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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 11:30

landofhope       

                                     

Un tremblement de terre frappe le Japon, entraînant l'explosion d'une centrale nucléaire. Dans un village proche de la catastrophe, les autorités tracent un périmètre de sécurité avec une bande jaune qui coupe en deux la localité. Une sorte de ligne de démarcation absurde entre danger bien réel et sécurité toute théorique. Au sein de la famille Ono, les parents âgés choisissent de rester. Leur fils et son épouse acceptent d'être évacués pour fuir la radioactivité. Avec ce film qui sort à quelques semaines de l'anniversaire du tsunami qui a causé des dégâts incommensurables dans la centrale nucléaire de Fukushima, Sono Sion met en images et en perspective une catastrophe nucléaire identique qui interroge chacun d'entre nous sur la politique intérieure d'un pays, la gestion de crise, la propagande utilisée pour soi-disant ne pas affoler les populations et le bouleversement humain et social qui  s'en suit. Devant l'importance du thème, le réalisateur s'efface et compose son opus de façon plus formelle, coordonnant et structurant son récit afin d'en expliciter les conséquences inévitables sur les hommes et la nature. Co-production internationale, ce projet a obligé Sono Sion à une réserve qu'on ne lui connaissait pas et, surtout, à faire de cette oeuvre une démonstration éloquente des suites catastrophiques qu'engendre fatalement un tel drame.

 

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Malgré le malheur qui l'a plus d'une fois éprouvé - rappelons-nous les bombes d'Hiroshima et de Nagasaki - l'Empire nippon a en lui des ressources de courage et de volontarisme inimaginables et le Japon post-Fukushima demeure la terre de l'espoir, parce que la population, serrant les dents, a repris le pas de l'homme et s'est remise en route ayant révisé ses ambitions et mis en veilleuse son orgueil. Apercevant le soleil se lever sur la mer, Sono Sion nous invite à croire que l'espoir persiste et que la vie continue envers et contre tout, grâce à une jeunesse prête affronter l'adversité et à croire en un avenir meilleur. Plutôt qu'un film, il s'agit davantage d'un documentaire tourné dans les paysages dévastés par le tremblement de terre et le tsunami, au coeur d'une population en plein désarroi qui ne sait plus, sur le moment, qui croire, que faire, où aller. Leurs détresse nous touche d'autant plus que nos pays ne sont pas à l'abri de telles tragédies et que l'homme, ayant mis le doigt dans l'inexorable engrenage du progrès scientifique et technique, se trouve en quelque sorte dépassé par des événements incontrôlables et incapable de revenir en arrière. Alors ?

 

Bien fait, bien construit, The Land of Hope  m'a d'autant plus séduite qu'il se penche avec une égale compassion vers le monde humain et animal, que l'on voit un vieil éleveur, interprété avec infiniment de sensibilité par l'acteur Isao Natsuyagi, préférer tuer lui-même son cheptel de bovins que de le laisser abattre par des mains étrangères. Ce sont à des notations de ce genre que l'on mesure la différence avec le film de l'an passé Himizu  d'une violence proprement insoutenable, alors que celui-ci est tout en demi-teintes, en notations soit tendres, soit drôles, car, malgré la gravité du sujet, l'opus n'évacue pas l'humour que suscitent certaines situations. Le vieux couple qui se refuse à abandonner sa maison et préfère se donner la mort que de fuir et de quitter un environnement où il a ses repères et ses habitudes -surtout que l'épouse est atteinte de la maladie d'Alzheimer - est rendu avec une touchante poésie, de même que la jeune femme habitée par la peur d'être irradiée alors qu'elle attend un enfant. De jolies et déchirantes scènes se succèdent qui ont pour but d'éveiller nos consciences sur un sujet capital et d'une gravité qui mérite, ô combien! une urgente réflexion.

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 10:24

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Dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, voici le récit des destinées sentimentales de trois soeurs qui vont vivre des amours contrariées dont certaines finiront bien, dans une campagne solitaire où elles demeurent avec leur mère Madame Dashwood après la mort de leur père, dont l'entière fortune est revenue à son fils, né d’un précédent mariage. A la suite de ce douloureux événement et à la conduite de la belle fille, une peste qui leur rend la vie dure, mère et filles décident de partir poursuivre une existence plus digne, mais fatalement plus restreinte financièrement, dans une demeure du Devonshire. Mais l’éloignement de la ville et leur modeste train de vie font craindre à la mère que ses filles ne puissent trouver un mari digne de leur rang social. S’inspirant du roman éponyme de Jane Austen,  Emma Thompson a bâti un scénario solide, admirablement mis en scène par  Ang Lee,  qui a ciselé un film délicat, servi par des décors et costumes raffinés. On assiste, tout au long de cet ouvrage, cousu à petits points, au duo formé par les deux soeurs aînées, Elinor interprétée par la merveilleuse Emma Thompson qui n’est jamais si belle que lorsqu’elle cherche à s’enlaidir, et Marianne, la cadette, campée par Kate Winsle  tout aussi juste, la première privilégiant la raison, la seconde se laissant emporter par son romantisme passionné.

