait sous un faux cynisme une sensibilité à fleur de peau teintée d'une once de moralité.

 

Pour prendre connaissance des critiques que j'ai consacrées aux films de Wilder, cliquer sur leurs titres :

 

ARIANE de Billy WILDER  

 

SABRINA        

 

SEPT ANS DE REFLEXION de BILLY WILDER

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous: 

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

493px-Gloria Swanson & Billy Wilder - ca. 1950  Avec Gloria Swanson  

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 08:43

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Poète précieux et souvent hermétique, Cocteau fut très vite séduit par le potentiel d'images que lui offrait le 7e Art.  "Qu'est-ce qu'un poète ? C'est un homme qui change les règles du jeu" - se plaisait-il à dire. Toute image constituait pour lui un matériau concret, d'où l'appelation de "réalisme magique" qui qualifia, dès le début, sa création cinématographique, bien que la forme narrative ne cessa d'osciller du vérisme des "Parents terribles" au merveilleux de "La Belle et la Bête". 

 

Son premier essai "Le sang du poète" en 1931, financé par le mécène, le vicomte de Noailles - Cocteau savait emprunter, et tout particulièrement l'argent des autres, avec subtilité - révèle un goût prononcé pour le trucage et l'hybridation visuelle. Aussi les surréalistes ne manquèrent -ils pas de l'accuser d'emprunts illégitimes, ce qui ne semble pas l'avoir beaucoup ému, bien que ses films ne soient pas, à proprement parler, dominés par les tourments de l'inconscient. Il compose avec "Le testament d'Orphée", en 1960, son oeuvre ultime, où il se met lui-même en scène dans un festival de métaphores et d'auto-citations comme une boucle englobant les objets et thèmes familiers, dans un flux d'images créatives et de rapprochements trop souvent abscons. 

 

Le goût de Cocteau pour les grands mythes ne se limite pas à celui d'Orphée. Une série de pièces de théâtre l'atteste, qui a conduit à deux films essentiels : "L'Aigle à deux têtes" en 1958, tragédie fondée sur le thème du double, et "La Belle et la Bête" en 1946, un conte dont les références picturales rehaussent un merveilleux éloigné de toute tradition cinématographique. Quel que soit le cadre de son récit, mythique, psychologique, théâtral, légendaire, Cocteau s'est appliqué à fuir le réalisme, trop banal à ses yeux, pour le remplacer par un réel constamment mystifié. Aussi a-t-il souvent commis le péché d'emphase et de préciosité, si bien qu'on ne parvient pas à entrer complètement dans un univers qu'il propose avec trop d'excès et de maniérisme. Il use néanmoins d'une science certaine de la beauté visuelle, privilégiant l'image au texte, ce qui est regrettable, et attachant une grande importance au montage, aux décors insolites qui servent parfaitement ses thèmes les plus chers : la drogue, les rituels d'initiés, l'homosexualité, tout cela dans une version quasi sacralisée et des images d'une indéniable poésie et d'une grande beauté esthétique.

 

Il mourra le 11 octobre 1963, à l'âge de 74 ans, dans sa maison de Milly-La-Forêt à quelques heures de son amie Edith Piaf. Il repose dans la chapelle Saint-Blaise-des-Simple qu'il avait décorée, sous une dalle qui porte cette épitaphe  : "Je reste avec vous". Depuis lors, des articles, des livres, des rediffusions ont tenté de nous remettre en phase avec un créateur un peu oublié du public, dont la vie ne fut certes pas un long fleuve tranquille mais qui a su, en son temps, nous surprendre, souvent nous envoûter par son originalité et sa légèreté, car rien de pesant chez cet artiste multiforme qui, parfois, se laissa égarer par la diversité de ses dons.

 

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COCTEAU ET LE CINEMA
COCTEAU ET LE CINEMA
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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 10:58

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Né en juin 1941 à Leicester, Stephen Frears, après de solides études, débute sa carrière cinématographique comme assistant de Karel Reisz. Il réalise son premier film Gumshoe en 1970, mais c'est  My beautiful Laundrette, en 1985, qui le révélera au grand public. Par la suite, il ne va plus cesser de diversifier ses sujets et d'attacher une grand importance à la rédaction de ses scénarios qu'il travaille lui-même avec une précision maniaque. Son expérience de la télévision fait qu'il est aussi à l'aise dans la vérité documentaire, la reconstitution d'une époque, le thriller comme dans The Hit  ou le constat social à la manière d'un Ken Loach. Cette diversité, qui le caractérise, n'est dûe qu'à une chose : Frears entend être un cinéaste libre et ne se fier qu'à son instinct et à ses désirs.  De même qu'il alterne les films à budget modeste aux grandes fresques, passe sans transition de la splendeur vénéneuse des Liaisons dangereuses  à la verve des Arnaqueurs.

