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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:35

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Si les années 1970 furent politiquement douloureuses pour l'ensemble du continent latino-américain et ont marqué un coup d'arrêt à la production cinématographique, il semble bien qu'aujourd'hui trois pays se distinguent à nouveau dans leur vision authentique et novatrice du 7e Art : le Mexique, l'Argentine et le Brésil. Au Brésil, il faudra attendre les années 1990 pour connaître un nouvel élan. Carlota Joaquina, princesa do Brasil de Carla Camurati sera un succès en 1994 qui ramène le public vers les salles obscures. Mais c'est avec Central do Brasil (Carnets de voyage) de Walter Salles en 1998, un touchant road-movie inspiré des carnets de Ernesto Guevara, puis avec La cité de Dieu de Fernando Meirelles (2002), film d'une étourdissante énergie que la reconnaissance critique viendra enfin couronner ces réalisations et bien augurer de l'avenir. Central do Brasil n'est autre qu' un périple de 15 000 km réalisé avec les moyens du bord qui a pout but de nous faire découvrir la réalité sociale d'un jeune étudiant en médecine de Buenos-Aires. Des mines de cuivre chiliennes à une léproserie colombienne, c'est là un véritable voyage initiatique que décrit ce film spectaculaire qui rencontra un vif succès en France.

 

Au Mexique, Arturo Ripstein continue à se montrer fort prolifique et dévoile avec La reine de la nuit ( 1994 ) et Carmin profond (1996) un univers sombre d'une rare intensité. Avec Pas de lettre pour le colonel en 1998, Ripstein s'attaque à un sujet étonnament sobre, adapté de Gabriel Garcia Marquez. Huis clos entre un colonel et sa femme, le film révèle les derniers instants de ce couple tombé dans la déchéance affective et sociale dont le style change des univers habituellement foisonnants de l'auteur. Du côté des jeunes talents, l'enthousiasme naît avec Les épices de la passion de Alfonso Arau (1992) et Les amours chiennes, audacieux triptyque d'Alejando Gonzalez Inarritu (2000). Cependant ces deux cinéaste réaliseront leur second film aux Etats-Unis. On note enfin la naissance d'un réalisateur à part entière : Carlos Reygadas qui, avec Japon en 2001, puis Bataille dans le ciel en 2005 impose un regard et un univers définitivement singulier. Or dans Japon, il n'est nullement question de ce pays d'Extrême-Orient, ce qui n'est pas la moindre des étrangetés de ce long métrage qui raconte le destin d'un homme désireux de se donner la mort et qui, pour cela, va quitter la ville et se rendre dans un village perdu au fin fond du Mexique. Cette histoire de voyage au bout de la mort permet de nous faite admirer de somptueux décors naturels magnifiés par le format Scope. Le cinéma de Reygadas oscille ainsi en permanence entre un réalisme quasi documentaire et un lyrisme purement méditatif. C'est ce même univers que l'on retrouvera dans son oeuvre suivante : Bataille dans le ciel.

 

En Argentine, lorsque l'activité cinématographique reprend, c'est pour régler ses comptes avec le passé. Ainsi L'histoire officielle de Luis Puenzo en 1985, Tangos, l'exil de Gardel de Fernando Solanas en 1985 également. L'attente naît dorénavant de talents disparates, mais fort prometteurs, tels que celui de Lucrecia Martel qui produisit à la suite l'un de l'autre La cienaga en 2001 et La nina Santa en 2004. Mais chez ces créateurs encore faudrait-il se libérer enfin d'un passé trop omniprésent.


A Cuba, le Festival international de La Havane est créé en 1979 et l'Ecole des trois mondes, consacrée au cinéma et à la télévision, en 1986. La chute du bloc communiste bouleverse la donne et, hormis de rares succès tels que Fraise et chocolat de Tomas Gutiérrez Alea et Tabio, le cinéma cubain doit avant tout compter sur les coproductions pour survivre. Fraise et chocolat aborde sur un ton ironique et léger les faiblesses d'un modèle de société vieillissant et lance un appel à la tolérance. Le duo de ces deux cinéaste se reformera trois ans plus tard pour réaliser Guantanamera. Et de nouveaux venus assurent la relève.

 

Les autres pays jouent les parents pauvres du 7e Art latin. L'activité balbutiante du cinéma chilien a été stoppée par le coup d'Etat de 1973 et des réalisateurs tels que Patricio Guzman (La bataille du Chili - 1975), Miguel Littin (Le recours de la Méthode - 1978), Raul Ruiz (Trois vies et une seule mort - 1996) - 1999 et Les âmes fortes - 2001) ont dû poursuivre leur carrière en exil. En Bolivie, comme au Pérou, les rares mouvements cinématographiques se sont formés autour d'un intérêt marqué pour la question indigène. Pour les autres, la fragilité économique et l'étroitesse du marché déjà encombré par les géants du continent, réduisent la production.