 

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Adaptation si réussie du roman de Jane Austen qu’elle a collectionné les récompenses en 1996, au moment de sa sortie en salles, notamment l’Ours d’Or de Berlin, le Golden Globe du meilleur scénario et l’Oscar de la meilleure adaptation. Ces prix mettent l’accent sur le remarquable travail d’Emma Thompson qui a su adapter le roman en trouvant le bon équilibre entre texte et transposition cinématographique. On perçoit le regard ironique que la romancière posait sur ses contemporains, la vivacité et la fraîcheur des sentiments exprimés admirablement par le jeu des acteurs.  Hugh Grant trouve dans le personnage d’Edouard, soupirant maladroit et confiné dans une position difficile, l’un de ses plus beaux rôles. D’autre part, l’élégance très classique de la mise en scène et la subtilité des situations nous assurent un plaisant moment de cinéma.

 

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 10:32
Deux hommes dans la ville de José Giovanni

 

A sa libération, Gino Strabliggi, un ancien truand, est chaperonné par l’éducateur Cazeneuve, inspecteur à la retraite, qui l’aide à se réinsérer. Malheureusement un autre policier cherche à le faire trébucher. Ecrit et réalisé par  José Giovanni, un ancien taulard reconverti dans l’écriture de romans policiers et dans la réalisation de longs métrages de 1967 à 2001, cet opus est sans doute sa réalisation la plus spectaculaire par la tension constante qui l’accompagne et par trois acteurs d’exception que sont Jean Gabin, Michel Bouquet et Alain Delon qui donnent chair et vie à cette tentative  de réinsertion d’un jeune truand qui aspire à reconstruire sa vie après ses années passées derrière les barreaux. Fort de son expérience personnelle, José Giovanni livre avec ce superbe scénario un réquisitoire contre la peine de mort, doublé d’une pertinente réflexion sur la justice. Ainsi, José Giovanni échappe-t-il à de nombreux écueils dans ce vibrant plaidoyer pour une justice plus humaine. Le personnage d’Alain Delon n’est en aucun cas un enfant de chœur,  il est bien coupable du crime dont on l’accuse, les membres de l’administration judiciaire ne sont pas tous de froids fonctionnaires et la population entière n’est pas assoiffée de sang au point de souhaiter la mort des criminels. Certes, on peut sans doute reprocher au réalisateur d’avoir un peu forcé le trait par rapport au rôle du commissaire joué par Michel Bouquet, ce policier zélé qui utilise effectivement des méthodes qui évoquent de manière un peu trop évidentes celles des miliciens de Vichy, ce qui décrédibilise forcément ses actes. Et il faut reconnaître que l’acteur confère à  son personnage une inhumanité glaciale.

 



Pour autant, si le film se laisse parfois gagner par le souci de faire vibrer notre corde sensible (notamment grâce à l'émouvant thème musical de Philippe Sarde, ou encore à la mort plutôt inutile de la première femme de l’ex-taulard incarné par Delon), il reste toujours grave et sincère. On y sent notamment la puissance d’indignation d’un cinéaste qui dénonce une situation scandaleuse qu’il connait bien et analyse avec intelligence. Il s’est appuyé pour cela sur le savoir-faire de trois générations de comédiens talentueux. Vétéran de l’équipe, Jean Gabin, surnommé affectueusement « le vieux », du haut de ses 70 ans, compose une figure d’éducateur progressiste digne et nuancée. Il est ici d’une sobriété exemplaire. Autre style, Alain Delon est parfaitement à l’aise dans cet emploi du truand qui aspire à retrouver sa dignité. Enfin, une jeune génération vient faire souffler un vent frais sur ce casting avec la présence revigorante de Bernard Giraudeau, Gérard Depardieu, Victor Lanoux ou encore la  jolie Mimsy Farmer.

 



Succès mérité lors de sa sortie en salles (avec plus de 2 457 900 entrées en France), Deux hommes dans la ville (1973) peut donc être considéré comme le meilleur film de son auteur, tout en restant aujourd’hui encore d’une actualité brûlante. N’oublions pas que si la peine de mort a bien été abolie en 1981, les conditions de détention en France sont régulièrement la cible des associations des droits de l’homme, à cause de l'insalubrité et de la surcharge de nombreux établissements pénitenciers. Un film qui touche sa cible d'autant plus que le héros malheureux a su conserver son humanité. 

 

 

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Deux hommes dans la ville de José Giovanni
Deux hommes dans la ville de José Giovanni
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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 11:50
AMITIES SINCERES

    

