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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 08:32

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Voilà une merveilleuse ode à l'enfance et le plus fabuleux des anti grise-mine. Un chef-d'oeuvre.

Hors compétition, le film, projeté lors du 14e Festival du film asiatique de Deauville, nous révèle un cinéaste en osmose avec le monde des enfants et le donnant à voir dans sa quotidienneté avec bienveillance et malice, servi par de jeunes acteurs d'un naturel et d'un charme irrésistibles. Bien que long, on ne résiste pas à la poésie de ces pages écrites avec naturel et simplicité par un réalisateur qui a permis au cinéma japonais de se réinventer avec de nouveaux sujets, des images classiques mais empreintes de finesse, de nous faire entrer dans un monde sans violence, sans vulgarité, d'une fraîcheur réconfortante, à l'opposé du terrifiant  Himizu  et également du cinéma de Kurosawa tellement désespéré et âpre. Celui-ci nous parle de la vie de tous les jours, des rêves auxquels se livrent les enfants dans leur ingénuité, des familles séparées mais reliées par des fils invisibles, des fleurs, des volcans, de l'espoir que le monde soit meilleur ; oui, un univers dédié à des petits princes en mal de planète. Né en 1962 à Tokyo, Hirokazu Kore-Eda a d'abord travaillé comme assistant-réalisateur sur des documentaires avant de se lancer dans la réalisation avec un premier film en 1995 Maborosi  qui remportera l'Osella d'Or du Meilleur Réalisateur au Festival de Venise. En 2001, Distance est présenté en compétition au Festival de Cannes, tout comme Nobody Knows en 2004,  où il aborde déjà l'univers enfantin.

 

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L'histoire de I wish - nos voeux secrets  se déroule au Japon, sur l’île de Kyushu, où deux frères sont séparés après le divorce de leurs parents. L’aîné, Koichi, âgé de 12 ans, part vivre avec sa mère chez ses grands-parents au sud de l’île, tout près de l’inquiétant volcan Sakurajima. Son frère cadet, Ryunosuke, est resté avec son père, guitariste rock, au nord de l’île. Koichi souhaite par-dessus tout que sa famille soit à nouveau réunie – même si cela doit passer par l’éruption dévastatrice du volcan ! Lorsqu’un nouveau TGV  relie enfin les 2 régions, Koichi et son jeune frère organisent clandestinement un voyage avec quelques amis qui ont tous un souhait à exaucer jusqu’au point de croisement des trains, là où le miracle, les miracles pourraient, dit-on, s'accomplir… Alors verront-ils leurs vœux secrets se réaliser ? En tous cas, ils vont agir en sorte que cela soit possible. Peu importe d'ailleurs que les voeux se réalisent ou pas, l'essentiel n'est-il pas d'en formuler et de croire en la force vive de l'imagination, en la présence, sous une forme souvent humble, de la beauté et de savourer le plaisir de vivre ensemble. A travers la description d'un quotidien banal, l'auteur nous montre des enfants capables de prendre en mains leur destin face à des adultes trop souvent résignés, ayant perdu, contrairement à leur progéniture, tout idéal, tout enthousiasme, tout projet. Ce qui se dégage de ce film délicat est une immense tendresse, un optimisme voilé d'un rien de mélancolie, une espérance joyeuse qui est une bouffée de fraîcheur, une sonate douce et envoûtante  qui vous charme et dont on garde longtemps en tête la persistante tonalité. Une merveilleuse bonne surprise en ces temps empreints de désenchantement et d'amertume. En nous racontant cette quête d'une bande de charmants galopins qui croit que les miracles sont à sa portée, Kore-Eda écrit un hymne à la foi et à la vie et, sans effets inutiles, nous gratifie d'un petit miracle.

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 09:49
GARDE A VUE de CLAUDE MILLER

 

Au cœur d'un huis clos situé quelque part en France dans les bureaux de la PJ une nuit de la Saint-Sylvestre, Jérôme Martineau, notaire, interprété par Michel Serrault, s’escrime contre l’inspecteur Gallien (Lino Ventura). Appelé à témoigner sur le viol et l’assassinat de deux fillettes, le notable cynique et sans histoires se transforme en suspect numéro un. L’enquête en elle-même, dont on peut critiquer le dénouement un peu parachuté des cinq dernières minutes, n’est en fait qu’un formidable alibi pour visiter les arrières cuisines d’une petite bourgeoisie de province dévorée par sa médiocrité, sa mesquinerie et son vide humain. Une société que mai soixante-huit n’a pas changée d’un poil : les mêmes sauteries mondaines ankylosées par les mêmes conventions, la même génération de garces bien élevées paradant aux bras des mêmes bons partis  qui les gavent de fourrures véritables et de séjours à Ibiza.