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 09:24

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Michael Haneke est le fils d'un acteur protestant et d'une actrice catholique né à Munich le 23 mars 1942 et qui a grandi non loin de la capitale autrichienne, étudiant la philosophie puis l'art dramatique à l'université de Vienne. Devenu critique de cinéma, il va bientôt collaborer, en temps que rédacteur à la station de télévision allemande Südwestrundfunk, puis passer à la mise en scène afin de diriger plusieurs pièces du répertoire comme celles de Strindberg, Goethe ou von Kleist. De même qu'il assure des représentations d'opéras à Munich, Berlin et Vienne, avant de débuter derrière la caméra à la télévision. Le voilà définitivement immergé dans la mise en scène et s'exerçant à en maîtriser les multiples aspects. Son premier long métrage sera "Le septième continent" en 1989 qui ne lui apporte pas la notoriété. Pour cela, il faudra attendre "Funny Games" en 1997 qui révèle son style particulier, froid et implacable, le voit dénoncer en clinicien les tares humaines et la barbarie, la désagrégation de la cellule familiale, la violence ordinaire, la culture de divertissement qui foudroie l'autre et les problèmes liés au racisme et au refoulement de l'histoire, autant de sujets qui ne cesseront plus d'inspirer une oeuvre exigeante et difficile. Mais c'est en 2001 avec "La pianiste", qui aborde une sulfureuse thématique sexuelle et n'est pas sans provoquer des vagues au sein de la critique, qu'il reçoit le Grand Prix du jury à Cannes et devient un cinéaste de portée européenne qui compte aux yeux du public. Ses acteurs Isabelle Huppert et Benoît Magimel seront d'ailleurs honorés d'un double Prix d'interprétation. En 2006, de retour à la mise en scène d'opéra, il signe celle de "Don Giovanni" au Palais Garnier, reprise en 2012 à l'opéra Bastille, prouvant, si besoin est, qu'il ne se cantonne nullement dans le seul univers du 7e Art.

 

En 2009, nouveau succès à Cannes où "Le ruban blanc" se voit honoré de la Palme d'or à laquelle Isabelle Huppert, présidente du jury cette année-là, a contribué. C'est la réponse de la bergère au berger. Ce premier film en costumes et en noir et blanc raconte l'histoire d'une société villageoise allemande sombrant dans l'obscurantisme à l'aube de la Première Guerre mondiale. Enfin le jury du Festival de Cannes 2012, le 65ème,  présidé par Nanni Moretti, qui ne se  cache pas d'être un admirateur de Haneke, le couronne d'une seconde Palme d'or avec "Amour", un film sur la déchéance physique et psychologique d'un couple âgé interprété par Emmanuella Riva et Jean-Louis Trintignant et dont le succès sera également au rendez-vous, tant ce sujet difficile sur le douloureux déclin du grand âge est traité avec intelligence et sensibilité. Ainsi Haneke devient-il le sixième réalisateur à être doublement palmé après Coppola, Imamura, Kusturica, Bille August et les frères Dardenne.

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 08:42
LE FESTIVAL de CANNES FAIT-IL ENCORE REVER ?

                                             

Le Festival de Cannes n'est plus ce qu'il était - se plaignent de nombreux journalistes et festivaliers de la première heure qui eurent le privilège de connaître l'époque où l'on croisait Burt Lancaster en bras de chemise sur la Croisette et où l'on assistait, sur la terrasse de l'ancien palais, à l'interview de Luchino Visconti. Il y avait alors à Cannes une ambiance bon enfant, un air de fête villageoise où des stars sans lunettes noires, ni gardes du corps déambulaient joyeusement dans les rues comme n'importe quel quidam, sensibles au charme que distillait cette station balnéaire qui suspendait ses lampions et faisait retentir ses flonflons avec une délicieuse fierté provinciale. Et tandis que le soleil répandait sans réserve ses rayons printaniers sur les collines environnantes, on apercevait Brigitte Bardot et Jacques Charrier devisant sous la tonnelle de la "Maison des Pêcheurs", un restaurant d'Antibes remplacé de nos jours par un hôtel de luxe.

 

Il faut reconnaître que la ville de Cannes n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui, soit, durant une douzaine de jours, le lieu le plus médiatisé et l'Olympe patentée des dieux et déesses du 7e Art. Nouveau palais, nouvelle équipe dirigeante, nouvelles générations, nouvelles techniques, nouveaux regards, le Festival n'a pas cessé de grandir et d'innover depuis les années 50, devenant la plus grande manifestation cinématographique du monde, mais c'est cette sur-dimension qui lui a fait perdre une grande part de son âme. Un vent de feuilles mortes, évoquant le temps d'un Festival champagne avec ses films classiques et ses batailles de fleurs, souffle avec nostalgie dans les vastes espaces où se déploie, derrière une sorte de cordon sanitaires, les riches heures des tractations. Qu'il parait lointain ce paradis perdu, désormais soluble dans la foule bruyante qui se presse avec ses cartes magnétiques et ses accréditations infalsifiables ! Grâce à l'achat et la vente des longs métrages, le Festival a engendré un marché officieux et lucratif et démontré en 1996, par exemple, avec plus de 400 films et 800 projections son incontestable dynamisme dans le négoce. Jadis, même aux pires moments d'accélération, Cannes conservait sa fraîcheur, celle des petites villes du sud qui semblent avoir été posées par des fées bienfaisantes au bord d'une mer indigo, dans le seul souci de faire rêver les peintres, les poètes, les cinéastes et les starlettes en mal de célébrité. Rien à voir avec la course au profit actuelle qui a transformé l'art cinématographique en un marché où s'opère une sélection draconienne très souvent influencée par des impératifs politiques, ce qui permet aux critiques de s'écharper par journaux et médias interposés. Quant au rêve, il n'a cessé de s'éloigner. Consignés derrière des barrières, découragés par un service d'ordre musclé, l'amateur, le fan, le badaud, ou plus simplement le vulgaire pékin n'a d'autre consolation que d'entrevoir fugacement ses vedettes préférées gravissant cérémonieusement les marches de l'Olympe ou cadenassées dans leurs limousines aux vitres fumées qui s'empressent de les conduire à leur club privé ou à leur palace.

