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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 09:54

           Carlotta Films


A sa naissance à Rome le 3 janvier 1929, Sergio Leone tombe dans le chaudron du 7e Art avec un père pionnier du cinéma italien, condamné au chômage à cause de son opposition au fascisme, et une mère, Bice Valerian, actrice. Après des études en dents de scie, Sergio commence sa carrière cinématographique comme assistant et fait également un peu de figuration pour gagner sa vie et apprendre le métier de part et d'autre de la caméra. Celle-ci débutera réellement en 1959, lorsqu'il réalise, à la place de Mario Bonnard tombé malade, Les derniers jours de Pompéi, un film à péplum, suivi  deux ans plus tard, en 1961, d'un autre opus historico-mythologique Le colosse de Rhodes. Ces expériences lui permettent de se familiariser avec la démesure et d'élargir au maximum le champ de l'action. C'est le déclin du western américain qui va l'inciter à revisiter le genre et à lui donner de nouveaux codes. En 1964, il transforme en western violent le sujet traité par le cinéaste japonais Kurosawa dans Yojimbo, dont le titre est Pour une poignée de dollars. Ce film obtiendra un succès international et lui permettra d'imposer son nom ainsi que celui de ses collaborateurs, particulièrement le musicien Ennio Morricone et l'acteur Clint Eastwood et marquera le renouveau d'un genre tombé en désuétude, imité, par la suite - ce qui ne manque pas de piquant - par les Américains eux-mêmes. L'année suivante, le metteur en scène donne une suite à ce film avec Et pour quelques dollars de plus avec à nouveau Clint Eastwood et Gian Maria Volontè, pour lequel il s'est longuement documenté sur l'Ouest et la guerre de Sécession, affirmant son style et sa richesse thématique. Mais ce sera  Le Bon, la Brute et le Truand en 1966, où il dépeint l'apothéose de la violence irrationnelle et démystifie l'histoire traditionnelle de l'Ouest, qui fera de lui un réalisateur hors pair, un maître dans l'art de manier la caméra et d'en renouveler les thèmes. Je crois que les superlatifs manquent pour décrire ce chef-d'oeuvre obsédant, à la dimension narrative peu commune, où les présences des trois acteurs principaux que sont Elie Wallach, Lee Van Cleef et Clint Eastwood ne cessent de hanter nos mémoires.

 



 

En 1968, Sergio Leone va tourner une oeuvre encore plus ambitieuse Il était une fois dans l'Ouest, élégie spectaculaire sur la disparition d'un Ouest cher à John Ford, dont il ne craint pas de transformer l'un des acteurs favoris - Henry Fonda - en tueur sadique. Le film est tourné dans le même lieu mythique de Monument Valley avec une pléiade d'acteurs célèbres dont Charles Bronson et Claudia Cardinale et dans des tons crépusculaires. Ces tons s'enténèbreront davantage encore avec  Il était une fois...la Révolution en 1971, où sur toile de fond de la révolution mexicaine de 1913, le metteur en scène oppose deux types d'aventuriers interprétés par Rod Steiger et James Coburn, faisant clairement référence aux derniers jours du fascisme mussolinien.

 


     Carlotta Films


 

Il produira ensuite deux westerns parodiques Mon nom est personne en 1973 et Un génie, deux associés, une cloche en 1975 qui sonnent comme la nécrologie de toute son oeuvre. Par la suite, il devient producteur, entre autres des premiers films de Carlo Verdone, et réalisera en 1984 un ultime opus Il était une fois en Amérique  avec Robert de Niro dans le rôle titre qui est une épopée sanglante et nostalgique sur le gangstérisme des années 1930.  Il mourra à Rome le 30 avril 1989 à l'âge de 60 ans, laissant derrière lui une oeuvre d'une puissance rare, dont les innovations, la splendeur visuelle, les fulgurances, la parodie toujours présente en ont fait un réalisateur inclassable, dont chaque film est à lui seul un concentré de toutes les possibilités narratives et esthétiques du 7e Art.

 

Pour prendre connaissance des critiques de certains des films de Sergio Leone, cliquer sur leurs titres :

 

 IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE de SERGIO LEONE       

 

 IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST de SERGIO LEONE

 

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James Coburn. Carlotta Films   

 


 

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 10:54

Mario Monicelli (à gauche).     1915 - 2010


 

A la tête d'une filmographie éclectique, Mario Monicelli représente le must de la comédie italienne, ayant été le précurseur de cinéastes comme Francesco Rosi, Dino Risi et Ettore Scola. On lui doit aussi d'avoir lancé des acteurs aussi prestigieux que Marcello Mastroïanni ou Renato Salvatori et contribué à asseoir les carrières d'un Toto et d'un Vittorio Gassman. Après des études d'histoire et de philosophie aux universités de Pise et de Milan, Monicelli s'intéresse très tôt au cinéma qui lui ouvre des perspectives inespérées pour exprimer et illustrer son talent de conteur pétri d'ironie à l'égard d'une société dont il ne cessera de dénoncer avec vigueur les faiblesses et les ridicules. Son premier film annonce déjà la couleur : Au diable la célébrité ( 1949 ), une comédie à sketches qu'il co-écrit avec Steno, scénariste qui participera également à l'élaboration de trois autres films autour de la personnalité du comédien Toto : Toto cherche un appartement ( 1949 ), Gendarmes et voleurs ( 1951 ) et Toto e le donne ( 1952 ). En 1953, Monicelli dirige seul son premier film Toto e Carolina, une satire sur la bonne conscience bourgeoise qui s'attire les foudres de la censure. C'est en 1958 qu'il tourne son film le plus célèbre, Le pigeon, succès mondial et génial où s'illustrent Toto et Victorio Gassman dans des rôles de héros à rebours sur fond de farce désopilante et pivot de la comédie à l'italienne. Le cinéaste poursuivra avec La grande guerre ( 1959 ), mélange d'humour et de gravité, en composant une fresque qui a pour objectif de démystifier la guerre de 14/18, celle-ci vue avec un réalisme cruel qui annonce Les hommes contre de Francesco Rosi.

 


     


Après une comédie sentimentale avec Anna Magnani et Toto, Larmes de joie ( 1960 ) et l'épisode Renzo e Luciana de Boccace 70 ( 1962 ), il dirige une fresque sociale et ambitieuse Les Camarades ( 1963 ) sur les grèves de Turin et leur terrible répression à la fin du XIXe siècle. Poursuivant une carrière couronnée de succès, il va diriger des films d'une inspiration très diversifiée mais toujours originale et personnelle : une farce politique sur un complot fasciste Nous voulons les colonels ( 1973 ), une satire de moeurs Romances et confidences ( 1974 ), une comédie loufoque devenue un film culte Mes chers amis ( 1975 ), un drame bourgeois Caro Michele ( 1976 ), une tragédie caustique Un bourgeois tout petit petit ( 1977 ) d'après un roman de Vincenzo Cerami, une farce folklorique tournée dans le Nord de la France et en Belgique Rosy la bourrasque ( 1980 ), un pastiche Chambre d'hôtel ( 1981 ), enfin une étude douce-amère sur les névroses d'un écrivain Le mal obscur ( 1990 ). Son oeuvre bariolée, réalisée avec une caméra trempée dans le vitriol et où dominent l' ironie et la dérision, possède, malgré la pluralité des sujets, une cohérence esthétique et idéologique. On aura compris que le cinéaste en veut à ce qu'on appelle aujourd'hui  l'Establishment. Maître de la comédie italienne, ayant dirigé les plus grands comédiens de son époque, il s'est éteint à plus de 90 ans, laissant derrière lui une filmographie étonnement jeune d'esprit et prolifique.

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 10:19
JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS

 Merchant Ivory Productions   

 

James Ivory est né à Berkeley en Californie le 7 juin 1928 et se destinait, dans un premier temps, au métier de décorateur pour le cinéma, étudiant, dans cette perspective, les Beaux-Arts à l'université de l'Oregon. Il s'orientera finalement vers la section cinéma de l'université de Californie du Sud. Pendant ses études, il réalisera son premier court-métrage, "Four in the morning" (1953).

 

"J'ai toujours été intéressé par la grandeur et la décadence des civilisations" - dit-il et explique, par ces quelques mots, un large pan de son oeuvre. Après un bref séjour en France où il ambitionnait d'étudier la langue, il se rend à Venise et tourne un petit film documentaire sur les peintres vénitiens. Très original pour l'époque, "Venise : thème et variation"  (1957)  marque déjà le goût du cinéaste pour l'étranger. La curiosité chevillée au corps, il part en Inde et tombe instantanément sous son charme. Il s'imprègne de la culture, des modes de vie, de la langueur et des paysages indiens et, à trente-cinq ans, produit son premier long métrage de fiction, "The householder" (1963), adapté d'un roman indien et interprété par des acteurs locaux. A la même époque, il rencontre le cinéaste Satyajit Ray qui l'aide à perfectionner le montage de son film. C'est en Inde que James Ivory tourne "Shakespeare Wallah" (1965) - considéré par ses admirateurs comme son oeuvre la meilleure - et se fait connaître pour la première fois du public à travers l'histoire d'une troupe de comédiens shakespeariens déambulant de ville en ville, mais n'en sera pas moins boudé par un grand nombre de spectateurs qui relèguent la culture britannique aux archives des archaïsmes bourgeois. On y trouve en filigrane le thème récurrent du réalisateur, celui du temps qui passe et ronge inéluctablement les êtres au point d'avoir raison de leurs idéaux. En 1968, "The guru" est une évocation mélancolique des périples d'une jeune Anglaise venue se ressourcer en Inde. James Ivory, l'américain, poursuit sa collaboration avec son producteur et ami Ismail Merchant et explore les contradictions et les mutations de la société indo-britannique. "Adventures of a brown man in search of civilization" (1972) et "Chaleur et poussière" (1983) seront reconnus comme des modèles où se marient esthétisme et pertinence du raisonnement philosophique.

