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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 08:05

                  Collection Christophe L.  Ciné Tamaris 

 

LA CINEMATHEQUE REND ACTUELLEMENT HOMMAGE A CE REALISATEUR. "LA PLUMET ET L'IMAGE" S'Y ASSOCIE.

 

Après avoir été l'auteur de plusieurs courts métrages, Jacques Demy, qui avait reçu une formation de technicien et était passé par l'école des Beaux-Arts, réalise son premier long métrage en 1960. Tourné à Nantes et dédié à Max Ophüls, Lola  est l'un des films les plus beaux de la Nouvelle Vague, grâce à la photographie lumineuse de Raoul Coutard et à la musique radieuse de Michel Legrand, film où s'enlacent les destins de plusieurs personnages autour de la séduisante Lola ( Anouk Aimée ). L'année suivante, Demy s'attaque à  La baie des anges, descente dans l'enfer du jeu autour de la personnalité ambiguë et volontiers perverse de Jeanne Moreau qui ne connaîtra pas le même succès que le précédent. En 1964,  Les parapluies de Cherbourg, dont les dialogues sont chantés, surprend et enthousiasme par son harmonie et son efficacité émotionnelle. Demy y traite des choses sur lesquelles le temps a le plus de prise : les sentiments et les gens fragiles. Aucun autre de ses films n'obtiendra un accueil aussi chaleureux et autant de récompenses ( Prix Louis Delluc, Palme d'or à Cannes, nomination aux Oscars ). L'enchantement tenait pour une grande part à la musique de Michel Legrand, à la beauté d'une débutante délicieuse Catherine Deneuve, à l'irréversibilité des événements. Et la chance voulut que cet enchantement soit encore présent dans Les demoiselle de Rochefort,  film où Demy réalise son rêve d'une vraie comédie musicale à l'américaine avec tous les ingrédients : scènes chantées et dansées, comédie, romance, couleurs chatoyantes et distribution éclatante avec, aux côtés de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, deux danseurs américains de renommée internationale : George Chakiris  l'un des héros de West Side Story et Gene Kelly, l'inoubliable vedette de Chantons sous la pluie et d' Un américain à Paris. Avec ce dernier opus, Demy poursuivait un thème qui lui était cher : le couple idéal réuni par le hasard.

 

Portrait_Demy_2.jpg

 


Désormais, au sommet de sa réputation, le cinéaste peut augurer d'une suite de carrière confortable. Or, il n'en sera rien.  Model shop  ( 1968 ), réalisé aux Etats-Unis, semble préfigurer une suite à Lola, avec quelque chose d'une réflexion plus amère, dans la lignée de La baie des anges. Mais le film, mal distribué, sera un échec. Revenu en France, Demy tourne  Peau d'âne  ( 1970 ) avec son actrice fétiche Catherine Deneuve, un conte plein de charme et de poésie qui, à la façon de Cocteau, joue sur deux tableaux : d'un côté fable pour enfants, de l'autre variation polissonne, qui saura captiver le public.

 
L'année suivante, il entreprend un nouvel opus avec  Le joueur de flûte  ( 1972 ), beau film inspiré par la légende d'un charmeur de rats, interprété par le chanteur Donovan, où il cerne métaphoriquement le rôle de l'artiste face aux compromissions des hommes. Mais, pour des raisons obscures, ce film ne bénéficiera que d'une diffusion confidentielle et les années 60 se révèleront très difficiles pour le réalisateur.

 
Après l'insuccès d'une comédie à demi réussie L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune, Demy doit accepter de travailler à deux oeuvres de commande, dont le résultat, sans être indigne de son talent, ne recueillera pas l'audience souhaitée : Lady Oscar ( 1978 ), adaptation raffinée d'un roman feuilleton historique qui se déroule dans le décor naturel du château de Versailles et La naissance du jour ( 1980 ) d'après Colette, destiné à la télévision.

En 1982, il revient à Nantes et se consacre à un ancien projet Une chambre en ville ( 1982 ). Cette histoire d'amour tragique sur fond de lutte des classes intégralement chantée ( musique de Michel Colombien ) sera un terrible échec commercial, malgré le soutien unanime de la critique. Parking ( 1985 ), variation sur le mythe d'Orphée souffrira, quant à lui, d'un casting contestable et, le vent ayant tourné, le public versatile se détachera de celui qui l'avait tant de fois enchanté. Avec Trois places pour le 26 ( 1988 ), il met en scène son dernier long métrage auprès d'un Yves Montand au faîte de sa carrière et ce film, malgré ses qualités musicales, ne suscitera qu'un succès d'estime. Sachant sa mort prochaine, sa femme Agnès Varda lui consacre un émouvant hommage avec Jacquot de Nantes, histoire de sa jeunesse et de sa passion pour le cinéma et la musique. Il décédera quinze jours après la fin du tournage le 27 octobre 1990 du sida, à l'âge de 59 ans.


Pour consulter les critiques des films du cinéaste, cliquer sur leurs titres :

 

PEAU D'ANE de JACQUES DEMY             LOLA de Jacques DEMY      

 

LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT de JACQUES DEMY

 

 

                                       TF1 Films Production  

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 09:09
DAVID LYNCH

 Kyle MacLachlan.  Brooksfilms Collection Christophe L.

                                                          

Difficile de brosser en quelques lignes le portrait d'un homme qui est encore en pleine activité créatrice, sinon de l'écouter parler de lui-même, de ses projets, de ses aspirations, de ses doutes, de ses enthousiasmes, de ses craintes aussi. Comment se voit-il, comment évolue-t-il ? Ce qui est intéressant d'ailleurs avec les films de David Lynch, c'est que contrairement aux Ch'tis, ils ne font pas l'unanimité. Alors comment vit-il ces contestations permanentes ? Certains, après avoir vu Inland Empire ( 2006 ) se sont inquiétés du taux de drogue que ce dernier avait dû absorber pour avoir une semblable écriture cinématographique ; des cyniques ont proposé que ses oeuvres soient sponsorisées par l'Institut national du sommeil et de la vigilance, alors que les inconditionnels - et ils sont tout de même nombreux - ne manquent pas de tomber en pâmoison à la simple évocation du maître. C'est dire à quel point ce cinéaste est contesté. Du surréaliste Eraserhead ( 1977 ), son premier long métrage en noir et blanc oppressant, à l'envoûtant Lost Highway ( 1997 ) ou à l'incantatoire Mulholland Drive ( 2001 ), en passant par ses productions musicales Blue Bob ( 2002 ) et Elephant Man ( 1980 ) où il se confirme comme le peintre des marginaux et des "monstres", David Lynch ne cesse de surprendre,  de dérouter, fasciner et troubler par son oeuvre fantasmée, volontiers construite sur des énigme et qui donnent au moins une idée de la subtilité et de la sensibilité de leur auteur. Et il déroute d'autant plus qu'il privilégie la force de mystère et l'abstraction et montre peu d'empressement dès qu'il s'agit de répondre aux interviews et d'apporter quelques éclaircissements sur son travail.  

 

David Lynch. Bac Films

 

Aussi est-il impératif de l'écouter lorsqu'exceptionnellement il lève un coin du voile à travers un livre qui oscille entre autobiographie et recueil de pensées : Mon histoire vraie aux éditions Sonatine.
De cet ouvrage, il ressort que l'auteur de Twin Peaks est un homme ( presque ) normal, certainement peu banal qui a étudié aux Beaux-Arts et est resté marqué par cette formation. La preuve en est que, malgré ses oeuvres hantées de meurtres et peuplées de schizophrènes délirants, Lynch ne se considère ni comme un psychopathe, ni comme un maniaco-dépressif. Il est équilibré, écrit-il, ne se drogue que de café et reste émerveillé par les innombrables surprises que la vie ne cesse de nous réserver. S'il nous conte, à travers ses longs métrages, des histoires sombres, c'est simplement parce qu'elles reflètent notre monde qui, contrairement à l'enfer, n'est pas toujours pavé de bonnes intentions...D'ailleurs lui-même pratique assidûment la méditation transcendantale, afin de conserver sa sérénité et sa créativité. En définitive, il n'est jamais qu'un observateur sans concession d'un monde passionnant mais un peu fou.