Voilà un film qui respire la bonne santé, de ces comédies bien ficelées, bien argumentées avec des dialogues qui font mouches et des interprètes très attachants menés par un Gérard Lanvin au sommet de sa forme, et qu'on ne regrette pas d'avoir vu pour la simple raison qu'il ne nous inflige pas une seconde d'ennui et  n'est pas sans rappeler avec bonheur les comédies aigres-douces d'un Claude Sautet. Oui, c'est sain, probe, sympathique, sans prétention excessive, sinon celle de nous raconter une belle histoire d'amitié entre trois hommes qui, au final, ne partagent pas grand chose, sinon le plaisir de se retrouver, de partager une table bien garnie et des vins gouleyants aussi légers et agréables que l'opus qui nous est servi. Oui, un film qui vous met de bonne humeur, ne révolutionnera certes pas le 7e Art mais a le mérite de ne céder ni à la vulgarité, ni aux clichés racoleurs et vous délivre une bonne dose  de sincérité et de tendresse, ce qui n'est déjà pas si mal. Dommage que le titre soit convenu et aussi plat, ce qui explique que j'ai mis trois semaines avant de me décider à entrer dans la salle. Oui, regrettable que sur ce plan-là les réalisateurs n'aient pas eu davantage d'inspiration. Le film aurait gagné à avoir un titre plus explicite sur le sujet qu'il aborde, soit la variation des humeurs, la pudeur des émotions, la difficulté des rapports humains, les aléas de l'amitié, enfin les heures de grâce et de disgrâce des sentiments. A part cette maladresse  et une mise en scène trop conventionnelle, le film est une agréable bonne surprise.

 

 

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Les réalisateurs Stéphane Archinard et François Prévôt-Leygonie ont tout simplement porté à l'écran la pièce de leur composition qui, voici une dizaine d'années, avait recueilli un vif succès sur la scène et qui, transposée sur pellicule, n'a rien perdu de sa saveur, surtout qu'elle bénéficie d'une interprétation  de tout premier ordre avec un Gérard Lanvin en père poule divorcé particulièrement savoureux, fort en gueule et grand coeur aux prises avec les pieux mensonges de son entourage et dont les bons sentiments et les convictions sont mises à mal ; un Jean-Hugues Anglade, écrivain en panne d'inspiration qui va la retrouver en tombant amoureux de la fille de son meilleur ami, enfin un Wladimir Yourdannof libraire qui se replonge dans la politique à la faveur des législatives pour assouvir une vengeance sentimentale, enfin Ana Girardot séduisante jeune  fille trop couvée par un père tendre et tyrannique qui, à la veille de son grand oral de normal-sup, découvre qu'elle est éprise d'un quinquagénaire qui a pour autre inconvénient majeur d'être un ami de trente ans de son père. Ces personnages vont nous entraîner dans un plaisant marivaudage viril ou, plus que l'amour, c'est l'amitié qui brise les coeurs et ouvre les esprits. Tout cela est bien conduit  grâce à un scénario solide, des dialogues cousus main et tellement naturels dans la bouche des acteurs qu'on a l'impression qu'ils improvisent. Un travail très honnête qui semble avoir conquis un large public avec des moments touchants, des tendresses inattendues, quelques envolées à l'intention d'une gauche caviar volontiers moralisatrice, quelques lieux communs bien sûr mais qui ne parviennent pas à ternir un film d'excellente facture. Et cerise sur le gâteau, "Amitiés sincères " n'est pas sans évoquer les années 70-80 où il n'y avait pas de honte à avoir des principes, des convictions, un certain respect de l'ordre établi, un clin d'oeil que j'ai apprécié. Un film que l'on peut revoir sans ennui.

 

 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 11:05

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"Il faut que le cinéma soit clair, parce que tout le reste ne l'est pas. Les passions, les sentiments, la vie, rien n'est clair."

Manoel de Oliveira

 

Le cinéma portugais, privé d'infrastructures solides, se cherche depuis plus de vingt ans avec des succès divers mais une originalité incontestable. La révolution des oeillets a toutefois permis au pays de se doter d'un système d'aide à la production qui verra l'éclosion d'une nouvelles génération de réalisateurs au seuil des années 1980. En effet, le Portugal, au temps de Salazar, avait  bien peu encouragé le 7e Art, d'où un retard considérable comparé aux autres pays européens. Seule exception, la fondation de la "Tobis Portuguesa" en 1932 qui avait donné naissance à des comédies populaires d'un certain charme. Après les sombres années 1950, un renouveau se fait alors sentir, grâce au producteur Antonio da Cunha Telles. Les deux premiers films de Paulo Rocha  "Les vertes années" (1963) et  "Changer de vie" (1966) prouvent que le cinéma portugais n'a pas totalement été tenu à l'écart du renouveau cinématographique qui traversait l'Europe. La longue carrière de Manoel de Oliveira, plus que centenaire aujourd'hui, résume à elle seul ce cheminement chaotique, le cinéaste s'empressant de porter sur les fonds baptismaux une oeuvre d'une radicale modernité, éclectique, voire même excentrique qui entendait initier l'avenir du 7e Art portugais. Né en 1908, originaire de Porto, Oliveira tourne un premier documentaire en 1930 Douro Faina Fluvial, puis un film pour enfants "Aniki-Bobo" en 1942, avant de s'attaquer, dans les années 1970, à un long métrage avec "Le passé et le présent", suivi de  "Benilde ou la Vierge Mère", puis de  "Amour de perdition"  en 1978, son chef-d'oeuvre, adaptation du roman de Camilo Castelo Branco qui sera accompagnée d'une réflexion sur cet auteur que le cinéaste vénère "Francisca" (1981) et, enfin, par le remarquable "Jour du désespoir" (1998) où il mêle mélodrame et rigueur à la Dreyer et impose définitivement son style.