 

Il fallait venir, il y a vingt-cinq ans - racontent les habitués. C'est simple, vers cinq heures, quand on avait fini de travailler, on appelait Kirk Douglas et on allait faire une pétanque sur la Croisette - se souvient une envoyée spéciale de Paris Match. Tandis qu'une de ses consoeurs renchérit en affirmant : L'argent ne coulait pas à flots, mais les rires, si ! Aujourd'hui on rit jaune ou on ne rit plus. Le business a tout envahi. On ne parle plus que chiffres et rentabilité, si bien que se pose la question : ce Festival fait-il toujours rêver ?  Oui, sans aucun doute, les compagnies cinématographiques et les hommes d'affaires internationaux qui ont fait du cinéma l'art le plus populaire et, par conséquent, le plus médiatisé. On ne concentrera jamais autant de curiosité et d'intérêt autour d'un écrivain, d'un peintre ou d'un poète qu'auprès d'un réalisateur ou d'un acteur. C'est une évidence. D'autre part, le cinéma brassera nos rêves encore longtemps tant il est une fenêtre extraordinaire ouverte sur le monde, un guetteur et une sentinelle avancée. Ce qui prête moins au rêve est l'institution en elle-même, cette foire aux vanités que les images propagent. Dans une actualité de plus en plus difficile, Cannes se devrait de se montrer plus artistique que mondaine, plus vraie que factice, plus proche des cinéphiles que des magnats de l'argent et plus discrète que tapageuse.

 

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LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES 

 

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LE FESTIVAL de CANNES FAIT-IL ENCORE REVER ?
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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 09:51
MINUIT A PARIS de WOODY ALLEN

   

Je ne crains pas de le dire, de l'avouer et de le reconnaître que j'ai savouré avec un plaisir tout particulier cet opus charmant et poétique de Woody Allen, oui un cru excellentissime, où la star suprême, l'icône bellissime n'est autre que notre capitale filmée avec amour par une caméra impressionniste qui sait la décliner sous tous les éclairages, ensoleillé, lunaire, fastueux, romantique, usant juste ce qu'il faut, et à touches légères, des clairs-obscurs et de l'éclat pailleté des noirs et blancs. Un film qui renoue avec ce qui a fait de Woody un cinéaste singulier, ironique, déroutant, irrévérencieux, tendre et toujours pétillant, car ce quarante et unième long métrage a un ton, une atmosphère, un je ne sais quoi de vif et de léger qui n'appartiennent qu'à lui. On reconnaît d'emblée un Woody Allen à ce savoir-faire qu'il a su imposer au long d'une oeuvre qui, sans atteindre à chaque fois les sommets, les côtoie avec une incontestable aisance.
 

Ce millésime est un enchantement, un moment rare où tout vous requiert de l'image, du son, des dialogues, où nulle fausse note ne vient gâter votre plaisir car tout y est en place afin de vous embarquer dans l'illusion où passé et présent fusionnent sans que vous y preniez garde. Tel est le sujet de l'opus : un jeune homme, scénariste américain de passage à Paris avec sa fiancée et ses futurs beaux-parents, rêve de devenir écrivain, considérant qu'il a jusqu'alors galvaudé ses dons et découvre, dans la capitale française, à ses yeux le plus merveilleux concentré d'inspiration qui soit, ce qu'il cherche depuis toujours : l'accession à la mémoire émotive capable de vous faire remonter le temps, de vous remettre en phase avec les plus belles heures de la vie culturelle d'antan. Dans Paris, notre héros hume ce qui lui manque en Amérique : l'ailleurs et l'autrefois. Et il s'en grise.

 

Comme Cendrillon, quittant sa fiancée qui préfère le Paris contemporain des soirées bien arrosées, des boutiques de luxe et des grands restaurants, Gil, notre héros, s'en va marcher dans la ville déjà gagnée par les ombres de la nuit, faisant de sa balade une ballade nostalgique et envoûtante, un bal des illusions qui s'arrête à minuit sonnant. Tandis que la capitale crêpite de mille feux, que le carillon d'une église égrène les heures, le jeune homme est invité à monter dans la diligence qui, traversant le miroir du réel, le reconduit à l'âge d'or des années 20, celui de Modigliani, Picasso, Hemingway, Dali, Bunüel, Zelda et Scott Fitzgerald, de Cole Porter, de Man Ray et Gertrude Stein, qui n'a cessé d'exalter son imaginaire, tant il est vrai que l'on est rarement satisfait de son époque.

  

Il fallait oser brouiller les cartes, tailler dans la réalité afin d'habiller la fiction et cela sans rien perdre de sa légèreté et de son humour, dosant d'un doigté habile la facétie. C'est là que Woody Allen est grand. Ne cédant jamais à la confusion des genres et à la facilité, tout s'emboîte à merveille comme des poupées russes et les âges d'or se superposent, s'agencent et nous emportent dans leur carrousel. Ne manquez pas ce film, il est formidable. De la beauté des images à la concision et à la pertinence du texte, à la qualité de l'interprétation, où domine l'alter ego de Woody, l'acteur Owen Wilson qui sans singer l'original fait mieux, il le réinvente selon sa sensibilité, avec un charme plus enfantin, un émerveillement plus naïf, tout est un régal pour les spectateurs que nous sommes. Et c'est ainsi qu'à 75 ans, le vieil adolescent qu'a toujours été Woody Allen, nous démontre, une fois de plus, que le monde des rêves peut produire une superbe réalité cinématographique, de celle dont on ne se lasse pas. Salut l'artiste !