 

Mieux il ose les mélanges audacieux, ainsi le métissage du film noir et du western dans The Hi-Lo Country ou de psychanalyse et d'horreur avec Mary Reilly. On perçoit sa jubilation de la mise en scène, son goût du détail, les changements de ton, le réalisme, ainsi le Londres des années 1970 dans Prick Up Your Ears ou l'Amérique des années 1980 dans High Fidelity, sans que Stephen Frears ne cède jamais au simple travail illustratif. A chaque fois, il fait en sorte de trouver le style adéquate, le réalisme  qui sert le mieux son thème. Ce sera le cas avec The Queen  en 2006 interprétée par la merveilleuse Helen Mirren ou, en 2005, avec Mme Henderson présente, véritable réussite, finement ciselée, chronique du music-hall anglais sous le blitz et mélange d'ironie et d'émotion qui symbolise admirablement l'art très personnel de ce grand cinéaste. Enfin, il vient d'abattre une carte conséquente avec son très réussi "Philomena" qui a tous les atouts pour être un des films marquants de l'année 2014.

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 11:58

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D'origine catalane, Jean VIGO est le fils d' Eugène Bonaventure de Vigo ( 1883 - 1917 ), un fervent militant anarchiste qui connaîtra la prison dès l'âge de dix-sept ans. Accusé d'espionnage dans l'affaire du Bonnet rouge ( journal qu'il avait fondé en 1913 ), Eugène de Vigo est retrouvé étranglé dans sa cellule dans des conditions qui restent assez obscures. La justice penchera pour le suicide et le petit Jean sera confié à la garde d'un parent de la branche paternelle. Commence pour lui huit années de pension dans des collèges et internats à Nîmes, Millau, Chartres où il doit porter un nom d'emprunt, parce qu'il est le fils du traite. De ces années difficiles et humiliantes, son oeuvre cinématographique va se nourrir. A l'automne 1925, Vigo s'inscrit à la Sorbonne pour une licence de philosophie et renoue avec sa mère. C'est alors qu'il est tenté par le 7e Art, jugeant qu'il lui sera  plus facile d'y exprimer la révolte qui le hante et de réhabiliter la mémoire de son père. Ses débuts sont décevants, d'autant que la tuberculose commence à le tourmenter. Assisté de l'opérateur Boris Kaufman, il entreprend sans moyens financiers  A propos de Nice. Le film s'inscrit dans la mouvance revendicatrice de l'époque et attire sur lui l'attention, sans lui valoir pour autant la notoriété. Néanmoins, Vigo est convié à participer au IIe congrès international du cinéma indépendant de Bruxelles ( 1930 ) où il se fait de nouveaux amis et trouve de précieux soutiens ( Germaine Dulac, Henri Storck ).

 

Il obtient alors un contrat pour la réalisation d'un court métrage documentaire : La natation par Jean Taris ( 1931 ). A la suite de cette réalisation, il rencontre Jacques-Louis Nounez qui lui permet de tourner son premier long métrage Zéro de conduite ( 1933 ), malgré un budget modeste. Mais ce film sera mal accueilli par la profession et aussitôt interdit par la censure et L'Atalante, qui suivra ( 1934 ),  le sera tout autant. Au moment où les distributeurs remanient son film et le rebaptisent Le chaland qui passe, Vigo agonise des suites d'une septicémie. Il n'aura donc fallu à ce jeune cinéaste que deux courts métrages et deux longs pour imposer sa vision du monde empreinte d'une originalité sans précédent et pour bâtir une oeuvre originale qui inspirera les cinéastes de la Nouvelle Vague. Avec Vigo, le 7e Art s'impose aux autres arts comme une nécessité. "C'était un cinéaste né " - écrira Elie Faure, un créateur qui, ne trouvant pas sa place dans la société, l'avait trouvée sans peine dans le monde des arts.

 

Sources : Jean GILI

 

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Et pour prendre connaissance de la critique de L'Atalante, cliquer sur son titre :

 

L'ATALANTE de JEAN VIGO

 


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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 10:22

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Steven Spielberg, réalisateur du premier blockbuster Les dents de la mer, est entré dans la légende du 7e art pour des productions qui toutes ont suscité un grand engouement de la part du public comme Jurassic Park, E.T., Il faut sauver le soldat Ryan et l'incontournable chef-d'oeuvre La liste de Schindler. Sept de ses productions ont comptabilisé le plus d'entrées dans les salles de spectacle, un record qu'ont récupéré tout récemment les nouveaux disciples, tel Cameron. C'est dire que Spielberg tient une place à part dans cet univers malgré les critiques qui n'ont pas manqué de lui être faites sur son simplisme, ses excès, une certaine presse lui reprochant d'utiliser la grosse machine hollywoodienne à des fins mercantiles. Mais, aujourd'hui, ce même reproche est adressé à Cameron, comme hier à Luc Besson.