 


Loin de se détourner de l'Inde, le réalisateur se prend de passion pour l'oeuvre littéraire du romancier Henry James. De retour aux Etats-Unis en 1979, il adapte "The europeans", unanimement salué par la critique et sortira définitivement de la confidentialité avec les études de caractères de ses films suivants. "Chambre avec vue " (1985) et "Maurice" (1987), tirés de deux romans d'Edward Morgan Forster imposent définitivement son nom et son style auprès de cinéphiles émerveillés par le raffinement de ce Californien so british. Se satisfaisant jusque-là d'acteurs relativement peu connus, James Ivory fait appel à Emma Thompson et à Anthony Hopkins pour "Retour à Howards End" (1992) et "Les vestiges du jour" (1993), deux chroniques teintées de nostalgie qui synthétisent l'ensemble de ses oeuvres antérieures et en expriment l'originalité. Si son académisme et son imagerie trop léchée au goût de certains lui sont reprochés, James Ivory est aujourd'hui considéré, à juste titre, comme l'un des réalisateurs les plus importants de sa génération. La raison en est qu'il a su marquer la pellicule d'une empreinte délicate et traiter des maux qui marquent de façon indélébile nos sociétés occidentales : la lutte des classes, l'intolérance et l'hypocrisie. Dans Chambre avec vue, véritable ode à la nature, le metteur en scène immerge ses personnages dans une ambiance charnelle, dans "Maurice", il les montre démunis de la moindre force vitale et se laissant malmener par le destin, alors que dans "Retour à Howards End"  il théâtralise les sentiments et nous entraîne dans les méandres du coeur, pointant du doigt la cruauté des rapports qui s'instaurent au sein des familles. L'ensemble de son oeuvre est d'une qualité exceptionnelle qui n'est pas sans rappeler, par son raffinement, son souci de réanimer le passé, la palette d'un Visconti dont il semble s'inscrire dans la continuité.

 

Lion d'argent à la Mostra de Venise en 1987 pour "Maurice".

Pour lire les articles consacrés à Emma Thompson et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :

 
EMMA THOMPSON           LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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Daniel Day-Lewis. Collection Christophe L.  Natasha Richardson. Sony Pictures Classics

            Merchant Ivory Productions   Anthony Hopkins et Emma Thompson. Merchant Ivory Productions

 

JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS
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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 09:29

Woody Allen. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr  Woody Allen. Collection Christophe L.


Venu du cabaret et de la télévision, Woody Allen s'est imposé grâce au cinéma où il fut tour à tour acteur et auteur. C'est avec Prends l'oseille et tire-toi  en 1969, où il se met en scène lui-même, que sa carrière débute vraiment. Dès lors, il ne va plus cesser  de faire rayonner l'auto dérision et de slalomer avec élégance entre rire et sérieux, à rester le clown de ses débuts tout en forçant l'admiration par son ambition d'être le représentant d'un certain esprit proprement new-yorkais.

 

 
Issu d'un milieu modeste, il gagne sa vie dès l'âge de 19 ans en écrivant des dialogues pour le célèbre comique Sid Caesar, tout en produisant ses propres spectacles et en participant à quelques films. Dans ses premières réalisations, son principal souci  est de donner un prolongement cinématographique au personnage de petit homme complexé, calamiteux, hypocondriaque, obsédé par le sexe qu'il a déjà rendu populaire sur scène. C'est avec Annie Hall en 1977 qu'il est salué par la critique comme le meilleur cinéaste comique de sa génération et que, désormais, il ne va plus cesser de puiser dans son quotidien et celui de son entourage les sujets de ses gags et de son inspiration. Les changements de compagne, les sauts dans le temps et le recours à des noms différents n'y changeront rien : Woody Allen sera toujours reconnaissable à sa silhouette, à son parler et aux situations particulières où il aime à placer ses personnages comme l'avaient fait avant lui un Harold Lloyd ou un Charlie Chaplin, sans toutefois égaler le dernier nommé. En quelques quarante films, il a constitué l'instantané d'une époque entière et sut saisir les ridicules, les obsessions, les tics de plusieurs générations.


 Action Cinémas / Théâtre du Temple Les Acacias 


 

On peut situer l'apogée de ce cycle quasi autobiographique entre Annie Hall  et Meurtre mystérieux à Manhattan ( 1993 ), avec une véritable somme thématique dans Hannah et ses soeurs ( 1986 ). Par ailleurs, Woody  Allen réussit brillamment son incursion dans le film dit " sérieux ", existentiel comme ses comédies, mais dont il s'exclut en tant qu'interprète. Intérieurs, en 1978, surprend par la noirceur du ton et la sobriété de l'écriture et il conservera cette simplification jusqu'à l'épure dans Une autre femme ( 1988 ) et dans Match Point  ( 2005 ). Cette diversification de l'inspiration, rendue plus grave, ne restera pas sans effets sur ses comédies auxquelles il se plait souvent à injecter des scènes sombres, des réflexions philosophiques, ainsi qu'il le fera dans Crimes et délits ( 1989 ) ou Alice ( 1990 ).



Les expériences stylistiques le passionnent comme en attestent Maris et femmes ( 1992 ) qu'il filme en partie caméra à l'épaule, clin d'oeil à la Nouvelle vague, et Maudite Aphrodite, scandé par un choeur antique en 1994 ou le pastiche si réussi de "Musical" que fut, en 1996, Tout le monde dit " I love you. Les reproches que certains lui adressent de se répéter sont injustifiés, car on sait qu'un véritable auteur, quel que soit son art, poursuit toujours d'oeuvre en oeuvre la même quête jusqu'à en atteindre la quintessence. Bien sûr, produisant en moyenne un film par an, Allen ne peut à chaque fois réussir un chef-d'oeuvre, mais ses films ont un ton, un style, qui sont sa marque propre et oscillent en permanence entre drôlerie, dérision, humour noir, le tout saupoudré de dialogues brillants et de mises en scène sobres et efficaces. Il a de plus en plus tendance à n'intervenir désormais que dans des rôles périphériques, laissant à des acteurs plus jeunes mais toujours chevronnés  le soin de le représenter. Le dernier en date est une variation sur la ville de Rome, comme le précédent sur la ville de Paris où affleurent souvenirs et évocations et qui, sans être des oeuvres marquantes, prouvent, si besoin est, qu'Allen a toujours la fibre créatrice et le feu sacré et un formidable savoir fimer.