Laura Dern. Mars Distribution


On apprend aussi, en poursuivant la lecture de ce livre, que ses idées poétiques et dérangeantes ne lui sont pas inspirées par ses cauchemars  mais, et je le cite : qu'elles sont comme des poissons. Les petits sont proches de la surface de l'eau, et les gros...plus beaux, plus purs - nagent en profondeur. Plus votre conscience s'élargit, plus vous plongez loin et trouvez de gros poissons. Vous l'aurez compris, la méditation transcendantale a encore frappé. Moi - poursuit-il - j'utilise cette technique pour attraper des poissons-idées de cinéma, mais il existe toutes sortes de poissons-idées : pour le design, l'informatique, le commerce. Je n'ai pratiquement jamais tiré d'idées de mes rêves. Les poissons, pensez aux poissons ".
Nous voilà avertis et désillusionnés, tant nous aspirions à un créateur un peu plus déjanté. Il n'en est rien. Remisons notre mythe au grenier.

Par contre Lynch admet être un rock'n'roller amoureux de la musique, mais pas un vrai musicien :  Je tiens avant tout à être libre de faire un film comme je l'entends, de A à Z. Si d'autres personnes s'en mêlent, le projet n'est pas cohérent et devient un échec, comme de fut le cas pour Dune. Lui-même est attristé par les formules qui régissent le cinéma aujourd'hui :  Si vous voulez faire quelque chose, faites-le ! Conservez votre propre voix, et cassez les codes ! Il n'y a pas de règles en art.

 

Contrairement à ce qui avait été dit ici et là, David Lynch ne travaille pas à une suite de Twin Peaks, ni à une adaptation de La métamorphose de Kafka ou du Lolita de Nabokov, même si ces derniers projets lui trottent dans la tête. Pour le moment, il se concentre sur la peinture, de nouvelles photos et sa musique. Ainsi que sur un documentaire de la tournée mondiale qu'il a effectuée pour promouvoir la méditation transcendantale. Quant à sa prochaine réalisation, soyons patients, Lynch n'est pas homme à se séparer longtemps de sa caméra. Grand créateur de sortilèges visuels et sonores, il réussit toujours à fasciner son public grâce à une oeuvre  fluide et souvent émouvante, avec une imagerie à double face qui ne dédaigne pas de débusquer les nuances de l'ombre et renvoie en permanence à une réflexion sur le cinéma et ses possibles et l'exhibition des apparences. Lynch a toujours enchanté par son sens du mystère.

 

Pour lire les articles consacrés aux Réalisateurs, cliquer sur le titre :


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David Lynch lors du Festival de Cannes 2017

David Lynch lors du Festival de Cannes 2017

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 11:48

 

                         Vittorio Gassman et Agostina Belli. Dean Film

 

Dino Risi, le cinéaste de la comédie italienne par excellence, s'en est allé à l'âge de 91 ans, sans tambour, ni trompette, nous laissant le souvenir d'une filmographie hilarante et de qualité, allant du magnifique Parfum de Femme ( 1975 ) à  Le Fou de guerre ( 1985 ). Auteur d'une oeuvre savoureuse, ce fils de médecin, qui se destinait dans un premier temps à une carrière de psychiatre, a géré le genre avec un immense talent et une fine intelligence. C'est lui qui, après la vague du néo-réalisme, fit revenir le sourire dans les salles obscures. Après avoir été l'assistant de Soldati et de Lattuada, Dino Risi sauta le pas et devint réalisateur avec un premier long métrage en 1952. Il y évoque alors les classes défavorisées dans Pauvres mais beaux ( 1956 ) avant de signer les troisième volet de Pain, amour et..., où il révélait la sculpturale Sophia Loren qui prenait le relais de Gina Lollobrigida.  Ainsi s'est-il plu à brosser des portraits jubilatoires des personnages de la vie quotidienne italienne, sans oublier de pointer du doigt avec ironie et férocité les vestiges toujours sombres du fascisme.

 

 

 

 

 

                       Fair Films 

 

Cela avant de tourner ce que certains considèrent comme son chef-d'oeuvre  Le Fanfaron ( 1962 ), où les ressorts conventionnels de la comédie s'effritent dans une confrontation cruelle entre Vittorio Gassman et  Jean-Louis Trintignant, le quadragénaire hâbleur et le jeune homme timoré, symboles d'une société que le metteur en scène pointait du doigt sans complaisance. Il excelle également dans un film à sketchs comme Les Poupées et réussit une prodigieuse satire avec Les Monstres ( 1963 ), où il épingle, non sans délectation, la sottise de ses contemporains.


Ce metteur en scène avait choisi de traiter les tragédies de l'histoire en jetant sur le faciès des montres de notre époque ou des laissés-pour-compte un masque bouffon, abordant le terrorisme par le biais de l'ambiguïté ou le mariage des prêtres par celui de l'émotion. Artisan moraliste, pudique et lucide, il le prouve encore dans Parfum de femme qui valut à Gassman un prix d'interprétation au Festival de Cannes 1975 et osa s'approcher d'un sujet difficile - celui d'un aveugle coureur de jupons - sans hypocrisie, où il apparaît que le désespoir peut se déguiser et s'étourdir afin que le drame vire à la farce et que le cynisme finisse par déposer les armes devant le sentiment.
Avec Parfum de femme ( 1974 ) commence sa période pessimiste : de l'aveugle exubérant de ce film au fou dédoublé d'Ames perdues ( 1976 )  et jusqu'au vieil acteur déchu de  Dernier amour ( 1978 ),  tous représentent les facettes révélatrices de leur auteur de plus en plus obsédé par un monde qui semble fasciné par ses abîmes.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :
LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter les critiques que j'ai faites des films de  Risi dont Parfum de femme et Le fanfaron, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN 



  


                     Vittorio Gassman. Dean Film

 

 

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 12:43

     Affiche du film.    


Sydney Pollack, qui s'est éteint le 26 mai 2008 des suites d'un cancer, fut l'un des cinéastes les plus marquants de l'après-guerre, avec des films comme  On achève bien les chevauxLes trois jours du Condor. Amoureux des acteurs, des actrices, du jeu, le cinéma était sa vie et il sut l'aimer aussi bien devant que derrière la caméra, ne se contentant pas d'endosser la casquette de metteur en scène, mais y associant une carrière d'acteur et de producteur.


Né aux Etats-Unis en 1934 de parents immigrés juifs, il s'était fait connaître du grand public grâce à son interprétation aux côtés de  Robert Redford  dans  La guerre est aussi une chasse  en 1962. Trois ans plus tard, il était devenu metteur en scène et signait  Trente minutes de sursis, drame intimiste, avant de trouver définitivement son style avec  Propriété interdite  ( 1966 ), élégie romantique inspirée d'une pièce de Tennessee Williams. Recherche du temps perdu et quête d'une Amérique disparue s'y confondent dans une égale nostalgie de l'innocence. Thème magnifique que l'on retrouvera dans  Jeremiah Johnson ( 1971 ), où l'on voit un homme quitter la civilisation et tenter de revenir à la vie sauvage sans que son expérience soit concluante, car on ne fuit pas impunément la réalité.


Ce sera ensuite On achève bien les chevaux, tiré d'un ouvrage de  Horace McCoy  où l'on assiste, durant la terrible dépression de 1932, à un marathon de danse mis sur pied par des organisateurs peu scrupuleux, à l'intention d'un public avide de voir des couples, en mal d'argent, entrer en compétition jusqu'à l'épuisement Optant pour l'unité de lieu, Pollack choisit de circonscrire l'action sur la piste de danse et les vestiaires, afin de créer une atmosphère d'enfermement, particulièrement efficace. Par ailleurs, il enrichit son narratif d'un aspect métaphorique en ayant recours à des images pleines de symboles, comme ce cheval qui galope dans la plaine avant de s'abattre dans l'herbe. Enfin, il réussit parfaitement à rendre palpable l'épuisement des malheureux danseurs, les mâchoires crispées, ivres de fatigue et luttant désespérément contre le sommeil. Admirablement interprété par Jane Fonda et Michael Sarrazin, ce film eut un grand retentissement et prouve combien l'auteur sut jouer sur des registres divers et varier les thèmes de ses réalisations.

