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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 09:53
JERSEY BOYS de CLINT EASTWOOD

Comme le cavalier de l’apocalypse de « Pale Rider », Clint Eastwood est toujours là où on l’attend le moins. Avec son dernier opus « Jersey Boys », le voici qui s’investit dans un registre encore inédit chez lui, la biographie des Four Seasons, film qui loin d’être un chef d’oœuvre fait figure d’agréable et surprenant renouvellement. S’en étonner serait oublier que Eastwood a toujours été passionné de musique et que sa carrière entière a été placée sous le signe de l’éclectisme et du contre-pied.  Lui-même n’a-t-il pas été compositeur à ses heures, ayant signé la partition de sept de ses films ? Sa musique est d’ailleurs à l’image de son jeu d’acteur : discrète, classique, économe en notes comme l’acteur avare en mots, suscitant l’émotion par la suggestion et non la démonstration. Ce même refus de l’effet facile, on le retrouve dans son œuvre cinématographique. Parvenu à la notoriété comme comédien dans un emploi unique, celui du cow-boy mutique des trois films de Sergio Leone, Eastwood  a vite prouvé que, comme cinéaste, il n’en serait pas de même et que l’on aurait tort de l’enfermer dans un seul registre. Si bien qu’il a su produire non seulement quelques westerns comme « L’homme des hautes plaines » mais aussi des mélos, quelques polars, un thriller « Un frisson dans la nuit », mais surtout des films inclassables qui composent un univers très personnel. Au-delà de cette incontestable diversité, c’est néanmoins l’unité qui frappe le spectateur, toujours surprenante de la part d’un réalisateur qui n’écrit pas lui-même ses scénarios. Le cinéma d’Eastwood est celui d’un homme ou d’une femme qui tente de tracer sa route en toute liberté, de se frayer un chemin d’indépendance en évitant les pièges d’un passé douloureux, les ornières du conformisme et le poids de sa propre médiocrité.

 

Avec cet opus « Jersey Boys », il nous livre à 84 ans sa première comédie musicale inspirée d’un succès de Broadway. Adaptant celle dédiée à Frankie Valli et ses potes du New jersey, le cinéaste en conserve néanmoins la même structure narrative ( un récit divisé en 4 saisons, du printemps de la formation du groupe à l’hiver de sa séparation ) et le même casting de non-stars flamboyantes que Eastwood a tenu à transférer tel quel des planches de Broadway au grand écran. Ainsi vivons-nous dans l’intimité et les aléas du métier de ce groupe composé de John Lloyd Young, Erich Bergen, Vincent Piazza, Michael Lomenda et Chistopher Walken durant les 2h14 un peu trop longues de cette épopée musicale. Oui, un peu longues car il faut avouer qu’il n’y a, de la part de Eastwood, trop peu d’implication personnelle, l’auteur se satisfaisant de rendre avec précision et une rigueur naïve le quotidien de personnalités assez fades qui ont trop tendance – n’étant pas acteurs - à surjouer leurs rôles et à caricaturer ainsi leurs personnages. Dommage, car il y a de beaux moments, des éclairs de fraîcheur ou de simple authenticité, une bande originale de qualité. Mais il manque quelque chose, ce qui est rare de la part d’Eastwood : la grâce.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN & CANADIEN

 

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JERSEY BOYS de CLINT EASTWOOD
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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 09:27
DIAMANTS SUR CANAPE de BLAKE EDWARDS

 

Une croqueuse de diamants cherche à épouser un homme riche alors que son voisin, un écrivain en panne d’inspiration, s’intéresse à elle. Par ailleurs, la jolie Holly sert naïvement de messager à un truand notoire. Lorsque la police l’interroge, elle n’a aucun mal à prouver son innocence mais son futur époux, riche planteur brésilien, s’éloigne par peur du scandale. L’écrivain en profite pour consoler la belle.

 

Très en vogue en ce début des années 60, l’écrivain Truman Capote pense adapter son livre Breakfast at Tiffany’s pour le grand écran et songe fortement à Marilyn Monroe pour interpréter le rôle principal de la prostituée Holly. Le film devait d’ailleurs être réalisé par John Frankenheimer. Finalement, le rôle principal sera attribué à Audrey Hepburn, obligeant les scénaristes à revoir l’intégralité du script, tandis que la réalisation du film tombe dans l’escarcelle de Blake Edwards, tout juste remarqué par son excellent Opération jupons (1959). Dès lors, le projet prend une tournure différente puisque le but du studio est de transformer une œuvre réputée pour son ton doux-amer en une comédie romantique classique. Si les scénaristes successifs – dont Blake Edwards lui-même – ont effectivement atténué le caractère scandaleux du roman, ils ont toutefois pris soin de suivre pas à pas l’intrigue principale tout en conservant un ton légèrement désabusé.

 

Par l’audace des thèmes évoqués, on peut d’ailleurs saluer le travail de Blake Edwards qui est parvenu à conserver l’esprit de l’œuvre par touches successives sans lui rendre pour autant son authenticité. Les séquences de fêtes nocturnes sont bien issues de l’univers mondain de Truman Capote, de même que les relations ambiguës entre les personnages principaux, mais on ne croit guère que le personnage incarné par Audrey Hepburn soit celui d’une fille de joie. Elle est trop élégante dans ses merveilleuses toilettes d’Hubert de Givenchy pour nous convaincre de cela. Elle est davantage une jeune fille de bonne famille qui tente de se dévergonder qu’une aventurière en quête d’un souteneur fortuné. Par contre, les gags visuels sont à attribuer au réalisateur qui s’entraînait pour ses futurs Panthère Rose. Enfin, la superbe chanson Moon river d’Henry Mancini vient ajouter une touche romantique qui séduit le spectateur par sa mélodie. Sans être un chef d’œuvre, loin de là, Diamants sur canapé (1961) peut légitimement être considérée comme une plaisante comédie par son charme et son ton libertin.

 

Au centre de cet opus, on trouve par conséquent Audrey Hepburn, actrice trop sophistiquée, trop raffinée, trop distinguée pour représenter une prostituée aussi excentrique soit-elle. Afin de ne pas heurter son public, les scénaristes ont pris soin de minimiser le thème de la prostitution, de gommer totalement sa bisexualité, tout en insistant sur sa volonté d’arriver coûte que coûte au sommet de la société. Si la belle n’est probablement pas la meilleure idée de casting, la star illumine chaque plan et on regarde ce film surtout pour elle qui n’a jamais été aussi séduisante, si bien que l’on oublie peu à peu cette incontestable erreur de distribution. Face à la délicieuse Audrey, George Peppard est par contre impeccable dans son rôle d’écrivain raté qui devient gigolo par dépit.