 

Pour prendre connaissance de l'article consacré à Woody Allen, cliquer sur son titre :

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN 

 

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MINUIT A PARIS de WOODY ALLEN
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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 12:30

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Le film de Wang Xiaoshuai était très attendu en mars au 14e Festival Asia de Deauville. Personnellement, sans m'enthousiasmer à proprement parler, il ne m'a pas déçue. Le cinéaste ayant déjà fait ses preuves avec des films comme  Une famille chinoise. Après avoir obtenu son diplôme à l'Académie du cinéma de Pékin, Wang Xiaoshuai avait signé son premier film, intitulé The Days, à l'âge de 27 ans. Il a toujours été très apprécié de la critique internationale mais a essuyé des refus de la part des autorités chinoises. Sous le pseudonyme Wu Min, il réalise Frozen qui reçoit, en 1995, la Mention spéciale du jury au Festival de Rotterdam. Le film est même sélectionné dans plusieurs festivals internationaux. Mais Wang Xiaoshuai ne cesse d'avoir des démêlés avec le bureau du cinéma: A Vietnamese Girl est refusé par le comité de censure. Son auteur doit alors en changer le titre qui devient So Close to Paradise et retravailler le montage pour que le long métrage soit enfin autorisé. Cela lui prendra trois ans. En 1998, le film est en compétition officielle au Festival de Cannes dans la section "Un certain regard". Cette même année, Xiaoshuai participe en tant qu'acteur au Violon rouge  de François Girard, avec Samuel L. Jackson et Greta Scacchi. En 2001, Wang Xiaoshuai réalise son cinquième long métrage Beijing Bicycle, qui remporte l'Ours d'argent au Festival de Berlin et, en 2002, Drifters, l'histoire d'un jeune Chinois qui entre clandestinement aux Etats-Unis. Avec Shanghai Dreams  (2005), il obtient le prix du Jury à Cannes, avant de décrocher l'Ours d'argent du Meilleur scénario à Berlin pour Une famille chinoise (2008). En 2010, Chongqing Blues  entre en compétition officielle à Cannes. C'est donc un cinéaste déjà chevronné qui nous propose avec 11 fleurs, l'histoire d'un garçon de 11 ans qui ,en 1974, observe le monde des adultes et n'est sans doute autre que lui-même. La rencontre avec un fugitif, qui a tué le violeur de sa soeur, l'oblige au secret et au mensonge et cette confrontation signera la perte de son innocence.

 

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Sans avoir le charme des enfants du film  I wish - nos voeux secrets ou l'autorité extraordinaire de la petite fille de Saya Zamuraï, le monde de l'enfance décrit par Xiaoshuai n'en reste pas moins crédible et l'histoire n'en prend que davantage de relief et de subtilité qu'elle ait vue par des regards enfantins encore empreints d'authenticité. Cette société nivelée qui laisse une part si réduite à l'imagination, seuls les enfants savent encore la colorer de quelque chose de plus, y introduire une part de crédulité et d'insouciance. A l'école, le petit héros est le meilleur en gymnastique et sa maîtresse souhaite qu'il ait une chemise neuve de façon à ce qu'il soit plus élégant sur l'estrade, mais la maman est si pauvre qu'elle sera obligée de puiser dans ses économies pour acheter le tissu et fabriquer elle-même la chemise. Petit détail de la vie quotidienne dans une bourgade de la Chine de Mao où les intellectuels n'ont pas leur place et où la ruralité se vit aux champs et à l'usine sous le regard toujours scrutateur et présent des factions gouvernementales.

 

Le père du jeune garçon est comédien ambulant et s'absente souvent pour aller jouer dans les villages environnants. Son meilleur ami, avant de mourir, lui a laissé quelques  gravures représentants des toiles des peintres impressionnistes, dont plusieurs paysages de Claude Monet, que le père détaille le soir à son fils à la lueur d'une bougie, afin de l'initier à l'art avec l'espoir secret qu'il deviendra peintre. Par ailleurs, l'un de ses voisins est un intellectuel que le gouvernement a rétrogradé à la suite de la Révolution culturelle, à des taches agricoles, si bien que le malheureux se sent inutile et n'a plus rien qui le raccroche à la vie, d'autant que son fils vient de commettre un crime en vengeant l'honneur de sa soeur violée et que sa fille a, du fait de ce viol, perdu toute honorabilité vis à vis de la société. Le petit garçon est donc le témoin de ce monde où n'existe d'autre liberté que celle de se taire. Un monde auquel nos intellectuels français ont longtemps cru, alors même que leurs coreligionnaires chinois étaient condamnés au silence. Un film sobre, de facture classique, qui raconte une histoire condensée dans le regard d'un petit garçon trop tôt confronté à des situations qui le dépassent, mais qui conserve envers et contre tout son goût du jeu et sa faculté d'émerveillement. Son dernier émerveillement, avant d'entrer dans la puberté, sera celui qu'éveille en lui la belle jeune fille pour laquelle son frère est devenu un assassin et dont la tristesse et la grâce le bouleversent. Le jour de l'exécution du jeune homme, il refusera de suivre ses copains sur les lieux, afin de conserver sa propre vision des choses. De par son sujet et la façon délicate de le traiter, ce film - qui est aujourd'hui  projeté sur les écrans français - mérite notre intérêt et fait honneur au 7e Art chinois.

 

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 09:11

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Faire rire semble être la grande obsession de Hitoshi Matsumoto malgré la mélancolie de son sujet, puisqu'il a contribué à de nombreuses émissions comiques populaires à la télévision japonaise. Ainsi met-il en scène dans son troisième film Saya Zarumai ses préoccupations émotives en lien avec son métier. Kanjuro Nomi, un samouraï ayant perdu l’envie de se battre à la suite de la mort de son épouse, est emprisonné pour avoir quitté ses fonctions sans la permission de son maître. Il aura trente jours pour parvenir à faire sourire le fils d'un seigneur muré dans le chagrin depuis la disparition de sa mère. S’il échoue, il devra s’enlever la vie, suivant le rite traditionnel du seppuku qui consiste à s'ouvrir le ventre avec son sabre. Accompagnée de ses deux gardiens de prison et de sa fille qui l’encourage à s’enlever la vie dignement plutôt que de perdre la face, la petite troupe élabore une suite de gags pour racheter la vie du samouraï déchu. Néanmoins le recours à l’humour n'est utilisé ici que comme le seul moyen de défense susceptible de s'opposer au désespoir du monde. Matsumoto fait alors bien plus que rendre hommage à sa profession : ces deux heures de film nous présentent sa vision obsessionnelle de l’art de la drôlerie confrontée à l'implacable cruauté qui se trouve au coeur de son sujet.  