 

La découverte au Festival de Cannes 1981 de "Francisca" contribuera à la renommée d'Oliveira qui enchaînera ensuite film sur film et, dans la foulée,  ne manquera pas de focaliser l'intérêt d'un public peu sollicité jusqu'alors par la production portugaise. Chacun d'eux est un défi lancé au cinéma afin d'en reculer les limites. Défi à la littérature également quand il adapte la pièce de Claudel "Le soulier de satin" en 1985 et à l'histoire de son pays lorsqu'il ose un opus sur la déchéance de l'empire colonial avec "Non ou la vaine Gloire de commander" en 1990. Par la suite, avec la complicité de la romancière Augustina Bessa-Luis, Oliveira se mesurera également à Madame Bovary de Gustave Flaubert, transposant l'oeuvre dans le monde viticole de la province de Porto, cadre provincial idéal, à la fois contemporain et décalé, propice au contraste entre bourgeoisie rurale d'affaires et ouvriers agricoles. Le film, dont le titre est "Le Val Abraham", se révélera d'une grande sensualité, porté par une caméra qu'aimante la beauté lumineuse de l'actrice Leonor Silveira. (voir photo en haut ) C'est à cette époque-là qu'un Paulo Rocha revient en force avec "L'île des amours"  (1982), évocation de l'écrivain Wencesclau de Moraes, fasciné par le Japon, tandis qu'Antonio Reis et Margarita Cordeiro marquent les esprits avec "Ana" (1982). N'oublions pas de mentionner que l'on doit  à ce couple, en 1978,  le plus beau film sur la révolution portugaise "Tras os Montes", révolution telle qu'elle fût perçue dans les régions reculées.

 

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Tras os Montes

 

Une nouvelle génération arrive à son tour et se résume à trois noms. Tout d'abord Joao Botelho, avec "Conversa Acabada" (1981) qui met en scène deux écrivains portugais Fernando Pessoa et Mario Sa-Carneiro, et le très émouvant "Un adieu portugais" (1985) sur la fin des guerres coloniales en Afrique. Ensuite Joao Cesar Monteiro, influencé par la maître Oliveira et qui s'en libère en inventant le personnage de Jean de Dieu, mélange de Nosferatu pour l'apparence physique et de von Stroheim pour l'obsession sexuelle. Il lui donne vie dans "Souvenirs de la maison jaune" (1989), "La comédie de Dieu" (1995), "Les Noces de Dieu" (1999) et "Va et vient" (2003). Ces films sont centrés sur le héros Jean de Dieu, à l'érotisme pervers, qui séduit les jeunes employées de la boutique de glaces et sorbets qu'il dirige à Lisbonne, petits commerce qui s'avère une métaphore du Portugal, personnage qui collectionne leurs poils pubiens et les  consigne dans son "Livre des pensées". Beaucoup d'humour anime ces oeuvres bercées par la beauté des visages des jeunes filles, l'art du portrait en gros plan et  un goût maniaque du cérémonial érotique qui n'est pas sans rappeler les accents du cinéma d'un Erich von Stroheim ou d'un Luis Bunuel. Quant au troisième cinéaste, il  n'est autre que Pedro Costa, réalisateur exigeant à qui l'on doit "O Sangue" (1989), "Ossos" (1997) et "Dans la chambre de Vanda" (2000), peinture de la misère qui, toutefois, évite habilement de sombrer dans le misérabilisme. Aujourd'hui des films sulfureux et étranges comme "O Fantasma" ( 2000 ) et "Odete" (2004) de Joao Pedro Rodrigues laissent perplexe mais semblent plaire à un certain public. Alors !

 

Sources : Laurent DELMAS

 

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LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 11:01

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Né en juin 1941 à Leicester, Stephen Frears, après de solides études, débute sa carrière cinématographique comme assistant de Karel Reisz. Il réalise son premier film "Gumshoe" en 1970, mais c'est  "My beautiful Laundrette", en 1985, qui le révélera au grand public. Par la suite, il ne va plus cesser de diversifier ses sujets et d'attacher une grand importance à la rédaction de ses scénarios qu'il travaille lui-même avec une précision maniaque. Son expérience de la télévision fait qu'il est aussi à l'aise dans la vérité documentaire, la reconstitution d'une époque, le thriller comme dans "The Hit"  ou le constat social à la manière d'un Ken Loach. Cette diversité, qui le caractérise, n'est due qu'à une chose : Frears entend être un cinéaste libre et ne se fier qu'à son instinct et à ses désirs.  De même qu'il alterne les films à budget modeste aux grandes fresques, passe sans transition de la splendeur vénéneuse des "Liaisons dangereuses"  à la verve des "Arnaqueurs". A mes yeux, "Les liaisons dangereuses", avec le couple formé par Glenn Close et John Malkovich, est insurpassable et l'oeuvre absolument magistrale, le chef-d'oeuvre de Frears à mon humble avis.