 

Cependant, tandis qu’un Claude Chabrol aurait sans doute montré cela avec une acidité cruelle, Miller filme simplement l’humiliation de Jérôme Martineau tandis qu’Audiard le fait parler, sous la lumière blanche de l’investigation policière. Le hiatus langagier et psychologique qui opposent Martineau et Gallien, chacun « poursuivant son histoire », porte le film à un niveau exceptionnel de tension, triple palier qui peint à la fois une affaire criminelle, une société viciée et le cœur d’un homme anéanti par le désenchantement conjugal. Face à face de deux acteurs prodigieux dans un registre à l'opposé l'un de l'autre, ce film est un formidable suspense qui tient en haleine le spectateur par la qualité des dialogues d'Audiard particulièrement ciselés pour l'occasion,  la tension permanente que l'évolution du scénario fait peser sur ce présumé coupable, d'autant que sa femme, interprétée avec sensibilité par Romy Schneider, ne fait que noircir le tableau et conforter l'inspecteur dans la piste de la pédophilie. Tout concoure en effet à accuser cet homme qui, impudent, provocateur et désabusé, ne fait rien pour sauver sa peau. Son couple n'ayant plus d'issue, sa vie étant un immense gâchis, il s'accuse des deux meurtres pour en finir définitivement, suicide programmé en quelque sorte. On ne dira jamais à quel point Michel Serrault, qui recevra pour ce rôle un second César, est admirable et méritait le compliment d'Audiard d'être le meilleur acteur du monde. D'autant qu'il a fort à faire avec Ventura dont la présence puissante ne se relâche à aucun moment. Tous deux tissent une toile inéluctable où la respectabilité s'enlise à tout jamais, où le discernement ait mis à rude épreuve, où les vêtements peuvent être interchangeables selon les méandres d'une actualité que l'on ne maîtrise plus. Discrète et toute de retenue, Romy Schneider fait une apparition qui force l'admiration par sa densité douloureuse, sa désillusion amère et revancharde, par ce quelque chose d'à jamais perdu ou gaspillé, tandis que Guy Marchand méritait bien son César du meilleur second rôle dans celui du scribe un peu trop réactif qui s'immisce de façon brutale et maladroite dans cette garde à vue. Un film que l'on ne peut oublier avec sa musique lancinante, son décor d'une banalité décourageante et la pluie qui ne cesse de faire miroiter les vitres comme si la fin d'un jour, la fin d'un monde s'était tout à coup réfugié entre les murs poussiéreux de cette PJ.

 

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GARDE A VUE de CLAUDE MILLER
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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 09:09
MINCE ALORS ! de CHARLOTTE de TURCHKEIM

      

Nina, jeune femme un peu trop ronde, veut maigrir pour plaire à son mari qui n'aime que les minces - et pour cause, ils travaillent tous les deux dans une entreprise de maillots de bain - et ne semble pas, de surcroît, un modèle de fidélité. Il lui offre d'ailleurs, pour retrouver plus librement sa maîtresse, une cure d'amaigrissement de trois semaines à Brides-les-Bains, célèbre station des Alpes dont la réputation, dans ce genre de traitement, n'est plus à faire. Rythmé par des dialogues très drôles, le film est plus subtil que l'on aurait pu le craindre car, à travers les cas de ces hommes et femmes atteints de surcharge pondérale, se cachent de petits maux et de grandes misères engendrés par une société bourrée de contradictions et dispendieuse de diktats impitoyables.

 

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A l'hôtel où elle descend, Nina (la charmante Lola Dewaere) va rencontrer Emilie (très convaincante Catherine Hosmalin), une mère de famille enveloppée qui clame volontiers que "Big est beautiful" et qu'elle se fiche de son surpoids comme d'une guigne, mais on découvrira très vite ses coups de blues, ses refoulements, ses angoisses. Il y a aussi Sophie, une avocate marseillaise, campée par la pétulante et irrésistible Victoria Abril qui vient en cure pour se distraire, se chouchouter et trouver des compagnons de passage, affirmant à qui veut bien la croire,  que ces aventures ne sont que des distractions agréables et sans conséquence, ce qui est faux, bien entendu ... Tout cela est assez simpliste, mais Charlotte de Turckheim n'a jamais eu pour ambition de servir le 7e Art, seulement d'amuser un public tout disposé à rire avec des comédies faciles qu'ils auront oubliées dès le lendemain, mais qui leur enjolivent passagèrement l'humeur. L'auteur aborde un sujet sensible avec une moquerie savoureuse, sans vulgarité, ce qui n'est déjà pas mal, et nous montre l'obésité et les problèmes de santé qu'elle génère sous sa face la plus joviale, avec assez de générosité  et de bonne humeur décomplexée pour que chacun des protagonistes s'en sorte avec dignité. Un film qui fait passer un bon moment, bien que la mise en scène soit inexistante, sauvé par sa chaleur humaine, ses réparties et le jeu des actrices, toutes rafraîchissantes. 

