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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 09:04
Buffet froid de Bertrand Blier

« Buffet froid » nous conte la cavale de trois individus déjantés et paumés. Cette fable jubilatoire est peut-être le meilleur film de Bertrand Blier. Un chef-d’œuvre d’humour absurde et de mélancolie désabusée où trois acteurs exceptionnels nous entraînent dans leur délire et leur mal-être grâce à des dialogues coulés dans le vitriol, faisant  d'eux  des êtres pitoyables et caricaturaux. Cette farce pouvait tomber très vite dans l’absurde et faire chou blanc mais, interprétée par des acteurs d’une présence et d’une efficacité redoutables, c’est un petit chef-d’œuvre de drôlerie, une suite de scènes cocasses qui s’achèvera, comme il se doit, de façon plutôt morale puisque les trois compères trouveront la mort qu’ils méritaient. Aucun détail n’a été oublié pour que les scènes soient en permanence justes et inattendues et que les mots des uns et des autres fassent mouche.


Par ailleurs, le film tient d’autant mieux la route que la performance des comédiens, tous habités par des rôles écrits sur mesure, est indiscutable. En effet, Jean Carmet, Bernard Blier et Gérard Depardieu forment un trio tragi-comique qui se débat pour empêcher que les événements ne prennent le dessus. Si on pense, dans un premier temps, que les protagonistes sont soudés les uns aux autres, ils ne sont au fond que des inconnus, étant prêts à se tirer dans les pattes et à se trahir si la situation l'exige. Les grands espaces n’offrent pas plus de liberté que la campagne, ce qui vaut à Bernard Blier de se livrer à une tirade cinglante sur sa vision quelque peu archaïque et bougonne du monde rural. Un décalage qui souligne à la fois l’humour noir et la vacherie intrinsèque de cet inspecteur de police haïssant la musique. Sans compter sur une mise en scène parfaite dans des décors adaptés aux circonstances et où le clair-obscur est traité avec subtilité pour mieux cerner le climat ambiant.  Bien conduit, original et percutant, l'opus se regarde avec un réel plaisir, loufoque et néanmoins précis dans chacun de ses détails, suite ininterrompue de scènes désopilantes menées avec une implacable logique.

 

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Buffet froid de Bertrand Blier
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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 09:58
Le mystère Henri Pick de Rémi Bezançon

Adapté du roman éponyme de David Foenkinos, le film de Rémi Bezançon ne vaudrait pas pipette sans la présence de Fabrice Luchini qui anime l'opus de sa malice, de son entêtement à plonger au coeur de cette invraisemblable histoire de manuscrit. L'idée de départ est excellente, celle d'une bibliothèque consacrée aux manuscrits refusés, sise en pays breton dans la presqu'île de Crozon, ce qui nous vaut des paysages superbes et, qu'un jour, une éditrice décide de visiter avec un jeune romancier en quête de reconnaissance dont elle vient de publier le premier roman. Elle est attirée alors par l'un de ces dossiers oubliés, comme le serait une bouteille à la mer, s'emballe pour son contenu et décide de le publier avec l'aura toute particulière dont cet ouvrage remarquable jouit  du seul fait d'avoir été un laisser pour compte de l'univers littéraire.


Si bien que, paré de cette légende, le roman fait mouche auprès du public et devient du jour au lendemain un best-seller, mais Jean-Michel Rouche (Fabrice Luchini), vedette d'une émission littéraire flaire d'emblée l'entourloupe et s'en prend à la veuve de ce Monsieur Pick, un brave pizzaïolo décédé deux années plus tôt qui n'a jamais écrit plus de quelques lignes sur des cartes postales destinées à sa famille, ce qui ne manque pas de susciter un scandale à l'antenne : voilà Rouche viré de la télévision et du lit conjugal, l'un allant souvent de pair avec l'autre. Bien écrits, les dialogues permettent à Luchini de donner toute sa mesure avec une savoureuse drôlerie et un cynique entêtement et, ce, en présence de la fille du supposé auteur qui s'affiche dans la contradiction avec panache : Camille Cottin. 