 

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DIAMANTS SUR CANAPE de BLAKE EDWARDS
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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 08:58
LE JOUR LE PLUS LONG de DARRYL ZANUCK

C’est le 4 juin 1944 à 21h30 que le général Eisenhower décida de lancer l’offensive du débarquement allié sur les plages normandes et choisit le 6 juin comme la date du jour J. La veille, les Allemands ne croyaient toujours pas à ce débarquement qu’ils avaient d’abord imaginé en Méditerranée, et la Luftwaffe était au repos du fait d’une météo exécrable. Quant à Rommel, il était parti en Allemagne. On connait la suite, les combats, les milliers de morts, la résistance allemande et le sacrifice de jeunes soldats venus d’Amérique, du Canada, d’Angleterre et que cette grande fresque de Darryl F. Zanuck, réalisée en 1962, honore avec des moyens exceptionnels et une pléiade d’acteurs jamais égalée, retraçant heure par heure ce grand moment d’histoire dont on fête cette année le 70ème anniversaire avec une brochette tout aussi impressionnante d’hommes politiques.Reconstitution brillante, elle donne aujourd’hui une idée de ce que furent ces effroyables combats. La légende souhaitait que l’opus soit le plus proche possible de la vérité, et pourtant il recèle de nombreuses erreurs. Les uniformes portés par les parachutistes américains ne correspondent pas aux vêtements de l’époque. Le parachutiste suspendu au clocher de Sainte-Mère-Eglise n’est pas resté pendu côté place mais côté presbytère, beaucoup moins exposé, ce qui explique en partie qu’il survécut. Sur cette même place est stationnée une 2cv… dont le premier modèle vit le jour en 1948. La prise du casino de Ouistreham par le commando Kieffer est fantaisiste : le casino avait été rasé par les Allemands qui l’avaient remplacé par un bunker, ce dernier fut délivré par cinq anglais alors que s’y cachaient encore une cinquantaine d’Allemands, fait d’arme mémorable pour le Royaume-Uni.

 

 

Mais ces petits détails n’enlèvent rien à l’ampleur de ce beau film ; d’autant qu’il a surtout marqué les esprits par son impressionnant casting, composé d’une bonne quarantaine de stars françaises, américaines, allemandes et anglaises, figurant parmi les plus célèbres du cinéma d’alors, John Wayne, Curd Jürgens en passant par Sean Connery, Robert Mitchum, Henry Fonda ou encore Bourvil, Arletty et Madeleine Renaud. Pour l’anecdote, Brigitte Bardot et Marina Vlady refusèrent des rôles qu’elles jugeaient trop courts et insuffisamment valorisants . Alors que, soucieux d’authenticité, le metteur en scène eut à cœur de choisir chaque acteur en fonction de sa nationalité et le pria d’interpréter son rôle dans sa langue natale. Le résultat reste un grand moment de cinéma et une réalisation efficace que l’on revoie toujours avec émotion. 

 

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C’est le 4 juin 1944 à 21h30 que le général Eisenhower décida de lancer l’offensive du débarquement allié sur les plages normandes et choisit le 6 juin comme la date du jour J. La veille, les Allemands ne croyaient toujours pas à ce débarquement qu’ils avaient d’abord imaginé en Méditerranée, et la Luftwaffe est au repos du fait d’une météo exécrable. Quant à Rommel, il était parti en Allemagne. On connait la suite, les combats, les milliers de morts, la résistance allemande et le sacrifice de jeunes soldats venus d’Amérique, du Canada, d’Angleterre et que cette grande fresque de Darryl F. Zanuck, réalisée en 1962, honore avec des moyens exceptionnels et une pléiade d’acteurs jamais égalée, retraçant heure par heure ce grand moment d’histoire dont on fête cette année le 70ème anniversaire avec une brochette tout aussi impressionnante d’hommes politiques.

Cette reconstitution brillante donne aujourd’hui une idée de ce que furent ces effroyables combats. La légende souhaitait que l’opus soit le plus proche possible de la vérité, et pourtant il recèle de nombreuses erreurs. Les uniformes portés par les parachutistes américains ne correspondent pas aux vêtements de l’époque. Le parachutiste suspendu au clocher de Sainte-Mère-Eglise n’est pas resté pendu côté place mais côté presbytère, beaucoup moins exposé, ce qui explique en partie qu’il survécut. Sur cette même place est stationnée une 2cv… dont le premier modèle vit le jour en 1948. La prise du casino de Ouistreham par le commando Kieffer est fantaisiste : le casino avait été rasé par les Allemands qui l’avaient remplacé par un bunker qui fut délivré par cinq anglais alors que s’y cachaient encore une cinquantaine d’Allemands, fait d’arme mémorable pour le Royaume-Uni.

Mais ces petits détails n’enlèvent rien à l’ampleur de ce beau film ; d’autant qu’il a surtout marqué les esprits par son impressionnant casting, composé d’une bonne quarantaine de stars françaises, américaines, allemandes et anglaises, comptant, parmi les plus célèbres du cinéma d’alors, John Wayne, Curd Jürgens en passant par Sean Connery, Robert Mitchum, Henry Fonda ou encore Bourvil, Arletty et Madeleine Renaud. Pour l’anecdote, Brigitte Bardot et Marina Vlady refusèrent des rôles qu’elles jugeaient trop courts et insuffisamment valorisants . Soucieux d’authenticité, le metteur en scène eut à cœur de choisir chaque acteur en fonction de sa nationalité et le pria d’interpréter son rôle dans sa langue natale. Le résultat reste un grand moment de cinéma et une réalisation efficace que l’on revoie toujours avec émotion. 