 

La filmographie du réalisateur peut se diviser en deux parties : le cinéma de divertissement qu'illustrent des films comme la saga d'Indiana Jones, Jurassic Park et Minority Report, ou encore des films sur les extra-trerrestres tels La guerre des mondes ou Rencontres du troisième type. La seconde concerne ses oeuvres les plus sérieuses, les plus intimistes, celles en rapport direct avec l'histoire des hommes et dont les titres sont les suivants : La couleur pourpre, Amistad, L'empire du soleil et, bien entendu, La liste de Schindler et Il faut sauver le soldat Ryan. Ces films ont d'ailleurs animé de nombreux débats et soulevé une vive émotion dans le public.

 

Né en 1946 à Cincinnati dans l'Ohio, peu doué pour les études, le jeune Steven va très tôt suivre des cours d'art dramatique et tourner, dès l'âge de 12 ans ( vocation précoce ), un western de 4 minutes avec la caméra 8mm que lui a offerte son père. Par la suite, il se fera remarquer chez Universal pour ses compétences techniques et dirigera bientôt Joan Crawford dans The Eyes, un des épisodes de la série Night Gallery créée par Rod Serling. Son premier succès sera Duel. Malgré un budget minimal, le film fera sensation pour l'efficacité de sa mise en scène et remportera le Grand Prix du Festival du film fantastique d'Avoriaz. Spielberg est sorti de l'anonymat.

 

En 1974, il essuie un échec cuisant au box-office avec Sugarland Express, le public considérant le sujet de deux marginaux et leur otage poursuivis par une meute de policiers et de journalistes trop scabreux. Par chance, l'incroyable succès des Dents de la mer le remet en selle et lui permet d'envisager de vastes projets, conformes à sa nature et son entregent.  Ainsi va-t-il aligner les triomphes et créer des mythologies contemporaines avec Les aventuriers de l'arche perdue, E.T., Rencontres du troisième type. Cette réussite exceptionnelle inspirera une génération de jeunes cinéastes dont les réalisations seront encouragées et  financées par Spielberg, dès lors qu'elles vont dans le sens de son optimisme, de sa générosité et de ses bons sentiments.

 

Aussi son goût d'alterner les sujets graves et les projets plus ludiques exhorte-t-il certains à ne pas le prendre au sérieux, alors même que son génie de "showman" n'est nullement incompatible avec sa vision personnelle des choses où une large place est accordée au monde de l'enfance. (Tintin et Indiana Jones en témoignent). Et son dernier opus Le pont des espions est là pour confirmer que le réalisateur n'a pas perdu la main, d'autant qu'il a su très bien s'entourer et pour le scénario et pour les dialogues, d'où une production de grande qualité qui évite la démesure.

 

Mais la maturité, perceptible dans des opus comme La guerre des mondes et Munich par exemple, nous invite à reconsidérer sa production dans son ensemble et à en tirer les lignes maîtresses. Si Spielberg a su sensibiliser le grand public et frôler la démesure emporté par son dynamisme, il ne peut se défendre d'une vision pacifique du monde, d'une quête de l'innocence retrouvée, démontrant une personnalité riche et complexe qui s'emploie à aborder ses divers sujets avec le maximum d'objectivité. Son cinéma est celui d'un honnête homme subtil, moins manichéen qu'on a bien voulu le laisser croire, ne reculant devant aucun risque, s'engageant avec ferveur et opiniatreté sur des sujets difficiles et montrant, en toutes occasions, sa virtuosité technique et l'inspiration d'un véritable créateur. " Mentir, moi, jamais, la vérité est bien trop amusante" - a-t-il écrit. Si quelques films ont été ratés ou moins réussis, la plupart ont bénéficié d'une large audience et  placé l'homme et le cinéaste parmi les grandes figures du cinéma mondial.

 

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 11:07

600full-jean--pierre-melville.jpg  1917 - 1973

 


Jean-Pierre Melville, réalisateur, scénariste, adaptateur, dialoguiste, interprète, producteur, décorateur, monteur, est un des très grands du cinéma français et international et compte à son actif plusieurs chefs-d'oeuvre indiscutables. Né à Paris le 20 octobre 1917 sous son nom de famille Grumbach, il est appelé sous les drapeaux son baccalauréat tout juste passé et connaitra les tourments de la guerre qui le marqueront à jamais et ne seront pas sans influencer certains de ses films comme Le silence de la mer et L'armée des ombres. En 1942, il gagne Londres et prend le nom de Melville en hommage à l'auteur de Moby Dick et attendra son retour à Paris, en 1945, pour épouser enfin sa vocation de cinéaste et réaliser son premier court-métrage : Vingt-quatre heures de la vie d'un clown.

 

Son premier long métrage attendra  1947 et sera une adaptation fidèle du roman de Vercors Le silence de la mer, réalisé avec un budget réduit mais une qualité de mise en scène toute en retenue, suscitant l'admiration  de Jean Cocteau, séduit d'emblée par son style dépouillé et néanmoins lyrique. Il lui confiera l'adaptation des Enfants terribles et peu de temps après le cinéaste, soucieux de jouir d'une totale indépendance, s'empressera  d'acquérir les studios Jenner où il tournera la plupart de ses films. Il lui arrivera également de passer derrière la caméra et d'apparaitre dans certains opus tels l'Orphée de Jean Cocteau, Deux hommes dans Manhattan, A bout de souffle de Godard ou Landru de Chabrol.