Cette partie de ping-pong oral focalise tout l'attrait du film dont le final ne nous surprend guère tant il est prévu dès les premières scènes, dommage ! - mais ce polar sans cadavre a du moins le mérite de pointer de la pellicule l'univers littéraire qui, pas davantage que les autres, n'échappe aux tentations du marketing  et aux paradoxes des faux-semblants.


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Le mystère Henri Pick de Rémi Bezançon
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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 10:21
La mule de Clint Eastwood

 

À plus de 80 ans, Earl Stone est aux abois. Il est non seulement fauché et seul, mais son entreprise d’horticulture  risque d’être saisie. Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf que, sans le savoir, il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Extrêmement performant, il transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un "supérieur" chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates est plus qu’intrigué par cette nouvelle "mule". Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre...

 

Ce scénario est signé Nick Schenk, déjà à l’œuvre dans « Gran Torino », et cela se ressent car il est bien ficelé, bien rythmé, et ne laisse aucun détail au hasard, assurant à l'opus une grande unité, celle de l'existence d’un homme à la fin de son parcours, affecté par l’éloignement de sa famille dont il n’a pas su être assez proche, tout particulièrement sa fille, qui sort d’une fête de famille lorsqu’il y entre, et dont Clint a chargé sa propre fille d’assumer le rôle. Mais c’est probablement la thématique du temps qui passe, de la vieillesse désormais bien présente, de la fragilité de la vie, qui touche le spectateur et donne à ce film, peut-être l’ultime de Eastwood, sa tonalité testamentaire, sa tendresse voilée et son humour toujours bien présent.

 

Et ce qui séduit également dans « La Mule » est le style si reconnaissable du réalisateur, ce mélange subtil de dérision et d’émotion, cette sensibilité à fleur d’image qui frappait tellement dans « Sur la route de Madison » ou dans « Million Dollar Baby », et la solitude qui étreint chacun de nous dans les moments décisifs de nos vies.  Ainsi retrouve-t-on,  dans chacun de ses opus,  cette gravité devant les faits et ce souci de précision face aux détails infimes qui ont charge de l’illustrer. Il y a là un bel équilibre entre action, tension, drame et humour. De même, que me semble remarquable, la manière dont l’acteur-réalisateur sait  être présent dans une suite de situations diverses, tout en assurant  une unité de sensibilité qui est toujours admirablement dosée. Avec « La Mule », Clint signe l’une de ses œuvres les plus accomplies et termine sa carrière devant et derrière la caméra sur un film et un rôle puissants, sans jamais être pesants. Sachant saisir l'instant, il implique ses personnages dans une réalité vigoureuse et nous propose une vision élargie de l’existence. Enfin, il tend vers une véritable rédemption et, en horticulteur qu’il a été, s'attache à poursuivre la culture des simples beautés de la vie, faisant vibrer ainsi la touche la plus sensible des spectateurs. Film témoignage mais probablement film testament.

 

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La mule de Clint Eastwood
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4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 10:02
Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron

Je l’avoue, je n’ai pas boudé mon plaisir hier soir à la projection du second volet d’un film qui avait cartonné en 2014  « Qu’est qu’on a encore fait au bon Dieu ?» Alors que les critiques des journaux s’opposent sur le plan purement politique, j’encourage mes lecteurs à aller passer une heure trente de détente sur un sujet empli d’une sympathique vision des choses, celle d’un monde qui s’est ouvert depuis longtemps à nos différences. Oui, voilà un retour réussi des familles Verneuil et Koffi que leurs racines civilisationnelles séparent à bien des égards mais que tout rapproche à propos des sentiments et de l’amour qu’ils éprouvent pour leurs enfants et petits-enfants. Plus finement traité que le premier volet, plus subtil dans ses dialogues, ce film aborde les sujets qui fâchent avec humour, si bien que nous voyons à quel point nos à priori sont le plus souvent ridicules et néfastes. Comme dans le précédent opus, Chantal Lauby et Christian Clavier sont une Marie et un Claude Verneuil épatants, ce qui n’enlève rien aux autres acteurs tous excellents et d’une joyeuse diversité dans leurs oppositions de façade et leur côté bobos des banlieues chics.