 

 

                          Le réalisateur Sydney Pollack. Pathé Distribution


C'est à l'âge d'or du cinéma romanesque que Pollack se réfère lorsqu'il constate que peu de choses expriment la vérité autant que les mensonges. Entendons-là, par mensonge : vérité seconde de l'artifice et de la stylisation, vérité supérieure de la métaphore et du symbole. Et il est vrai que la sympathie du cinéaste va spontanément à l'amateur qui méconnaît les règles du jeu, à l'ingénu pris au piège de machinations ténébreuses, à l'individu arraché à sa quiétude de rêveur. Humaniste libéral, il s'est attaché aux êtres plus qu'aux idées et aux sentiments davantage qu'aux idéologies. Dans Tootsie ( 1982 ), par exemple, il introduit une réflexion lucide sur l'identité et ses avatars dans les relations affectives et sociales. Dustin Hoffman y campe, de façon irrésistible, un comédien trop exigeant qui ne rencontre la gloire que grâce à la supercherie : il se travestit en femme et obtient aussitôt le rôle principal dans une série télévisée.
Aussi ne peut-on reprocher à Pollack, en prenant connaissance de sa filmographie, d'avoir dévié de sa trajectoire, empreinte de mélancolie et d'un profond humanisme, faisant en sorte d'allier harmonieusement conscience et romanesque. Ce sera le cas avec  Havana, où il se livre à une véritable réflexion politique sur la révolution cubaine. Plus tard,  il connaîtra la gloire avec  Out of Africa,  le film aux sept Oscars, où il nous dépeint magnifiquement les paysages du Kenya. On retrouve dans cette oeuvre accomplie le charme suranné des vieux films africains, mais le cinéaste sut déjouer les pièges et introduire une incontestable modernité dans son histoire. En nous quittant, il laisse derrière lui une filmographie exemplaire, qui pose sur les hommes un regard aigu mais toujours empreint de compassion et de tendresse. Sans nul doute, il ne fut pas dupe des dangers et erreurs qui menacent notre époque, mais a contribué à hisser le 7e Art vers l'excellence.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :

 


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour accéder aux critiques que j'ai consacrées aux films de Sydney Pollack, comme Jeremiah Johnson, Out of Africa et On achève bien les chevaux,cliquer sur le lien ci-dessous :  


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

 

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 11:22
CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

             Warner Bros. France Collection Christophe L.

                                                   

Un nom qui signe une carrière prolifique et bénéficie d'une aura internationale, qui se conjugue aussi bien sur le plan de l'interprétation que de la réalisation de films. Né le 31 mai 1930 à San Francisco, Clint Eastwood fit son apprentissage d'acteur à la  firme Universal avec laquelle il signa l'un des derniers contrats de salarié proposé par les studios. Alors qu'il semble confiné dans les seconds rôles et des séries comme Rawhide, Sergio Leone va lui donner l'occasion de révéler son talent d'interprète en le faisant tourner successivement dans trois longs métrages : Pour une poignée de dollars ( 1964 ),  Et pour quelques dollars de plus  ( 1965 ) et surtout dans  Le bon, la brute et le truand ( 1966 ), le chef-d'oeuvre que l'on sait.

 

De retour aux Etats-Unis, Clint va fonder sa propre société, Malpaso, et entamer une fructueuse association avec Don Siegel, d'où sortiront notamment Les proies ( 1970 ) et le premier volet de la saga de l'inspecteur Harry. C'est en 1971, après trois collaborations fructueuses avec Siegel, que Eastwood décide de faire cavalier seul en tournant son premier film Un frisson dans la nuit, où il démontre un incontestable talent pour la mise en scène épurée et terriblement efficace. Grâce à la réussite de la série de l'Inspecteur Harry, créée conjointement avec Siegel, qui a eu le mérite de le propulser au hit-parade du Box-Office au même niveau qu'un Robert Redford et un Al Pacino, Clint a désormais les moyens de financer des projets plus personnels, des films en demi-teinte souvent emplis d'émotion. Un auteur est né dont les capacités ne vont cesser de s'affirmer, réalisant une oeuvre où il analyse cliniquement l'Amérique en diversifiant les genres : drame, polar, western, film noir. Le réalisateur sait habilement utiliser tous les outils mis à sa disposition pour offrir sa propre vision de la société : des services de santé à la conquête spatiale, de la corruption politique à l'homosexualité, jetant un regard toujours humain, mais sans complaisance, sur les problèmes qui se posent à son pays.

 

 

                                               Clint Eastwood.  


Rien ne laisse indifférent cet esprit curieux, qui veille à se forger sa propre opinion et à ne pas se laisser influencer par les modes. Certains critiques verront en lui un héritier de John Ford et salueront ce fils spirituel des grands maîtres de l'âge d'or d'Hollywood.


En 1992, il obtient l'Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Impitoyable ( Unforgiven ), western sombre dédié à Don Siegel et Sergio Leone, ses deux pygmalions. Grand film que celui-ci sur la violence et la rédemption qui clôt définitivement le genre et semble achever une époque de sa propre vie. En effet, dans les films qui vont suivre, il semble que Clint prenne du recul et de la hauteur et cède à une inspiration plus apaisée, nous peignant des héros qui, en avançant en âge, ont opté pour la sagesse, sans être pour autant fades ou conventionnels. Ce sera, entre autre, la magnifique réalisation de Sur la route de Madison ( 1994 ), l'une des plus belles histoires d'amour portée à l'écran, avec une finesse et une sensibilité rares. Tout en retenue, en regards et frôlements, Clint face à Meryl Streep  nous dévoile une passion mâture d'une poignante intensité. Ainsi en une vingtaine d'oeuvres, ce soi-disant réactionnaire aura tout abordé, du plaidoyer contre la peine de mort ( Jugé coupable ) aux préjugés dont souffre un riche homosexuel ( Minuit dans le jardin du bien et du mal )jusqu'aux frasques sexuelles d'un président ( Les pleins pouvoirs ), il analyse avec intelligence et acuité les symptômes propres à une civilisation en train de traverser de dangereuses turbulences, dessinant un portrait réaliste de son pays, sans se laisser aller au défaitisme. Car si Clint redoute l'opinion de masse, il garde confiance dans les contre-pouvoirs et fait passer sur l'écran un souffle puissant inspiré de son idéal et de sa conviction qu'il y a toujours un sursaut possible pour retrouver les valeurs basiques et construire plutôt que détruire.

 

 

                      Clint Eastwood. Warner Bros.


Acteur et réalisateur de premier plan, il jouit aujourd'hui d'un statut particulier dans l'univers cinématographique, celui d'un homme fort et humain, d'un conteur hors pair qui sait mieux que quiconque mettre son talent exigeant au service de thèmes graves et actuels, tous abordés avec la même audace et le même souci d'impartialité, composant une belle oeuvre de réflexion sur les grandeurs et misères de notre temps. Il incarne d'autre part, à la perfection, ce qu'un certain cinéma hollywoodien est en mesure de faire : mise en scène dynamique, gravité du propos sous l'apparence d'une production de genre à la finalité spectaculaire. Son dernier opus " American sniper", qui crée polémique, compte déjà comme un des films marquants de l'année 2015 et fait salles combles aux Etast-Unis. Bien qu'âgé de 85 ans, Eastwood regarde toujours notre monde avec la soif inassouvie d'en déchiffrer la complexité profonde.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


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Et pour accéder à mes critiques des films de Clint Eastwood, comme Sur la route de Madison, L'homme des hautes plaines,  L'échange, Gran Torino,  Au-delàE. Edgar, Million Dollar Baby, Pale Rider, cliquer sur le lien ci-dessous :     

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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    Warner Bros. France  Mars Distribution

 

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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 10:46

                     Les Films de Mon Oncle  

 

 

Voilà qu'apparaît dans ce cinéma des années 50/60 qui tend à se scléroser un franc-tireur, un inventeur, un acteur comique formé à l'école du mime et du music-hall, admiré de Colette dès 1931, dont le nom est Jacques Tatischeff dit Tati, réalisateur de plusieurs courts métrages et que Jour de fête , en 1947, va révéler au public de façon éclatante.

