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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 11:09

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Mort à 76 ans des suites d'un accident de la circulation, Théo Angelopoulos, né à Athènes en 1935, est l'auteur d'une oeuvre personnelle qui se singularise par la force et l'évidence avec lesquelles elle impose l'essence de sa culture, loin des conditionnements qui trop souvent en réduisent la portée. Exaltés par la photographie de Yorgos Arvanitis et la musique d'Helena Karindou, les films d'Angelopoulos témoignent de l'odyssée contemporaine de la Grèce . Après des études de droit, le jeune homme suit les cours de l'IDHEC et devient un proche de Jean Rouch. De retour dans son pays, il est engagé comme critique de cinéma par le quotidien Allagi, publication suspendue plus tard par la junte militaire. En 1965, Angelopoulos commence à travailler sur un long métrage Forminx Story qu'il ne terminera pas et, en 1968, tourne un court métrage  L'émission, avant de passer à la réalisation de son premier long métrage La reconstitution ( 1970 ), dans lequel il analyse les conséquences d'un crime - l'assassinat d'un émigrant à son retour d'Allemagne par sa femme et l'amant de celle-ci - et les répercussions qui s'en suivent. Remarqué par la critique internationale, le film attire l'attention sur le cinéma grec, qui ne traversait pas alors une période favorable.

 

Angelopoulos se lance ensuite dans un projet plus ambitieux, trois films qui constituent une sorte de trilogie de l'histoire de la Grèce contemporaine. Jours de 36  se situe juste avant l'élection qui conduit le général Metaxas à imposer sa dictature. L'opus évoque la séquestration d'un membre réactionnaire du Parlement, les hésitations du gouvernement et l'assassinat du preneur d'otage qui annonce la répression sévère qui suivra. Le voyage des comédiens  ( 1975 ), présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, reçoit le prix de la Critique et est considéré comme un chef-d'oeuvre du cinéma moderne. Ce film narre l'histoire d'une troupe de comédiens dans la Grèce des années 1939 à 1952 et fonctionne sur le principe de la mémoire collective, naviguant sans entraves dans les strates d'un passé récent et dramatique : la dictature de Metaxas, l'occupation nazie, la Résistance grecque déchirée par ses tendances diverses, la victoire de la monarchie, la guerre civile, la défaite des communistes en 1949 et les élections de 1952. Les membres de la troupe s'expriment d'ailleurs à plusieurs niveaux - tout comme les figures de l'histoire populaire qu'ils interprètent - selon le point de vue historique et l'évolution de la Grèce elle-même. Dans Les Chasseurs, que le cinéaste tourne en 1977, il évoque, une fois encore, l'histoire politique de son pays et ouvre son opus sur la découverte par des chasseurs du corps d'un combattant de la Résistance : poids de l'histoire, examen critique du pouvoir, théâtralisation à la Bretch de l'insignifiance de l'individu par rapport au groupe, rejet de la narration conventionnelle au profit d'un récit volontairement décousu dans lequel la caméra fixe de longs plans séquence, tels sont les thèmes et les moyens qu'utilise le metteur en scène afin de donner la sensation d'un temps alternatif qui se joue de l'homme. Le pouvoir sera encore au centre du propos d'Alexandre le Grand  ( 1980 ), récit d'un bandit de grand chemin qui tente de régner en tyran en imposant sa propre démocratie, au tournant du XXe siècle. Issu du peuple, il finira par être détruit par le peuple et la métaphore renvoie, non seulement à la figure antique d'Alexandre, mais également au héros de la révolution grecque et au chef de la Résistance face à l'occupant nazi. Ce film obtiendra le Lion d'or au Festival de Venise.

 

Après la réalisation en 1982 du documentaire Athènes retour à l'Acropole, Angelopoulos commence une collaboration avec le scénariste et poète Tonino Guerra pour Voyage à Cythère  en 1984. Dans ce dernier film, qui remportera le prix de la Critique internationale au Festival de Cannes, on suit les traces d'un cinéaste qui veut réaliser un film sur son propre père, un ancien communiste qui revient de l'Union soviétique après trente ans d'exil, et qui est devenu un étranger dans son pays natal. A travers la représentation d'une société dans laquelle toute spiritualité semble avoir été bannie, Angelopoulos exprime de façon subtile sa propre désillusion. Une quête d'identité, clairement marquée par l'influence d'Antonioni, remplace l'étude du groupe. Le thème du retour chez soi, marqué par le franchissement d'une frontière, devient une caractéristique des thématiques suivantes du réalisateur. L'Apiculteur  ( 1986 ), ultime voyage d'un vieil homme, magistralement interprété par Marcello Mastroïanni, puis Paysage dans le brouillard  ( 1988 ), voyage de deux enfants égarés à la recherche d'un père imaginaire, poursuivent l'étude d'un monde sans âme qui a perdu ses repères. Dans ce dernier film, Angelopoulos fait référence au Voyage des comédiens  de façon explicite, à travers le personnage d'Oreste qui rencontre les deux héros du film. Le Pas suspendu de la cigogne,  en 1991, est situé aux limites des deux pays imaginaires, au coeur d'un village envahi de réfugiés. Un journaliste pense avoir reconnu un politicien qui avait mystérieusement disparu. Le cinéaste commence là une réflexion amère sur la perte des repères en Europe depuis la chute du mur de Berlin. Puis viendra Le Regard  d'Ulysse en 1994, odyssée contemporaine où Angelopoulos se met en quête des racines du 7e Art balkanique et évoque une nouvelle fois la tragédie des guerres, développant une réflexion sur le parcours d'un homme, sa vie, ses amours, ses désillusions. Le film sera honoré du prix du Jury et de celui de la Critique internationale au Festival de Cannes. Mais la récompense suprême, Théo Angelopoulos l'obtiendra en 1998 pour L'Eternité et un jour, où l'on voit un écrivain vieillissant naviguer entre passé et présent et choisir de quitter l'hôpital où il est soigné pour sauver des enfants albanais et qui lui méritera la Palme d'or. Depuis lors, le réalisateur avait encore produit Eleni - La Terre qui pleure en 2004.

Ainsi, film après film, Angelopoulos avait-il redonné ses lettres de noblesse au cinéma grec.

 

Sources : Jean Gili

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 12:30

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Réalisateur, producteur, scénariste, interprète, cascadeur, rédacteur des inter titres, Howard Hawks est à coup sûr un homme pressé, que tout intéresse. Alors même qu'il est pilote de chasse, puis de course, il s'introduit dans le milieu du 7e Art en acceptant un emploi d'accessoiriste dans les studios de la Famous Players Lasky, avant de revenir à Hollywood en 1922 et de se consacrer à l'écriture de scénarios pour la Paramount.

Henri Langlois notera à son propos que ce qui frappe chez lui, c'est à quel point son cinéma devance son temps.  "Son oeuvre, dans son esprit comme dans sa physionomie, est née de l'Amérique contemporaine et se découvre être celle avec laquelle celle-ci puisse le mieux s'identifier et totalement coïncider avec la modernité, dans notre admiration comme dans notre critique".

 

Un de ses premiers films comme auteur à part entière sera Seuls les anges ont des ailes en 1939. Hawks y relate l'histoire de l'aviation civile avec d'autant plus de réalisme et d'authenticité qu'il fût pilote lui-même. Chaque personnage - précisera-t-il - est inspiré par des faits vécus. Celui de Jean Arthur et ses rapports avec Cary Grant sont authentiques. Dans un souci semblable, et au-travers d'une réalisation étonnamment dépouillée, Sergent York, réalisé en 1941, s'attache à explorer un personnage taciturne et méditatif campé par Gary Cooper. Le cinéaste dirige son acteur de manière à dévoiler la part la plus secrète et la plus intime de ce héros. Suivant cette ligne directrice, qui donne à son oeuvre son unité et sa profondeur, Hawks aborde tous les genres car tous le passionne : le film noir avec Le port de l'angoisse ( 1944 ) adapté d'une oeuvre de Hemingway, ou Le grand sommeil ( 1946 ) qui met en scène le couple mythique d'alors : Bacall/Bogart. Le western ne sera pas oublié et donnera des films d'une qualité exceptionnelle comme La rivière rouge ( 1948 ), La captive aux yeux clairs ( 1952 ), Rio Bravo ( 1959 ) et même Hatari ( 1962 ), sorte de "western africain" tourné au Kenya. Enfin la comédie tiendra dans la production si varié de son réalisateur une place non négligeable et des opus savoureux dont Allez coucher ailleurs ( 1949 ), Chéri, je me sens rajeunir ( 1952 ) ou le célébrissime Les hommes préfèrent les blondes avec Marilyn Monroe (1953 ). Il ira jusqu'à s'aventurer dans le peplum avec La terre des pharaons, adapté de Faulkner et dans la science-fiction avec l'étrange Chose d'un autre monde.

 

Dès 1926, où il réalise un premier classique Coeurs d'or avec une inoubliable Louise Brooks, puis son premier parlant La patrouille de l'aube ( 1930 ) dans lequel il place ses souvenirs comme pilote de la Première guerre, enfin en 1932 avec Scarface  inspiré des crimes du gangster Al Capone, Hawks frappe le public et la critique par la nervosité de sa mise en scène et son étonnante modernité. Il innove avec un style qui ne cessera plus d'être maintes fois imité, comme cette façon de typer un personnage par un détail ou un tic. Malgré la violence déjà inhérente à ses scénarios, il s'attache à rendre l'action plus saisissante par les innombrables détails dont il émaille ses récits, ainsi une mitraillette, une arme nouvelle à laquelle il donne une dimension terrifiante.

Sa forte personnalité ne manquera pas de le mettre, en diverses circonstances, en porte-à-faux avec les producteurs, aussi cherchera-t-il très vite à faire cavalier seul et à se libérer de leur emprise en produisant lui-même, tout simplement. Ainsi devient-il "un auteur de films" en un temps où cette situation est encore rare et impose-t-il sa qualité d'écriture en collaborant fréquemment avec William Faulkner, se démarquant par la même occasion des carcans classiques imposés par les productions de l'époque.

 

Sobre, usant le moins possible des effets de montage ou d'une surcharge de plans, il donne sa préférence aux conflits intérieurs, jouant de l'espace d'où il tire sa force et la noblesse de ses images qui ne manquent ni de grandeur, ni de majesté, et convoque-t-il fréquemment la nature dans sa beauté afin d'ajouter à son narratif la magie poétique. Hawks le déclarait sans vergogne : "Le film moyen parle beaucoup trop. Vous devez bâtir vos scènes, bien les planter, puis laisser le spectateur faire un peu de travail pour qu'il se sente concerné. Tout script qui se lit avec aisance n'est pas bon. (...) Vous devez écrire ce que le personnage pourrait penser : il motive votre histoire. C'est parce qu'un personnage croit à quelque chose qu'une situation se produit, non parce que, sur le papier, vous décidez qu'elle doit se produire."

 

Ses films se suivront et s'enchaîneront selon des mises en scène toujours plus inventives comme dans Train de luxe (1934), opus qui repose déjà sur le rythme et la vivacité des dialogues et dont la seconde partie se déroule entièrement dans un train. Le cinéaste s'impose, par ailleurs, comme directeur d'acteurs, révélant à ses débuts une jeune inconnue Carole Lombard ou dirigeant nombre de grandes vedettes de l'univers hollywoodien, comme le sont Gary Cooper, Joan Cawford ( Après nous le déluge ), Edward G. Robinson ( Ville sasn loi ), James Cagney ( Brumes ) ou encore le couple Katharine Hepburn/Cary Grant dans L'impossible Monsieur Bébé. Ainsi se construit une oeuvre qui figure parmi les plus grandes de l'âge d'or du cinéma américain, impressionnante par sa qualité, son originalité, et plus encore par sa formidable modernité.