 

Mais c'est en tant que cinéaste qu'il va marquer les mémoires et être un modèle et un inspirateur pour la nouvelle vague de talents qui trépigne d'impatience dans l'attente d'enterrer au plus vite le cinéma de papa. D'un naturel indépendant, Melville a su très tôt s'affranchir des règles cinématographiques en vigueur pour inaugurer une forme nouvelle d'adaptation proche du cinéma américain. Avec Bob le flambeur en 1955 et Deux hommes dans Manhattan en 1958, il restitue à merveille l'ambiance du Montmartre des gangsters ou la nuit new-yorkaise à la façon d'un documentaire et au prix d'une froide stylisation qui sait s'attarder sur les détails et tourner le dos aux péripéties psychologiques. D'où ce fétichisme vestimentaire qu'il impose à Belmondo  dans Le Doulos et à Delon dans Le Samouraï. Deux hommes dans Manhattan n'est en définitive que l'échange permanent des figures du Bien et du Mal, thème récurrent chez Melville. Par ailleurs, L'ainé des Ferchaux, tiré de Simenon dont l'univers l'attirait, et L'Armée des ombres traitent l'un et l'autre des faiblesses humaines, non sans misanthropie et avec l'ampleur tragique qui est la marque première du réalisateur. Créateur hors norme, le cinéaste se plait à filmer des odes sobrement lyriques et l'ambiguïté de personnages affrontés à la guerre ou au crime, se faisant un devoir de restituer des atmosphères lourdes de sens et d'ambivalence.

 

Trois films sortent du lot de ces belles réalisations par leur force narrative, le contre-emploi d'un acteur - ce sera le cas avec Belmondo dans Léon Morin prêtre où Melville joue sur des poncifs vaguement bressonniens, prenant ses distances avec le récit de Béatrix Beck et recourant à la voix off - et du Silence de la mer, d'après le roman de Vercors, situé sous l'occupation allemande et réalisé avec un budget minime et des techniques certes conventionnelles mais que le réalisateur charge d'une sobre intensité. Enfin le troisième chef-d'oeuvre est sans nul doute Le Samouraï, le plus beau rôle d'Alain Delon avec celui que lui offrit Visconti dans Rocco et ses frères, où le personnage est défini par ses gestes plutôt que par sa personnalité. Le scénario avait été écrit par Melville en 1963 et correspond si bien au personnage que rêvait d'interpréter Delon que l'entente se fera d'emblée. L'acteur sera prodigieux dans la peau de Jef Costello, plus proche du loup que de l'homme. Ce sabreur solitaire est hanté par la mort et entièrement requis par sa mission qu'il exécute sans faiblir avec  la froideur implacable et le masque d'impassibilité que Delon saura lui prêter. Le Samouraï fixe définitivement une écriture singulière, celle d'un Melville inspiré qui a le goût des figures mythiques et le sens aigu de la tragédie à l'ancienne, dont l'oeuvre a quelque chose de fulgurant et d'hypnotique. Il mourra  le 20 août 1973 à l'âge de 56 ans, quelques mois après l'échec cuisant de son dernier film Un flic, qui l'avait beaucoup affecté.

 

Pour prendre connaissance des critiques des films du réalisateur, cliquer sur leurs titres :

 

LE SAMOURAI de JEAN-PIERRE MELVILLE          LE SILENCE DE LA MER DE Jean-Pierre MELVILLE

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 09:24

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Michael Haneke est le fils d'un acteur protestant et d'une actrice catholique né à Munich le 23 mars 1942 et qui a grandi non loin de la capitale autrichienne, étudiant la philosophie puis l'art dramatique à l'université de Vienne. Devenu critique de cinéma, il va bientôt collaborer, en temps que rédacteur à la station de télévision allemande Südwestrundfunk, puis passer à la mise en scène afin de diriger plusieurs pièces du répertoire comme celles de Strindberg, Goethe ou von Kleist. De même qu'il assure des représentations d'opéras à Munich, Berlin et Vienne, avant de débuter derrière la caméra à la télévision.

 

Le voilà définitivement immergé dans la mise en scène et s'exerçant à en maîtriser les multiples aspects. Son premier long métrage sera "Le septième continent" en 1989 qui ne lui apporte pas la notoriété. Pour cela, il faudra attendre "Funny Games" en 1997 qui révèle son style particulier, froid et implacable, le voit dénoncer en clinicien les tares humaines et la barbarie, la désagrégation de la cellule familiale, la violence ordinaire, la culture de divertissement qui foudroie l'autre et les problèmes liés au racisme et au refoulement de l'histoire, autant de sujets qui ne cesseront plus d'inspirer une oeuvre exigeante et difficile.