LE JOUR LE PLUS LONG de DARRYL ZANUCK
LE JOUR LE PLUS LONG de DARRYL ZANUCKLE JOUR LE PLUS LONG de DARRYL ZANUCK
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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 08:21
LA NOUVELLE VAGUE DES REALISATRICES
LA NOUVELLE VAGUE DES REALISATRICES

Elles tiennent une place de plus en plus importante dans la galaxie du 7e Art depuis quelques années. Elles sont jeunes, ont de l’ambition, du courage, des idées et entendent bien ne plus jouer les seconds couteaux. En voici quelques-unes qui nous livrent aimablement leurs confidences :

 

Mélanie LAURENT :

 

J’ai toujours voulu être réalisatrice, j’ai passé un bac cinéma, réalisé des courts métrages – dont l’un a été sélectionné à Cannes en 2008 -, et suis devenue actrice. Et ce fut une très bonne école. Puis un jour, j’ai rencontré le bon producteur – Bruno Lévy – qui m’a fait confiance pour réaliser mon premier film. J’avais un trac énorme et une vague de panique. Le premier jour de tournage a été horrible. D’ailleurs, j’ai mis tous les rushes à la poubelle. Mon deuxième long métrage, « Respire », est adapté d’un roman écrit par Anne-Sophie Brasme quand elle avait 17 ans. J’avais le même âge quand je l’ai lu et déjà je voulais faire un film. C’est une histoire sur les pervers narcissiques qui fait écho à des gens que j’ai rencontrés dans ma vie. J’ai mis des années à me remettre de ces personnes destructrices, mais aujourd’hui j’ai presque envie de les remercier au générique. La manipulation, je l’ai tellement vécue en tant qu’actrice… que je ne vais pas user de la même méthode. J’obtiens ce que je veux en passant par la gaieté ou l’amour.

 

Géraldine NAKACHE :

 

C’est Lisa Azuelos qui, sur le tournage de « Comme t’y es belle ! » qui m’a poussée à raconter mon histoire. Je travaillais sur la production de la chaîne Comédie. J’ai tout arrêté, je me suis mise à manger des pâtes et, au bout de six ans, « Tout ce qui brille » est sorti. Avec Hervé Mimran, mon coscénariste et coréalisateur, il y a eu des moments où on n’y croyait plus. Alors le premier jour de tournage a été magique. J’ai été bouleversée par « Les parapluies de Cherbourg » de Jacques Dmy. Je me suis dit que c’était comme ça que je voulais voir la vie au cinéma : enchantée et en couleurs. On commence à savoir que Leïla Bekhti, en plus d’être mon amie, est mon actrice préférée. J’ai aussi une passion pour Catherine Deneuve et j’adore Sandrine Kiberlain. L’an dernier, au Festival de Cannes, au Carlton, j’ai côtoyé Jane Campion déjeunant avec sa copine Nicole Kidman. Je n’ai cessé, hallucinée, de les regarder. Une parenthèse enchantée.

 

Katell QUILLEVERE :

 

Deux personnes m’ont donné envie de faire ce métier : Maurice Pialat quant à 16 ans je suis entrée dans le cycle de ses films et Jean-Henri Roger, l’un de mes professeurs à la fac, une grande figure du cinéma militant. Derrière la caméra, je me suis tout de suite sentie chez moi. C’était comme une évidence, une nécessité. J’ai très vite su que si je ne devenais pas réalisatrice, je serais malheureuse toute ma vie. J’aime le romanesque et tout ce qui peut provoquer des émotions fortes. Pour moi, le cinéma est plus fort que la vie. Je suis très touchée par des parcours de personnes empêchées, tiraillées entre ce qu’elles rêveraient d’être, ce à quoi elles essaient d’échapper et ce qui les en empêche. Pour « Suzanne », par exemple, j’avais lu des témoignages de femmes ayant vécu avec des délinquants – Mesrine ou Vaujour -, et j’ai été impressionnée par leur courage – elles sont capables de conduire des hélicoptères – et en même temps leur grande soumission. Sur un tournage, je m’interdis une certaine forme de violence. Je suis plutôt dans une logique de plaisir quand je travaille, pas dans la douleur. J’aime donner confiance aux techniciens et aux comédiens, transmettre de l’énergie, c’est mieux pour réaliser un film libre et audacieux. Et quand c’est nécessaire, j’essaie d’être un gentil tyran.

 

Audrey DANA :

 

C’est Claude Lelouch qui m’a transmis le virus en me disant : "Toi, tu vas vite t’ennuyer comme actrice et tu passeras à la réalisation". Ce n’était pas le cas, mais peu après, je me suis acheté une petite caméra et j’ai commencé à filmer des couples. Six ans plus tard, je décide de faire un film, non plus sur l’amour mais sur les femmes. Et ce fut le choc, la révélation, je ne me suis jamais sentie aussi bien. J’ai tourné mon premier court métrage alors que j’étais enceinte de sept mois et que je ne pouvais plus bouger à cause d’une hyperlaxité des ligaments. Mais dès que j’étais sur le plateau, je sautais partout. Une vraie pile électrique ! Oui, les femmes m’inspirent : leur complexité et la façon dont elles ont évolué. Pour mon film, j’en ai interviewé une centaine : des gynécologues, des dermatologues, des lesbiennes, des reporters de guerre, des créatrices… Au final, toutes ces femmes sont devenues les onze personnages de « Sous les jupes des filles ».

 

Emmanuelle BERCOT :

 

Je voulais être danseuse, puis actrice. Je me suis plus souvent retrouvée serveuse, puis ouvreuse… Un matin, j’ai eu un déclic, je me suis réveillée en me disant qu’il fallait que je passe le concours de La Fémis pour avoir un métier. Je l’ai réussi et j’ai eu la chance de réaliser un premier court-métrage qui a eu le prix du Jury à Cannes, et un film de fin d’étude « La puce » qui est carrément sorti en salles. Désormais, la caméra fait partie de mon corps, je suis totalement dans un élément que je filme. Et ceux que je filme sont toujours plus importants pour moi que les personnages. J’aime me laisser porter parce qu’ils sont dans la vie. Ma première actrice fétiche a été Isild Le Besco, l’actrice de mes cinq premiers films, elle avait 13 ans sur le premier, je ne pouvais concevoir de tourner sans elle, je n’arrivais à m’exprimer qu’à travers elle, elle était un peu mon double. Aujourd’hui, c’est Catherine Deneuve. Avoir pu tourner avec elle « Elle s’en va », est l’une des choses dont je suis le plus fière dans ma carrière. Mon prochain film « La tête haute », dont le tournage démarre en juillet, sera encore avec elle.

 

Mia HANSEN-LOVE :

 

Mon premier film en tant qu’actrice m’a donné l’envie de passer derrière la caméra. J’avais 16 ans et j’ai été prise sur « Fin août, début septembre » d’Olivier Assayas par le biais d’un casting sauvage. Cela a été une révélation. J’ai compris que ma vocation était de raconter des histoires et de les filmer. Plus tard, en écrivant des critiques aux « Cahiers du Cinéma », je suis passée tout naturellement à l’écriture de scénarios, et tout s’est enchaîné. Ce qui m’inspire, ce sont les gens que j’aime. J’ai envie de les filmer, de faire leur portrait, comme un peintre. Mon dernier film « Eden », raconte l’histoire de mon frère quand il était D.J. dans les années 1990. Son parcours est aussi celui d’une génération. J’aime les actrices au charme naturel, comme Greta Gerwig que j’ai fait tourner dans « Eden », ou Julie Gruntvig Wester. J’admire aussi beaucoup Isabelle Huppert pour sa féminité, son intelligence et la force de ses choix.