 

Pour avoir accès aux critiques des films de Hawks qui figurent dans ce blog, cliquer sur leurs titres :

 

LA RIVIERE ROUGE de HOWARD HAWKS       RIO BRAVO de HOWARD HAWKS

 

L'IMPOSSIBLE MONSIEUR BEBE de HOWARD HAWKS

 

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 11:49

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" La souffrance ne se comprend pas, elle se ressent. elle est affaire de sensation, non d'intellect, de coeur, non d'esprit ".  Abbas Kiarostami

 

C'est au milieu des années 1980, et malgré la défiance du pouvoir islamique, que le cinéma iranien s'est révélé au monde entier grâce au réalisateur Abbas Kiarostami. Avec l'arrivée de Khomeyni en 1979, la Révolution avait fait table rase du 7e Art considéré comme objet de nuisance, aussi les salles avaient-elles été fermées ou détruites et la production mise sous scellés, malgré l'engouement du peuple iranien pour ce moyen d'expression.

 

C'est donc en secret et sous le manteau que, désormais, les cinéastes iraniens allaient travailler, mais on sait combien l'interdit, et la frustration qu'il génère, favorise la créativité. Quand on se souvient que l'Iran d'aujourd'hui fût la Perse de jadis, on saisit mieux l'intérêt de ce peuple pour l'art en général et l'impact de l'image en particulier, capable de ressusciter des pages de l'histoire et de ré-actualiser une culture et une civilisation.


Le cinéma de Kiarostami repose sur l'alliage unique de l'exigence réaliste du monde et de l'enchevêtrement complexe d'un récit initié par les déambulations des personnages. L'important de ce voyage dans le temps n'est pas d'atteindre un quelconque but ou d'affirmer un quelconque postulat, mais de le parcourir et surtout de remonter aux sources sans lesquelles le présent n'a pas de sens. A l'époque du Shah, dans les années 1950, existait un cinéma populaire et commercial sur le modèle du cinéma indien qui plaisait à tout le monde sans apporter aucun message, avant que les jeunes cinéastes, apparus dans le sillage de Kiarostami, ne renouent avec un réalisme social critique. Pour contourner la censure, des réalisateurs comme Dariush Mehrjui avec Le cycle ( 1974 ), Kamal Tabrizi avec Le Lézard ( 2004 ), Mohsen Makhmalbaf avec Le cycliste ( 1989 ) se sont intéressés au monde rural traditionnel, aux minorités exploitées, parfois même à la prostitution, et on devine aisément la ruse, le courage et la détermination qu'il leur a fallus pour mener à bien leurs entreprises. Close-up, sans doute le chef-d'oeuvre d'Abbas Kiarostami, montre à quel point la condition des femmes, les inégalités entre riches et pauvres ont engendré de frustations et de misères que la Révolution islamique n'a aucunement résolues. Ainsi l'exigence artistique alliée à la critique de toute une société sont-elles les composantes du meilleur cinéma iranien et un témoignage engagé contre le totalitarisme des Ayatollahs

 

 

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Dans " Le goût de la cerise "  de Abbas Kiarostami, cette figure majeure du nouveau cinéma iranien, un homme sillonne les routes à la recherche d'une personne qui l'aidera à accomplir son suicide. Mais, à chaque fois l'accomplissement n'aboutit pas, tandis que le cheminement se révèle formateur. Il y a en permanence dans les films de Kiarostami des guides passeurs et des dédales à parcourir, itinéraire en forme d'un labyrinthe initiatique. Par chance, cette oeuvre magnifique obtint la Palme d'or à Cannes en 1997, mettant à l'abri l'auteur d'un toujours possible attentat. Ce qui  n'empêche nullement ses films de subir la censure et d'être parfois interdits de projection dans son pays. Ce cinéma d'exception a heureusement fait école et inspiré une philosophie en action qui replace l'homme face à l'immensité de l'univers et réhabilite la sagesse orientale millénaire. C'est ce rôle de premier de cordée et de visionnaire qu'a su endosser ce cinéaste poète bouleversé par la beauté du monde et cruellement blessé par la perspective de sa propre finitude et des constantes tergiversations de la nature humaine.

 

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 08:54

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Né en 1932 dans une grande famille d'industriels du Nord ( les Beghin du côté maternel ), Louis Malle s'initie dès l'âge de 14 ans à la réalisation cinématographique avec la caméra 8mm offerte par son père et s'inscrit, dès ses études secondaires achevées, à l'IDHEC dont il suivra les cours pendant un moment, avant de rejoindre le commandant Cousteau comme co-réalisateur du Monde du silence, documentaire qui obtiendra la Palme d'or en 1953. Mais s'étant crevé les tympans lors d'une plongée, il renonce à poursuivre cette expérience maritime et travaille dans un premier temps avec Robert Bresson sur le tournage de Un condamné à mort s'est échappé. C'est alors l'essor de la Nouvelle Vague mais Malle, très indépendant de nature, ne se reconnaît pas dans ce mouvement et entend bien rester un créateur libre de toute influence. Ainsi suivra-t-il son chemin de façon parallèle en se référant à ses seules motivations.

 

Il a 25 ans lorsqu'il réalise Ascenseur pour l'échafaud avec Jeanne Moreau et Maurice Ronet qui emprunte les codes du film noir mais que transfigure une bande son composée d'improvisations du jazzman Miles Davis et par  la plastique des images nocturnes. Ce film sera suivi des "Amants" où il pourfend l'hypocrisie qui subsiste autour de l'adultère et ouvre la voie à un  cinéma enfin délivré des tabous d'une société  trop corsetée  par les principes. Suivront, en 1960, Zazi dans le métro, une oeuvre ludique tirée d'un roman de Raymond Queneau et Feu follet qui traite de la dépression et du suicide inspiré de Pierre Drieu La Rochelle. Moins opposés aux conventions narratives que ces précédents opus, Viva Maria et Le voleur sont des comédies d'un amoralisme jubilatoire, tandis que Lacombe Lucien, co-écrit avec Patrik Modiano, suscitera une vive polémique, ce qui était probablement le but du film. Louis Malle y décrit un jeune paysan désoeuvré qui, après avoir tenté sans succès d'intégrer la Résistance, se tourne vers la collaboration. Malgré ses remarquables qualités, le film s'attire les foudres de la critique et des résistants, au point que, très affecté, Malle décide de s'expatrier quelques années aux Etats-Unis. Le premier film, qu'il tourne là-bas, sera un mélodrame en costumes La petite  sur un sujet, tout aussi sensible, la prostitution enfantine, interprété par la jeune Brooke Shields, suivi par Atlantic City ( 1980 ) où il raconte les mésaventures d'un truand à la retraite avec Burt Lancaster dans le rôle titre.

 

Revenu en France en 1987, ce sera à nouveau pour tourner un film sur l'Occupation Au revoir les enfants, comme si ce thème ne cessait de le hanter, film qui marquera sa véritable consécration de réalisateur et obtiendra enfin les éloges unanimes de la critique. Il y conte l'histoire d'un écolier qui se lie d'amitié avec un enfant juif au sein d'un collège catholique, récit quasi autobiographique, puisque son auteur fut le témoin d'un drame similaire durant la dernière guerre. Une autre réalisation Le souffle au coeur, où Malle décrit la relation fusionnelle entre une mère et son fils, sujet scabreux s'il en est, considéré comme son oeuvre la plus personelle, couronnera sa carrière et se verra récompenser par le Lion d'or à Venise, le prix Louis-Delluc et pas moins de 7 Césars. Ses derniers films Milou en mai et Fatale ne marqueront pas les mémoires mais contribueront à parachever une oeuvre inclassable, foisonnante et passionnée qui compte parmi les plus importantes du cinéma français.

 

A l'évidence, ce sont les cas extrêmes qui monopolisent  la créativité de Louis Malle : l'inceste, la dénonciation, la collaboration, la prostitution qu'il traite en prenant de la hauteur, se refusant à tout jugement et  les incluant dans des destins qui font en sorte que  l'individu bascule dans le mal plutôt que dans le bien. Oui, ce sont ces instants de la renverse que le cinéaste s'attache à décrire, moments de dualité obscurs et impénétrables durant lesquels l'être ne cesse d'osciller en vain et que l'auteur décortique lors de narratifs parfaitement maîtrisés où n'entre ni vulgarité, ni facilité. L'exigence est au coeur de ses films, celle d'une mise en scène au service de scénariis complexes et plein d'ambivalences.

 

Pour lire les articles consacrés à Jeanne Moreau et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres:


JEANNE MOREAU          LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:33

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La vocation artistique va se développer très tôt chez le jeune Francis Ford Coppola qui, atteint de la poliomyélite, passera son enfance alité, ce qui favorisera son imagination et l'incitera à bricoler des spectacles de marionnettes et à s'inventer un monde fictif en mesure de faire de lui un créateur à part entière. Fils d'un musicien italien émigré ( auteur de plusieurs des partitions de ses longs métrages ), le jeune Francis s'initie dès son âge le plus tendre à réaliser des films amateurs avec la caméra 8mm de son père, puis part étudier le théâtre à l'Université de Hofstra avant d'intégrer l'école UCLA et, une fois ses études achevées, à accepter toutes sortes de travaux (films d'horreur, érotiques, montage de films soviétiques ) afin de se familiariser avec les techniques cinématographiques et à vivre en osmose avec cet univers. Mais, bientôt, son évidente facilité à rédiger des scénariis lui permet de se consacrer à des tâches plus nobles comme de participer à l'élaboration de  "Paris brûle-t-il ?" de René Clément et  "Reflets dans un oeil d'or"  de John Huston. En 1963, il passe à la réalisation avec "Dementia 13", un film d'horreur produit par Corman, ensuite avec "Big Boy" ( 1966 ), comédie sélectionnée pour le Festival de Cannes, enfin avec "La vallée du bonheur", dernière comédie musicale interprétée par Fred Astaire. Refusant les gros budgets auxquels il peut prétendre, il tourne avec une équipe réduite "Les gens de la pluie"  ( 1969 ), road-movie typique de la contre-culture des années 60, où on voit une bourgeoisie en rupture de ban prendre en auto stop un athlète mentalement retardé. La beauté de la mise en scène et la qualité de l'interprétation confirmeront auprès du public l'émergence d'un talent original avec lequel il faut désormais compter.

 

C'est à ce moment qu'il fonde avec Georges Lucas les studios American Zoetrope  basés à San Francisco. Hélas, l'échec de "THX1138"  de Georges Lucas mineront les espérances de Coppola et le contraindront à accepter d'écrire le scénario du "Parrain"  d'après un best-seller de Mario Puzo, mais il pose ses conditions et entend gérer ce budget colossal en engageant Marlon Brando dans le rôle de Don Corleone et un inconnu Al Pacino dans celui de son fils. Or le coup de poker se révélera être un coup de maître et, "Le Parrain", un triomphe qui assoira définitivement la réputation de son auteur.

 

"Le Parrain 2" ne fera que confirmer le succès du premier opus et les deux oeuvres seront récompensées par l'Oscar du meilleur film et l'Oscar du meilleur réalisateur. Entre temps, Coppola a écrit et mis en scène un film d'espionnage de facture  personnelle "Conversation secrète", qui conte l'histoire d'un homme soupçonné d'être impliqué dans un meurtre, sobre thriller politique sur l'obsession des écoutes téléphoniques en pleine actualité dans les années 70 aux Etats-Unis. Ce film recevra la Palme d'or à Cannes. Ensuite, Coppola va alterner les oeuvres baroques et les études psychologiques, fouillant ses sujets avec la maîtrise qui le caractérise, ainsi "Appocalypse Now" en 1979, vision hallucinée des horreurs de la guerre au Viêt-Nam ou "Dracula" ( 1992 ) qui dépasse de loin en richesses et intrigues les nombreuses versions précédentes. Dans le second registre, ce seront "Outsiders/Rusty James" (1983 ), peinture d'une jeunesse à la dérive qui bénéficie d'une somptueuse imagerie et, à mi-chemin entre ces deux orientations, il faut recenser "Coup de coeur"  ( 1982 ), projet modeste sur les peines de coeur d'un couple banal dont le mérite est d'avoir expérimenté, pour la première fois, les ressources des trucages numériques.

 

En 1990, soit seize ans après "Le Parrain 2", Coppola met en scène "Le Parrain 3", conclusion et final de cette trilogie magnifique, où le personnage central est toujours campé par Al Pacino, remarquable. Plus encore que les deux précédents, le troisième volet de cette saga est  une grande réussite, un opéra tragique quasi shakespearien où la vie de Mikaël et de la famille Corleone se déploie avec une ampleur baroque et impressionnante et où Coppola signe un film d'une force peu commune qui sonne comme " le châtiment d'une justice immanente".

 

Mais, très éprouvé par la mort de son fils, le cinéaste traverse une période difficile où il prend goût à la drogue, devient sujet à des crises mystiques et fait même une tentative de suicide, ne tournant plus alors que des oeuvres moins inspirées comme "L'idéaliste" (1997) ou "Supernova" (2000). Il ne reviendra à une réalisation originale et personnelle que sept ans plus tard avec "L'homme sans âge" (2007), d'après le roman éponyme de Mircéa Eliade. Mais ce film ne sera pas un succès. Cependant, malgré ses passages à vide ou ses changements d'humeur, Francis Ford Coppola n'en demeure pas moins l'auteur de quelques films parmi les plus  innovants de notre époque et peut être considéré aujourd'hui, en cette seconde décade du XXIe siècle, avec son retour à la sagesse et sa barbe, comme le patriarche du 7e Art. D'autant que sa fille assure la relève...

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 09:58

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Fondateur de la World Cinema Foundation, Martin Scorsese, né aux Etats-Unis le 17 novembre 1942, est considéré comme l'un des plus talentueux cinéastes de sa génération, en même temps comme l'un des plus controversés. Ses préoccupations marquées par son éducation religieuse se retrouvent dans la notion de culpabilité et de rachat qui font partie de son questionnement et ne peuvent laisser personne indifférent. Soucieux de célébrer l'homme dans sa noblesse et son obscurité, ce fils d'émigrés italiens ne cesse de puiser, dans son enfance, une inspiration partagée entre le pire et le meilleur, la violence et le lyrisme.

 

Etudiant, puis enseignant à la Colombia University de New-York, Scorsese attire l'attention dès ses premiers courts métrages et ses documentaires autobiographiques. Son premier film, en 1970, "Bertha Boxcar" avec Barbara Hershey et David Carradine impose son style et suscite les encouragements de John Cassavetes. En 1973, "Mean Streets", son oeuvre suivante, est acclamée par la critique et lui permet de faire une rencontre décisive avec l'acteur Robert de Niro qui deviendra son alter ego. Cette chronique violente de deux petits malfrats sans envergure résume la vision en clair-obscur et le ressenti d'un réalisateur qu'interpelle en tout premier lieu notre condition humaine. Mais c'est avec "Taxi Driver" qu'il connaît la consécration, recevant la Palme d'or à Cannes en 1976.

 

L'impact de ses films, le cinéaste le doit principalement à l'image, à cette façon très particulière qu'il a de créer une mythologie urbaine qui déforme les corps et les esprits, meurtri les coeurs et qu'il sature de couleurs volontairement agressives. Au centre de ce chaos, un être progressera lentement vers la lumière ou s'abîmera définitivement dans les ténèbres. Ce sera le cas de "New-York, New-York", de "Raging Bull", des "Affranchis", de "A tombeau ouvert". Le monde du crime, la mafia, les mégapoles déshumanisées forgent un enfer dans cette approche mystique qui caractérise l'univers du cinéaste. Parfois, au coeur de ce déferlement brutal, des rituels raffinés d'une société privilégiée illustrent comme dans "Le temps de l'innocence" un enfer tout aussi dangereux car trompeur.

 

Robert de Niro prêtera ses traits à plusieurs de ces héros. Selon les voeux du metteur en scène, cet immense acteur saura modeler son corps, tantôt musclé et aminci, tantôt bouffi et vieilli, afin de signifier l'évolution de l'être en proie à une possession diabolique ou aux prises avec une possible rédemption. Lorsque Scorsese aborde le Messie dans "La dernière tentation du Christ", c'est à travers les corps des uns et des autres chargés de symboliser les déchirements des âmes. Par des moyens physiques, une imagerie obsédante, l'oeuvre de Scorsese ne se contente pas de peindre l'homme de son temps et ses malaises sociétaux, il l'inscrit dans une perspective où l'idée de la grâce n'est pas absente et lui accorde des prolongements culturels et historiques, un sens et un rayonnement universel. Ainsi nous invite-t-il en permanence à la réflexion.

Avec son dernier film, "Silence", qui sort sur nos écrans, Scorsese amorce, davantage encore, un retour vers le spirituel après plusieurs films plus grand public où, dans le Japon médiéval, le croyant délivre une profonde réflexion sur la foi dans un désert d'ignorance et de brutalité. Un film à ne pas manquer.


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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 09:12

 Corbis Sygma 


Luis Bunuel  est né le 22 février 1900, avec le siècle, à Calanda, petite ville de l'Aragon réputée pour son obscurantisme religieux. Aîné d'une famille aisée de sept enfants, il dut subir les durs principes d'une éducation rigoureuse, chez lui et chez les Jésuites auprès desquels il fit ses études secondaires, éducation qui, à l'évidence, ne convenait pas à sa nature rebelle. A dix-sept ans, il commence des études supérieures et obtient un diplôme de philosophie. Il fait alors deux rencontres qui le marquent profondément ( et on le comprend) : celles de Dali le peintre et de Garcia Lorca le poète, qui exerceront une forte influence sur ses premières oeuvres cinématographiques. Grâce à l'aide financière de sa mère, il peut, à 28 ans, tourner son premier film, secondé par Dali : Un chien andalou. Ces débuts prometteurs vont de suite lui mériter l'estime des intellectuels et le succès auprès du public.

En 1930, la projection de  L'âge d'or  provoque un scandale tel, que le film est retiré du circuit et frappé d'un interdit qui ne sera levé qu'en 1981. Peu après éclate la guerre civile d'Espagne, au cours de laquelle  Bunuel ne s'engagera que moralement, en participant à un documentaire pro-républicain  Madrid 36,  puis il part pour les Etats-Unis où il va s'employer à démontrer aux Américains le danger des films de propagande nazi. Mais son anticléricalisme et son marxisme lui valent des ennuis et des pressions qui vont le contraindre à s'exiler au Mexique. Là, il  reprend sa carrière de cinéaste et réalise  Los Olvidados  en 1950,  Archibald de la Cruz en 1955,  La mort en ce jardin  en 1956 et  Nazarin  en1958, longs métrages qui font référence à Sade, la religion et la bourgeoisie qu'il pourfend de son ironie implacable.