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 08:04
LE TITANIC, DE LA REALITE A LA LEGENDE

                                           
Un an, dix-huit millions de dollars et trois cent techniciens, voilà ce qu’il aura fallu pour ressusciter le film en 3D. Au final, plus qu’une conversion, c’est une véritable opération de rénovation. Un travail d’orfèvre en trois étapes : la réalisation d’un master numérique d’abord, un dépoussiérage de l’image ensuite et enfin la création de la troisième dimension. Une chirurgie qui ne serait pas la dernière si l’on en croit le producteur du film, John Landau, l’équipe songeant très sérieusement à s’attaquer à d’autres monstres du cinéma américain tel que Terminator et Aliens le retour. Steven Spielberg lui même trouverait amusant de revivre l’expérience Jurassic Park en 3D. Pour l’instant, Titanic doit faire ses preuves. Les spectateurs embarqueront-ils une nouvelle fois sur le RMS Titanic ? Sans doute mais rien n'est gagné. Il est vrai que ce passage en 3D correspond avec la célébration du centenaire du plus célèbre naufrage de l'histoire, tragédie qui passionne encore et fait toujours frémir. Le film ne sera pas la seule manifestation faite autour de cet événement : s'ajouteront à cela des expositions, des livres, des documentaires, des conférences. Alors remontons le temps et souvenons-nous que tout a commencé dans les ténèbres et les eaux glacées de l'Atlantique nord. Nous sommes en cette nuit du 14 au 15 avril 1912, quand le veilleur Fleet, perché dans la hune du grand mât, donne l'alerte. Sortant d'un épais brouillard, un immense iceberg s'élève au-dessus des eaux. Le marin sonne trois coups de cloche et téléphone à la passerelle. L'officier Murdoch fait aussitôt stopper les machines et commande la fermeture des cloisons étanches. Mais le Titanic ne pourra éviter l'obstacle qu'il heurte à tribord. Le choc fait sauter les rivets et provoque six entailles le long de la coque, si bien que l'eau s'engouffrera rapidement dans cinq des seize compartiments. Le commandant  Edward Smith, un marin expérimenté de 62 ans qui vient d'obtenir avec ce voyage inaugural du plus grand paquebot jamais construit, son bâton de maréchal, prend aussitôt la tête des opérations et donne l'ordre d'envoyer sans plus tarder un message de détresse. Alors que l'on croyait le navire insubmersible,  l'étrave s'enfonce déjà et l'assiette accuse une inclinaison de 5° sur tribord. Après avoir effectué une inspection approfondie, l'ingénieur en chef Thomas Andrews va lâcher un verdict sans appel : Le Titanic coulera dans une heure et demi, deux heures tout au plus.  Le capitaine Smith décide dès lors de l'évacuation générale, même s'il ne peut ignorer que les vingt canots de sauvetage seront bien insuffisants pour recevoir plus de la moitié des personnes à bord. Pendant ce temps, les stewards font enfiler aux passagers des vêtements chauds et des gilets de sauvetage. Cependant la confiance reste générale. Les femmes et les enfants ont la priorité, mais nombreux sont ceux qui refusent de quitter le bateau, inconscients de la gravité de la situation et ne voulant pas se séparer d'un mari, d'un fiancé, d'un ami, ou bien plus effrayés encore de se retrouver sur une petite embarcation livrée à l'inconnu sur une mer glacée et sous un ciel sombre. Au point que les premières chaloupes seront descendues à moitié vides. Certains, néanmoins, sauveront leur peau sans tenir compte des priorités, alors que d'autres feront preuve d'un héroïsme admirable, comme les musiciens de l'orchestre qui continueront de jouer des valses et des airs de jazz jusqu'à l'ultime seconde, ainsi que Cameron l'a relaté dans son film.

 

Mais la panique va bientôt succéder à la crédulité. A partir de 1h15, l'océan envahit la proue et l'inquiétude devient palpable, tandis que les passagers de troisième classe sont enfin autorisés à accéder au pont supérieur. Une heure plus tard, au milieu de scènes de détresse, le pont des embarcations et la passerelle de navigation sont submergés. Les lumières s'éteignent . En s'enfonçant, le paquebot se brise en deux entre la troisième et la quatrième cheminée. Ceux qui se sont jetés à la mer pour tenter de rejoindre les canots périssent en quelques minutes, figés par la température glaciale. Enfin à 3h 30, les rescapés aperçoivent dans le lointain les feux du Carpathia, rejoint ensuite par le CalifornianErreur de pilotage du commandement, vitesse excessive dans une zone dangereuse à cause des conditions météorologiques favorables, ou vices dans la conception même du navire ? Un siècle après le drame, historiens et experts n'ont pas fini de s'interroger et le naufrage garde encore son mystère. Cela, en dépit de la découverte de l'épave en 1995 par 4000 mètres de fond. On décomptera plus de 1500 victimes. Trois-quart des membres d'équipage et des passagers de troisième classe périront. En revanche, 60% des premières classes ont eu la vie sauve. Parmi les victimes, la presse relèvera les noms d'Isidor Straus, propriétaire des grands magasins Macy's à New-York, du magnat du cuivre Benjamin Guggenheim, ou encore du richissime John Jacob Astor IV. La dernière survivante, dont le film s'inspire, Milvina Dean, décédera le 16 octobre 2007, à 97 ans. Quant à Michel Navratil, le dernier Français rescapé, il deviendra professeur de philosophie et mourra nonagénaire en 2001, se considérant comme un resquilleur de vie et un grappilleur de temps.