 

Axelle ROPERT :

 

Je voulais devenir romancière, mais je me suis aperçue que le récit romanesque passait mieux aujourd’hui au cinéma que dans la littérature. Alors, vers la trentaine, je me suis tournée vers l’écriture de scénario. Quand j’ai découvert l’énormité des moyens déployés sur le tournage, j’ai eu un sentiment de panique absolue et de grande excitation. J’étais face à une machinerie et à une équipe de garçons en casquette et baskets devant laquelle il fallait que j’assure. Ce qui m’inspire est un récit excitant avec des enjeux passionnels qui appelle une mise en scène. Mais je suis très loin de l’école actuelle qui est de mettre en scène ses tripes ou sa vie privée. Ingrid Bergman est pour moi la plus grande, belle et singulière actrice. Et j’aime aussi les comédiennes françaises un peu mystérieuses comme Delphine Seyrig, Isabelle Huppert ou Valérie Benguigui et Louise Bourgoin. Ce que je m’interdis toujours sur un tournage : l’hystérie. Je suis d’une nature très angoissée mais aussi très pudique.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique MES BILANS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

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LA NOUVELLE VAGUE DES REALISATRICES
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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 09:02
DEUX JOURS, UNE NUIT des frères DARDENNE

 

Voilà une nouvelle fois la preuve par quatre que l’on peut faire un excellent film avec peu de moyens, sinon le talent bien sûr, et c’est le cas du dernier opus des frères Dardenne, Jean-Pierre et Luc qui nous offrent un long métrage magistral, profondément ancré dans notre quotidienneté, celle du chômage et de ses conséquences et, ce, sans artifices superflus, sans misérabilisme, sans grandes orgues, mais avec un linéaire d’une parfaite lisibilité et une actrice qui vibre comme un stradivarius : Marion Cotillard. Il est certain que sans elle, admirablement dirigée par ses metteurs en scène, le film n’aurait pas cette densité qui nous accroche et nous sollicite à chaque seconde et maintient une émotion constante. Mal habillée, coiffée à la hâte, sans maquillage, Marion Cotillard n’a jamais été plus belle, dénudée psychologiquement dans ce rôle qui lui colle à la peau et en fait une héroïne d’une actualité bouleversante.

 

En effet, Sandra, ouvrière dans une entreprise moyenne, n’a que le temps d'un week-end pour convaincre une majorité de ses dix-huit collègues de renoncer à leur prime afin qu'elle puisse conserver son emploi. Autant de destins, souvent aussi fragiles que le sien, qu'elle va aller bousculer, autant de doutes qu'elle devra affronter, et finalement une fierté retrouvée en assumant cette fois ses propres choix. Sandra sort d’une dépression qui l’a laissée particulièrement vulnérable, et ces visites de porte à porte vont être à la fois une épreuve redoutable et un électrochoc qui va lui rendre sa dignité. Car c’est surtout de dignité qu’il s’agit, de cette confiance en soi tellement mise à mal lorsque l’on vous dit que l’on n’a plus besoin de vous, qu’ainsi vous n’êtes plus utile à la société, que celle-ci se passe de vos services. Certes Sandra n’est pas dans la misère, elle a sa maison, un mari qui l’aime, deux beaux enfants, elle n’est pas démunie financièrement car son mari a un travail, mais elle n’existera plus au regard d’une société active qui ainsi la relègue dans une passivité honteuse.

 

Bien construit, l'opus nous rend compte des visites de Sandra à ses collègues et des réactions de chacun d’eux avec une grande justesse de ton : la plupart vont accepter d’abandonner leur prime de 1000 euros pour permettre à Sandra de conserver son emploi ; quelques-uns auront une réaction que l’on peut comprendre parce que leur propre situation financière est difficile, qu’ils ont des emprunts, des enfants à charge, des soucis de fin de mois et pas un instant notre attention ne se relâche parce qu’il y a tellement de vérité, d’authenticité dans le jeu des acteurs et leurs situations, que c’est une belle tranche d’humanité quotidienne qui nous est proposée.

 

Dépouillée jusqu’à l’os, filmée avec presque rien dans une banlieue qui ressemble à toutes les banlieues, avec des acteurs qui sont chacun de nous, voilà une œuvre qui nous touche comme le ferait une cantate discrète et poignante, une musique de chambre délicate et profonde et comme le regard inquiet et résigné de Sandra, porte-flambeau modeste d’une belle cause.

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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DEUX JOURS, UNE NUIT des frères DARDENNE
DEUX JOURS, UNE NUIT des frères DARDENNE
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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 09:21
LE DICTATEUR de CHARLIE CHAPLIN

 

Charlot, petit barbier juif du ghetto de Tomanie, ressemble à s’y méprendre à Hynkel le dictateur qui terrorise le pays et rêve d’annexer l’Austerlich. La charge contre Hitler est stupéfiante de réalisme et Chaplin ne se prive pas de faire feu de tout bois : la parodie, la caricature, le burlesque, mais également l’émotion pure, sont comme une véritable machine de guerre qui ont mis les nazis en furie et délivrent un message d’un humanisme bouleversant. Le rire est ici l’arme ultime contre la barbarie et la folie des hommes. Avec ce qui constitue alors son premier film parlant, Chaplin fait œuvre de pamphlétaire avec une intuition de visionnaire telle que faisant un pied de nez mémorable à toutes les dictatures, il octroie à son film une actualité permanente. Au cours de ses œuvres précédentes, Chaplin n’avait cessé de pourfendre avec un humour tendre et décapant les injustices qui atteignent l’homme dans son honneur et sa dignité. Ainsi a-t-il créé le personnage de Charlot, reconnaissable entre tous, et l’a-t-il imposé au monde entier avec un talent qui confère très souvent au sublime. Tour à tour, vagabond sans travail à l’heure des grandes dépressions économiques ou bien ouvrier écrasé par les machines de l’industrialisation forcée comme dans Les temps modernes, il tente à chaque fois de se rebeller contre l’ordre établi et les excès du capitalisme en une vision géniale qui lui assure aujourd’hui encore sa modernité. Jusqu’à son dernier souffle, Chaplin conservera intact son pouvoir d’indignation et de contestation envers des pouvoirs qui ne protègent qu'insuffisamment les plus faibles. Ayant connu la misère la plus totale, il savait de quoi il parlait. Il demandait seulement à la société de ne point céder à l'inhumanité pour cause de profit et de ne jamais dépasser la règle du jeu du maître et du valet, du bourreau et de la victime.