 

Mieux il ose les mélanges audacieux, ainsi le métissage du film noir et du western dans The Hi-Lo Country ou de psychanalyse et d'horreur avec "Mary Reilly", mieux on perçoit sa jubilation de la mise en scène, son goût du détail, les changements de ton, le réalisme, ainsi le Londres des années 1970 dans "Prick Up Your Ears" ou l'Amérique des années 1980 dans "High Fidelity", sans que Stephen Frears ne cède jamais au simple travail illustratif. A chaque fois, il fait en sorte de trouver le style adéquate, le réalisme  qui sert le mieux son thème. Ce sera le cas avec "The Queen" en 2006 interprétée par la merveilleuse Helen Mirren ou, en 2005, avec "Mme Henderson présente", véritable réussite, finement ciselée, chronique du music-hall anglais sous le blitz et mélange d'ironie et d'émotion qui symbolise admirablement l'art très personnel de ce grand cinéaste. En 2014, il abat une carte conséquente avec son très réussi "Philomena" qui a tous les atouts pour gagner la sympathie du public, ce qu'il fera. En 2015 "The program", en 2016 "Florence Jenkins" et en 2017 "Confident" sont des films moins emblématiques malgré une mise en scène toujours soignée et exigeante.

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 10:09

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Deux aristocrates brillants et spirituels, la marquise de Merteuil et le séduisant Vicomte de Valmont, signent un pacte d'inviolable amitié à la fin de leur liaison. C'est au nom de celui-ci que la marquise demande à Valmont de séduire la candide Cecile de Volanges qui doit prochainement épouser son ex-favori, M. de Bastide. Mais Valmont a entrepris de séduire la vertueuse Mme de Tourvel. Adapter un chef-d'oeuvre de la littérature en film projeté sur grand écran, soit transposer en images la beauté des phrases, est toujours un pari dangereux, mais il faut reconnaître à Stephen Frears de l'avoir accompli brillamment et d'offrir au 7e Art un bijou facetté avec virtuosité et délicatesse, donnant aux images la fraîcheur et la grâce des merveilleuses toiles d'un Boucher, d'un Fragonard ou d'un Watteau. Christopher Hampton, qui a conçu l'adaptation, a su conserver l'essentiel du texte, sans que la transposition ait trop à souffrir de passer des propos épistolaires aux dialogues. " Ce qui m'intéresse chez les personnages de Laclos, c'est la vérité des sentiments et leur actualité. Et puis resserrer les images sur les couples, c'est privilégier la spontanéité. Les plans larges donnent un effet guindé, culturel, historique, que je veux absolument éviter. Pour la même raison, j'ai préféré des comédiens américains aux comédiens anglais. Les Anglais ont un jeu formel, les Américains, émotionnel. " - disait Frears au moment de la sortie du film en 1989.

 


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Tourné au château de Neuville, dans un décor digne des plus belles pages du XVIIIe siècle, ce long métrage ne laisse rien au hasard  : mise en scène soignée et élégante où tout est voué au culte du raffinement et de la beauté et, ce,  au service d'une société privilégiée qui a fait du désir et du plaisir l'essentiel de sa vie. Mais dans cette fable cruelle où la séduction se pratique comme l'art de la guerre, les illusions des sens vont bientôt laisser place aux désillusions des sentiments, si bien que le vicomte finira par céder à l'amour et la marquise de Merteuil à la jalousie et au déshonneur. Les deux principaux personnages sont interprétés par des acteurs de premier plan : Glenn Close, magnifique marquise qui semble invulnérable tant elle exerce sur elle-même une maîtrise qui semble ne jamais pouvoir être ébranlée et qui, néanmoins, le sera. Quant à John Malkovitch, en prince des alcôves et démon de la stratégie, il est tout simplement terrifiant de perversité  et trouve là un de ses meilleurs rôles. Le film doit beaucoup à leur présence maléfique et à leur beauté hautaine. A leurs côtés, l'adorable Michelle Pfeiffer est une Madame de Tourvel fragile et délicate, un véritable petit Saxe que le vicomte va se plaire à briser entre ses doigts et dont la douleur est rendue de façon bouleversante par la jeune actrice. Victime consentante de ce jeu élaboré cyniquement par le couple maudit Merteuil/Valmont, elle sera toutefois celle qui sauvera la morale : la marquise tombera enfin de son piédestal et Valmont se laissera tuer en duel.

 

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Réussite indiscutable, ce film d'époque n'en reste pas moins d'actualité. Il y a aujourd'hui encore dans notre société permissive des Valmont qui savent user et abuser des autres afin d'assouvir leur volonté de puissance et de séduction, et des Madame de Merteuil prêtes à toutes les compromissions pour parvenir à leurs fins et satisfaire leurs vanités. Oui, le monde n'a guère changé, sinon que le décor et les toilettes, le raffinement des objets, la grâce des coloris sont rarement à ce niveau d'élégance. Et surtout que la belle langue française n'est plus parlée et écrite  à ce degré de perfection. Il y  a eu depuis lors beaucoup de relâchement ... Au final, nous n'avons conservé au XXIe siècle que le plus mauvais : la privauté des moeurs.