 

 

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Bac Films TFM Distribution TFM Distribution TFM Distribution


 

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 10:04

alain_corneau.jpg 

                                  
                       1943 - 2010

 

Héritier proclamé de la Nouvelle Vague, Alain Corneau incarne avec quelques autres comme Téchiné, Miller et Tavernier la relève du cinéma d'auteur et apparaît comme un témoin de son temps entre fin de siècle et nouvelles incertitudes. En 2004, l'ensemble de son oeuvre avait été distingué par le prix René Clair et, en 2010, il s'était vu décerner le prix Henri-Langlois. En 1992, Tous les matins du monde, qui relate l'histoire d'un joueur de viole au XVIIe siècle interprété par Jean-Pierre Marielle, avait connu un vif succès public et reçu le César du meilleur film. Alain Corneau était le compagnon de la cinéaste et écrivain Nadine Trintignant.

Il était né le 7 août 1943 à Meung-sur-Loire (Loiret). Musicien de formation, il était entré très tôt à l'Institut des hautes études cinématographiques (Idhec), devenant dans un premier temps stagiaire sur des films, puis assistant de Constantin Costa-Gavras en 1970 pour L'Aveu. Il y rencontrera Yves Montand qu'il dirigera par la suite. Également assistant de Nadine Trintignant pour Ça n'arrive qu'aux autres, il co-écrit avec elle Défense de savoir en 1973. Cette même année, il réalise son premier film France, société anonyme, un échec commercial.

En 1976, en passionné de cinéma américain, il s'inspire du personnage de l'inspecteur Harry (incarné par Clint Eastwood) pour sa deuxième réalisation, Police python 357, avec Yves Montand. Les deux hommes collaborent à nouveau sur La Menace (1977) et Le Choix des armes (1981), classiques du film noir à la française. Entre-temps, Alain Corneau signe l'adaptation de Série noire (1979). Patrick Dewaere et Marie Trintignant y font une forte prestation.

À partir des années 80, le réalisateur s'essaie à d'autres genres. Connu pour ses polars, il aborde également de nombreux autres registres. En 1984, il met en scène la prestigieuse fresque coloniale Fort Saganne avec Gérard Depardieu, tirée du roman historique de Louis Gardel et cultive ainsi  le plaisir de la narration par le cinéma. C'est, à l'époque, le film le plus cher du cinéma français. En 1992, Tous les matins du monde, d'après un roman de Pascal Quignard, obtient un succès public et assez inattendu sur un sujet aussi austère (l'histoire du violiste et compositeur du XVIIe siècle Marin Marais), avec un Jean-Pierre Marielle au sommet de son art et un jeune acteur prometteur Guillaume Depardieu.

Alain Corneau s'engagera ensuite dans des oeuvres plus intimistes comme le subtil Stupeur et tremblements (2003), adapté du roman éponyme de l'écrivain belge Amélie Nothomb, ou Les Mots bleus (2005), basé sur le livre du même nom de Dominique Mainard. L'année suivante, Alain Corneau concrétisera un rêve vieux de trente ans en transposant à l'écran l'ouvrage de son ami José Giovanni, Le Deuxième Souffle, avec Daniel Auteuil et Monica Bellucci.

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Collection Christophe L.   


ARP Sélection    Collection Christophe L.

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 07:44

     

 
Né à Moscou le 21 octobre 1945, fils du poète Sergueï Mikhalkov-Konchalovski, Nikita Mikhalkov est issu d'une famille aristocratique remontant au XVe siècle. Acteur à dix-huit ans, auteur, à la fin des années 60, de quelques courts métrages, il réalise son premier grand film en 1975  Le nôtre parmi les autres, histoire d'un rouge infiltrant des blancs pendant la guerre civile de 1918-1921. Ses débuts sont alors ceux d'un brillant cinéphile et d'un habile technicien. Très vite, le jeune cinéaste va enchaîner film sur film ; ce seront  Partition inachevée pour piano mécanique ( 1977 ), adaptation subtile d'une nouvelle de Tchékov, dont la  réussite lui confèrera une stature internationale, suivie un an plus tard par  Cinq soirées , d'après la pièce d'Alexandre Volodine, étude intimiste de caractères et d'atmosphère qui doit beaucoup à l'interprétation inspirée de l'acteur Stanislas Lioubchine, dans le rôle d'un solitaire retrouvant la femme qu'il a jadis aimée. C'est en 1987, que Nikita Mikhalkov part pour l' Italie réaliser  Les yeux noirs , d'après trois nouvelles de Tchékov, avec Marcello Mastroianni et Silvana Mangano dans les rôles principaux, oeuvre peu lisible qui m'a laissée sur le bas-côté, puis Urga ( 1991 ), chef-d'oeuvre pastoral sur l'amitié entre un éleveur mongol et un camionneur russe tombé en panne près de sa yourte. Hymne à la tradition, ce film souligne les liens entre  peuples frères, entre la mère patrie russe et ses périphéries en voie d'émancipation.  Soleil trompeur, en 1993, évoque le stalinisme et raconte la dernière journée en famille du général Sergueï Kotov, interprété par Mikhalkov en personne, joyeusement perturbée par l'irruption d'un vieil ami, venu inopinément semble-t-il, alors, qu'en réalité, il n'est là que pour arrêter Kotov, héros de l'Union soviétique, accusé lâchement de trahison. Ce premier volet sera salué par un Oscar à Hollywood et le Grand Prix du jury à Cannes. Enfin  Le barbier de Sibérie, en 1998, évoque la difficile évolution de la Russie contemporaine.