 

Avec Le dictateur, qu’il commence à écrire dès 1936 et qui sortira sur les écrans en 1940, il passe du muet au parlant et propose une œuvre d’une intelligence rare et d’une force qui stupéfie par l’acuité de la charge et l’incroyable perception de ce qui est en train de se préparer pour le plus grand malheur de l’humanité. Le personnage de Hynkel, enragé de vanité et d'autoritarisme, sosie du petit barbier juif, est une trouvaille qui permet au pamphlet de virer à la caricature la plus percutante du 7e Art. Le face à face de ces deux personnages donne au film, non seulement son originalité, mais son impact incroyable sur le spectateur. Par ailleurs, Chaplin évite les pièges du sentimentalisme en saisissant tous les grotesques du dictateur confronté à la simplicité du barbier, à sa naïveté même, et nous propose, grâce à ces deux rôles assumés pleinement, une formidable prouesse d’acteur.

 

Le "clou" du film reste, bien évidemment, l'improvisation finale du petit barbier que sa ressemblance a fait prendre pour le führer. S’il fut un succès en son temps (le plus grand succès public de Chaplin), l'ensemble de la critique de l'époque  lui reprochera ce final autant sur le fond (trop humaniste pour certains, trop "communiste" pour d'autres !) que sur la forme, à cause du radical changement de ton du film au moment du discours - et la soudaine intrusion d'un message politique qui ne relève plus du burlesque. A ce moment-là, le barbier laisse la place à Charles Chaplin lui-même. Cette scène est extrêmement puissante, pleine de courage et de lucidité : une véritable allocution politique engagée. Ainsi Le Dictateur aura-t-il permis à Chaplin de se surpasser dans la satire burlesque et de signer une oeuvre d'une réelle audace, un véritable témoignage d'amour pour l'homme et la liberté et un pamphlet exemplaire contre toute forme de fascisme.


"Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.

L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d'intelligence, nous ne ressentons pas assez et nous pensons beaucoup trop. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité.

Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu.

Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain, que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes.

En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés, victimes d'un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

Je dis à tous ceux qui m'entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère de l'habilité, de l'amertume de ceux qui ont peur des progrès qu'accomplit l'Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu'il faut faire et ce qu'il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme
du bétail.

Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur.

Vous n'êtes pas des machines.

Vous n'êtes pas des esclaves.

Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l'amour du monde dans le cœur.

Vous n'avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n'est pas fait d'amour.

Soldats ne vous battez pas pour l'esclavage mais pour la liberté.

Il est écrit dans l'Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est dans l'être humain », pas dans un seul humain ni dans un groupe humain, mais dans tous les humains, mais en vous, en vous le peuple qui avez le pouvoir, le pouvoir decréer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, vous avez le pouvoir, le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.

Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau, un monde humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.

Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir : ils mentaient. Ils n'ont pas tenu leurs merveilleuses promesses : jamais ils ne le feront. Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font un esclave du peuple.

Alors, il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses. Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !"

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN & CANADIEN

 

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Charlie Chaplie, le vagabond de génie

 

 

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LE DICTATEUR de CHARLIE CHAPLIN
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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 10:00
FESTIVAL de CANNES - SON HISTOIRE
FESTIVAL de CANNES - SON HISTOIRE
FESTIVAL de CANNES - SON HISTOIRE

              

C'est au ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, Jean Zay, que l'on doit la Création du Festival de Cannes. En toute innocence alors, la date inaugurale avait été fixée au 1er Septembre 1939. Louis Lumière avait accepté d'en être le Président d'honneur, une affiche avait été commandée à Jean-Gabriel Domergue qui y avait représenté la muse du cinéma, mais on sait, hélas ! ce qu'il advint : le 2 septembre 39, Hitler entrait en Pologne. Ainsi, avant d'avoir été ouvertes, les portes du palais du Festival s'étaient refermées sur cinq années de guerre. Mais en 1946, les heures de violence s'étant estompées, le 7e Art s'éveillait à nouveau, tel la Belle au Bois Dormant et, le 20 septembre, l'ancien casino s'apprêtait à recevoir ce premier Festival qui allait avoir davantage l'allure d'une agréable manifestation mondaine que d'une compétition, puisque presque tous les films présentés seraient gratifiés d'un prix et où Grace Moore chanterait de façon vibrante la Marseillaise, reprise en choeur par les quarante" Voix d'Antibes". Mais au fil des années, l'augmentation des participants et l'importance des enjeux économiques feront de ce rendez-vous un événement majeur, quasi incontournable pour les professionnels. Aujourd'hui, il est médiatisé au point de réunir 4000 journalistes représentant quelques 1600 médias de par le monde et d'avoir un budget annuel qui s'élève à 20 millions d'euros. A partir de 1959, la création du Marché du Film accroît encore l'influence, devenue internationale, de ce Festival, qui s'est choisi un lieu privilégié entre mer et arrière pays touristique pour son rendez-vous. Il faut avouer que le challenge était de taille mais que le pari sera tenu. Passeront ici et seront primés quelques-uns des plus grands chefs-d'oeuvre : La dolce vita, Le Guépard, Le Messager, Viridiana, Le salaire de la peur, Quand passent les cigognes, Mash, Andreï Roublev, L'arbre aux sabots, La ballade de Narayama, Mort à Venise, Kagemusha  - et Cannes recevra tout ce qui compte dans l'art de la pellicule : les Carné, Clément, Chaplin, Truffaut, Welles, Losey, Polanski, Rohmer, Coppola, sans oublier quelques princes et maharajahs, ministres, écrivains et poètes, dont Malraux, Giono, Genevoix, Dutourd, Cocteau - et, bien entendu les stars.