 

                     Jacques Tati. Les Films de Mon Oncle

                                                                  

Jour de fête est son premier long métrage, tourné en extérieur à Sainte-Sévère dans l'Indre. Bien entendu, les producteurs avaient refusé le projet et le film dut être monté en coopérative, grâce à l'appui financier de Fred Orain. L'histoire est toute simple : un village se prépare à sa fête annuelle et les forains commencent à installer leurs stands et leurs manèges. François, le facteur, moustachu et dégingandé, fait sa tournée habituelle sur son vieux vélo - modèle peugeot 1911. Mais celui-ci, après avoir assisté à la projection d'un documentaire sur le service postal aux Etats-Unis, s'est laissé convaincre par quelques farceurs de mettre à profit, pour lui-même, l'efficacité de ces méthodes modernes. Le facteur, qui ne doute de rien, va donc s'y employer dans la mesure de ses moyens et exécuter une tournée-distribution de courrier ultra rapide à l'américaine, bourrée de gags inattendus et d'une efficacité remarquable - créant des situations comiques du meilleur effet, cela dans une atmosphère sonore qui souligne l'image sans la perturber, l'auteur sachant utiliser au mieux un cinéma visuel et non bavard, comme le faisait si bien Charlie Chaplin au temps du muet.
Le film terminé, Jacques Tati ne trouve pas  de distributeur et lorsque celui-ci sort enfin en 1949, l'accueil enthousiaste qu'il recueille fait prendre conscience aux producteurs français que le public a mis moins de temps qu'eux à reconnaître le talent du cinéaste et de l'acteur. Jour de fête sera d'ailleurs couronné par le Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise et l'année suivante du Grand Prix du Cinéma français. Ce n'est pas le moindre paradoxe.
 


                                                                      

Fort de ce succès, Tati va créer le personnage de Monsieur Hulot, autre silhouette dégingandée mais, cette fois, sans moustache, personnage qui pourrait être le cousin citadin du facteur François, silhouette qui deviendra familière avec son pantalon de toile blanche, son chapeau cabossé, ses chaussettes rayées et ses chaussures de tennis, auxquels s'ajoutera assez fréquemment une pipe. Monsieur Hulot est entré dans notre paysage de cinéphile à bord de sa voiture pétaradante et n'en sortira plus. Dans ce second film  Les Vacances de monsieur Hulot ( 1953 ), on partage avec cet ami extravagant deux semaines de vacances sur une plage bretonne proche de Saint-Nazaire, où nous le voyons semer le trouble par ses maladresses, ses fantaisies, ses manières d'hurluberlu parmi la clientèle de l'hôtel où il séjourne, avec un irrésistible plaisir. Tati a su saisir le rituel des vacanciers et les attitudes estivales de la classe moyenne, à l'heure où notre société entre dans l'ère de la consommation de masse. De cette observation aiguë va naître une poésie du quotidien profondément intelligente, servie par une grande liberté d'écriture qui préfigure déjà ce que sera, quelques années plus tard, la Nouvelle Vague, soucieuse de filmer en temps réel et sur le vif le monde contemporain. Hulot, l'innocent, l'optimiste, le fantaisiste, l'incorrigible gaffeur affirme son individualité à l'égard d'une société dont le conformisme est décapé sans méchanceté par des gags inénarrables.

 

                     Les Films de Mon Oncle

                                                              


Aux vacances de Mr Hulot succède  Mon Oncle ( 1958 ), tourné en couleurs. Hulot habite alors une maison tarabiscotée dans la banlieue parisienne en pleine rénovation, envahie de grues et de pelleteuses dans un bruit assourdissant. Célibataire, il est très attaché à son neveu qui habite avec ses parents une villa coquette d'un quartier résidentiel pourvue des derniers équipements et gadgets à la mode. Hulot vient souvent lui  rendre visite et se plait à emmener l'enfant se promener et se distraire. Il en profite pour lui faire découvrir un monde inhabituel, celui des terrains vagues, des jeux où entre une grande part d'imagination. Pour l'enfant, c'est tout bonnement l'apparition d'un univers inconnu où l'on s'accorde quelques permissions et quelques débordements et dont on revient avec les mains sales et les genoux écorchés, au grand dam des parents. En 1958, la France est à l'orée de ce que l'on appellera la société de consommation. Aussi,  pour créer un habitat plus conforme aux normes exigées par la vie moderne, commence-t-on à raser les immeubles insalubres. Mon Oncle a été tourné à Saint-Maur et son comique naît principalement du contraste entre le quartier huppé des nouveaux riches ( auxquels appartiennent la soeur et le beau-frère de Mr Hulot ) et les quartiers anciens, faits de bric et de broc, mais qui ont conservé leur chaleur villageoise. Au conformisme de la modernité s'oppose la poésie des terrains vagues, des chiens errants et du petit peuple de la France profonde. L'utilisation remarquable des sons, du langage, des gags empruntés à la réalité la plus immédiate font de Mon Oncle, comme des Vacances de monsieur Hulot, des chefs-d'oeuvre où se tissent étroitement satire du présent et nostalgie du passé. Du progrès, Tati prévoyait en visionnaire les effets déshumanisants et affirmait pour lui-même son inadaptation à une modernité sans âme, dont la jeunesse est la première à souffrir aujourd'hui. Le cinéaste défendait ainsi une certaine idée d'un bonheur paisible, fondé sur des relations humaines harmonieuses et faisait, pour nous en convaincre, exister un  univers conforme au rythme de l'homme.  

                


Après Mon Oncle, il va travailler pendant des années à Playtime, qui coûtera 15 millions de francs et construira, en studio, pour les besoins du film, le décor d'une ville ultra-moderne avec gratte-ciel et buildings industriels en verre et acier. Présenté pour les fêtes de fin d'année 1967, ce long métrage, sorte d'oeuvre testament, après un certain succès de curiosité, va être une catastrophe commerciale dont Tati ne se remettra jamais. Le public ne le suit guère dans les dédales de cette ville où les touristes cherchent vainement le Paris folklorique d'antan. Ce monde kafkaïen les égare, seul Hulot reste Hulot avec son imperméable, son parapluie et son chapeau, mais les disproportions entre ce nouveau monde et l'ancien désorientent complètement les spectateurs pas encore prêts à une anticipation qui les prend de cours. Décidément cette satire mécanique, uniforme et glaciale déplat aux Français qui entendent, d'une part, goûter aux bienfaits de l'industrialisation et, d'autre part, ne comprennent pas que le cinéaste se soit à ce point endetté pour un film qui n'avait d'autre objectif que celui de les distraire. Tati s'en expliquera par la suite et procédera à des coupures, mais cela ne suffira pas à sauver ce monument incompris qui le ruinera. Truffaut lui écrira à ce propos : " C'est un film qui vient d'une autre planète où l'on tourne les films différemment. Playtime, c'est peut-être l'Europe de 1968 filmée par le premier cinéaste martien, "leur" Louis Lumière ! Alors il voit ce que l'on ne voit plus et il entend ce que l'on n'entend plus et filme autrement que nous".

 


Les soucis pécuniaires et les désagréments qu'engendrera cette oeuvre titanesque, si mal perçue, assombriront les dernières années de vie de celui qui avait cru possible de faire entrer la parodie sur le grand écran pour contrefaire la réalité tragique de la vie, de façon à ce que le rire l'emporte sur l'inquiétude. Tati tournera encore Trafic en 1970 et Parade en 1974, mais le coeur n'y sera plus. Souvenons-nous que les génies ont toujours tort avant les autres et toujours raison après eux...Il meurt à Paris le 5 novembre 1982.