 

    Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr  Tamasa Distribution

 

De retour en Europe, il se consacre à un long métrage qui compte parmi ses chefs-d'oeuvre :  Viridiana.  Avec ce film, il obtient en 1961 la palme d'or du Festival de Cannes, mais n'échappe pas aux remous politiques, diplomatiques et religieux qu'il suscite. Franco qui, dans un premier temps, avait autorisé son tournage et accepté son exploitation, finit par l'interdire dans la très catholique Espagne. Suivront d'autres réalisations, toujours provocantes et attendues :  L'ange exterminateur en 1962,  Le journal d'une femme de chambre  en 1964, Simon du désert en 1964,   Belle de jour  en 1966,  Tristana  en 1969. Avec  Le charme discret de la bourgeoisie,   il obtient l'Oscar du meilleur film étranger et met un terme à sa prodigieuse carrière en 1977 avec  Cet obscur objet du désir.  Il meurt à Mexico le 29 juillet 1983. Le meilleur du cinéma de Bunuel se situe à l'intersection du monde du besoin, symbolisé par la nourriture et le sexe qui sont le lot quotidien de l'existence, opposé à la mise en scène réglée par les conventions bourgeoises et la religion. Le cinéaste s'est plu à montrer  combien la civilisation et les bonnes moeurs ne sont jamais qu'un vernis fragile et que l'homme se rapproche de l'animal à maints égards. Un animal de raison souvent déraisonnable. "Au fond - disait-il - j'ai toujours choisi l'homme contre les hommes".

 

Unión Industrial Cinematográfica (UNINCI)  Tamasa Distribution

 

Viridiana  est, parmi les nombreux  films de Luis Bunuel, sans doute l'un des plus forts et des plus aboutis. Il est certain que l'on ne sort pas de cette projection indemne. Ce film coup de poing nous interpelle au plus profond de nos doutes et de nos convictions. Iconoclaste, on comprend qu'il ait soulevé la controverse. Bunuel s'y livre, une fois de plus, à l'un de ses règlements de compte envers les siens et les Jésuites qui le formèrent, selon une règle dont il considère qu'elle l'a opprimé au point de gâcher son enfance et son adolescence. Il y aborde également les thèmes qui lui sont chers : l'inceste, l'hypocrisie de l'église, la bêtise et la suffisance de la bourgeoisie, la bestialité du peuple. Tout y passe avec une insolence, une audace à couper le souffle. On prend conscience de l'impact que l'art cinématographique peut avoir lorsqu'il est exercé par un homme de génie. Cela dépasse de beaucoup les résonances de l'écrit. La Cèneoù le Christ et ses apôtres sont remplacés par des mendiants est l'un des sommets de la provocation. De même que les passages où l'auteur se plait à détruire les objets de l'iconographie religieuse.

Dans ce film, comme dans la plupart des précédents et des suivants, il n'hésite pas à décrire avec délectation la puissance étouffante du milieu social, monde originaire qui figure la permanence de l'asservissement auquel aucun d'entre nous n'échappera, milieux si semblables à des systèmes cosmiques indépendants, qu'ils ne peuvent être perméables les uns aux autres et que, s'ils évoluent, ce ne peut être qu'à l'état d'ébauches déjà condamnées. Chez lui, comme chez le marquis de Sade, le bien conduit au mal, son envers, si bien que les tentatives de charité et de bonté sont vaines et n'aboutissent qu'à produire des monstres ou des zombies.

 

Silvia Pinal. Tamasa Distribution

 

Jugeons-en par l'expérience de Viridiana et résumons son histoire pour la mieux comprendre : Viridiana, juste avant sa prise de voile et ses voeux définitifs, rend visite à son protecteur et vieil oncle, Don Jaime, sur les conseils et les encouragements de la Mère supérieure du couvent. Celui-ci vit seul depuis la mort de son épouse survenue la nuit de leurs noces. Or il s'avère que Viridiana ressemble étrangement à cette femme. Troublé par la beauté de sa nièce, Don Jaime n'a plus qu'une idée : la garder auprès de lui. Avec la complicité de sa servante Ramona, il lui fait absorber un somnifère et tente d'abuser d'elle pendant son sommeil. Le lendemain, épouvantée à l'idée qu'il l'a possédée, comme il le lui laisse croire, elle s'enfuit. Mais sur le chemin du retour, apprend qu'il s'est donné la mort. Elle revient alors au domaine - dont elle est l'héritière avec l'un de ses cousins - et décide de renoncer à la vie monastique pour se consacrer aux pauvres. Un soir de fête, les malheureux, qu'elle a recueillis, se livrent à une sorte de bacchanale, se saoulent, pillent la demeure et essaient même de violer leur bienfaitrice. En cherchant à améliorer la condition d'existence de ces pauvres gens, Viridiana n'est parvenue qu'à exacerber davantage leurs pulsions animales. Pulsions de mort et d'anéantissement qui habitent l'homme depuis la nuit des temps. Rien ne vaut rien. Le pessimisme de Bunuel ne lui permet pas d'envisager une quelconque rédemption, même pas une espérance. Puisque, selon lui, l'univers est livré inexorablement au néant. Les scènes carnavalesques et les simulacres n'ont pour but que d'aggraver ce qu'il y a de dérisoire dans tout effort qui tendrait à envisager un possible salut.

 

Dans cette perspective, la perversion se révèle être un dérivatif. L'homme y devient un prédateur et l'assouvissement des riches n'a d'égal que l'inassouvissement des pauvres. Bunuel, s'il admet la valeur symbolique de la religion et des arts, lui reproche de ne proposer aux hommes qu'un idéalisme fallacieux, une vision magnifiée et forcément trompeuse d'eux-mêmes ; le destin humain lui apparaissant comme voué à jamais à sa perte. D'où son ironie grinçante qui n'est pas le désespoir, mais un détachement volontaire et passablement hautain des choses. Le cinéaste entend nous confronter avec  le réel, sans céder à la complaisance. Il est certain qu'un tel film, sorte de  " contre-bible " laisse longtemps dans l'esprit son amer désenchantement.