 


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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 10:47
HAPPINESS THERAPY de DAVID O. RUSSEL

     
Le film, inspiré d'un roman de Matthew Quick, commence alors que Pat Solatano, trente ans, sort de huit mois d'hôpital psychiatrique pour avoir tabassé l'amant de sa femme, un professeur d'histoire surpris avec elle sous la douche, dans sa propre maison. Ayant tout perdu, maison, travail, épouse, il revient vivre chez ses parents, tous deux assez mal lotis par le sort, son père, sans situation, se plaisant à parier sur des matchs de foot afin de tenter de gagner un peu d'argent et d'ouvrir un restaurant, sa mère passant la plus grande partie de ses journées à préparer des petits plats pour régaler les copains de passage. Invité par des voisins, Pat va faire la connaissance de Tifany, une très jeune veuve qui vient d'être virée de sa boîte, parce qu'elle assume trop bien la part érotique de sa personnalité et a couché avec tous les hommes et femmes de son business. Ne parvenant pas à mettre Pat, dès le premier soir dans son lit, la jeune femme va tout faire pour le convaincre de participer avec elle à un concours de danse et, pour y parvenir, car le supposé partenaire se montre récalcitrant, lui proposer de le mettre en relation avec sa femme par le truchement d'une lettre qu'il lui écrirait. Appâté par cette proposition, le supposé participant va accepter le défi. Dès lors, le décor planté, le long métrage ne va pas mettre moins de deux heures à nous livrer son message qui n'est autre que celui-ci : nous sommes tous les victimes de notre propre folie... En voilà d'une découverte !

 

 

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Dans la banlieue de Philadelphie où  il se  déroule, il est vrai qu'il ne se passe pas grand chose. En dehors du foot, des réunions entre amis pour discuter et parier sur les joueurs, les petits plats mijotés par madame Solatano, c'est la platitude absolue, un monde où chacun vit sa propre démence dans un désert psychologique et culturel total. L'opus ne fait d'ailleurs rien d'autre que de pointer du doigt ce vide abyssal et cette déchéance progressive où plonge une Nation qui ne semble plus avoir ni repère, ni ambition, ni perspective. Si bien que les troubles obsessionnels et compulsifs sont le lot de chacun. Voilà ce que ce film met deux longues heures à nous démontrer, recourant pour cela à des images banales, des dialogues creux, au cours d'une action languissante qui se contente d'alterner les crises de nerfs successives des différents protagonistes. Passionnant ! Cette soi-disant thérapie du bonheur n'a certes pas fait la mienne, ni semble-t-il celle des spectateurs qui se trouvaient hier après-midi dans la salle. Car, quel est le but du metteur en scène David O. Russel, sinon de nous faire partager sa vision négative et bien peu comique du bipolarisme dans lequel plonge l'Amérique toute entière ? Fallait-il, pour nous en convaincre, ce film affligeant d'ennui où les acteurs eux-mêmes se répètent et qui est terni par le recours aux artifices les plus éculés. Malgré une rythme plus brouillon que convaincant, même un acteur aussi exceptionnel que Robert de Niro en perd le souffle et l'inspiration... La seule à sortir son épingle du jeu est, selon moi, Jennifer Lawrence qui nous séduit lors de quelques rares moments de charme véritable, surtout à la fin où, après une si longue attente, elle nous gratifie d'un court instant de grâce.

En conclusion, beaucoup de bruit pour rien.

  

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HAPPINESS THERAPY de DAVID O. RUSSEL
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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 09:31

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Le jour où il revient de l’hôpital après une attaque cardiaque, l’avocat britannique Sir Wilfrid Robarts reçoit la visite de Leonard Vole, élégant homme sans le sou soupçonné du meurtre d’Emily French, une riche veuve brutalement assassinée quelques jours plus tôt. Quand il est révélé que Vole était l’unique bénéficiaire du testament de la victime, Sir Wilfrid cherche à contacter Christine, l’épouse du prévenu, dont le témoignage pourrait le disculper. Mais cette allemande mystérieuse, que Vole a rencontrée à Berlin, loin d’étayer le fragile alibi de son mari, se révèle être un témoin à charge.


A l'origine de The Witness for the Prosecution est une nouvelle qu’Agatha Christie écrivit en 1924 et qu’elle adapta, plusieurs décennies plus tard, pour la scène : la première de la pièce eut en effet lieu en octobre 1953 à Londres, avant d’être montée à Broadway l’année suivante. Devant le succès, les producteurs hollywoodiens ne tardèrent pas à s’y intéresser, d’abord L. B. Mayer, puis Gilbert Miller et, enfin, Edward Small, lequel remporta l’affaire avec l’aide d’Arthur Hornblow Jr. Les deux hommes confièrent la réalisation du projet à Sheldon Reynolds, réalisateur de télévision, mais face à l’ampleur de ce travail, se retournèrent vers Billy Wilder, qui  en  fera la réalisation que l’on sait.