 

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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 14:11

                             Les Films Corona  

                                                                                                                                  
En cette époque de l'après-guerre, où des ministres communistes étaient entrés au gouvernement, les cinéastes de gauche s'attachèrent à un cinéma presque exclusivement consacré aux problèmes sociaux, comme ce fut le cas pour Le Chanois, Louis Daquin et Robert Menegoz, veillant à ce que la forme cinématographique soit au service du message, c'est-à-dire du sujet. Cette préoccupation se retrouve chez André Cayatte, qui ne se réclamera pas d'une idéologie de la vérité prolétarienne, ni du néo-réalisme, mais portera son combat sur des faits de société, les problèmes de la culpabilité et les rapports de l'individu avec le système judiciaire.

Né en 1909, André Cayatte, licencié ès lettres et docteur en droit, fut d'abord avocat, journaliste, romancier, puis scénariste- dialoguiste sous l'Occupation. Il fait ses débuts de réalisateur avec La fausse maîtresse ( 1942 ),  adaptation  libre d'une nouvelle de Balzac, qui sera suivie l'année suivante de Au bonheur des dames ( 1943 ), d'après Zola et de Pierre et Jean ( 1943 ) d'après Maupassant. En peu de temps, Cayatte devient un cinéaste populaire, dont les films, sans ambition, plaisent au public qui a besoin de se distraire en ces années difficiles.
En 1947 avec Le dessous des cartes, il produit une affabulation autour de la sombre affaire Stavisky, l'un des scandales politico-policiers de la IIIe République et prend un tournant en 1949 avec Les Amants de Vérone, version modernisée du Roméo et Juliette de Shakespeare dans l'Italie de l'après-guerre, qui retrace l'histoire d'un amour contrarié par une famille bourgeoise décadente, épave du régime fasciste. Jacques Prévert avait participé à l'adaptation du scénario et écrit les dialogues. Tourné en Italie, on peut y voir une résurgence du réalisme poétique, où la pureté et l'idéalisme des deux héros, interprétés par Anouk Aimée et Serge Reggiani, seront sacrifiés par les forces sociales malfaisantes.

Avec Justice est faite ( 1950 ) s'ouvre la série de ses films à thèse qui va mériter à leur auteur la notoriété et est destinée à permettre au public de prendre conscience des imperfections de l'appareil judiciaire. L'histoire est celle d'une femme qui accepte de mettre fin aux jours de son amant atteint d'une maladie incurable, afin de lui éviter des souffrances inutiles et pose ainsi le problème de l'euthanasie dans les cas totalement désespérés. Le scénario écrit par Charles Spaak ( comme le seront les suivants ) se concentrait sur les événements déterminant la positions et le comportement des jurés, le film étant bel et bien construit et mené comme un mélodrame à rebondissements, chargé d'expliquer la difficulté de juger en son âme et conscience un acte criminel où entrent en jeu les sentiments et la morale. Le film fut certes critiqué, les uns considérant que Cayatte se comportait comme un redresseur de torts, mais personne ne put nier l'impact que le film ne manqua pas d'avoir sur les spectateurs, le cinéaste ayant le don des artifices dramatiques et des agencements romanesques. Justice est faite reçut d'ailleurs le grand Prix à la Mostra de Venise.  

 

                    Claude Nollier. StudioCanal

 

En 1952, Cayatte se remet à l'ouvrage et tourne Nous sommes tous des assassins, vibrant plaidoyer contre la peine de mort. Le Guen, interprété par Mouloudji, après avoir participé à la Résistance, est devenu homme de main et continue, bien que la guerre soit terminée, à user de ses armes pour mener à bien ses crapuleuses actions. Il est jugé et condamné à mort et retrouve en prison trois autres détenus : le docteur Dutoit ( Antoine Balpétré ) qui a empoisonné sa femme mais le nie, Gino, le Corse, ( Raymond Pellegrin ) qui a abattu des opposants lors d'une vendetta et Bauchet ( Julien Verdier ), brute inculte, meurtrier de son propre enfant. Avant de monter à l'échafaud, chacun exposera son cas personnel et, derrière les crimes horribles, se feront jour le manque de racines familiales, la misère, l'ignorance, la promiscuité, car rien n'a changé sous le soleil... Sauf que la peine de mort a été abolie et, qu'en la matière, le film de Cayatte en fut le précurseur à grand renfort de scènes chocs qui produisirent l'effet recherché. Prix spécial du jury au Festival de Cannes, ce long métrage eut une influence considérable sur l'opinion publique. Même ceux qui lui reprochèrent son absence de style - c'est du cinéma oratoire illustré - écrivirent des critiques, hésitèrent à l'attaquer sur le plan des idées.

 

En 1953, Avant le déluge sera encore plus contesté. Ce film décrivait avec exactitude la panique qui régnait dans certaines couches de la société à la perspective d'une troisième guerre mondiale et prenait pour intrigue un fait divers authentique : celui d'une bande d'adolescents qui, désirant fuir en Polynésie, n'hésitait pas à commettre des vols afin de se procurer l'argent nécessaire au voyage. Mais voilà qu'un soir, l'affaire avait mal tourné et que les jeunes, dans leur panique, avaient été jusqu'à abattre un gardien de nuit. Le thème, plus compliqué que le précédent, à cause de l'imbrication de plusieurs histoires dans l'histoire, mettait néanmoins en lumière, de façon intéressante, la grande peur suscitée par la guerre de Corée. L'objectif du film était d'étudier les problèmes d'une délinquance juvénile consécutifs au climat que faisaient régner la menace atomique et  la guerre froide. Or, dans le souci d'exonérer cette jeunesse d'une part de ses torts, le cinéaste en attribuait la responsabilité aux adultes, à l'égoïsme social et au manque d'éducation, cela jusqu'à la caricature. André Bazin publia dans Les Cahiers du Cinéma, un article qui fit autorité et dans lequel il déplorait un manichéisme outrancier. Les critiques, dans leur ensemble, estimaient que la représentation de la jeunesse et des adultes n'était pas conforme à la réalité et que le cinéaste avait chargé d'une noirceur excessive les personnages, par ailleurs admirablement interprétés par Bernard Blier, Isa Miranda, Paul Frankeur et Antoine Balpétré. Le film n'en remporta pas moins un succès de curiosité et, dans la foulée, Cayatte, en 1955, tourna Le dossier noir qui, une fois encore, mêlait dans un mélodrame habile les rapports de classe, l'étude des moeurs et le suspense psychologique, de manière à convaincre le public de la faiblesse et des tares de la Justice. Le réalisme théâtral, la réalisation emphatique eurent le don d'exacerber l'ironie de François Truffaut qui écrivit : " C'est une chance que Cayatte ne s'attaque pas à la littérature ; il serait capable à l'écran d'acquitter Julien Sorel ; Emma Bovary en serait quitte pour la préventive et le petit Twist irait se faire rééduquer à Savigny".

 
Est-ce cette presse offensive qui décida momentanément Cayatte à changer son fusil d'épaule ? Toujours est-il qu'en 1958, il offre au public un film émouvant, drame psychologique sur la transformation d'une femme laide par la chirurgie esthétique Le miroir à deux faces, où Bourvil, comme je l'ai écrit déjà, se révélait bouleversant au côté d'une Michèle Morgan belle et diaphane. Nous tenions là, selon moi, le meilleur Cayatte, sobre, efficace. On ne peut nier, par ailleurs, les bonnes intentions de ses autres films qui tous furent à l'origine de débats de société passionnants et rendirent sensibles des dossiers urgents qui, sans eux, auraient peut-être mis plus de temps à se solutionner. Mais le traitement cinématographique de Cayatte, violemment didactique, puis de  Yves Ciampi et de Ralph Habib qui lui emboîtèrent le pas,  reste malheureusement conforme aux critères commerciaux les plus avérés. Ce qu'il nous faut retenir de ce metteur en scène - il est vrai plus avocat que cinéaste - ce, malgré ses excès, c'est qu'il suivit toujours une pensée directrice et que, pour cette seule raison, il est un auteur du 7e Art. Il mourut à Paris le 6 février 1989, après avoir rédigé 6 romans et réalisé 35 films, dont le très touchant  Mourir d'aimer ( 1970 ), inspiré lui aussi d'un fait divers, qui narrait l'histoire dramatique d'une jeune enseignante amoureuse de l'un de ses élèves et offrait à Annie Girardot, admirable dans ce personnage, l'un de ses rôles les plus poignants.