 

Le film de Cameron, enrichi d'une belle histoire d'amour entre une passagère fortunée de première classe et un jeune artiste sans le sou, a su nous restituer ce que furent ces quelques jours d'un voyage dans et hors du temps, à bord d'un paquebot de 269 mètres de long, le plus luxueux jamais réalisé à l'époque, avec ses dix ponts, ses 29 chaudières et ses trois hélices. Pour cette première traversée vers New-York, il comptait 1300 passagers et 900 membres d'équipage. La première classe se composait d'immenses suites richement meublées, desservies par des ascenseurs et un escalier monumental ; l'ensemble sera très bien restitué dans le film qui fut considéré, à son tour, comme un événement avec 14 nominations et 11 Oscars, dont celui du Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure image, Meilleurs décors, Meilleure musique interprétée par Céline Dion. Si bien que cette pluie de récompenses et ce succès planétaire inspireront cette phrase à l'auteur : "je suis le roi du monde", comme l'était son héros au moment où sa caméra fixait cette scène culte. 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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LE TITANIC, DE LA REALITE A LA LEGENDE
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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 10:26

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Des films sur l'identité sexuelle et le travestissement, peu sont réussis et rares ceux qui ont échappé au ridicule. Ce n'est certes pas le cas de "Tootsie" qui, dans le genre, est un petit chef-d'oeuvre de finesse, de tact, de drôlerie et une performance inoubliable de la part de Dustin Hoffman absolument désopilant dans ce personnage, celui d'un acteur sans succès qui se fait passer pour une femme dans l'espoir de décrocher un rôle. Tourné en 1982, trente huit ans plus tard, le film n'a pas pris une ride et séduit par un scénario brillant, des dialogues percutants et une interprétation où la délicieuse Jessica Lange rejoint dans l'excellence son inénarrable partenaire.

 

Et pourtant le film était un pari risqué. Il pouvait à tout moment sombrer dans le mauvais goût ou simplement le ridicule. On reconnaît là le doigté de Sydney Pollack qui n'était pourtant pas réputé pour ses productions comiques, mais a su jouer sur la corde sensible et apporter à cette histoire de travestissement une humanité touchante à la Charlie Chaplin.  Encensé par la critique et le public, le film ne remporta pas l'Oscar, coiffé sur le poteau par le "Gandhi" de Richard Attenborough - beau film il est vrai - ne laissant à la charmante Jessica Lange que le plaisir d'être sacrée meilleure actrice dans un second rôle.

 

 

Quant à Dustin Hoffman, il ne faisait que confirmer un talent indiscutable qui lui a permis d'aborder les personnages les plus divers avec le même brio. Probablement une des comédies les plus irrésistibles où la métamorphose de l'acteur est réellement bluffante et l'approche de la féminité, abordée sous un angle inattendu, un vrai bonheur.

 

Pour consulter l'article que j'ai consacré à l'acteur Dustin Hoffman, cliquer sur son titre :

 

DUSTIN HOFFMAN

 

Et pour prendre connaissance de la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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TOOTSIE de SYDNEY POLLACK
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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 15:57

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Plus qu'un film sur le destin d'une figure incontournable de la vie politique européenne de la seconde moitié du XXe siècle, La dame de fer est une réflexion sensible sur une femme vieillissante, dont la vie a été, certes, exceptionnelle mais qui se trouve confrontée - comme toutes les autres - à la maladie, la vieillesse et la solitude. L'accent est mis ainsi sur la condition humaine d'un être perdant peu à peu ses ressources et son autonomie, cela grâce à un scénario qui s'est refusé à se focaliser sur les grandes heures de ce destin hors normes et lui a préféré les pages plus discrètes et méconnues de cette fille d'épicier qui, à force de volonté et de détermination, a réussi à démanteler les barrières peu poreuses  liées au sexe et au milieu social. C'est également un film sur le pouvoir et le prix à payer pour y parvenir, d'autant plus si on est une femme venue de nulle part. Aussi ce portrait imaginé est-il troublant, car il confère à celle que l'on reléguait dans le seul et unique rôle de dame de fer requise par la grandeur de l'Angleterre, une vision autrement plus humaine servie, il est vrai, par le charisme d'une actrice de l'envergure de Meryl Streep, qui n'aura pas usurpé son Oscar.   