 

 

 

Derrière ses ressorts comiques efficaces, la comédie de Philippe de Chauveron n’est ni niaise, ni superficielle et touche juste. Elle évoque notre temps sans lourdeur avec un humour qui aère et fait du bien, renouant avec une mise en orbite savoureuse et efficace des divers et nombreux désagréments de notre époque. Et cela, à travers la planète entière, puisque la famille est une composition représentative de nos divers continents. Les thèmes les plus délicats sont abordés de façon si jubilatoire que nous pouvons enfin rire de bon cœur sans nous sentir pris en faute par le « politiquement correct »  et une police de la pensée étouffante. Certes, un film qui a le culot d’aborder les thèmes qui fâchent avec tant de bonne humeur que les spectateurs sont invités à rire sans se sentir pris en faute. Quel talent pour ce second volet de la part de Philippe de Chauveron qui a le mérite d’amuser son public sans le culpabiliser. 

 

 

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Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron
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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 11:36
Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy et Michel Legrand

Je n’avais jamais eu l’occasion de voir le film de Michel Legrand « Les parapluies de Cherbourg » en entier, aussi est-ce avec plaisir que je l’ai visionné en entier  hier soir à la télévision. Bien que je trouve la réalisation moins réussie  que celle des « Demoiselles de Rochefort »,  plus rythmée, plus enlevée, je n’ai pas résisté au charme de cette histoire d’amour chantée, à la grâce de Catherine Deneuve et au romantisme des images, bien que ce ne soit en définitive qu’une bluette désuète et sans grande envergure. Mais le charme opère dès les premières images tant la musique est délicate, les prises de vue  poétiques et tant  l’ensemble dégage un attrait irrésistible.

 

Nous sommes à Cherbourg en novembre 1957. Geneviève Emery, dont la mère tient un commerce de parapluies, aime Guy Foucher ( Nino Castelnuo), un jeune garagiste. La mère de Geneviève n'envisage pas d'un bon oeil cette idylle et préférerait voir sa fille épouser Roland Cassard, un diamantaire. C’est alors que Guy est appelé sous les drapeaux pour participer à la guerre d'Algérie. Geneviève se donne à lui avant son départ. Enceinte, elle finira par céder aux instances de sa mère et épousera Roland, cet homme riche qui accepte son enfant.

 

Oui, aucune audace dans cette histoire si ce n’est celle d’avoir osé faire chanter la totalité  des dialogues sur la musique de Michel Legrand et, ainsi, d'avoir transformé le scénario simplet en comédie musicale d’un style inédit qui a peu à voir alors avec les comédies américaines de l’époque. C’est d’ailleurs ce qui a fait le succès et l’originalité de cette production qui ne peut être comparée à » West Side Story » mais conserve sa fraîcheur et son attrait en grande partie grâce aux mélodies ravissantes de Michel Legrand.

 

Les acteurs ont eu le mérite de se glisser avec tact dans leurs personnages, de jouer avec un naturel et une spontanéité qui procurent à l’histoire sa saveur particulière. Coiffée par les sœurs Carita, Catherine Deneuve est au sommet de sa beauté gracile, Anne Vernon, qui interprète le rôle de sa mère, est fort jolie elle aussi et l’ensemble suscite une indicible émotion. Le pari du metteur en scène et du musicien a parfaitement fonctionné et nous touche à l’heure de la science-fiction, des effets spéciaux et du numérique comme une bouffée d’oxygène.

 

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Catherine Deneuve et Anne Vernon

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Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy et Michel Legrand
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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 11:00
Edmond d'Alexis Michalik

Je me rendais à cette projection avec un a priori d'autant plus favorable que la critique, dans l’ensemble, s’était montrée élogieuse. D’où ma désillusion à la vue de cette farce outrancière et brouillonne qui m’a davantage agacée que séduite. Nous sommes là à un niveau très scolaire et en présence d’un scénario qui ne relate en rien les affres de l’inspiration poétique et ne correspond absolument pas à la réalité. Ayant sous la main  la biographie d’Edmond Rostand, il n’y a quasi pas un seul point commun avec  l’écriture de cette pièce à succès et ce que nous propose cet opus qui cède à tous les clichés de la facilité. Dommage, car les acteurs méritaient un texte mieux inspiré et une direction plus sobre et plus fine,  en accord avec les prises de vue d’un Paris de l’époque joliment reconstitué. On m'a assuré que la pièce de théâtre était meilleure et plus subtile. Je veux bien le croire ...