 

 

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Grâce à une imagerie d'une infinie précision, Saya Zamurai  repousse les frontières du gag à répétition pour mieux construire son discours. Au lieu de s'enfoncer dans le ridicule ou le banal, le réalisateur montre à chacune des scènes sa capacité d'invention en retravaillant les mêmes plans, les mêmes grimaces, sous des angles différents. Par leur simple répétition, il développe son récit autour du changement d’angle de caméra et les trouvailles farfelues de ses personnages. Ces trouvailles s'enchaînent sans  être répétitives car, à chaque plan, le spectateur est placé devant une situation différente et particulièrement angoissante.  Il s’en dégage dès lors une compassion désintéressée qui procure à l'opus son caractère humain. Sans raison apparente, si ce n'est qu'ils sont touchés par la présence de l'enfant et le désarroi de leur prisonnier, les deux gardiens multiplient les idées afin d' aider cet homme pitoyable. Quant à la petite fille, délicieusement interprétée par Sea Kumeda, étonnante de présence et de sensibilité, elle sauvera l’honneur de son père en devenant maître de cérémonie à chaque nouveau spectacle. La fin, un peu longue, seule réserve que ce film m'inspire, n'est certes pas celle que l'on attendait mais elle prouve le souci d'honneur qui s'attache à tout japonais depuis la nuit des temps. Servi par une interprétation parfaite, des images d'une grande beauté et une poésie de chaque instant, ce film étonnant qui avait toutes les raisons de sombrer dans le pathos ou, pire, le trivial ou le grossier, est un conte merveilleux, original, déjouant toutes les facilités qui risquaient d'en ternir l'éclat. Un oeuvre qui montre un cinéma japonais en pleine renaissance. A l'honneur cette année à Deauville, Hitoshi Matsumoto nous révèle, avec ce long métrage magnifique déjà acclamé à Locarno en 2011, qu'il n'a pas fini de nous surprendre. Burlesque mais philosophique et métaphorique, il en dit long sur la tragédie humaine qui demeure notre quotidien.

 

 

 

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 08:55
L'EVEIL DU 7e ART EN AFRIQUE

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Né tardivement dans le sillage des mouvements d'indépendance nationaux, le cinéma africain associe avec bonheur l'engagement politique et la poésie des conteurs, cela dans un contexte économique très fragile.

 

L'Afrique a souvent été filmée sans que les Africains soient derrière la caméra. Le pas est franchi en 1955 avec Afrique sur Seine, court métrage de Paulin Vieyra, un ancien élève de l'IDHEC, et Mamadou Sarr, un Sénégalais. Moi, un noir de Jean Rouch, en 1958, ouvre la voie, puisque l'un des acteurs amateurs, Oumarou Ganda, un Nigérien, deviendra lui-même cinéaste et tournera Cabascabo en 1968 et Saïtane en 1972. Il faut attendre la décolonisation progressive des pays au début des années 60 pour qu'un élan s'instaure grâce au cinéaste Ousmane Sembène du Sénégal et son premier film, un court métrage Borom Sarret qui décrit de façon réaliste la journée de travail d'un " bonhomme charrette ". Son premier long métrage en 1966 La Noire de... dénonce les conditions d'une domestique noire au service d'un couple de Blancs. Pour ce cinéaste engagé, chaque film est un combat contre la corruption des fonctionnaires africains (Le Mandat, 1968) ou de  l'implantation de l'Islam en Afrique ( Ceddo, 1980 ). Ce courant de critique sociale se prolonge avec Cheik Oumar Sissoko du Mali dans Nyamanton  (1986) et tout particulièrement Finzan (1989) qui s'en prend aux traditions ancestrales du mariage. Excepté le film météore Touki Bouki (1973) du sénégalais Djibril Diop Mambéty, fantaisie en roue libre guidée par l'imaginaire de deux jeunes qui font les quatre cents coups et rêvent de Paname, la seconde génération des cinéastes, dont le chef de file est Souleymane Cissé qui a été formé au VGIK de Moscou, emprunte elle aussi le chemin de la révolte avec Baara en 1978 et Le Vent en 1982 et de la critique radicale comme dans Waati en 1995. En revanche, Yeelen ( 1987 ) ajoute une dimension irréversible au cinéma africain en renouant avec la tradition du conte, ses légendes et ses superstitions, refoulée auparavant car jugée obscurantiste.

 