  

Tout a déjà été écrit de quelques-unes des pages essentielles des deux mandats de ce premier ministre de Sa majesté pour que je n'en rajoute pas inutilement, mais l'opus est néanmoins un formidable portrait de femme en proie à ses obsessions, à ses chagrins, à ses convictions, dont le combat principal a  été celui qu'elle s'est livrée à elle-même pour atteindre ses objectifs et écrire une page de l'histoire de la Grande-Bretagne dans un souci constant de grandeur et de puissance. Réalisé par une femme Phyllida Lloyd d'après le scénario d'une autre femme Abi Morgan, ce portrait est beau et émouvant mais n'échappe pas à quelques fautes de goût, principalement dans les apparitions soudaines du mari disparu dont on sait qu'il formait avec Margaret un couple uni. C'est sans doute cette solidité de sa vie maritale qui a permis à madame Thatcher de consolider le socle sur lequel reposait sa carrière de chef de gouvernement. Privilégiant la petite histoire aux dépens de la grande, on comprend que le film ait déçu, bien qu'il ait  le mérite - et non des moindres - de nous montrer à quel point chacun, à un moment donné de sa vie, aussi illustre ou modeste soit-elle, est confronté aux mêmes détresses et aux mêmes abandons. Aussi, pour conclure, citerai-je cette réplique mise dans la bouche de l'actrice et sensée avoir été prononcée par le premier ministre lors d'une visite à son médecin : " De nos jours, les gens ne pensent plus : ils ressentent ! "Comment vous sentez-vous ?", "Je ne me sens pas à l'aise"...Vous savez quel est l'un des grands problèmes de notre époque ? C'est que nous sommes gouvernés par des gens qui se soucient plus de sentiments que de pensées ou d'idées. Moi, c'est cela qui m'intéresse. Demandez-moi ce que je pense, pas comment je me sens !

 

Le must du film en quelque sorte, un must qui permet d'oublier le recours trop permanent à des connotations inutilement sentimentales.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 10:29

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Longtemps ignoré sur la carte du cinéma asiatique au détriment de la Chine et du Japon, le cinéma coréen  n'en affiche pas moins une insolente santé économique et offre des films de qualité et un cinéma grand public qui n'a rien à envier au 7e Art européen ou hollywoodien. A  la fin du XXe siècle, depuis le succès de L'île (1999) de Kim Ki-duk d'une troublante cruauté érotique et celui du Chant de la fidèle Chunhyang (2000) du vétéran Im Kwon-taek, adapté d'un pansori, un intérêt significatif pour le cinéma coréen n'a plus cessé de se manifester de la part d'un public séduit et demandeur. Aujourd'hui, la Corée du Sud est le seul pays asiatique doté d'une cinématographie nationale forte, puisque les films coréens font plus de 50% des entrées et dépassent au box-office les blockbusters hollywoodiens. Dans un pays très dépendant des Etats-Unis sur le plan économique, cette résistance a quelque chose d'exceptionnel. Plusieurs facteurs expliquent cela. Tout d'abord et principalement une loi d'encadrement, celle des quotas, qui oblige les exploitants à montrer des films coréens 146 jours par an. Depuis quelques années, la profession, très unie, se bat contre la pression américaine qui, au nom du libre-échange, veut l' abolir. Ensuite, une jeune génération de cinéastes d'une trentaine d'années, ayant étudié aux Etats-Unis, est apparue au milieu des années 1990, avec pour modèle les films de gangsters japonais et le néo-polar hong-kongais à la manière John Woo. D'autre part, le savoir-faire des effets spéciaux et des nouvelles techniques de cette génération "Matrix" ne suffisant pas, les films populaires ou de guerre, mettant en scène les drames de la Corée, ont vu le jour. Des films comme Silmido, récit d'une unité d'élite chargée d'infiltrer les services secrets du Nord, ont fait de la Corée du Sud un territoire de fiction idéal et une entité à part entière. La fiction coréenne à l'américaine a trouvé ainsi une façon de s'adresser à son public et de le toucher dans ses blessures secrètes.