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Edmond d'Alexis Michalik
Les acteurs Thomas Solivérès et Tom Leeb

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17 janvier 2019 4 17 /01 /janvier /2019 10:22
L'incroyable histoire du Facteur Cheval de Nils Tavernier

Voilà un film qui tombe à point nommé, tant son actualité nous met en phase avec une France profonde, humble et immortelle, qui nous offre d’elle  une image pleine de grâce et d’émotion. De nos jours, le facteur Ferdinand Cheval aurait probablement enfilé un gilet jaune avec conviction.

 

Cet avant- propos terminé, le film de Nils Tavernier est un ouvrage tissé à petits points avec une certaine lenteur et un souci constant de donner au personnage sa dimension attachante, à ce taiseux son mystérieux génie et sa pudique réalité. Voilà un homme, né en 1836, qui, après avoir été mitron, il savait ainsi d’ores et déjà modeler la pâte, deviendra facteur, parcourant chaque jour 33 kms à pied car la voiture n’existait pas à l’époque et que le vélo ne lui aurait pas permis de rouler sur les pistes escarpées qu’il avait à emprunter. Vie simple et besogneuse où le souci du travail accompli dans l’effort ne le prive nullement de se laisser gagner par des aspirations artistiques et des rêves grandioses. Cet homme d’apparence frustre est un délicat qui ne rêve plus que de bâtir pour sa fille Alice un palais digne des contes les plus fous. C’est d’ailleurs tel un illuminé, un dément, qu’il est considéré par les gens de son village, tandis que les journalistes et les experts, qui viennent roder sur les lieux, estiment que son délire architectural n’est autre « qu’un ramassis d’insanités qui se brouillent dans la cervelle d’un rustre ». Mais rien ne décourage le facteur Cheval. Tenace, opiniâtre, dur et exigeant envers lui-même, il passera  33 années à élever cette œuvre monumentale qu’André Malraux considérera et classera en 1969, soit quarante-cinq ans après sa mort, « comme la seule représentante en architecture de l’art naïf ».


L’existence de Ferdinand Cheval sera marquée en permanence par la douleur, il perdra ses deux femmes, ses deux enfants, dont sa petite fille Alice qu’il vénérait, et ne sera, durant les 88 années de sa vie, qu’un homme buriné par l’épreuve et dont la seule évasion sera ce palais imaginaire qu’il sculpte patiemment de ses mains, charriant à longueur de soirées et de nuits des brouettes de pierres et de chaux vive. C’est lors d’une chute qu’il remarque que certaines pierres semblent avoir été sculptées par une main inspirée et que son rêve va prendre forme. Si la nature se fait sculpteur, pourquoi lui, Ferdinand Cheval, ne deviendrait-il pas architecte et maçon ? Et le rêve ne cessera plus de prendre forme. 


Dans le rôle de Ferdinand Cheval, Jacques Gamblin est  habité par son personnage. Il est ce taiseux de Hauterives,  dans la Drôme, empli  d’humilité et de passion, ferme et pudique, clos sur lui-même comme sur son rêve et tellement déterminé qu’il  ne renoncera jamais à l’effort surhumain de ce travail, ne cédera jamais  face aux moqueries féroces de son entourage, ni à l’immense douleur de la perte des êtres chers. Constant dans sa détermination, il ira au bout de ce rêve qui a paré sa vie pauvre et silencieuse d’une aura éternelle.  Quant à Laetitia Casta, elle est parfaite dans le rôle de son épouse Philomène, ajoutant une note de tendresse et de douceur à cette attachante reconstitution.