Yeelen  (qui signifie la lumière), premier film africain couronné à Cannes du prix spécial du jury en 1987, frappe par sa puissante beauté. Cette fable sur la connaissance est centrée sur le conflit entre un père et son fils, au moment où l'enfant est rejeté par l'adulte qui craint d'être dépassé par lui. Le récit initiatique de l'enfant va au-delà de la simple tragédie familiale pour atteindre les fondements mythiques de l'Afrique et son drame actuel. Le film pose de manière claire mais brutale la question de la transmission, de l'accès au savoir, qu'il soit rationnel ou magique, et du pouvoir qu'il confère à ceux qui refusent de le partager. Le plus ambitieux des films africains et sans doute le plus abouti. Faute de structures garantissant son assise financière, le cinéma africain dépend, en effet,  des aides extérieures, dont celles de la France, ce qui n'est pas sans conséquence sur les sujets abordés, les cinéastes anticipant parfois ce que l'Europe attend d'eux. Godard disait en 1979 que "l'Afrique est le seul continent à pouvoir raconter des histoires autrement". Si Yeelen conforte cette idée, le cinéma d'Idrissa Ouedraogo du Burkina Faso (Yaaba, 1989 ;  Tilaï, 1990), où se tient le festival de Ouagadougou, concilie au mieux le talent du conteur sensuel et du peintre réaliste des conditions d'existence sur le continent africain. Ce goût du récit et des genres le conduit dans Samba Traoré (1993) à associer film noir et western. En définitive, le cinéma africain n'a jamais été aussi beau et aussi fort que lorsqu'il filme l'enfance et, ce, à hauteur d'enfant. Qualité majeure du splendide Wênd Kûuni (1982) de Gaston Kaboré, auteur également de Rabi ( 1993 ), nous invitant aux jeux d'un enfant avec une tortue. Ce fil de l'enfance, monde orphelin bien souvent, se retrouve dans l'admirable Abouna (2002) du Tchadien Mahamat Saleh-Haroun, récit de deux frères à la recherche de leur père disparu qu'ils croient retrouver comme acteur dans un film. Elégante façon d'associer l'enfance à l'amour du 7e Art. Dans Molaadé (2004) le cinéaste vétéran et engagé Ousmane Sembène, y traite d'un sujet qui fait débat, celui de l'excision. Il le fait sans opposer pour autant la tradition à la modernité. Quatre petites filles, pour échapper à l'exciseuse, se réfugient chez une jeune femme qui les protège au nom du molaadé, droit d'asile sacré de la coutume peule. Une tradition empêche une autre de s'exercer. Mais la fin, très sombre, reconduit le spectateur au drame de l'Afrique d'aujourd'hui. Depuis lors, il y a eu l'admirable "Timbuktu" de Abderrahmane Sissako qui a raté de Grand Prix du Festival de Cannes mais a rencontré un immense succès en salles. On retrouve chez lui la beauté des images et la poésie qui étaient déjà celles de ses prédécesseurs, ce qui confirme que le cinéma africain a un grand avenir et un style qui lui est propre et le singularise dans le concert cinématographique des nations.

 

Sources : Laurent Delmas et Jean-Claude Lamy

 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:45

polanski.jpg  8f_1_b_3747_1.jpg avec Sharon Tate

 


Roman Polanski est né à Paris le 18 août 1933 d'une mère russe et d'un père juif polonais. Jusqu'à l'âge de quatre ans, il réside en France avec ses parents avant que ceux-ci ne repartent pour la Pologne où ils seront bientôt contraints de vivre en clandestinité dans le ghetto de Cracovie, ce qui marquera le petit garçon pour le restant de ses jours. Alors que sa mère meurt à Auschwitz, il échappe à la vigilance allemande et survit grâce à l'entraide des habitants. Il a alors dix ans et ne reverra son père qu'en 1945, lorsque celui-ci reviendra miraculeusement du camp de Mauthasen. L'horreur, qui a marqué sa prime jeunesse, sera l'une des clefs de son univers cinématographique. Très tôt, l'envie de monter sur scène l'incite à intégrer une troupe et, après une audition, il est choisi pour tenir le rôle principal dans "Fils du régiment" qui remportera un triomphe national. Le succès va lui ouvrir les portes d'une carrière de comédien, d'autant que sa rencontre avec Andrzej Wajda sera déterminante pour son avenir. Entré à l'Institut du cinéma de Lodz, il réalise successivement huit courts métrages dans lesquels il cultive déjà son goût pour les situations insolites, la violence et le voyeurisme et compose, en 1958, une parabole sur l'absurdité de la vie en société : "Deux hommes et une armoire" et, enfin  "Le gros et le maigre" (1961), satire aux implications sadomasochistes, alors que "Les mammifères" développent une réflexion sur les rapports entre maître et esclave. C'est en 1962 qu'il se lance dans son premier long métrage "Le couteau dans l'eau", dont il conçoit le scénario avec Jerzy Skolimowski. Dans ce huis clos à trois personnages, le metteur en scène prolonge les obsessions déjà contenues dans ses courts métrages et fait planer un climat d'insécurité, mais se refuse à aborder de front la lutte des classes, si bien que l'on va lui reprocher en haut lieu de ne pas faire un cinéma au service de l'Etat et de se rapprocher avec trop de complaisance de l'Occident. D'ailleurs ce film sera très apprécié en Europe et aux Etats-Unis. Si bien que Polanski, désormais à l'étroit dans un pays sous régime communiste, s'exile et entreprend dès lors une carrière internationale. Après avoir participé avec un sketch, aux côtés de Godard et Chabrol, au Les plus belles escroqueries du monde, il réalise en Grande-Bretagne "Répulsion" (1965) et "Cul-de-sac" (1966), deux oeuvres profondément polonaise par leur inspiration, où sévit l'influence du théâtre de l'absurde d'un Beckett ou d'un Ionesco qu'il admire. Ces oeuvres vont, par ailleurs, sceller sa collaboration avec le scénariste Gérard Brach. En 1967, "Le bal des vampires", une parodie du film d'épouvante, le voit cultiver son goût de la bouffonnerie baroque. Il est à l'affiche avec la jeune comédienne Sharon Tate qu'il épousera en 1968. Le cinéaste est alors sollicité par Hollywood pour tourner une adaptation du roman d'Ira Levin "Rosemary's baby". Dans cette histoire de possession démoniaque, le réalisateur voit une transposition de ses propres fantasmes : l'oppression du groupe sur l'individu, l'implacable loi du destin, le pouvoir des sectes, l'immaturité et la frustration du personnage principal interprété de façon magistrale par Mia Farrow. Ce film sera considéré comme l'un des grands chefs-d'oeuvre du cinéma fantastique. Un événement tragique va alors le frapper en août 1969 dans sa résidence californienne : la mort atroce de Sharon Tate, alors enceinte, par des proches de Charles Manson, gourou d'une secte et tueur en série. Le drame aura lieu en son absence et sera lourdement relayé par la presse. Malgré la dépression qu'il traverse, Polanski se remet au travail et quitte les Etats-Unis pour la Grande-Bretagne où il va se lancer dans un "Macbeth" tout empreint du drame qu'il vient de vivre, film qui sera mal compris de la critique et se soldera par un échec. Il tourne ensuite, d'après un scénario original de Robert Towne, un policier conçu comme un hommage au film noir américain "Chinatown" avec Jack Nicholson dans le rôle titre et Faye Dunaway dans celui de la femme fatale, les deux stars se faisant voler la vedette par John Huston dans celui secondaire de Noah Cross. Grand vainqueur au Golden Globes en 1975, le film ne récoltera pas moins de 11 nominations aux Oscars. Mais seul le trophée du Meilleur scénario viendra récompenser "Chinatown", les votants lui ayant préféré le second opus du "Parrain" réalisé par Coppola. Il est vrai que cette année-là, la barre était particulièrement haute. En mars 1977, le scandale provoqué par le viol présumé d'une adolescente oblige Polanski à quitter les Etats-Unis. Naturalisé français, il s'établit à Paris et tourne "Tess", une adaptation du célèbre roman de Thomas Hardy. Le film doit beaucoup à l'interprétation de Nastassja Kinski, alors âgée de 15 ans, à la fois fragile et bouleversante dans le rôle d'une jeune paysanne qui, sous l'ère victorienne, est poursuivie par le malheur. Ce film croulera sous une avalanche de prix dont 3 Césars et 3 Oscars en 1980 et 1981.

