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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 09:35

Les Grands Films Classiques   Diaphana Films


Lee Chang-dong est né à Daegu en Corée du sud en 1954 et a commencé par être écrivain, publiant à la fin de ses études universitaires, en 1983, The booty qui obtint un grand succès, ce qui propulsa le jeune auteur comme l'un des écrivains les plus en vue de sa génération. Suivront deux autres romans : Burning papers en 1987 et Nokcheonen 1992. Attiré par le 7e Art, il propose à Park Kwang-su ( l'un des fondateurs de la nouvelle vague coréenne ) de lui écrire le scénario de To the starry Island, ce qui lui ouvre les portes des studios. En 1995, il écrit un second scénario A single sparkqui raconte l'histoire d'un activiste ouvrier des années 60. L'écriture des scénarii lui donne l'envie de passer derrière la caméra, d'autant qu'il a déjà travaillé comme assistant auprès de Park Kwang-su et s'est ainsi familiarisé avec les exigences du métier.


Lee Chang-Dong. Diaphana Films


Si bien qu'en 1996 il écrit et réalise son premier long métrage Green fish  qui est bien reçu du public et de la critique en Corée, sélectionné dans de nombreux festivals comme ceux de Londres et Rotterdam et remportera même un prix à Vancouver. Son second opus en 2000  Peppermint Candy  est unanimement acclamé et conte à rebours le désastre économique de 1997 en Corée, consécutif à la dictature militaire. Projeté dans plus de 30 festivals, il remportera trois prix à Karkovy et Bratislava.

Le troisième film de Lee Chang-dong,  Oasis,  traite de l'amour entre un jeune garçon simple d'esprit et une jeune fille handicapée, Roméo et Juliette disgraciés par la nature mais amoureux néanmoins, opus bouleversant qui obtiendra également un grand succès public et critique, tant et si bien que le jeune réalisateur sera nommé ministre de la Culture de la Corée du Sud. Mais il quittera très vite ce poste, suite aux difficultés qu'il rencontrera afin d'imposer des quotas sur les productions américaines et sauver la production du jeune cinéma coréen en plein expansion et refroidi par une expérience qui ne correspond pas à sa nature profonde et l'éloigne de son art.


En 2007, il présente son dernier film  Secret Sunshine  au Festival de Cannes et devient ainsi le metteur en scène le plus représentatif du cinéma coréen. Son actrice  Jeon Do-yeon  recevra, quant à elle, le prix d'interprétation féminine pour son rôle émouvant de jeune veuve dont le fils unique disparaît.

A Deauville, pour la 11ème Edition du Festival du Cinéma asiatique, Lee Chang-dong a été reçu comme un maître du 7e Art et honoré pour l'ensemble de son oeuvre. 

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE dont "Secret sunshine", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 



Jeon Do-Yeon. Diaphana Films

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 11:29

Les Grands Films Classiques


Au début des années 50, alors qu'il sortait de l'IDHEC, Claude Sautet suivit le chemin escarpé de l'assistanat. Il tourna un court métrage de fiction et réalisa son premier long métrage en remplaçant au pied levé le metteur en scène Robert Dhéry. Sa filmographie personnelle commença avec deux polars traités à la manière des bandes américaines de série B,  Classe tous risques  ( 1960 ) et   L'arme à gauche  ( 1965 ). Bien que ces films n'aient pas défrayé la chronique, ils manifestent néanmoins des qualités indéniables : obsession du détail juste, modestie, recherche de classicisme qui inscrit, dès ses premières tentatives, Sautet dans la lignée des Grémillon, Becker ou Carné. Pendant quelques années, entre les longues périodes qui séparaient ses propres réalisations, Sautet se consacrera en parallèle à son second métier, celui de scénariste. Sa réputation, en ce domaine, fit de lui le médecin secouriste des pannes d'inspiration de ses collègues, soit " le ressemeleur de scénario ", pour reprendre sa propre expression. C'est peut-être cette expérience que l'incita à travailler ses scénarii avec d'autres scénaristes, dont Jean-Claude Dabadie pour six de ses plus grands succès et Jacques Fieschi pour les trois derniers. Il entendait ainsi mieux objectiver ses idées.  

 


                    


Sa notoriété débuta avec Les choses de la vie en 1970, qui impose son style et sa sensibilité. Sautet s'y présente en peseur d'âme, en analyste subtil des sentiments et du coeur humain. A partir d'un accident, qui coûtera la vie à son héros interprété par Michel Piccoli, il hausse le fait divers à la hauteur d'un drame. Le montage inventif des séquences de l'accident renforce cette dimension, le cinéaste s'adressant directement à nous, nous atteignant à tel point que François Nourissier écrira : " Les spectateurs conduiront le pied sur le frein. (...) Mais ils sauront que toutes précautions sont inutiles : notre avenir est peuplé de carrefours tranquilles et d'oublis, où nous guettent les grands mensonges noirs de la mort."
Le texte sobre de Jean-Loup Dabadie, le musique de Philippe Sarde, les plans silencieux nous entraînent en une marche lente vers l'agonie du personnage, dont l'objectif fixe l'inéluctable fatalité.

 

Max et les ferrailleurs sera un film plus personnel qui pose avant l'heure un regard sur la banlieue et la délinquance et met face à face deux personnages forts : un flic inquiétant Michel Piccoli, aussi rigide qu'un pasteur anglican, que son manque de discernement entraînera vers l'autodestruction, et une prostituée très digne, incarnée par Romy Schneider qui ajoute à sa beauté un rien de vulgarité. Cette complexité des sentiments se retrouvera dans César et Rosalie où les personnages sont à leur tour pris dans la spirale de la remise en question et de l'incompréhension. Car quoi de plus difficile et de plus imprévisible que les rapports humains ? - se demande en notre nom le metteur en scène qui cerne ses héros au plus près de leurs sentiments intimes en véritable clinicien. Le trio formé par Romy Schneider, Yves Montand et Sami Frey est inoubliable dans une variation bien tempérée, à la fois musicale, sensuelle et nostalgique. Sautet dira qu'il voulait montrer des êtres qui soient tous, ou presque tous, en danger de désespoir. Il sut le faire avec autant de tact que de sensibilité.

 


Les films suivants dont   Vincent, François, Paul et les autres  ( 1974 )  Mado  ( 1976 ) et  Une histoire simple  ( 1978 ) sont des portraits de groupe des années 60, quadragénaires déjà usés par la vie et une solitude paradoxale. La vision collective permet d'observer chacun d'entre eux lors de ses rapports plus ou moins conflictuels  avec les autres et d'analyser les raisons de ces tensions. Le cinéaste démontre ainsi que les situations les plus conventionnelles peuvent être lourdes de conséquences et explore une génération dont la vie quotidienne prend l'allure d'un combat pour la survie. Nous sommes frappés par leur vulnérabilité et par ce danger de désespoir auquel ils sont confrontés, en une suite d'affrontements permanents.


   


 

Après quelques années de silence, Sautet reviendra en force derrière la caméra en rajeunissant ses acteurs et collaborateurs. Ce seront Quelques jours avec moi ( 1988 ) où il passe de manière subtile du drame passionnel à l'ironie tragique, servi une fois encore par des comédiens remarquables, la lumineuse Sandrine Bonnaire et Daniel Auteuil dans l'un de ses meilleurs rôles,  Un coeur en hiver   ( 1991 ) et  Nelly et Monsieur Arnaud   ( 1995 ), magnifique trilogie de la maturité où l'intensité des sentiments contrariés, loin de toute emphase et prétention, s'enferment dans l'espace intime d'une délicate musique de chambre. D'ailleurs l'auteur, lui-même, affirmait qu'un film n'est autre que de la musique faite avec des acteurs, une dramaturgie, des anecdotes, des péripéties. Et il se consacrera avec talent à nous la faire entendre. Avec son réalisme poétique et profondément humain, ses plans silencieux, Sautet s'inscrit dans la lignée des plus grands, faisant des choses de la vie, les choses de notre vie et, de sa caméra, le témoin troublant de notre quotidien.