 

Mais c'est en 2001 avec "La pianiste", qui aborde une sulfureuse thématique sexuelle et n'est pas sans provoquer des vagues au sein de la critique, qu'il reçoit le Grand Prix du jury à Cannes et devient un cinéaste de portée européenne qui compte aux yeux du public. Ses acteurs Isabelle Huppert et Benoît Magimel seront d'ailleurs honorés d'un double Prix d'interprétation. En 2006, de retour à la mise en scène d'opéra, il signe celle de "Don Giovanni" au Palais Garnier, reprise en 2012 à l'opéra Bastille, prouvant, si besoin est, qu'il ne se cantonne nullement dans le seul univers du 7e Art.

 

En 2009, nouveau succès à Cannes où "Le ruban blanc" se voit honoré de la Palme d'or à laquelle Isabelle Huppert, présidente du jury cette année-là, a contribué. C'est la réponse de la bergère au berger... Ce premier film en costumes et en noir et blanc raconte l'histoire d'une société villageoise allemande sombrant dans l'obscurantisme à l'aube de la Première Guerre mondiale. Enfin le jury du Festival de Cannes 2012, le 65ème,  présidé par Nanni Moretti, qui ne se  cache pas d'être un admirateur de Haneke, le couronne d'une seconde Palme d'or avec "Amour", un film sur la déchéance physique et psychologique d'un couple âgé interprété par Emmanuella Riva et Jean-Louis Trintignant et dont le succès sera également au rendez-vous, tant ce sujet difficile sur le douloureux déclin du grand âge est traité avec intelligence et sensibilité. Ainsi Haneke devient-il le sixième réalisateur à être doublement palmé après Coppola, Imamura, Kusturica, Bille August et les frères Dardenne.

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 09:33

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Les écrivains Emmanuel Carrère ( La classe de neige ) et Philippe Grimbert ( Le secret ) ont vu tous deux leurs romans adaptés au cinéma par Claude Miller et racontent ici les souvenirs qu’ils gardent de ce cinéaste de l’intime récemment disparu et dont le dernier opus «  Thérèse Desqueyroux » sera projeté à Cannes pour la clôture de ce 65 ème Festival.

 

 

 

« Sa mort n’a pas été une surprise, puisque je suis allé le voir plusieurs fois à l’hôpital et, à chaque visite, je savais que cela pouvait être la dernière. Je suis triste, mais en même temps, il me donnait l’impression d’une vie accomplie, d’un homme en paix. Nos dernières conversations n’étaient pas glauques du tout, même si je sentais qu’il avait conscience de son état, sans jamais en parler. En plus, il vient de terminer Thérèse Desqueyroux, qui est l’un de ses meilleurs films. Il l’a réalisé dans un état de grande fatigue, mais Philippe Le Guay (qui s’était porté garant pour finir le film au cas où Claude n’aurait pas pu le faire) lui a rendu visite sur le tournage. Il m’a raconté à quel point il avait trouvé beaux le respect et l’affection dont il était entouré par l’équipe, grâce à son humanité, son attention aux gens, sur ce film dont tout le monde savait que ce serait son dernier.


Je ressens une profonde émotion, mais tempérée par le sentiment d’une vie d’homme et d’artiste menée à son terme. Nous n’étions pas intimes, mais entretenions un rapport d’amitié véritable. Nous avions dîné ensemble avant l’été 2011, alors qu’il s’apprêtait à tourner ce dernier film. Il parlait comme quelqu’un qui fait le bilan de sa vie, non pas avec autosatisfaction, mais en se disant : "J’ai fait ce que j’avais à faire". Il avait la réputation d’être un grand anxieux, d’être parfois colérique, et même si je ne l’ai jamais connu sous ce jour, il y a quelque chose qui, au fond, me touchait énormément chez lui : il était devenu, très tôt, un cinéaste important, reconnu, qui comptait, mais il n’est jamais devenu un notable du cinéma. Il est resté jusqu’au bout ce jeune homme inquiet, angoissé qu’il avait été. J’aimais cette coexistence entre l’inquiétude et l’harmonie finalement assez paisible qui s’était installée.

 

 

 

Nous avions travaillé deux fois ensemble. D’une part, sur un projet qui n’a pas abouti. D’autre part, sur l’adaptation de mon livre La Classe de neige : la collaboration a été idyllique. Claude savait très bien ce qu’il voulait en faire ; nous nous sommes installés trois jours ensemble à la campagne, et nous avons lu le roman à haute voix, en alternance, en faisant des remarques au fur et à mesure. Puis j’ai écrit un premier jet, qu’il a retravaillé, et ainsi de suite.