 

Pourtant, le cinéma coréen revient de loin. De l'occupation japonaise jusqu'en 1945, de la guerre civile ensuite au début des années 1950, et de la dictature militaire de 1960 à 70, époque où on tourne des mélodrames confucéens au sentimentalisme vertueux (L'invité de la chambre d'hôte ou Ma mère de Shin Sang-ok - 1961) ou de grandes fresques historiques en couleur. Le lent retour vers la démocratie à partir de 1986, après la répression de la révolte étudiante dans le sang, verra éclore de façon discrète une nouvelle vague adepte d'un certain réalisme social représenté par les films de Jang Sun-woo (Lovers in Woomuk-Baemi, 1989)  et de Park Kwang-su (Chilsu et Mansu, 1988 et La République noire, 1990). Aujourd'hui, autour du chef de file Im Kwon-taek, auteur de près de 100 films et de fresques historiques somptueuses qui interrogent la place de l'art et de l'artiste dans la société, une nouvelle génération de cinéastes a émergé, à l'écart d'un cinéma industriel de qualité. Outre Kim Ki-duk et Lee Chang-dong ( voir l'article que je lui ai consacré en cliquant  ICI ) dont Peppermint Candy  en  2000 constitue un rigoureux portrait de la Corée depuis la dictature militaire jusqu'à la crise économique de 1997, c'est également Hong Sang-soo, en l'espace de quelques opus (Le pouvoir de la province de Kangwoon, 1998 et "La vierge mise à nu par ses prétendants", 2000), qui est parvenu à charmer les spectateurs par ses récits déroutants, chroniques d'une vie sentimentale et sexuelle noyée dans l'alcool. A Deauville, durant plusieurs années, la Corée a été très présente lors du Festival du Cinéma Asiatique et n'a eu aucune peine à persuader l'assistance de sa puissance évocatrice et  de son inventivité.

 

Sources : Laurent Delmas et Jean-Claude Lamy

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 11:46

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Péplum et mise en scène hollywoodienne, l'Ulysse  de Mario Camerini n'échappe pas aux défauts du genre, mais n'en est pas moins de ces films que l'on aime à revoir car ils marquent un temps où l'on ne lésinait pas sur les moyens, ni sur le casting, ni sur les compétences associées de deux continents afin d'adapter, autant que faire se pouvait, le plus ancien texte littéraire de l'humanité. Produit à l'initiative de la société Lux Films dont les producteurs n'étaient autres que Carlo Ponti et Dino de Laurentis, Ulysse n'en est pas moins une commande américaine destinée à contrer l'influence grandissante du petit écran aux Etats-Unis et le début de désaffection des salles obscures. Côté américain, le scénario est confié à Ben Hecht et c'est une star américaine qui sera la tête d'affiche : Kirk Douglas. Ce film va d'ailleurs marquer un tournant pour l'acteur, lequel, la même année, créera sa propre société de production et contrôlera désormais la plupart des films dans lesquels il jouera.

   

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                            Kirk Douglas et  Rossana Podesta

 

Par contre, les seconds rôles seront issus de la péninsule. Ainsi celui de Pénélope sera confié à Silvana Mangano, l'épouse de Laurentis, qui endossera également celui de Circé. Agée de 23 ans à l'époque, la très belle Silvana sera aussi à l'aise dans ces deux rôles qui est l'une des trouvailles de la production. En effet, le pouvoir de séduction de Circé sur Ulysse est d'autant plus fort qu'elle a les traits de son épouse et que l'actrice a ainsi l'occasion unique de jouer les deux faces d'un même personnage : Pénélope la tendre et fidèle et Circé la séductrice maléfique.

 

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                       Kirk Douglas et Silvana Mangano

 

Collaboration financière et technique, le film est également une collaboration artistique exemplaire. Le sujet : une légende grecque typiquement européenne qui permet des décors fastueux et quelques belles scènes d'action. L'histoire - que tout le monde connaît - est celle d'Ulysse, conquérant de Troie, qui regagne Ithaque, sa mère patrie. Mais ce retour va être l'occasion de péripéties multiples et de confrontations périlleuses, la plus grave étant peut-être celle qui l'attend à Ithaque où le trône laissé vacant fait l'objet de nombreuses convoitises, les prétendants briguant tout ensemble la main de la belle Pénélope et la couronne. Pressée de toutes parts, Pénélope a réussi à refuser les demandes des prétendants grâce à un subterfuge : une tapisserie qu'elle entend terminer comme elle l'a promis jadis à son époux, mais qu'elle défait chaque nuit pour en retarder l'achèvement. C'est seulement lorsqu'elle sera finie que Pénélope considérera qu'elle est désormais libérée du lien qui l'unit à Ulysse, et sera donc en mesure de choisir celui auquel elle unira son destin parmi les hommes qui aspirent à faire d'elle leur femme. Bien que soutenue par son fils Télémaque, Pénélope se sent faiblir et le doute l'envahit, surtout face à l'impétueux Antinoüs interprété par Anthony Quinn. Sur les conseils de Télémaque, elle annonce alors qu'elle ne se donnera qu'au vainqueur des jeux d'Apollon qui doivent bientôt se dérouler dans la ville.

 

Pendant ce temps, non loin de là, Ulysse a échoué sur l'île de Corfou, à la suite du naufrage de son bateau pulvérisé par la colère du dieu de la mer Poséidon. Recueilli par la gracieuse Nausicaa ( Rossana Podesta ), Ulysse, devenu amnésique, ne sait plus ni d'où il vient, ni où il va et ignore jusqu'à son nom. Mais par chance, la mémoire lui reviendra pour enfin regagner Ithaque après 10 années d'absence et les innombrables péripéties qui auront jalonné son parcours. Cette histoire, qui finit bien, se laisse regarder sans déplaisir, d'autant que le metteur en scène n'a lésiné ni sur la beauté de ses actrices et acteurs, ni sur les effets spéciaux à l'ancienne. Les puristes trouveront, non sans raison, que cela est kitch, très kitch même, et difficile à digérer, les autres se laisseront séduire par ce fastueux album d'images comme savait les composer l'Amérique des années 50. En le revisionnant à la télévision, la plupart des décors carton-pâte et la laideur des costumes féminins, dont ceux de la pauvre Rossana Podesta, apparaissent ridicules. Certes, le film a vraiment beaucoup vieilli. Mais Silvana Mangano et Kirk Douglas tirent leur épingle du jeu  Et puis on peut relire l'Odyssée et là nul danger d'être déçu.

 

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 10:34
MILLION DOLLAR BABY de CLINT EASTWOOD

 

"Million Dollar Baby",  adapté d'une nouvelle d'un ancien soigneur de boxe professionnel intitulée "Rope Burns" par le scénariste Paul Haggis, nous conte l'histoire d'un vieil entraîneur et d'une jeune boxeuse novice que ce dernier va finir par prendre sous son aile, après avoir refusé longtemps d'être son  manager. Haggis écrit une première version acceptée par la Warner qui pense lui en proposer la mise en scène et donner le premier rôle à Eastwood. Mais ce dernier décide de réaliser le film lui-même, tout en interprétant le rôle de l'entraîneur. Hilary Swank sera chargée d'interpréter celui de la jeune boxeuse de 31 ans, dont l'existence n'a été jusqu'alors qu'une suite de chagrins et d'humiliations et qui espère retrouver sa fierté et donner sens à sa vie en se battant sur un ring.

 

 Le tournage a lieu à Los Angeles au début de l'année 2004. Eastwood endosse à la fois le rôle de compositeur en plus de ceux d'acteur, réalisateur et producteur. A sa sortie, le film soulève une vive polémique, car il y est question d'euthanasie et que la société américaine n'est pas du tout disposée à l'accepter. Eastwood réplique, piqué au vif,  "qu'il n'est pas nécessaire d'être pour l'inceste pour aller voir Hamlet". Mais le film ne décolle pas et la Warner n'accepte de le distribuer que parcimonieusement dans 147 salles. Cela, avant que les nominations, lors des festivals, ne replacent l'oeuvre sur le devant de l'écran et commencent à susciter l'engouement de la part d'un public touché par le regard si humain que Eastwood pose sur ce sujet délicat. Ce seront deux Globes d'or et pas moins de 4 Oscars que ce film va recueillir en 2005 : Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur, de la meilleure actrice pour la touchante Hilary Swank et du meilleur second rôle pour Morgan Freeman, sobre et juste dans le personnage d'un ancien boxeur qui a perdu l'oeil droit lors de son ultime combat et qui est le seul à connaître la cause secrète des souffrances de son patron.

 

Vingt-septième film de l'acteur-réalisateur, "Million Dollar Baby"  nous initie aux codes, aux habitudes de langage et d'esprit de ce milieu singulier autour des trois personnages centraux et fait en sorte que le ring devienne le lieu où se nouent des relations humaines, d'une particulière intensité, au vu des enjeux et des peurs qui en découlent. Car derrière le schéma officiel, c'est l'officieux - celui du combat contre soi-même - vers lequel se porte l'intérêt du film. A la violence jetée an pâture, ce sont les violences secrètes, les plaies intimes et inguérissables que nous dévoile l'auteur. La tendresse qu'il porte à ses personnages fait de ce ring étroit un lieu mythique où les passions s'affrontent plus et mieux que les coups de poing et où la rage de vaincre cède parfois à la douleur d'aimer. Entre ces êtres déchirés par le destin et leurs drames personnels s'élabore une relation bouleversante, où les carapaces se fendent et où les coeurs mis à nu révèlent leur grandeur et leur faiblesse, instruisant sur et autour du ring un impossible rêve de sueur et de sang. Admirable.