 

Le cinéaste s'engage ensuite dans une voie hitchcockienne avec "Frantic" (1988) qui lance l'acteur Harrison Ford dans un suspense d'espionnage situé à Paris et qui recevra un accueil favorable, contrairement aux opus suivants : "Lunes de fiel", "La jeune fille et la mort" et "La Neuvième Porte" qui ne seront pas épargnés par la critique. En 1989, il épouse en troisièmes noces, Emmanuelle Seignier avec laquelle il aura deux enfants et est élu membre de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France. Dans les années 1990, il voue beaucoup de son temps au théâtre et à l'opéra, dirigeant pour l'Opéra-Bastille une nouvelle version des "Contes d'Hoffmann" d'Offenbach, puis mettant en scène "Maria Callas, la leçon de chant"qui lui vaudra une nomination aux Molières, tandis qu'en 1997 il supervise la création d'une comédie musicale tirée de son film "Le bal des vampires" qui sera l'occasion d'une tournée triomphale en Allemagne. Enfin, avec "Le Pianiste" en 2002, il revient au cinéma et évoque de manière personnelle ce que furent la barbarie du IIIe Reich et l'occupation nazie dans une Pologne martyrisée. Ce film admirable remportera la Palme d'or du Festival de Cannes cette année-là et sept Césars l'année suivante. Le film sera également 7 fois nominé aux Oscars et gagnera trois statuettes dont celle du Meilleur réalisateur, mais le cinéaste se refusera à se rendre à Hollywood pour les recevoir. Ce sera Harrison Ford qui s'en chargera et lui remettra lors du Festival du Film américain de Deauville. C'est dans son chalet de Gstaad, où il est astreint à résidence après le rebondissement de l'affaire du viol d'une mineure, qu'il accomplira la post production de "The Ghost Writer", honorée d'un troisième César du Meilleur réalisateur, et adaptera "Carnage" pour le cinéma d'après la pièce de Yasmina Reza, film réalisé en France avec le concours de Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly dans les rôles principaux, parachevant une oeuvre singulière et complexe dans laquelle passent les traumatismes d'une génération frappée par l'Holocauste.

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 10:03

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Né à Brunico en 1953, Nanni Moretti est l'une des personnalités les plus éminentes du cinéma italien. A l'adolescence, ses études secondaires terminées, il se partage entre deux passions : le water-polo et le 7e Art. Très vite, il se met en tête de devenir acteur et réalisateur, de vivre sa vie à tour de rôle, ou de façon concomitante, devant et derrière la caméra car, le plus souvent, il se mettra en scène lui-même. Dès ses débuts vont alterner les interrogations personnelles et intimes et les questionnements d'ordre politique, Moretti s'étant engagé dans ce domaine dès sa prime jeunesse. Son premier long métrage "Je suis un autarcique"  date de 1976. Il y annonce la couleur et affiche déjà ses positions morales et politiques avec une ironie mordante à l'égard d'un certain gauchisme. Toujours est-il que ce premier ouvrage attire l'attention des critiques et va lui permettre d'en produire un second dans la foulée "Ecce Bombo", en 1978, qui raconte les rapports difficiles d'un étudiant avec son entourage. Il y aborde, de façon frontale, l'exacerbation du moi au travers d'un dédoublement acteur/réalisateur et le personnage de Michele, protagoniste que l'on retrouvera par la suite dans plusieurs de ses films comme son double, variation sur un personnage unique, projection cinématographique de Nanni Moretti lui-même, à mi-chemin entre l'introspection autobiographique et l'invention pure et simple. Qu'il soit membre d'une troupe de théâtre, étudiant, cinéaste, professeur de lycée (Bianca),  prêtre (La messe est finie), homme politique jouer de water-polo (Palombella rossa), c'est encore et toujours le cinéaste qui se questionne tout en questionnant le public. Grâce à sa maison de production fondée en 1986, il va également produire et promouvoir de jeunes talents comme Luchetti et  "Le porteur de serviette", film dans lequel il s'attribuera le rôle titre. En 1994, il obtient le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour "Journal intime",  dans lequel il dévoile son courageux combat contre la maladie de Hodgkin, n'éprouvant plus la nécessité d'avoir recours à un double et intervenant désormais en homme public dans le débat politique et en homme privé dans le cadre de préoccupations plus personnelles.