 

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L'incroyable histoire du Facteur Cheval de Nils Tavernier
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Le palais idéal du Facteur Cheval

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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 10:15
Bernadette Lafont, le sourire de la Nouvelle Vague

Avec son sourire malicieux, son naturel inaltérable et sa voix gouailleuse,  Bernadette Lafont,  morte  à l'âge de 74 ans, incarnait l'insolence et la liberté du cinéma de la Nouvelle Vague. Chaque femme pouvait se reconnaître en elle tant elle était désarmante de naturel et pouvait se glisser dans n’importe quel personnage. "Je n'ai jamais voulu être cataloguée, ni avoir d'étiquette" - disait cette brune méditerranéenne aux traits généreux, citant Cocteau : "Les premières places ne m'intéressent pas spécialement. Ce que j'aime, c'est les places à part." Celle qui a tourné plus de 120 films et adoré le théâtre, découvert à 40 ans, restera à jamais "La Fiancée du pirate" (1969), qui se venge de tout un village en couchant avec ses habitants sur l'air de "Moi, je m'balance" chanté par Barbara, et révèle par haut-parleur les médisances recueillies sur l'oreiller.

 

Le cinéma, elle le découvre à 17 ans. Fille de protestants qui voulaient un garçon - sa mère l'appellera toujours Bernard, elle naît le 26 octobre 1938 à Nîmes (Gard) où son père est pharmacien. Elle pratique assidûment la danse classique lorsqu'elle épouse le comédien Gérard Blain, rêvant d'être actrice à son tour. Lui s'y oppose, mais ils rencontrent l'équipe des Cahiers du cinéma. Claude Chabrol et François Truffaut veulent faire leur premier film. "Il n'y avait pas de producteur, pas d'argent. Donc, comme acteurs et actrices ils ont choisi Gérard et moi, entre autres." Ce sera "Les Mistons" (1957), tourné à Nîmes, où Truffaut la filme juchée sur sa bicyclette puis "Le Beau Serge" (1958) avec Chabrol qu'elle retrouvera à plusieurs reprises, entre autres pour "Les Bonnes femmes" (1960), "Les Godelureaux" (1961) ou "Inspecteur Lavardin" (1986). On la surnomme "la vamp villageoise". Truffaut la compare à Michel Simon pour son côté "voyou femelle" et parce qu'elle a l'air de "savoir vraiment la vérité de la vie". Il lui offrira "Une belle fille comme moi" en 1972.

 

 

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Séparée de Gérard Blain - ils resteront amis -, elle épouse à 20 ans un sculpteur hongrois, Diourka Medvecsky. Ils ont trois enfants dont Pauline, qui deviendra également actrice et mourra accidentellement en 1988 lors d'une balade en solitaire dans les Cévennes. Son corps ne sera découvert que trois mois après sa disparition. Bernadette Lafont se réfugiera dans le travail : "Le cinéma et le théâtre m'ont sauvée."

Elle connaît sa période "expérimentale" au début des années 1970 avec Bulle Ogier ou Jean-Pierre Kalfon dans des films dirigés par son mari, par Jacques Baratier ou Lazlo Szabo. En 1973, elle joue pour Jean Eustache dans "La maman et la putain", puis, en 1978, c'est la rencontre avec le théâtre. "Je veux bien ne jamais faire de cinéma si je peux toujours faire du théâtre", dit alors cette autodidacte. Elle joue Copi en 1981 puis Guitry, Pagnol ou "Les monologues du vagin" d'Eve Ensler (2002). Parallèlement, elle continue de tourner, avec Juliet Berto ("Cap Canaille", 1983), Jean-Pierre Mocky ou Raoul Ruiz, mais également Yves Boisset ou Claude Miller ("L'Effrontée" - 1985), grâce auquel elle décroche le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Récemment encore, elle incarnait une grand-mère dealeuse de hasch dans "Paulette" de Jérôme Enrico. Le film sorti en janvier a attiré plus d'un million de spectateurs.

Femme à ne pas cacher son âge, elle célébrera crânement en 2007, à 68 ans, ses cinquante ans d'une carrière menée également à la télévision où elle a joué dans de nombreux téléfilms. Cette longévité ne l'a pas empêchée d'aimer les jeunes artistes et de soutenir leurs créations : "J'ai besoin que ça bouge, que ça grouille autour de moi." Un César d'honneur la récompense en 2003 pour l’ensemble de sa carrière, tandis qu'elle  est faite officier de la Légion d'honneur en 2009. Elle reçoit en 2010 la médaille de l'Ordre du mérite et de l'Ordre des arts et lettres et nous quitte le 25 juillet, sans faire de bruit, avec cette discrétion qui, finalement, la caractérisait. Adieu Bernadette.