Ses dernières années ont été comme un précipité de sa carrière, avec le grand succès d’Un secret et, dernièrement, l’échec commercial de Voyez comme ils dansent. Dans toute sa filmographie, il y a cette alternance entre les déceptions et les films suivants qui "rattrapent le coup" de façon éclatante : c’est ainsi qu’il a réussi à passer 35 ans sans jamais cesser de travailler. Il avait gardé une humilité qui datait de ses débuts. Tout le monde avait encensé son premier film, La Meilleure Façon de marcher, qui avait été suivi par le four de Dites-lui que je l’aime, un film que j’adore. Ensuite, il a tourné Garde à vue, où il assumait très bien l’idée d’un cinéma artisanal, efficace, "à l’ancienne" : un triomphe. Par la suite, il a maintenu de façon singulière un équilibre entre le cinéma d’auteur très personnel et une place dans l’industrie du cinéma français de qualité. Il a su louvoyer dans cette profession avec beaucoup de souplesse et d’intelligence. Il a construit, au fil des ans, une très belle courbe de carrière : avec la distance, je pense que cela apparaîtra nettement, plus encore que de son vivant. »

 

Philippe Grimbert : « Je pleure ce frère retrouvé »

 

En 2007, Claude Miller adapte le roman de Philippe Grimbert, Un secret. Un livre à travers lequel le cinéaste évoquait l’histoire des siens, une famille juive pendant la Seconde Guerre mondiale. 

 

 

 

« J’ai eu la chance de le voir il y a encore trois jours, il avait gardé une grande lucidité et un humour incroyable. Même sur son lit d’hôpital, il partageait encore avec nous ce sourire qui était la marque d’un courage formidable. Je pleure ce frère retrouvé. Nous sommes restés amis jusqu’au dernier jour, ce qui n’est pas toujours le cas dans le monde du cinéma où les amitiés durent le plus souvent le temps d’un film. 
Claude n’avait jamais parlé de ses origines et j’ai été extrêmement heureux et bouleversé qu’il ait choisi mon livre pour raconter sa propre histoire. Par la suite, j'ai été très ému de la fraternité qui est née entre nous.
Il m’a dit une chose qui m’a beaucoup marqué : "Si mon scénario ne te plait pas, je ne fais pas le film." C’était la preuve de ses scrupules, de son respect immense envers les auteurs et de l’exigence qu’il avait vis-à-vis de lui-même lorsqu’il adaptait une œuvre. C’est toujours troublant de voir des gens que l’on a connus intimement interprétés par des gens connus médiatiquement. Une fois le film terminé, j’ai été totalement convaincu par l’incarnation à l’écran de mon père par Patrick Bruel et la conviction qu’il a mise dans son jeu. Il a été très actif car il souhaitait interpréter le rôle. Il avait lu le livre. Bien sûr, Claude lui a proposé le rôle mais il est allé au devant de lui. 


C’était la première fois que l’un de mes romans était adapté au cinéma mais avec Claude, très vite, la confiance s’est installée. Il m’a expressément demandé d’interpréter le passeur, je ne l’aurais jamais exigé ! C'était pour moi une façon symbolique d’apporter ma caution d’auteur au film et à l’adaptation de Claude.
Sa carrière était exceptionnelle. Exemplaire en matière de respect envers les acteurs, en matière de qualité. Je parlerais de touche française à son propos, pour ne pas dire french touch. Après avoir vu de près son travail de réalisateur, je comprends ce parcours de grand adaptateur qu’il a eu.  N’étant pas  du milieu du cinéma, j’ai ce regard naïf, et j’ai vu son grand respect des livres, qui transparait dans son œuvre. C’est une carrière absolument exemplaire dans le cinéma français. Au moment du tournage j’ai vu quelqu’un plein d’humilité, de respect pour mon œuvre, j’insiste là-dessus, et aussi de respect envers les acteurs. Il était très loin d’être un dictateur. »

 

 

 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:45

polanski.jpg  8f_1_b_3747_1.jpg avec Sharon Tate

 


Roman Polanski est né à Paris le 18 août 1933 d'une mère russe et d'un père juif polonais. Jusqu'à l'âge de quatre ans, il réside en France avec ses parents avant que ceux-ci ne repartent pour la Pologne où ils seront bientôt contraints de vivre en clandestinité dans le ghetto de Cracovie, ce qui marquera le petit garçon pour le restant de ses jours. Alors que sa mère meurt à Auschwitz, il échappe à la vigilance allemande et survit grâce à l'entraide des habitants. Il a alors dix ans et ne reverra son père qu'en 1945, lorsque celui-ci reviendra miraculeusement du camp de Mauthasen. L'horreur, qui a marqué sa prime jeunesse, sera l'une des clefs de son univers cinématographique. Très tôt, l'envie de monter sur scène l'incite à intégrer une troupe et, après une audition, il est choisi pour tenir le rôle principal dans "Fils du régiment" qui remportera un triomphe national. Le succès va lui ouvrir les portes d'une carrière de comédien, d'autant que sa rencontre avec Andrzej Wajda sera déterminante pour son avenir.