 

Pour lire les articles consacrés à Romy Schneider et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT         

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont "César er Rosalie" et "Une histoire simple", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS 

 

 

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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 12:36

 Collection Christophe L. ARP Sélection Corbis Sygma 


En Novembre 1957, Françoise Giroud fit la une de l'Express avec pour titre " La Nouvelle Vague ". L'image était lancée. Certes la journaliste ne parlait pas de cinéma mais commentait une enquête sur la jeunesse, dont le comportement et les habitudes surprenaient leurs aînés. L'année suivante, la France, pays réputé conservateur, se dotait d'une nouvelle constitution et plaçait un nouveau président Charles de Gaulle ( qui n'était pas de première jeunesse cependant ) à la tête d'une société prospère mais vétuste.
A la fin des années 50, le cinéma français était à l'image du pays : des réalisateurs non dénués de talent mais souvent âgés et peu inventifs, menuisaient la " qualité française " à l'intérieur de studios poussiéreux, selon des formules rodées au cours des années 30 et se pliaient à une réglementation protectionniste qui limitait l'accès à la profession. Voilà justement ce que la jeunesse entendait changer et tout particulièrement quelques personnalités fougueuses regroupées autour d'André Bazin et des Cahiers du Cinéma, que l'on appellera, par la suite, les jeunes turcs et dont les noms étaient : Chabrol, Malle, Truffaut, Doniol-Valcroze, Rohmer, Rivette, Godard, jeunes qui entendaient imposer au 7e Art vieillissant la politique des auteurs. Les vrais cinéastes ne sont pas des artisans mais des artistes à part entière, à l'égal des écrivains, des peintres ou des musiciens - proclamaient-ils, non sans raison. Grâce à des caméras mobiles, ils entendaient saisir la réalité sur le vif, s'approcher au plus près de l'être, le surprendre dans son intimité, dévoiler ce qui se cache derrière l'apparence des choses. En quelque sorte initier un cinéma vérité qui traque ce qui est le plus secret ou le plus privé et nous restitue la vie dans son authenticité.

 

      

 

Cette Nouvelle Vague fut d'une ampleur exceptionnelle, au point de remettre en cause les mécanismes de la production, avec l'adoption de méthodes de tournage permettant d'en abaisser considérablement le coût et un nouvel état d'esprit valorisant l'idée d'auteur aux dépens d'une conception plus technique du cinéma.
La démarche ne manquait pas d'audace et nous a valu, au début, quelques films expérimentaux, prototypes d'un cinéma en pleine mutation. Ce qui primait était d'utiliser les personnages, les situations, les dialogues de façon à imposer son point de vue, à imprimer sa marque. Chaque réalisateur devait être en mesure de faire passer ses préoccupations personnelles dans un matériau étranger, de manière à se l'approprier. Mais il arriva que ce cinéma- vérité soit battu sur son propre terrain par un cinéma bourré de littérature et d'artifices, ce qui allait à l'encontre du but recherché. Heureusement, la personnalité du créateur finissait par faire la différence, mais beaucoup d'entre eux, restés sur le bas-côté, ne laissèrent qu'un pâle souvenir.

En 1958 et 59, Chabrol - qui sera le premier de la bande à plonger hardiment dans le long métrage - disposant de moyens financiers grâce à un petit héritage familial, tourne coup sur coup Le beau Serge  et  Les cousins.  Le passage à l'acte prendra les allures d'une aventure collective, confirmant la rumeur propagée par certains qu'il s'agit bien d'une bande de copains. Non des soudards, mais des jeunes gens enthousiastes, unis par la même idée du cinéma en tant qu'art, cela dans un formidable climat de stimulation et d'entraide.
Au générique de ces films, on verra revenir le nom des mêmes acteurs : Jean-Paul Belmondo, Gérard Blain, Bernadette Lafont, Jean-Claude Brialy, Anna Karina, des mêmes scénaristes Paul Gégauff, Jean Gruault, en passant par les mêmes assistants et opérateurs. Une grande équipe s'est mise en ordre de bataille pour rénover de fond en comble l'art cinématographique et faire passer un formidable message de modernité. Comme l'écrira Truffaut :

 
Les jeunes qui ont pu trouver les capitaux par leur famille - cas de Louis Malle, Chabrol et moi-même - ont fait les premiers films de la N.V., mais le succès de ces premiers films a permis à ceux qui venaient derrière, et n'auraient pu réunir tout de suite des capitaux, de trouver des financements auprès de petits producteurs opportunistes. En deux ans, tous ceux qui voulaient faire des films aux Cahiers l'ont fait. Ces films ont été conçus dans la même optique que celle d'Hiroshima, c'est-à-dire en prévoyant le pire. Ce sont des films qui ont été tournés dans de telles conditions d'économie, en général 30 ou 40 millions d'A.F., qu'une exploitation minime suffisait à amortir ".


  Beta Film GmbH 


C'est à ce moment que Truffaut tourne  Les quatre cents coups,  dont il puise l'inspiration dans sa propre adolescence. Ce film fera l'effet d'une bombe et à Cannes l'expression N.V. sera sur toutes les lèvres. Le monde entier s'en empare. Le phénomène " jeune " emporte tout sur son passage. Doniol-Valcroze écrira dans les Cahiers :  La porte ébranlée sous les coups de Chabrol, Franju, Rouch, Reichenbach et autres gaillards du même acabit, soudain cède et un avenir commence.
Suivra  A bout de souffle de Godard, seul vrai succès public qu'un film de ce cinéaste remportera spontanément et, ce, sans l'apport de vedettes. Il apparaîtra bientôt comme le film-manifeste, après Le beau Serge, qui illustre idéalement la théorie et la pratique du cinéma d'avant-garde. Alors que ce film ne renie nullement une inspiration classique, tant son auteur s'essaiera à faire revivre un cinéma ancien et aimé. Avec lui et grâce à lui, Godard révolutionne définitivement l'écriture cinématographique et on ne peut nier qu'il y aura un avant et après A bout de souffle.

 

Mais le temps passe, les films succèdent aux films et si les jeunes cinéastes se serrent les coudes, chacun tente néanmoins de creuser son trou en toute indépendance économique. Le but n'est-il pas de prouver que, dorénavant, on peut réaliser des films dans les mêmes conditions qu'un amateur, en obtenant un produit de format professionnel exploitable commercialement. Mais s'ajoutaient à cette contrainte d'autres paramètres que la N.V. s'était fixée dès le début : de préférence des décors naturels, une équipe ultra légère, des acteurs non professionnels, si bien que ces impératifs finirent par user les cinéastes et signer la fin de la N.V. Truffaut l'écrira sobrement : Chacun est resté fidèle à lui-même mais, en le faisant, il s'est éloigné des autres. A l'actif de ce mouvement, on peut porter ceux d'un dépoussiérage du cinéma français, d'une libération des formes et de l'écriture, d'un nouvel accent empreint de vérité et de sincérité, d'une personnalisation des oeuvres. Mais la cohabitation ne pouvait durer pour la bonne raison que les sensibilités et les tempéraments étaient trop différents. La vague retomba comme toutes les vagues et de nouveaux auteurs purent, à leur tour, écrire sur le sable redevenu lisse.

 

 Telle est la leçon à retenir de la Nouvelle Vague et le sens de cette fameuse  politique des auteurs  qu'elle inventa d'abord et illustra ensuite avec plus ou moins de bonheur. Grâce au recul dont nous jouissons aujourd'hui, nous comprenons mieux les réticences que ce cinéma suscita, en provoquant volontairement une rupture dans le 7ème Art. En 1962 Godard déclarait, plus modéré qu'à l'ordinaire :
" La critique nous a appris à admirer à la fois Rouch et Eisenstein. A ne pas condamner un genre de cinéma au profit d'un autre. A ne pas refaire ce qui a déjà été fait. Tout écrivain contemporain sait que Molière et Shakespeare ont existé. Nous avons été les premiers réalisateurs à tenir compte de l'existence de Griffith. Même Carné, Delluc, René Clair n'avaient pas de base critique et historique réelle. Renoir lui-même n'en avait guère plus : mais lui, bien sûr, avait du génie."

Ce mouvement de la Nouvelle Vague n'en a pas moins engendré une postérité nombreuse. Elle constitue d'ailleurs la plus grande part du cinéma français actuel. Sans elle, des cinéastes aussi divers que Cavalier, Pialat, Pascal Thomas, Jean Eustache n'auraient probablement pas existé. Et si une oeuvre comme celle de Tavernier s'est édifiée en opposition presque absolue avec son héritage, n'était-ce pas une manière de reconnaître sa dette envers lui ? Malgré ses excès, ses erreurs et ses reniements, la Nouvelle Vague n'en a pas moins été une démarche fructueuse et une étape nécessaire qui a évité au cinéma de se scléroser ou de se laisser rattraper par un trop précoce vieillissement. Ce coup de gueule, ou plutôt cette torche vive, qui mit le feu au poudre, nous a valu un cinéma vivant, ragaillardi, immédiat et accessible qui a exploité, à bon escient, et sans se départir de sa poésie, l'originalité profonde du 7ème Art.