 

Avec "La chambre du fils" en 2001 (Palme d'or au Festival de Cannes), il donne à son héros le prénom de Giovanni qui est le sien à l'état civil, de manière à prouver, si besoin était, que la cloison entre le cinéaste et l'individu est quasi imperceptible. Enfin avec Le Caïman, il brosse un portrait sans concession de la société italienne au moment de la campagne législative de 2006, faisant de son film une satire féroce contre Silvio Berlusconi. Il prend pour argument celui d'un acteur qui, après avoir refusé dans un premier temps, finit par accepter d'interpréter le personnage de l'homme politique. Souterrainement et malgré la diversité des sujets, l'univers de Moretti conserve sa cohérence : celle d'un homme en proie à des interrogations existentielles qui, au-delà même de sa personne, renvoient à la collectivité et dont le propos, dans sa globalité, débouche sur un constat générationnel. En 2011, avec "Habemus Papam", il confirme l'ampleur de son talent et remporte un vif succès critique et public. Avec "Mia Madre" (2015), son dernier opus, il évoque la mort de sa mère et pointe ainsi du doigt la violence de sa propre maladie, s'interrogeant sur la fragilité des choses et de l'humain lorsque ce dernier est saisi par la douleur de la remémoration.

 

Pour lire les critiques consacrées à certains de ses films, cliquer sur leurs titres :

 

LA MESSE EST FINIE DE NANNI MORETTI      

 

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NANNI MORETTI OU UN CINEMA GENERATIONNEL
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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 08:32

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Voilà une merveilleuse ode à l'enfance et le plus fabuleux des anti grise-mine. Un chef-d'oeuvre.

Hors compétition, le film, projeté lors du 14e Festival du film asiatique de Deauville, nous révèle un cinéaste en osmose avec le monde des enfants et le donnant à voir dans sa quotidienneté avec bienveillance et malice, servi par de jeunes acteurs d'un naturel et d'un charme irrésistibles. Bien que long, on ne résiste pas à la poésie de ces pages écrites avec naturel et simplicité par un réalisateur qui a permis au cinéma japonais de se réinventer avec de nouveaux sujets, des images classiques mais empreintes de finesse, de nous faire entrer dans un monde sans violence, sans vulgarité, d'une fraîcheur réconfortante, à l'opposé du terrifiant  Himizu  et également du cinéma de Kurosawa tellement désespéré et âpre. Celui-ci nous parle de la vie de tous les jours, des rêves auxquels se livrent les enfants dans leur ingénuité, des familles séparées mais reliées par des fils invisibles, des fleurs, des volcans, de l'espoir que le monde soit meilleur ; oui, un univers dédié à des petits princes en mal de planète. Né en 1962 à Tokyo, Hirokazu Kore-Eda a d'abord travaillé comme assistant-réalisateur sur des documentaires avant de se lancer dans la réalisation avec un premier film en 1995 Maborosi  qui remportera l'Osella d'Or du Meilleur Réalisateur au Festival de Venise. En 2001, Distance est présenté en compétition au Festival de Cannes, tout comme Nobody Knows en 2004,  où il aborde déjà l'univers enfantin.

 

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L'histoire de I wish - nos voeux secrets  se déroule au Japon, sur l’île de Kyushu, où deux frères sont séparés après le divorce de leurs parents. L’aîné, Koichi, âgé de 12 ans, part vivre avec sa mère chez ses grands-parents au sud de l’île, tout près de l’inquiétant volcan Sakurajima. Son frère cadet, Ryunosuke, est resté avec son père, guitariste rock, au nord de l’île. Koichi souhaite par-dessus tout que sa famille soit à nouveau réunie – même si cela doit passer par l’éruption dévastatrice du volcan ! Lorsqu’un nouveau TGV  relie enfin les 2 régions, Koichi et son jeune frère organisent clandestinement un voyage avec quelques amis qui ont tous un souhait à exaucer jusqu’au point de croisement des trains, là où le miracle, les miracles pourraient, dit-on, s'accomplir… Alors verront-ils leurs vœux secrets se réaliser ? En tous cas, ils vont agir en sorte que cela soit possible. Peu importe d'ailleurs que les voeux se réalisent ou pas, l'essentiel n'est-il pas d'en formuler et de croire en la force vive de l'imagination, en la présence, sous une forme souvent humble, de la beauté et de savourer le plaisir de vivre ensemble. A travers la description d'un quotidien banal, l'auteur nous montre des enfants capables de prendre en mains leur destin face à des adultes trop souvent résignés, ayant perdu, contrairement à leur progéniture, tout idéal, tout enthousiasme, tout projet. Ce qui se dégage de ce film délicat est une immense tendresse, un optimisme voilé d'un rien de mélancolie, une espérance joyeuse qui est une bouffée de fraîcheur, une sonate douce et envoûtante  qui vous charme et dont on garde longtemps en tête la persistante tonalité. Une merveilleuse bonne surprise en ces temps empreints de désenchantement et d'amertume. En nous racontant cette quête d'une bande de charmants galopins qui croit que les miracles sont à sa portée, Kore-Eda écrit un hymne à la foi et à la vie et, sans effets inutiles, nous gratifie d'un petit miracle.

 

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 LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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