    

En 1998, Gilles Jacob crée la Cinéfondation qui a pour objectif de sélectionner de courts et moyens métrages d'écoles de cinéma du monde entier, de manière à promouvoir les jeunes talents et leur permettre d'accéder à la réalisation de longs métrages. Désormais, ce seront un millier de films qui parviendront de tous les continents au Festival dans l'espoir d'être retenus. En 2000, Gilles Jacob sera élu président par les membres du Conseil d'administration et succédera à Pierre Viot qui occupait cette fonction depuis 1985. Le Festival développe, depuis lors, une série d'actions en faveur  des professionnels, ainsi que tous les moyens possibles pour le soutien à la création artistique internationale. En 2005, une nouvelle salle est ouverte en sein du Village et Ciné fondation initie un Atelier qui retient une vingtaine de projets dans le souci d'aider les réalisateurs à faire aboutir leur plan de financement. S'il s'affirme davantage chaque année comme un lieu de rencontre privilégié, le Festival de Cannes jouit depuis longtemps d'une renommée qui ne se démentit pas et a trouvé un bon équilibre entre qualité et commercialité, assurant aux films qu'il couronne un tremplin unique de diffusion, tout en s'attachant à promouvoir ce que l'on a appelé " le cinéma d'auteur pour grand public". Bien entendu, il a essuyé quelques scandales - on se souviendra, par exemple, de celui soulevé en 1973 par le film  La grande bouffe - et a laissé passer des opportunités, commis des erreurs d'appréciation et des injustices, mais il a savouré ses heures de gloire et contribué à faire sortir de l'ombre des talents méconnus, et qui le seraient restés, sans son coup de projecteur souverain.



Ainsi, au fil des années, la rencontre cannoise se poursuit-elle avec persévérance et enthousiasme, sans exclure la nostalgie qu'inspire les saisons d'antan trop vite effacées. Grâce à lui, des centaines de personnes se voient ainsi intronisées dans l'univers cinématographique. Pour elles, il existe un avant et un après, car leur carrière s'est décidée là, en ce lieu où les rencontres inespérées décident des avenirs... Douze mille robes longues, quinze mille smokings, trois-cent mille bouteilles de champagne et cent fois plus de cannettes de bière, des bataillons de gardes en uniforme et de zélés intervenants, six tonnes de papier imprimé et des kilomètres de pellicule, c'est cela Cannes. Depuis qu'est apparue "l'écriture des lumières" aux environs de 1860, formidable mémoire de nos songes que l'on baptisa le 7e Art, Cannes n'est pas seulement un tremplin, une foire aux chimères, mais une sentinelle des talents. François Chalais, célèbre chroniqueur, en parlait avec lyrisme dans un article qu'il consacrait au festival le 8 mai 1986 :

" Ce minuscule recoin de planète ne se réduisait pas pour nous à de gracieux nombrils, à la douceur d'un ciel, à l'agrément de quelques propos, à des images superbement apprivoisées, à l'état naissant où, dans la lumière d'un couchant prodigieux, nous avons eu la révélation des plus grands noms, des oeuvres les plus considérables. Brusquement, des civilisations ont chancelé, des moeurs ont modifié leurs fondements. Des ruines véritables, dont beaucoup ne se sont pas relevées, nous ont rappelé qu'au-delà de l'écran, le monde existe, que nous en faisons partie, que seul le vent qui se confond avec le souffle de la liberté en active l'épanouissement, voire en prolonge la survie. Et il en sera toujours ainsi tant qu'une caméra continuera de tourner, pourvu que, derrière elle, rebelle aux diktats des snobismes et des censures, quelqu'un éprouve le besoin de connaître et d'aimer".



Et il est vrai que comme la peinture et la musique, le cinéma est capable d'apporter aux hommes un supplément d'espoir. Il est donc un art à part entière. Et ce Festival, qui le sert, parfois le dessert et toujours le défend grâce à l'expérience, à la sensibilité, à l'imaginaire des cinéastes, propose chaque année une nouvelle perspective, de nouvelles créations, de nouveaux styles,  reflets du quotidien et découvertes du futur. Celui de 2017 s'est ouvert ce mercredi 17 mai, faisant de Cannes la capitale du cinéma pour une dizaine de jours et la manifestation annuelle la plus médiatisée et la plus bling-bling du monde, déployant sur un rythme échevelé le bal des vanités et le bal des talents. Ainsi Cannes (75.000 habitants) devient-elle superstar et s'habille-t-elle de glamour au-delà du tapis rouge. Ici, dans la bonne humeur, on se frôle, on s'entasse et on se pousse dès qu'apparaît la silhouette d'une vedette. Cannes a sa haute réputation et tient son rang à coups d'audaces, de scandales, de polémiques, mais également grâce à une sélection exigeante, si bien que sa magie n'a jamais cessé d'opérer pour le plaisir de tous et pour que le 7e Art conserve sa place dans le monde artistique.

 

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 09:47
NICOLE KIDMAN - PORTRAIT