Pour lire les articles consacrés aux acteurs de la N.V. et à Louis Malle, Resnais, Demy, Chabrol, Truffaut, Godard et Rohmer, cliquer sur leurs titres :   

 


 LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE      LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles concernant les films de la Nouvelle Vague, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 Corbis Sygma Collection Christophe L. Corbis Sygma

 

 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 10:18

Universal Pictures   Films sonores Tobis

 


René Clair,de son vrai nom René Chomette, était né à Paris le 11 novembre 1898. Fils de savonnier, il grandit dans le quartier des Halles et commença sa carrière comme journaliste à l'Intransigeant, tout en écrivant des paroles pour la chanteuse Damia. Puis, il s'essaya comme acteur dans plusieurs films : Le lys de la vie, l'Orpheline, Parisette et prit alors le pseudonyme de René Clair.

 

C'est en 1922 qu'il se lance dans la rédaction d'un premier scénario " Le rayon diabolique", qu'il adapte et réalise lui-même un an plus tard et qui sortira dans les salles en 1923, avec un titre plus attrayant  "Paris qui dort". Néanmoins, ce n'est pas avec ce premier long métrage qu'il accédera à la célébrité, mais avec le suivant, la commande d'un court métrage, dont l' objet est de distraire les spectateurs durant l'interruption entre deux ballets. Cette réalisation, peu habituelle, prendra d'ailleurs pour titre celui d'Entracte en 1924. D'inspiration dadaïste, groupe que René Clair  fréquentait à l'époque, elle va faire scandale et assurer ainsi, à son jeune auteur, la notoriété qu'il souhaitait pour poursuivre sa carrière d'écrivain et de cinéaste. Vont se succéder des films étincelants qui ont marqué les mémoires : Ma femme est une sorcière ( 1942 ), Le silence est d'or ( 1947 ), enfin  La beauté du diable  ( 1949 )où il revisite le mythe de Faust avec, dans le rôle principal, Gérard Philipe. Cette rencontre va compter pour René Clair, qui découvre, en cet acteur exceptionnel, son double : un être à la mélancolie élégante. Dans le film Les belles de Nuit ( 1952 ) qu'il tourne avec lui, le cinéaste crée une variation subtile sur la porosité desétats de veille et de sommeil,  ligne indiscernable qui sépare la réalité de l'imaginaire, le vécu de l'espéré, s'inspirant de cette pensée de Blaise Pascal : " Si nous rêvions toutes les nuits de la même chose, elle nous affecterait autant que les objets que nous voyons tous les jours. Et si un artisan était sûr de rêver toutes les nuits qu'il est roi, je crois qu'il serait presque aussi heureux qu'un roi qui rêverait toutes les nuits qu'il est artisan".

 

L'histoire est simple : celle d'un modeste professeur de musique dans une ville de province. Ses élèves ne partagent pas sa passion et le chahutent, les femmes paraissent l'ignorer et ses compositions musicales ne plaisent pas davantage. Il s'ennuie et se lamente. Et voilà que, lors d'une leçon particulière qu'il donne et où il s'ennuie plus qu'à l'habitude, il sombre dans un profond sommeil. Qu'advient-il ? Contrairement à ce qu'il vit quotidiennement, ce rêve le comble en lui apportant gratification, amour et succès. Est-ce le bonheur enfin réalisé, le rêve plus fort que la vie ? Partition  sur laquelle René Clair va donner toute sa mesure, celle d'un poète, d'un enchanteur, servi par une distribution brillante.

 

Cette fable délicieuse et morale, qui nous montre que le songe peut être aussi trompeur que la réalité, finit bien, puisque l'obscur professeur, en se réveillant, s'aperçoit, juste à point nommé, qu'il y a mille bonnes raisons d'aimer la vie, dès l'instant où l'on met en elle un brin de rêve, un rien de saveur.

Il est amusant de souligner que cet ardent défenseur de l'art du silence fut, par une ironie du sort, l'auteur du premier film parlant français.  Sous les toits de Paris refuse l'invasion par les dialogues et écarte le parallélisme du son et de l'image, auquel il préfère le contraste et le contre-chant. Lui-même se voyait davantage en pourvoyeur d'idées qu'en styliste. C'est la raison pour laquelle il fit ses premiers pas dans l'audiovisuel à reculons, adoptant une curieuse stratégie : il s'interdira l'usage simultané du son et de l'image. Tantôt nous avons la parole sans l'image ( une querelle d'amoureux dans la pénombre ), tantôt l'image sans la parole ( une scène vue à travers la vitre d'un café ). Ces jongleries, même si elles relèvent du gag, ont défini le style de René Clair, malgré lui.


     


Aussi, au début des années 50, était-il considéré comme le metteur en scène français le plus important pour son réalisme poétique, l'ambiance aimable et bon enfant qui caractérisent une part de sa filmographie. Car René Clair, c'est d'abord un regard amusé sur les êtres humains, un ton alternant tristesse et humour, un contact direct avec le public. Henri Langlois notait qu'il représentait au regard de l'étranger la personnification de l'esprit français, en digne successeur de Molière et de Feydeau. Il n'en a pas moins travaillé en Grande-Bretagne où il réalisera deux films dont l'excellent Fantôme à vendre,  dans un esprit parfaitement proche de l'esprit britannique, puis à Hollywood  La belle ensorceleuse,  film construit autour de la star Marlene Dietrich et surtout  Ma femme est une sorcière  qui prouve la constance de son style dans un contexte différent. Il signe son retour en France avec  Le silence est d'or,  une oeuvre où il s'attendrit, non sans nostalgie, sur l'époque du muet. Puis viendront Les grandes manoeuvres et  La porte des Lilas  où apparaît un certain désenchantement, avant que René Clair ne cède à une production plus commerciale et moins inspirée et que la défaveur ne fonde brusquement sur lui. Après avoir été porté aux nues, il tombe en disgrâce. Mais pourquoi ce discrédit soudain ? Certes, ces derniers travaux s'avéraient assez médiocres, son attitude était perçue comme hautaine, et il était devenu à la mode de tuer le père et de dénigrer ses films. Robert Bresson - qui avait travaillé avec lui - considérait que Clair avait privilégié le spectacle au mépris de l'écriture. D'ailleurs Clair lui-même se plaisait à dire qu'une fois son scénario bouclé, le film était quasiment fait. L'écriture littéraire était son jardin secret, moins l'écriture cinématographique. C'était déjà l'installation dans une immortalité qui en ferait un cinéaste classique mais dépassé et son entrée solennelle à l'Académie française.

 

Pour lire les articles consacrés à Michèle Morgan, à Gérard Philipe et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :
MICHELE MORGAN         GERARD PHILIPE         LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 11:48

  Corbis Sygma Universal Pictures Corbis Sygma

 

L'histoire du western se confond avec les débuts du cinéma américain. The great train Robbery tourné en 1903 est déjà un modèle du genre. Sa vedette Broncho Billy Anderson en deviendra la première star et sa carrière durera 62 ans. Très vite, ce cinéma trouve un ton, une sensibilité et une émotion exceptionnels. De tous les genres cinématographiques, il est celui qui a le moins besoin de la parole. La vision des grands espaces, la vigueur des cavalcades et des poursuites, la dureté des règlements de comptes suffisent à charger la pellicule d'une incroyable intensité. L'arrivée du parlant bouleversera le genre et ralentira la production, si bien que les westerns des années 20 sont peu nombreux et ne possèdent plus le même ton que ceux d'un Walsh ou d'un Ford qui savaient conférer à leurs oeuvres des moments de tendresse et des scènes d'intimité. L'apogée du genre se fera aux alentours des années 40, époque où la comédie musicale et le film noir n'ont pas encore atteint l'âge d'or et où l'apparition de la couleur magnifie les décors naturels des grands espaces superbement photogéniques. On voit ainsi revenir une surprenante conjonction de films avec des acteurs comme Henry Fonda, Tyrone Power, Robert Taylor, Burt Lancaster, Kirk Douglas dans des longs métrages dont les noms suffisent à éveiller la mémoire. Par ailleurs Hollywood produit des oeuvres à la gloire des pionniers et de tous ceux qui contribuèrent à la conquête de l'Ouest. Cecil B. DeMille célèbrera la construction des voies ferrées, Fritz Lang la mise en place du télégraphe, Michael Curtiz le développement des villes, tandis que King Vidor retracera l'héroïque odyssée des rangers du major Roberts. Mais miné par l'emprise de plus en plus envahissante de la télévision, le cinéma américain assiste impuissant à la mort successive des Grands Studios et, au début des années 60, le western subit une profonde mutation. Le ton se durcit et une approche plus libérale de l'Ouest s'oppose à une tradition que l'on pourrait symboliser par les films de John Wayne. Il y a maintenant deux façons d'appréhender et de raconter l'Ouest : celle qui privilégie la légende et celle qui traite à travers elle des problèmes contemporains de l'Amérique. Les derniers feux d'un genre en voie d'extinction datent des années 80 où Clint Eastwood, devenu réalisateur, produit des films comme L'homme des hautes plaines (1972) et où le western se veut davantage une méditation sur le Far West que le récit d'une épopée. Ainsi se tourne, non sans panache, la page d'un genre qui aura contribué à faire la gloire incontestable d'Hollywood.