 

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CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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MILLION DOLLAR BABY de CLINT EASTWOOD
MILLION DOLLAR BABY de CLINT EASTWOOD
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 09:43

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1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley. Pourtant, Smiley est bientôt secrètement réengagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Epaulé par le jeune agent Peter Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Alors que l’identité de la taupe reste une énigme, Ricki Tarr, un agent de terrain en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’une femme mariée, Irina, qui prétend posséder des informations cruciales. Parallèlement, Smiley apprend que son ancien chef a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase… et Smiley lui-même. Dans un climat de suspicion, de manipulation et de chasse à l’homme, tous se retrouvent à jouer un jeu dangereux qui peut leur coûter la vie et précipiter le monde dans le chaos. Les réponses se cachent au-delà des limites de chacun…


"La Taupe", mis en scène par le Suédois Tomas Alfredson, nous prend à témoin de la lutte feutrée en apparence et impitoyable en réalité que se livrent l'Occident et l'URSS. Le scénario de Bridget O'Connor et Peter Straughan compresse, il est vrai, en 2 heures de projection, les innombrables méandres du roman de John Le Carré et les inépuisables démêlés des agences du système des renseignements britanniques après une opération ratée derrière le rideau de fer, afin de tenter de découvrir l'identité de l'agent double infiltré au coeur du quartier général du M16. Il est plus que probable que John Le Carré s'est inspiré alors des légendaires "Cinq de Cambridge" qui officièrent durant les années 37/47, sans doute les indicateurs les plus efficaces de l'Occident au service des Soviets. Le plus connu était Harold Adrian Russel Philby. On sait qu'à l'époque Cambridge était truffé de sympathisants communistes. Le second du groupe n'était-il pas le fils d'un ancien ministre, haut dignitaire de l'Empire britannique, Donald MacLean, qui incarnait par son affabilité l'agent secret idéal, à la façon dont l'acteur Colin Firth compose le personnage de Bill Haydon ? Alors que "Les cinq de Cambridge" opéraient lors de la lutte clandestine contre le fascisme, "La Taupe" se situe durant la guerre froide des années 70. Tomas Alfredson excelle dans la restitution d'une atmosphère trouble à souhait grâce à sa collaboration avec le plus dandy des couturiers : Paul Smith. Tout est conçu pour composer des images qui nous replongent dans le décor d'une Angleterre qui sortait difficilement de l'austérité héritée de la guerre. On y perçoit la touche de rouge des cabines téléphoniques, des autobus à impériale, des boîtes aux lettres, couleur qui contraste savamment avec la tonalité sombre et sévère des images, le vestiaire des costumes au charme rétro très british porté par les protagonistes, les pièces d'échecs qui font partie intégrante de l'intrigue, puisqu'elles servent à fixer notre attention sur les personnages suspectés d'être la taupe, puis la théière, le mobilier et autres objets qui renvoient en permanence à l'époque par petites touches, chacune ayant son importance et son subtil écho. Et enfin, il y a les acteurs et leur remarquable interprétation, dont celle centrale et captivante de George Smiley prêt à sacrifier sa moralité sur l'autel des exigences de la nation. L'anti James Bond, aussi discret que l'autre était brillant, et dans la peau duquel se glisse de façon magistrale Gary Oldman, dont c'est là l'un des grands rôles. Après des années difficiles, il revient sur le devant de l'écran dans une composition complexe, riche de mille nuances, celle d'un agent solitaire assumant ses paradoxes dans l'intérêt d'un bien supérieur. En définitive, il est celui à qui incombe les basses besognes, de façon à ce que les citoyens ordinaires, forcément honnêtes et ignorants de ces choses, puissent dormir tranquilles dans leur lit.

 

Ceux qui l'entourent sont au diapason, que ce soit Colin Firth, le joli coeur doué pour séduire les hommes comme les femmes, toujours vêtu de costumes élégants, un sourire ironique au coin des lèvres, ou Toby Jones dans celui de l'ambitieux Sir Percy Alleline qui tente de tenir les rênes en ces temps troublés et joue avec le feu, ou encore Ciaran Hinds dans la peau de Roy Bland, agent virtuose et polyglotte, très introduit à l'Est. Il se ralliera bientôt à Alleline dans l'espoir d'une promotion rapide. Le film rend admirablement le climat délétère et malsain de ce milieu, où le soupçon est devenu leitmotiv, les trahisons et les retournements fréquents, où chacun a ses fêlures que les autres s'emploient à exploiter et où l'on joue constamment aux échecs dans un monde où deux blocs s'affrontent sans merci, au prix des coups les plus tordus et les plus sordides. Si l'intrigue est parfois un peu difficile à suivre, elle ne se relâche pas un instant et se décline avec une rare intelligence, tant dans le déroulé des images que dans les dialogues percutants, les flash-backs qui donnent une tonalité étrange et subtile au film. La bande sonore, oeuvre du jeune Alberto Iglesias, colle parfaitement au sujet et a le mérite de se fondre dans l'action en la rehaussant, sans la gêner. A coup sûr, l'un des films les plus aboutis sur l'espionnage qu'il nous a été donné de voir.

 


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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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