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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 18:07

                 Les Films Gibé Cocinor

 

 

Jean-Paul Le Chanois ( 1909 - 1985 ), né Dreyfus, prit le nom de jeune fille de sa mère, originaire de Bretagne, comme nom d'artiste. Licencié en droit et en philosophie, il commence des études de médecine, les abandonne, exerce divers métiers avant de devenir journaliste et de collaborer à La Revue du Cinéma, fondée par J.G Auriol. Animateur avec Jacques Prévert du Groupe Octobre ( théâtre ouvrier ), il dirige en 1933 la fédération du théâtre ouvrier de France. Assistant de Duvivier, Korda, Maurice Tourneur et Renoir, il réalise ensuite des documentaires pour le parti communiste, dont il est membre. Après quelques films commerciaux, il tourne en 1949 L'école buissonnière et en 1949 La belle que voilà, deux succès commerciaux qui lui permettent d'entrer par la grande porte dans une professsion qu'il exercera tour à tour comme scénariste, adaptateur, dialoguiste et réalisateur de plus d'une vingtaine de longs métrages.

 

 En 1951, Sans laisser d'adresse, sur un scénario original d'Alex Joffé, témoigne d'une observation aiguë de la vie quotidienne et de l'ambiance qui régnait à Paris aux lendemains de la guerre. L'histoire est la suivante : chauffeur de taxi pendant un service de nuit, Emile Gauthier ( Bernard Blier ) charge à la gare de Lyon une jeune fille Thérèse Ravenaz ( Danièle Delorme ). Elle recherche un journaliste qu'elle a aimé et dont elle a eu un bébé. Mais d'adresse en adresse, l'homme a brouillé les pistes. Le chauffeur de taxi se pique au jeu et accepte de transporter gracieusement cette jeune savoyarde visiblement pauvre et désemparée, qui a confié son enfant aux bons soins d'une assistante sociale à la gare de Lyon. Une journée dans le Paris de l'époque très joliment filmé, des détails vrais, pittoresques et intimes, des décors réels, une histoire simple mais vécue, Le Chanois annonçait déjà le ton qu'empruntera plus tard le Godard d' A bout de souffle. Ce film, par son style et son esprit, est sans doute l'une de ses créations les plus réussies. La description d'un Paris populaire, avec la gentillesse et l'entraide des petites gens, exprime parfaitement les convictions de l'auteur, qui ne faisait nullement mystère de ses engagements politiques. Cette réalisation remporta un très grand succès. S'il faut en croire L'écran français de l'époque ( devenu un hebdomadaire d'obédience communiste ), il fut tiré à plus de mille exemplaires( copies ) en URSS et reçut là-bas un accueil délirant. Une version américaine, situant l'histoire à New-York, fut réalisée en 1953 par Grégory Ratoff. Elle était intitulée Taxi et, à quelques détails près, respectait le scénario original.

La veine dite néo-réaliste de Le Chanois se poursuivit l'année suivante ( 1952 ) avec Agence matrimoniale, chronique sociale, où un employé de banque ( Bernard Blier ) reçevait en héritage une agence, située place des Vosges à Paris. Quittant sa province pour régler cette affaire, il découvrait que ses futurs clients étaient tout aussi accablés que lui par la solitude et décidait de leur venir en aide.

 

 

                   Collection Christophe L.    

 

En 1954, s'éloignant un peu de ce cinéma très social, Le Chanois aborde la comédie de moeurs avec Papa, maman, la bonne et moi, où il réunit  une exceptionnelle brochette d'acteurs talentueux, dont Gaby Morlay, Fernand Ledoux, Nicole Courcel et un Robert Lamoureux plein de verve et d'entrain, sur des dialogues de Marcel Aymé et une musique rafraîchissante de Georges Van Parys. L'histoire est celle d'un fils qui, pour faire accepter sa fiancée à ses parents, la fait engager comme bonne. On imagine facilement ce que sera la suite. La petite bonne séduira toute la famille, bien entendu... Bien qu'un peu démodé aujourd'hui, le film a néanmoins gardé une part de son charme, tant il est un témoignage extraordinairement juste de la vie d'une famille petite bourgeoise dans le Paris des années 50, en même temps qu'un compte-rendu précis et réjouissant de l'existence quotidienne des français d'alors. Les prises de vue de Montmartre, les gags aux rebondissements cocasses, les travers des uns et des autres si bien rendus par des acteurs d'un grand professionnalisme, la bonne humeur contagieuse, l'intelligence des dialogues font de ce film, sans prétention, un morceau d'anthologie sur une époque bien ciblée de notre histoire. Une suite sera donnée à ce long métrage qui connaîtra un succès équivalent, tant le public prit plaisir à se reconnaître dans ces personnages bien de chez nous... Ce sera Papa, maman, ma femme et moi en 1955 avec les mêmes acteurs, le même scénariste et dialoguiste et toujours la charmante musique de Van Parys.

Avec Le Cas du docteur Laurent en 1958, Le Chanois va servir une cause qui n'allait pas manquer de créer des remous dans l'opinion avant d'être pleinement acceptée : celle de l'accouchement sans douleur. Malgré la bonne réputation dont le cinéaste bénéficiait, les producteurs renâclèrent à soutenir le projet d'un tel film au sujet difficile, susceptible de créer des polémiques et d'être boudé par la critique. Mais l'acceptation de Gabin dans le rôle titre du docteur Laurent leva les dernières réticences. Ainsi Le Chanois obtint-il carte blanche pour tourner ce long métrage qui contribuera grandement à sensibiliser le public sur une méthode très vite adoptée par les hôpitaux et les cliniques. Le succès fut donc au rendez-vous comme pour les films précédents, Le Chanois ayant été un cinéaste populaire et apprécié.

 

La critique lui fut moins favorable. Nombreux seront ceux qui considéreront son oeuvre cinématographique comme médiocre, voire nulle, pour les raisons qu'elle jouait trop sur la corde sensible du public et se satisfaisait d'une mise en scène convenue. Il est vrai que Le Chanois n'a pas tenté d'innover ni sur le plan du style, ni sur celui de la mise en scène et du découpage. Il n'était ni Bresson dans l'épure, ni Ophuls dans la magnificience. C'était un bon artisan qui racontait agréablement des histoires. Son ambition n'allait guère au-delà. La Nouvelle Vague ne sera pas la dernière à le traiter de populiste. Cela est sans doute injuste de la part de certains d'entre eux qui s'inspirèrent de sa façon très libre de filmer sur le vif, à la façon d'un documentaire. Reconnaissons à Le Chanois le mérite d'avoir su décrire son époque dans sa réalité quotidienne, d'en avoir exprimé les peines et les difficultés avec une indéniable humanité. Il a servi cette réalité avec les moyens qui étaient les siens : un cinéma plus proche du témoignage que de l'oeuvre d'art.