 

JOHN FORD : Fils d'un cabaretier d'origine irlandaise, cadet d'une famille de 11 enfants, ce pionnier du genre tenait à donner l'image d'une vie simple, mais l'alcoolisme ne fut pas moins un fléau qui frappa aussi bien son père, sa mère que son épouse et lui-même. Ce conformiste malheureux, qui aima sa vie durant et sans espoir Katharine Hepburn, était aussi un intellectuel. Mais il préféra entretenir sa légende de marin, de buveur et de force de la nature, cachant ses tourments derrière sa trogne et son pittoresque bandeau sur l'oeil. Appelé par son frère, qui l'y avait devancé, il commence sa carrière à Hollywood en 1917, du temps du muet, et la terminera en 1966 après avoir signé 140 films, dont quelques inoubliables chefs-d'oeuvre. C'est lui qui contribuera à faire entrer le western dans son âge adulte avec des oeuvres comme  La poursuite infernaleLe fils du désert,   La charge héroïqueRio grande et  La prisonnière du désert, imposant également son paysage de prédilection : Monument Valley. Il est et restera l'homme des paysages immenses, auteur éclectique et profondément humain, dont l'incurable mélancolie teintera la plupart de ses films de couleurs souvent crépusculaires. Le sentiment de son propre vieillissement lui inspirera des opus comme L'homme tranquille et Quand se lève la lune et quelques poignantes méditations sur le temps qui passe. Caricaturé comme machiste, il n'en consacrera pas moins son dernier film aux femmes et mettra en scène un groupe de missionnaires dans une Chine en ébullition, composant pour Anne Bancroft un personnage dont l'héroïsme n'a rien à envier aux hommes.

 

HOWARD HAWKS : L'oeuvre de ce cinéaste a été saluée comme celle d'un précurseur qui sut devancer son temps et s'identifier pleinement à l'Amérique contemporaine, qu'il peindra d'un trait ferme et sans complaisance. Dès 1932, son cinéma s'inspire des crimes d'Al Capone et surprend par la nervosité de sa mise en scène. Les films suivants enchaînent des sujets divers et des scénarii inventifs qui frappent par leur rythme et la vivacité des dialogues. En même temps, Hawks s'impose comme un remarquable directeur d'acteurs, révélant la jeune Carole Lombard et dirigeant nombre de vedettes de l'époque comme Gary Cooper, Joan Crawford, Edward G. Robinson et, dans  L'impossible monsieur bébé,  le couple Katharine Hepburn/ Cary Crant. Sobre, usant du moins de plans possibles et de peu d'effets de montage, ce cinéaste brillant placera toujours sa caméra à hauteur d'homme. Mais il saura contrecarrer sa sobriété par les plans majestueux d'une nature sauvage et la force intérieure de ses personnages peu enclins aux compromis, axant son objectif sur l'importance des conflits intérieurs. Nous lui devons quelques westerns qui font date comme  La rivière rougeRio Bravo où il sait allier sa vision impressionnante de l'espace à celle tout aussi profonde et parfois démesurée de l'espace intérieur.

 

ANTONY MANN : est par excellence le cinéaste du western. Dans la période charnière des années 50, il a apporté au genre une densité psychologique et morale, ainsi qu'une nouvelle approche du paysage. L'excellence de son travail sera vite remarquée et il sera le premier à jouer la carte des Indiens avec  La porte du diable  ( 1950 ) dans un noir et blanc somptueux et austère à la fois. Il initiera également un cycle de onze opus qui tous aborderont le genre de façon neuve, oscillant entre l'analyse freudienne et l'épure quasi abstraite. On lui doit  L'homme de l'ouestWinchester 73   L'appât,   Du sang dans le désert. Il fera de James Stewart son interprète d'élection. l'acteur sensible, fébrile, vulnérable incarnait mieux que quiconque un être tiraillé de doutes, ce qui était inédit jusqu'alors et que Mann saura imposer avec un réalisme rude, dépourvu de tout pittoresque facile. Ainsi dépeint-il une idée moderne de l'homme : faillible, chancelant dans ses convictions, mais tendu dans la quête d'une nouvelle morale.

 

KING VIDOR : L'un des grands aînés, un pionnier qui fut particulièrement productif du temps du muet et gravit tous les échelons avant de se retrouver réalisateur et scénariste en 1919. La grande parade ( 1926 ) est un superbe hymne pacifiste où le réalisme des scènes s'oppose au lyrisme de l'intrigue sentimentale. Son oeuvre muette trouve son couronnement avec  La foule ( 1928 ) qui chante la tragédie du quotidien. King Vidor produira assez peu de 1944 à 1959, dont  Le grand passage ( 1940 ) qui ne sera pas pleinement conforme à sa conception initiale. Il est également l'auteur d'un film remarquable   Le rebelle, oeuvre rageuse contre une certaine étroitesse d'esprit et un portrait contrasté et critique d'un esprit créatif intransigeant.

 

ROBERT ALDRICH : Arrivé à Hollywood dans les années 40, il fut l'assistant de ce qui comptait alors dans le 7e Art : Renoir, Chaplin, Wellman et débutera dans la réalisation avec The big leaguer. mais c'est le milieu des années 50 qui le consacre avec deux westerns décapants : Bronco Apache et Vera Cruz. Si le style est classique, le ton est nouveau : le cynisme de Vera Cruz prend le part des mercenaires, originalité de cet auteur qui se plaisait à respecter les genres pour mieux les dynamiter de l'intérieur.

 

RAOUL WALSH : est l'auteur de quelques westerns mémorables dont  La charge fantastique ( 1941 ) avec Errol Flynn qu'il statufiait dans le personnage du général Custer - historiquement tout est douteux mais le panache de la mise en scène est irrésistible -  La fille du désert, Cheyenne, et   La vallée de la peur qui est une transposition des Hauts de Hurlevent. Walsh, dont l'ensemble l'oeuvre, petits films et chefs-d'oeuvre sont unis dans la même énergie, retient l'attention pour trois raison principales : son romantisme qui s'assombrit souvent jusqu'au sentiment du tragique, sa narration claire et son souffle pathétique.

 

RICHARD BROOKS : cinéaste virtuose de La chatte sur un toit brûlant et de Graine de violence, a tourné peu de western, mais c'est attaqué dans La dernière chasse ( 1956 ) et  Les professionnels  ( 1966 ) à pointer du doigt, au travers d'un discours écologique avant l'heure , la condition misérable du peuple indien sur la voie de l'extinction.

 

SYDNEY POLLACK :  incarne à la fois l'apogée d'une tradition avec son western  Jeremiah Johnson  et la quintessence d'une  modernité avec un thriller comme  Les trois jours du Condor. Il est également le représentant de la continuité thématique et esthétique du cinéma américain.  Avec Jeremiah Johnson ( 1971 ), Pollack apporte une contribution flamboyante à ce genre particulier. rarement la beauté de la nature n'aura été rendue avec un tel souffle et rarement l'évolution d'un personnage, de la civilisation à la sauvagerie puis à la civilisation, aura été abordé avec pareille économie de dialogue. Jérémiah Johnson parle des racines et aborde ce discours dans sa dimension historique.

 

SERGIO LEONE : Avec ce réalisateur truculent, le western est envisagé comme un opéra baroque et élaboré dans un style original par la démythification volontaire de l'histoire traditionnelle de l'Ouest. Les moyens employés permettront à leur auteur de bénéficier d'une ampleur narrative peu commune et d'une dimension spatiale qui permet aux duels et aux affrontements de se développer à la façon de purs jeux formels. A travers des films comme  Le bon, la brute et le truand  ( 1966 ) et  Il était une fois dans l'ouest ( 1969 ), Leone s'autorise une oeuvre ambitieuse dans le lieu mythique de Monument Valley, accompagné d'une pléiade de stars internationales, rédigeant ainsi, de la pointe de sa caméra, l'élégie sanglante et spectaculaire de la disparition de l'Ouest classique si cher à Ford et, en quelque sorte, bouclant la boucle.