Nicole Kidman est née en 1967 à Honolulu d'un père biochimiste et d'une mère infirmière qui ont l'un et l'autre ardemment milité dans les années 60 contre la guerre du Vietnam et pour un monde meilleur. Lorsque Richard Nixon devient président des Etats-Unis, la famille Kidman, très engagée, se réfugie en Australie pour échapper au FBI. Nicole étudie dans les meilleurs pensionnats de Sidney et souhaite devenir journaliste ou simple globe-trotteuse, ses parents lui ayant inculqué le goût des voyages, mais elle aime aussi la danse, la peinture, la littérature, la photo et par-dessus tout la comédie. C'est en voyant Katherine Hepburn dans "The Philadelphia Story" qu'elle souhaite secrètement devenir actrice car, comme Hepburn, Nicole Kidman n'a peur de rien et peut tout plaquer par envie ou par devoir.  Elle le prouve en quittant sa famille à 17 ans pour aller vivre un grand amour adolescent à Amsterdam. L'aventure durera peu de temps, faute d'argent, et à son retour au bercail, elle abandonne à nouveau tout pour veiller sans relâche sur sa mère atteinte d'un cancer. Les années suivantes étant plus sereines, elle réalise enfin son rêve en s'imposant progressivement dans des feuilletons, téléfilms, courts métrages, tout est bon à prendre jusqu'à ce que Phillip Noyce, le réalisateur australien, lui propose un rôle dans "Calme blanc", un thriller qui se passe en mer et connait un succès mondial. A la suite de ce tournage, les studios américains lui envoient un billet de première classe pour venir défendre le film à Hollywood. Limousine, hôtel de luxe, succès naissant, début de reconnaissance internationale, la chance a frappé à sa porte et le rêve commence dont Nicole n'a aucun désir de s'éveiller. Il se poursuivra avec la rencontre de Tom Cruise qui cherchait une comédienne pour "Jours de tonnerre" de Tony Scott, ainsi trouve-t-il son épouse et elle son Pygmalion. Elle devient donc madame Cruise, ce qui va lui faciliter la tâche pour faire sa place dans l'univers hollywoodien. De ce moment, sa carrière passe à la vitesse supérieure et elle enchaîne les films dont "Horizons lointains" de Ron Howard, mais décolle vraiment avec "Prête à tout" de Gus Van Sant qui lui offre le rôle d'une Miss Météo dévorante d'ambition qui utilise son amant pour supprimer son mari. Un rôle qui changera sa vie. Pour la première fois de sa carrière, c'est elle qui porte le film dans lequel elle fait preuve d'un sens aigu du comique. Un rôle sur mesure qui lui permet d'obtenir son premier Golden Globe et d'imposer son style, un subtil déséquilibre entre un contrôle travaillé et un abandon assumé. Il est vrai que peu d'actrices hollywoodiennes ne montrent autant d'appétit pour des personnages qui ne les flattent pas, au physique et au moral, et  autant d'audace pour les interpréter, laissant en coulisses leur égo de star et leur coquetterie de femme. Dans "Portrait de femmes" de Jane Campion, elle est maltraitée par le machiavélique Malkovich, dans "Eyes Wide Shut" de Stanley Kubrick, elle fait l'apprentissage du libertinage, dans "Stoker" de Park Chan wook, elle a une relation torride avec le frère de l'assassin de son mari et dans "Paperboy" de Lee Daniels, elle se transforme en bimbo déjantée et joue une scène sexuelle d'un rare culot pour une star de la liste A. Rien n'est trop étrange pour la frondeuse Kidman. L'actrice sait alterner les films d'auteur et les superproductions américaines du genre "Australia" et cette stratégie est payante puisqu'elle obtient l'Oscar de la meilleure actrice en 2003 pour "The Hour" et trois Golden Globes. "J'adore le cinéma, mais je n'ai jamais voulu être une star. Ce que j'ai toujours voulu, c'est d'avoir la vie la plus riche, la plus variée, la plus baroque possible" - explique-t-elle. Mariée depuis neuf ans à Keith Urban, un roi de la country avec lequel elle a deux filles, Sunday Rose et Faith Margaret, elle partage son temps entre Nashville où elle habite, l'Australie où réside sa famille, Los Angeles où elle voit les deux enfants qu'elle a adoptés avec Tom Cruise et Hollywood où elle travaille. Kidman ne cesse pas de tourner. Après "Grace de Monaco" viendront "The Railway man" de Jonathan Teplitzky, puis "Paddington" de Paul King et "The Danish Girl" de Lasse Hallström. Nous n'avons pas fini de la voir  sur nos écrans dans cette diversité baroque qu'elle affectionne.

 

A propos du film sur Grace de Monaco, elle dit qu'elle n'aurait pas accepté ce rôle s'il n'avait consisté qu'à interpréter, une fois de plus, celui de la princesse sublime que nous connaissions. "Pour incarner un personnage à l'écran - dit-elle - il faut que j'entende sa voix et que cette voix me dise quelque chose. Celle de l'héroïne du film de Dahan m'a parlé parce que c'est celle d'une femme de conviction, d'une femme rigoureuse, responsable, fidèle à ses engagements. Dahan a situé le film en 1962 alors que la Principauté subit l'ire du général de Gaulle, qui coupe l'eau, l'électricité et ferme les frontières du Rocher lorsque Rainier décide de ne plus verser ses impôts à la France. J'ai bien aimé entrer dans ce personnage solidaire de son mari qui s'implique dans ce bras de fer, qui ne sait pas faire les choses à moitié, qui suit son instinct et ne calcule pas, au point de renoncer au cinéma." Ce film fut néanmoins boudé par le grand public. Ce qui n'a nullement ralenti la carrière d'une actrice qui compte parmi les valeurs sûres du 7e Art international. Il y a peu de temps, elle a fait une apparition sensible et intelligente dans "Le Lion", sans maquillage et avec une authenticité qui m'a beaucoup séduite. Ce qui prouve qu'elle peut laisser de côté son rôle de star pour n'être qu'une femme chargée de transmettre une émotion. Et aujourd'hui encore, elle réitère dans l'opus "Destroyer" de la réalisatrice Karyn Kusama où elle incarne Erin Bell, une détective de la police de Los Angeles. Une performance sur le plan physique et psychologique d'une descente aux enfers, ce que l'actrice n'hésite jamais à oser et où elle apparaît méconnaissable et audacieuse.

 

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LISTE DES ARTICLES "LES ACTEURS DU 7e ART"

 

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NICOLE KIDMAN - PORTRAIT
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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 10:04
LE PROMENEUR D'OISEAU de PHILIPPE MUYL

Afin de tenir la promesse qu’il a faite à sa femme, Zhigen, un vieux paysan chinois, décide de faire le grand voyage de Pékin à Yangshuo et de ramener à son village natal l’oiseau qui fut son seul compagnon durant ces années passées loin de chez lui. Qianing, sa belle-fille, riche et belle femme d’affaires, lui demande d’emmener Renxing, sa fille unique élevée dans le luxe, car la personne qui était sensée la garder durant son absence s’est désistée. Bien sûr la petite fille est très mécontente d’être confiée à ce vieux grand-père si peu en accord avec son environnement habituel et son style de vie et elle va, durant  le trajet qui les mènera à Yangshuo, lui faire toutes les niches et caprices possibles, cachant ses chaussures dans les toilettes du train, exigeant de manger à toute heure, enfin ils se perdront dans la forêt à la suite de la panne de leur bus et cette mésaventure finira par susciter des sentiments, l’enfant s’apercevant alors que son grand-père a un contact ludique avec la nature et les animaux, monde qu’elle découvre au fur et à mesure de leur expédition. C’est ainsi que ce cheminent à travers les magnifiques paysages de la Chine rurale va l'initier aux valeurs éternelles et que Renxing comprendra que le sens de la vie n’est pas seulement axé sur la réussite et l’argent.