Projeté à Cannes en mai dernier, lors du Festival, son dernier opus Soleil trompeur - L'exode,  a reçu un tout autre accueil. Celui-ci fut glacial. Car, à en croire les critiques, ce second volet serait une tentative de réhabilitation déguisée de Staline où, tout du moins, brosserait un portrait trop complaisant du tyran. En définitive, à travers cette oeuvre, c'est le réalisateur qui est visé et son intimité avec Vladimir Poutine. Car, qu'en est-il  ?
La gestation de Soleil trompeur 2 remonte au choc éprouvé, par Mikhalkov, à la suite du visionnage, à Paris, du film de Steven Spielberg :  Il faut sauver le soldat RyanEn sortant - se souvient Mikhalkov -  des jeunes s'émerveillaient de la victoire des Alliés en ignorant tout bonnement l'existence du front russe ! J'ai voulu faire un film donnant une image de l'enfer qu'ont vécu ces gens simples - les soldats, mais aussi les civils - qui ont défendu leur patrie. Montrer ainsi l'immense sacrifice du peuple russe et empêcher les Américains de vampiriser la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.


UGC Distribution


Est-ce pour autant une réhabilitation de Staline comme on lui en a fait le procès ? Certes non, car, tout au long du film, Staline revêt la dimension diabolique d'un homme qui voulait se substituer à Dieu. D'ores et déjà un nouveau volet est annoncé qui aura pour titre Soleil trompeur, Citadelle et qui devrait être présenté à la prochaine Mostra de Venise, en septembre. Mikhalkov s'en est ouvert à quelques journalistes : au pire moment de la guerre - révèle-t-il - le minotaure du Kremlin a pris le temps de fignoler ses vengeances petites bourgeoises en réservant à Kotov le commandement d'une " division noire ". Composée de condamnés politiques armés de simples pelles et de pioches, celle-ci avait pour mission d'attaquer l'armée allemande à mains nues pour lui faire gaspiller ses munitions avant le véritable assaut. Vision effrayante d'un dictateur qui n'hésitait pas à sacrifier son peuple et à trahir et déshonorer ses propres officiers.

Nikita Mihalkov a bien d'autres projets et s'impose désormais comme la figure de proue d'un cinéma post-soviétique, re-centré sur ses valeurs nationales. Je veux notamment mettre en scène - dit-il - Un coup de soleil d'Ivan Bounine, le prix Nobel de littérature réfugié en France après la révolution de 1917. Je songe également à une grande fresque sur la société russe de ces vingt dernières années, une sorte de version russe du " Parrain ", qui s'intitulerait : " Il était une fois en Russie ".
Grâce à ce cinéaste de grand talent, dans la lignée d'un Eisenstein, et de réalisateurs comme Sergueï Bodrov et Pavel Lounguine, le 7e Art russe semble assuré de lendemains qui chantent.



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UGC Distribution

 

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 08:59
JANE CAMPION , UN CINEMA AU FEMININ

Collection Christophe L.    Pathé Distribution  Pathé Distribution

 

Jane Campion est la première réalisatrice à avoir remporté une Palme d'Or à Cannes. Ce fut en 1993, sous la présidence de Louis Malle, pour  La Leçon de piano - ex aequo avec Adieu ma concubine, de Chen Kaige. Elle est même le seul cinéaste, hommes et femmes confondus, à avoir remporté la palme d'or pour un long-métrage et pour un court-métrage, avec Peel, en 1986. Dans un entretien à Paris Match, Gilles Jacob, président du Festival de Cannes, raconte : " Un jour, Pierre Rissient, qui était un formidable découvreur de talents, m'a montré trois courts-métrages d'une jeune cinéaste australienne, en fait néo-zélandaise. Il m'a dit : "C'est incroyable, il faut que vous en preniez un !" Je lui ai répliqué, totalement enthousiasmé, que je prenais les trois. Ainsi Jane Campion fait-elle ses débuts à Cannes. Depuis lors, elle est régulièrement invitée sur la Croisette. "Après la palme pour La Leçon de piano, dit-elle, c'était comme tomber du haut d'une falaise."

 

En 2009, elle est de nouveau sélectionnée pour son dernier opus  Bright star,  un film magnifique qui raconte une histoire d'amour, brève et passionnée, entre le poète John Keats et Fanny Brawne, en 1818. "Je cherchais un sujet, je suis tombée sur une biographie de Keats. Puis j'ai lu ses lettres et, enfin, ses poèmes. J'ai mis longtemps à entrer dans le monde de la poésie. Il faut qu'elle s'accorde à nos propres mystères pour être comprise. Mais je ne voulais pas filmer la vie d'un poète. Le jour où j'ai eu l'idée d'adopter le point de vue de Fanny, j'ai su que je tenais mon film."