 

CLINT EASTWOOD  a émaillé sa production, qui touche à tous les genres, de détails personnels et percutants. L'homme des hautes plaines ( 1972 ) est un western baroque et une parabole fulgurante sur les tenants et les aboutissants du pouvoir, en même temps qu'un hommage vibrant à celui qui lui a donné sa première chance d'acteur : Sergio Leone.

 

Pour lire les articles consacrés à James Stewart, John Wayne, Gary Cooper, Henry Fonda, Natalie Wood, cliquer sur le titre de la rubrique :

 
LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art  

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN où sont référenciés les critiques des westerns les plus fameux, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

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     Swashbuckler Films   

 

 

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 11:54

Ingmar Bergman au travail. Collection Christophe L.

 

Ingmar Bergman, né le 14 juillet 1918 à Uppsala  et mort le 30 juillet 2007 dans l'île de Farö, compte parmi les quelques très grands réalisateurs du 7e Art pour la raison que son oeuvre cinématographique approfondit les questions existentielles qui se posent à l'homme avec une puissance telle qu'elle lui assurera très vite la consécration de ses pairs.
Interrogation sur le sens de l'existence, hantise d'un bonheur en errance, d'une communauté de pensée continuellement à refaire. Issu du théâtre, le réalisateur lui restera toujours fidèle, aussi ses débuts à l'écran seront-ils marqués par des influences littéraires, celles d'auteurs abordés à la scène, Strindberg en premier lieu, Ibsen, Anouilh, Pirandello, Camus. Il a d'ailleurs mené une réflexion savante sur la notion de spectacle _ ainsi dans Jeux d'été ( 1950 ), La nuit des forains ( 1953 ), L'oeil du diable ( 1960 ) ou Fanny et Alexandre ( 1982 )  - et ses films les plus intimistes recèlent eux-mêmes une méditation sur la théâtralité à l'écran dépouillée de toute invasion des codes théâtraux.

 

Collection Christophe L.Collection Christophe L. Collection Christophe L. Collection Christophe L.

 

Plus encore que le cinéma, Bergman aimait le théâtre. " Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux exister sans faire de théâtre" - disait-il. Et, cependant, bien que s'étant retiré de derrière la caméra en 1982 après Fanny et Alexandre,  une oeuvre-testament sur son enfance et sa passion du spectacle, couronnée par quatre Oscars, il ne put s'empêcher d'y revenir en 2003 avec  Saraband  pour la télévision suédoise, vision assez noire de la vieillesse qui fut diffusée par la suite sur grand écran.

 

                 Rezo Films Collection Christophe L.

 

C'est dès 1945 que le cinéaste, marqué par une jeunesse douloureuse et compliquée, débute, tout ensemble, une carrière de metteur en scène avec un stage à l'Opéra de Stockholm et un parcours personnel, en rédigeant des pièces et des romans. C'est, en effet, un réalisateur complet qui écrit lui-même ses intrigues, ses dialogues - pour la plupart d'entre eux - et utilise sa caméra comme une plume chargée d'exprimer l'angoisse de l'homme face à la solitude, à l'amour, à la mort, en quelque sorte à l'infinie tristesse d'un monde sans Dieu. Mais l'angoisse exige une affirmation constante de foi en l'homme. Le Septième Sceau est né d'une réflexion sur la précarité de la condition humaine au XXe siècle. Sa force a été de permettre l'intrusion continuelle du fantastique dans le quotidien.
 
Le cinéma de Bergman se révèle être le plus souvent tragique, s'attachant aux visages, à la lumière, aux fondus-enchaînés et aux thèmes fondateurs de l'inquiétude humaine. Authentiquement existentialiste en ce cas précis, l'auteur se plaît à pourfendre les pressions sociales et la morale conventionnelle et à démystifier la mythologie chrétienne et son puritanisme répressif. Fils de pasteur, il a souffert dans son enfance d'un climat familial étouffant et sera marqué à jamais par une culpabilité chronique qui ne cessera de transparaître dans ses personnages. Sa mise en scène rigoureuse bénéficiera du concours de grands acteurs qui lui resteront fidèles comme Harriet Andersson, Bibi Andersson, Gunnar Björnstrand, Max von Sydow, Ingrid Thulin, Liv Ullman, Erland Josephson. La vie, la mort, le suicide, l'avortement, la passion sont le plus souvent abordés du point de vue de la femme qui a le rôle déterminant dans ses compositions. - y compris dans ses films indirectement ou directement autobiographiques comme  Scènes de la vie conjugale  et  Face à face.

 

                  Bibi Andersson et Liv Ullmann. Svensk Filmindustri (S.F.)  Collection Christophe L.

 

Au confluent de ses investigations et de son questionnement métaphysique, il réalise une série de films que l'on pourrait intituler, en référence à la musique de chambre : des films de chambre, où les couples sont surpris dans leur huis-clos et rêves et fantasmes durement confrontés à la réalité : A travers le miroirPersonaL'heure du loupLa honte. C'est le triomphe à l'écran de cette fascination pour les visages qu'il a souvent revendiquée, en affirmant : Notre travail au cinéma commence avec le visage humain.


En même temps, sa mise en scène se libère : il brise l'harmonie du récit, sa continuité. A l'écart des modes, son réalisme cinématographique répudie les images banales et, à sa manière, il pratique la déconstruction. Ainsi Personna, méditation sur les masques et les apparences, ajuste les brisures de la forme à celles que provoque le thème du double, tandis que Cris et chuchotements,  réflexion douloureuse sur la mort, se sert de la couleur - le rouge principalement - pour théâtraliser sa dramaturgie. Aussi n'a-t-il pas toujours été bien compris du public, désorienté à maintes reprises par ce cinéma austère et exigeant. Ses concitoyens allèrent même jusqu'à lui reprocher de contribuer à la triste réputation de la Suède comme d'un pays de névrosés. Marié à cinq reprises, il eut 9 enfants et ne cessa de se pencher sur la nature féminine, étant certainement l'un des cinéastes qui a le mieux compris les femmes.

Fanny et Alexandre représentera en 1982 la somme totale de sa vie de réalisateur. Ce chef-d'oeuvre indiscuté, convaincant dans son art de l'ellipse, est la somme édifiée sur ses films antérieurs et s'est bâti selon un récit en partie inspiré de son enfance. Si par la suite Bergman a abandonné le cinéma au profit du théâtre et de la télévision, l'évolution des techniques a tout de même permis son retour dans les salles avec des créations vidéo comme  Saraband ( 2003 ).


Mais la notoriété internationale lui était venue dès 1955 avec  Sourires d'une nuit d'été,  qui ne sera pas sans influencer la Nouvelle Vague et, peu de temps après,  Le septième sceau  l'avait intronisé comme un maître incontesté d'une oeuvre magistrale qui faisait tout autant appel à la transcendance qu'à la subjectivité dans ce qu'elles ont de plus pur, sans faire, pour autant, l'impasse sur l'aspect charnel des choses. Jean-Luc Godard écrira à son sujet : " C'est le monde entre deux battements de paupières, la tristesse entre deux battements de coeur, la joie de vivre entre deux battements de mains". Qu'ajouter à cela ?

 

Pour lire les articles consacrés à Ingrid Bergman et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


INGRID BERGMAN - PORTRAIT       

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, dont "Le 7e sceau", "Les fraises sauvages" et "Sonate d'automne", cliquer sur le lien ci-dessous :  

  

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN
 

 

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Collection Christophe L.  Collection Christophe L.

                                          

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 12:50

Véronique Reymond, Andy Gillet et Cécile Cassel. Rezo Films         1920 - 2010


Aux Cahiers du Cinéma dont il fut le rédacteur en chef de 1957 à 1963, Rohmer partageait avec Doniol-Valcroze et Pierre Kast un goût proche pour le marivaudage cinématographique. Tous trois nés en 1920 étaient les aînés des jeunes turcs : Rivette, Chabrol, Godard et Truffaut nés entre 1928 et 1932. En tant que critique, Rohmer allait s'attacher à réfléchir à la nature de l'imaginaire cinématographique et au cinéma comme art de l'espace. Une fois derrière la caméra, il placera néanmoins la parole au coeur de son oeuvre et fera de celle-ci un long journal intime, journal d'un séducteur toujours repris par le démon de la fidélité.