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 10:33

Pyramide Distribution


Iconoclaste et inclassable, Alain Cavalier est le cinéaste qui, par excellence, et cela dès ses débuts, a opté pour un parcours atypique de façon à faire cavalier seul. Né en 1931 à Vendôme, il commence des études d'histoire avant d'entrer à l'IDHEC, puis de devenir l'assistant de Louis Malle. Le voilà à bonne école, au coeur de cette Nouvelle Vague dont il entend bien se distinguer en tournant bientôt, pour son propre compte, des événements politiques comme la guerre d'Algérie dans Le combat dans l'île en 1961 et  L'insoumis  en 1964, insoumis qu'il est lui-même et justification du refus d'obéissance aux ordres. Mais malgré la présence d'acteurs de renom comme Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider ou Alain Delon, ces premiers essais seront des échecs. Alain Cavalier connaîtra ses premiers succès avec des films plus commerciaux dont un polar Mise à sac en 1967 et surtout avec La Chamade en 1968, qu'il adapte du roman éponyme de Françoise Sagan, alors au sommet de sa gloire.

 

  Rezo Films  Pyramide Distribution  Hugo Films

 

 Toutefois, ces films commerciaux, s'ils lui permettent de vivre et de se faire connaître du grand public, ne satisfont aucunement sa nature exigeante. Ce n'est pas ce cinéma-là qu'il entend promouvoir. Aussi va-t-il à nouveau renoncer aux codes du cinéma en vogue pour réaliser des longs métrages dans lesquels il impose sa conception personnelle du 7e Art et sa sympathie pour les marginaux, en veillant à ce que le sujet soit abordé sans concession et s'inspire de l'expérience de chacun. Se refusant à l'action dramatique traditionnelle, le cinéaste décide de ne plus tourner que des oeuvres fondées sur une base d'authenticité qui mettent en scène des dilemmes intérieurs comme Ce répondeur ne prend pas de message en 1979 et Un étrange voyage en 1980, où il relate un épisode singulier de la vie de sa fille et obtient, dans la foulée,  le prix Louis-Delluc 1981.

 

Jean Rochefort. Hugo Films 

 

 

Mais une étape capitale sera franchie avec Thérèse en 1986. Dans ce film, Cavalier s'inspire au plus près de la vie d'une jeune carmélite, qu'il traite avec un dépouillement extrême et une grande intensité qui lui vaudra l'admiration générale et où il questionne la sainteté avec une émotion palpable. Le film, ovationné au festival de Cannes 1986, recevra le prix du Jury avant de remporter le César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario. Dès lors Alain Cavalier est entré dans la cour des grands.

 

Catherine Mouchet. TF1 International

 

Dorénavant il oriente son inspiration vers une épure encore plus exigeante au service d'une nouvelle ascèse et aborde une série de 24 portraits de femmes exerçant des métiers en voie de disparition, tel que matelassière. A l'écart des groupes et des écoles, son enjeu principal est le respect du réel, le rendu sans concession de la vie, qu'il tourne en solitaire grâce à une caméra DV dont la légèreté lui ouvre des perspectives très larges, saisissant l'histoire sous l'angle du documentaire qu'il construit et déconstruit à son gré. Si bien que des films comme La rencontre  ( 1966 ),  Vies  ( 2000 ),  Le filmeur  ( 2005 )  sont-ils de véritables journaux intimes, où il met en récit sa propre vie et celle de ses proches. C'est le cas de son dernier opus  Pater qui sort actuellement sur les écrans après avoir été ovationné à Cannes, comme jadis Thérèse, et que les critiques considèrent déjà comme une oeuvre hors norme, offrant au spectateur une diversité inouïe de scènes qui, toutes, font acte de vérité, souci majeur de ce réalisateur qui entend que le 7e Art reste une aventure permanente.

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 09:45

UFD  Metropolitan FilmExport   


 

 

Etudiant en philosophie, puis scénariste, Terrence Malick, né le 30 novembre 1943, occupe une place à part dans l'univers du 7e Art, de par la rareté de ses films d'abord,  de par leur puissance ensuite. Dès son premier opus La balade sauvage (1974), l'histoire d'un fait divers criminel, il déploie une réflexion très personnelle, poétique et panthéiste à la fois, sur la beauté du monde. A travers les deux films suivants Les moissons du ciel ( 1978 ) et La ligne rouge ( 1998 ), il donne plus d'ampleur encore à sa réflexion, jouant du contraste entre la brutalité des hommes et la splendeur de la nature. Luministe à la Warhol, il sait magnifiquement utiliser les ressources de la peinture américaine et une iconographie à la beauté dépouillée et grandiose à laquelle s'ajoute des choix musicaux insolites ( Satie ) et une méditation mystique qui élimine systématiquement les scènes d'action attendues ou les dialogues explicatifs pour développer, à la façon d'une symphonie, une épopée inversée mais captivante grâce aux sortilèges de l'image. C'est au spectateur à entrer progressivement dans cette oeuvre rare, dans cette réflexion savamment orchestrée, comme on le fait en littérature lorsque l'on aborde un Marcel Proust ou un Céline et, qu'à la place de l'image, la phrase vous emporte dans ses incessants méandres et vous invite à partager doutes et interrogations.

 


Brad Pitt & Jessica Chastain. EuropaCorp Distribution    Collection Christophe L.