 

Ce conte ravissant, filmé dans des paysages d'une beauté à couper le souffle, est le septième opus de Philippe Muyl après L’arbre sous la mer, adaptation d’un roman de Nikos Athanassiadis, Cuisines et dépendances, adaptation à l’écran d’une pièce de théâtre et premier succès public de ce Lillois qui avait débuté sa carrière dans la publicité. En 2002, Le Papillon avec Michel Serrault, un film délicieux où un grand-père était déjà l’initiateur des beautés du monde auprès d’une petite fille, sera un succès immense en Chine et incitera le réalisateur à découvrir ce grand pays et à y réaliser « Le promeneur d’oiseau ». Ce long métrage franco-chinois, que j’ai eu la chance de voir en mars lors de la clôture du 16e Festival du film asiatique de Deauville, est une oeuvre pleine de charme, très actuelle entre deux modes de vie : celle d'un jeune couple de Pékin riche et gagné par tous les travers de la modernité et celle d'un vieux paysan resté attaché à ses traditions ancestrales. Entre eux une petite fille, qui pourrait être celle de n'importe quel couple d’aujourd’hui, va comprendre, à l'occasion de ces vacances impromptues, que la vie a certes plusieurs visages mais que l'amour n'en a jamais qu'un seul.

 

Accaparés par leurs vies professionnelles respectives, les parents  s'éloignent l'un de l'autre et délaissent leur enfant, qu’ils se contentent de gâter outrageusement, faisant d’elle un tyran enjuponné et détestable. Quand tous deux doivent, au même moment, partir  en  voyage d'affaires, la fillette se retrouve sans garde. La mère est bien soulagée de la confier aux bons soins de son grand-père. Puisque lui aussi a décidé d'entreprendre un périple dans son village natal, ce retour aux sources va être l’occasion  de resserrer  les liens et de faire découvrir à Renxing que la vie comporte des valeurs extraordinaires, très différentes de celles que lui propose son existence citadine. A propos de son film, Philippe Muyl souligne que : le schéma est représentatif de la société chinoise",  par exemple si vous allez dans les parcs en ville, vous verrez beaucoup de grands-parents s'occuper des petits-enfants, qui sont des trésors à protéger", avec la politique de l'enfant unique. "Ce film parle de trois générations particulièrement significatives, car elles représentent trois époques de la Chine" – poursuit-il. "Le grand-père a connu la Révolution culturelle, la petite-fille est dans une société d'hyper consommation acculturée et ne connait plus rien à son histoire, enfin les parents courent après l'argent. C'est la Chine d'aujourd'hui, enfin une partie en tout cas".

 

L’intérêt du promeneur d’oiseau réside d’ailleurs essentiellement dans cette démarche initiatique d’un homme âgé qui, avec tact et douceur, met l’enfant en présence des grands mystères de la nature, de la beauté des paysages, des ressources insoupçonnées d’un monde à l’opposé du monde technologique et matérialiste qui régit les métropoles. Et la fillette ne sera pas insensible à cette découverte majeure qui sera d’ailleurs, au final, l’argument en mesure de rapprocher ses parents désunis. Ce promeneur d’oiseau est en quelque sorte un magicien, un éveilleur de poésie qui nous enchante comme il enchante sa petite fille. Je vous conseille vivement ce film attachant, plein de grâce et d’humour, admirablement interprété par un acteur très connu en Chine Baotna Li et la jeune Yang Xi Li, tous deux formant un duo craquant et où chacun des spectateurs que nous sommes retrouvera les travers de notre société, atrophiée à bien des égards sur le plan de l’éveil de la sensibilité.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

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LE PROMENEUR D'OISEAU de PHILIPPE MUYL
LE PROMENEUR D'OISEAU de PHILIPPE MUYL
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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 11:21
NELLY ET Mr ARNAUD de CLAUDE SAUTET

Une jeune femme, Nelly, travaille occasionnellement dans des imprimeries, tandis que Jérôme, son compagnon, ne parvient pas à trouver du travail. Dans un café, Nelly fait la connaissance d'un sexagénaire, monsieur Arnaud, que lui présente Jacqueline, dont il fut autrefois l'amant. Monsieur Arnaud propose de l'argent à Nelly, qui refuse. Elle n'en affirme pas moins à Jérôme qu'elle a accepté et suscite ainsi une rupture qu'elle désirait secrètement. Nelly revoit monsieur Arnaud et se rend à ses raisons. Il peut l'aider financièrement. Elle, en échange, tapera à la machine et critiquera le manuscrit de ses mémoires qu'il est en train de rédiger. Pour Mr Arnaud, ses mémoire sont déjà un adieu à la vie, pour Nelly sa rupture avec son mari est également une remise en cause de son avenir sentimental. Les deux personnages sont en quête de quelque chose qu’ils ne maîtrisent plus et qui fait d’eux des isolés, des cœurs solitaires soucieux de préserver leur quant-à-soi. Tous deux, dans ce quasi huis-clos, où le temps semble suspendu, se croisent, s’épient dans une intimité feutrée sans que leurs élans ne coïncident jamais. Au cœur d’un cocon bourgeois, c’est une tragédie lente et implacable à laquelle nous assistons : un face à face amer, impossible, contrarié, illusoire entre deux protagonistes que l’âge, le milieu social et les aspirations séparent. Avec cet opus, le dernier de sa carrière, Sautet traite avec délicatesse des instabilités de la vie, des impossibilités du destin, des rendez-vous manqués et les traduit en une musique de chambre douce, déchirante et pudique qui sied tellement bien à sa personnalité et trouve là sa tonalité la plus juste, comme cela l’avait déjà été pour Un cœur en hiver.

 

La souffrance des personnages est saisie par une caméra légère qui brosse chaque tableau avec des couleurs aquarellées et sait nous relater avec subtilité l’inconstance des sentiments, les variations des cœurs aux prises avec un réel qui ne les satisfait pas. Les flash-back ne sont là que pour prolonger l’écho des actes et situations qui, désormais, ne sont plus possibles, chaque tentative, chaque élan qui pourraient rapprocher la jeune femme et l’ancien juge sont toujours contrariés, brisés dans leur spontanéité. Cette cantate pour cœurs solitaires est interprétée par deux solistes remarquables, violons qui s’accordent et se répondent sans parvenir à s’unir mais nous enchantent grâce à leurs partitions savamment dosées de gravité, de maturité, d’ironie, de raideur ou de bouleversant abandon. Ce sera ainsi de Mr Arnaud contemplant Nelly dans son sommeil. Michel Serrault et Emmanuelle Béart sont en osmose parfaite avec leurs personnages très tchékhoviens, tandis que les seconds rôles, Charles Berling dans celui du mari, Michael Lonsdale en ami trop envahissant et Jean-Hugues Anglade en soupirant disponible sonnent juste également. Quel plus bel adieu pouvait nous adresser Claude Sautet que cette cantate fauréenne ? 

 

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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NELLY ET Mr ARNAUD de CLAUDE SAUTET
NELLY ET Mr ARNAUD de CLAUDE SAUTET
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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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