Admirateur de Hitchcock sur lequel il écrira un ouvrage avec Chabrol en 1957, de Hawks, de Rossellini, de Renoir et de Mizoguchi, il sera un défenseur du cinéma classique et un opposant de fait au cinéma moderne. Convaincu que la Grèce est le berceau et le centre de la civilisation mondiale, nous proposant un modèle de beauté insurpassable, il voit en Hollywood ce que la Renaissance italienne fut au monde des arts. Passionné de pédagogie, Rohmer travaillera pour la télévision scolaire de 1964 à 69, réalisant des émissions sur la littérature, l'urbanisme et l'architecture, ainsi qu'un documentaire sur les films Lumière, sous forme de conversation entre Henri Langlois et Jean Renoir.

 


  Les Films du Losange    Rezo Films


 

Son oeuvre composée, pour l'essentiel, de séries avec Les six contes moraux ( 1962-1972 ), Les comédies et proverbes ( six films de 1981 à 1987 ), Les contes des quatre saisons ( 1990 - 1998 ) fait de la conversation ordinaire ou érudite ( Ma nuit chez Maud - 1969 ), l'enjeu narratif de ses films. Les dialogues d'une grande pureté littéraire révèlent à eux seuls un authentique talent d'écrivain au point que leur lecture provoque déjà un réel plaisir. Ce cinéma de la parole entrepris avec des moyens minimalistes explore la relation entre un texte épuré et des images étincelantes et aborde à l'écran des sujets peu habituels : la religion catholique, le puritarisme, le pari de Pascal, sans pour autant verser dans une quelconque affectation.


Marie-Christine Barrault. Les Films du Losange


 

Ce cinéma est, par ailleurs, celui de la tentation ( L'amour l'après-midi  Le genou de Claire ), du renoncement, du passage à l'acte attendu et  non accompli par fidélité à des valeurs, à un code moral, à une conviction spirituelle. Contrairement à ses amis de la Nouvelle Vague, il connaîtra le succès tardivement grâce à Ma nuit chez Maud( 1969 ), son film le plus accompli avec Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian. Il se consacrera, plus tard, à des recherches picturales innovantes avec des films comme Perceval le Gallois ( 1978 ), La marquise d'O ( 1976 ) ou  L'anglaise et le duc ( 2001 ). Proche de Bresson de par son goût de l'épure et de la pureté, il s'en éloigne par son attirance prononcée pour les beautés de la chair, l'éclat du corps de jeunes filles ravissantes et une certaine perversité maîtrisée. A la façon d'un Henry James, il fait du non-dit, de l'implicite, du malentendu, la dramaturgie de ses films. Dans le cinéma français, il tient une place à part, celle d'un cinéaste chez lequel l'intelligence a pris le pouvoir sur le sentiment et l'énoncé du verbe sur l'image.


Pour lire les articles consacrés aux acteurs de la N.V. et sur la N.V. et ses jeunes turcs, cliquer sur les titres :


LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE       

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS 

 

 

Et pour accéder à mes articles consacrés à des films de Rohmer  comme  Ma nuit chez Maud  -  Les nuits de la pleine lune - Les amours d'Astrée et de Céladon  et Le genou de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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Rezo Films Cécile Cassel, Véronique Reymond (de dos) et Rosette. Rezo Films

 

 

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 11:49

Films sans Frontières


Né le 5 décembre 1890 , fils d'architecte, Fritz Lang a incarné, par excellence, les vertus du cinéma allemand de la République de Weimar, puis le classicisme de l'âge d'or des studios avec lesquels il entretiendra cependant des rapports distants. Aux côtés du producteur Eric Pommer, sa carrière connaît une rapide ascension dans un milieu où se rencontrent des créateurs venus du théâtre et des auteurs issus de la littérature populaire. A ce carrefour d'influences, Lang apparaît comme un cinéaste raffiné qui se plaît à aborder des thèmes macabres et fantastiques, à s'intéresser au crime, aux pouvoirs occultes et aux sociétés secrètes.  Mabuse,  Les espions, La femme sur la lune  recèlent de nombreuses trouvailles, aussi bien dans le montage qui accentue le rythme de l'action que dans les plans qui privilégient les jeux de l'ombre et de la lumière.

 

Lang s'impose également comme l'initiateur de mythes modernes. Ainsi son Mabuse de 1922 sur lequel il reviendra en 1932 et 1959. Si les films du cinéaste juif, d'origine autrichienne, reflètent parfaitement les angoisses de son époque, ils n'en sont pas pour autant les esclaves et, dès l'apparition du parlant, Fritz Lang confirme son talent de créateur informel et puissant. M le maudit ( 1931 ) dénonce déjà le danger des milices autoproclamées. Le cinéaste organise son récit de la traque humaine autour de deux systèmes opposés qui finiront par s'unir : la force publique incarnée par l'inspecteur de police et le clan du crime organisé avec, à sa tête, Schränker qui, avec l'aide des mendiants, entend se débarrasser d'un intrus dont la présence est pour tous un élément perturbateur. Situé dans une ville anonyme, M nous dépeint une société faite de dénonciations, de rumeurs, de fausses informations, où les pressions de masses gouvernent en lieu et place de la loi. Après M le Maudit, il tournera  Le testament du Docteur Mabuse, charge féroce contre le pouvoir, que Goebbels fera interdire, ce qui ne l'empêchera pas, par un de ces caprices  qui lui étaient habituels, de proposer à l'auteur de diriger l'industrie cinématographique allemande. Méfiant à juste titre, Lang fuira l'Allemagne dès le lendemain de cette proposition. Il passera par Paris le temps de tourner Liliom, puis gagnera les Etats-Unis.

 

Il est vrai que durant sa période allemande, ce cinéaste, élégant et réfractaire aux classifications, se nourrissait volontiers du métissage des références, d'où des divergences d'interprétation et des malentendus dont seront victimes plusieurs de ses films, auxquels certains reprocheront la dimension héroïque qui sut séduire un moment les nazis. Dans Les espions, Métropolis, la vision pessimiste de l'avenir entretient le doute sur la supériorité des représentants de l'ordre et de l'autorité. Et l'on sait que la conclusion de Métropolis, récit humaniste et compassionnel, propose une réconciliation entre dominants et dominés.

 

Emigré aux Etats-Unis, Lang - qui s'est fait naturaliser américain -  va dès lors porter à l'écran les idéaux démocratiques de son pays d'adoption et réaliser des films de genres divers : guerre ( Guérillas ), espionnage ( Espions sur la Tamise ), enquête policière ( La femme au gardénia ), thriller ( Chasse à l'homme ), en veillant à éviter tout stéréotype. Il est également séduit par l'éthique du western, dont il transforme les archétypes en sagas à l'ancienne ( Le retour de Frank James ), bien que L'ange des maudits ( 1952 ) échappe à toute classification.

 

 

 Carlotta Films Connaissance du Cinéma


La Rue rouge ( Scarlet street ), étude clinique des rapports amoureux, sera un remake de La chienne de Jean Renoir, transformée en odyssée de la culpabilité, un thème récurrent chez Lang, ainsi que ceux de la vengeance et de la volonté de puissance qui trouvent leurs fondements dans les machinations des hommes et les ressources de la psychanalyse ( Le secret derrière la porte ). Dans ce dernier long métrage, il exprime métaphoriquement les rapports de domination et de soumission, le vertige qui vous saisit devant le vide et le passage inquiétant entre deux niveaux de conscience.

 

L'invraisemblable vérité, l'un de ses rares films en couleurs, renonce, quant à lui, à tout effet visuel pour atteindre une forme d'abstraction, l'abondance des péripéties et des retournements de situations contrastant avec la réduction des valeurs plastiques. Mais quand il sort en 1956, Fritz Lang est las. Les projets qu'on lui propose ne l'enthousiasment pas et ses mauvais rapports avec Bert Friedlob n'ont fait que s'ajouter aux nombreux conflits qu'il a eus avec ses producteurs précédents. Aussi quitte-t-il Hollywood pour revenir en Allemagne et y réaliser, pour le producteur Arthur Brauner, une oeuvre en deux parties : Le tigre du Bengale et  Le tombeau hindou. Avec ce diptyque, Lang renoue avec son goût du mythe. Malgré une intrigue peu convaincante, il peaufine la forme, retrouve l'expressivité du cinéma muet et joue avec des couleurs apaisées, tout en attardant sa caméra sur la surface lisse des marbres, le corps sensuel de Debra Paget et les innombrables détours des labyrinthes, où il peut donner libre cours à son sens de l'architecture.