 

Entré à l'Institut du cinéma de Lodz, il réalise successivement huit courts métrages dans lesquels il cultive déjà son goût pour les situations insolites, la violence et le voyeurisme et compose, en 1958, une parabole sur l'absurdité de la vie en société : Deux hommes et une armoire et, enfin, Le gros et le maigre ( 1961 ), satire aux implications sado-masochistes, alors que Les mammifères développent une réflexion sur les rapports entre maître et esclave. C'est en 1962 qu'il se lance dans son premier long métrage Le couteau dans l'eau, dont il conçoit le scénario avec Jerzy Skolimowski. Dans ce huis clos à trois personnages, le metteur en scène prolonge les obsessions déjà contenues dans ses courts métrages et fait planer un climat d'insécurité, mais se refuse à aborder de front la lutte des classes, si bien que l'on va lui reprocher en haut lieu de ne pas faire un cinéma au service de l'Etat et de se rapprocher avec trop de complaisance de l'Occident. D'ailleurs ce film sera très apprécié en Europe et aux Etats-Unis. Si bien que Polanski, désormais à l'étroit dans un pays sous régime communiste, s'exile et entreprend dès lors une carrière internationale.

 

Après avoir participé avec un sketch, aux côtés de Godard et Chabrol, au Les plus belles escroqueries du monde, il réalise en Grande-Bretagne Répulsion ( 1965 ) et Cul-de-sac ( 1966 ), deux oeuvres profondément polonaise par leur inspiration, où sévit l'influence du théâtre de l'absurde d'un Beckett ou d'un Ionesco qu'il admire. Ces oeuvres vont, par ailleurs, sceller sa collaboration avec le scénariste Gérard Brach. En 1967, Le bal des vampires, une parodie du film d'épouvante, le voit cultiver son goût de la bouffonerie baroque. Il est à l'affiche avec la jeune comédienne Sharon Tate qu'il épousera en 1968. Le cinéaste est alors sollicité par Hollywood pour tourner une adaptation du roman d'Ira Levin Rosemary's baby. Dans cette histoire de possession démoniaque, le réalisateur voit une transposition de ses propres fantasmes : l'oppression du groupe sur l'individu, l'implacable loi du destin, le pouvoir des sectes, l'immaturité et la frustation du personnage principal interprété de façon magistrale par Mia Farrow. Ce film sera considéré comme l'un des grands chefs-d'oeuvre du cinéma fantastique.

 

Un événement tragique va alors le frapper en août 1969 dans sa résidence californienne : la mort atroce de Sharon Tate, alors enceinte, par des proches de Charles Manson, gourou d'une secte et tueur en série. Le drame aura lieu en son absence et sera lourdemment relayé par la presse. Malgré la dépression qu'il traverse, Polanski se remet au travail et quitte les Etats-Unis pour la Grande-Bretagne où il va se lancer dans un Macbeth tout empreint du drame qu'il vient de vivre, film qui sera mal compris de la critique et se soldera par un échec. Il tourne ensuite, d'après un scénario original de Robert Towne, un policier conçu comme un hommage au film noir américain Chinatown avec Jack Nicholson dans le rôle titre et Faye Dunaway dans celui de la femme fatale, les deux stars se faisant voler la vedette par John Huston dans celui secondaire de Noah Cross. Grand vainqueur au Golden Globes en 1975, le film ne récoltera pas moins de 11 nominations aux Oscars. Mais seul le trophée du Meilleur scénario viendra récompenser Chinatown, les votants lui ayant préféré le second opus du Parrain réalisé par Coppola. Il est vrai que cette année-là, la barre était particulièrement haute.

 

En mars 1977, le scandale provoqué par le viol présumé d'une adolescente oblige Polanski à quitter les Etats-Unis. Naturalisé français, il s'établit à Paris et tourne Tess, une adaptation du célèbre roman de Thomas Hardy. Le film doit beaucoup à l'interprétation de Nastassja Kinski, alors âgée de 15 ans, à la fois fragile et bouleversante dans le rôle d'une jeune paysanne qui, sous l'ère victorienne, est poursuivie par le malheur. Ce film croulera sous une avalanche de prix dont 3 Césars et 3 Oscars en 1980 et 1981.

 

Le cinéaste s'engage ensuite dans une voie hitchcockienne avec Frantic ( 1988 ) qui lance l'acteur Harrison Ford dans un suspense d'espionnage situé à Paris et qui recevra un accueil favorable, contrairement aux opus suivants : Lunes de fiel, La jeune fille et la mort et La Neuvième Porte qui ne seront pas épargnés par la critique. En 1989, il épouse en troisièmes noces, Emmanuelle Seignier avec laquelle il aura deux enfants et est élu membre de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France. Dans les années 1990, il voue beaucoup de son temps au théâtre et à l'opéra, dirigeant pour l'Opéra-Bastille une nouvelle version des Contes d'Hoffmann d'Offenbach, puis mettant en scène Maria Callas, la leçon de chant qui lui vaudra une nomination aux Molières, tandis qu'en 1997 il supervise la création d'une comédie musicale tirée de son film Le bal des vampires qui sera l'occasion d'une tournée triomphale en Allemagne. Enfin, avec Le Pianiste en 2002, il revient au cinéma et évoque de manière personnelle ce que furent la barbarie du IIIe Reich et l'occupation nazie dans une Pologne martyrisée. Ce film admirable remportera la Palme d'or du Festival de Cannes cette année-là et sept Césars l'année suivante. Le film sera également 7 fois nominé aux Oscars et gagnera trois statuettes dont celle du Meilleur réalisateur, mais le cinéaste se refusera à se rendre à Hollywood pour les recevoir. Ce sera Harrison Ford qui s'en chargera et lui remettra lors du Festival du Film américain de Deauville.