Pour consulter l'article consacré aux acteurs du la Nouvelle Vague, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE

 

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Bernadette Lafont, le sourire de la Nouvelle Vague
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17 décembre 2018 1 17 /12 /décembre /2018 09:35
Pupille de Jeanne Herry

Voilà un film qui a toutes les apparences d’un documentaire sur l’abandon et l’adoption tant il est bien construit et aborde le sujet avec précision, intelligence et réalisme. Il reste néanmoins un opus envoûtant par cette approche chorale d’une sensibilité délicate et d’une interprétation parfaite. Un enfant naît sous X d’une jeune mère étudiante qui n’envisage pas d’entraver son avenir avec un enfant qu’elle n’a pas désiré. Terrible constat, celui de ce bébé auquel sa procréatrice ne jettera pas même un regard ! Aussitôt la société prend le relais. Comment ? Grâce à un réseau d’aide sociale qui va tenter d’assurer au nouveau-né un avenir que sa mère biologique est bien en peine de lui assurer.

 

Après « Elle l’adore », Jeanne Herry se consacre à un sujet sensible rarement abordé, celui de l’adoption, à travers une chaîne de solidarité collective extrêmement bien traitée et décrite d’une caméra qui ne cède jamais au pathos. Précis, émouvant, admirablement interprété, le scénario respecte la chronologie des événements sans une once d’ennui ou de lourdeur, en une fiction très proche de la réalité, ce qui procure au film cet intérêt documentaire sans lui enlever sa touchante vibration.  La réussite est donc totale. La réalisatrice nous décrit les étapes qui vont permettre à ce petit enfant de connaître une existence normale. Cela, grâce à une administration humaine et efficace interprétée par des comédiens pleinement immergés dans leur sujet. Gilles Lelouche aborde là un rôle d’homme solide et responsable loin du mâle rude et dur auquel il nous avait habitués et nous propose ainsi une version de son talent totalement inédite. Quant aux femmes, Sandrine Kiberlain, Elodie Bouchez et Miou-Miou, elles sont parfaites dans leur dévouement et leur compétence, leur sérieux et leurs interrogations qui assurent à cette ode autant de tendresse que d’authenticité. Dans notre monde régi par le cynisme, « Pupille » est une source de tendresse, une réhabilitation inattendue du collectif au service d’un humain souvent malmené, et une bouffée de fraîcheur et de fraternité à ne pas rater.

 

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Pupille de Jeanne Herry
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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 10:39
Un homme pressé d'Hervé Mimran

Bien sûr, je suis allée voir ce film pour Fabrice Luchini qui, une fois encore, donne une densité à la fois drôle et émouvante à ce personnage d'un grand manitou de l'industrie automobile frappé par un AVC qui endommage grandement sa mémoire et sa parole. Avouez que choisir Luchini pour jouer le rôle d'un homme qui a des problèmes d'élocution ne manque pas d'audace et je dois avouer que l'acteur bafouille de façon irrésistible et que le film, sans être un sommet de la filmographie luchinesque, ne manque ni de saveur, ni de tendresse. Hervé Mimran, qui ne nous avait pas ébloui jusqu'à présent avec deux comédies sans grande finesse, trouve là une expression plus grave car cet homme pressé, qui conduit sa vie au pas de charge en obsédé du travail et de l'efficacité, va soudain, après ce grave accident de santé, remettre en question son existence et surtout renouer avec sa propre humanité. Et Luchini réalise cela à merveille. Il donne à ce personnage que son groupe va virer sans égard, une sensibilité très juste et une touchante proximité avec le public. A ses côtés, les seconds rôles  sont à la hauteur, autant Rebecca Marder dans celui de sa fille que Leïla Bekhti dans celui de l'orthophoniste qui l'aide à rééduquer sa parole sans concession aucune et avec l'humour nécessaire pour qu'il ne sombre pas dans le désespoir. Enfin n'oublions pas le chien fidèle d'entre les fidèles, le plus tendre aussi qui suivra son maître sur le chemin de Compostelle où  le malheureux ponte de l'industrie automobile va chercher et trouver sa rédemption. Un film qui touche et séduit malgré quelques longueurs.


 

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Un homme pressé d'Hervé Mimran
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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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