 

L'architecture sera également présente dans Le diabolique docteur Mabuse avec l'hôtel Louxor, ses corridors sans fin, ses ascenseurs, lieux de passage privilégiés où il arrive que des destins se croisent. Les mille yeux du docteur Mabuse - titre original du film - ne sont autres que les systèmes technologiques de surveillance qui permettent au disciple du docteur de contrôler ses futures victimes sans être vu. Lang n'a plus besoin de recourir à l'hypnose comme dans son film de 1922. C'est désormais la technique qui domine le monde et la télévision qui, bientôt, supplantera le cinéma. Ce film, comme les précédents, sera accueilli par une critique allemande presqu'unanimement hostile, et moins clémente encore à son égard que ne l'avait été, auparavant, la presse américaine, ce qui incitera le cinéaste à prendre sa retraite. Il est vrai que Lang ne s'était pas privé de faire en sorte de souligner, à dessein, l'amnésie de l'Allemagne contemporaine à l'égard du IIIe Reich et que cela n'avait pas plu à tout le monde...

 

Mort à Hollywood le 2 août 1976, Lang aura sa revanche posthume, tant il va exercer une influence incontestable sur les cinéastes de la Nouvelle Vague et, plus précisément, sur des personnalités comme Godard, Rohmer et Rivette. Godard n'hésitera pas à dire qu'il fût un modèle, le seul père reconnu, le dinosaure avec lequel il pouvait dialoguer d'égal à égal, le grand aîné dont le style ne cessa de s'épurer de tout artifice jusqu'à atteindre ce que son jeune disciple appellera une "quasi-abstraction". Mais abstraction ou pas, Fritz Lang reste un témoin éclairé du XXe siècle. Son sens de l'espace, le lien étroit qu'il établit entre la complexité de ses personnages et un montage suscitant une tension narrative permanente, l'articulation qu'il se plaît à entretenir entre l'imprévisible et l'inéluctable expliquent pourquoi son oeuvre est de nos jours considérée comme l'une des plus puissantes du 7e Art.  

 

Pour prendre connaissance des critiques que j'ai consacrées à des films de Fritz Lang, comme  M le Maudit, cliquer sur le lien ci-dessous ( L'ange des maudits étant classé parmi les westerns et le cinéma américain ) :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 


Films sans Frontières Films sans Frontières    

 

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 10:37

Les Acacias Pathé Distribution Mars Distribution


                                                       1922 - 2014

 

Mort samedi 1er mars, Alain Resnais laisse derrière lui une oeuvre d'une grande poésie et d'une inventivité qui le classent parmi les réalisateurs incontournables du cinéma français. Son film L'année dernière à Marienbad compte parmi mes films préférés. Extrêmement subtil, le cinéaste aimait retrouver une vision des choses authentique, posant sur chacune d'elles un regard qui savait encore s'émerveiller.

 

Homme discret, voire secret, Alain Resnais appartenait à la génération de la Nouvelle Vague. Avec deux films aussi remarquables que  Hiroshima mon amour et  L'année dernière à Marienbad,  il marque de son empreinte le cinéma français en proposant une confrontation du passé et du présent et en ébauchant une nouvelle structure du temps. Cette empreinte sera considérable. Breton de naissance ( 3 juin 1922 ), il est apparenté à Merlin l'enchanteur et sera, dès sa prime jeunesse, un lecteur éclairé d'une littérature où se côtoient Proust, la bande dessinée, les poètes en général et les classiques en particulier.

 

Corbis Sygma    

Bachelier en 1939, il s'inscrit au cours de René Simon et fera partie, lors de la création de l'IDHEC en 1943, de la première promotion. Son service militaire en Allemagne terminé, il travaille à Paris 1900 et réalise L'alcool tue avec Remo Forlani, courts métrages où il fait ses gammes et devient un des auteurs les plus originaux du genre. Son  Van Gogh tourné en 1948 est immédiatement remarqué comme une oeuvre riche de promesses. Primé à Venise, ce film obtient un Oscar à Hollywood. Gauguin en 1950 sera moins réussi, alors que Guernica, sur un texte de Paul Eluard, est un authentique chef-d'oeuvre et obtient le Prix du film d'Art au Festival de Punta del Este.


Conscient de maîtriser son écriture cinématographique, Resnais met en chantier plusieurs projets dont Moderato Cantabile d'après Duras, Pierrot mon ami d'après Queneau et Les mauvais coups d'après Roger Vailland. Avec Nuit et brouillard, il aspire à toucher un public plus large et recule les limites de ce que l'on croyait réalisable, en s'efforçant de trouver les formes adaptées à la transmission de l'intransmissible : les camps de la mort. Avec Jean Cayrol, le cinéaste a rencontré le partenaire inespéré, car rescapé de Mauthausen et soucieux lui-même " non de fuir, mais de trouver le lieu et la formule ". Nuit et brouillard  obtint le prix Vigo 1956 et son audience n'a pas cessé, depuis lors, de se renouveler.


  


Avec Hiroshima mon amour, qui confirme la modernité de son auteur par son lyrisme incantatoire, vient le temps des longs métrages qui permettront à Resnais, déjà très apprécié, de faire une entrée fracassante dans l'histoire du 7e Art. Cela, grâce à une conception personnelle du montage et du récit, où s'opposent et se complètent les moments-clés de deux vies hypothéquées par l'Histoire. Le scénario, signé Marguerite Duras, situe d'emblée le film dans une nouvelle problématique romanesque. Ce recours aux écrivains en quête de voies nouvelles valut au réalisateur la réputation ambiguë de cinéaste littéraire, alors même que ce recours remonte aux origines du cinéma. Nombreux furent les metteurs en scène qui se sont inspirés de textes de grands auteurs et les ont adaptés selon leur propre sensibilité avec plus ou moins de bonheur.


Mais la démarche de Resnais s'effectue en faisant appel à un autre processus qui vise à modifier le statut du texte écrit. Ce qu'on a englobé sous l'appellation " Nouveau roman" s'inscrit dans un engagement partagé par l'écrivain et le cinéaste de recourir à une narration objective. Ce n'est donc pas une simple transposition qui s'effectue entre eux mais une autre forme de lecture qui s'impose selon des lois qui lui sont propres et où s'ajoutent des éléments comme la musique, le son, les timbres de voix, créant un texte polymorphe. Aussi n'est-ce pas un hasard si Resnais apparaît dans l'Histoire du Cinéma comme quelqu'un qui remet en cause le romanesque traditionnel.

L'année dernière à Marienbad en 1961 se fera avec la complicité d'Alain Robbe-Grillet ( scénario et dialogues ) et remportera le Lion d'or à la Biennale de Venise, récompense méritée pour un film que je considère comme l'un des plus beaux du cinéma français. Une histoire simple qui se dérobe, fuit, glisse, échappe et se refuse à l'élucidation critique, où le temps lui-même se soucie très peu du calendrier et où les souvenirs, les rêves, les désirs, viennent à tous moments brouiller les cartes d'un jeu onirique et ouvrir la voie à un ressassement sans fin. Jean-Louis Leutrat écrira à ce propos que l'on retrouve dans ce film labyrinthe " une filiation avec la tradition poétique qui, du Moyen-Age à Julien Gracq, en passant par les romantiques allemands, a su exprimer la magie nocturne et les rencontres somnanbuliques ; la charge érotique des paysages insolites solitaires et fantomatiques ; silencieux et muets comme des après-midi éblouis de soleil ou des minuits ténébreux traversés d'astres froids ".

 Muriel ( 1963 ), sur un texte de Jean Cayrol, ne recueillera qu'un piètre succès et sera suivi de  La guerre est finie ( 1966 ), avec la collaboration de Jorge Semprun ( scénario et dialogues ) et interprétation d'Yves Montand, alors que Je t'aime, je t'aime ( 1968 ) sortira dans un contexte peu favorable. En effet, la dissection de l'imaginaire, de l'inconscient et des rêves coïncidait mal avec la confusion idéologique d'une période de crise.  


   


En 1980, Mon oncle d'Amérique obtient, quant à lui, le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes et un succès inespéré auprès du public. Ce film, ainsi que Providence et La vie est un roman sont trois variations sur les rapports entre la théorie et la fantaisie, la réflexion et l'imagination, la comédie et le drame. En 1984, L'amour à mort sera à son tour présenté à Venise et s'articule autour de l'idée que mourir d'amour peut arriver à n'importe qui. " L'Amour jusqu'à la Mort, l'Amour est plus fort que la Mort ou l'Amour est si fort qu'il peut conduire à la Mort " - dira son auteur lors de la présentation à la Biennale de Venise. Ici les références au Dreyer de Ordet ou au Bergman des Communiants sont évidentes ; elles confrontent la vérité de la Parole ( ou du Verbe ) à celle de la chair, comme pour en mieux signifier le divorce ou le malentendu. Pour Resnais, l'agnostique, la conscience de la mort est la seule voie grâce à laquelle l'homme et la femme peuvent imaginer le bonheur et l'amour.