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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 14:32

 

                      Studio Canal  

 

Jacques Becker ( 1906-1960 ) a été l'assistant, l'ami, le disciple de Jean Renoir, le père fondateur du cinéma moderne avec La règle du jeu  ( 1939 ), vénéré des Cahiers du Cinéma et jamais remis en cause par les jeunes loups de la Nouvelle Vague. Il s'affirme, dès ses premières réalisations Goupi Mains-Rouges (1943) et Falbalas (1944), comme un peintre des moeurs, attentif à l'évolution et aux vicissitudes de son temps. Depuis la Libération, il a tourné Antoine et Antoinette (1947), chronique de l'existence quotidienne d'un jeune ménage d'ouvriers parisiens déstabilisé par la perte d'un billet gagnant de la loterie, puis Rendez-vous de Juillet (1949), autre chronique sur la génération de l'après-guerre, éprise de jazz et fréquentant les caves de Saint-Germain-des-Prés, qui reçut le prix Louis-Delluc ; ensuite Edouard et Caroline (1950), où l'on voyait se confronter, lors d'une folle nuit, un couple bohème et un petit cercle de salonnards, enfin il y aura en 1951 le chef-d'oeuvre de Becker Casque d'or, drame d'amour chez les apaches et les filles des faubourgs dans le Paris de la Belle Epoque. La vérité humaine de cette oeuvre où Simone Signoret et Serge Reggiani se révéleront bouleversants ne fut pas bien perçue à un moment où le cinéaste était déjà installé dans un statut d'auteur  de comédies légères et divertissantes. Il faudra attendre Touchez pas au grisbi (1953) pour que, décapant la mythologie de la pègre parisienne, il rencontre enfin le succès.

Jacques Becker s'est attaché dans la plupart de ses films à mettre en scène des gens simples, paysans, artisans, ouvriers, jouant sur le clavier des ressorts dramatiques traditionnels avec beaucoup d'aisance, de même qu'il fût un directeurs d'acteurs hors pair. C'est ainsi qu'il lança bon nombre d'entre eux, dont Simone Signoret, Serge Reggiani, Lino Ventura, et qu'il remit en selle Jean Gabin qui venait de traverser une période difficile.

 

 

                         

 

Casque d'or, devenu aujourd'hui un film-culte s'ouvre, comme un tableau de Renoir, sur un bal dans une guinguette des bords de Seine, aux alentours de 1900. Les hommes de Leca, une bande d'Apaches ( petits truands dans le vocabulaire de l'époque ), sont venus retrouver leurs amies habituelles pour boire et danser. L'égérie du groupe est la belle Marie ( Simone Signoret ), une rousse flamboyante que l'on a surnommée casque d'or. Pour narguer son protecteur, Marie va flirter avec Manda ( Serge Reggiani ), un ouvrier charpentier, mais ce flirt, commencé dans l'euphorie collective, va virer au drame et un combat à la loyale s'organiser dans l'arrière-salle d'un café de Belleville où la bande a ses habitudes. Après ce pugilat, Manda est tenu de fuir et de se cacher, bientôt rejoint par Marie. Mais Leca ne veut pas en rester là. Aussi dénonce-t-il le meilleur ami de Manda, Raymond le boulanger, espérant ainsi faire sortir ce dernier de sa tanière. C'est en effet ce qui se produit, mais Manda, au lieu de rejoindre Leca, le tue. Rattrapé par la justice, jugé et condamné pour meurtre avec préméditation, il sera conduit à l'échafaud sous les yeux désespérés de Marie. 

Casque d'or a réellement existé et le point de départ de ce scénario n'a d'autre source que la chronique judiciaire de la Belle Epoque. La jeune femme était une reine du trottoir chantée par Xanroff. Et Manda et Leca avaient bien chacun leur bande et leur territoire. Leurs rivalités constantes causaient d'irréparables dégâts. Bien sûr, Becker a idéalisé les personnages du petit truand et de la prostituée, donnant à son film une dimension mythique et faisant de cette histoire d'amour une tragédie où se confrontent le désir, l'amour et la mort.

                                                                    

Touchez pas au grisbi en 1953, tourné en noir et blanc, va réhabiliter le mythe Gabin et offrir à l'acteur, dans un rôle de ganster vieilli et désabusé, un personnage susceptible de le faire repartir en flèche dans le box-office cinématographique. Ce sera le cas. Ce long métrage décrit le baroud d'honneur de deux fameux truands  qui, aspirant à se retirer de la scène du banditisme avec suffisamment d'oseille pour  leur garantir une retraite confortable, viennent de faire un dernier gros coup : 50 briques en lingots d'or,  capables de leur assurer des lendemains qui chantent. Mais voilà : Riton ( René Dary ) est trop bavard et, afin d'épater sa belle, lâche le morceau,  que celle-ci  va s'empresse d'aller raconter à son amant, un loup aux dents longues. Ce loup sans scrupule, mis en appétit par le magot, enlève Riton et le séquestre. A partir de là, les choses vont se compliquer. Max ( Jean Gabin ) serait disposé à abandonner son compère au milieu du gué, à condition de récupérer l'argent...Mais l'amant n'est pas facile à manoeuvrer et tente de le rouler, ce qui n'est pas du goût de ce dernier. Tout cela finira mal comme il se doit dans ce genre d'histoire, sobrement contée et filmée avec une économie de moyens et des clairs-obscurs qui ajoutent à la gravité morbide et au climat délétère. Le thème musical, qui a dû faire maintes fois le tour de la terre, contribue admirablement à créer l'atmosphère de suspense et de tension qui règne pendant tout le film.

 

L'inspiration de Jacques Becker se fera plus sombre encore avec Montparnasse 19 ( 1957 ), biographie romancée du peintre maudit Modigliani, dont Gérard Philipe donnera une composition trop appuyée dans les scènes d'ivresse et de désarroi. Puis viendra Le Trou (1959), qui décrit dans le détail les préparatifs d'évasion de plusieurs prisonniers depuis une cellule de la Santé ( d'après un roman de José Giovanni ) et témoigne d'une simplicité réaliste et d'une rigueur étonnante. Becker était à un tournant. Comment allait-il évoluer ? Nous ne le saurons jamais, car il meurt prématurément en 1960, juste avant la sortie de ce film et au moment où les cinéastes de la Nouvelle Vague montaient à l'assaut, assaut dont il n'aura pas à souffrir. Réalisateur exigeant et minutieux, il atteignait, avec cet ultime long métrage d'une scrupuleuse exactitude et d'une grandeur tragique, le sommet de sa perfection après les inoubliables Casque d'or et Touchez pas au grisbi. Truffaut lui rendra hommage en écrivant dans Les Cahiers du Cinéma : "Je ne dis pas que le grisbi soit meilleur que Casque d'or, mais encore plus difficile. Il est bien de faire en 1954 des films impensables en 1950. Pour nous qui avons vingt ans ou guère plus, l'exemple de Becker est un enseignement et tout à la fois un encouragement ; nous n'avons connu Renoir que génial ; nous avons découvert le cinéma lorsque Becker y débutait ; nous avons assisté à ses tâtonnements, à ses essais ; nous avons vu une oeuvre se faire. Et la réussite de Jacques Becker est celle d'un homme qui ne concevait pas d'autre voie que celle choisie par lui, et dont l'amour qu'il portait au cinéma a été payé de retour".


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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 07:48

                    Gaumont     Les Films Raoul Ploquin

 

 

Robert Bresson, né en septembre 1907, fut d'abord peintre et photographe avant de réaliser son premier long métrage Les Anges du péché ( 1943 ), sorte de symphonie blanche aux facettes brillantes qui fera l'effet d'une bombe. Le cinéaste est en train de poser la première pierre d'une oeuvre atypique, solitaire, d'une extrême exigence, à l'aide d'une caméra qui, selon lui, ne doit ni fixer, ni reproduire, mais créer. Bresson prône un cinéma libéré des codes narratifs. Ce que je cherche, disait-il, ce n'est pas tant l'expression par les gestes, la parole, la mimique, mais c'est l'expression par le rythme et la composition des images, par la position, la  relation et le nombre. La valeur d'une image doit être avant tout une valeur d'échange. (...) Ainsi il y a une image, puis une autre qui ont des valeurs de rapport, c'est-à-dire que ces images sont neutres et que, tout à coup, mises en présence l'une de l'autre, elles vibrent, la vie fait irruption et ce n'est pas tellement la vie de l'histoire, des personnages, c'est la vie du film.