 

Plus naturellement, elle se plait à raconter des histoires féminines comme "Un ange à ma table",  "Sweetie" ou" In the Cut"... :  " Cela vient plus naturellement, j'imagine. Je ne planifie pas ma carrière : j'attends que les choses arrivent. Et je fais mon boulot."
Cinéphile, mais à petite dose, elle avoue -  " Je fréquente plus volontiers les expositions de peinture que les salles de cinéma. Mais je suis toujours intéressée par la façon dont mes collègues cinéastes et moi trouvons un sujet et le plions à notre propre univers. Sans avoir vu leur film, il y a des cinéastes présents à Cannes l'année dernière dont j'aime beaucoup le travail : Quentin Tarantino, Michael Haneke et Gaspard Noé."

 

Née à Wellington en avril 1954 d'une mère actrice et d'un père directeur de théâtre, Jane Campion s'oriente très vite, après des études d'anthropologie, vers le monde du cinéma. Son premier long métrage en 1989 Sweetie   raconte comment une femme sera bouleversée par l'irruption de sa soeur dans sa vie. Le second  Un ange à ma table sort en 1990 et s'inspire de l'autobiographie de l'écrivain néo-zélandaise Janet Frame que la cinéaste admire. Il remportera le prix spécial du jury à la Mostra de Venise. La carrière de Jane Campion est lancée.

 

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Mais c'est " La leçon de piano" qui va lui assurer une renommée internationale et lui vaudra la Palme d'or à Cannes. Ce film d'une beauté saisissante est l'histoire d'Ada, une jeune pianiste muette.  A la suite d'un terrible accident, qui a coûté la vie à son mari, elle débarque en Nouvelle-Zélande pour rencontrer Stewart, un homme épousé par correspondance. Leurs rapports s'enveniment bientôt, car Stewart refuse l'installation de son piano dans leur modeste cottage. Ada doit se faire aider par Baines, un colon, afin d'avoir accès à son instrument. Commence alors entre eux un étrange marchandage érotique où le piano devient l'objet de partage et les notes l'expression des vibrations du corps et du coeur. Ce film révèle par ailleurs, outre l'immense talent de sa réalisatrice et l'originalité de son scénario, l'actrice Holley Hunter qui remportera l'Oscar de la meilleure actrice et la toute jeune Anne Paquin qui se voit décerner, à l'âge de 12 ans, celui de la meilleure actrice dans un second rôle.
Jane Campion réalise ensuite Holly smoke (1999 ) qu'elle écrit avec sa soeur Anna et  In the cut ( 2003 ), adaptation d'un roman de Susanna Moore, avant de se lancer dans un film d'une étincelante beauté " Bright star " inspiré de l'amour trop vite brisé par la mort du poète John Keats.

 

Ses projets à ce jour : adapter une nouvelle d'Alice Munro, Fugitives. L'histoire d'une femme au bord de la rupture, qui aspire à changer de vie. Un personnage féminin. Encore. Et toujours. Qui s'en plaindra ?

 

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 09:30

René Chateau  Paris Film 

 

Très différente de celle d'Alain Resnais, l'oeuvre de  Claude Chabrol est généralement considérée comme une étude sociologique de la France contemporaine. Né à Paris le 24 juin 1930 dans une famille de pharmaciens auvergnats, le jeune Chabrol préférera fréquenter les cinémas d'art et d'essai que l'université. Critique aux Cahiers du cinéma comme Godard, il se distingue par l'éclectisme de ses goûts et son humour décapant. Son livre sur Hitchcock, rédigé en collaboration avec  Eric Rohmer  et publié en 1957, prouve l'attrait qu'exerce sur lui ce maître du suspense, dont il se sent proche dans sa façon de mêler le grave et le frivole. Il connaît très tôt les soucis financiers et envisage, comme Godard, de n'entreprendre que des réalisations à petit budget, mais qui mériteront d'obtenir une prime de qualité, ce qui l'autorisera ensuite, grâce à la subvention acquise, à produire le film suivant.
Mais ses premiers films déplaisent. On le juge sombre, misogyne, fasciste.  Les cousins, qui expriment à la fois le pessimisme de leur auteur et son attirance pour la bêtise, dont il dit "qu'elle est plus fascinante que l'intelligence, car l'intelligence a ses limites et que la bêtise n'en a pas" - ne semblent pas recueillir l'adhésion du public. Si bien qu'il se voit dans l'obligation de diriger, pendant quelques années, une série de films d'espionnage traités en parodie à la James Bond, simplement pour gagner sa vie. Il revient à des sujets plus sérieux avec  Les biches en 1969 et constate avec soulagement que les goûts ont évolué et que les innovations de la Nouvelle Vague ont fini par être acceptées, au point que ses propres qualités apparaissent en pleine lumière, ce, d'autant que cet humoriste ne manque pas de tendresse et que sa cruauté n'est pas dénuée de lucidité. Certes Chabrol n'est pas un pourvoyeur de songe comme le Resnais de L'année dernière à Marienbad ; c'est un réaliste dans la tradition de Renoir  et de Duvivier qui saisit l'homme dans son quotidien, la société dans ses ridicules, la passion dans ses excès et auquel aucune de nos tares ne parait échapper. En outre, la morale de ses histoires est éminemment raisonnable.  La femme infidèle se révèle être une apologie de la fidélité. Il s'agit donc chez lui d'une description sans complaisance, fine et juste, de la France contemporaine des lendemains de la guerre, où il dépeint de façon sarcastique l'avarice, la sottise, la mesquinerie, l'envie, et rejoint une tradition littéraire bien établie chez nous : celle d'un Balzac, d'un Flaubert ou d'un Mauriac.


Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr  Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Bac Films


Il semble que le public, au fur et à mesure de sa production, se contemple sans déplaisir dans le miroir critique que Chabrol lui tend, peut-être parce qu'il devine, de la part du cinéaste, derrière les aspects satiriques, une réelle sympathie et une évidente tendresse pour les figures de femmes et d'enfants qu'il lui propose. Il est vrai aussi que Chabrol ne cesse d'affiner ses portraits de société, ses récits psychologiques, qu'il nous livre d'un trait tantôt appuyé, tantôt léger, grâce à un métier sans faille et une acuité rarement prise à défaut. Lui-même dira en 1969 : " Je peux tout faire maintenant. Je le dis sans prétention. Si on me demande de faire un quart d'heure d'Eisenstein, je fais un quart d'heure d'Eisenstein. Extérieurement, attention, ça n'en aura que l'apparence". Si Chabrol prend des points de départ variés et travaille avec des matériaux disparates, le climat de chacun de ses films n'en reste pas moins personnel : en quelque sorte une variation tragique sur le thème de l'obsession. Et cette obsession, ne serait-elle pas une passion, ou mieux une folie, qui entraîne ses personnages à leur perte et à leur damnation ?  L'ironie cacherait-elle une forme de désespoir ? C'est probable. Il y a chez Chabrol une instance pathétique, celle de la chute inéluctable de l'homme dans un dédale obscur qui fait de chaque destin, un naufrage. Cette obsession assure également à l'oeuvre une incontestable unité que l'on retrouve aussi bien dans ses films les plus élaborés que dans ceux que, pour des raisons économiques, il lui est arrivé de bâcler.
Il est à cet égard plus proche d'un Hitchcock et d'un Fritz Lang que de ses amis de la Nouvelle Vague, comme Godard et Truffaut. Chabrol a également subi l'influence de Orson Welles et s'est plu dans La décade prodigieuse  ( 1972 ) à lui faire jouer le rôle de Théo ( dieu en grec ), alors que le film repose sur la violation des commandements du Décalogue et que Dieu y est représenté comme un jaloux criminel. Le cinéaste veut prouver ainsi que l'on fabrique de l'avenir avec du passé et qu'il n'y a donc aucune raison valable de ne pas utiliser le cinéma d'hier, qui permet de mieux reprendre pour mieux prolonger.

 

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Jean Yanne et Stéphane Audran. Collection Christophe L.  Michel Bouquet et Stéphane Audran. Collection Christophe L.


Jacques Gamblin et Claude Chabrol. Moune Jamet

 

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 12:04

United International Pictures (UIP)   Affiche américaine. Beijing New Picture Film Co.   Pyramide Distribution

 

Figure de proue de la cinquième génération avec Chen Kaige, Zhang Yimou, né le 14 novembre 1951, est de ceux qui ont attiré l'attention des spectateurs du monde entier sur un 7e Art chinois capable de se renouveler  et de retrouver un second souffle après l'ère difficile traversée par le pays au temps de la révolution culturelle. Il a eu également la chance de trouver en Gong Li, qui fut son épouse, une actrice d'une beauté et d'une présence rares qui a contribué à donner à ses oeuvres un éclat exceptionnel. Avec lui, elle a tourné Le Sorgho rouge, Epouses et concubines et La cité interdite où elle se montrait sous les traits d'une souveraine  impériale.

 

Gong Li. SND  Gong Li dans La cité interdite


Frappé en pleine jeunesse par la Révolution culturelle, ( trois années à travailler aux champs et sept en usine ), Zhang Yimou s'inscrit à l'école nationale du cinéma de Pékin dès que celle-ci rouvre ses portes en 1978 et permet alors à de grands talents de se révéler. Formé à la section des prises de vues, il se lie avec Chen Kaige, de la même promotion et signe la photographie de deux de ses  films Terre jaune ( 1984 ) et  La grande parade  ( 1986 ). C'est en 1987 qu'il décide de passer à la réalisation pour son propre compte et tourne  Le sorgho rouge( 1987 ) qui sera couronné d'un Ours d'Or à Berlin et ouvre un boulevard professionnel à sa découverte, Gong Li. Sans doute, est-ce dans un rôle de paysanne entêtée  Qiu Ju, une femme chinoise  en 1992, Lion d'Or à Venise, qui demande réparation à l'administration pour un préjudice subi par son mari, qu'elle se montre la plus convaincante et qu'ensuite elle ne cesse d'affirmer sa présence à l'écran dans des films comme Vivre  ( 1994 ), l'élégant  Epouses et concubines où elle illumine la pellicule en 1991 et où le film privilégie  l'exotisme précieux. Cet opus sera d'ailleurs le premier film chinois à remporter un succès public en France. Aussi la séparation du metteur en scène et de l'actrice, en 1994, va-t-elle correspondre à un passage à vide pour Zhang Yimou, même s'il lance la jeune Zhang Ziyi dans  Ma mère et mon père  en 1999. Son goût pour l'opéra l'incite alors à mettre en scène Turandot en 1998 dans le décor de la Cité interdite. Ajouté à l'utilisation des effets spéciaux numériques qu'il maîtrise bien, il épanouit sa tendance naturelle à la grandiloquence et aux spectacles complets, où la mise en scène prend le dessus sur le sujet lui-même. Ce sera le cas pour  Le secret des poignards volants  ( 2003 )  qui comporte de beaux moments de bravoure et, davantage encore, pour  La cité interdite  ( 2006 ), où il retrouve Gong Li, à laquelle il a taillé un rôle sur mesure, mais qui souffre du recours excessif aux images de synthèse, principalement dans les combats. On a reproché alors à Zhang Yimou de délaisser le cinéma contestataire pour devenir le réalisateur officiel de la République chinoise. C'est lui d'ailleurs qui fut chargé de concevoir le spectacle  des Jeux Olympiques qui se déroulèrent à Pékin en 2008. On attend de lui un film testament qui conclurait une oeuvre où la beauté des femmes et la puissance de l'Empire du milieu ont eu la plus belle part.

 

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SND


Jay Chou. SND

 

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 10:28

   


Découvert en Occident grâce à  Rashomon  ( 1950 ), Lion d'or au Festival de Venise et Oscar du meilleur film étranger en 1951, Akira Kurosawa est l'homme de tous les cinémas, s'inspirant aussi bien du théâtre japonais classique que des grands écrivains occidentaux comme Shakespeare, Gorki, Dostoïevski, et passant avec aisance du drame contemporain à la fresque féodale, d'un cinéma de genre à une fable intimiste. Doté d'un regard de peintre, il fera de chacune de ses oeuvres une suite de tableaux d'un esthétisme coloré. Le suicide de son frère en 1934 le frappe de stupeur, aussi décide-t-il d'abandonner ses études de peinture aux Beaux-Arts de Tokyo, pour se consacrer au cinéma, afin de prolonger le travail de son frère disparu. " Je préfère penser que celui-ci fut le négatif original du film dont je suis le développement comme image positive" - écrira-t-il. Il passe d'ailleurs à la réalisation avec un coup d'éclat  La légende du grand judo  ( 1943 ) dont le combat final est devenu une scène d'anthologie.

 


Toshirô Mifune. Ciné Classic Action Cinémas / Théâtre du Temple Affiche française. Action Cinémas / Théâtre du Temple Action Cinémas / Théâtre du Temple

 

Après la guerre, il se consacre à une série de films sur le drame qui est celui d'un Japon défait et humilié. Autant  par nécessité - car les Etats-Unis, qui contrôlent le pays, interdisent les films avec samouraïs, jugés porteurs d'une idéologie guerrière - que par goût de décrire les périodes troublées de son pays, les guerres civiles entre clans qui seront le cadre de ses grandes fresques féodales. Dans La légende du grand judo, la relation entre le disciple fougueux et son maître qui le dompte en l'initiant à son art tout en lui enseignant la voie de la sagesse, caractérise son univers. Si le sujet de la transmission lui vient des arts martiaux et du confucianisme ( la piété filiale ), le goût de l'affrontement lui est inspiré par la tradition japonaise ( le duel au sabre ) et le film noir du cinéma américain. Le réalisateur a su laisser courir en lui des influences multiples et les allier dans une perspective très personnelle qui assure son originalité. Kurosawa aime faire de l'exercice d'un métier ( médecin, samouraï ) le sujet et le ressort moral de ses films, à l'image du policier du  Chien enragé  ( 1949 ), inquiet à l'idée que le voleur de son arme en fasse un mauvais usage ou, comme dans  L'ange ivre  (1948 ), entre un médecin alcoolique et un gangster tuberculeux. Les extrêmes me plaisent - disait-il - car ils sont source de vie ".

 

Cela va donc des corps fougueux, débordant d'énergie, aux corps de grabataires en sursis. Cette dimension fantomatique du corps est liée à la conscience de la mort : ainsi le personnage de  L'idiot  ( 1951 ), pour avoir été témoin du pire ( un soldat fusillé ), demeure hébété, comme halluciné, à la façon d'une personne revenue de l'au-delà pour hanter le monde des vivants. En passant des héros des  Sept Samouraïs,  rémunérés pour leur travail, à celui opportuniste et manipulateur de Yojimbo ( 1961 ), le film préféré de Clint Eastwood, qui inspirera Sergio Leone, et donnera naissance au western spaghetti, Kurosawa fait-il basculer le héros moderne dans un cynisme désabusé et le genre dans la parodie grotesque, transformant le samouraï sans maître en un être mélancolique, perdu dans un monde où il n'a plus sa place. C'est la raison pour laquelle il deviendra pour la jeune génération du cinéma américain - les Scorsese, Coppola, Spielberg - une référence incontournable.


Alive

 

D'autre part, le cinéaste se donne pour mission de peindre l'apocalypse, centrée sur l'ivresse et la folie destructrice du pouvoir des hommes, se nourrissant de la dramaturgie japonaise consécutive à la guerre de 39/45 et au tremblement de terre de 1923, visions traumatisantes s'il en est...Cette peinture est inséparable de l'épreuve du regard, à l'image de la vieille femme de  Rhapsodie en août  ( 1991 ) qui voit de ses propres yeux la bombe d'Hiroshima. L'art de Kurosawa, maître incontesté du 7e Art japonais, est avant tout guidé par une morale du regard.

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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