Le tournage ne commença dans les studios Goldwyn qu’en juin 1957, Wilder ayant été entre-temps très occupé par le montage de Love in the afternoon et par l’élaboration de multiples projets, dont la plupart ne virent jamais le jour. Bien que filmant  Love in the afternoon à Paris, Wilder avait dès août 1956 commencé à tourner quelques plans extérieurs de Witness for the Prosecution , avant même que le casting ne soit définitivement établi. Concernant le casting, et alors que Wilder préférait Kirk Douglas, Small et Hornblow avaient misé sur Tyrone Power. Souffrant de dépression, tant pour sa carrière déclinante que pour sa vie personnelle agitée, celui-ci déclina l'offre. On envisagea alors, pour incarner le couple Vole, une association Ava Gardner - Jack Lemmon, mais Wilder, qui avait, dès le départ, songé à son amie Marlene Dietrich, réussit à la convaincre d’endosser le rôle de Christine. Pour des raisons financières, Small et Hornblow se mirent alors à chercher des noms moins prestigieux, et on évoqua un jeune acteur britannique du nom de Roger Moore. Finalement, celui qui avait été leur premier choix, Tyrone Power, désormais moins dépressif et finalement emballé par le sujet, revint sur sa décision et accepta - contre un salaire faramineux de 300.000 dollars et un pourcentage sur recettes - un rôle qui s’avéra finalement être son dernier, puisqu’il mourut d’une crise cardiaque quelques mois plus tard. Enfin, pour une somme beaucoup plus modeste de 75.000 dollars, le troisième rôle  fut confié à Charles Laughton, dont Billy Wilder était l’ami. Ce troisième choix réorientera le travail de réécriture de Wilder et de Harry Kurnitz qui trouvaient la trame de la pièce intéressante, mais les personnages trop superficiels ; indéniablement, Laughton donnera du corps au personnage de Sir Wilfrid, assez différent de celui de la pièce. En effet, l’avocat pensé par Agatha Christie était solide, autoritaire et dynamique ; tandis que le Sir Wilfrid écrit par Wilder et composé par Charles Laughton nous apparaît, dès la première scène, comme un homme âgé, d’un grand esprit mais de santé fragile, qui revient de l’hôpital à la suite d'une attaque. Bien qu’il soit tenu de réduire ses activités professionnelles, l'avocat mettra sa vie en danger pour sauver la tête de Leonard Vole.

 

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Wilder, sous le charme de la composition de son acteur Charles Laughton, ne tarira pas d’éloges, dans ses mémoires, sur la performance et l’investissement phénoménal de ce dernier :

 

« Il est le meilleur acteur avec qui j’aie jamais travaillé (…). En 1958, pendant le tournage de Witness for the Prosecution, tous les soirs à six heures nous restions un moment ensemble, nous nous demandions quelle scène nous tournerions le lendemain et nous fixions le programme. Puis Laughton venait dans mon bureau. Et tout en buvant un verre, il me disait : « la scène que nous allons tourner demain me semble particulièrement importante. J’ai ce monologue. Et il m’est venu une idée. Que diriez-vous de … ». Et il commençait à me jouer la scène. C’était brillant. Lorsqu’il avait fini, je disais : « Bon d’accord, on fait comme ça. » Et après une petite interruption, Laughton reprenait : « Je pense qu’on pourrait aussi… » Et il recommençait à jouer la scène. Dans une version toute différente cette fois, mais encore plus convaincante. Et pour finir il demandait : « Ou bien est-ce qu’on fait ça ? ». Je répondais encore :  "C’est très bien. On tournera comme ça demain." Et je n’exagère rien, cela se répétait jusqu’à ce qu’il m’eût joué vingt versions d’une même scène. Et chacune était un enrichissement, ou représentait tout au moins une variante intéressante par rapport à la précédente. Jusqu’au moment où je lui disais : « Bon, maintenant c’était vraiment la meilleure solution, et c’est comme ça que nous tournerons demain. Ne l’oublie pas ! » Le lendemain matin, peu avant le début du tournage, il venait me trouver, me prenait à l’écart et me disait : « J’ai eu une idée cette nuit. J’ai encore imaginé autre chose. Je crois que ce serait plus efficace. » Il me jouait la nouvelle version. Et il avait raison, c’était encore mieux. Laughton pouvait fouiller dans son talent comme un enfant comblé dans un coffre à jouets qui déborde. »

 

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Il est indéniable que Charles Laughton compose un admirable Sir Wilfrid, mêlant la rigueur et la précision maniaque du brillant avocat à l’espièglerie du bon vivant bravant la mort avec panache. De son propre aveu, Laughton s’était inspiré d’un avocat britannique du nom de Florance Guedella (l’avocat de Dietrich) qui triturait nerveusement son monocle lors de chaque entrevue ; Laughton reprit à son compte ce tic, afin de créer une technique d’interrogation propre à son personnage, qui se plaisait à aveugler son interlocuteur  en manipulant l’objet de façon telle qu’il fasse office de loupe.