 

Le cinéma de Malick est cela avant tout : celui de l'interrogation, où la question compte davantage que la réponse, réponse que chacun est prié d'aller chercher en soi-même. Le réalisateur se pose ainsi en  célébrant d'un opéra mystique où l'homme est inséparable de l'univers et plein acteur de sa condition humaine, puisqu'il est tout ensemble témoin et auteur. Certes, comprendre Terrence Malick n'est pas simple. De même qu'il donne peu de directives à ses acteurs, ce n'est pas quelqu'un qui vous propose une approche pédagogique de son travail. Sa vision, il l'impose telle quelle, libre à chacun de le suivre ou pas. Et puisque l'univers et la vie sont mystère, l'oeuvre de l'artiste l'est également et il faut faire avec, accepter que l'inspiration joue sa partition sans avoir à souffrir d'entraves et de réductions. Parce que chacun de nous demeure au coeur du mystère, l'artiste, forcément en osmose avec lui, le célèbre, non de façon angélique ou moralisatrice, mais comme une relation fragile et de caractère émotionnel. D'où la beauté de ses aubes et de ses crépuscules magnifiés comme jamais à l'écran. C'est le retournement des forces, celle de l'homme acceptant de se plier aux servitudes de sa condition dans une solennité qui peut apparaître, à certains, grandiloquente.

 

Absent depuis six ans, le cinéaste nous offre aujourd'hui, loin du traditionnel discours sur le bien et le mal, un film controversé The tree of life dont les jurés de Cannes, faisant fi des sifflets et des ovations, ont su apprécier la valeur  : celle d'une oeuvre audacieuse, rare, signifiante et inspirée,  réflexion en forme de poème sur la difficulté... d'être. Malgré une insistance esthétique peut-être trop envahissante, le film se place au-dessus de ce qu'il est habituel de voir, pour toutes les qualités soulignées plus haut et une thématique mise au service d'une expérience totale.

 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 10:00
1915 - 1985

1915 - 1985

 

Génie adulé dès l'âge de 26 ans, Orson Welles, acteur et réalisateur, a marqué le 7e Art d'une empreinte indélébile par ses innovations et le souffle dont il a su animer chacune de ses oeuvres. Cependant sa vie très remplie garde curieusement un goût d'inaccompli, car ses films, qui ont révolutionné le cinéma pour longtemps, furent le plus souvent  montés et coupés contre son avis, inachevés et présentés dans une version partielle et que nombre de ses projets ne purent aboutir, ce fut le cas pour  De l'autre côté du vent et  Le roi Lear.

 

Orphelin de père et de mère à l'âge de 13 ans, Orson Welles parcourt l'Europe en compagnie de son tuteur, se forgeant une immense culture et découvrant en Angleterre Shakespeare, qui restera à tout jamais son maître à penser et son inspirateur. Trichant sur son âge, il se fait engager au théâtre à l'âge de 16 ans et, peu de temps, après  fonde et dirige la troupe du Mercury Theatre qui compte des acteurs plus âgés que lui. Mais qu'importe ! l'individualité et l'audace de ses mises en scène, presque toutes au service de l'oeuvre shakespearienne, vont braquer sur lui les projecteurs et lui permettre de gagner Hollywood et de tourner, en 1941, Citizen Kane pour lequel il a financièrement carte blanche. Ce scénario original d'Herman Mankiewicz présente une structure en flash backs tout à fait exceptionnelle pour l'époque, le réalisateur revisitant le langage cinématographique par l'utilisation de la profondeur du champ, de la contre-plongée et du plan-séquence qui désoriente le public et contribue à son échec financier, si bien qu'il est dessaisi du montage de La splendeur des Amberson et que deux autres projets sont abandonnés. Il est certain qu'un génie tel que lui irrite et énerve, tant et si bien qu'il ne gardera  le contrôle, du début à la fin, que d'un seul de ses films Othello en 1952.
" Je ne me suis jamais plaint d'Hollywood - dira-t-il, mais je ne suis guère l'un des grands bénéficiaires du système". 

Malgré les difficultés, qu'il ne cessera de rencontrer, les montages qu'on lui retire, les projets non aboutis, ses films sont d'une invention si fulgurante et d'une si grande richesse dans leur peinture de la nature humaine, que la patte de Welles se reconnait d'emblée et que François Truffaut écrira à ce propos :

" Si le cinéma muet nous a apporté de grands tempéraments visuels : Murnau, Eisentein, Dreyer, le cinéma parlant n'en a amené qu'un seul, un seul cinéaste dont le style soit immédiatement reconnaissable sur trois minutes de film, et son nom est Orson Welles ".

 


  

 

 

Mais accepté comme acteur, Welles veut l'être d'abord et avant tout comme cinéaste. Et puisque Hollywood lui refuse des crédits, il traverse l'Atlantique pour rejoindre l'Europe. Chacun de ses films va être alors un coup de maître. Laissant derrière lui des oeuvres comme Le criminel, La splendeur des Amberson et La dame de Shanghaï, il se lance dans de nouveaux chefs-d'oeuvre comme Othello, qui ne lui demandera pas moins de quatre années de travail, Dossier secret et Falstaff. Mais nombreux sont ceux qu'il tourne sur plusieurs mois sans jamais y mettre un point final. Son retour à Hollywood, le temps d'y produire un thriller magistral La soif du mal en 1958, restera sans lendemain. C'est grâce à la télévision française qu'il va réaliser son ultime chef-d'oeuvre Une histoire immortelle, où il aborde, pour la première fois, la couleur. Grâce à sa notoriété, il entraîne avec lui des collaborateurs qui acceptent de travailler à bas salaire, ce sera le cas de Jeanne Moreau, de Marlene Dietrich, de Lili Palmer et de bien d'autres, qui ne résisteront pas à l'appel d'un homme d'un tel talent et d'une telle inventivité. Auteur d'un oeuvre brillante qui fait la part belle à l'image, à la parole et au son, les films de Welles ont ceci de particulier qu'ils affirment la souveraineté et la plénitude de leur créateur, joyeux magicien qui a basé la plupart de ses opus sur la recherche de l'identité et la machination, selon le modèle initié par Citizen Kane. Par ailleurs, si le mensonge favorise les plus monstrueuses machinations (La dame de Shanghaï, La soif du mal, Macbeth), il peut également déboucher sur la tragédie comme dans Othello, où Welles s'est si profondément impliqué en tant qu'acteur et metteur en scène, car Othello, n'était-ce pas lui dans sa puissance, sa passion et sa démesure ?

 

 

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Robert Arden & Orson Welles. Ciné Classic   Orson Welles. Ciné Classic

 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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