 

C'est dans son chalet de Gstaad, où il est astreint à résidence après le rebondissement de l'affaire du viol d'une mineure, qu'il accomplira la post production de The Ghost Writer, honorée d'un troisième César du Meilleur réalisateur, et adaptera Carnage pour le cinéma d'après la pièce de Yasmina Reza, film réalisé en France avec le concours de Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly dans les rôles principaux, parachevant une oeuvre singulière et complexe dans laquelle passent les traumatismes d'une génération frappée par l'Holocauste.

 

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Et pour lire ma critique du Pianiste, cliquer sur son titre :  LE PIANISTE de ROMAN POLANSKI

 

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 08:55
NANNI MORETTI OU UN CINEMA GENERATIONNEL

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Né à Brunico en 1953, Nanni Moretti reste, malgré son effacement progressif dû à la maladie, l'une des personnalités les plus éminentes du cinéma italien. A l'adolescence, ses études secondaires terminées, il se partage entre deux passions : le water-polo et le 7e Art. Très vite, il se met en tête de devenir acteur et réalisateur, de vivre sa vie à tour de rôle, ou de façon concomitante, devant et derrière la caméra car, le plus souvent, il se mettra en scène lui-même.

 

Dès ses débuts vont alterner les interrogations personnelles et intimes et les questionnements d'ordre politique, Moretti s'étant engagé dans ce domaine dès sa prime jeunesse. Son premier long métrage Je suis un autarcique  date de 1976. Il y annonce la couleur et affiche déjà ses positions morales et politiques avec une ironie mordante à l'égard d'un certain gauchisme. Toujours est-il que ce premier ouvrage attire l'attention des critiques et va lui permettre d'en produire un second dans la foulée Ecce Bombo, en 1978, qui raconte les rapports difficiles d'un étudiant avec son entourage.

 

Il y aborde, de façon frontale, l'exacerbation du moi au travers d'un dédoublement acteur/réalisateur et le personnage de Michele, protagoniste que l'on retrouvera par la suite dans plusieurs de ses films comme son double, variation sur un personnage unique, projection cinématographique de Nanni Moretti lui-même, à mi-chemin entre l'introspection autobiographique et l'invention pure et simple. Qu'il soit membre d'une troupe de théâtre, étudiant, cinéaste, professeur de lycée   ( Bianca ),  prêtre ( La messe est finie ), homme politique jouer de water-polo  (Palombella rossa ), c'est encore et toujours le cinéaste qui se questionne tout en questionnant le public.

 

Grâce à sa maison de production fondée en 1986, il va également produire et promouvoir de jeunes talents comme Luchetti et Le porteur de serviette, film dans lequel il s'attribuera le rôle titre. En 1994, il obtient le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour Journal intime,  dans lequel il dévoile son courageux combat contre la maladie de Hodgkin, n'éprouvant plus la nécessité d'avoir recours à un double et intervenant désormais en homme public dans le débat politique et en homme privé dans le cadre de préoccupations plus personnelles.

 

Avec La chambre du fils en 2001 ( Palme d'or au Festival de Cannes ), il donne à son héros le prénom de Giovanni qui est le sien à l'état civil, de manière à prouver, si besoin était, que la cloison entre le cinéaste et l'individu est quasi imperceptible. Enfin avec Le Caïman, il brosse un portrait sans concession de la société italienne au moment de la campagne législative de 2006, faisant de son film une satire féroce contre Silvio Berlusconi. Il prend pour argument celui d'un acteur qui, après avoir refusé dans un premier temps, finit par accepter d'interpréter le personnage de l'homme politique.

 

Souterrainement et malgré la diversité des sujets, l'univers de Moretti conserve sa cohérence : celle d'un homme en proie à des interrogations existentielles qui, au-delà même de sa personne, renvoient à la collectivité et dont le propos, dans sa globalité, débouche sur un constat générationnel. En 2011, avec Habemus Papam, il confirme l'ampleur de son talent et remporte un vif succès critique et public.

 

Pour lire les critiques consacrées à certains de ses films, cliquer sur leurs titres :

 

LA MESSE EST FINIE DE NANNI MORETTI      

 

LA CHAMBRE DU FILS de NANNI MORETTI

 

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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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Stanley Kubrick

 

 

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