Grâce à l’indéfectible amitié entre Laughton et Wilder (ce film fut curieusement leur seule collaboration ), l’ambiance sur le tournage fut très détendue, Elsa Lanchester et Marlene Dietrich se relayant pour concocter à Laughton de nombreux petits plats, les prouesses culinaires de Dietrich faisant dire à Wilder que « les hommes ne toléraient ses jambes qu’à cause de ses talents de cuisinière. » Mais au-delà de ces anecdotes, Wilder fut frappé par la profondeur de l’investissement de Marlene Dietrich, qui se mit à jouer « comme si toute sa carrière en dépendait. » On peut comprendre que le rôle de Christine Vole ait été pour elle un défi passionnant car assez éloigné de ses rôles précédents. Ne lui offrait-il pas l’occasion de brouiller son image de froide manipulatrice en explorant des facettes plus complexes de sa personnalité. Dans un premier temps, fidèle à cet archétype de la blonde fatale, sa première réplique sera - « Je ne m’évanouis jamais car je ne suis pas certaine de tomber avec grâce, et je n’utilise jamais de sels car ils me font gonfler les yeux » - réplique qui la montre conforme à son image de femme calculatrice, distante, implacablement dépassionnée, rôle qu’elle avait peu ou prou déjà tenu pour Wilder dans La Scandaleuse de Berlin, avant que le personnage de Christine ne se fissure, nous livrant soudain une facette émotionnelle dans laquelle la comédienne apparaît plus que convaincante, extrêmement émouvante. Dietrich s’impliqua également dans la composition d’un autre rôle essentiel à l’intrigue, en cherchant à devenir une « cockney » crédible et en se modelant un faux nez avec l’aide d’Orson Welles, ou en travaillant son accent avec Charles Laughton et Noel Coward, obtenant un résultat saisissant - à tel point que certains peinent aujourd’hui encore à croire qu’il s’agit bien d’elle. L’actrice considérait cet emploi comme l’accomplissement de sa carrière, si bien qu’elle fût fort déçue qu’un concert de louanges n’ait pas lieu, le public de l’époque ayant probablement été surpris et désorienté de la voir dans la peau d’un personnage qui ne lui correspondait pas.

 

Au final, le metteur en scène nous livre un film de grande qualité, dont le suspense se maintient jusqu’au bout et que les acteurs magnifient par un jeu très concentré mais non dépourvu d’humour. Le noir et blanc ne fait qu’accentuer une atmosphère lourde et idéalement londonienne. Détail amusant : c’est la femme de Charles Laughton qui joue son infirmière dans l’opus. Bien sûr, on pense à Hitchcock dont le style est proche et on applaudit avec enthousiasme à cette variation sur le thème du mensonge et  de la mystification.

 

 

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 10:21
ALCESTE A BICYCLETTE de PHILIPPE LE GUAY


Gautier Valence (Lambert Wilson) débarque à l'île de Ré avec une idée en tête : retrouver son vieil ami Serge Tanneur (Fabrice Luchini), retiré depuis plusieurs années dans l'île loin des vanités du monde, pour lui proposer de remonter sur scène à ses côtés dans une pièce de Molière : le Misanthrope. Le fringant quinquagénaire a très envie de se parer des plumes du paon en quittant son emploi d'acteur de téléfilm afin d'endosser celui autrement gratifiant d'acteur de théâtre en présence de Serge Tanneur, un comédien qui, jadis, a fait vibrer les salles.

 

Entre les deux hommes s'engage une véritable parade nuptiale de façon à choisir qui jouera Alceste et qui Philinte et lequel l'emportera de celui, jamais las des honneurs, ou de celui qui a choisi de vivre en ermite et, ce, au long d'une compétition où les susceptibilités se frottent et s'usent comme des galets. Bien sûr, je ne révélerai pas la suite, mais je ne peux que vous encourager à aller voir cet opus où, pendant près de deux heures, vous serez bercé par la musicalité des alexandrins du divin Molière, récité ou clamé avec panache, malice, colère, par ces deux acteurs dont la rivalité permanente ne fait que pimenter les scènes.

 

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Luchini excelle dans ce film qu'il a inspiré à Le Guay et où il ne peut manquer de faire usage des nuances subtiles de son registre personnel, celui d'un surdoué amoureux du beau langage et des belles lettres. Alceste à ses heures, face à un Lambert Wilson superbe avec lequel le duo, ou plutôt le duel à fleurets mouchetés, prend son rythme et son ampleur :  Wilson fat, consensuel et fielleux, Luchini acariâtre, professoral et blessé. Les mots crépitent, les phrases fusent, celles d'un beau langage où la seule chose à éviter est la faute de goût. Spectacle intelligent, bien mené, où le décor de l'île avec ses étangs, ses lumières automnales, ses glacis sur la mer joue le troisième personnage, un personnage avec lequel on ne triche pas malgré les vicissitudes de la vie, la jalousie, les notoriétés illusoires. Ainsi la vraie vie fait-elle sans cesse irruption comme cette belle italienne interprétée par Maya Sansa qui réveille des désirs assoupis chez nos protagonistes. Oui, un film sur l'art de se méprendre de soi et des autres, sur les rôles que nous nous attribuons souvent à tort, car Alceste n'est peut être pas celui qu'on croit, pas davantage que Philinte d'ailleurs, et c'est là que le film joue tout en finesse entre un histrion en constante représentation et un égotiste qui en veut au monde entier et principalement à lui-même. Ce n'est pas ici le jeu de l'amour et du hasard mais de la lucidité et de l'incertitude. Un régal.

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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