 

Avec Les dames du bois de Boulogne ( 1944 ), son second film, Bresson aborde le thème du mystère de l'être. Sur le visage impassible de ses personnages, rien de voulu, seulement l'énigme particulière à tout être vivant. Le film manifeste le combat d'une volonté humaine, celle d'Hélène qui, devinant que son amant est sur le point de la quitter, propose à Agnès, la fille d'une de ses anciennes amies, de le séduire. Mais Jean tombe si sincèrement amoureux de la jeune femme, qu'il lui demande de l'épouser. C'est alors qu'Hélène tient sa vengeance et lui révèle qu'Agnès n'est autre qu'une ancienne danseuse de cabaret. Mais toute la force de rancune qui habite Hélène, interprétée de façon terrifiante par une Maria Casarès glaciale, ne parviendra à séparer le couple... Inspiré de Jacques le fataliste de Diderot et sur des dialogues de Jean Cocteau, ce film marque d'emblée, et au burin,  le style du cinéaste, maître de l'épure et du dépouillement, dominé par un souci de rigueur janséniste, où la perfection formelle, le goût du détail, la chaleur ardente couvant sous une cendre fine, s'expriment de la manière la plus innovante.

 

Le film suivant  Le Journal d'un curé de campagne ( 1950 ), d'après le roman de Georges Bernanos, va faire rebondir une fois encore le débat sur le cinéma d'auteur. Une adaptation écrite par Aurenche et Bost avait été refusée par l'écrivain, aussi Bresson en prépara-t-il une autre, dépouillée à l'extrême, et donnant la préférence à des décors naturels. Il ne put la soumettre à Bernanos, mort en juillet 48, mais reçut l'aval du critique Albert Béguin et de l'abbé Pézeril, exécuteurs testamentaires du romancier. Le film fut tourné dans un petit village de l'Artois avec, dans le rôle du curé d'Ambricourt, un comédien presque inconnu Claude Laydu et des interprètes débutants, Bresson ne voulant pas renouveler l'expérience tentée avec Maria Casarès qui avait trop marqué son oeuvre précédente de son jeu personnel. Avec ce film, le cinéaste amorce un tournant décisif et va, désormais, poursuivre une quête, qui s'avèrera permanente, dans ses réalisations ultérieures : celle du dépassement de soi.

 

 

Corbis Sygma          

 


Grâce à ce sujet emprunté à Bernanos, Bresson se consacre à retracer l'itinéraire tragique d'un jeune prêtre, incompris de tous, cheminant vers  la sainteté, à l'aide d'images burinées en noir et blanc, au point de rendre sensible la présence de l'invisible et l'intensité des luttes de la vie spirituelle. Son style, qui s'oppose par sa rigueur à celui bouillonnant et fiévreux du romancier catholique, offre le paradoxe d'avoir su, avec une approche différente, coïncider au plus juste à l'oeuvre littéraire. Ce qui dénote son savoir-faire et son sens aigu de la mise en scène. Par la suite, Bresson poussera plus loin encore ses recherches et ses exigences, afin de réaliser un idéal qu'il a résumé ainsi :
Le film est le type de l'oeuvre qui réclame un style et ce style il est bon de l'affirmer jusqu'à la manie. Il faut un auteur, une écriture. L'auteur écrit sur l'écran, s'exprime au moyen de plans photographiques de durées variables, d'angles de prises de vue variables. Un choix s'impose, dicté par les calculs ou l'instinct, et non par le hasard.

    

Le journal d'un curé de campagne ne marque pas moins une étape importante dans sa conception de la mise en scène et le rapport entre l'écriture filmique et l'écriture romanesque. Les jurés le reconnurent qui lui attribuèrent le Prix Louis-Delluc, couronnant la modernité, l'originalité dont témoignait cette adaptation d'un grand livre nourri d'une foi profonde, toute intérieure et condensée en la personne de ce jeune curé. Mais la foi est-elle donnée ? La question était du moins posée avec une ferveur peu commune. 

Six ans plus tard, Bresson tourne Un condamné à mort s'est échappé ( 1956 ), d'après une histoire réelle, celle d'un résistant arrêté par la gestapo en 1943, enfermé au Fort de Montluc dont il parvient à s'échapper. Le cinéaste s'attarde à montrer la réalité quotidienne d'une prison sous l'Occupation allemande et le combat solitaire et spirituel d'un homme, parvenant à surmonter sa détresse et à sortir triomphant des circonstances matérielles et humaines les plus cruelles, grâce à sa force intérieure. Les images, relayées par un monologue prononcé d'une voix blanche, nous mettent en présence intime du héros, admirablement habité par un étudiant en philosophie François Leterrier, qui assume le personnage avec une conviction bouleversante. Ce film reçut le prix de la meilleure mise en scène au Festival de Cannes 1957. Il connut un grand succès dû, pour une part, à son sujet et aux souvenirs encore très présents, chez les Français, de l'Occupation et de la Résistance. Mais aussi pour l'art personnel du cinéaste qui, dans un décor aussi neutre, rythmant l'écoulement du temps par le commentaire intérieur, parvint à recréer l'atmosphère d'une époque. 


Curieusement, cette économie choisie par l'auteur ne nuit nullement à l'émotion suscitée par sa filmographie, qui place l'homme et son drame personnel au centre de ses réalisations, et dont les préoccupations religieuses ne sont pas absentes, mais dont l'humanisme et l'attention à l'autre sont si profondément sincères que l'on ne peut, en aucun cas, mettre en doute leur authenticité. Bressson a abordé d'une façon quasi universelle le problème du bien et du mal, la puissance de l'amour, le don de soi, ce qui semblerait un retour  vers le passé et l'est probablement. Mais c'est bien ainsi que Bresson s'est posé comme un artiste de son temps.

 

Viendront des films comme  Le Vent souffle où il veut (1956), Pickpocket  (1959), Le procès de Jeanne d'Arc  (1962),  Au hasard Balthazar  (1966), Mouchette  (1967), et en 1969  Une femme douce  avec, à nouveau, une débutante Dominique Sanda, puis  Les quatre nuits d'un rêveur  (1971) qui transpose, dans le Paris contemporain, une nouvelle de Dostoïevski. Avec Lancelot du lac  (1974), Bresson reprend le thème des Chevaliers de la Table ronde, mais l'épopée est empreinte de nostalgie, car Lancelot échoue dans sa quête du Graal. Avec Le diable probablement (1977), le cinéaste aborde les problèmes les plus actuels, ceux de la pollution, de la drogue et ce qu'il estime être le vertige suicidaire de notre civilisation, la perte de toute foi. Bien qu'octogénaire, il rééditera cette sorte de réquisitoire en produisant en 1982 un dernier long métrage qui semble résumer l'ensemble d'une oeuvre visionnaire, en présentant à Cannes  L'Argent,  film qui stigmatise " cette civilisation de masse où bientôt l'individu n'existera plus, cette immense entreprise de démolition où nous périrons par où nous avons cru vivre".

 

La Nouvelle Vague se réclamera de ce cinéaste inspiré et Marguerite Duras lui rendra hommage en assurant : " Pickpocket, Au hasard Balthazar pourraient être à eux seuls le cinéma en entier". En effet, Bresson fait partie du petit nombre de ceux qui ont apporté au cinéma une dimension essentielle, " une méthode où la maîtrise de toutes les étapes du film n'empêche jamais le metteur en scène de rester à l'écoute du hasard, de l'aléa qui seul pourra doter le film de sa part de réel" - dira le critique Philippe Arnaud. En treize films et en quarante ans de métier, Bresson n'aura, en définitive, tourné qu'un seul et même sujet, comme la plupart des grands créateurs : la quête de notre dimension supérieure. Sa passion de l'âme n'aura eu d'égale que celle du caractère dont tous ses personnages font preuve, embarqués qu'ils sont les uns et les autres, au sens pascalien, entre le pari et la Providence. D'où la tension et l'enjeu qui en résultent : comment communiquer ce qui relève de l'esprit par ce qui  relève de la perception, questionnera l'une de ses interprète  Florence Delay ? En ne filmant que ce dont on a absolument besoin...

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
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