Mélo, en 1986, est construit selon un schéma assez proche de celui de L'année dernière à Marienbad, mais reste dans le registre du théâtre filmé et n'a nullement l'ampleur du précédent. Néanmoins, le film dépasse de loin le simple exercice de virtuosité et débouche, comme toujours chez Resnais, sur une réflexion intelligente à propos du langage parlé et de l'amour à l'épreuve du mal, qui permet de distinguer entre ce qui relève de l'aventure frivole et du véritable sentiment.


Sabine Azéma et Pierre Arditi. Collection Christophe L.


Parmi les dernières réalisations du cinéaste,  On connait la chanson, est une brillante variation sur la chanson populaire, où se mêlent un jeu de références et une comédie sur l'image de soi, alors que Smoking No Smoking met en scène celui des apparences et est adapté d'un cycle théâtral réputé injouable de l'anglais Alan Ayckbourn. Virtuose du montage, paradoxal et inclassable, Resnais a réalisé une filmographie qui frappe par son exigence, son originalité, sa force, sa poésie, son charme lancinant et s'organise autour de deux pôles l'amour et la mort, éminemment attractifs, qui ont pour vocation d'affirmer la prééminence de la vie, des émotions, des rêves et de s'octroyer le pouvoir de recourir au mythe constitutif de notre propre sensibilité culturelle : celui magique et envoûtant d'Orphée. A 90 ans, le jeune homme avait proposé son avant dernier opus Vous n'avez encore rien vu ... tout un programme que le public avait accueilli mollement  et, alors qu'il vient de s'éloigne, un ultime film va nous le rendre éternellement vivant et nous prouver que s'il quitte le cinéma, le cinéma ne le quitte pas.


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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 15:29

 Beta Film GmbH  


                                      1932 - 1984

 

Le cinéma m'a sauvé la vie - écrivait François Truffaut, avant d'ajouter : si je me suis jeté dans le cinéma, c'est probablement parce que ma vie n'était pas satisfaisante pour moi dans les années de première jeunesse, à savoir les années d'occupation. De dix à dix-neuf ans, je me suis jeté sur les films : je n'ai pas de recul là-dessus.
Et il est vrai qu'avant de devenir cinéaste, Truffaut fut cinéphile, puis critique, métier qu'il pratiquera avec passion. Il fut d'ailleurs un critique redouté et le plus souvent perspicace quant à ses jugements sur le talent des autres.


Le sien, il commencera à l'exercer dans Les mistons ( 1957 ) où apparaît une configuration qui se perpétue à travers toute son oeuvre : un garçon troublé par une belle femme lui fait une déclaration d'amour écrite. Dans ce premier long métrage, nous voyons une bande de jeunes gens tombant sous le charme de Bernadette Lafont. Les petits voyeurs l'épient, interrompant les baisers qu'elle échange avec Gérard Blain.


L'enfance sera pour Truffaut une source inépuisable d'inspiration qu'il inaugurera avec  Les quatre cents coups ( 1959 ). Tout comme Antoine Doinel, son héros, Truffaut fit de la salle de cinéma un chez lui de substitution. Son regard sur son art s'aiguise avec Tirez sur le pianiste ( 1960 ), film noir, jouant sur un registre tragi-comique, où l'on découvre un Charles Aznavour déchiré entre deux femme qu'il ne parvient pas à sauver. Truffaut avait adapté son film d'un roman de David Goodis, transformant un ensemble de rues sombres en un terrain fertile pour gangsters comiques et amants maudits.

 

François Truffaut derrière la caméra. Collection Christophe L.


On retrouve le mélange des tons dans Jules et Jim ( 1961 ), adapté lui aussi d'un roman, celui auto-biographique d'Henri-Pierre Roché qui traite de l'amitié, de l'amour et de la vénération de deux amis inséparables pour une déesse qui se révélera trop humaine sous les traits de Jeanne Moreau ( Catherine ) qui incarne à leurs yeux la sublime statue. Grâce à une caméra mobile, Truffaut suscite notre intérêt pour des personnages qui, de prime abord, ne semblent pas sympathiques et, par ce subterfuge, ni ne condamne, ni n'approuve cette relation triangulaire, laissant à la responsabilité du public la spéculation morale. La caméra s'autorise de grandes libertés, additionne travellings, panoramiques et ouvertures de champ, ce qui est encore amplifié par la musique. Le Tourbillon entonné à mi-film par Catherine évoque ce qu'il y a d'éphémère dans cette rencontre qui ne sera rien d'autre qu'une brève aventure, une séparation, puis une réunion post mortem, comme si la fin du film suggérait un cycle perpétuel de recommencements.

 


Si Truffaut s'est affirmé comme le cinéaste le plus " littéraire " de la Nouvelle Vague, s'il a montré un penchant pour le commentaire en voix off, c'est parce que ses personnages et sa mise en scène sont particulièrement concernés par le langage. Ses héros ont souvent à voir avec l'écriture, il arrive qu'eux-mêmes rédigent des romans comme dans L'homme qui aimait les femmes. Il n'est pas rare non plus que le cinéaste glisse ici et là des citations puisées dans ses films préférés. Toujours pénétré de la fibre critique et historienne du temps où il écrivait aux Cahiers du cinéma, Truffaut aimait à témoigner dans ses films de sa conscience aiguë d'une continuité cinématographique et à établir une relation avec ses prédécesseurs.

 

Mais ce sont les incertitude de l'amour qui composent la clé de voûte de l'oeuvre, que ce soit dans les années Léaud ( Baisers volés, Domicile conjugal, L'amour en fuite, Les deux anglaises et le continent ), plus tard dans La nuit américaine, L'enfant sauvage, Une belle fille comme moi, où l'on voit constamment des êtres emprisonnés en eux-mêmes, marginalisés par une société qui ne peut pas les accueillir et qui entretiennent avec l'amour, dont ils ont tant besoin, une relation difficile et angoissante. En ayant souvent recours à la voix off, Truffaut annonce clairement qu'il se considère comme un conteur et ne craint pas d'user d'une narration sophistiquée, ce que beaucoup lui reprocheront.

 


Avec Adèle H, l'histoire d'amour va se décliner sous le mode du JE. Le caractère autonome de cette sombre passion prend un relief particulier lié à la symbolique de l'eau figurant d'abord la noyade de Léopoldine, la fille préférée du père ( Victor Hugo ), l'évocation de l'île, celles de Guernesey et Jersey où l'écrivain vécut en exil et, enfin, le naufrage d'Adèle dans la folie. Et cela sur fond de musique, saxophone qui devient en quelque sorte la voix d'Adèle, comme "Le Tourbillon" avait lié ensemble, dans une sorte de tournoiement, un amour à 3 visages.

 

 

Ce contrepoint entre le littéraire et le cinématographique, le visuel et le sonore, le texte pré-existant et l'image animée est au centre de cette filmographie ; nous sommes là en présence d'un réalisateur pour qui les livres et les films ont toujours été plus " réels" que la vie, aux yeux de qui le passé semble plus vivant - ou tout au moins plus riche esthétiquement - que le présent.

 

Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Après viendront des films comme L'amour en fuite, La chambre verte, Le dernier métro et La femme d'à côté. Le réalisateur renoue avec les thèmes de la douleur de la passion romantique et de la violence émotionnelle de l'amour empêché. Curieusement Vivement dimanche, son dernier opus se conclut par une balle dans la tête, alors qu'un an plus tard, le 21 octobre 1984,  l'auteur s'éteindra d'une tumeur au cerveau, laissant derrière lui une oeuvre majeure née sous le signe de la révolte et devenue, au fil du temps, classique. Son itinéraire dit tout ensemble sa passion de la littérature, son goût pour le policier, son amour des femmes, enfin son inaltérable regard d'enfant sur la vie contemplée depuis l'objectif d'une caméra ultra sensible.

 

Pour lire les articles consacrés "Aux acteurs et actrices de la N.V." et "La N.V. et ses jeunes turcs", cliquer sur les titres :

 
LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE    

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS

 

Et pour consulter les critiques que j'ai consacrées à des films de Truffaut, comme Jules et JimAdèle H., La nuit américaine et Le dernier métro, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

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FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
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