Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 09:52
Pentagon Papers de Steven Spielberg

Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham (Meryl Streep) s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks) pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles … Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…

 

Le nouveau film  de Steven Spielberg, après celui sur Churchill « Les heures sombres »  de Joe Wright, tombe lui aussi à point nommé pour nous rappeler les vraies valeurs, celles de l’engagement moral et de la détermination face au découragement et au mensonge, un film qui revient sur une vérité historique qui, pendant  trois décennies, a conduit un pays à mener une guerre inutile et sanglante en Indochine. Cet opus nous remet en phase avec un épisode méconnu de l’histoire américaine où le premier amendement, garant de la liberté d’expression, notamment celle de la presse, était attaqué par une administration Nixon qui avait tout à perdre des révélations du New York Times sur l’ingérence américaine au Vietnam. Un dossier confidentiel qui confirmait que la guerre en Asie était considérée comme vouée à l’échec par les dirigeants américains depuis ses premiers jours, mais perpétuée néanmoins de façon irrationnelle, et ô combien meurtrière, pour les jeunes soldats.

 

Le New York Times, qui est en possession du dossier, sera muselé pendant quelques jours pour des raisons judiciaires, alors le moment est venu pour le Washington Post de prendre la relève et d’assumer le risque encouru par la publication de ces documents interdits. Se pose également la question du prix du scoop : tomber à son tour sous la pression judiciaire sans avoir la solidité financière du Times, mettre au chômage des dizaines d’employés, détruire l’accomplissement d’une famille et se retrouver en prison pour ses convictions ? Les interrogations de Katharine Graham sont d’autant plus légitimes que tout se passe quelques jours après l’entrée en Bourse du journal qui se doit de présenter des garanties à ses investisseurs.


Spielberg, bien inspiré, met en scène  la carrière de cette  femme Katharine Graham, fille et veuve des précédents dirigeants, prise soudain dans l’étau entre le copinage avec les politiques, les décisions déontologiques et l’avenir de sa société, choix cornélien où elle prouve sa détermination et son courage en bravant un aéropage d’hommes qui souhaiterait qu’elle se retire. Pour affronter le plus grand combat de sa vie, elle doit s’interroger sur ses raisons personnelles, ses engagements et l’avenir de ce journal familial. Question primordiale : pour qui l’exécutif  gouverne-t-il ? Lui-même ou le peuple, et pour qui les médias travaillent-ils ? Pour flatter et satisfaire les amis ou informer les citoyens des limites du système ? Et quelle est l’urgence : publier afin de sauver l’honneur et réhabiliter la vérité ou se taire et laisser perdurer le mensonge d’état ? Le personnage  joué par Meryl Streep est  celui de l’héroïne de ce bras de fer contre le pouvoir de la Maison Blanche à une époque – celle des années 60/70 - où la société patriarcale l’attend davantage comme épouse, mère et femme au foyer qu’à la tête d’une telle insubordination  qui vient rappeler aux hommes politiques leur devoir de vérité face à leur peuple.
 

Ce film tombe au bon moment pour deux raisons : primo, il rend compte du devoir de vérité d’une presse indépendante et courageuse ; secundo, il se glisse dans l’actuel débat féministe sur les inégalités de traitement faites aux femmes, les humiliations quotidiennes qu’elles subissent en affirmant leurs convictions, leur intelligence et leur perspicacité, y compris dans les décisions historiques de la nation. Les armes de Spielberg, afin de laver les femmes des affronts socio-culturels qu’elles subissent, est d’avoir recours à une actrice formidable Meryl Streep, qui confère à son personnage une force liée à une grâce merveilleuse et de la placer au cœur de ce combat d’idées tellement masculin qu’elle apparaît comme l’incontournable déesse de la sagesse et de la vérité. Un rôle idéal pour cette actrice rompue à toutes les disciplines du 7e Art. Face à elle tous les acteurs sont justes et convaincants et le film prend au final une ampleur wagnérienne en nous rappelant les mérites du bon droit et de la lucidité. Mais on sait aussi que ces vertus ont été vite oubliées et que la presse a suivi l’Amérique lors de  sa première ingérence en Irak et en bien d’autres encore … hélas ! Quant aux médias français, n’en parlons pas, chouchoutés par des présidents sans scrupules et des directeurs de presse sans honneur, ils ont trop souvent falsifié la vérité.

 

Pour consulter les articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Pentagon Papers de Steven Spielberg
Pentagon Papers de Steven Spielberg
Partager cet article
Repost0

commentaires

Tania 15/03/2018 11:34

Le film de Spielberg m'a passionnée, et ses acteurs sont impeccables. Je partage votre appréciation et je renverrai à votre critique dans le billet que je suis en train de préparer. Merci, Armelle.

dasola 11/02/2018 06:07

Bonjour Armelle, Meryl Streep est surprenante dans ce rôle. Un film à voir rien que pour voir les belles rotatives, comment se fabrique un journal. Bon dimanche.

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche